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/ Le Roi , lii Charte et les Honnêtes Gens. ^^
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.l.nivicr l'^i»).
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AVIS DE L'ÉDITEUR.
Les Personnes qui 7i' ont souscrit que pour le pre-
mier volume composé de treize Livraisons, et qui sont
dans Vintention de recevoir maintenant le second
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posés chacun de treize Livraisons <^jui seront publiées à des
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Angers , { u •
o ( ravie.
Argentan . Lcrresne.
Avignon , Sej;uiti aine.
liayeux, Gi-oolt.
TT „ S Koniom.
liavonne , { <-
Besançon, Girard.
u j \ ^ ' Bergerel.
liordeaux, ' .. , • ,"
n . \ Lcfournier et Despcriers
' ( Mirliel.
('aen , îManoury aine,
("nmbrai , liertoiil.
Chàlons-siir-Saôno , DejuSsieu.
Charleville , Cli. Uaucourt.
Chartres, Mervc.
CIcrmont - Ferrand , Tliiliaull-
Lnndriot.
Dijon, Cliquet.
Douai, Tarlicr. |
(Irenoblc. Durand. 1
Laval, Grandpré. I
Lille, Vanackere. (
Limoges, liarbou-Desrouricrcs j
l Liehauv. |
Ibraires ci-desspus désignes
■./, i, I Camoin frères.
Marseille, '. ,1 .
' t Masverl.
AI«lz, chez Dcvilly.
ÎMontauban, La Forf^iie.
■41 . if i Seguin.
Montpellier, j y. £)urvi!Ic.
Nanti, Ve Houloux.
Nantes, j B"^^«-"i.| •?i"^-
l busseui! )cune.
Nimes , Gaude fils.
Niort, IMme K. Orillat.
NiiT-es, iMelquiond.
Orléans. ÎNlonrcau.
Perpignan, AIzine.
Poitiers, Barbier.
Quimper, Cliapnlain.
r >II1« Blouet.
Rennes. ' iVI'"'^ v' l-'rout.
r .U"e lilouet
; ^Imn v' l-'ro
* M"'^ Valar.
Lyon ,
Au Mans,
La Rochelle, Pavie.
Rodez, Carrére.
T> \ Frère aini'.
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Saumur, Dcgony aîné.
Strasbourg. Levrault.
Saint- Brieuc, Prudliomme.
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Tours, 4\Lime.
^'alcn^e. INIarc-Aurcl.
Versailles, Auge.
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Pays èlranf^iTS :
Mons , Leroux.
Londres . Dulnu et Comp.
Naples, Borel.
Turin , Bocca.
Maire.
Pc'iisse frères. 1
Ru^and. j
) Belon. I
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Berlin . Schlesingcr. 1
Hriiïcllcs. Lc'charlier. |
Gaiid , llouiliii. I
Geucvc, P.'isrhoiid. |
Bruxcllej, Morgiiiès Renier. |
LIVRES NOUVEAUX.
Iic('ènrrtiti*<ii tir la A'aliiiv l'vi^i-laU- , ou Rcrhcrrhi-s .sur les AloyenS
de rrrrcer dan* tous li-s rliniat>, les anciennes températures et la ré-
gularitr dfs sriisons , par des pl.iulalions raisouni-cs, appuyées de
<|uc-li|iirs vues sur le ministère que l.i nature vi'gt'iab' >einblf av(>ir .i
remplir dans rii.irinonic des èlènicns Deux v«>l. in-S"^. Prix : 10 fr. à
Paris, et 13 fr. franc de port.
jInnuaiiY ili- la Société i>/it7ant/ir<npi(/iic . contenant l'indication des
meilleurs moyens cjui existent a l'aris, de soul.iger l'humanité soiiffranto
et d'exercer ulilemcnt la liienfai>anre. In vol. iii-13. l'rix : .j (r. avec
figures, a fr. .'><> r. sans figures. Janvier iSiq. — Se vend au profil des
pauvres , chez M. Banni, commissaire de l.i .Sociale , rue des Petils-
Auguslins, n" 30; c liti M™' Muiard, libraire, rue de l'Fperon-
Saint- Aiidié-des- An s, n" 7. — Ce.s deux oiivra;;fs ic trouvent aussi
chez le Nornianl, ru<- «le .Seine, n" 8; et «juai Conti, u" 5.
Sout i>rcste , -yotir l'itrinlit dam Us tic piTiniitt mois de ta présente
tiniuw , «liez le Normanl, rue de .Seine, n" 8 :
ffiilnire^de /'Yance ^ par Jacqijcj-Corenlin Royon.
'minrra si'pt .i huit »ol. in-H".
Cet ouvra;;ç
I
■rtfe rie t^ane^ tyë> " ô'^
( -y^/ /■ Aoar a/i- voia?/ie.
^rZ^eÂ?ùx: ae JOiùjcf'iÂàon cjâ ae \ ^7 /■ j/ aeaa: la.
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r/f/a//'e ai.
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,^ej (^nancoiJ eà^.euvoàt ^^e/aZ/Af a ceà oavraMe^
aoife/iâ e/re aa^'^eJj /ca?ic e/e Aor/, aa^ t9o(t'?^au far,
wo?z<ierva/^ur-, rae ae fLyetne^ -^^ " c9.
^e / rJ)///A/'{jftCJUc ae .^ e ty£cy/'//ia///.
LE
CONSEPiVATEUR
Le Koi , la Charte, et les Honnêtes Cent.
TOME DEUXIEME.
PARIS ,
AU BtREAU DU CONSEhVATEUR,
CHIiZ LE NORMANT FILS, ÊDITEUM ,
nU£ OZ iEINE, 14" 8.
M DCCC. XIX
IMPRIMERIE DE LE NORMANT, RUE DE SEINE.
VW.XVVWVWkW.-AVKV VV.««XVXXX.»V VX»\VX\VVW V> X VV .>.V »\ V > V V X \WX«\'»«V%.WVV*
LE CONSERVATEUR.
E\POSlTIO^
DES DROITS DE LÉGLISE CATHOLIQUE.
JNoTRE siccio scia cité pour ses mallicurs, il lo.
stirn. encore ])0!ir roii;u(*il de son ignorance. Il
.semble aujourd'hui que le poxivoir de tout diiv
dépende du droit de n'avoir rien appris. On par-
donne volonliers à un évêcpie de tracer des plans
<le eainpatjne pour les indépendans du iNouAcau-
Monde, aux oflitiers - <;én(-rau\ de disctiter les
aflaires du cl!M'g<*; par<lonneroit-on à tin ecclé-
siaslifjue d(' parler des droils de l'Eglise ? Ses
rellevious s'adressent moins à l'esprit qu'au bon
sens : s il se trompe . fjuon le réfute 5 s'il expose la
vérité, fju'on «m priilit*'.
Qu'est-ce <p)e riCt;lise calliolitjut .^ C'est, répond
Bossuet , f assemblée de Julilcs , unis par la même
foi ^ les mômes sncrrmcns , et soumis aux mêmes
pa\fru/\ .•:oii'i un ehef visible qui est le Pnpr.
Cljar^'éi' d'un*' mission divine , l'Eglise demande
à passer sur la terre, imn pour en posséder les
lionneui*s et les biens, mais pour y lormer des
lidries, et les guider \er.s un royaume qui n'est
■pas <b: c(' monde. Son fondateur l'enNova comme
une ét!an",ére, de céleste oriijine , marquer d'un
siijne surnaturel tous les enlans des hommes.
Lojsqu'elli' apparut a la (iréce et à l'Italie , elK- ne
leur demanda (pu- quelques gouttes d'eau pour
son bautérap , un peu <\v pain et de \'\i\ pour son
«acrilice, les ruines de <pi)-|(|iie vieux monument
pour V parler du ciel , <•! si l'on veut, des ignorans
a instruire , des miilh(.'uruux à consoler, des pauvres
( 4 j ^
;i noiinlr. Ce (juelcslois de l'hospllaiité accordLiit
aux élia)i2;( rs suffit à son olalilisscnieut.
Pour remplir sa mission de tous les temps et de
tous lès lieux , il lui falloit une constitution à
l'épreuve des années, invariable au milieu des
A'ariations de l'esprit humain, au-dessus des at-
teintes de toute puissance ennemie; il lui ialloit
un gouvernement ou étranger au monde , ou sus»-
ceptible d'être combiné avec les formes de gou-
vernement reeues parmi les hommes 5 un culte,
enfin, assez simple pour trouver au désert ^es
pompes , et assez noble poiir étonner les peuples
civilisés par sa magniiicence. Aussi, comme .^ociétéy
l'Eglise j)uise en son auteur et en elle-même sa
hiérarchie, son administration, ses droits et ses
devoirs : comme société de fidllcs , elle ne ressemble
en rien à ces réunions d hommes qu'on nomme
peuples. Qu'ils parlent des langues différentes ,
qu'ils naissent républicains ou sujets dun despote ,
qu'ils soient soumis aux lois humaines de Lvcurgue
ou de jNuma, de Dracon ou de Buonapartc , les
hommes qui on^ la même foi , les mêmes pasteurs
et le pape pour chef visible , forment cette Eglise
catholique toujours une, et par conséquent tou-
jours indépendante.
Car de quel droit le monarque, qui compte
quelques millions de calholic[ues au nombre de
ses sujets, étendroit-il son sceptre sur une consti-
tution qui régit tous les catholiques du monde?
L'unité de dogme , de culte et de ministère résist»
à tout changement partiel ; et puisque l'Eglise esl
fondée sur cette unité, les princes seroient obligés
de l'anéantir dans leurs Etals pour avoir droit de
la gouverner.
Lt d'ailleurs d'où >iendroit à la puissance tem-
porelle la jurisdiclion sur les choses spirituelles?
La foi seroil-elle réglée par des ordonnances hu-
maines? Les pasteurs releveroicnt - ils par leuî'
( ^" )
sacerdoce d'un autre maître que de crlui rjui
leur a dit , allez , baptisez toutes les nations ; et le
culte, expression de la loi nu mode d'administra-
tion des sacrcincns , appai-ticndroit-il au dt-parle-
nuMit de l'intérieur ou de la police?
Sans doute, en devenant catUolique , riiouimc
ne cesse point d'être citoyen. Sesnouvellesohiiga-
tions ne l'ont ([ue pevl'tctionner ses devoirs naturels
<t ti\ils, Mais, de nirnie qu'il ne dépend point des
membres de 1 Eglise de s'arracher à r<tnpirf légi-
liiue du pouvoir et des lois sociales, de même il ne
dépend ])oint de ce pouvoir et de ces lois d'attenter
aux droits île l'Ej^lise , afin de l'y soustraire. Auriez-
vous «'iitendu parler des sénatns-considtes ou des
édits impériaux qui dél'cndoient , avant les tyrans
persécuteurs, de verser de l'eau sur la tête des
nouveau -nés, d'imposer les mains aux hommes
d'un âge mûr, d'expliquer un livre de philosophie
morale, de rompre un pain sanctifié, d'oindre le
front <!l la T>oilrin<' des infirmes d'un»' huile hénite
]).ir nu \ieiilard, d'avouer si'!> fautes à un ami ? Et
cependant changez les noms, voilà l'Ej^lise tout
entière. Le l>on sens ne justifiera donc jamais
1 inter\ention forcée de la puissance hun>;iine dans
un pan-il ordre de choses?
J.a c(jnversion (générale i\vs peuples et «les rois
au christianisme n'akérera point sa di\ine consti-
tuliun. Le jour de sou tritimph»; ne pouvoit être
le commencement de son eselavapfc : en héritant
de «rs prédécesseurs Constantin ne trou\a point
dans Ifur succession des droits i[u'ils n(.' possédoient
])as. Sa qualité de fils de l'Eglise l'a vertissoit <ju'il
n'<ii éloit point devenu Ir maître. S imafriner qu'il
|)ur.sn dans son haptéme l'étrange privilège d'as-
ser\ir |a sociélé»dont on le faisoit nuMuhre, ce se-
roil croire «pie les mères ton hent sous la tuielle
fie leurs enlans. à l'iiistanl même oii elle< \'-^
niellent au monde.
(6 )
D'où vient Jonc que, depuis le ciuquièrae siècle,
les princes clivctiens ont eu tant de part aux afiaires
ecclésiastiques, et que l'Eglise a exercé une si
grande influence sur les choses tempoi-elles? Le
problème n'est pas difïicile à résoudre.
Lorsque les peuples du Nord inondèrent l'Occi-
dent, les sciences", les letti-es et la civilisation
prirent la fuite devant les barbares : l'Eglise seule
conserva les étincelles du feu sacré, et ses pasteurs
jetèrent encore de l'éclat au sein d'une nuit pro-
fonde. Les chefs de ces nations de fer qui écra-
sèrent l'empire romain, furent témoins de la véné-
ration profonde qu'inspiroient les prêtres et les
évêques., et de l'ascendant que donnoit un carac-
tère sacré sur les hommes les plus féroces. Des
guerriers avoient pu jusque-là gouverner avec le
glaive des hordes avides de carnage 5 mais des lé-
gislateurs pouvoient seuls civiliser des peuples
chargés de dépouilles et tranquilles possesseurs
des provinces devenues leur proie. La politique
naissante des rois porta naturellement les veux
vers la constitution de l'Eglise, restée debout au
milieu des ruines des anciennes institutions ,
comme le phare sur un rocher entouré des débris
delà tempête. Elle appela les gardiens et les in-
terprètes de cette constitution au secours de son
ignorance j les priïiccs les admirent dans leurs
conseils, les placèrent à la tête des administrations
dont ils avoiout tracé le plan, et les lii^eirt entrer
dans la hiéi^archie des fonctionntiires publics.
Tous les règlemcns ecclésiastiques susceptibles
d'être transformés en lois civiles deviennent lois
de l'Etat. Les cliarges affectées au clergé le mettent
en possession des honneuis et des biens qui en
sont l'apanage; le pape prend un rang parmi
les souverains. ïunt de bienfaits réclamoient eu
échange les faveurs les plus signalées. L'Eglise se
hâte de proclamer les rois les évêques cxtcricmo^
( 7 ) ^
cl d'appnvcr leur autorité d'une sanction reli-
gieuse ; l'evcrcice de sa puissance leur est oflert
pour le bien des peuples 5 elle partage avec eux
ce que sou adininistraliuu n'a pas d'essentiel-
lement divin , et là commence , pour elle et pour
l'Etat, une nouvelle manière d'être, fondement
de l'accord et de la distinction des deux puissances ,
source de tant de biens et de tant de maux.
Dès ce moment les èvèques paroissent revêtus
d'un double caractère : ils appartiennent à l'Fglise
t(unme pasteurs j ils appartiennent à l'Etat comme
ordre politique et corps administratif du royaume.
Dès lors aussi les curés et l^s vicaires dépendent de
l'Eglise comme prêtres, et de l'Etat comme officiers
ci\ils. i.es diocèses ne sont plus simplement des
communautés s])irituclles, ils prennent la forme
des gouveruemens tempoiels : 1 administration des
cures ])articipe des deux autorités. Si les pasteurs
ne sont justiciables que de l'Eglise en leur qualité
d'évéïuM's e( de prêtres, ilsni'sonl justiciables que
<!«• I Etal en 1 eu i" (pi alité de fonctionnaires publics.
Ils obéissent à deuv maîli'es difl'ertrs , mais égale-
ment légitimes. Tant que cliac^ue puissance Icscn-
visagei-a sous le rapport tjui la concerne, la j)aix
sera le fruit de l'alliance. Mais si le prince V( ut do-
minei- l'évêque, parce qu'il commandr au seigneur ;
si le ( Irrgé prétend soustraire le mngisfi-at à l'auto-
rité du prince , jiarce que ré\cque lui apparli>'nt ,
la lutte s'engage ; des personnes elle descend aux
cliose.s. De là c<vs \aiues fpiestions, si l'Eglise est
<Ians rF!lal , 09 l'Etat dans l'Eglise :' Delà ces pré-
tentions exagérées , ces iuvasians réciproques • de )4
enfin , tant de problèmes dont on cliercnoit inuli-
lenunt la solution dansia nature desdeux pouvoirs.
Je dis inutilement j car les deux pouNoirs étant
étrangers par leur nature , de leur iudépeiidrrncr
fjosée en principe, il étoil im])ossible de coulure
eur mutuel assnjellisseiucnt. Il n y a donc rien Je
(8)
nécessairement mixte entre les deuK puissancf;.>,
ï^es d'oits qu'elles exercent l'une sur l'antre pren-
nent donc naissance dans un contrat , et ce contrat
n'a rl'autre matière que les faveurs spirituelles ac-
C01 dées aux Rois par l'Eglise , et les Lienfaiis tem-
porels pccordésà l'Kglise par les Rois. Il dure au-
tant q»i les concessions sur lesquelles on l'a fondes
Si jaTnaisl'Eglise etTEtatretiroient ces concessions,
s'ils rorapoient leur accord par un divorce , ils se-
roient rendus à leur liberté première , en reprenant
lis Liens qu'ils avoient apportes à la communauté.
Supposez un événementimprévTT.dcpioraLle, après
lequel les évéques ne soient plus dans l'Etat que des
évêques, les curés et les vicaires que dos prêtres^
dan? cette livpotlièse, on peut affirmer sans crainte
qu'il n'y a plus rien de mixte entre les deux pou-
voirs. Le gouvernement pi;isoit sa juridiction sur
les ecclésiastiques, dans le litre d'adminislralcurs
et d'officiers civils qu'il leiir avoit conféré , et cet
événement les a dépouillés de ce titre j le clergé
intei venoit dansles affaires de l'Etat comme ordre-
politique; et cet événement , je le suppose en-
core , lui ravit son rang et ses dignités. Que
reste-t-il alors de temporel à l'Eglise , par où
le gouvernement ait droit d'intervenir dans sa
hiérarcliie, dans son culte et dans son ministère?
Les fonctions pastorales , dégagées de ce qu'elles
avoient de teri-estre , échappent à l'action de la
puissance liumaine : l'Eglise est maîtresse aLsoliu-
de sa constitution et de son régime : les diocèses et
les paroisses ne forment plus qu'une assemblée de
fidèles. Citoyens dans l'Etatl, les pasteurs sont dans
l'église prêtres et pontifes. Leur vie civile ressort
des lois civiles; leur ministère ne relève que de
Dieu seid. Alors les dispenses n'ont pour objet que
des obstacles ou des liens spirituels ; les bulles ne
constatent qu'une missioji divine : le registre des
naissances se change en registre des baptêmes; les
(91
mariaees sont un sacrement , etli.'£ funcraillos Jo-
viennent une cérémonie religieuse.
Je vais plus loin , et j'admets que le clergé reroit
un liaUeuMiil il<- lElat : ce traitement ouNrira-t-il
aux a"ens flu nrlnce l'entrée de l'administration
t cclésiastiquc ? JNon ,sansdout<" , puisque le.slnnc-
iion'^ auxquelles on l'aura attaché n'en seront pas
moine des lonclions spirituelles. On paie le clergé;
donc les prêtres rentrent «lans la classe des l'on c-
ti«jnnaires publics. Quelle élraiifre logi([ue ! Si ,
])(»ur être cliargé d'une loncliun civile, il suffisoit
de recevoir une pension du gouvernement, tous
les pensionnaires de l'Etat seroient des adiniuis-
tialcurs. Qui dit i'ouetionuaiie public, dit non seu-
louient un ciloven salarié , mai*; encore un citoyen
ap|)arleuant à une îulminislialion civile. Ce rai-
soiineiuentseroitsans réplif[ue,si le traitement tlu
cl<;rgé représenloit «les ])rt»priétés <lont (tnlaurtiit
dépouillé : alors il s«-roil moins un bi<'nfait qu un*-
dette , et loin fie donner d«'s droits , il se réduiioit
il raccoinplissemeiil tl'un di-voir.
En \ain diroit-on encore, poJir obtenir des
»!i-<»i|s civils sur 1 TVIisc , que la religion calholi(ju<!
-l lu religion de l'Etal. Cet article de la Charte
M établit point un droit; il énonce un fait. 11 est
bii II ci.'tir <|ue le l'uii, 1»? gouveni'iuent «'I la presque
(oin; ilc «les l' lam ais sont catliiilit|iies. S il renlei-
iiioil autre chose , il pnimellroil di:s laveurs et non
de» (er.s; car, prélemire qu'en vertu de cet articK-*
rEe!i'>e soit réunie à l'Etat , comme l'Italie et bi
lli»lîaude b- lurent à l'Emjiire jiar lui «lécret di
<|uel<|iics lignes , <:*r«t confondre toutes les notion>.
«Si II lat est catholique , il adopte donc) Mglise tell'-
qu'elle t-.st eu elb -mêine el non telle rni'clle pour-
»oil être organisée par .sesagens, LU dcjtpole pu-
l>lie d«'s im.s Off^itiiif/nes , comme il décrète (|ue I«;-i
roiiibors (iiii <T.Hsé <!«• régmr en Espagne; con-
clut/ de la , si vous b* poux /, , que l'I gli')e est lé-
gitimement asservie , et que les Bourbons sont jus-
tcjTient dcsliérités. Je me résume.
Sous l'ancienne monarchie , les évêques de
France dépendoient de lEglise comme pastctirs ,
ils dépendoient de l'Etat comme ordre politiqrie
et corps administratif du royaume : eu perdant
leur existence temporelle , ils sont rentrés , par
rapport au gouvernement, dans la classe commune
des citoycn<:. Leurs assemblées , les rapports avec
leur troupeau , leurs correspondances, toutes leurs
fonctions épiscopales ne sont plus soumises qu'aux
lois générales d'ordre et de svireté publique , et on
leur parle d'autrefois , et on les menace des parle-
mrns et de Louis XIV,
Sotis l'ancienne monarcliie, le clergé du troi-
sième ordre donnoit à l'Etat des officiers civils dans
les curés et les vicaires : en perdant son cari'actère
civil , il est replacé sous la juridiction exclusive
de l'évéquc. Missions , prédications , culte , céré-
monies . tout cela ne présente qu'un ensemble de
choses spirituelles , ou tout au plu'; qu'un de ces
cultes dont les lois permettent le libre exercice.
Les maires et les préfets s'arrogent-ils le pouvoir
de nous régenter dans notre ministère? Autant
vaudroit-iî que l'Institut créât une commission de
poètes pour régler le personnel de l'armée. jNous
devons baptiser, marier, prêcher, enterrer, selon
notre rituel et les ordres de nos supérieurs ecclé-
siastiques. L'agent du gouvernement , fùt-il ml-
nlstic , (jui prcscriroit à un curé d'ensc.elir un
mort, prendroit le prêtre qui récite des j.rîèrcs
pour le fossoveur qui creuse la tombe, et rap-
pelleroit ce visir qui défendit aux rabbins juiis de
dire la messe au Saint-Sépulcre.
En un mot , tous les pouvoirs d'un évéque , son
j'ang et ses honneurs découlent aujourdhni du
cnactève de premier pasteur que l'Eglise seule lui
confère. Le ministère du curé prend uniquement
( •' )
.sa source dans limposilion des mains et la juri-
dicliou qu'il rcroit de son évoque : l'un et l'autre
sont en France, ce qu'ils seroient aux missions
étrangères, justiciables de l'Eglise seule. Je nie
tj-onipe; il y a cette difl'rrencc : Les rois païens
exilent ou condamnent à mort 1rs ministres d'une
religion inconnue, et nos lois accordent une égale
protection aux ministres de toutes les religions.
Les j)rérogativesde l'Eglise sont donc évidentes,
il suflll de- les exposer pour montrer combien se-
loit faux un ordre de clios«!S dans Icipiel on \ou-
druil les méconnoîlre. Toujours jiréle à des sacri-
tlces volontaires, toujours disposée à entrer dans
des voies conciliatrices, elle réclamera toujours
conlic la violation de si^s droits divins. Hommes
«1 un jour! vous ne sauriez vainci'c cette fille du
(..ici. \ ous ]>assez j elle demeure: et vous ne la
eoinbaltiz (jii'en passant. Prenez-y garde : Plus
>ous voulez, la soumettre à votre suprématie, plus
» lie s'en isole ; plus vous croyez l'assei'vir, plus clic
gagne de liberté : on la voit se retirer à mesure
<|ue \ous étendez la main pour la saisir, se replier
sur elb'-méme , s ;*ttacliei' fortement à fon chef,
et braver entre s(>biMs, les vaines attaques du
fiiondi'. J/abbé Fayet.
l.K Co>spinA7lo.N (/ilr HovM.isrE (It'niortti('-('J'af)ii-
tfiise t't controiU'rc par rtnulniinuncc dr. mise en
pn'vfntion et /'anfotina'icc nui ranntillc. —
Obsnriuttinii.s sur le rvfïi.s de. M . le firociirrtir
central, de nommer les dcnon ciuJturs . Tro i si è me
numéro (i ).
(]<• nouveau Mémoire ne j)oinoil manquer de
liver a>ec intéiél lattention pnbli(|ue. INousallonj»
(i) Co nuniero rt Ici deux nicrtJcii» *«• Irouvcnt rh<:«
I). util, iiiipr -lil».. rue «I<» l'ilil. \ii;;ii.stin\ . ii'^ '> ; ri au t'ihis-
Iki):»! ; et blici le Nuiiuaut , i m tl>.- Sciiu , n" 9 , vl «(imi C>iiti «
( I'^ )
ce])eli(lanl nous borner à rendre compte de la
seconde partie, plutôt que de retracer, dans un
rapide exposé , des laits déjà connus; ils seroient
d'ailleurs peu susceptibles d'analyse.
MM. le baron Canuel , le vicomte de Chappc-
delaine , le comte de Chauvigny de Blot , le comte
de Bieux-Songy et D. de Romilly, ont demandé »
M. le procureur -générai de S. M. prés la cour
royale de Paris , de leur faire connoître , confor-
mément à Fart. 358 du Code d'instruction crimi-
nelle , les noms , prénoms , qualités et demeures des
deux dénonciateurs entendus comme témoins sous
les n°' 8 et I 2 de l'information (i ).
M. le procureur général a répondu : qu'iV n'y «
lieu d'accorder aux exposa/is leur demande (2).
Nous allons rapporter les motifs de ce refus , et
placer immédiatement la réponse faite à cliaciui
d'eux par le Mémoire.
I». En droit, attendu, due l'art. 3j8 du Code
d'instruction crinii/ie/le fi'cst pas app/icable ci V es-
pèce ; que cet article ne donne le droit de requcrii
la déclaration des noms des dénonciateurs qu'aux
accusés acquittés par les Cours d'assises , en suite
de la déclaration du jury {^%).
a xVinsi , une accusation qui aura subi les deux
épreuves de la loi , celle de la préuention , par un
Iribunal de première instance , et celle d'accusa-
tion par une cour souveraine; une dénonciation
<{ui aura paru successivement , à deux corps judi-
ciaires , fondi'u' sur des indices graves, des faits
coiicordans et dcT pièces incriminantes; une dé-
nonciation qui n'aura été l'cietée peut-éti'e en
dernier ressort devant la "Cour d'assises, cju'à la
majorité d'une seule voix, c'e'st là , d'après la ju-
(1) Txoquèfe préseiit«:c h M. le procureur-général, pag. loc
du Mémoire.
(2) Réponse de M. le pi-ocureur-général, pag. io4 idciiï.
( i3 )
lisprudence de M. le procureur général , un aclt;
impardonnable et irrémissihle pour son auteur!
M. le procureui- f,fénéral est prêt à livrer lui-même
ce grand coupable à la vindicte de l'accusé ac-
cpiitté !
>y Mais une dénonciation qui ne sera rien autre
chose qu'une fable extravagante, atrocement in-
ventée par la haine , dénuée de vraisemblance ,
<Jépnur\ue de pièces et de témoignages, n'ayant
d'autre appui (|uela corruption et une ténébreuse
intrigue 5 une pareille dénonciation, qu'une "Seule
voix, peut-être aura légèrement accueillie en pre-
mière instance , mais que les juges , en dernier
ressort , auront repoussée avec une indignation
i:nanime , c'est là un acte licite et légitime ! A la
suite de cette dénonciation , cinrj individus in-
noccns auront été torturés au secret, pendant
quarante à cincpiante jours , confinés en prison ,
et diffamés daiis toute l'Europe jiendant quatre
mois; tout cela est naturel et dans l'ordre d'une
saine législation! Rien, «'n pareil cas, ne blesse
les droits sacrés fie Ihu inanité ; mais ce qui de-
V iendroit de la pari de ta loi une cuuauté mani-
feste (i ), ce s«Toit d'autoriser l'homme aussi nao-7
raicmcnt assassiné, à poursuivre son assassin ! (î»)»*
•?o. Que. l'art. !■{ h; rigle des dt'-lais , ii/ic urocc-
dure , une conipr/c/ice fini supposent des accusés
dans cette position ; que nul autre article du nietne
Code ne prescrit au procureur central la déclara-
tion des dénonciateurs ; que cette distinction , qui
sort de la recèle de la loi , se fonde sur des con\i-
dérations de la plus haute importance ; qu'eti effet
tout secret de la procédure criminelle cesse par l(i
mise en accusation , tandis que le secret de la pro-
cédure continue encore après la relaxation des
h) Expression de M. le procurcur-gcne'i il.
^) Pag* 55
( ^4 } ^
près^e'mts ; et que ce secret même ne ponnoif. être
rompu dans Pititcrét de la sociîté , puisque la re-
laxation de quelques prévenus n'empêche pas ,
lorsque F arrêt 71a pas déclaré quil n'y a pas de
corps de délit, qn-on ne puisse poiirsuivre d'autres
individus à qjii il importe que les charités de la
procédure ne soient pas révélées à t avance.
«Il ne s'agit pas de nous commimi(]uer les
charges de la procédure ; il ne s"a<;it pas même tic
nous donner le texte des dénonciations , puiscpi il
est tout au long consigné dans l'ordonnance de
prévention , dont une expédition authentique nous
est délivrée. Il s'agit uniquement de nous déclarer
les noms et qualités de nos deux dénonciateurs...
La cour n'a pas déclaré qu'il n'y avoit point de
corps de délit ; mais elle n'a pas non plus déclaré
quil y avoit corps de délit ; et , de bonne foi , a-t-il
pu lui venir raisonnablement à la pensée de faire
une pareille déclaration?... (i)»
3°. Que d'ailleurs tout estjiui pour F accusé ac-
quitté par le jury, et qu'ainsi il n'y a plus , quunt
. à lui i nul danger de lui faire connoître toutes les
pièces ou de certaines pièces de l'instruction ; tan-
dis qu'il importe de ne pas les faire connaître aux
prévenus relaxés seulement par la chambre d'ac-
cusation, lesquels peuvent, aux termes de l'ar-
ticle 24*3 du Code d'instruction criminelle , être
toujours poursidvis pour survenance de charges
nouvelles , surtout quand, comme dans l'espèce,
la formule de l arrêt qui les relaxe n'est pas qu'A
n'v a nulUîs charges, mais seulement qu'il n'y a
pas charg<'s suffisantes.
« Depuis l'institution du jury en Franco, la loi a
placé les jurés dans l'alternative rigoureuse de
déclarer l'accusé coupable , ou de le déclarer,
innocent: parce que la présomption est de droit
(0 Pages 56 et 58.
( '5 )
pour l'innocence, quand la conMcllon n'tsf point
aoijuise pour la cuJj abiiilé. Quand la loi sur la
mise en iu£renitnt iepoii.s.se toute déclaration dila-
,..*■ ••'11 !••
toire , intermédiaire ou miligec de laparldes jures ,
peut-on supposer qu'elle l'autorise sur la mise en
accusation de !a part des cours souveraines?
» Une libération motivée sur [^ in suffisance des
cltarf^cs n'est qu'une FonMctr. banak- usitée au
Palais , équivalant à une décharge absolue.
» ^0!is sommes donc fondés à nous reconnoître
définitivement libérés parla Cour royale de Paris;
et , à ce' titre , rien ne peut nous enlever le droit de
poursuivre nos dénonciateurs (i). u
4". En diitit encore , atLcndu que l'art. 3j8 n'est
pas applicable aux dénonciateurs obliges; ce qui
est tclUnient vrai , que les membres des autorités
constituées , tenus, par leurs fonctions et leurs scr^
mens, de dénoncer, sont formellement exceptés ,
par l article même, du nombre de ceux dont les
noms doivent être dcclart's par le procureur gêné'
rai ; qu'à plus forte raison cet article n'est pas ap-
plicable ii ceux qui , ayant en connoissance de com~
plots formés contre la sûreté intérieure de V Etat et
la personne du Hoi j les ont révélés, puisque , faute
de cette révélation , ils encourroie/it des peines fort
graves.
»( Le Code pénal punit d'emprisonnement et
d'amende quiconque aura fait une dénonciation
i aloninieuse aux ojfiiiers de justice , ou de police
administrative on judiciaire {ni\ . •^'^^). Kn nous
tundaiit sur cet articb' , lions tiisoii.s <[ui' , d'a])rès
l'ordonnance de prévention , deux dénonciations
ont été souscrites et portées contre nous : l'une à
M, le procureur du Hoi en première instance , sous
les dates succes<;i\rs des aa , .i3 , J.^ , 9,5 , ?.() , V-Set
3o jnin ; l'autrr à S. l-'.xt. le ministre de Tintérienr,
nous 1h date «lu -ç). On il faut , malgré ranéldila
(ij P«g. Co ei6i.
( '^ )
Cour, nous déclarer traîtres et parricides , ou l'ar-
ticle 878 du Code pénal doit recevoir son applica-
tion contre nos dénonciateurs (i). »
5". Quilj aurait j de la y art de la loi^ itiic cruauté,
manifeste , de placer celui qui aie malheur d'nyoir
cori/ioissance d'une consuiradon , entre robliga-
tion de révéler ^ sous peitic d'être condamné à la
réclusion s'il ne révèle pas , et la certitude j s'il ré-
vèle, d'être poursuivi par les prévenus en dom-
mages-intérêts, dans le cas ou il ne s'élhveroit pas
des charges sujjisantes ii l'égard de ces mêmes pré-
venus.
(( La loi ne contient aucune exception. Tout
homme acquitté d'un crime , cjucUe cpi'en soit la
nature, quel qu'il soit, a le droit d'attaquer son
dénonciateur, et M. le procureur général est tenu
de le lui nommer. Sans doute notre législation pé-
nale estLien imparfaite; mais ce seroit l'avilir (jue
de lui supposer une disposition qui cousacreroi.t,
dans un seul cas, l'impunité du calonmialeur...,.
Que le dénonciateur soit circonspect et tTemMant
lorsqu'il voudi-a dénoncer. Qu'il sache Lien qu'il
le fait à ses risques; que sa dénonciation, pour
qu'elle soit impunie , a Lesoin de sortir intacte des
trois épreuves de la loi (2). w
G". Qu'ainsi un révélateur n'est pasim dénon-
ciateur ; en fait, qii en appliquant cette distinction ,
il n'j a pas , dans l'affaire dont il s'agit, de dénon-
ciateur ; dit qu'il n'y a pas lieu d'accorder, etc.
Après avoir rapporté les motifs du refus, et le.s
moyens qui les combattent, c'est aux lecteurs à
prononcer. Cependant, nous nous permettrons,
dans un intérêt au.ssi majeur, quelques réflexions.
Il nous semble que ]M. le procureur-général se
méprendroitj s'il croyoilque les fonctionnaires jni-
bîics sont fornicllement exceptés du nombre des
(0 Page 48. (2) Page 55.
( '7 ) _
Ornoncîrtlenrs dont les noms doivent être acclarés
à l'accM-sr. Celui-ci n'a point, il est vrai , le droit
d'exercer envers eux l'action en calomnie; mais
l'arlicie AJU du Code d'instruction criminelle lui
accorde à leur égard , s'i/y a lien , la prise à partie.
Celte faculté seroit illusoire pour lui, s'il ne
devoit pas les connoître.
Une autre erreur à nos veux , ce seroit la dis-
tinction de M. le procureur-général , entre le
dénonciateur et le rcvé/ateiir.
Pour que cette distinction f»*t admissible , il
fauuroitque la loi eût entendu favoriser la délation
contre la maxinie : turpe est Jelatoris iiomcn . Mais
M. Bruneaii de Beaumez , membre de la commis-
sion de lé<^'ishilion, qui fut chargée d'examiner le
Code pénal , nous atteste le contraire. Il dit , dons
son rapport au Corps - Législatif , séance du iJ
février i.Sio: Pour (ju'ils soient fjiinissabti's , le
projet actuel exige (jue ceux qui n'ont pas révélé
aient eu connaissance des crimes de lèse-majcsli
ou de haute-trahison ; ce qui suppose , on plutôt ce
qui établit la nécessité d'une connoissance vÉni-
TAisLR , d'une connoissance ui':eli,e, d'une connois-
sance, enfin , tt île que la raison la conçoit , et qua
le jn^e peut f exiger.
Or, dans resj)èce , une pareille connoissance
n'existoil ni ne pouvoit exister.
J.es ré\élateurs sont donc passibles de l'action
«•n cnloiiinie ; M. le j>rocureur-généraj est con-
«é<piemnwiit ol)ligé de les iiomiuer; car il ne peut
pas f.iire entr'eux et les di'-nonciateurs , une <lis*
tincliuu que la loi n'a point faite.
Au reste , l'obligation de révéler n'est point
jiouvelle. .Notre ancienne législatif)n la j)rescrivoit
«ous peine de mort j mais elle réservoil h l'accusa-
teur le même sui)plice, s'il ne juouvoil point son
accusation. Ainsi, en 1617, le sieur<le (iigné eut la
léle tranché»' , \nn\T avoir dit sans fondoment i^xxeXe
TOMI IL — 14* LtVHAI»^. Sk
(^8 )
duc de Vendôme vouloit allenter à la personne du
Roi. Cette peine de mort étoit également infli-
gée ♦ ceux qui donnoient de faux awis^eu matière
de crime de lèse - majesté ; témoin ce garde-du-
corps au Roi que le parlement de Paris , par arrêt
du 1 ""^ février i ^65 , condamna à être pendu , pour
avoir faussement assuré qu'on vouloit attenter aux
jours de Louis XV (i).
C*est donc une jurisprudence constante qu'il
n'existe nulle différence , dans l'intérêt de l'accusé ,
entre le délateur et le dénonciateur calomnieux.
S'il en eût existé quelqu'une autrefois , le sieur
de Gigné et le garde-du-corps, dont je viens de
rapporter la condamnation , u'auroient pas man-
qué de l'invoquer pour leur garantie. J'ajoute
qu'ils seroient même restés inconnus, si les gens
du Roi , tenus, comme aujourdhui, de nommer
e?i Jin de cause les accusateurs, avoient dû , dans
l'accomplissement de cette obligation, excepter
un révélateur.
Mais Aoulez-vous sentir encore mieux à quel
poini linnocence se trouvoit alors rassurée contre
la calomnie, et par la rigueur des lois , et par la
sévérité protectrice de nos Cours .'iouveraiues?
Ecoutez.
jM. Julien Taboue, procureur général du Roi
au parlement de Chambérv , intenta une accusa-
tion de faux conti'e JMM. Pélisson, président, de
Roissonné prêtre , Gausserant , dit du Rozet-Lay ,
Ci'aftins et autres conseillers en cette Cour.
Le Parlement de Rourgogne , à qui la connois-
«ance de l'afTaire fut déférée par le Roi, déclara
les accusés coupables et les condamna. M. Crafflns
n'appela point de la sentence j mais ]\t!M . Pêîisson ,
Boissonne et Rozet sollicitèrent et obtinrent de
Sa Majesté une révision commi»e au Parlement de
(i) yid, le Répertoire uniyersel de Jurisprudence , v» Icse-
mafesté. '
^ (/9)
Paris. Là, les arrêts de Dijon furent d'aLorJ déclaré*
nuls; ensuite une instruction nouvelle commença,
liialgr»'- leî représentations des premiers juges.
Eniin, par ai'rêt du ii octobre i.3j(>, les pré-
venus sont absous des faussetés à eux imputées , et
.M. TaLoué se trouve condamné , pour réparation
de ces fausses et calomnieuses accusations , « à
N faire amende honorable au parquet de la Cour,
)» jour de plaidové et audience, à huis ouverts,
)» nuds pieds et teste, à 'genoux, en chemise, la
» corde au col , tenant en ses mains une torche de
>» cire ardente du poids de deux livres; et illec
)) dire et déclarer à haute et intelligible voix , que
» faussement, malicieusement, calomnieusement ,
va tort, et contre vérité, il a accusé et chargé
w lesdits.... , desditvs fauss^-tés, crimes et délits,
>» dont il s'en répend, et en requiert pardon et
» merci à Dieu , au Koi , à justice , et auxdiU.... ;
» et a ordonné et ordonne (jue lesremonslranceset
»• d(»léanc«"s par Irdit l'aboué présentées au Pioi,
"ensemble les moytnis de taux par lui baillés,
«seront lacérés et rompus en sa présence; et ce
M fait , être mené en l'état que dessus , par les huis-
M siers de ladite Cour, sur le penon et pierre de
» marbre étant au bout des grands degrés du Pa-
N lais, et illec faire paixille amende honorable : et
M du tlil lieu , mis en une charrette et conduit an
» pilori des halles de la ^illede Paris, parl'evécu-
» leur de la haute justice , pour y être tourné trois
M tours, et aprèr ramené en la conciergerie du dit
w Palais ( I ). »
•M. Taboue fut d'ailleurs condamné à fijire pa-
reille am<'nde hon«)j-able au parlement de (Gre-
noble cil il dut être mené sous bonn<> et srtre
garde; à élre perpétuellement confiné au prns «le
— ^
(i) yUl. If Hpjufil J';irrèls iiotiihlcs ite* Cours suuvcrainrs
«le Fritirc, par J. I'a|iun , loni. II, pn^. i loa. On trt^UTs
a la >uilc d« judicicute» rtiflexioa» <ur cet arri'.
( -^o )
Savoye; à deux mille livres pavi.sis d'amende en-
vers ie Koi , et l'on déxlara ses biens confisqués.
Cependant, hâtous-nous de tinir : c'est assez
démontrer, comme l'a dit Montesquieu, que la
liberté des citoyens dépend surtrtut de la bonté
des lois criminelles 5 et MM. Canuel, Chauvi<>nv
de Blot , de Pioinilly et de Piieux-Son.o^v en seroient
apparemment bien convaincus, quand l'expérience
qu'ils viennent de faire n'auroit pas été si cruelle.
Et qui ne frémit d'envisager à quel point la liberté
individuelle se trouve de nos jours dépourvue de
garanlies^Tous les esprits se troublent et s'alarment
avec raison devant cette idée terrible que la sécTi-
rité des bommes les plus irréprochables dépend
incessamment, parmi nous, de l'audace d'un
lâche , on de l'avidité d'un mercenaire; et soudain
l'intérêt particulier devient l'intérêt général. C'est
donc la société tout entière qui demande avec ins-
tance aujourd'hui qv.e notre législation crimint;lle
soit au moins rendue équitable. '
Eh quoi ! l'intention du législateur fut de l'amé-
liorer, en conférant aux Cours souveraines elles-
mêmes le soin de statuer sur le sort des pré%enus.
Il crut , rendus par elles ta la société, qu ils y rej)a-
roîtroient/Ja/'^- ^ et non eoinmects coupables adroits,
et quelquefois favorisés , dont la tache lï" est point
effacée dans lopin iou publique (i) ; et néanmoins
l'arrêt qui les absout n'aHesîeroitpas sans réplique
leur innocence , quoiqu'il soit motivé , selon les
termes de la loi, sur le défaut de charges suffi-
santes de culpabilité !
Ainsi, la procédure n'a pu servir de fondement à
l'accusation ; et cependant les prévenus resteroient
encore exposés", pendant dix années, à la sur^-e-
uance de 7iouuelles charges .'
(i) nd. le Rapport de la Comiiiis.sion de législation au Corps
Législatif, se'ance du 9 de'cembre 1808.
Mais si ces dix aus s'écoulent sans avoir produit
d'autres preuves , la justificalion des pvéveiius ne
stra donc jamais ahwlue?
Les maj^islrats les croient ])Ourtant ventres, car
ils ont satisfait à icuv conscience en les rendant à la
liberté} mais ï'cxistence, mais cette liberté , tout
cela peut-il être un bien , après qn^on s'est trouvé
sous le poids d nn(.' accusation horrible , si llion-
neur ne sort point de cette épreuve, plus éclatant
encore à tous les veux .'
Quoi I la sentence de leur libération à la main ,
ces prévenus demand<;roient vainement qu'on leur
fasse connoîlre brurs délateurs ! et ce refus barbare ,
il seroit aussi le partapje de ceux qui n'ont pas
même été conslilnés eu j)riK'cntion !
^on,ct ma conliancc ne sera point ^aine, n'eût-
rlle d'appui i\\\ç M . le procureur général lui-même,
dont i'iionore et le caractère et l'intégrité : non ,
ce finicst(î amas d'anxiétés et d'injustices ne résid-
tera point d«* nos lois ! La dignité desConrs souve-
raines, dans r«'vercie<' de la parti»; la plu*; iinpor-
tiintedc leurs altjibulioiis , ne sera pas abaissée au-
dessous de notre ancien jurv d'accusation} et les
prcvciiiLx , aussi bien que les hommes qui n'ont pas
été mis en f>rr\>eiitinn , pourront exercer l'action
en ealomnii" contre letirs (lélat<'urs, â l'éqal de Fac-
fusr (mjuilfc. Wxi ntùt , eulin , grâces à la justice pn-
teruelb- du Roi , la torture du secret, dȔt-<*lle ne
jamstis peser ipiie sur ties coupables , sera ravie sans
i«-lonr an caprice dt; l'arbitiaire. Ah ! du moins ,
rquès ces améliorations dont uns Clianibres ne snu-
ruieiit éli'e assez procliaineincnl appelées à s'oc-
cuper, la fttrf'fctihiltfr i\v ce (ju'on appelle a\ec
tant d"«trgueil le siècle des lumières , n«: sera jdus ,
en matière rriniinelle, l'eflroi de l'innocence el le
^caudale Af l'iuipuniti^
Il I V Ks, As^ocal-sta^iairc. a lu Cottr roj aie
ih' Paris.
( ^^ )■
REVUE D'ÉTRENISES.
Si les incrédules osent encore révoquer en doute
les hunicres du siècle, ils ne peuvent du moins
nier sa gcncrosité. Son prédécesseur, surtout vers
sa fin, étoit un peu enclin à prendre. Bien diffé-
rent, celui-ci aime à donner. Comme unLonpére ,
il met sa joie à partager ses trésors entre ses enfans.
On diroit qu'il ne les a amassés que pour eux.
Gloire , plaisirs , richesses acquises , recettes pour
en acquérir, métliodes pour les conserver, svstèraes
presque neufs, constitutions variées, renomnwrs
de toutes sortes , immortalités à bail ou à vie , rien
ne lui coûte pour satisfaire nos moindres capi'ices.
^lais c'est particulièrement aux approches du jour
de l'an que la miniificence du siècle éclate. II ofîVc
des étrennes à foison. Toutes, il est vrai , ne sont
pas gratis, ce qui seroit encore plus généreux;
mais seroit-il raisonnable d'exiger qu'il se ruinât
pour nous? C'est beaucoup qu'il prodigue son
esprit à varier de mille manières les cadeaux qu'il
nous cède à si bas prix; et il y en a pour tous b s
goûts , toutes les positions, tous les partis , excepté
toutefois pour ces pauvres royalistes que le Siècle
néglige un peu dans la distribution des grâces ;
mais ces bonnes gens sont en si petit nombre qu'il
€st assez naturel qu'on les oublie.
Nous allons, imitant les caprices de sa bienfai-
sance, passer une revue oii nous mêlerons, sans
égard ])our les rangs, les objets tels qu'ils se pré-
senteront à notre mémoire; comme dans ces ma-
gasins à la mode (qui sont aussi une création du
siècle ) on voit la bagatelle sans valeur briller sur le
même ravon quelebijou duplushautprix, et jouir
de cette cgalité absolue que ce bon siècle n'a pas
encore pu établir ailleurs.
Et^ pour commencer ])ar l'une de ses plus belles
igonceptions, adfljirons combien les feuilles indé-
( 23)
pendantes ont redoublé dr 7»lc pour végalrv di-
Ujnemrnt leurs abonnés! Les derniers numéros
oflrenl, dans une merveilleuse progression démo-
cratique, toute la kviiellc des mots magi(pies du
hou tcnt])s, A chaque page, on lit : InLîréls révo-
lutionnaires, Droits des peuples j Devoirs des
Bois j liherlc , cp/ilitc , fraternitc (Ou la mout
n'a ])as encore paru ; c'est sans doute pour l'année
j»roclinine : on ne peut pas tout donner en un
jour.) Ces termes d'argot rehaussent admirable-
ment les pensées et maximes de 92, rafraîchies à
l'usage (\v. 1819, en conservant à leur nouvelle
publication un je ne sais quel air de vétusté qui
les rend h)ut-à-i"ait respectables. A vrai dire, il
s'y mêle de temps en temps de légères nuances,
selon le vent qtii souffle , le l)ruit (jui court. Dans
la dernière quinzaint» de décembre , on y a remar-
qué une certaine audace suppliante, une forfan-
terie elVravée , qui , auv Irois couleurs d'h'^bitude ,
en ajoutoit une (jualriéme très-pi Itoresfjue. De-
puis le jour de l'an , elle a disparu , et les trois
premières ont triplé de vivacité. IMaintenant elles
•sont éclatantes : on diroit qu'un marché a étéi
passé avec u/i triufiin'rr pour les remeltn; à neuf.
Dm reste , rien n'<vsl négligi* pour satisfaire les pi us
difficiles. On trouve deux lois j)lus d'obscurité
spéciale que de coutume dans les amphigouris
politiques de monsieur B. C. 5 la prose légère de
monsieur K.... a pins de poids rpu- jamais. Tel
autre a re«l(Miblé d'outrages contre le gothi([ue
sens-commun et d'injurf's contre la vieille gi-ani-
maire : c'est un luxe insob-nt. Si l'on n<' connois-
soit les ressources de ces messieurs, ce seroit 4
craimlre une faillite.
D'autres journaux , avec urn^ olistinntion 'h*
désintéressement bien méritoire , continuent tlir-
<lresser leurs numéros ou radeaux à dlionnétes
gens qui les re«;oiveut à leur corps défendant ^
iQais qui ne les lis4-nt pas, mRlgrt' le bon niarchû.
( ^4 )
Or, puisqu'il e^ft prouvé que nu'iue tenvoi gratis
ne réussit pas aux rédacteur.-.^ ne pourroient-ils
pas sahonncr pour avoir drs lecteurs? L'appât
du gain est bien puissant. A leur place, il n'est
pas de sacrifice que je ne voulusse faire pour dôft-
per enfin un peu de publicité à ma leuiile pu-
bliqne.
Un \o\\x\\?ii fran cais , imprimé en anglais en An-
gleterre , et qu'on noramt* Je Moruiiig-Chroiiicle ^
avoit aussi voulu donner des étrennesàsesleçteui-s
insulaires et autres. En conséquence, il ayoit fait
une magnifique commande sur le continent. Il at-?
tendoilune bonne conspiralion. L'Espagne devoit
fournir la maliere preini'tre ^ et un rovaume voisirj
se charger de iajaçon . Il ne s'agissoit de rien moins
que de mettre le roi Ferdinand en fuite ou en pri-
son , de pendre tous ses ministres (ce qui eût été
pourtant d'un dangereux exemple), de brûler toute
l'inquisition , qui , comme on sait , brûle chaque
jour tant de monde; et à la clarté de ce feu de
joie 3 de cette illuininalion philosopJdque ^ de pro-
clamer le Libéralisme P>oi des Espagaes et pes
Indes. Malheureusement, la matière première a
manqué. jNos ouvriers, qui ne sont pas encore
aussi hal)iles que le Créateur, n'ont rien pu faire
avec rien; et le Morning-Clironicle a été réduit à
jinnoncer ai^x deux hémisphères qu il s'étoit livré
trop tôt à une joie pqnifjue , et que la nouvelle
était trop agréable pour être vraie.
ÏSospf'tits théâtres, qui ne se piquentpasd'inv(>H5
tion, ont pourtant fait une découverte qui leur per-
nietde donner des étrcnnes chaque jour de l'année.
Ils ont avisé, parmi leurs spectateurs, surtout parmi
ceux qu on no mmc les habitues dit lustre, un instinct
d'héroïsme martial tju'on n'avoit jamais soup-
çonné cliez ces messieurs. Depuis que la paix est
faite, c'est leur foible : aussi , c'est par là qu'on
jes prend. Pour assurer le succès d'une nouv<^auté ,
il suffit d'y jeter à tout propos , ou même hors de
( ^5 ) .
tout propos , un couplet dont la^ensée est indif-
férente , pourvu qu'on y fasse rimer ^iiirricr» et
lanriets j et que la flctoire conduise la Gloire au
temple de Mémoire. A ces mots, l'euthousiasrae
éclate en voeiférations , en trépii;nemens belli-
queux Cette découv'erte sera fort a\antageuse
à la France ; car bien certainement , ceux qui , la
veille , aurolit manifesté au théàti'e des sentimens
aussi i;uerricrs, se garderont bien , le lendemain ,
de vouloir éluder, à la préfecture ,1a loi du recru-
tement forcé.
Les grands théâtres traitent moins magnifique-
nieut leurs lialjitués. Les Fraurais dorment, pour
se reposer de leurs longs voyages (i). FeydeauoiTre
au public des premières représentations qui en
alLi'udent de secondes, et des seconds talens qui
en alUndcnt de premiers. L'Opéra, depuis que
M. Rouillv adouué sa Jeux Floraux hM . Aymon,
et que , pour ne pas demeurer en reste , M. Aymon
a dvnné ses noies à M.l^ouillv, l'Opéra nous doit
toujours un (»u>riige, puisqu'il n«nis avoit [>romi.'»
un jMiéine et de la musique. Ce n'est »|irun retard.
L'Odéan use des droits des pauvres gens; il ne
donne rien, mais il reeoil. iNL ilv. Prarlv vient de
lui adresser une brochure (r>.)pleinc d'observations
justes, de raisonnemens pressaus, de sévères re-
proches , et (jui oRVe cela de singulier , (ju'on dit
que l'annonce n'en a pas été peiinise dans diveis
journanv. L'Odéou seroit-il donc aussi une puis-
sance .' In tout cas, c"«vsl lit jiri'mière (jui manque
de <(>urlis;ins. M. de Prarlv n'en CTi'ossira pas le
(i) ïj.t |»rcfni«'r«- re^ircicriljlion di: la l'iltr, tl' Honneur
n'»y.int éU- donin'r qur !.•» >cille du jour Ae l';in . rcUi' (liécc
n .T pu ^(rc une ètmine «|uc nour un petit noinbio d'olut , et
iiuu» n'en i-Uons pat. D'unllLur», cet oima^c , p.ir suit c1«:im1uc
«t *on kucrc* , ne ptul ilre exaiTiin<- «l.ms niic re*uc générale:
U Consrn'tilrtjr en rf ndra un < uniptc p^rtirulirr.
(a) f.'nruitJ.-riUioriM titr tes Thrtitn-i , rt <lr la Vectâfilt^ d'un
tfconj niiaite l''runt;an ; imt M. de Piarly. lirortmic in-8".
A i'ari», rlitrt l)«i.iuiij) , FalaM-Buy.<l ; cl clu-i Ir MctiUJnt,
ru« ii« Srinr, ti" 8 '
_ ( -6 )
nombre. Ses conseils pourront paroître niêine un
peu amers ; et s'il les lui donne pour étrennes, à
coup sue ce sont fies bonbons fVattrape.
En rcvanclie , \u\ nouveau théâtre vient de
s'établir dans la salie du Colléqe royal de France.
Ou y joue la tragédie d^mc façon très-comique.
La troupe, qui n'est pas ricîie, a cru pouvoir se
])a.sser de décorations et de costumes. Les socic-
tuires débitent leur affaire en habit bourgeois, et,
pour .se ménager, ne parois eut qu'ii// à un. La
plus sage économie a présidé à toutes les parties
de celle entreprise : c'est véritablement un thcdlre
h la Ram fard. M. Tissot. pour son début, a donné
à lui tout seul , et au hcnêjice de la Minerve, une
représentation de la fameuse scène, de la scène
unique du Bélisaire de ]\L Jouv , son camarade.
Mais soit que Isl. Tissot n'égale pas encore son
confrère JNL Talma , soit que la scène partit moins
intéressante que celles de Warwick et auii'es
pièces où elle est puisée , Vautexir et l'acteur n'ojit
pas eu à se louer du public*.' Il est dommage que ,
pour regagner ses bonnes gTaces , on ne lui ait pas
déclamé à la suite quelques fragmens de 1' Ultra ,
ou la Manie des ténèbres, comédie en un acte, en
vers, dont la représentation na pas été autorisée
par le ministre de la police ( i ) , mais dont il paroît
que INL le procureur du Roi a autorisé la publica-
tion et la vente. C'étoit déjà une double ressem-
blance avec Bélisaire , qu'on a aussi défendu de
jouer et permis d'imprimer. Pour la rendre com-
plète, il eut été piquant d'en doniier également
un échantillon aux; auditeurs du Collège royal ; et
tout ]X)rte à croiie que la Censure ne se seroit pas
montrée plus récalcitrante pour lune r^ut:' pour
(i) Extrait du litre de l'ouvrage. On le trouve chez l'Advo-
cat, libt-aire au Palais-Pioval. 11 se vend aussi sur le* Boulevards,
où Fauteur dje cet ailidc l'a pavé soixante centimes, quoique
le prix ordinaire de res sortes d'ouvra!;es soit de 25 sols; niais
le bon marche' est cliose si tentante ! et que ne feroil-on pas
pour populariser les luiuieres !
( ^7 )
Vaiîtic pitce. Gracos à ellf , le pul)lic eût fait con-
noissaiice n\cc la comtesse des Hiboux elfe niar-
rjiiis DF L'ETF.iGNOin , vrntraiit iliez lui, aiirès
viiif^l-ciiiq an.f d'exil en Russie et ailleurs , et uont
on traci' ainsi le portrait :
II a des fredi'rirs . des roubles, des couronnes ,
Mais pas un s<miI louis . pas vv napoléon.
S;ins Classe il ni'cnln-tient des Cosaques «lu F3on ;
Jlconnnil LA CbimÉE, et sait par cœur l'Ukraine.
Il nous .st'îoWc (£ue la Crimée est u-n détail de
l/)ealilé bien étrangement elioisi. Il laut <|u il .''it
écliajipé à Tallcnlion de M. le procun ur du Pioi.
Hlontinuon^ le j)orlrait :
Intolérant , rru»;! , despote en polîliqno ,
il veut tout mesurer a son roinpns étroit.
Sa plus forte manîe est toutefois d'éteindre. . .
Ah! monsieur le marquis a manqué son métier.
Il auroit fait, sans doute, un excellent pompier.
YA ])1u.s If (in :
No.^ soUl.nls n'aiment pas ces ol)scurs vi'téi'nns.
()ni ne servir» nt point au milieu de leurs rangs;
Qui comptent leurs aïeuv, ii défaut de bles>ure :
JU U feront sauter ( le marqui.> ) sur une cnm-erture.
Cedcrnier trait est tVun atficisnic clélicirux. Enfin .
généralisant la peinture, Tauteur ajoute :
lis sont juçés res prcns, de loin soufflant Torapc ,
Kirangcrs a iioj ninMirs, ninime ;i notre courage,
Kt <|ui , nous eonteslaiit riidiineur de niit combats,
Se rouvrent de laiiriirs (|u'i!s ne cueilliienl pas,
<^)uoiqu'ils aient , itar ifeiir fi>i(, et sans prendre la fuite .
linl\tl,siu'(lcsJi>uty;ons, d'une |;loire — à la suite {t).
C'est-à-dire à la suite t/u liai. Onr je ne saelie pas
ipie le.s ro>alislcs éan'fjrés, qu'on >eut tiésit^nt-r
ici , se soii-nt jamais mis a la suite de per.sonne.
An fru , ils ont toujours été ii la trie ^ vi c«'ux (pii
• le.s ont enriihaltuA le .vivent l)icn. ( Ir n'e.st (jue
lorsque Irui.s l'rincrs, rappelés par la Franee ,
n'ont plus en que des lénioi^'nat;es d'amoiir à y
recevoir, (]iie les \aleur<Mi\ serviteurs \ .sont
(t) Ces truij mois sont *ouli(;né< d ms la pièce.
( 28 )
deux fois rentrés derrière eux. Mais, à coup «ûr,
les fourgons sont encore de trop ici. On n'en a pas
besoin quand on ne rapporte que son épée , sa
fidélité, Foiibli de beaucoup de malheurs, et
peut-être un peu dVspérance Car alors, ils ne
pré vo voient pas qu'on laisseroit railler publique-
ment ce noble et touchant cortège des Fils de
saint Louis. C'est encore là une distraction de
M. le procureur du Roi : mais celle-ci est bien
forte.
On pense bien que l'auteur n'a pas manqué une
occasion si opportune d'injurier les moiues , les
séminaires, les curés, qu'il ne trouve pas même
bons pour transmettre au pauvre l'aumône du
riche. La Charte elle-même y est traitée fort ca-
valièrement. Le marquis, après avoir ironique-
ment répondu, par tj'ois fois , aux demandes
extravacrantes de sa maîtresse :
La Charte ne dit pas un mol de tout cela ,
en reçoit pour toute réponse :
Elle dit ce qu'os veut. Marquis, commentons-la-
Troisiènre distraction de M. le procureur du Roi.
Il est bon d'observer qu'une partie de ces dé-
g^oûtantes impertinences sont partagées entre un
\alet, et un maîti'e encore plus valet, jeune
colonel , héros de l'auteur et de l'ouvragé, et qui
est bien le révolutionnaire le plus intrépidement
grossier que les successeurs du Père Duchêne aient
encore fait parler. C'est en outre un terrible logi-
cien. Quand le marquis lui dit : « et pour quelle
raison insulter ma noblesse ?•>•> il répond : a Quelle
raison ? mon sabre ! « D'après une aussi excellente
a-aison , on ne sera pas surpris que ce colonel
FRANÇAIS vienne en France j en temps de paix,
camper militairement avec tout son régiment dans
la cour d'un château , dont il menace sans cesse de
raser les tourelles , et qu'on finisse par mettre le
feu à ce pauvre château, dénouement qui n'est
( ^9 )
pas neuf, mais quî déjà a fait fortune. Pour cou-
ronner IVenvre , le héros dit, eu chassant le
marquis, lequel pourtant n'est pas chez le citoyen
colonel :
Vous arcï traJii voirc pairie :
Allez porter ailleurs une lèlejlétrie.
Cela s'accorde avec un projet (jue certain journal
avoîl laissé entrevoir de niettrt; une certaine classe
d'hommes hors de l'Etat. Et voilà pourquoi nous
rc'jrettons que le Professeur-sociétaire du Coliéffe
royal n ait pas appuyé sa scène tragique de cette
scène comique. Pour la force de la pensée, la ])U-
reté de la doclrine, elle valoil bien le monologue
de la représentation suivante, snrXv'i Egarernetis
de 1793 et la Terreur de iMi5, et elle avoit sur
lui l'avantage du style, les vers, à mérite égal,
devant toujours l'emportf-r sur la prose.
Hier et yiiijourdliui (1 ) sont des étrcnnes d'un
genn* Lien diftVrent. Celles-hi ne plairont f[u'aux
hommes dr goAt; car c«' sont des satires où l'on
trouve de la malice sans méchanceté , des portraits
sans personnalités, beaucoup d'esprit , mais aussi
du bon sens, pas' moins de politicjue que la mode
n'en exige , pas plus <|u«' les .Muses en permett<'nt.
CeA satires sont agréablemrnt coupées par une
pièce de vers, dont .M. le docteur Ahbert, homme
d'esprit à qui elle est adressée, a dû être fort con-
tent, Cliacun des morceaux de ce joli recueil est
«emé de vers facih's, naturels, d'un exc«'llerit ton,
et tous sont r«>éliis d un stvie couslaïuuieul //vi/;-
rais, dans la drmble acception du mot.
Avant de cjuitter les hommes de goût, faut-il
les avertir que !M. de Saint-Victor vient de leur
donner potir étrennes la troisième édition de sou
(i) Hier et Âujourd'luii , saliro» , avec ctVXf. épi(;rapbe :
Nt Qoiu lullunt doar pAi ^ vo^oiit tAoi iDilule(uc4
L'tlat dr Qolrc contrirurf
l.> KuliTAllll.
Brorhure in-8**. Prii ; afr. 5o rrnt. A Pari*, chcx Deiaanay,
libraire, au I*alais-Ro)al ; cl clici le Noriuaul, rue de Seine
_ ( 30 )
Anacréon (i)'' ^^^^^ tous ue la possètlcnt-ils pas
déjà? Sans doute 5 ruais tous voudront avoir la
nouvelle verî.ion , qun l'auleur a trouvé le secirt
de rendre plus pari'ailo encore. Ces erabellisst^mens
nouveaux sont touc ce que nous pou\ons leur
annoncer. Car leur parler du fond-de cet excellent
ouvrag'e , du mérite de celte traduction , si liLre
dans sa fidélité , si à son aise dans son obéissance
au texte , qu'on est toujours tenté de la croire une
création; leur vanter la pureté, la grâce , la déli-
catesse du style, en un mot ce sentiment exquis
de riiarmonie, qui seul dislingue le vrai poète du
versiiicateur , ce seroit répéter ce que tout le monde
a dit dés la ])remiére édition. D'aillevirs nous ne
vopJons parler ici que des productions du dix-
neuvième siècle , et quoique celle-ci en porte la
date , tout en elle semble fixer sa place parmi les
ouvrages du dix-septième.
Signalons eii finissant une nouvelle récolte sur
laquelle nos cultivateurs ne comptoient pas. hes
Letlres auoiijincs ontbcaucoup donné celle année.
C est une branche de commerce cpii fait d'immenses
progrès. Pour peu qu'elle s'étende encore , il fau-
dra songer à la metti'e en ré^ic , toute grande
entreprise d'utilité publique devant être soumise à
l'inspection de l'autorité. Alors, le Conservateur
fera valoir ses droits à une part du produit net;
car il contribue singulièrement au débouché des
denrées. Chacune de ses Livraisons fait cclore une
édition manuscrite d'épigrammes en prose , de
niaiseries en vers, de menaces, d'invectives, qui
nont pas de nom. La pacotille est distribuée il
domicile aux victimes choisies par le courage y^n/-
dent des entrepreneurs. Mais les vicliuu'S voyant
(i) Odes d'yinncrcon, traduites en vers sur le texte de tjrunck;
par J.-B. de Saint-Victor, nvec cette épigraphe :
Kee, si guid olim lutit Anacréon,
Dc/i.it rrtas. Hokat.
Troisième édition . revue et corrig«'c. Prix : 9 f. , et lo i. franco^
A Paris, chei H. ÎN'icoUe, rue de Seine; et chez 1« NorinanL
( 3i )
que, depuis trois mois, elles ne s'en portent que
mieux, préviennent ici que, durant tout le mois
de janvier, elles continueront à recevoir ces
primes cieitcoura^eincnt en qualiié de lettres de
bonne année , et mèiue de Lon aui^vire.
Le Comte O'Mahony.
DU CONSERVATEUR.
11 y a trois mois que l'opinion royaliste étoit la
seule en France qu». n'eût point un organe. Les
opinions révolutionnaires parvenoient aux deux
bouts du rovaume , f^vac-*; à une multitude de])am-
phlets, toi:S })lus ou moins démagogi({ues. L'opi-
nion ministérielle, <(r^ce à la censure, niarclioil
soutenue par toute l'artillerie de ses journaiix , et
parcouroit rapidement les distances. En vain ce-
pendant clierclioit-elle î» s'établir : elle Ijouvoit
vépidsion partout , sapjmvant tantôt à «lioite ,
tantôt à jjauclie , caressant le leudemain ctWui
t|u'elle avoit blessé la veille; elle n'in«piroit nulle
confiance, et restoil toible, parce qu'il y a toujours
foiblesse dans une position fausse. Cependant ,
elle pou\oit , ainsi que l'opinion révtdutionnaire ,
tirer parti du .silcnte des royalistes, p(»ur ar-
guer de leur petit nombre : aussi le l'aisoit-elle ;
et maint journal censuré bornoit les royalistes à
quelques exagérés; maint pamphlet à quelque
lifjure féodale ; aujourd'hui , ceci sera un peu
changé. Le Comcnutti-iir a ouvert une porte à
tous les homme-s monarchique;, et sui-le-eliamp il
a reeu de tous côtés les preuves de l'esprit de ro\a-
lisme (lui domine.
Son but est devenu le but «le la France. L'apj)el
qu'il a fait a été partout entendu, et chacun s'<;st rni-
pressé de travailler ri de coopérera une entreprise
qui aélé unanTineiuent regardée comme coii>erva-
trice deso|>iuions iiionarchi({ues.Lesmatériaux (|ui
nous ont <.'t«i euvo} «« ont p1usqu« sulli au travail du
( 32 )
Cônxervaleur ; et leur aLondance nous a souvent
donné un regret, celui tl'j'tre obliges do mettre à
l'écart beaucoup d'articles remarcjuablcs par
leurs .saines doctrines et par leur bon esprit.
Nous aimons à exprimer ici ce regret aux per-
sonnes dont nous n'avons pu signaler le zélé.
C'est ainsi que dans peu de temps le Cotiser^
valeur s'est trouvé réellement à la tête de l'opi-
nion royaliste. Le nombre de ses abonnés s'est accru
chaque jour, et il est également lu par le foible
pour lequel il est un soutiin , par l'homme de
bonne foi qui ne demande qu'à être éclairé , et par
l'homme ferme que les trij)ulations ne font point
varier, mais qui soupire après la justice. Et ici,
il y a une chose bien remarquable. Le succès du
Conservateur ne peut être dû, ou qu'à l'esprit
royaliste se trouvant réellement en majorité, ou
au talent des hommes qui concourent à sa rédaction .
Dans les deux cas, la solution seroit également
pénible ])0ur c^ux qui n aiment pas les royalistes.
Car si l'opinion royaliste est en majorité, quelle est
donc la force de l'opinion ministérielle ? quelle est
celle de l'opinion révolutionnaire? pourquoi par-
fois soutient-on l'une, et pourquoi cherche-t-ou
à établir l'autre, si le royalisme dévoué sans pré-
tention , offre au gouvernement le vœu de la ma-
jorité , et 1 appui de tout ce qui fut fidèle et de tout
ce qui est intéressé à la paix et au repos? Si le
succès du Conservateur est dû au talent de ceux
qui y ont travaillé ( ce que nous ne croyons pas ) ,
il faudroit donc convenir que les royalistes ne sont
pas des imbécilles , car le Conservateur a imprimé
ce qu'on lui envovoit de toutes parts ; sa rédaction
n'est point confiée à ces hommes qui ont l'habitude
de diriger des ouvi'ages politiques, et auxquels
des talens reconnus ont acquis depuis long-temps
des droits au suffrage du public. Or, convenir que
les royalistes ont de l'esprit, ne seroit-ce pas une
contre-révolution? Accorder que le royalisme est
( 33 )
en majorité en France , ne seroit-ce pas un retour
à toutes les idées gothiques? IN ous laissons la solu-
tion (11! ce dileniiiieà ceslioinraes habilesqui, depuis
vingt ans , eherclient à prou ver qu'il est jouiMpiand
il lait nuit, et [>oui'les(jui*ls les cojitradictionslea
plus bizarres n'ont jamais de difljcullés. Ft remar-
quez que chez un peuple où les idées ré>olution-
naires auroient un emj)ire réel, /e Coitsersatciir
auroit inutilement tenté la propagation de sus
priucij)fs j car, par leur nature même , il doit frois-
ser les passions , paroître sévère par sa pureté , dé-
masquer l'hvpocrisie, flétrir le vice, parler religion,
morale , honneur , et certes une nation corrompue
se refuseroità entendre un tel langage. Le désavan-
tage d^ Consc/i'dtcur seroit donc évident dans
celte hypothèse , au]>ri's des ])ani])hlets qui chtr-
chent à exalter loules les passions, à enivrer la
jeunesse par de pernicieuses doctrines, à remuer
toutes les ambitions, à ériger le vice en vertu , et
la tolie eu sagesse'. Son succès prouve donc évi-
di-iiimcnl <ju<: la France; n'est pas UWc que les ré-
volutionnaires \eulenl bien la dépt:indre. Depuis
qu'il a paru , il a été en butte à des attaques coju-
binées : les journau.v ministériels ne l'ont cité que
fiour faire feu sur lui , comme les pamphlets révo-
ulioniiaires. Il a laissé parler les uns elles autres :
il n'a j)as à renu.rcier pour des louanges- i: ne ré-
pondia pas aux injures. Sa])Osition le lui délend ;
il auroit tr(qj d'a^antages : il n'y a pas de gloire,
par exemple , a repousser Jes diatribes de tel arle-
quin polili([u«' , dont timt le mérite* consiste a avoir
impudemment porté tontes les livrées, honteuse-
ment subi toutes les ser\ i Indes. Il va ])eu de. succès à
ne Irionijther <|uedu ridicuie on de la ni a u va i si' toi.
Ia' Corism'utftir n- taira donc. Toulelois, l'on a
répandu un bruil au([uel nous \oulous bien ré-
pondre , parce que /e Conservateur seul n'est pas
intéressé a c«" (|u'ii soit repousse. On a dit qu'une
'ÏOMUL II. — 14*^ LlYAAUOD. i
_( ^4 )
■personne avoit pris à elle seule mille ou douze-
cents abonjitnicns. Nous invitons ceux qui le
croient à compulser nos registres qui leur seront
ouverts : ils y verront plus d'abonnemcns peut-
être qu'ils ne voudroient v en voirj mais ils
n'y en verront qu'un par individu. Les royalistes
ne sont plus assez riches ]jour lutter de sacrifices
d'argent avec les hommes de la révolution : mais ,
comme il y a compensation à tout dans ce monde,
le royaliste n'cchanf^^eroit pas sa pauvreté contre
mainte opulence. Elle est pour lui l'apanage de la
fidélité j il la transmet avec orgueil à ses fils; et
certain qu'ils ne rougiront pas de lui , il emporte
dans la tombe l'assurance que , comme lui , ils
mourront fidèles à leur Dieu et à leur Roi.
Divers ouvrages s'annoncent pour marcher sur
les traces du Cori<rer^atcia\ L'opinion royaliste
long-temps comprimée, et maintenant fortifiée
par lui , se prononce, et Ton nous a envoyé difFé-
rens prospectus, que les bornes de notre Recueil
ne nous permettent pas d'insérer, mais dont nous
donnerons avec plaisir une idée à nos lecteur,»;,
M. Gide fils , libraire , rue Saint-Marc , étoit
éditeur d'un ouvrage appelé le Correspondant ,
écrit dans des ide'es religieuses et monarchiques.
La censure n'en permit jamais l'annonce dans
aucun journal. Le plus récalcitrant, comme le plus
servile , ne pe\it parler que d'après elle. Ce qu'elle
trouve mauvais, il faut qu'il le blâme; ce qu'elle
approuve , il faut qu'il Je loue : et si, par hasard ,
quand la censure improuve,le blâme n'estpas à côté
de la chose citée, le journal est sévèrement admo-
nété 5 nous serions bien tentés de croire que ce inal-
lieurest arrivéà la Quotidienne , pour avoir eu l'im-
prudence d'annoncer deux ou troisnumérosduCon-
servatcur , sans y ajouter de commentaire. Depuis ce
temps , elle est muette à notre égard, INous la plai-
gnons , car Iç silence n'est pas une chose volon-
( 3J )
taire chez elle , quand il s'agit d'nne cause qu'elle
a toujours bien et vaillamiuciit (.léfendue.
M. (jidc annonce aujourd'liui la suite de son
Corresjfo/i(/a/2t . (jiii parollra en un volume de Joo
f)af;es, divisé en plusieurs livraisons. Le titre pourra
)ien en eflaronclier quelques personnes, car ils'iu-
1 i l ulera P Ultra-Royaliste; et il prétend prou ver que
i ulira -royalls.ne se compose d'amour , de resfject
pour lu relif^ion de l'Etat , pour la vvtité, pour la.
saine morale , pour le Roi légitime , pour les lois
t-manées de son propre niomyement. , et pour les
pouvoirs politiques qu'il a créés. Que deviendrions-
nous , graud Dieu , si tout cela alloit s'établir?
L'Ultra-Kovaliste s'occupera spécialement desy^er-
sonnes et dcsjaits. Des personnes ^ non pour les
calomnier , mais pour les protéger contre la ca-
lomnie ; dos faits , non pour les exagérer et les en-
venimer, mais pour les réduire à leur juste valeur.
Cet ouvrage sera donc plutôt un recueil défaits et
tle pièces qu'un ouvrage polémique. Toutefois il
ne sera étranger à rien de ce qui se rattache à la
polilicpie : <livisé en plusieurs paragraphes , il
.s'occupera aussi de l'instruction publique, de la
littérature, et d'une revue de tous les journaux.
Le noui de ^L Ciide esi déjà la l'ecouimandation
desonou vragr. Vn 'h- nos correspondansdu dépar-
tement df In liautf'-Ciaronne nous envoie aussi le
]>rospectns d'un journal (jui sera intitulé le Journal
des Journaux , av<'c cette épigraphe : Un chat est
un chat , cl Rnllet un fripon. Si l'épigraphe tient
par(d»' , <pu' (!<• vérités u'uiira pas à dire ce j'humai '
//'■ Consrr\'alrur nuia donc svy\\ h j)rouvfr iino
•\érilé , qui l'étoil «ié|ii depuis |(iug-t<'nips pour tout
homrne qui a réfléchi sui' la révolution, et qui con-
iioît un peu la France j c'est que le royalisme s'y
trouve appuvé sur des bases indestructibles : et
(|uelle forer n'a pas une opinion <jui a résisté et
survécu à trente annécA d'orages et de persécutions !
(3G )
Au commencement de nos troubles , on pendoil
les royalistes comme aristocrates 5 depuis, on les
a traînes sur les échalauds , on les a dépouillés 5
aujourd'hui on les repousse 5 auLesoin même, des
correspondances honteuses les signalent comme
des conspirateurs : on les emprisonne , n'importe ■
pas un ne cliange. Pourquoi ? Parce c£ue leur sen-
timent s'appuie sur la ioL, sur l'honneur de leurs
pères , sur cette religion sainte qui unit depuis plus
de huit siècles la faniide des Bourbons à la grande
famille. Dépend-il de quelques intiniment petits f
qui n'ont de puissance que celle qu'on leur per-
met d'avoir, de détruire les rapports qui firent si
long-temps la prospéri té de notre patrie ! Le jour où
on voudra soufiler sur euv , ils disparoîtront , et il
ne restera rien ni de leur pouvoir, ni de leurs fausses
doctrines. Il y a quelque chose de plus qu'humain
dans ce sentiment , qui fait battre le coeur d'un
Français au cri de inue le Roi ! Aussi , quoi qu'on
fasse , on ne peut avoir de repos en France qu'avec
la royauté, etla royauté ne peuts'établir qu'avecla
légitimité. Cette vérité doit être aussi péni])le pour
les révolutionnaires , que le désappointement
qu'ils ont éprouvé en voyant la fausseté des bruits
qu'avoient répandus leui's pamphlets favoris sur
les prétendus troubles qui agitoient l'Espagne. Ces
philauthrophes , qui ne parlent que d'humanité
et de tolérance , se réjouissoient de voir xn\ Koi
fuyant de sa capitale , et tout un pays en feu ])Our
l'établissement de leurs principes chéris. Les mas-
sacres , les meurtres qui aiiroient été la suite d'un
tel mouvement, auroient été le développement
des idées libérales , et on sait que , quoi (ju'elJes
coûtent , on doit les trouver à bon marche, ^nc,
les révolutionnaires en prennent cependant leur
parti 5 l'Espagne est tranquille et restera tran-
quille ; mais ils ont un dédommagement ; une
nouvelle affliction pèse snr un Bourbon ; la Bcine
fl' Espagne est morte. Jeune, adorée de ses sujets,
( 37 )
rllc laisse do s vo "frets universels : son pavs est eu
deuil; et nous-, nous pleurons sincèrement avec
le monarque qui voit ainsi la Providence éprouvej-
encore sa j)atience et sa résignation. Ce ne sont
pas les rovalistes qui peuvent rire iuscnsibles à hi
douleur d'un (ils de J.ouis XIV, M.. C.
Paris, ce 8 janvier 1819.
L'époque où nous vivons est essenliellement
propre à l Histoire : placés entre deux Empires dont
l'un finit et dom l'autre commence, nous pouvons
forer égilemeut nos reg irds sur le prisse et d. ns
avenir. 11 reste encore assez de monuuiens de
1 anL-ieune monarcliie pour la bien connoîire , tan-
dis que les monumens de la monan liie qui s'élève,
nous olVrent au milieu des ruines , le spectacle
4 un nouvel univers. INous-mémes , avec np . mal-
heurs et nos crimes , nous venons nous pl.icer dans
ce tableau ; et du moins , si notre siècle est pou lé-
i'und en ^raiuls liouimes et en grands exemples, il est
fertile eu gr.inds évcnemeus et eu yramles leçons.
Ku atieud.iut que V IJisLoirc fasse de nous des
persoMuayes, les Alcrnoircs nous ré^li.menl pour
des porir.iiis : le cardinal de Lez peut nous
peiudre avant que Tacite nous juge. Ce sera un
table !U curieux que celui des quinze jours qui
viennent de s't-ioiiler. Un minislère usé dans l'opi-
ui(ju , périssoil par ses fautes et p.ir ses teuvres.
L'Europe, irompic si lony-temps , s'ctonnoii que
l'eitpérieu' e condamnât un système jus(|u';dor.s pré-
conisé comme un cUef-d'ccuvrc de s «gesse. La
Fr.'ure s elfrayoit de la renaiss.m'e des principes et
des liomnuvs ré\(>lntionniires. Ce qu'on asoit prévu
arrivoil : lc'> deiis: opinions réelles croissoieni ,
tandis que 1 ojiinifju mixte alloit disparoîire. Ou
assuruil «[u'une division régnoit dans le minis-
tère ; (ju'une j)ariie des ministres vouloit soutenir
l'jucien sysiéme , qu'une autre partie, au contraire.
( 38 )
inrlioôit à un changement de mesures : de sorte qu'il
ne s'sgissoit pr.s c!e la chuie entière des ministres,
mais «e li retr -ite de quelques uns d'entr'eu\- , se-
lon l'opinion qui prédomineroit dans le conseil.
A cette cause ''e dissolu ion se nièloient des am-
bitions p".r i iilicres , s il est vr.i que tel minisire
désirai le département de tel autre. La session
souvrit au milieu de ces incertitudes. Le Lruit
coui-oit que rîen n'étoit prêt. Les députes fixoient
leurs reg Tvîs sur un ministère divisé dont ou an-
nonçoit le changement tous les quaris-d'heure : ils
étoient venus pour discu er des lois ; ils assis oient
à des querelles.
Les Chambres donnèrent dans ce moment un
exemple de bon esprit et de bonne conduite. Uni-
quement oc( up s du bien public, les hommes
mon rchlques se reunirent pour former une majo-
rité à tout ministère crui voudroit remédier aux
maux de la patrie.
Ici l'on s'apercevra que nous ne pouvons ni ne
devons eu rer d ms le^ détails. Que de choses
à Li fois comiques et déplorables l'avenir nous
apprendra ! Quel jour jeté sur difïérens Cc-ractères !
Que de minis ères gagnés et perdus , faits et défaits ?
Que de conférences inutiles ! Que de discours sin-
guliers î Que de combinaisons bizarres ! Coml)ien
de rôles joués par un même homsne ! Combien
de journées des Dupes dans un seul jour! Com"
bien de lâionnemens, de craintes, de désespoirs!
Tout cel 1 en présence de la France à peine guérie
des blessures de la révolution, et qui remplie des
souvenirs de ses gr.tndes catastrophes, atteudoit ei;
s'étonnant l'issue de ces petites inîrigues.
11 suffit que -l'on sache qu'un minisire en faveur
a été sur le point de par ir pour une ambassade
éloigné^, et que différentes combinaisons de minis-
tère ont eu lieu. La haine couire les royalistes, la
difficulté d'avouer qu'ils avoient eu raison, après les
avoir accablés de c;domuicS; la foiblesse des uns,
( 39 )
la passion des autres, li ruse de ceuï-ci , l'audoce
de ceux-là. la frayeur des salariés et des révoluiion-
uaires, ont l.ùt maui]uer un accord qui pouvoit avoir
pour ia France les suites les plus importantes cl les
j)lu6 lieureuses.
Qnc fau:-il penser du nouvcnu ministère? Que
peuveni espérer ou craindre de lui les lionjiues mo-
ujr< lii [ues i C'est ce qu'il convient d'examiner.
D'.d»ord , pour ê re jusies, remiirquons qu'aucuu
membre du conseil ne porte la tache des cent-jours ;
tous les ministi'es actuels doiwièrcnt au con r.iireà un9
époque dés.isireuse, des preuves de et urage et de dé-
vouement.Us pourront donc sans roui,'ir p. :rler de fidé-
lité, et ne seront point exposés à se voir Irjpperpar
un de ces mots qui précipitent un or. leur de U
tribune. Ce n est pas <[u'uiie faute noblement re-
« oiinue ne puisse porter au bien une ùme , élevée ;
in..is dans une unie vulgaire, une première erreur
corrompt toutes les actions de la vie : ou lait mal,
parce qu'on a itiA lait , et l'on hait dans les autre»
1.1 vt-riu (ju'on n'a eu l«; cour.ige ni de garder, ni de
rcj>r('Mdre.
Celle pari d'élof^os faite au nouveau j ministère,
il faut convenir qu'il se présente sous un aspect
inquiétant.
Sur les six ministres qui composent le conseil
responsable, trois smu connus p. r leur adininisira-
liou j)réeétlente : il est probable (jue les trois autres
snivroni l'impulsion de teux qui seii.blent être le<>
personnages douiin.ns.
lit d'abord, de qtielle manière opérera-l-on sur
W-i fou'ls et les revenus de l'CCt il':* l.ors(|u un homme
est r-ppcl-i à dvs fonciions qn il a déjà exer. ces , il
c*t n lurcl (|u on juife de ce <{u'il fer.» par ce <]U il
a fait. De là les sentimens oj)posés que produit sur
les esprits la non>inaiion de M. le ministre des
(inaiires : satisfaction momentanée cbez les S|iécula-
teurs sur li rente, crainte chez les conlribu.tblc-. ;lei»
unie les auires >e s<ujt souvenus du budgetde iSi/^.
( 4o )
les reniimes arlditiomicls rcnir-lisés .iu Trc'sor ,
et por'ics (le trente-deux à cinquDnie , malgré ia
p ix , 1. al;,rd rexcédant des rebelles sur les dé-
penses, exoédan prouvép ries millions queBuonn-
parie ro iva au 20 niar-. d<.ns nos c;iisscs publiques;
1 iutcrê. de huit pour cent concédé ?ux porteurs
des ob igitions d.i Trésor, auxquels on donnoit ce-
pendant en g;.rantielrois cent mille hectares d e fbrêis,
elles biens des communes ; nos dettes portées si haiit
d:!ns les inventaires, que ccïui-là m» me qui avoit
contracté ces dei es, reconnut quelques mois nprcs
qu'elles s'élev oient à peine à la moiiié de la somme
nddiiionuée : les dépenses évaluées à leur maximvim,
les re ettes Icukes à leur moindre produit : telles
furent les opérations finrnrirres de 1 ; nuée 1814.
Elles amenèrent leur résultat naturel. Les contri-
buabl s qui s' Itendoient à un flegrèv ment, s^ trou-
V nt accablés dimpôs, sentirent moins le blenf";iit
de II rest ::ur tiou ; l.i confusion des fonds du do-
m;;ine exir^-ordin ire ;'v. c les fonds du Trésor, jeta
des inquiétude; d: ns F rmée acroulumée à rccevf ir
des dot lions sur le doni ine ex raordin: ire ; des
communes dépouillée s de le'.rs biens se ]>l'i-
gniren' des conseils g' nér nx privés de lenrs attri-
butions s al r'uèrent : ainsi fut ébranlt'e li foi qu'on
avoit eue ure ourdel j stie ^ cette reine de l'.n-
cienne mon t hi" , et l'insép r .ble comp- gne de
nos llois. Si qiiclqu s faurs domiucnf l'époque qui
pré éd '. les «eut-jours, ce furent celles qui décou-
lèrent de notre s^ystcme de iin u es.
On peut do'iter qu'il fût utile de s'attacher aux
jeux de 1 1 Bourse, et de trop perdre de vue 1-^
intérêts de la population pav'^ntc , les propriétés
communales, les libertés administratives. Au mo-
ment où les germes de prosp -ritd dont la France
abonde, rrlloicnt se développer p: r l'influence d'un
règne de paix et de liberté; au moment où l'on
revenoit aux idées si nés et conservairices , on ne
parut occupé en finances que d'un tour de force.
( 4' ;
que de l'iflée de pnyer les oMig'^lions du Trésor
ave<- rcxcéiliint des receiies. Iù(jii-<c ;iu vcritible
crc'iit (jiic l ou f.àsoii le sacrilîce d iiuéréis si pré-
cieux Mais le crédit u'étoil-il pas g.'r tili par la
Su])<'Tiori é des rc et es sur les lépen^^es. par l'cnias-
semeiudu nuniér ire , p;:rLi uon-uécessité même de
ce crédit, pui'^iju'.iy.mt i; ut d';;rj;eni d'aviu e,eisi
peu de dépeuses é eniuclles, aucune occasion de
créilit ne se présenioit. Ccioit donc riuiéréi des
créanciers de 1 arriéré qui primoit les au res
intorèis :' Mais pourcjuoi la li^^uid lion des litres
de t esrré.'iuces éprouvoi -elle lanldediificuliéi dans
les bureaux':' Pourquoi l'init'r t des créant es ne cou-
roi -il (jne du jour où 1 ou avoil oliteuu la faveur
delà liqiiid lion Les droits des crû uciers auxquels
on p roissoit vouloir tout accoriler, se irouvoieut
p r le t'.il d us une posiuon défayor.ble.
Ces nîcsnrcs liinn iéres de i8i4 ne sonip^s d'un
benreuv augure. Déjà des administrateurs ont c'ié
chauijés; drjà ou entend p; rler de ve^ies de foré s ,
«Jr reprise ti«s biens des ( ommunes. Cep, iidanl an-
j<tnrii'i.ui , ces de rai on et non de système (|u'oii a
besoin : il faut ([ue la morale entre? jusipie 'ians les
fin. iK es. La vue aussi doii être étendue : (juand on
n'eiubnsse pas l'ensemble des obje s , on se rcn-
icnnc dans une spéi i iliié qni peut loui perdre en
poliiirjuc. Des convois appurloient l'or à la lîan :uc
le même jour où d';.ulres convois emportoient l'es-
péran e ci le bonheur de la p.ilrie. Ce n éioi; p. s la
peine «l'avoir des millions en «aisse au nmis de
ui.'rs i8i5, pour û.rc obligés de p.tycr en i8i8
l'arriére ïlù aux niusitiens du Champ-dc-i\L'i (i).
'I ouielctis , (]itelle que soit la cr.iinle ou l'espoir
qu'inspire dan> ce nioMU'ul la nominaiionde ^i le
uiinistri' des (inanccs, il n'est pas certain que celte
erainie ou cet «'spoir puisse se réaliser. Les impiSls
M.)nl tels qu il <vsl iuqiossible de les ac<Toiire., et la
(i) Le r.iil c»l («.Il t : nu vioiil ')u p;iyer rc (|iii ifli>il Jù jxie
niu»*ii icns du Ch.imp-df-Mai.
( 4'^ )
candeur de noîrc dette publique interdit tout nou-
vel emprunt au moyen duquel on chargeroit l'ave-
nir de supporter les fautes du présent. Ajoutons qu'il
existe une si forte masse de rentes et de reconnois-
sances de liqviidatioa dans les mains des é rangers ,
que les mesures (jui lendroieni à e.v;igérer fictive-
ment le coui's des fonds publics, ne feroient qu'auj-
menter la sortie de notre numér^iire.
Passons au ministère de la guerre.
Les affaires de ce dép.irtement étant confiées à
l'ancien ministre, il est probable que le ssstème
militaire actuel sera maintenu dans toute sa vigueur.
On sait que la loi de recrutement attaque virtuelle-
ment les principes de la mouarcbie. Les ordon-
nances, conséc[uences naturelles de cette loi, frappent
pariiculièrement la Garde royale.
L'ordonnance du 2 août révoque pour l'avenir
le rang supérieur des officiers de la Garde , et le
conserve à ceujc qui faisoient partie de la Garde
avant la loi du 10 mars. Mais un autre article do
lordonnance contredit celte disposidon favorable,
puisqu'il décLre les fonctions du grade inférieur
incompatibles avec le brevet supérieur. Des circu'
laires, des ordres du jour obtenus à force de re-
montrances , ont d'abord expliqué et p llié ce te
disposition. Et pourtant une instruction ordonne le
classement dans la Garde, d'après le gi'ade dont on
occupe l'emploi : l'officier brevesé d'un rang supé-
rieur ne peut reprendre ce rang supérieur que
dans la ligne.
On a fait passer les officiers delà Ga'de pirune
espèce de progression descendante : dans les com-
men'-emens un capi ;.ine bi-eveté chef de batiillon
ou d'escadron , auroit commandé les officiers de ce
grade effectif dont l ' brevet eCit é;é moins nu ien.
Plus tnrd , il a été décidé que tout capitaine de lu
Garde seroit commandé, quoique breveté du grade
supérieur,par toutclief de bâtai Hou ou d'escadron de
lu ligne, sans ôgard à l'ancienneté, ruais qu'il conli-
( 4^. )
TiUTeit à commander tous ios c.ipititine» àe la ligne.
lit , m; iiiicii.iu,oii veut (U un cnpiîiinedf 1 1 G;irde,
quoique breveté cl>et' de bataillon, soif sous 1 s
oiJres d'un simple c.tpit .ine de Ij lit^ne, si ce. offi-
cier est plus an'-ien. Ainsi , par tin'> disposiiion dont
les fostes milil-ures no'Tren' point d exemple , à
mesure (|ue les ollî- iers de 1 1 G;irde ont v quis plus
de temps de services , leur avan ement a réirogpjdé.
D:ins i'eiai aciufj des clioses , il r»'Sie vrai,
miijgré les représentai ions et les lettres explica-
liv<s, qu'on peut chong r pn-scpie d'un seul coup
tous les oi'ticicrs de la G.trdo, en les obligeant à
prentlredu service dons l.i ligne, .m terme de l'or-
donuTU e qui déclare les t"on;;tions du gr.ide infé-
rirur innoiupaiible avec le brevet supérieur. On .i
déjà mis à l'ordre du jour, dans plusieurs régimens
de la G irde, que les ofli iers (|ui sv irouvoicnt n\oir
accompli les années légales de servi; e dans leur
grade, pouvoient demander le rmg sup rieur dans
les légions.
(>«'S offiiicrs n'ont pas voulu quitter la G .rde, où
ils prélereni , [) ir «lé voue.neut , servir d.uis un grade
inférieur. Mais, d'un moment à l'autre, re ([u'il» n'ont
p s voulu f^ire de gré, l'ordofmnnce peut les con-
tr.iindre à s'y soumettre de force. Passés dans la ligne,
Seroni-ils aitarliés aux batnillotis et auv rs<-adrons
Kuppleinen aires. Mais cis bitailjo is cl escailrons
ne sont |^s furmés ; ils seront peut-être sup|>riniés ;
voilà donc ces olliciers hors de service. I)e plus ,
comparez le nombre des capit.:incs de la Garde à
relui des cliefs de b:itaillon et d't*scadron de l'ar-
mée ; comptez Ions les ofiiciers de cette armée et
ceux on non a« ti\iié ([ui cou; our nt auv emplois ,
et vous verrez si les oflicicrs dr la Garde peuvent
concevoir une cspérmce rai.sonntble «l'être promus
activement dans la ligne au gr.:do dont ils ont le
brevet. Les obliger de sortir de lu Ct idi; , c'est lc»s
admciirc à une sorte de n-fr.iiie.
Ki.djlir une rotiiioti ]ierniancntc d oQicicrs de !»
( 44 )
Garde, ce seroit porler un coup nioviel nu corps le
plus spc'cialemcnl cliargé de la défeuse du 11 oi. On
assure qu'une ordonnance a été proposée dernière-
ment pour changer les officiers -généraux de la
Garde; ordonnance qu'une sagesse supéx'ieure au- .
roit , dii-on, ajournée. ^
IN'oublions pas , puisque nous traitons cette
mati.re,de parler d'une autre concepiiou siur
gulière par ses etî'ets.Tous les officiers-généraux et
officiers de grade inférieur qui ont Liuqu.nte-cinq
années d'âge, sont de droit mis à la retrdite. Ensuite,
pour roinposer l'éLat-major de l'armée, on prend
les officiers-généraux par ancienneté de grade. Ue
sorte qu'on élimine de fait tous les officiers qui ont
servi après et avant la révolution , c'est-à-dire tous
les officiers qui ont des brevets de Louis XVill et
de Louis XVJ. C^est ainsi que se trouvent exclus
M. le duc d'Aumont et M. le général Donadieu, l'un
qui remit un dépar:ement sous l'obéissance du Roi
a l'époque des cent-jours, lautrc qui sauva Gre-
noble ; encore le général Donadieu a-t-il en sa fa-
veur un arlicle de cette même ordonnance qui le fait
sortir d'une armée, dans les l'angs de laquelle il versa
son sang pour la France. Autrefois les services u'a-
voient point d'âge : ils ne pouvoient être ni irop
vieux ni trop jeunes ,pui-qu ils étoient immortalisés
par la reconnoissance publicjue.
Le même esprit cjui a dicté ces mesures fait que
l'on acquitte aujourd'lmi une gratification égale à un
mois de solde, laquelle Buonaparle accordoit aux
individus de sa garde le jour de sa fê:e. Cette gra-
tification étoit connue sous le nom de mois Napo-
léon. Assez exactement payée dans les années pros-
pères , elle cessa de Têti'e en i8i J. Sous les Bour-
bons en 1818, on a cru devoir pa jcv l'arriéré du
mois Napoléon , et l'on a donné à qui de droil la gra-
tification d'un mois de solde à l'occasion de la loto
du i5 août. Il nous seiiible que la Saiiu-rNapoléon
^st assez près de la Saint- Louis, et qu'on auroit pu,
C45 )
sous la monii'f lue li*i,'iiime, roni])ter à des militaires
le moi.s-Iîoiirbon uu lieu <Ju muis-INapoléon. Nous
sentons tout ce que celle proposition a de téméraire,
einous prions de la pardonnera l'excès de notre zèle.
•Voilà pourtant, où nous soiimes iirrivcs! INous lou-
<:lions i'.i une des grandes pLies de l'administralion
actuelle; il inporic d'en surveiller les progrès.
Avant de finir tel important sujet, nous ferons
remarquer comment la loi du recru'ement es* sus-
ceptible de se combiner avec celle des élections:
la loi des éle lions doit amener, selon son prin-
cipe dcmo r..ti(jue , des lioinmes démocratiques;
la loi de recru ement esi imjirégnée du même mal ,
et dépouille la couronne d'une partie de sa préro-
gative La g.irde, travaillée par des ordonnances, me-
nacée de perdre à tous iDomens ses ofliciers, envoyée
en palic aux frontières, ne pourroil-elle pas voir
altérer son mord et le bon esprit qui l'animef* Alors
qu'une Cbambre devenue démocra iquc par l'ellet
tl'une loi , veuille uiiaquer la < ouronne , ne seroit-il
p is à criin 're qu'une arm:'e démo Tatisée par une
autre loi , n'obéir, comme en 178;), à une assem-
blée popul lire î* Si d.tns te nnimeir eni ore toutes les
administrations se trouvoient jniryt'es de tous les
royalistes, qu'arriveroii-ilî* Cliacun peut répondre.
Si du dépariemeni de la guerre nous venons
au <lépariemeiit de I intérieur , nous irouvei'ons
qu'il reste cm ore quinze ou \ingt préfets et plu-
sieurs sous-pr. Tels de 1 opinion royaliste. iVl. le
minisire de l'intérieur va-i-il les clumger i* On le
cr.iint. Oucr.inl surtout l'inilneure des subalternes
qui ac glissent d .ns les administrations : un liomnic
d Liai se doit bien giraïuir de ces idens méditx rts
<]ni preiMieiit les irritations de leyr amour-propre
pour les besoins de la société, leurs prétentions
pour des |)rin<'ipes , et l'envie pour la polititpie.
Le niinisit re (ju'on avoii un motneni espéré éloit
résolu à proj)oser le ('l).,n^ement de la loi lics éle -
liuu> ; il usl donc probable (^uc le ministère (|ui n
( 46 ;
pris sn plare, ne veut pas cbnngcr celte loi. D.'.ns ce
cas, que deviendrons-nous ou mois de sepienjbi'e ?
On parle rie jdissondre la Chambre , afin d'écarter
l'opposiiion de droi e et celle de g; ucbe, et d'ob-
tenir des députes purement ministériels.
8i Ton craint des élections ];artielles , com-
nient oscra-t-on se jeter dans des élections géné-
rales? L'opinion dcmocraticpie prévaiTtlra dans
les collèges électoraux 5 rien ïie sauroil empê-
cher la loi des élections de porter son Iruit. On
ne ponrroit lutter contre L^ mauvais esprit de cette
loi qu'avec l'opinion rovaiiste 5 mais si on écarte
les royalistes de toutes les administrations; si on
les combat dans les collèges électoraux; si eiix-*
mêmes iatignés de tant d'injustices, ne se pré-
sentent pas à ces collèges , ce ne sont ni les préfets
ministéaieis , ni l'opinion ministérielle qui repous-
seront le torrent démocratique. Allons plt\s loiii.
Supposons que tous los préfets , que. tons les
commissaires d^' la police supprimée ou non sup-
primée, que tontes les places promises ou donné»\<,
que toutes les pifîtentes , que toutes les cartes d'é-
lecteurs , qu€ tous les rôles de ces électeurs nlus ou
moins vérifiés, que toutes les caresses et toutes les
menaces, que tout l'argent et toutesles destitutions,
produisent une Chambre ministérielle , c'est-à-
dire nne Chambre livrée au pouvoir du moment ,
nous disons que Ton tombe ici dans un autre abîme.
On petit exercer sur quelques départ('m<'ns des
influences directes; ces influences se perdent dans
la masse ô.cs élections libres; mais croit-on que si
l'on parvenoit à faire d'un bout de la France à
l'autre des élections fictives : que si deux opinions
puissantes , les seules réelles ; que si ces deux opi-
nionsoppriniéespar desmovens illégaux, venoient
à élever la voix , croit-on qu'on pût tenir à une pa-
reille clameur? jN'y auroit-il pas un mouvement
d'indignation contre ceux qui aui'oient osé avilir
nos institutions, ^ioler la Charte, rendre déri-
( 4; )
soire le pins cher comme le plus sacré de nos droits ?
A moins dancantir toute librrl«' de la presse , de
détruire tous les journaux , toutes les brocliures,
tous les livres, une opinion lormidaLle se forme-
roil, et rmporteioit ])eut-être par sa réaction les
choses et les hommes. Et si la pr» sse se taisoit, pour-
roil-on étoufler la voix de la CliaiuLre des Pairs?
Le ministère voit-il le danf,HT de la position oii
il se trouve? >e va-t-il pas s\ndormir, l;icher de
passer la session tellement quell«:ment , sans pré-
senter de lois susc'-ptibles de grande controverse?
ISe sonf^e-t-il pas iiième à une prorof^atiou des
(Chambres; et, content d'avoir vécu saus com-
battre avec une majorité flottante, ne croira-t-il
1)as lavoir Irioujphé? iMais alors qu'il sera cruel-
ement réveillé . Voit - il au contraire le dan-
fjer? il peut s'en tirer, et se laire un immortel
lonneu)*, en ]»ioposaiit le ciian^enuMit de' la loi
des élections. Preudra-t-il ce parti? Uien n'est
moins probable. Il sera entraîné par les hommes
sur les(^uels il s'est appuvé : il faudra t^u'il leuv
accorde et b'S places et les lois, consé(luences
forcées de celte union.
Sa suret*' ne sei-a j)as Ion'2^-temj)s sans être com-
proniise. S'il n*- veut pas tout céder à ses amis,
s'il tient même, comme aujourd'hui, <le bons
propos, il deviendra suspect au parti qui le porte,
ij'un autre côté s'il abonde dans l'opposilifin de
gauche, il ira loin par cette; roul<'. 1 es amis (ju'il
s e-st adjoints , nous découvrent ses sentiniens. J.es
esprits niodrrés craignent que les communes et lu»
déparlemeus ne soient pas infiniment rassurés par
ceux (jiii , depuis un an , ne ces.sent de proclamer
leur haine contre les rovalistes et leur admiration
pour la loi des électicjns.
F.n résumant c«? que nous venons de dire : le
nouveau ministère se montre avec nn système de
linanccs, «pii pourra enj^loutir les derniènrs pro-
priété* natioiialesj avec une loi de recrutement
(48)
qui ronj][e la gai'de et rarmée ; avec une loi d'élec-
tions qu'on u"a plus qu'un seul moment pour chan-
ger 5 avec une administration qui tend àexclure des
places jusqu'au dernier royaliste. Il a pour parti-
sans les hommes démocratiques , pour défenseurs
les corresnoudans privés , et pour journal officieux
la Miner ^'e ( i ) ,
iNous avons- exposé avec sincérité et sans amer-
tume ce que nous pensons du nouveau ministère.
JNousci'Oyons qu'il ne se soutiendra pas long-temps
tel qu'il, est : c'est avec regret que nous venons
troubler, par de funestes présages, la joie qu'il
doit éprouver des éloges dont il est aujourd'hui
l'objet. Jouruaux: censurés , feuilles indépen-
dantes, tout est devenu ministériel : la blebis
égarée retourne au bercail , et la prospérité par-
donnant une infidélité passagère , rappeLe ses
hôtes à ses banquets. Le Couservateiir est de-
meuré seul inébranlable : il garde ainsi le carac-
tère de l'opinion dont il est l'organe 5 opinion
que rien n'effraie , que rien ne séduit , qui ne
se rend qu'à la conviction du bien, qui résiste à
tout ce qui ne lui présente pas l'idée de l'ordre.
C'est une chose admirable que l'immobilité des
hommes monarchiques : le monde a beau changer
autour d'eux, ils restent les mêmes. Ils voient
aujourd'hui passer les iuti'igues comme ils ont vu
passer les échafauds. On ne les trompe ni ne les
épouvante : souvent victimes , jamais dupes-, après
trente ans de proscriptions, ils sont ce qu'ils ont
été. Piovalistes de toutes les classes , nous vous le
répétons : vous êtesles plus forts et les plus habiles.
11 faudra que l'on revienne à vous , ou que la
monarchie périsse. Vous avez lassé le temps et les
bourreaux : vous triompherez de l'injustice et de
la calomnie. Le Cokseiivateuu.
(i) Voyez les derniers nunie'ros du Times , et l't'Ioge com-
plet des minisires daus la dernière livraison de la JUinene.
Tome IL
Quinzicnie Lh 'raison .
AVIS DE L'EDITEUR.
Les Personnes qui n'ont souscrit que pour le pre-
mier volume coTuposé de treize Livraisons^ et qui sont
dans lintention de recevoir maintenant le second
volume, sont invitées à vouloir bien faire parvenir
leur renouvellement le plus tôt possible, si elles
veulent éviter tout retard dans Venvoi de leurs
Livraisons.
Les Souscripteurs des dépariemens sont aussi
priés , pour prévenir toute erreur , d'écrire leurs
noms et leurs adresses bien lisiblement, et surtout
de ne pas oublier, comme cela est aj-rivé plusieurs
fois , d'indiquer le lieu de poste par lequel ils sont
servis.
On ne peut souscrire que du commencement d un
volume.
Le prix du second volume est de i/j. //'. pour la
souscription .
Les lettres et l'argent doivent être adressés , franc
de port, à M. Le Normant,fds, Ed'teur du Con-
servateur , 7'ue de Seine, w^ S, F. S. G.
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Maire.
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Rusand.
à. -«.t \ Beion.
.\u Mans, ' „ ■
\ C a moin frères.
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•VI I 11- \ Scfiuin.
.Munl,.en,<.r, ) vo'',j„^.|,|ç,
Nanci, V Bonloiix.
v . \ Busseui! aine'.
iNantes , ', u -i ■
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Rennes, < M>'>o vp Frou
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elcn vers, di-s plut beaux Morceaux de noirf Langue dans la l-iltt rature
dcsdtMU dcTnicr^ïierlcs; mivragr i îassicpna l'usage de tous les Ktabiissr-
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par .M. Noi-I , (licvalier d<> la Lègion-d'Ilonncur , insfiei rcur-gtMi< r.d
de l'L'nivrrsilé ro\.ile de Franrt* ; et M. de la Pl.uo . professeur d'rlo-
ijiii nre latine a la Faculté de» Lettres de 1' A(ad<'uiie de Pari», lluilii-nic
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Lerloreni deicclando pariirripic nioncndo.
IloRAl ./»/./*(«•/.
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Journal (le\ f <>yat(e%, /),'cttu<^ertet , et< ; i* cahier, conienani, entre
aulrri arlicbM inti-res\an», un Mèmnirr »«/• la (ii-oi;raphif c/unoisr, un
/'n'cLt des AtU'i^iitinris erilrxi>nsr$ finur tlt-roiifiir un uojuatie au nord de
l'.^mrritjue, le i\',iu(hii(f de tafn'uute l'^lreste, etc. etr! — Le prix de
r.dxinneuient , pour i :i cahier*, est de 33 Ir. pour les dérnrtemen», et
de 3.1 fr. piiur Pari*, ou Ion luuscril rhci (xdnct, libnirc , quai
Malaf]uai, u" 9; cl le Norinaul, 1 ue de Seine, u" b.
//o(fr an^ aaùz: ou aaei/re ^•auimejj conmodcj c/iauin
c/e -/S ut'raùJO?U , affc /^aral/ronâ a (/fu e/ioat/cj e/u/c-
eâ c/fez /oiM /ej /i9'{?iaÂaefa> ^//'/rarej ae France <f/
«2fe côaro/ie.
■/^ r. /i 'fr a?i vo/i/??te.
1 oo /. jj aua/rc i(/.
ao(-ve/fâ c/?'e ac/r^cj^ /yM?f.c ae /<??'/, au f9(jureaft^ cuf
l^onJe/^va/e/fr, 7<ue ao t7ci?ic, f^ô ° S. \
XL)e / 'ym/tra/it y/c i/e ^-c 'yôa?'.>//u/.'/'.
>^>»vv%»»»<(y»\%vvv\\x\\v \ wi * v\\ \*v>*\ **w Vk vw w**\\v>v»v%* \'vvv^^>^v\ •%% t\\ vwr«v*
LE CONSERVATEUR
Sur le Changement de Ministère.
A rinstaiil (jiio la guerre s\Moignoit de Jios froji-
lières, la diMsion éclatoit dans le sein du mluîs-
tèrc. Les étraiigi^rs lélicituicut notre aduxinlstia-
tion de la marche qu'elle avoit sui\ie, et notre
adraiiiistratiou fll(;-iuênic juçeoit que cette niarciie
ii'étoit pas la plus sure, puisqu'elle |)roj)Osoit un-e
idacé ciutueule dans une adjuinislration a un dé-
put«: connu parla constance <t' la i'ermcté de son
opposition a ranciennc.
r)ans une monarchie indépcnTÎante , un chan-
^M.'inent de ministère est une intrij:^ue5 sotis un
gouvernenunt lepi-csenlatil il est un .s\stèiu«'.
CujnineJc ministère est olnigé , dan* ces ê^ou-
rernemeus, de marcher sur une li^uc mathéma-
tique, une; lifi;^ne. sans largeur entre la coJiÇtilution
ro\ aie et la constitution jiojjulaiie , et fj?ie tandis
qu il tient les rênes , d'autres pousstait aux roues
avec dos lorces nécessaircîuent inégales et \«ria-
Lle-s , il est entraîné en derà ou au d<-ià àv la lii;n<:
constitutionnelle , sans (|u'il puisSi: s'irn dciendre.
Quand il n trop verso d'un côté , il faut qu il im
rejette d« l'aulr»' ; et alor.s un changenunt de mi-
ni>lère doient nécessaire , j>arc«' (ju'un clianore-
nu-nt de conduite est de \ en u ineNÏtable. On vtiit
suivre une autre route, H ou prend d autres fluides.
Dans ces sortes d'Etats , on regarde (Oinnie uti
do£,'ine ïiinifr do ministère , et a\t » raison, parce
"qu«- h: minisière doit être un , parlout ui\ le» priji-
ToJir JI — i.V I.Ivn\lJf.^ '
(50)
cipes de la constitution sont deux , sons peine aux
ministres de ne pouvoir marcher ensemble ; et
cependant il n'y a pas de gouvernement où il soit
plus difficile de former ou de maintenir cette unité.
En effet, les constitutions représentatives n'ayant
rien d'absolu , et n'étant qu'une combinaison ar-
tificielle et plus ou moins ingénieuse de notre
esprit et de nos intérêts personnels, cliaque mi-
nistre , suivant la trempe de son esprit ou de son
caractère, entre plus ou moins dans ce système
factice , et prend ou laisse plus ou moins des deux
systèmes opposés dont il est formé.
C'est là l'histoire et la raison de tous les chan-
gemens de ministèr-e en Angleterre- ministère
tantôt Wigh et tantôt Tory, et souvent aussi difS-
cile à former d'élémens compatibles que facile à
se dissoudre par incompatibilité d'élémens.
Cette forme de constitution, devenue l'unique
pensée de l'Europe, a cependant moins de dan-
gers pour le ministère anglais que pour le
nôti'e ; parce que leur ministère est plus à l'aise
dans leur système , et marche d'un pas plus as-
suré dans une voie plus large. Les Anglais n'ont
pas lait leur constitution àp/*io/'i; elle a pris ra-
cine dans le sein d'une royauté souvent même
trop arbitraire, et s'est développée à l'aide du
temps et des événemens. Chez eux , la monarchie
est 1 aînée, et la république la cadette ; et l'une,
avec raison, a pris jusqu'ici le pas sur l'autre. Eu
Fi'ance , nous avons écrit notre constitution , et
nous nous sommes imposé lanécessité d'interpréter
nous-mêmes notre écriture. La monarchie nou-
velle et la république sont nées ensemble de la
révolution; et ces deux jumelles, comme Jacob
et Esaù, se battent dans le sein de leur mère. Le
temps, en Angleterre, explique la constitution
et la modifie , pour l'appHquer aux besoins des
liommes : en France , les hommes l'expliquent et
( 5I )
Î.1 motlifu-nl, jiour rappli«{urv aux n«'cc.ssiti's dvs
Uinjjs. Or, SI I un peut parli-r ainsi, le temps fait
toujours tout à temps, et lc5 honu-ics, trop sou-
vent, font tout à contre-temps.
Prenons pour exemple, cliez ces deux peuples, lo
mode des élections. Tout bizarre qu il est t)U paroît
»'tre en Angleterre, j'ose dire que le tem[»s, et le
temps tout seul, Ta singulièrement adapté aux cir-
constances où se trouve tout peuple puissant et
riche, chez, qui dcprodigieuses in«'^^ulitésdc fortune
j>euTeut allumer d'ardentes cupidités et produire
Je jEjrands bouleversemcns de propriétés. Les pro-
priétaires et le gouvernement v sont devenus, de
fait, les maîties des élections j et s'il en résulte
dans quelques lieux de ces scènes de désordre, que
h.' peuple partout prend pour de la liberté, il en
.sort, comme eft'et définitif et en réalité, une sé-
curité généiale pour les propriétaires , prenucrs
intéressés au maintien dt- la société civile, et puTir
la propriété qui en est le premier intérêt. Là , on
n a pa» cru avoir besoin de patentés à cent écus
pour représcnt<'r et garantir la propriété mobi-
iialre; on a vu des [»roducteurs dans Ws seuls pro-
j)riétaires de terres, des consommateurs dans tout
le r«'ste , et ou a cru (|u'il suflisoit <\v. garantir la
reproduction pour garantir la consommation.
Kn France, nous avons fait une représentation
parfaitement adéquate , unil'oiniétnPTil flistribuée
Mir toute la surface du teri'iloire, exactement l'é-
parlie entre bvs possesseurs de capitaux et 1rs pro-
jiiiéfaires de terre. Kit n de plus régulier «t de i)lus
Uan({uille que nos collèges électoraui, dont nous
avons régie, par une loi, les fonctions les plus
minniicuses , où tout est fixé avec la dernière pré-
cision , juscju 3 ri.«*'.!rc des séances et le nombre
Je jours (pi elles doivent durer; et avec cette r«-
gularitè matérielle nous sentons tous , après deux
uu troifi ans d'exécution , le vice moral de |a loi ,
( 5o^ )
ctqu'elle cîoitnous conduire à un Loulcvei'sement
total , pour peu que l'autorité sommeille , et même
quand elle auroit les yeux ouverts , et nous y trou-
vons tous des motifs égaux à de douloureuses
craintes ou à de coupables esnéranccs, .
Ainsi, cil Angleterre, la loi ou plutôt la cou-»
tnme est sage dans son principe , parce qu'elle est
monarchique, et l'exécution quelquefois tumul-
tueuse ^ en France la loi est fausse , parce qu'elle
est démocratique , et son exécution j^aisible < t ré-
gulière. Je sais bien qu'on croit eu sauver le (lan-
ger par l'influence que peut prendre le gouvcr-
licraent sur les élections. En Angleterre aussi, Jç
gouvernement se sert de son iniluence pour diri-
ger les choix. Mais li , l'action de Fadrainistrat'on
est secondée parla loi : ici elle sera toujours con-
trariée par cilc , et ce qui contrarie tou ours finit
par remporter.
L Etat en France avoitdonc beaucoup trop versé
du côté populaire : le danger est devenu évident
pour ia France et même pour l'Europe j et il a
paru nécessaire de sortir de l'ornière pour rega-
gner le milieu du pavé, sauf à rctoniLer bientôt
du même côté ; car c'est toujours à gauche que
penche la voiture , dont tant de choses depuis trois
i.ns ont dérangé l'équilibre.
L'ancien ministère s'est donc dissous , et avec
éclat. Cette uuilédc ministère, à laquelle on avoit
fait depuis trois ans tant de sacrifices, n'a pu le
«au ver d'un renouvellement à peu près total 5 et
lelle est l'ingratitude des gouvernemens ou la va-
nité d<; nos admirations , (ju'il ne reste plus aujour-
d hui à la t.éte des affaires qu'un seul d{îs ministres
signataires de l'ordûîiJiatîce du 5 scptem3;;e ; de
cette ordonnance à jamais fameuse qui avoit, dit-
on, sauvé la patrie et remis à flot le vaisseau de
lEtat : service immense, et qui auroit di*i assurer
à ses- auteurs une existence au ministère , immor-
( 53 .)
t< lie comme leur gloire. Tous cependant, hors i\n
seul, ont disparu tic la .vcèno, plus regirttcs pout-
^•tre de ceuv (\\û avoiciil souffert de celte mesure
t|ue de ceux qui en a \ oient profité.
Cependant, dans le dernier changement, les
apparences semblent contredire mon opinion sur
la rai.son du cliangement lui-même , pni.s«|u'il pa-
roît qu<î les ministres qu'on pouvoit eioii-c plus
vivement lraj)j.és du danger du svstcme suivi jus-
(ju'à présent j ont été remplacés jiar d'antres. A
voir même le ton de certains journaux et la jubi-
lation de quelques hommt-s , on diroil qu'ils .se
flattent que celte révolutioj» ministérielb- , loin
d'être un cliangemeul de système , n'aura été qu'un
moyen de marcher plus vite et ])Ius avant dans
leur système favori , et déjà ils se hâtent «le «om-
promeltrele ministère par leursespéranceset leurs
«•loges. Quand celaseroil , il v auroiteudans cette
vevidulion plus de système <jue d'intrigue , et ma
remarque sur la i-aison des changemens de minis-
tère ([ui a)ri\eHt dans les gouvernemens mixtes,
subsisteroil dans toute sa torce.
Mais enfin , où veulent nous mener les partisans
de ce système? u !Nous voulons la Charte, <lisenl-
») ils, toute la Charte , et rien (jue la ('harte. » J'.;
le crois : mais c'est une chose lnvn «ligne de re-
raarfjue «jue les difi'érentes constitutions «jue la
France a rerucs de sa révolution ont toujours été
renversées par ceuxfjui s'en proclamoienl h's seuls
amis et les plus ardens dèienseurs , el «jui les ont
perdues à force d'exiger «les sûi'etés et «les garan-
ties; ù peu près comme \u\(.- mère l'oihle ruine,
avec des mèuagemen.s excessifs, la sanlé de icnlant
qu'elle id«>latre.
Je ne doute pas que si «l'honnéti'S gens avoient
été seuls a[)pelès'i «•xt'cnter, dans tout ce «jui ètoit
exécutable , ces «lillérenlts constilulinns «pi'ils
u ajtprouvuicul cci tain«mcnl pus, ils n'eussent
( 54 )
prolongé leur existence bien au-delà du ferme on
elles ont fini , et ne les eussent rendues supporta-
bles. C'est que les honnêtes gens corrigent par la
sas^esse , la prudence _, la probité de leur conduite,
et leur considération personnelle (premier moven
d'administration), le vice des plus mauvaises
constitutions, semblables à d'habiles marins, qui
soutiennent sur l'eau, à force d'att el de science ,
le bâfiment mal gréé et mal équipé dont on leur
a conJlé le commandement.
On a regardé l'ordonnance du 5 septembre
comme le salut de la Charte , et je crois avec une
entière sincérité qu'elle lui aportéun coup funeste j,
et , à supposer qu'elle eût des ennemis, ce que je
n accorde pas, cardes censeurs ne sont pas des enne-
mis, mieux eût valu, comme dit le proverbe, de
sages ennemis que d'indiscrets amis.
Elle est menacée de tomber aux rnains d'arais ti-ès-
exclusifs qui s'enrouent à crier : La Charte, toute la
Charte, et qui s'offensent comme d'une iniure per-
sonnelle du moindre défaut remai-qué dans' cette
dame de leurs pensées. A leurs yeux, et l'homme qui
condamne avec connoissance de cause , et l'homme
moins éclairé qui suspend aon jugement, sont au-
tant d'ennemis dominés par les plus viles jjassions ,
et ils oublient que si \e T2il adniirari d'Horace,
qui signifie aussi bien ne s'engouer de rien , que
aie rien désirer, fait l'homme heureux , il fait aussi
presque toujours Ihomme habile et l'hornuK^ d'es-
prit. Aussi , dans leur ombrageuse susceptibilité
îrès-bien calculée d'ailleurs pour leurs vues per-
sonnelles, en même temps qu'ils accusent de haïr
la Charte les hommes qui l'aiment certainement
plus qu'eux-mêmes, et dont ils redoutent la con-
currence aux honneurs et aux places qu'elle con-
lère, ils ne cessent de demander au gouvernement
des garanties pour les avantages qu'elle assure, et
qu'il ne peut leur donner sans renverser 1» Chaa-te.
(55)
Ainsi la f;;tTinlic de la liberté fie tous est à leurs
yeux la licence pour env et l'oppression pour
tous les autres; la garantie de re^alité est l'éloi-
gnemi'ut de tous les emplois, de tout ce qui n'est
pas eii\ j la j2[aranlie de la monarcliie est la pros-
cri[)tii>n «le la noblesse et rétablissement du gou-
v*M-iieinent républicain; la garantie de la légiti-
jiiité un changement de dyuastic; la garantie de
la liberté des cuU<'S la haine du clergé, l'oppres-
«ou de la religion de l'Etat, et le triomphe des
religions dissidentes ; la garantie des amnisties
1 impunité de tous les coupables;^ et, étendant
leurs craintes jusque sur l'avenir, ils veulent ,
pour ga l'an tie des scntimens constitutioruiels des
générations futures, l'anéantissement de tout sys-
tème religieux d'éducation et la corruption de
toute morale. C est donc réellement le sacrifice
àv. tout ce <pie la Charte a voulu nous donner ([u'ils
exigent c<jmme garantie de ce qu'elle donne.
Le Roi a voulu faire de la Chart* un baïune
pour adoucir des plaies , et ils en font ua causlif[ue
pour les irriter; et , avec tout cela , s'ils savent où
ils veulent aller, ils ne savent pas du tout où ils
Tont. La révolution n'a été dans tout son cours
qu'une suite de niyxtijications , je veux dired'évé-
jiemens amenés contre les vues et les intérêts de
c«*ux qui crovoient les diriger, d'effets en contra-
diction avec les causes apparentes et les mcjvens
connus, devant leirpiels les meneurs, mi^me les-
plus habiles , sont restés muets d'étonnement et
confondus de leur imprévoyance. Les nôtres ,.
cepen<Iaiit , n'ont lien négligé pour assurer
leurs succès. Comme il étoit absurde dans le»
termes et impossible à jiersuader (jne les roya-
listes ne voulu si-nt pas de la luotiarcliie , mémo
constitutionntlh- , <|ui leur rendtut le Koi et s»
famille, jiremiers objets de leurs aftections , ou
que les lévolutiounaires en vouiusscul siucére-
(o6)
mrnt, ils Ont, d'un coup de Laguelte, fait dispa-
roître les uns et les autres, et les ont métamor-
phosés en ultras et en indcpeitclaiis , ayant soin de
prendre pour eux-mêmes le nom le plus .'lono-
^'A^\cy et de donner aux autres un nOm do^^t ils
vouloient faire une injure- Les ultras ont donc été
les amis trop zélés de 1^ monarchie, les indépen-^
dans les amis sages et modérés des institutions
vépuldicaines. Chose étrange , assurément I La
répubiiijue une et indivisible ne vouloit être ser-
vie que par des enragés ; Buonaj>arte ne comptoit
cjue sur des hommes dévoités ; et on sait tout ce
cjïie ce mot signitioit dans sa bouche. II n y a eu
que la royauté, cette clef de la voûte, ce lien uni-
versel de la société, qui dût être Tobjet d'un sen-
timent bien calme et bien mesui'é de la part des
uns, et d'indifférence ou de support de la part des
autres; et comme l'administration a agi en consé-
quence envers ses agens, le peuple , natui'ellement
exagéré , qui ne comprend rien au reproche d'exa-
gération, a dû croire, sur des exemples bien plus
puissans que des leçons, que l'attachement au Roi
étoit un tort, et la tidélité une duperie.
Le ministère n"a voulu pour lui-même ni d'un
nom injurieux, ni d'un nom suspect; et, pour ne
pas être ultra on indt-pcndant^ il s'est fait minis-
tériel , état, je l'avoue, ou situation politique que
je n'ai jamais comprise, quoiqu'on ait pris bien des
fois la peine de me l'expliquer.
Le ministère s'est donc désormais condamné
au balancement, comme Ixion à sa voue: état
d équilibre et d'inc[uiétude , qui est ce qu'on,
peut imaginer de inoins compatible avec l'idée
qu'on se forme de la fixité, de la stabilité, de la
fermeté d'un gouvernement; état périlleux pour
une nation, inquiétant pour le ministère, qui,
dans les vicissitudes de sa fortune, assez portée
croire que la société ne peut lui survivre long-»
( ^7 )
fpmps , «:«» fintcflr passera son snccesseur Ta socîélé
«71// vil encore, ci;iiute qu'elle ne tinissc dans ses
mains.
Dans cet état violent de tension cl d'cqnilibrR
nii se trouve le corps social , le moindre évé-
nement commnniffiie nn ébranlement aux. es-
prits disposés à une extrême sensibilité. Il suf-
fira donc de la deMitution ou de la nomination
<le quehpies a^jens subordonnés, pouré\eillcr des
craintes ou faire naître des .espérances : et le nom
*eid des hommes placés ou déplacés sera comme
l'aiiTuille de ces cadrans qui mar<juent , dnns cer-
taines mécaniques, l'intensité et la direttion du
mouvement.
Cet état habituel d'oscillation est insupportable
aux forts esprits et aux caractères décidés, les plus
propres cependant au gouvernement des empires ;
♦•t c est ee qui fait qu'en Angleterre, les plus grands
hommes d'Etat ont été accusés, et je crois avec rai-
non , de vouloir étendn* la prérof^ativc roya/e ; ce
qui signifie cti d'autres termes. li\er I es balance-
mens du pouvoir, (]et écjuilibre entre <bs f<>rees et
«les principes opposés den'.ande, de la part des pre-
»ni<'rs agens de 1 autorité , d«' ladresse, de la ruse ,
plus de connoissance de ce qu'il y a de vicieux et
de foihle tlans le C(eur de l'homme , que de ce.
fju'il y a de fort et de bon , beaucoup «l'art enfin ,
et de ce «pi'on appelle de Tesprif vA d«»i» souples.se ,
qui deviennent plus roinintius pai mi fmus <jue la
|ore«' du caraeléie, la li\ile «les principes, la fran-
chis»; des sentimein;.
Dans CC« gouvernemens jamais nn repos et
tout en disrtissions . on a plus besoin d'hommes
«ctils (ju<' d'hommes forts, pins d«- gens qui [tarlent
que de gens rnii pens<'nl , et bs ministres sont ex-
posés à prerulre pour du talent la facilité à faire ,
vi dc« sopkismes improvisés pour dc« vérités nié-
d.itces.
( 5& )
L'.irtde gouverner dcviont insensiblement Fart
d'intriguer en grand; et comme rien ne tue le
génie des affaires comme l'esprit d'intrigue, les
ministres absorbés déjà par le courant des affaires
particulières, les détails journaliers de l'adminis-
tration, les bienséances de la représentation, ne
peuvent porter dans la direction générale des af-
ïeiires, ces méditations profoiH.les , cette attention
soutenue , cette liberté d'esprit que demandent
d'aussi grands intérêts. Ils multiplient autour d'euK
les conseils et les comités pour penser à leur place ;
heureux s'il leur reste le temps de signer I et lad-
niinistration devient a la fois plus dispendieuse et
moins expéditive.
Si j'avûis des conseils à donner au ministère, et
il pourroit en recevoir de moins amis, de moins
désintéressés et peut-être de moins éclairés, je lui
dirois : « Toute constitution représentative poKsse
.. à la démocratie, et par conséfjuent aux révolu-
n tions , puisqu'elle adixiet la démocratie comme
a élément nécessaire du pouvoir. C'est un ver
» placé au cœur de l'arbre ; il est inutile de le dis-
w simuler, et il tant counoître le danger pour le
•4» combattre. Mais^ quand le danger vient de la
^ constitution, le remède ne peut êti'e que dans
» l'administration, et elle doit être plus monar-
» clu({ue à mesure que la constitution renfermera
» pîusde démocratie. C'est par là que l'Angleterre
w s est sauvée jusqu'ici d'un péril moins grand
•ù tbez elle qu'il ne lest aujourd'hui en France;
» car, en Aiigleterre , la constitution est moins
:> démocratique qu'elle ne l'est chez nous, préci-
» sèment parce qu'elle est moins poùtiwe , et son
» administration est beaucoup plus monarchique
» que la uôire , parce qu'elle ne s'est ressentie en
» ) ien des cliangemens survenus à la constitution ,
» et qu'elle est aujotird hui ce qu'elle étoit sous
» les Tiulor^ Mais paatout oii les institutions , fui-
( ^^9 )
■» Lies ou absentes, ne sont pas on ne sont lii.n,
I) les iioinincs sont tout ; et malgré les apparences,
u et (pioifpie le Roi confère tous les eni])K)ls , ac-
» cordr toutes les grâces, signe tous les brevets,
i) et intitule de son nom tous les jugemens, toute
•n cette monarchie d'atlministratioii ne seroit que
M du papier , si ces formes royales u'étoient em-
» plovées qu'à décourager l'esprit monarchique
>• et à enhardir l'esprit po])uiaire. Or, voyez
)) et jugez. Cependant, il ne faut pas s'y Irom-
>» per ; quand la France tomboit dans la dém<i-
>» cratie , tout ce qui a voulu s'opposer à celtf-
» tendance a clé écrasé sous les roues. Quand elle
» remonte à la monarchie, tout ce qui voudroil
>» s'opposer par svstèine à cet efTort plus irrcsis-
1) tible , parce qu<' le but est plus natuviil , seroit
)» tôt ou lard inlailliblement écarté, et peut-êlve
» lie fandroit-il pas remonter bien loin pour eu
M trouver déjà des exemples. In vain les hommes
)' \eulent gouverner la France peureux, et leurs
» petits intérêts ; elle ne peut pas même être gou-
» vernée seulement pour elle, et elle appartient à
» toute l'Europe. LKiirope f|ui a besoin «les blés
'' de la Pologne , de soies de l'Espagne et des
» chanvres de la Russie , a besoin des exemple.^
« et <les lerDiis <l(; la France dont les doctrines
>» sont les doctrines de l'Europe, ])uisquc «a langue
)• en est la langue. Or, quels exemples, (juelles
» leron» don ii»»iis-iious depuis trois ans à 1 Europt- i*
^' J'entends à rFiirope ehrélienne et monarclii<ju<',
» Quelles ddiijeurs , quidles alarmes n"a\ ons-nous
» pas causées a nos amis? quelle joie à nus ennemis,
« si nous eu avions ? et combien n'aurions-uous pas
w servi ou de grandes ambitions, s'il s vu éloit
M montré , ou de \ieux ressentimens , .s il v\\ [ùt
»> resté ? Des gens (pii ont llialiileU- du mal et
» le génie du désordre , crient aux ministres :
'» Kegardcii de ce côté; ne p<;rd<'/ po»- d-- \\*>- nu
(6o )
» seul instant les royalistes , leur amLition et
» leurs projets; et , pendant ce temps, les niéclians
» creusent une mine sous la monarcliie, la char-
» gent, et, la mèche à la main, ils dii-ont un jour
)) au gouvernement : « Livrez-nous la France ,
)) ou nous allons la faire sauter. »
De BokAld.
Des Récompensc.<; no.liona.les qui seroicnL vôtres
par des Chambres Irsislatives ic des Ministres
congédies.
Une ordonnance du 29 décembre 1818, a
appris au public que M. le duc de Richelieu avoit
cessé ses fonctions ministérielles.
Les 3o et 3i du même mois, MM. le marquis
de Lallv-Tolendal et Benjamin Delessert ont fait,
l'un à la Chambre des Pairs , l'autre à celle des
Députés , une proposition tendant à supplier le
Roi de présenter un projet de loi, pour décerner
à M. le duc de Richelieu une récompense natio-
nale.
Je me propose d'examiner succcsùivcment ici ,
et quels sont les titres de M. le duc de R^ichelieu
à une récompense nationale, et quelle convenance
anroit en cette occasion l'initiative, ou même le
simple concours des Chambres.
M. de Richelieu a rempli à la fois en France
deux fonctions d'une nature assez différente, celle
de ministre des affaires étrangères , et celle de
président du conseil des ministres.
Comme président du conseil des ministres , je
dois présumer qu'il a sincèrement désiré le bien
de son pays ; mais je ne pense pas qu'il ait réussi
à l'effectuer. La direction de l'opinion publiquy
Î>eut être raisonnablement considérée comme
a principale affaire du conseil des ministres. Ou
a VU sons la présidence de M. le duc de Richelieu
«eltc opiniou ])ti])litpie s'altérer d'une niauicre
an'ùt( ne .sauroit niéconuoîlre. Les bonnes inten-
tions de ÎNI. de Ricli(;licii, conune président du
conseil des ministres, n'avoient donc j)as encore
i'ié couronnées de succès quand il a quitté le mi-
nistère. Or, les bonnes intentions ne sont point,
Jiar leur nature, assez manifestes pour trouver
cur récompense ailleurs (jue dans la .«eciéte jouis-
sance d'une conscience pure; le succès seul est
visible , et c'est à lui seul qu'appartiennent , par
eelk! raison , les récompenses pnl)li([ues.
Je vend rois, en considérant luainlenant ]\[. le
duc d(î Richelieu comme ministre des aflaires
étrangères , pouvf)ir ci'sser aussitôt de le consi-
dérer comme pvési<lent du cons<:il des ministres.
Les obstacles tjui ont empêché l'exécution dn
concordat conclu sous sou ministère, me forcent
néanmoins de h? considérer à la lois, en cette
fvccasion , s»)us l'un et l'autre raj)p()rl. Le concor-
dat , si^né par le P.tpe et par le Koi , a été soumis
ensuite à la déliljéralion de la Chambre des Dé-r
piltés; par là , la dijrnilé du Pape, qui avoit dû
croire .sitjiier un traité défiuilil; par là, la dignité
etlautoritédu Hoiont été coîn[)r.)mise.s. l-nconsei.!
des ministres doit ci^nnoîlre la conslitutiiju de .s(jn
pays, dc»il savoir si un concordat doit ou ne doit
i)os être soumis à la délibéialiou des Chand>res
Iét»i.slatives. Dans le dernier cas , il ne l'ulloit pas
l'y «oumellre 5 dans le pr<:mior cas, il n'eut pas
fallu, qu'a>Hut (pi'il y fi* t soumis comme projet
de loi , les .sij;nalure.s d\\ l'ape et du Uoi v eussent
été appusé<'s comme à un traité détinitif que le
Pape a dû croire nu lioi le pouvoir de conclure.
On alle^'ueroit ici niai A j)ropos l'exemple de Buo-
napartc. C3elui-ci ne comj)i*()juetloit pris son auto-
rité en paroissant sounu ttri; un concoidat qu'il
avoit déjà sifjné au cor|)s léf;islalif. (ieltc souuiis,-
sion apparente n'étoit en lui qu'un témoignage da
rinsolence avec laquelle il comptoit sur l'oLéis-
sance implicite d'une assemlilée asservie.
Je quitte volontiei^ le sujet du concordat; et,
5ans m'arrêter au détail épineux de la carrière
diplomatique de M. de Richelieu, je me plais à
n'y considérer que l'heureux événement de la
libération de la France, par lequel elle s'est ter-
minée.
Si donc je voyois clairement qu'à M. de Riche-
lieu seul fût due la libération de la France, et si
'c seul fait de l'avoir procurée pouvoit être entiè-
rement séparé du reste de ses fonctions ministé-
rielles , je trouverois sans doute qu'une récom-
pense nationale appliquée à ce seul fait seroit
justement appliquée.
Mais, d'une part, rien ne me montre l'influence
de M. de Richelieu sur la détermination des puis-
sances ; leur bon sens naturel me naroît en effet
suffisant pour leur avoir fait comprendre qu'elles
s'étoient trompées lorsqu'elles avoieut considéré
l'occupation de nos frontières par leurs troupes ,
comme une garantie contre le retour de l'esprit
révolutionnaire qui menace l'Europe quand il
agite la France.
Si, d'autre part, M. de Richelieu leur avoit re-
pi'ésenté cet esprit révolutionnaire comme s'étant
amorti pendant son ministère , il les auroit induites
en une palpable erreur.
Il y a donc de la difficulté à motiver à son égard
des récompenses nationales d'une manièi'e claire ,•
et la difficulté augmente quand on réfléchit que ,
quoique ses bons et loyaux services soient loués
dans l'ordonnance du 29 décembre 1818, cepen-
dant on s'est facilement résigné à s'en passer
à l'avenir.
J'ai parlé jusqu'ici dans des hypothèses qui ne
pourroientconvenirqu'à d'autres constitutions qu»
( 6.3 )
celle qui notin ré?it. Sous la n6tre,rien de ce que
font de h'un les ministres ne leur appartient, ne
leureVit imputable 5 tout ce qu'ils font de mal n'est
imputable qu'à euv-mémes, tout ce qu ils font d«
bien n'est imputiible qu'au Roi.
S(jus noire Constitution ausi les Chambres
It-gislatives ne paroissent pas nalurellenicnt appe-
lles à proposer des r«'*compenses nationales. Pen-
dant la session de 181 5, les exemples de la réserve
de la Chambre des Déjîutés à cet égard ne man-
quèrent pas. Deux propositions de ce genre lui
furent faitc's , l'une pour voter des remerciemeûs
à M. le comte de \augiraud, qui .iVoit conservé
au Roi la ]\Jaitinique pendant les cent-^ jours,
l'autre pour décerner un témoiejnagc de la recon-
noissance |>tibli<{ue anv Français (jui avoient dé-
fendu la rovaulé lors de la révolution du 20 mars
et p(;ndant Vint(;rrègne. l.a fidélité à la monarchie
Icgilinic étoit chère à la Chambre des I)é-iuté:^ de
iHi5,et elle eût aimé sans doute à la récompenser;
mais non moins fidèle elle-même aux saines doc-
liûnes, elle sut \ainc>.' ses afleclions, et écarta des
propositions que, dans nr.l'c (>oiisliliition , leur
source chérie ne mettoit ])as à l'abri du reprcclic
d'incompatibilité avec les fuuclions d'une Cham-
bre législative.
Sa résolution d'écarter la dernière de ces pro-
positions lut devancée par S. A. R. Monsiexir, à
l'occasion de la proposition qui venoit d'être faite
ù la (>haml)re d»'s Pairs ]>our \oter nu témoignage
d'admiration et de respect à S. A. R. !Nî«' le duc
d'Angouléme. Le noble père du héros du Midi ne
craignit j)as de décliner poui' son iils un honneur
\jui rappfloit des circonstances trop doulourruses
à tous les cirurN fran«;ais. 11 orna encore la gloire
«le ce (ils de tout ce qu'a de touchant la modestie
palca'ncllc ; et la Chambre , émue et cntr'.îndepar
uuu >crtu si pure, prit au mut, a\ec uu tendre
(64)
regr<ît, le refus du plus chéri «les princes et du
plus sincère des hommes (i).
Notre Charte est, au reste, encore récente, et
ne peut pas fournir des précédens nombreux. Si
nous passons do)ic à Texamt-n des principes en.
eux-mème-s, comnu'nt poui'rions-nous méconnoî-
tre linconvenauce de l'initiative, ou même de la
simple association gratuite, des Chambres législa-
tives pour la distribution des récompenses natio-
nales.
Je "ais que, suivant l'article XIX de la Cliaite,
n4es Chambres ont la faculté de supplier le Koi
» de proposer une loi sur quelque objet que ce
)>soit, et d'indiquer ce qu'il leur paroît convc-
» nable que la loi contienne. » •Mais les Chambres
peuvent user de cette faculté d'une manière plu.i
ou moins raisonnable, plus ou moins discrète, j)l«s
ou moins salutaire, plus ou moins confoi'me au
sens essentiel de la Charte à laquelle elles doivent
leur existence. Elles en useront mal , si elles choi-
sissent pour objet d'une proposition de loi uu
objet qui soit naturellement du ressort de la puis-
sance exécutive.
Et il laut remarquer ici que let^ercice méme-dî
linitiative royale ne disculpei'oit pas unpro;ct de
(i) Dans la séance de la Chambre des Pairs, du 4 janviei*
1819, !\I. de Lallv a dit que le motif qui avoil éle alk-gué pour
••carter la proposition relative à S. A. R. M'*" 'e duc d'Angou—
Icme lui senil)ioit le plus fort ar;;umei»t en faveur de celle qui
est relative à T>I- le duc de Richelieu. Rappelant qu'en roiii-
laltant les rebelles, S. A. P. avoil eu la douleur d'avoir à-
combatîi e des (' rançais, il a ajoute : celle fois , un contraire . c'est
delà délivrance de la Irance qu'il s^ agit. (Voyez la OuiHidierne
du 7 janvier i8ig. ) Cette phrase, dans la bouche d'un Pair de
Fronce cjui a été ministre du Roi .à Gnnd, a un son étrange.
Peu aupnravanl il avoH. dniks le cours de la nième discussion ,
imputé, bien à tort, je crois, à un préopinanl de prétendre
séparer le Roi de la patrie. Eli! grand Dieu, comment ne
voit-ii pas combien odlen^nieMl il les sépare lui-même, lors-
qu'il suppose que ce n'étoit pas de la délivrance de la Franc*
qu'il s'agissoit dan» la g'oricuse lutte contre l'usurpateur ?
( <i5 )
loi du reproche d'envahissement de la jinissance
executive par la puissance ié^islaîivc , si d'ailleurs
ce reproclie étoit t'audé. Vu R.)i est homme , et
cojnme tel peut errer. Il jjcjurroil ne voir dans
quelque sacrifice de la plénitude de la puissance
executive qu un sacriiice personnel -t conséquem-
ment généreux. Louis \\ I parut avoir cette ver-
tueuse , mais funeste erreur. Ceux de ses sujets qui
s'efforcèrent de la combattre mérittrent bien de
leur patrie. Ils comprirent que la plénitude de la
puissance executive, entre les mains d'un Roi lé-
gitime telle que notre Charte la confirme, est la
plus sûre garantie de la stabililé sociale, et que
cette garantie, conservée dans son intégrité, est
bien plus encore le patrimoine des peuples que
celui des Rois.
Or, ce seroit bien faussement et bien ignoble-
ment concevoir l'institution des Chambres légis-
latives, qu<; de supposer que leur .seule destination
dût être de self M'cer d'agrandir, par tous les
moyens, leur sphère d'activité, ou que leur seule
destination légitime j)ut ne pas ^tre de s'efforcer,
au contraire, de la fixer dans ses justes bornes,
sans la resserrer ni léU'udre.
Et cependant chncun voit sans doute 7\.'~ez clai-
rement avec tjuelle iacilité la puissanoL' législative
envahiroit par degrés successifs toute la ptiissance
executive, s'il étoit convenu qu'il ne fallût, pour
cela, que travestir des ordonnances m lois.
Quant aux récompenses nalionnlc-s , l'erreur
vil lit , si )<• ne me trompe, fh- cftt»' vitille mépri":*
par l.iqutlle OU a si long-temps, chez nous, con-
fondu avec la nation toutes les assemblées aux-
qurlles il a plu d»* se croire ou de se dire la nation
ou l.t représentation de la nation.
Cette vague evpressi ;n de représentation natio-
nal»- a été vaguement transmise d une assemblée
Uj^islative à iruitre par une sorte de lolérauce
Tome H — ij* Liv»Ai»«?< 5
(6G)
tacite, sans que personne se mît en peine, ou
liasardât, de la détiniv. Mais nos Chambres légis-
. latives actuelles, n'ayant pas d'autre origine qm-la
Charte, n'ont aucun prétexte pour s'arroger des
pouvoirs que la Charte ne leur attribue pas, La
Charte leur attribue une part à la puissance légis-
lative, et ne leur eu attribue aucune à la puis-
sance executive. Elles peuvent donc être considé-
rées comme formant, avec le Roi, et non sans
lui, la représentation de la puissance législative
de la nation, si l'on juge à propos de se servir de
ce mot de représentation. Mais quant à la repré-
sentation de la puissance executive de cette même
nation, il est bien clair que les Chambres n'y ont
aucune part, et que cette partie de la ropréscïita-
tion nationale est exclusivement concentrée dans
la personne seule du Roi.
Pour savoir maintenant quel est le représentant
de la nation à qui appartient la fonction de dé-
cerner des récompenses nationales , il ne faut plus
qu'examiner si leur distribution est naturellement
du domaine de la puissance législative ou de celui
de la puissance executive. Je pense qu'il n'y a
point de doute à cet égard. A C[uelque degré que
des assemblées lég^islatives usurpatrices aient abusé
du mot de loi, elles n'ont pas pu néanmoins en
détruire entièrement 1 idée première, elles n'ont
pas pu empêcher que , suivant lacceptioii com-
mune , la loi ne soit une chose distincte de l'ap-
Flication de la loi. Suivant l'acception commune,
objet des lois est toujours générai 5 la loi consi-
dère les sujets en corps et les actions comme abs-
traites , jamais un homme comme individu , ni
une action particulière. Ainsi, la loi pourroit bien
statuer que tels services rendus à la patrie seroient
récompensés par des récompenses nationales 5 mais
elle ne peut nommer tcis et tels pour les lecevoir.
JLa désiguaiioii des individus , ou l'examen de
(^ )
leurs services, n'est pas la loi, mais l'application
de la loi. Or, rapplicfttiou de la loi n'appartient
pas à la puissance législative j ipais, sous le nom
ac décret ou d ordonnance , à la puissance exe-
cutive seulement.
Ce n'est pas qu'une récompense rpie le Roi ju?e-
roit il propos tic décerner ne pût contenir quei(£ue
disposition (jui exigeât le concours des Chambres,
notamment si c;'tte récompenvSe étoit pécuniaire
et nécessitoit l'établissement de quelque nouvel
impôt 5 mais alors le mutit' particulier de leur
concotirs cleviwjjt ôtre spccialeiaent expiimé , atin
qu'on ne pût pas le conibndrc avec un cn\?hisse-
ment arbitraire sur le droit général de décerner
des récom[)enses qui appartient, par sa nature ^_à
la puissance executive.
(^tt envahissement d(! la puissance législative
«tir le droit de décerner des récompenses auroit,
l<M-sque ces récompenses seroienl destinées a uu
ministre congédié , des inconvéniens particuliers
dont la gravité ne doit pas être dissimulée.
Le dangereux exemple de voter d'-s remercîmens
à un ministre «lisgracié, lut donné le i3 juillet i ^89
par l'assemblée qui venoit de se donner séditieu-
sementle nom d'assembice nationale. La proposi-
tion lui en avoit été i'aite le même jour par Is
même orateur, qui vient de faire à la Chambre
des Fairs ia proposition tendanla décerner à M. le
duc de Kiciiclit;!! une réconqiense nationale. Le
lendemain de ce i3 juillet, la Bastille i'nt prise
par des révoltes j et je lis dans les .Mémoires de
AL Baîlly (1), que /a rvvolnlion fut opine en cette
Joiu'fitie nu inniahlc. On sait assez quels c'imes y
furent commis , v\ a\ec quelle indignilé .\L\i. de
Loiniv ri (le I |e>;«elle.s y iurcut Ul.lSSacrés. PoUT
(\) Mfmoim liv Jra i-SïL-ai i DuiVy (cli<-i I f\ uull , SdiutH
«•l coiiipaijriic , rue Je Stiiic, »»y^ ) . lome II , p..|{c j ^4.
5.
(68)
arrêter ces atrocités, les électeurs de Paris nom*
mèrent , sans aucun droit , en la personne de
MM. Bailli et le rnarquis de La Fayette, un maire
et un commandant général de la garde nationale
parisienne. Celte mesure ne produisit point les
neureux effets dont l'espérance peuvoit seule pal-
lier l'énormité de cette usurpation de pouvoirs.
Les atrocités ne furent point arrêtées ; elles furent
renouvelées, si ce n'est surpassées , par les meur-
tres de MM. Foulon et Berthier et leurs horribles
circonstances. Le commandant général de la garde
nationale donna sa démission , la reprit le même
jour , et ne fit punir personne ( i ).
Une telle mollesse ou une telle connivence est le
plus sûr encouragement à commettre de nouveaux
crimes. Moins de trois mois après , il en fut en
conséquence commis, pendant la nuit du 5 au 6
octobre, de bien plus atroces encore , qui, favo-
risés, dirai-je par l'étrange , dii'ai-je par le fatal
sommeil du commandant général de la garde na-
tionale parisienne , ne furent pas mieux empêchés
que ceux du mois de juillet, et à la suite desquels
l'offre de sa démission ne fut pas réitérée.
L'orateur, sur la proposition duquel avoientété
YOtés des hommages à M. Necker, le i3 juillet
1789 , accompagna le Roi à Paris le t^ du même
înois. Dans la harangue qu'il fît en cette occasion
à l'Hôtel-de-Ville , il ne parut pas trouver que le
rappel de ce ministre fût trop chèrement payé par
les crimes qui s'étoient commis peu de jours avant
celui 011 il parloit. Il ne parut pas presseiitir quels
effets dévoient naturellement produire et l'impu-
nité de ces crimes, et le renvoi des troupes néces-
(0 On lit, dans les Mémoires de M. Bailly (t. II , p 3.3),
que M. de La FayeUe lui avoit dit, qu'il éloït bien convaincu que
sa (fc'mission ne serait pas accepice , et qu'il n'endort point sericuse-
'nrnt le dessein de gr retirer.
( 69 )
sairespour proléger la sûreté pnblitpie , auquel If
Rois'étoil cru forcé de conscnlir, et le raj)pel non
moins contraint du ministre que ce m^aie Roi
avoit , peu de jours auparavant, cru nécessaire
de congédier, et la substitution de MM. Raillv et
de La Fayette à Louis XVI dans l'exeicice de la
puissance executive. C«*t éloquent orateur ne parut
pas apercevoir que tout cela ti-udoif naturelleuient
a amener à sa suite de plus grands attentats encore.
Lorsque ceuv des 5 et () octobre arrivèrent, il
téoioigna contre eux une honorable indignation,
qui ne Je porta pas néanmoins à remontera leur
cause.
Maintenant, il renouvelle à une chambre légis-
lative la propositio',1 de voter une récompense
nationale à un ministre qui a cessé de l'élre. Il
paroît ainsi avoir peu compris les conséquences
d'un tel systùme.
Chacun voit assez que ce système n'auroit aucun
danger immédiat dans son application à un sujet
aussi fidèle (jiM.' M. letluc de Kichilieu. Les insur-
i-ections ne s(jul point la route par laquelle sont
rappelés au ministèn; des sujets fidèles.
. .Mais l'evemple n'euscroitpas moinsdangereux.
Le ministère peut être occupé par des hommes à
qui , s'ils étoieut congédiés , tous les moyons
seroient bous pour s'y rétablir contre le gré de
leur maître. 11 ne faut pas ouvrir de nouveau la
roule au\ bas courtisans d'une aveuçle faveur
]>o]Milaire, qui s'en voudroient faire une arme
perfide jxinr doniincr «'l «»j>priijier leur xtation
cl leur iii»i.
to janvier 1819.
L. 1 . V . DE K ER<;o»;i A\ .
PS. Le projet de loi app )rté le 1 1 lauNier 181Q
( 7« )
à la Chambre des Députés , étoit impossible à
pre'voir.
M. le duc de Richelieu, par sa lettre du 3 dn
même mois , adressée à M. le président de la
Chambre des De'piites , avoit décline la partie
pécuniaire de la récompense qu'on avoit proposé
aux Chambres de lui a oter.
Le projet de loi semble faire grâce à l'Etat du
fardf'au qu'on a^oit voulu lui imposer. Mais ce
fardeau . il le déverse sur la couronne dont il
propose la spoliation. Il invite les Chambres à
y concourir.
Il leur propose à cet effet d'aliéner des biens
déclarés inaliénables et imprescriptibles par l'ar-
ticle 9 de la loi du 8 noveml^re iBi4, relative à
la liste civile et à la dotation de la couronne.
Il leur propose de décerner une récompense ,
et parla de faire un acte qni n'est point du ressort
naturel de la puissance législative 5 il leur propose
de casser ainsi implicitement une loi, et quelle
loi ? Celle qui décîare la dotation de la couronne
inaliénable et imprescriptible.
Cette mesure qui ten droit à transformer un Roi
en président , et une couronne héréditaire en une
magistrature élective , ne peut faire illusion à la
fidélité des Chambres , et sans doute j\[. de Riche-
lieu ne se prêtera pas à servir d'instrument à une
combinaison si désastreuse.
Il lui seroît d'ailleurs pénible de dérober les
épargnes du Roi sur sa liste civile au pieux et tou-
chant usage auc|uel nous les avons vues jusqu'ici
appliquées, au soulagement des infortunés qui ont
versé leur sang et consumé leurs biens pour leur
Roi et leur mère-patrie. Qui pourroit, sans être
soi-même dans le besoin, disputer ces secours à
une veirtueuse indigence ?
L. F. P. DE Kergoblay,
C 7' )
De la Marche du Ministère , et. de la Charte danv
ses rapports a^ec la révolution et les droits d&
la royauté.
Qu'à la stiite d'une longue révolution , qui a
déhiilc par des sojjhismes avant de se tcrminei-
par le sanjj, il se rencontre une foule de gens assez
insensés ou assez pervers pour repéter sans cesse
autour de l'aulorilé : « Prenez-v garde, la pro-
» gression des lumières est gr.'.ide, une ère nou-
» velle a commencé pour les sociétés , connoisser
î> la généralior» avec laquelle vous avez afiaire,
» elle lu' v«'ul décidément entendre parler ni de
« mi^ralr ni de religion; en conséqniînce, faites-
» lui d»;3 lois qui ne la gênent pas, car elle est
X d'un naturel impatient; tremj)ez-lui des soupes
>» économiques, car elle est nombreuse, et tenez-
M vous tranquilles. »
Que de siMuhlahles propos émanent des mêmes
hommes qui avisèr«Mit en Sj^ qu'une monarchie de
quatorze siècles n'étoit pas constituée , et qu'il
lalloit y remédier au plus vite; cela ne m'étonne
pas : il est des st'ctes qui se perpétuent en politique
comme d'autres en religion, et les sophistes sont'
de ce nombre, ou plutôt les sophistes sont comme
une maladie commune à tous les vieux peuples j
ils oui dévoi'é la (jrèce, ils ont dévoré Rome et"
Bisance. l/euuu(pic rSarsès les redoutoit plus que
les (iétuirs cl les lluns. Ce sont, en elFct , d<' puis-
sans auxiliiiires des ualious nou\ elles ; de nos jours,
ils ont t.'tnl lail que le lîaskir et le Tartare d«'S dé-
serts de l'Asie: ont visilt* la \illc de Henri IV et de-
Louis XI \ , »;l que de.-» chevaux de l'Ukraine ont
été \us attachés aux poteaux du vieux Louvre.
Mais que- de tels homiucs et leurs docti-ines ,
loul 'prou\ es qu'ils &uicut , u'uicnt poiul tlé rc-
( 70
poussés, c|u'ils aient encore action sur le gouver-
nement, que la France Soit de nouveau livrée à
leurs es5ais politiques : c'est ce qui ne peut se
comprendre. Que suitout les ministres d un Roi
qui a bu à longs traits « la coupe de l'adversité, et
qui, comme Ulysse, a perte long-temps chez les
nations étrangères son cfiadème et ses vertus ; que
ces ministres, dis-je, agissent aujourd'hui comme
si la France etoit toujours jeune pour l'erreur, et
qu'elle pût allier ensemble de vaines illusions et
des leçons dont elle frémit encore, ou que , se
croisant les bras sans a\oir rien fait pour arrêter le
mal , ils proclament les premiers sa toute-puis-
sance, et semblent dire au torrent : Roule et em-
porte-nous dans ton cours; comme ce nautonnier en
démence, cpii , après avoir rejeté son lest et son
ancre, se laisseroit emmener dans la haute-mer à
rapproche d'un gros temps, c'est ce qui passe toute
croyance , c'est ce qui confond toutes les idées re-
çues, c'est ce c[ui achève de troubler la conscience
des peuples.
Cepend;nt notre situation est-elle si compliquée
qu'elle ne puisse être définie clairement? Ah! que
si laissant ime fois tout le verbiage de l'école et
tous les mots sacramentels qui n'en imposent
qu'aux adeptes, on s'efForçoit à nous parler le lan-
gage de la raison , et qu'on nous dît simplement :
Il n'est donné ni à 1 homme ni à ses ouvrages de
durer éternellement 5 tout est enfin changé ou
modifié par le temps , et si , comme l'a dit jNIon-
tesquieu, la société s'établit parce qu'un enfant
naît auprès de son père et s'y tient, elle se dérange
aussi parce qu'il vient une époque ovi l'enfant né
auprès de son père ne s'y Teut plus tenir; il ne
s'agit donc pas de décider si ces changemens sont
bons ou déplorables en eux-mêmes; ce sont des
nécessités; quelles qu'elles soient, subissez-les , car
elles sont inévitables comme le destin , à cette
( 7n
première profession de loi nous prêterions d'aborti
une oreillf attentive, et pour que, nous ffisaut
grâce de la siipiriorilc de. /'ôponiie , de la yerjcc-
tibilitt' indcfinie , du jjii^^ics des lumières et de
tant d'autres niaiseries faites pour le vulgaire des
crovans, et dont les grands d«r\ielies àv la secte
rient les premiers sous leurs barbes, on nous
exposât seulement les besoins d'une population
phis nombreuse , le ijouveau cours des idées , 1 al^
foiblissemcnt des préjugés salutaires sur lesquels
reposoit l'ancit n ordre d<- choses, et i-nfin tous les
intén'ls nialéricls nés de la révolution, alors il
seroil facile de s'entendre avec nous, et le terrain
sur lequel nous nous réunirions seroit celui de la
Charte, la Charte a fait la fiart du siècle : celle de
la légitimité, c<lle des j)rincipes immuables ne
dép<'udoit d'aucune puissance humaine . Le Roi
s'est aperçu que vingt- cin(( ans de rcvolut on
avoicnl ouvert un abîme eflravant entre le passé
et l'avenir de la Franct- , et la Charte a comblé cet
abîme , semblable à cet autel ébvé parles Romains
à la Concorde sur la biiuchr d'un ;incien gouflre.
Mais cette (Charte, volontairement oclrovée , ne
peut £'tj'e considérée comme un traité de paix
entre la révolution et la légitimité 5 cette Charte
est féconde, et de tous les élémens divtrs «lui
peuvent v être renfermés, c'étoil à rh:d)ileté des
ministres à ne laisser sortir <jue la monarchie et la
liberté.
La révolution, si elle éloit s» ule chargée de
couimenter la (Charte, pourroit n'y voir que les
vent^ natiimale.s garanties , (jue tous les pri\il<'ge.s
abolis, < l rnlin(ju«' la royauté réduite comme l'est
sou\ent un F.tat après un«' guerre malheuretj<ie.
■Mais lii l- ranceei) niasse, tpii u'r.sl pas révolution-
naire, et à la(|uelle appartient la Charte, a t\\i y
voir a\ant tout le.s autels à jamais relevés et affer-
mis , nos eulaat rendue au -reuos et aux saiucs
C 74 .)
doctriiK^s, et ces lis, si chers à nos pères, assure's
à notre postérité.
Il y a donc dans la Charte une partie quf peut
s'appeler fîémocvalique, c'est celle qui a stipulé
pour des intérêts particuliers ou géne'raux, au dé-
triment des anciennes prorogatives de la cou-
ronne; mais cette partie exceptée, toute la Charte
-est dévolue aux intérêts du pouvoir dont elle est
émanée, et c'est dans toutes les institutions qui en
sont le comple'ment , que le trône a dû chercher
ses points d'appui. Mais il n'en a pas été ainsi ; on
a permis que la révolution , dont la part étoit
iaite, et qui devoit garder le silence , parlât plus
haut que de coutume : elle a dicté la loi sur les
élections, la lui sur le recrutement; elle est venue
s asseoir jusque dans le conseil des ministres sans
qu ils la reconnussent; elle a rédigé plus d'une
ordonnance; et la royauté, qui avoit donné des
sûretés à son ennemie , n'a pas cru devoir prendre
les siennes.
Un semblable système ne pouvoit être suivi
sans obstacles, sans contradictions; on s'est irrité
d en rencontrer; chose singulière ! on vouloit être
despote, même en faisant de la dénroci'atie , et
imposer les idées libérales comme Buonaparte im-
posoit la servitude; la passion de l'arbitraire fait
naître le besoin des flatteurs, on n'a bientôt prisé
qu'un seul mérite , celui de la docilité; on a appelé
<à grands frais des hommes oubliés qu'on a fait
remonter sur la scène , et qui , tout embarrassés
entre leurs premiers et leurs nouveaux rôles , ont
été surpris balbutiant à la fois les paroles du des-
potisme et de la liberté; on s'est jeté dans des
haines et dans des amitiés égralement extraordi-
narres. JJes conjurations , des tentatives a maui
armée sont survenues ; comme elles pouvoicnt
compromettre le système , et que la raison d'Etat
Tcut qu'on soit iulaillible , ou n'en a pas vaulu.
(75)
davantage aux conspirateurs qu'à ceux qui avoicTit
étouffé la conspiration avec trop d'éclat, pour
ainsi Jirc avec trop de brutalité; on a laissé les
affaires de Lvou comme dans un nuaf(e , aliu-que
chacun pût v voir des fantômes au ijré de srs pas-
sions, et il a été enjoint à tout le monde de triom-
jiher plus niodestem<'nt des ennemis du Roi. I.a
révolution , qui avoit un échec à réparer, a voulu
faii'e expier leur audace à ceux qiu* fui avoient dé-
fendu 1rs |)(jrt<'s fie Grenoble ri de Lyon, l^ientôt ,
par une diversion macliia\éliqnc , ils ont élé «ux-
mémcs trav«'stis en conspirateurs, et si l'esprit
railleur, mais équitable, qin' dicta la satire Mé-
HYppéc, et qui n'abandonna jamais nos j)éres,
s étoit conservé parmi nous, il lums entreprésenté
sans doute la révolution li;!hillant ellc^-ménie les
généraux Canuel et Donadieu des dépoiiilh's de
quelques chefs de bandes du Khôue tt de l Isère ,
et traînant ainsi ces nouveaux accusés devant le
juge tlinscruction , seuls , sans appui , méconnois-
sables à tous, et éloignés tous deux de ces rem-
parts qu'il leur e*it suffi , comme à INIanlius, de
montrer du doigt jxjur se faire absoudre.
Cependant, au milieu de cette lutte funeste, enga-
gée par l'ancien ministère contre ses amis naturels,
le iteuple est demeuré long-temps immobile : il
oublie nKjins vile fjne nos Lt ureux idiik»sophes ;
les leçons de la Pi-ovidenee le trouvent plus allen-
lif, J es événemens de linterrègne, lîuonaparte
jeté comme par la fatalité de l'î'e d'F.lbe à Paris,
elde l*aris aux rochers de Sainte-Hélène, les dé-
.«iaslns du Mont-Saint-Jeaii , les souffianees de
l'invasion, et surtout l'inépni'^abh' bouté du R(jÎ ,
lui avoient laissé une profonde isnpression; qui
sait même crqn il réservoil à ses. séducteurs, si ou
les lui eût abandonnés? Mais il senible qu'on ait
pris à tâche de les justifier, oubliant sans doute
que, daa3 la situation où se Uouvoil la France,
tout le monde ne pouvoit pas être innocent, et
qu'il est des crimes que ni l'équité ni la politique
ne permettent de déplacer.
Le premier acte qui , sous le Roi , fit considérer
les royalistes comme un parti, fut donc un pas ré-
trograde en révolution. Ceux qui a voient favt le
ao mar^ saisirent avidement l'occasion de pei'sua-
der à la multitude qu'eux et leurs amis n'a voient
conspiré que contre le trône, mais que d'auti'es
osoitnl coiLspirer contre elle-même; c'étoit don-
ner le change aux ressentimens populaires, c'étoit
se couvrir habilement de son ennemi pour le faire
frapper à sa place. La politique éti*oite qui tenta
d'isoler le trône de ses appuis naturels, ne s'aper-
eut pas qu'elle le suspendoit dans le vide ; elle ne
comprit pas que le pouvoir disposoit de tout, sauf
les liainrs et les affections. Eu vain les faux amis
de la rovauté-lui répétent-ils sans cesse : Désarmez-
vous, affoiblissez-vous , et nous vous aimerons.
La force est la première vertu des Pvois , c'est celle
que le peuple , par instinct de sa conservation .
préfère à toutes les autres ; il sait gré , tôt ou tard ,
dû mal qu'on l'empêclie de faire 5 il plie ave<
amour sous les princes qui portent dignement leur
couronne , qui croient fermement en la royauté ;
et du jour où il i-emarqueroit en eux quelque
embarras, quelques remords de leur supériorité,
le trône ne seroit pas renversé, il tomberoit de
sou propre ])oids. Les meurtriers de Louis XYI
lui ont eux-mêmes reproché sa foiblesse ; n'a-t-on
pas entendu ces hommes de sang accuser la main
qui ne les avoit pas anéantis , et les bourreaux eux-
mêmes se plaindre de l'extrême résignation de la
victime?
Ce n'est donc que parce que le gouvernement
n'a pas été soigneux de ses intérêts , que parce
qu'on a laissé déborder la démocratie jusque dans
des institutions qui dévoient en être garanties.
( 77 )
que la France n'a pas encore trouvé le repoÂ. Par
quelle f;it;ilite n'a-t-fjii voulu voir daus la Charte
que les concessions iaites par la couronne , et ut
pas V voir les diûits qu'eik s'y est réservés? Le
siècle qui a, dites-vous, exigé des concessions,
saura bien les défendre; quant a vous, que ne
défendez-vous c qui reste à la loyauté? sentinelle
vigilante, conservez-lui des préroîjativl'S ijui lé-
poudei.t de notre avenir; que u avez-vojis fait
respecter son droit de nommera tous les emplois?
que n'avcz-vous déjà fortiilé , par tousles moveus
possibles, devant le trône le rempart de la pairie,
et le remj)art pins inexpugnable des nueurs et «le
la religion? Fn un mot, <|ue n'avez-vous fait en
sorte que chacun prît dans la Charte ce qui lui
revient, et q»ie personne ne s'y fît la part du lion?
La tâche est difficile , sans être au-dessus des forces
de l'homme-, mais (jue b's dépositaires du pouvoir
soient bien convaincus qu aujouicVhui l'on ne
peut plus se tromper, et nster innocent. Le mal
dont la société est tra\aillée est connu ch' tous, et
c'est aimer le mal que ne pas savoir l'arrêter. Si
«CUV qui ffouvernent ne se rej)aissent pas de chi-
mères , s'ils recherclu'iit d'utiles av<rî.is.semens .
combien ils en lrou>eront dans les seulimcns de
leurs ennemis , flans leur luuesie joie, et surtout
dans b'urs écrits! Combien il a fallu que l'opinion
se fût déjà pervertie pour que naguère U7ic lemnie
célèbre non-seulement se soit endormie dti der-
nier sommeil a\ec toutes ses illusions de 8q , mais
ait cru dexoir nous léguer en mourant une lon'«-uc
apologie de la révolution . où les scènes qui l'ou-
vrirent sont rapjielées naïvement comme les pre-
miers jours d'un beau vo\ajj'e, et où les charmc.,
ineflahlcs de la popularité, les délices de l'inno-
vation , l't le spectacle si majestueux' d'un pcrq>le
qui se régénère* , sont retr<<céa avec cette même
_ ( 73 ) _
imae^inalion qui peignit en traits de feu les amours
de Corinne et le beau ciel d'Italie !
Le peuple n'a pas le privilège d'uu si long dé-
lire, il ne niarclie pas le premier aux révolutions,
il n'en revient pas le dernier. Quand les jours de
son ivresse soîit passés, quand il est rendu à lui-
même ," il l'est bientôt à toutes les idées d'ordre
et de })aix dont la Providence lui a fait un
besoin. C'est pour lui que l'on doit gouverner, et
non pour quelques sophistes qu il faudroit relé-
guer, comme à Rome, dans leurs écoles et sous le
portique des académies. Que le domaine de la
pensée suffise à leurs spéculations. La morale ,
premier principe de toute politique , de toute lé-
gislation , a été donnée parlait*; à riiomme , et il
ne veut pas qu'on déshonore le premier de tous
les dons célestes , en l'assujétissanl à la perfecti-
bilité de ses arts; la société n'adopte pas ceux
dont les rêveries ne se lient pas à ses besoins, L'expé-
rience fait sa vie, son inrmortalité 5 elle se refuse
en frémissant aux téméraires investigations du so-
phiste , comme un corps animé se réveilleroit sous
le scapel qui ne doit interroger que sa mort. Il
faut donc veiller à ce que la vérité reste à décou-
vert au milieu des hommes, puisque son seul
aspect fait pâlir l'eri^eur , comme ii suffit de la
feimieté pour dissiper les factieux. Il laut le dire,
c'est la fermeté seule qui les désef^père, et le ttu'me
de leurs espérances est le commencement du repos
public. C'est le propre des grands Piois de forcer
les factieux de mourir paisibles dans leurs lits ; si
ÎMayeune Huit avec tant de calme et de douceur
des jours si agités, il le dut à Henri IV, qui , non
content de le vaincre, lui ]»répara peut-être des
remords dans l'impuissance de mal laire.
Après avoir considéré cette force de Henri IV
tempérée par tant de bonté, nous considérerons
( 79 )
la giancleur si Llen>ciilaute de LouisXIV, ct,cii
tlrpitclcsnovatturs, uousdéinontrerons combien il
nous si'i'.i lacilc de piouvevque ce ne fut point un
f;auverneaiciit iiit'dit»cre que celui qui sut calmer
[«'.s factions sans briser leressort des caraclèrcs;nous
rajjpeîlerons (jue si Louis XI\ , au lieu d'être uu
-raiid roi, n'eût été qu'un despote, il eût abruti
la nation au lieu de l'éclairer, il eût eu peur de
son siécie au lien d'en être fier et de marcher à sa
ir'iv. Ia- Gland (^Otidé, La Rocln foucauld et le car-
dinal de lîrt/ vivant en bons citoyens, et mourant
en chrétiens après tant d'agitations évanouies
comnn* un rêve , témoignent hautement en faveur
du Monarque qui leur imposa le repos sans attenter
.sur leur gloire, et se priver de leurs talens.
On ne remarquera jamais assez combien est
dii^ne d'admiration et de reconnoissance la marche
d'un bon gouvernement api'és des ti'oubles civils.
Sévir contre les individus en respectant les prin-
cipes du mal , n'est que trop habituel en politique.
Les li-oubles sont apaisés que bien souvent les
causes ({ui les ont amenés leur survivent encore;
ne pas les perpétuer dans l'Etat, se déléndre de la
séduction des idées qu'on a soi-même combattues ,
ne pas perdr»; de vue, dans le choc des opinions
qui se succèdent et varient sans cesse, des droits
rt des devoirs qui ne peuvent changer • ne pas con-
clure d»; la louj^iuHir <'t de la gravité de la maladie ,
qu'ellf fut en elle-même iné\ ilabU» ou salutaire au
torj»s politique^ ne pas se llatter d'arrêter les fac-
lions ru leur cédant, ni les tromper en les caressant ;
les forcer, enlin , à marcher sous ses bannières au
lieu de s'enrôler sous les leurs : telles sont les obli-
gations d'un ;;rand prince dans une telle situation ;
nous le léjiéluMs, telle a été la marche de Henri IV
ft de Louis \ I \ , éminemment doués tous les deux,
par la l*i ovidence , des «pialités qui ]>fiuvoii ut ti'r-
liiinerlaLigue elL i ronde. Telle cil la marche que
( «o )
Louis X\III vient Je prescrire à ses ministres et
aux Chambres dans le discours d'ouverture. Qu'elle
soit suivie, et la France , heureuse et forte par la
sagesse de son Roi , oubliera bientôt ses malheurs ,
pour se livrer toute entière au sentiment de la
reconnoissancc.
Le ^ icomte de Suleau.
MELANGES.
Tant que certains pamphlets portoient la cou-
leur deFopposition, oupouvoit du moins supposer
leurs dûctiiues frapjiées d'anathème ; aujourd'hui
que par une métamorphose peu étonnante , mais
un peuprompt(> , ils deviennent les apologistes du
nouveau ministère, on peut concevoir quelque
inquiétude sur la progression révolutionnaire de
leurs principes. Tout ce qui fut honorable , tout
ce qui fut loyal , est le but de leurs attaques com-
binées ; tout ce qui se montra religjieux , tout ce
qui fut fidèle , n est pas pour eux la France. Il est
surtout une contrée dans ce beau pays dont il
iiiudroit , s'il étoit possible, faire disparoître la
mémoire, et la patrie desd'Elbecc, desKonchamps,
desLescure ,dcs Larochejacqueleiu, n'est pas pour
certains hommes une patrie commune. Aies enten-
dre, cesi une assertion hyperbolique que de dire que
le feu sacré de l'amour pour le Roi et pour le trône a
été conservé dans ce po-ys par une fidélité éminem-
ment dévouée. y4ux premiers jours de la révolution
en 1789^ l amour pour le Roi étoit le sentiment
unanime de tous les Français,
Personne plus que nous ne croit à l'amour des
vrais Fiançais pour les Bourbons j personne n'est
plus que nous convaincu que , de tous les temps ,
( 8i ) ^
le nombre des vrais Fran<;als fut considérable.
^lOtre histoire est honorablement remplie de traits
de dévouement pour nos Rois, et les pamphlets
pouvoient choisir; il est bizarre que pour prou-
ver Innaiiimité d'amour, ils citent précisément
l'aurore de la révolution. C'étoit une sincrulièit;
iin.inimité que celle qui se manife.stoit par les
hommes des 5 et 6 octobre. Etrange fidélité,
que celle qui emprisonna , déposa , et lit périr
Louis X\ [ ! Triste assertion, au moment où le
chant des morts va nous appeler sur sa tombe !
Mais telle est la tacticjue de certains hommes : il
leur importe de changer la natui-e des idées, de
donner aux mots un sens qu'ils n'eurent jamais ;
alors on ne s'entend plus , et la révolution nous a
appris où peuvent conduiie le désordre et la confu-
Rion des idées. La \ endée, qui conserva l'amoui-
delà royauté dans toute son étendue : la Vendée,
([ui se leva tout entière après le 21 janvier; qui
ne tut pas mise en mouvement par des chefs, mais
qui fut les prendre chez eux , <'t qui les mit A la
tflte de ses ph.ilanj^es 5 celte Vendée est aujourd'hui
méconnue , calomniée ; et , pour diminiier le prix
de son courage et de ses elforls, on veut attribuer
ia constance et ses sacrifices à toute autre cause
qu'à celle qui l'immortalisera dans notre histoire.
Mais cette même histoir»' parle : la postérité ju-
gera , non d'apr«'sde <;opliisti(]iies assert i«^)n«! , mais
d'après le sang«jnia («julé; d après la vérité, qui
cr'io. an fond des lombraux : Ja.'s chefs , les parti-
sans f'cndt'cns nvoietit-ils j vous i/it-o/i , prévu,
pnjmrr, ffiri^^ Ifs t\>cncmens tic 181 4 ? Us y sont
rlrfinf>ers . Ainsi donc, lurent étrangers a la li})é-
ration de Irni- j)ays ()0,o«)0 Espagnols s'ensevelis-
Attnt sons les ruines de Sarragosse. Ils tombèrent
donc rmhh gloir*' et sans vertu , puir«qu'ii ne Irnr
étoit jias donné de voir raffranchissiinent de leur
patrie. Misérable conception rjne celle qui accor-
ToME 11.-^ i!j' I-iv«Ai';»./>f. £
( ^2 )
deroit au succès seul le caractère tiu dévouement ,
et qui réJuiroit l'héroïsme et la fidélité à n''etie
comptés que par les faveurs de la fortune 1 JNc
^pouvant justifier les horreurs commises contre les
Vendéens , on avance alors que les deux partis se
le disputèrent de cruauté ; on crie au fanatisme ,
et on oublie qu'alors que tous les prisonniers roya-
listes étoient fusillés parles républicains, 5ooode
ces derniers se trouvoient prisonniers à Saint-
Florent. On oublie que Bonchamps , atteint d'une
blessure mortelle , exigea de ses compagnons
d'armes , au nom du Dieu , au nom du Roi pour
lesquels ils combattoient , la grâce de ces mêmes
prisonniers. L'histoire dira avec quelle religieuse
obéissance fut exécutée la dernière demande du
héros 5 elle dira aussi quelle fut la reconnoissance
payée au bienfait(i). Ou se révolte contre les regrets
payés aux victimes de Quiberon. Leur élever un
vionumetit étoit déférer un culte a des Français
qui ai'oient aftaqué le territoire; et insulter au
courage, accuser ceux qui le déjendirent . Ils at-
taquoient donc le territoire , ceux qiii venoient ,
au nom du Roi , essayer de planter le vieux dra-
peau blanc sur le sol de la France. Ils attaquoient
le territoire ceux qui venoient dire : Reconnoissez
votre Roi légitime , qui ne lait point d'acception
d'un Français à l'autre , mais qui les regarde tous
comme ses enfans. Mon respect pour la personne
sacrée du Roi m'interdit de tirer de cette assertion
toutes les conséquences qui pourroient en dériver;
mais je m'étonne que lorsque le gouvernement des
Bourbons fait le bonheur de not c patrie , on
puisse dire qu'essayer de ie rétablir étoit attaquer
la France. Du reste , ce langaee , bien clair, est
moins dangereux que celui qui se couvre u un
(i) T/armée vendéenne fut poursuivie par les moines
lionnaesl qu'elle avoit délivre's.
( 83 )
voile; et Hous serions bien tiauquilles sur notre
avenir si toutes les doctrines se présentoient clans
leur nudité. Le bon sens est encore dominant en
France ; et les amis do l'ordre et du l'epos , qui y
sont aussi en majorilé, n'en déplaise aux révo-
lutionnaires, savent très-bien en qui ils doivent
avoir confiance. On craint, en. outre, qu'un es-
prit belliqueux ne s'entretienne dans la \endce;
on veut pour elle les cliarmes des plaisirs de fa-
mille; on veut y répandre 1 instruction (l'ensei-
gnement mutuel , je suppose) ; il faut désabuser les
f^endùens des rêveries dont on les berce. Ah ! qu'ils
les gardent, au contraire, ces rêveries, si c'est à
elles qu'ils «lurent leur inaltérable courage'; qu'ils
restent dans cette ignorance, qui ne leur laissa
connoître que la nécessité de remplir tous les de-
voirs d'hommes purs et de sujets fidèles ; la vie de
leurs aïeux lut pleine de foi et d'honneur; leur
mort fut glorieuse ; que les Vendéens n'aillent pas
chercher d'auties exeuiples ; que leurs pères soient
leuivs modèles : ils leui- léguèrent leurs vertus.
Heureux le pays dont l'avenir se fonde sur un tel
héritage !
Les sentimens (fu«; nous manifestons ici sont
ceux fie toutes les nations policé«;s. .Monarchies,
répiibli(|ues , tous les L'ouverncmens s'accordent
Î)Our cultiver et ent'elenir Icîs vertus par qui seules
es gouverncmens existent. Tous reconnoissent la
fiddlilé; tous placent l'iKHineur au rang drs droits
les plus sacrés. Lu Sui.sse vient d en fournir uu
mémorahh' e\»rnj)l<'. (Chacun se rnpuelle le i o anAt,
jour de lunesle mémoire, i a Dit te de la coiiiédé-
ratiou voulant prouver su recpnnoissance aux
Suisses qui, a cette «-pnffue , dci<udirenl ';i vttil-
lamment h- lloi dr France, a dilibérd qui! d.it
dudcvoirdc la Suisse, rendue à rriitilre jouissance
de sa hbcrtr el de son i'id, fjcndiince , d lionuri r»
après un silence involontaire de aj ans, pur un
6.
( ^4 )
acte pub Uc de recofuioissance et d' atfnii ratio n j ce
que lajùlcliiè et la bravoure suisses ont fait dans ce
jour pour la gloire du corps helvétique. Si la con-
duite exemplaire des autres régimens qui sei^voicJil
alors la couronne royale de France acquit h ces
tî'oupes Un honneur éternel qui rejaillit .wr leur
patrie , toutefois le lo août 1792, oh PaTicien régi-
ment des gardes , en défendant avec intrépidité la
7'oyaulé légitime , périt glorieusement après une
lutte pleiîie de gloire , et sut attacher de brillans
souvenirs a une catastrophe déplorable ; ce jour, de
l'aveu de la confédération entière, est le plus remar-
quable dans les annales modernes militaires de la
Si us se ; ^voulant signaler h F imitation des généra -
lions futures, cet exemple d'un respect inviolable
pour la joi des sernicns qui , à une époque récente,
a servi de modèle à la noble conduite de nos régi-
mens capitidés ; x^oulanl surtout célébrer dignement
aux yeux de tous les Suisses qid se nouent au ser-
vice des pinssances amies , ou à la défense de leur
patjHe , le sacrifice de la vie pour le devoir comme
lapins belle illustration d^un peuple brave, comme
la loi suprême de riionneur militaire , la Diète a
résolu d'éterniser par un monument particulier,
le jour ou des soldats siiisscs , nos contemporains ,
se sont montrés dans tout T éclat de ces vertus
En conséquence , la Diète a décrété que les nomv
des Suisses morts au 10 août , ainsi que les noms
de ceux qui vivent encore , seraient recueillis dans^
nn registre dont l'archive de la coifcdération gar-
dera soigneusement le dépôt.
Tous les officiers , sous -officiers et soldals^ de
l'ancien régiment des gardes suisses encore vivans,
qxd se sont trouvés le lO août 1792 au combat de-
ç>ant le château des Tidlcries , rece\Tont au nom
de la Diète une décoration particulière , savoir :
une médaille de fer coulé , sur laquelle paroftra ,
d'un côté , la croix dç la Confédciation Suisse ,
( B5 )
avec iah'^encicVintuiTt ux Honneur, cl'^ilcr autre
<in lira lu simple date du lo août '792.
U'aniès cette délibération, M. de tiady, maré-
chal (Je cain|> , premier aidc-de-canip suUse de
S. A, K. MoNsituu, lui charijé par le divectoix'q
iédéral de la Suisse, des diploines et des uict
dailles décernes par la llaule - Diète aux brave»
anciens gardes suisses ([ui survécurent à l'aftairc
<lu 10 auMt I7f>'i- Il reiut en luèinc; temps la llal-
Ir'use mission de dislribuei' ces récompenses lui-
li la ires.
Arrivé à Paris, il lit les déinarclies n«'cessaires
pour que cette distribution pût se laireavec quel-
que solennité.
J.e (î jauN ier, /V)/j/- des Rui, il rassembla cin-
quante-sept odiciers, soiis-olficiers et soldats de
Tujicien régiment des i^ardes suisses, dont vingt-
six sont aux Invalides, ({ni avoient été j)réseas à
la funeste calastropUc «lu 10 août i^iyi. Celte réu-
nion eut lieu dans une -^v uub; salle, au iv/,-de-
tïiaussée «le l li«Slel di-s Invalides.
En remettant a ses compatriotes b ur nouvelle
d<ko ration, Al. de Ciady leur a adressé ces nobles et
touchantes paroles : C'est au nom d«; la patrie <:n-
liére que je vous odre le gag^c de. son adiniialion
ri <le sa reconnoissuiK;*'. Dans vos co:urs et «lans le
tombeau d«' vos lidèles comjjagnons d'armes im-
m«jlé« , réside le siuicluaire de la lidélitc et de
rUér«»ÏMnc suisse. Les pages de nolri; histoire na-
li«>nale «'n transmelli-onl le souvrnir auv .'iges les
plus n'cub's l)<';.i la Siiiss(î , enoitjueillie d<'
votre suhiMue conduile, lait eng(!r un monument
a l.uei'rmî, Oi\ vos noms seront conservés au res-
pect des générations lulures.
Que le Dii'H d«' nos pères daigne répandre sur
vous s«s pins saintes bénédictions, en récompense
de votre lidélilé....
C'est aux cris mille fois répétés de / Vrc le Roi ^
( 8^> ^
'Vive MoNSiEL'ïi, notre coJonel- général; Vivent
les Bourbons , que s'est terminée cette auguste cé-
rémonie. Flie n'a pu être indifférente aux cœurs
français; et je plaindrois celui qui n'auroitpas été
ému en voyant ces vétérans de l'honneur et du
courage recevoir, avec un saint respect et le plus
noble enthousiasme, le prix offert à leur fidélité.
— Citer des malheureux, c'est citer en même
temps un trait de bienfaisance delà famille royale.
Cette vertu estde race chez les Bourbons. Une par-
tie du rocher qui domine la ville de Châtcaudun
s'est écroulé le i ^ du mois dernier. Quatre maisons
ontété écrasées^ sept personnes ensevelies, L'ébran«
lement donné aux maisons adjacentes a mis une
partie de la population sans asile, dans une saison
rigoureuse. A peine Monsieur, Mg'et M"^ Duchesse
d'AnsfOulème , IN^.s'' et IMadame la duchesse de
Berrx ont-ils connu ce funeste événement qu ils
ont fait reineltre à M. le comte de Courtarvel,
député d'Fure et 1 oir , la somme de 2600 fr. pour
être distribuée , comme secours, aux malheureuses
victimes de cette catastrophe.
— Jusants ici , il y avoit eu deux natures de
Coricspondayiccs yrivces en Angletei'rc ; une Cor--
respondonce privée ministérielle, une Correspon-
dance privée indépendante. Depuis quelques jours
il n'y a plus de nuances entre elles ; elles s'accor-
dent toutes, et sont unanimes pour les louanges.
C'est tout simple ; et le ministère, ayant pour lui
la Minerve en France, doit avoir le Morning-
Çhronicle en Angleterre.
Castelbajag.
(B7)
Paris , le i4 janvier iSiQ,
La formation du nouveau ministère avoit long-
temps tenu les esprits en suspens; à cette aj^itation
cl»' tiiirérens intérêts a succéoé une espèce de calme
<jui ressemble à l'indillércnce. Les ministres ont
commencé sans éclat , et plutôt comme disposés à
continuer l'ouvrage de leurs prédécesseurs qu'à se
tracer une route nouvelle : leur marche tient plus
de l'incerlitufle qr.e de la lorce. Dans ses rapports
a\ecles Chambres, le ministère cherche une majo-
rité dans les dilVerenles nuances d'opinions auK-
qut'lles il croit pouvoir s'allier , et craint de risquer
la moindre démarche qui le compromettroit au-
près de qnelques-uTies ; d'un autre côté, les sub-
tlivisions des Cliambves , incertaines et llottanie/:,
att<'ndent ]K)ur tonner une ni;i,i()iilé (jue le mir.i';-
lère trace des lignes ])Ositivr.s; il lautbieu qu'elles
sachent où le trouver pour le secourir ou le com-
battre.
Fn attendant que ffurlqne é>ènemenl vienne
roinpr»' cet é(jMilibii' (Fineiii*' , les uns et les autres
évitent de se ])rononcer de crainte; tie ne pas se*
trouver d'accord.
Mais on jjcut préilire qu il n'y aura jamais do
majorité lixe cpie là où il y aura des prinLi])es cer-
tains, des docliines positives , un but a\oué et des
moyens toncordans.
Ce qui peut arriver de plus heureux au\ mi-
nistres sera de traverser la session <'u rj'sserrant
dans un cercle étroit le<i opérations des Chambres,
et obtenant des majorités artificielles, par difle-
rcnles condiinaisons , sur chaque (jnrslion. Mais»
cetti" marche qui pjut-éirtr sauveroit momentané-
ment le ministère, cuntinueroil certainement à
perdre la France.
C'est sûrement dans cet intérêt de temporisation
(88).
que les ministre.-; de la guerre et des finances ont
pré.srutc des projets de loi sur le monopole dts
poudres et salpêtres , et sur celui des taLacs. Quel-
rni'iniportanles que soient ces questions dans
1 ordre aduiinistiatif , elles ne produisent pas
d'effet sur les divisions politiqiies , et elles n'aide-
ront pas à déterminer dans quelles lignes le minis-
tère trouvera ses points d'appui.
C'est un malheur des temps où le pouvoir n'est
pas étaLli et placé hors d'atteinte , que les ques-
tions administratives, celles (jui touchent le plus
immédiatement à tous les intérêts particuliers,
tombent dans une sorte de discrédit et paroissent
d'une importance secondaire.
Faute de documeus plus certains, on cherche
à cleviuer les ministres dans les projets de loi
qu/ils ont présentés. Un ouvrier ne peut pas
récîuser le téiuoiffnajTe de ses œuvres. On nous
avoit ait que les ministres anciens et nouveaux
réunis étoient constitutionnels , et qu'ils pen-
choîent vers le libéralisme ; aujourd'hui il est
évident qu'on s'est tromj)é.
D'abord ils ne sont pas constitutionnels , car :
1°. La proposition en faveur de M. de Richelieu,
est, dans la forme où elle a été présentée , abso-
lument inconstitutionnelle ; la Charte dit : art. 23,
'( la liste civile est fixée pour toute la durée du
» règne , par la première législature assemblée de-
)) puisravènement du Roi. » La loi du 8 novembi'e
ï8i4 qui fixe la liste civile dans laquelle se trouve
comprise la dotation de la couronne, s'exprime
ainsi : ^. 1 1, art. 9. « Les biens qui forment la do-
» tation de la couronne sont inaliénables et. im~
« prescriptibles ; art. 10, ces biens ne peuvent
" être engagés ni grei^és d'brpolhèques ou d'autres
» charges; art. i3 , les biens de la couronne ne
u sont jamais gres^és des dettes du Roi décédé.
( «9 )
M non plus que des pensions qu'il pourvoit avoir
» accordées. »
La illiarto et la législalion qui en est décoiile'e
pou^ oient-elles êti'e plus positives.' 11 est donc
uijsuJuniL'jit hors du ])oinoir des (Chambres d«;
délibérer , dans le cours du règjne , sur cette liste
civile, de la diminuer, de l'augmenter, de ht
grever, enlin de la moditicr de quelque manière
que ce puisse éti"e : le Koi ni les (Chambres ne
sauroitnt aliéner tout ou partie des domaines de
la couronne ; enfin la chambre de \SiH ne sau-
roit imposer une obligation quelconque a celle
qui aura à déterminer la liste civile du prince qui
succédera au troue; <:t elle doit , à cette époque ,
r<-trouver intact le dépôt des domaines qui a été
lait entre les mains du Roi, comme partie inté-
grant»; de la liste civile. De tous les moyens qu'on
pouvoit imaginer pour donner cinquante mille
livres d<r rente à M. de Richelieu, il n'en est.
aucun (jui soit plus entaché du nIc».' d inconstilu-
tionnalilé; aussi les malxeillajjs n'ont-ils pas man-
(jue de dire que les ministres n'a\ oient présenté
ce [>rojet, sous cette Ibrme, qur 'ians l'intention
de le laire reluscr j)ar les Chambr«'.s.
2». 1-a loi par laquelle on demande à la Cliambre
de voler riui|)ôt pour div-huit mois n'est pas
coMslifuliounelle , car la Clharte , comjne- le sait <'t
le dit tit's-bien M . le ujinistre des tinMnc«;s , porte ,
urt. 4y • « l-'impot itincier n'est consenti (jue pour
» un an ; » et cette dispositioai «ju'on propose-
d'i'nticindre , est \v fjn//uiliuitn\i'. toutes N's liber-
tés du pays. Le.^ ministres ont-ils pu ignorer
(ju'il e\i.sl;\t d'autres moyens de transj)ort<r l'an-
née linanciéie au i" juillet, plus conlormes à l.i
lettre et à l'espiit de la (>hnrte ? ^
Kn voilà bien assez pour prouver que les mi-
ni«jli«"s ntr sont pas constitutionnels ; nous allons
^oir , outre cela , <pi'ils i»e sont pas libéraux.
(90)
Si nous nous connoissons bien en libéralisme ,
le monopole du tabac , celui des poudres et sal-
pêtres , 50ut des restrictions inutiles de la liberté
du citoyen, des entraves pernicieuses à la liberté
du commerce ; ce sont des privilèges qui dérangent
le niveau de l'égalité. Et se pourroit-il que les
fiers ennemis des privilèges ne pussent aller qu'a-
vec des monopoles ?
\oilà donc des ministres qui se présentent
comme constitutionnels et libéraux, et qui ap-
portent, en deux jovu'S , quatre lois par lesquelles
ils établissent deux iuconstitutionnalités et deux
monopoles. Cela j)roraet.
Cependant pour être justes, il faut observer que
si, à l'égard des monopoles, les ministres n'ont
pas été libéraux , au moins ils ont été généreux ,
car ils les demandent non-seulement pour eux ,
mais encore pour tous leurs successeurs possibles
pendant cinq afis.
Mais pendant que nous observons la marche im-^
perceptible du ministère, les circonstances plus ou
moins importantes passent à côté de nous. La crise
financière que la baisse subite des fonds avoit ame-
née les mois derniers , semble terminée sans avoir
produit des effets aussi terribles que ceux qu'on
pouvoit craindre 5 la bonne foi a faitpaver ce que
i'ardeiirde gagner avoit laitperdre. On a même vu,
dans ces momcns de détresse, des preuves de désin-
téressement et de sacrifices dont le commerce n'of-
froitpas de modèle , et ils ont été principalement
dus à l'esprit d'association qui a produit de véri-
tables miracles. La conduite qu'a tenue, dans ces
circonstances difficiles, la compagnie des agens-
de-change de- Paris , est à la lois un bel exemple
et une preuve irrécusable de l'utilité , de la né-
cessité qu'il y a de réunir et d'associer les intérêts
•semblables par des liens particuliers. Les amis de
l'égalité absolue qui voient des privilèges partout
( 9' )
GÙ il V des corps, parviendront-ils à se persuader
que 1 Etal ne subsiste ([u'au movf n des inégalités
qui se sont établies malip'é eux ? Faites-les dispa-
roître , et la société sera dissoute.
Un j(jurnal nous apprend, à la date de Paris,
le 6 janvier, qu'il y a eu à Paris des alarmes et
même de \a^ stupeur ; qu'on-j)ariuit do coups cV Etat,
de prison et cVexit, Psous demanderions volontiers
à la population entière de la ^ille de Paris si elle
s'est aperrue un seul instant de ces synij)tômcs
d'agitation; si le cours des affaires et desplaisirs a
été un seul instant interronijju.Ces craintes, si elles
étoient vraies, ne seroient-elles pas un aveu de la
foiblesse de la faction et de la timidité des auteurs
respfmsidjlesfjui en son lies organes? S'ils sont forts,
comme ilslpprétendi-nt.pourquoisonl-ilssiprompts
à prendre l'eifroi.' Ils parlent de perséculioiis , des
vengeances et des destitutions que l'on craignoit.
Cette tactique révolutionnaire n'est pas nouvelle;
mais ceux (jiii s'en servirent avant eux n'avoient
pas i'impiideiu' de j)rovoquer, dans le même écrit
et pres(]ue dans la même page, les persécutions,
les vengeances et les destitutions. Le ministère nous
doit des f^arantie<! , disent ces impérieux amis; el
ces garanties ne sont pas ccWvs des institutions, c[ui
déjà ne leur suffisent j>lus : ce sont celles di'S
hommes. Il leur faut des changemens notables
dans le personnel de t administration. Ces préten-
tions , publiquement avouées, donnent à croire,
que ce n'est jias à loil fpron a attribué cetfe plii'ase '
à un ministre : <( Ils me demandent uiu' saint Bar-
» llwdemy <le préfets, mais il faudra <[u ils se con-
» tentent de dix ou douze. » Ces Messieurs s'en
contenteront-ifs ?
Les journaux nous ont appris, il y a trois jours,
que ÎSI. le minislre rie l'init-rleur avoit l'er-n avec
^gard et intérêt les Frères de la Doct ri ne rli rétienne,
qui réclament contre Irspcrscculions dont ils sont
( nO
victimes. Le lendemain, le Moniteur nou^ a an-
noncé trois destitutions contresignées par [NI. le
ministre de l'intérieur. Messieurs Duhamel, de
Keresjxnis et de Saint -Luc sont remplacés , dans
ieuis préfectures, par Aiessieurs Moreau de La
Rocliette , ilot,mat et Saiut-Aignan. A i'ëpocfue
du 20 mai-s , JNL Duhau^el étoit préfet des Pyré-
nées orientales. Fidèle jus([u'au dernier jour, et
encoi-e après, il rejoignit Me'" duc d'Angouléme
en Espagne, rentra avec Sou Altesse Royale, et
tut nommé d'abord préfet de la Dordogne , ensuite
de la Vienne. Messieurs de Kércsj)erts et de Saint-
Luc ont également tenu une conduite très-hono-
l'able à l'époque de la grande épreuve, et ces trois
administrateurs avoient mérité et obtenu au plus
haut degré la confiance, l'estime et l'attachement
de leurs administrés. Ils emportent dans leur re-
traite ces témuisrna^es honorables de considération
ffui sont le but. et, pour ainsi dire, la couronne
de l'homme public, couronne qu'on n'e^t pas
toujours sur d'obtenir, même quand on exerce un.
plus grand pouvoir, et qu'on le conserve plus
long-temps.
Ces destitutions continuelles, qui frappent \es
serviteurs les plus zélés, les sujets les plus iidèles ,
ramènent naturellement à une phrase du discours
prononcé par M. le président du conseil des mi-
nistres, lorsqu'il a apporté à la Chambre des Dé-
putés le projet de loi en faveur de M. de Riche-
lieu. Le ministre a dit : k C'est comme Français
)» que nous venons, au nom du Roi de France ,
» vous proposer d'honorer, par une récompense
•n nationale, un Français c[ui a servi sou pays et
» son Roi daiisdes temps difficiles et malheureux ;
» de tels sev^'ices j Messieurs , rendus en de telles
xt circonstances j ont quelcjucfois prouvé plus de
» mérite et de vertu, quils n'ont procuré de Ju"
M ^^cur et de gloire, » Coiume noits ne supposons pas
( 9^
cyuc rintenliou de M. \v pvésiflent dd conseil ail
été d'établir que l'ingratitude doit être un prin-
cipe de gouvernement, nous pensons, au con-
traire, que c'est une consolation qu'il a voulu
donner, du haut dt la tribune , aux Français qui
ont .vcri'i leur pars cl leur Roi dans des temps dij-
ficiles cl inalheurcux , et qui n'ont été honorés
d'auciinc récompense. Pénétrés de ce qu'il y a de
délicat dans ces evpressions , nous espérons que
M. le ministre dos affaires étrangères saisira une
nouvelle occasion pour porter des paroles conso-
lantes à ceux (ju'il désigne si bien comme avant
rendu de t;rands ser\ices à l f.lat et au Roi, et
«pli , loin d'en avoir été récompensés, eu ont été
cruellement punis.
J.a cour rovale de ^■îm<^s vient do recevoir son
iiisliluli<jn : on a.ssure que , par une fatalité difli-
cile à coinpren<lr«; , le; exclusions ont porté uni-
qu«'meiit sur les mem})res de cette Cour qui avoicnt
courageusement refusé de recounoître le gouver-
nement usurpateur : ils éprouvent le sort qui les
altendoit si la France étoit restée veuve cle son
Roi.
On s occupe avec inquiétude de connoître la
liste des officiers généraux placés sur le tableau
tl'activité; on se «leuiande comment Ai . le ministre
de la guerre enveloppe de tant de mystère un ar-
ticle de 1 Alm.indcli royal; ces t<'iièbres peuvent
cou \ en ira un despotisme ombrageux ; mais elles ne
sauro ienl s'accorder avec la pu) )1 ici tel jui es lie carac-
tère essentiel d«; notre? gou>ernemeut; il sembh'roit
qu'on a assez d'avantages quand ou peut interpréter
les lois, laiiu; les ordonnances, établir les <')Lcep-
tions , h;s appli«fuer ensuite à volonl»-, pour ne
pas avoir encore le besoin de cacher les résultats.
On parli: aussi d'une mesure i)ar laquelle le
même ministre auroit lait demander aux officiers
de chaque réglau-nl de la garde royale , (juels
(94 )
étoient ceux qui seroit disposés à quitter leur.':
corpsj ou leur ialsoit espérer cl être employés avec
avantage dans les régiracns de ligne.
Si nous sommes bien instruits, cet appel fait
à l'intérêt a été généralement i-epoussé par riiou-
neur : quelques-uns ont cru voira travers ces dis-
positions bienveillantes, des intentions qui l'au-
Toient été moins ; et on assure que dans un de ces
braves régimens , les officiers ont unanimement
répondu, que, bien loin de vouloir quitter leurs
corps , si , par telles raisons qu ils ne sauroient
prévoir et qu ils ne cherclieroient pas à pénétrer ,
le Roi ne les jugeoit plus dignes d y servir dans
leurs grades, ils solliciteroient l'honneur d'y rester
comme simples soldats. Ces nobles sentimcns ,
c[ui font aujourd'hui notre consolation , feront
peut-être un jour notre salut \ ils doivent être
partagés comme ils seront adm-irés par les roya-
listes de tous les rangs et de tous les états. Les
d?ésagrémens , les dégoûts , les mécontentemens
doivent se taire devant le sentiment du devoir; et,
dans les graves circonstances où nous sommes , il
n'est permis à aucuns de ceux qui peuvent servir
le Roi et leur pays, de céder à leurs goûts, à leurs
intérêts particuliers ou même aux resseutimens
que leur inspire Tin justice. Les royalistes souf-
frent, mais ils ne désertent pas.
( 9^' )
— On avoit distribué déjà quelques milliers
d'excmplairr."; du prospectus de YL'hra-Roya^
liste, lursqui' l'Editeur a appris qu'un ouvrage
•emi-péviodique venoit d'«' tre annoncé sous le titre
à' Ultra. Dans l'incertitude du droit d'aînesse , il
nous annonce qu'il lait le. sacriiice de ce titre en
faveur de son collègue 5 et qu'il adopte celui de
Bibliothèque Royaliste (1) , qui remplit mieux en
efl'et son objet.
Mémoires historiques sur Louis XT'II (2)^ Roi de
France et de jNavarre, ornés du ]ioilrait du
jeune Prince et de celui de son auguste Sœxn-, etc.
Ordiésel présentésàvS. A. R. Madame, Duchesse
d'Angoulêmc, par .M. Eckard , chevalier de la
Légion-d' Honneur.
Ces INFéinoires sont ujie dette payée par l'atiteur,
pour tous les vrais Français , à l'héréditaire ma-
jesté de nos Rois. Le trône de Louis XVII , il est
vrai , ne fut jamais élevé que dans le cœur des
Français restée lîdéles ; mais ses droits n'étoient-ils
pas ceux-là même ([ue sa mort, si prématurée et
si déplorable, a transmis au Prince f[Tii nous gou-
verne aujourd'hui , et dont le nom ordiual rappelle
sans cesse (jue la révolution a dévoré plus d un
Roi? On lu- )»ttera pas sans attendrissement les
(i) On sou.rril rliot CîlJc fils , rue Sainl-Marc-Feydeau ,
n" ao.
(2) l'n vol. in -8" lie pins <Ic 5oo pas*"'* Pris : " U. A Paris,
chei Nirollc, libraire, rue de Seine, et l« Normanl , même
rue . n» ^<.
( 9'^ )
yeux sur ces pages dcslii>ées à combler dan5 les
faits de la succession royale , une lacune dont les
droits ne furent jamais susceptibles.
Les deux premières éditions des Blémoires his-^
toriques ont été épuisées rapidement; la troisième
et dernière que nous annonrons, est auf^mentée
de morceaux très-importans. La Commission
royale de rinstmiction publique a mis cet ouvrage
au nombre de ceux à distribuer en prix.
Sermons du P. Lenfant , ji'snîfe , prédicateur du Roi. Hait
vol. in-i2. Prix: 24 fr. A Paris, cher Urguet de Saint-OucB , rue
des Poitevins, n<* 3; Grégoire, quai des Augustins , n" 3";
Laurens j« , rue du Bouloi . n'' 4 ; ■!• B. Sajou , imprimeur , rue
de la Harpe , n° 1 1 ; et le Normant , rue de Seine , n° 8.
La seconde e'dition du poème de Charlema^ne est depuis
quelque temps en vente. — Deux vol. in-S". Prix : 10 fr. , et
12 fr. par la poste. A Paris, chez le Normant, imprimeur-
libraire, rue de Seine, n° 8, et quai Conti, n" 5 i et Denlu
et Delauna)' , libraires au Palais-Royal.
Portrait erx bnsfe de S. A. R. JNToNSlEi», comte d'Artois,
peint d'après nature , et gravé au burin par P. Audoin , gra-
veur ordinaire du Roi. Ce portrait , dédie' aux gardes
nationales de France , fait suite à ceux de Henri IV , de
S. M. Louis X^'^l, de M.^dame. duchesse d'Angoulème, et
de LL. A A. RR. les ducs d'Angoulème et de Berry, du même
auteur. Prix, e'preuve avec la lettre blanche, 20 fr. ; épreuve
avec la lettre grise , 10 fr. A Paris, chez P. Audoin, rue de la
Mic.haudière , u° 20. — On est prié d'affranchir les lettres et
l'argent.
IMPRIMERIE DE LE FORMANT, RUE DE SEINE.
Tome IL
Seizième Livr^aison.
^^ Le Roi , la Cïiarte et les Honnêtes Gens, m
■ ■>
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V
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Janvier i8n
2>^
rue.
i/e L/eune. J^ô" S.
"x^t(mm<smH
AVIS DE L'ÉDITEUR.
Les Personnes qui n'ont souscrit que powh' pre-
mier volume composé de treize Li^^raisons, et qui sont
dans r intention de recevoir maintenant le second
volume ^ sont invitées à vouloir bien faire parvenir
leur renouvellement le plus tôt possible , 5/ elles
veulent éviter tout retard dans V envoi de leurs
Livraisons.
Les Souscripteurs des départemens sont aussi
priés, pour prévenir toute erreur <, d'écrire leurs
noms et leurs adresses bien lisiblement, et surtout
de ne pas oublier , comme cela est arrii'é plusieurs
fois , d'indiquer le lieu de poste par lequel ils sont
seivis.
On ne peut souscrire que du commencement d'un
volume.
Le prix du second volume est de ^^fi'- pou?- la
souscription.
Les lettres et l'argent doivent être adressés , franc
de port , à M. Le Normant , fus , Editeur du Con-
servateur, rue de Seine, n° S, F. S. G.
On souscrit aussi chez les Libraires ci-dessous designés
ÎCamoin frères.
ïMasvcrt.
Chnix.
Abbeville, chez Grare.
Agen, Noubel.
Alençon. Bonvousl.
. i Fourrier-AIame.
Angers. j p^^.;^
Argentan . I-erresne.
Avignon . Sef^uin aîné.
Bayeu\, Groult.
B\ Bonzom.
avonne , { r-
Besançon, Girard
Nantes.
Bord
j A ' Bergerel.
eaux , \ n • .
/ Gassiot
T> , S l'Cfoiirnier et DesperierS- |
^'■"'' J Michel. I
Caen , Manoury aine'.
Cambrai, Berlout.
Chàlons-sur-Saône. DejuSsieu.
Cliarleviilc , Cli. Kaucourt.
Cliarlres, Ilorve.
Clerinont— Fcrrand , Thibault-
Landriot.
Dijon , Coquet. |
Douai, Tarlier. |
<irenobie. Durand. 1
l.aval, Grandpré. 1
l.ille, Van.irkcTe. |
J.iinoges. B.irbou-Dcscourièrc». |
i/ichaux. I
Maire. |
Lyon , \ Pc'risic frères. 1
Rusand. |
Bohairi'. j
> .. S Beion. I
Au Mans, ', n i
{ l'esche. |
Libraires dans les
Berlin . Srhicsingf r. 1
Bruxelles. I.rrharlier.
(i;ind, Iloudin. |
Genève , l'.i^c liond
Bruxelles, II<
Rennes. \ M"
l Ml
TVIefz, chez Devilly.
Montauban, La Forgue.
ai ■ w S Seguin.
Montpellier, J y» Durville.
Nanci, Ve Bonloux.
Busseuil aîné.
Busseuil jeune.
Nimes . Gaude fils.
Niort, M'"'= E. Orillat.
Nimes, Melquiond.
Orle'ans, Monceau.
Perpignan, AIzine.
Poitiers, Barbier.
Quimper, Cliapalain.
M"» Blouet.
[me v"^ Frout.
M"= Valar.
fa Rochelle. Pavie.
Rodez, Carrcre.
„ \ Frère aine.
1^°"*="' / Renault.
Sauniiir, Degouy aine'.
o. , S Levrault.
Strasbourg, jp^^.^j^j.
Saint-Brleuc, Prudhomine.
iScnac.
Prune t.
Manavit.
Fr. VieusseuT.
Tours, Marne.
A'alence, Marc-Aurel.
Versailles, Ange.
VilIcneuve-sur-Lot, Croslllies.
Pays èlranf^ers :
Mons , Leroux.
Londres . Dulau el Cornp.
Naplet, Bore!,
l'urin , Bocca.
rgnit^s Renier.
LIVRES NOUVEAUX.
Leçons Francaiits de Littvraturc t-t tir HfortiU , ou Recueil, en prose
el en vcrs.de* plus beaux Morceaux de notre Langue dans la Lillt-ralurc
des deux derniers \ieclrs ; ouvrage classique à l'usage de tous lo l'.tablisse-
semens d'instruction, publics et particuliers, de l'un et de l'autre sexe;
par >L Noël, <lie\;ilier de l.i L«'gion-d'Honnrui , inspecteur-général
de rUniver»ilé roxale de France ; et M. de la Place, professeur d'élo-
quence latine a la Faculté de» Lettre» de l'Acadenùe de Paris. Huitième
rdition. Avec celte épigraphe :
Lectoreni delectando paritcniue moncndo.
IluRiT. .-tri. Poet.
Deux vol. in-8". Prix : ta fr. , el i6 fr. par la poste.
La deuxième édition de lu CaroU'iJi- de ^L le vicomte d'Arlinrourt
vient d'être mise eu vente chez le Norniaut , rue de .Seine, n" H, cl
(|uai (>i)nli. n" 5. Deux vol. in-8" orné» di- gravures et d'un plan figu-
ratif, etc. Prix : lo fr., cl la fr. par la posle.
Âour uj! , c/eajr ûO' af/zi/re valu?neJj coni/ioàct cu.ac/^'?i
■r//c ne tyccne, t^T^ " éf,
eâ c/ieZ' /ouj' icj /imia/iaaa! ^w?'aircj ^ ty^fcifice eâ
ae courage.
i ^/:/ /. Âwir ar? v(>cei??ie.
^eÂrùT f/e JOifJcf'i/i/cojf cj/ ne. '• 3.y ^ ,, e/<(U&x; ici.
' âo /. ,, ç//a^ro ea.
£^e / fi5^i/^tre?nerie ae ^e t^èar/nanà.
wvwwwvvv\wv\a\Wk\vwvs\vv\*v>^\>\v*v\\%A.\v\\\v\\v\v\\v\\\vxv\\\\\v\\\\w%\%
LE CONSErxVATEUR.
LE VI^GT-UN JANVIER.
Il V a au jouit] hui vingt-si\ ans!
La France onpvcssée voyoit se consommer le
déleslahlc parricide. Stupéfaite, elle le \it en
silence! La mort de Louis XVI est le crime de
cjuel(|ues uns 5 le silence fut la faute de tous. La
Providence sembla confier aux liommes ses droits
de vengeance sur le crime, et se cliargra de])unir
la fatite : mémorable et terrible leron ! Le joug de
l'oppresseur devint le fléau du Dieu qui châtie.
Lorsfjue , entraînés par d'atroces passions , des
sujets jugent leur roi 5 lors([u"iJs foiit])Ius, lors-
qu'ils exécutent leurs senU-nces parricides, J11..I-
heur! trois fois malheur au pays! A ingt-six nus
de calamités de toute nature ne pourront expier
un tel crime , bien (|u'il ne soit que celui du ])etit
nombre. Aussi, je leré|iète, ces calamités n'ont
pas seulement cliàtié le forfait , elb'S ont encore
puni le silence. La France dut paver le jang du
juste, tant qu'il ne lut pas racheté, et Dieu ne
ratifia pas d'abord tous les j)aidons du Saint.
Mais (|uan<l la colère eél( sie fut fiilin apaisée,
la blanche bannière «les Hourbons \int remplacer
la pourpre ensanglantée de la révolution. Alors la
France accusée toute entière depuis le iatal
ai janvier 179Î, accusée d«' son silence par les
peuples contenrporains , put rt'péler au Monde
cette phrase prononcée par un de mes honorables
collègues en i8ij (1) :
L')rs (lu jui^cmcnt de Louis XVI , /'ajipci au
prujifr fr(inrai<. fut rejett- par l( s h>tiirri iiux.
(1) iM. I)c>nicii;;i>ii <lr l<ruiuac.
TuMS II. — itjc LlvkAi)U.'<. 7
( ^^2 )
Jadis, après un semblable attentat , une nation
voisine , cpii )usc|u'à nos jours n'avoit point de
rivale en malheur, osa presque exiger de son roi
un exemple sévère 5 la France implora de la jus-
tice du sien une moins sanglante sévérité. Caïn ,
marqué du sceau de la réprobation , dut au moins
fuir des champ? témoins du meurtre d'Abel : on
obtint que le parricide iroit, loin de la terre na-
tale , porter ou ses épouvantables remords ou ses
incorrigibles fureurs , clémence dont l'Ansrleterre
refusa l'exemple au INlonde en élevant 1 échafaud
d'Harison.
Ce fut eu répétant, en implorant le nom du
Roi, que cette Chambre, depuis tant calomniée ,
se levant toute entière, prononça le mémorable
arrêt, et l'Europe rendit son estime à la France,
désormais soulagée du honteux fardeau que la
violence lui avoit imposé si long-temps^ Séparés
des régicides, les Français purent aller dans les
tenaples invoquer le Fils de saint Louis, sans
craindre de heurter sur la l'oute un de ses assas-
sins.
Ivlais je parie dn. jugement expiatoire ; je parle
'du 21 janvier.... Et cette année, ce jour même
peut-étie , le prêtre , en lisant le Testament de
Louis XVI , ne sera-t-il pas troublé , en voyant
de nouveau le régicide eri'er~ autour de la tombe
du Roi-Martyr?
Le Comt« Humbert de Sesmatsons.
( 83 )
Qucl(/itcs iih'cs sur le Crîdit.
LariMitcs'cstrlcvéeàprcsde8o; elle rst tomLc'e
à Go. Losininîstrrsoiit l'ait praiid Ijinildi'lr) hausse
des louds; ils l'ont slgiialcf coniiin' une preuve (j^ue
laconliance derEuropc s'attachoit à leursystème.
Au plus fort de ce triomphe, la rente a éprouvé
une chute rapide qui delruisoit cet échaiaudai^e
d'amour - propre.' Dans l'ilTroi qu'ils en ont
éprouve , les ministres oiît cherche , par des
interprétations, adonner le change sur la cause
du mal ; mais ces explications étoîcnt si mala-
droites, qu'elles dévoient accroître la dtîûauce et
produire de nouveaux malheurs, si cette fois en-
core la raison pul>lii[ue ne s'éloit pas moulre;î
8up<?ri«*ure à la gaucherie des interprèles minis-
tériels (t).
Je n'ai pas plus envie de tvanfjuilliscr les mi-
nistres, que je n'ai de pencliaul à louer leur sys-
tème de gouvcj'uemeiit 5 mais pour iaire l'aequit
de ma conscience, je dirai <[ue si les actes minis-
tériels (Hit pu, d'uue manière indirecte, inlluer
sur la vaî'iation des n^Ues , les ministres ne méri-
tent aucun éloge poiir la hausse ; de même qu(* ce
n'est j)oinl à cause du mou\u'menl de baisse qu'ils
sont susceptibles d'être criti([ués.
Je ne sauroîs m'cngager dans celte discussion ,
•ans examiner ce que c'«'st qi.'e le crédit dont mi
«e vante, sans cliercher c<' qu'il a de réel et de
fictif, et surtout sans considtrersi , comme on l'a
dit avec tant d'enjphase , une ère nouvelle s'ou\re
(t) Voyex le Journal des DiibaU du G novembre, el le .Vo-
iiitcur du 7.
(84)
pour la France. I-^'^ge m'a , je l'avoue , rendu dif-
ticilc sur la conliance qu'on doit accorder à toutes
ces époques d'une félicité promise depuis trente
ans , et jamais obtenue. L'engagement que prit la
première assemblée de payer intégralement toutes
les dettes de l'Etat, fut suivi d'une banqueroute.
L'ère de la liberté , proclam.ée par la Convention,
a donné la terreur , les prisons et les écbafauds.
L'ère dé gloire , commencée avec le dix-neuvième
siècle, a pour résultat deux invasions et quinze
cents millions de charges ; enfin , l'ère de crédit
dans laquelle n ous nous trouvons depuis trois ans ,
nous procure la vente de toutes nos forêts , des"
emprunts désastreux , et la fluctuation la plus dé-
plorable dans les fonds publics. Ce sont autarjt de
motifs d'incrédulité dont mon expérience a peine
à se défendre.
Dans ce siècle l'aisonneur oti, sous le vain pré-
texte de perfectionner la science du gouvernement,
on n'a fait autre cbose que de substituer au bon.
sens, quelquefois de l'esprit et toujours des pas-
sions , il n'est pas surprenant qu'on ait été dupe
de ces jongleries j mais, après tant de tristes épreu-
ves , on devroit bien se méfier du charlatanisme
des phrases et des promesses. Les grands mots
expriment rarement de bonnes pensées.
Un nriuistre qu'on a vu diriger les finances pen-
dant i4ans, vient de publier un écrit (i) dans le-
quel je trouve cette phrase remarquable :Z«/brti//7e
d-es Etats se gouverne par les mêmes principes que
celle des pai'ticuliers . 11 en résulte que, sans être
initié dans les pi-étendus mystères de la science
financière , chacun peut apprécier les opérations
publiques, en les comparant avec l'eftc't que d^s
opérationssemblablesproduiroieutdansl'adminis-»
• ■
-(i) Notice, historique sur les Finances de France f de 1800 k
1814, par M. le duc de Gaëte. 1S18. Page i3.
( 85 )
tratlon de sn fortune. Un Etat compte par millions,
un particulier compte par raille francs , je n'y vois
guère d'autre différence.
Je m'écarterai peu de cette hypothèse , d'après
laquelle j'examinerai notre situation financière,
Ln particulier très-riche en propriétés foncières
se trouve inopinément contraint de payer des
sommes considérables. Les termes d'échéance sont
courts, les créanciers sont pressans , il faut qu'il
emprunte. Les spectateurs de cette opération n'y
voient pas une libération ; mais ils diseut que ce
particulier a bien* fait de substituer une dette à
une autre, afin d'avoir des créanciers faciles au
lieu de ceux qui le menaroicnt. Si l'emprunt s'est
fait au taux lécfal , ou du moins avec une léojèrc
différence , on pense que l'emprunteur inspire de
la confiance, qu'il a du crédit; et cette opinion
acquiert encore plus de poids si l'emprunteur,
Ly])()tlié(jnant ses capitaux sans en aliéner aucun ,.
annonce par cela seul l'intention de se libérer .«^ur •
«es revenus. Dans cette position ,si quel(|^u'uu des
préteurs , pressé par des circonstances imj)révues,
cherche à transférer l'obi ipjation qu'il a rerue , il
trouve de h'arp^ent avec facilite* , j)arce que tou.T les
hommes d'afîaires , connoissant la solvabilité de
l'emprunteur et la sagesse de ses opérations , ont
une confiauce égale dans sa richesse et dans sa
loyauté.
Mais si , au lieu de celte conduite mesurée ,.Ie
])ropriélnire (jui fait l'objc t de ma sup|M).sili()n ,
emprunte à jo pour 1,00; si dans 1«; même temps
il exagère le prix jlejses ba^ix et tire despoLs-de-via
d(; tous sesTermiers; enfin , si dans uu accès d'em-
portj'mtiit plutôt que par nécessité, il aliène; ses
propriétés b s plus j)récicusps , les spectateurs nr
verront (l;»iisrk:l lionime «pi'un infortuné (jiii court
à sa j)erte. Lier de l'éclat dont il brille un instant,,
il aura beau s écrier «j[ii'/7 a du crcdit , personne
(86)
ne voudra le croire. Il inspireras! jjcu de confiance
que les porteurs de ses obligations nepourrontles
cchanç^er qu'avec perte ; et l'emLarras momentané
dont il aura voulu se tirer par des opérations dé-
sastreuses, s'accroîtra pour consommer sa ruine et
celle de sa famille.
Le sort des deux individus que je viens démettre
en parallèle , est celui de tous les Etals qui se troii-
veront dans l'une ou l'autre de ces positions. Il ne
suffit pas , pour jouir du cre'dit , de se vanter d'en
•avoir, parce que ce n'est pas une chose qu'on
puisse se donner : il faut le recev'air delà confiance,
et , cette confiance , ce n'est qu'avec le temps et par
Tin ensemble de bonne conduite qu'on l'obtient.
Si, fidèles au principe d'abuser [de tous les mots
pour les de'naturer, les partisans trompeurs ou
dupes du système adopté veulent que le mot crcdit
Jie signifie autre chose que la faculté d'emprunter
à tous prix, je conviendrai que nous sommes dans
un temps très-prospère \ mais cette prospérité n'est
pas nouvelle. Au commencement du siècle der-
nier, il y eut une première époque de crédit. Dans
l'enthousiasme dont on étoit saisi , chacun conroit
avec fureur échanger son or contre du papier :
bientôt après , les fiatleuscs espérances qu'on avoit
conçues de cette conversion se dissipèrent en fu-
mée , comme les billets que les porteurs désolés
furent réduits à livrer aux flammes.
Une seconde époque de cre'dit eut lieu sous le
premier ministère de M. INecker. Les divers em-
prunts qu'il ouvrit étoientsoumissionnés d'avance;
et, quelques jours après leur promulgation, les
capitalistes empressés d'y placer des fonds, étoient
obligés de payer une prime qui s'est élevée jusqu à
5 pour loo. li seroit difficile de soutenir que cette
époque de crédit n'ait pas été des plus briilantesj
je doute même que tous les efforts de la prévention
puissent persuader qu'elle soit surpassée par l'é-
( ^7 )
poqiiP nctnellc , malcjré les elogrs pompeux qu'on
ne cesse de lui prodiguer. Qu'en est-il résulté c«^-
Sendant ? Des charges lourdes à supporter, le g<»ût
c l'affiotage et la révolution.
L épocjue actuelle qu on nous a présentée comme
étant nouvelle , quoiqu'elle ne soit que la troisième
en d;ite depuis un siècle , aura-t-ellc nuv meilleure
i^sue que ses aînées? C'est le temps qui l'appren-
dra. ^ oyons, en attendant, comment elle com-
mence : émission d'un nouveau papier sous la
dénOmiuaticm de bons rovaux ; premières ventes
d'um,' j)arlie des bois de l'Etat; emprrmt forcé de
cent millions, réparti d'une manière insolite et
arbitraire; accroissement des contributions; créa-
tion d'un autre papier sous le nom de valeurs de
l'arriéré; s'airrlice total des fo)"éls , eu vertu d'une
loi qui en autorise la vente ; emprunts de toute
nature , dont le résultat, en terme moven , donne
trente à quarante pour cent de bénéfice aux pré-
teurs; enfin, encombrement de la place, ]tar
l'énorme (junntité de rentes sans propiiélnire li-
vrées au trafic doô joueurs, et que le diclionnairt;
nouveau mentionne sous le nom iusiguitiant de
dette flottante.
Telles sont quelques unes des opérations Cnan-
cièrt-'s sous l'auspice descpielles s'ouvre notre troi-
sième époque de crédit. Je me garderai bien de
les discuter toutes, parce qu'il y auroit trop à
dire. L'encombrcmeiit de la place et la vente des
forêts occuperont seules mon attention.
La France est essentiellement un Klatacricol«
et manufacturier. C'est l'abondance ot la variété
des productions de son territoire , c'est l'industrie
de ses liabitaris qui la rendent puissante et riche.
Sully, Colbert connurc'nt ces sotirccs de prospé-
l'ité , els'occu|>èrentde les rendre plus abondantes.
Les ministres qui &c sont trouvés dignes de succé-
der à ces grands hommes ont suivi leur exempU
( 88 )
Avant que la révolution eût détruit notre marine
et nos colonies, le commerce extérieui- ajoutoit à
nos mo} cns de richesse 5 il encourageoit l'agricid-
ture, en transportant ses produits /et c^nfioit à sa
patiente sollicitude les végétaux étrangers qu'il
jugeoit susceptibles de s'acclimater sur iiotre sol.
Il encourageoit l'industrie, en lui portant des
matières premières qu'il rachetoit chèrement lors-
qu'elles avoicnt acquis imc plus grande valeur
par la fabrication. Enfin, les pêcheries grandes
et petites étoient un autre moyen de prospérité
d'aiitant j^lus précieux que la nature en fait les
Irais, et que, dans ce genre d'industrie, tout se
réduit pour l'homme à transporter sur la tei're une
partie des richesses inépuisables que la mer recèle
dans ses gouffres. C'est ainsi que le système agri-
cole, industriel et commercial qui convient à la
France, se fondoit sur de? rapports intimes, et
(jne la prospérité publique résultoit d'une heu-
reuse réciprocité.
A la suite de ce système que je nommerai de
producdon j se trouve le commerce d'argent qui
n'est pas indispensable, mais qui paroît comme
nn auxiliaire utile, ponr seconder le commerce
de production dans les be^soins momentanés qu'il
éprouve. Ce genre de commerce est de tous le
plus profitable à celui qui l'exerce, parce qu'il
demande peu d'avance et qu'il donne de grands
produits; mais ])0ur l'Etat il est stérile. Le com-
merce de production crée des valeurs; le com-
merce d'argent ne fait que les changer de place.
Ce virement est qucTquefois utile aux individus j
il l'est toujours à celui qui le fait. L'Etat ne devroit
jamais en avoir besoin; et loi'sque, par une suite
de fautes, il est contraint dd recourir à des moyens
qui sont rarement sans danger pour les particu-
liers, c'est toujours à son détriment qu'il opère.
S'il parvient momentanément à fasciuer 1 es yeux
( 89 )
d'uuc mullllude égarée, la plaie cpi'il s'est faite
n'en est pas moins profonde ; et lorsque , après une
longue suite d'années, quelque événement im-
prévu force à la découvrir, ou recule d'effroi en
voyant qu'elle saigne encore comme au premier
jour.
L'exposé ci-dessus est propre à servir d'indica-
tion pour les degrés d'intérêt que les divers genres
de commerce peuvent inspirer en France, et par
conséquent ])our déterminer l'étendue d'influence
que chacun d'eux doit exercer sur les actes du
gouvernement. Et qu'on ne se flatte pas de pou-
voir impunément substitjier un arbitraire systé-
matique à la niarclie de la nature. Le châtiment
snivroitde j)r»'-s la faute. Au lieu d'une richesse
réelle, dont une concepli«>n déplorable auroit
détruit les élémens, on n'auroit qu'une bouffissure
tronqieuse. Des charlatans la ]>roposeroient en
\^in à l'aclmiration pul)lifju(', le moindre coup
<i'é|iiiij^de détruiia 1 illusion; et ([ue resler;i-t-il de
ce lauv embonpoint? un sfjnelctle décharné.
Heureusement que nous ne sommes pas encore
parvenus à ce point d<' détresse, malgré les funestes
efforts de ceux qui, poursuivant un crédit imagi-
naire, vouloient (fue tout lui fût saciifié. Dans
leur engouement junir cette ch" uère, nous avons
entendu d<'s ministres parler du grand -livre
comjMe du fondement de toute richesse, et blâmer
bs culli>al<'urs d<* ce qu'ils n'y fout pas inscrire
!•• m'iutant de leurs épargnes (i). Un instinct de
fagj'sse, conservateur des peuples (^ui le suivent,
n ius(|n'à j»rés<'nt dédaigné ces provocations" irre-
lléchi<s, et fasse le ciel qu'il soit assez puissant
])Our les dédaigner toujours! S'il en étoit autrc-
iuent j si bvsculti\atiuis, abandonnant lesexemples
(i) Sé.ince de» Di'pult's «tu 3 mars i8i8. S«fancc de» Pair»
du 31 lujrs de la iiièiiic année.
( 90 )
de modération qu'ils reçurent de leurs perce ,
preroieut l'habitude de ])lacer leurs épars^nes à
1 intérêt de 8 et 9 pour loo, exempt d'inii)ôts, au
lieu de se contenter du modeste produit de 3 à 4
pour 1 00 qu'ils obtiennent par leurs travaux, l'agri-
culture seroit bientôt anéantie. De même, si les
manufacturiers grands et petits, pour accroître
leurs bénéfices, couroient les chances périlleuses
delà hausse et de la baisse, les fabri^|aes cesse-
roient d'exister. C'est alo^'s que , privée à la fois
de ses richesses agricoles et de ses richesses in-
dustrielles, la France se trouveroit dans la mal-
heureuse situation dont j'ai crayonné le sinistre
tableau.
Mais en quoi consiste-t-il donc ce crédit dont
en se vante? Qu'a-t-il d'assez positif, d'assez avan-
tageux pour qu'il faille lui sacrifier jusqu'à nos
3'lcliesses réelles? Je le cherche, et je n'en aperçois
pas même le fantôme. D'une part, ce sont des
banquiers étrangers qui, dans l'espoir d'un béné-
fice énorme , font une spéculation hostile sur nos
fonds j de l'autre, ce sont des banquiers français
qui veulent participer aux mêmes avantages 5 ce
sont encore les uns et les autres qui , trouvant les
chances trop incertaines pour les confier à l'ave-
nir, s'empressent de réaliser leurs inscriptions
sans intervalle. C'est enfin la rente qui s'élève ra-
pidement tant qu'elle est sous l'influence des ven-
deurs étrangers, et qui tombe avec la même rapi-
dité dès qu'elle est abandonnée à ses propres
forces. Ces mouvemens sont-ils du crédit? Ps' on ,
parce que rien n'annonce qu'il y ait confiance,
et jamars il n'y en aura, si, continuant à tout
intervertir, on sacrifie encore l'industrie et la
propriété à l'agiotage. jN'ai-je pas ouï les parti-
sans de la nouvelle doctrine vanter l'énormité
des emprunts comme une preuve de richesses ?
Un ministre , par un l'affinement de sagacité qui
( 9' ) ; ^
passe les bornes de ma foible intoîlîgence, n'a-t-il
pas (lit à la Iribiuie des Uépiités cju'il regrcttoit
que les prêteurs n'eussent pas l'ait de plus pjvauds
béuélic<'S («)■? Mais a-t-on du jamais croire que
la niultij[>licilé des emprunts dût augmenter natu-
relleincut la valeur des fonds? Se croit-on plus
ricli»' «n devant 2Ô0 millions de rente qu'on 7ie
l'étoit lorsiru'on n'en devoit que 60? En vérité,
cette prévention est tellement absurde que, dans
l'étonaeraent qu'elle inspire, on n'ose la rejeter,
parce qu'on suj)poseà la langue des gouvernemens
un sublime caché qui ne se trouve pi)int dans le
laiigacje des pari iciiliers. Si l'on entcndoit un pro-
priétaire dire j'étois pauvre hier, car je ne devois
rien; mais aujourd'hui je suis riche, car je dois
5oo mille francs, on riroildt; sa démence. Ungou-
veriKMiunt qui se glorifie de ses dettes est dans le
même cas.
Si l'on examine ensuite les combinaisons du
nouvtau mode d'emprunt, pour y chercher quel-
que moyen de coin])enscr ses désavantages, on n'y
Ir-oiive qri'ime interv(.'rsi(jn de mots qui ne peut
]):is induire en erreur sur le fonds du système. Ou
emprunte en créant des rentes, c'est là ce qu'on
a lait dans tous les temps. Qu'on parle de la rente
avant de j)arler du capital , ou qu'on ])arlc du
capital avant de parbr de la rente, cela revient
abAolutniiit au même. Lu exemple choisi dans les
traniactioii.s de la vie privée;, rendra ceci plus
sensible. \Jn propriétaire a besoin de 100 mille
francs; s'il les trouve, il déclare à son préteur
«fti'il reconnoît lui devoir d'abord le capital , cn-
aiiit»." '000 Irancs j)ar an pour l'intérêt légal, cju'il
lui p.iicra jns([u'au jour convenu p(jur le ren-
l)oursemenl. Telle est la marciic usité<*. ISos tinan-
' lers iiuidernes ont cru faire u!ie grnnde décou-
(i) Séance (lu aS avril 1818.
(90
verte en changeant cet ordre de manière f faire
dire pai- IVraprunteur : Je me constitue votre dé-
biteur de 5ooo francs de rente pour i oomille francs
que vous me donnerez. S'il y a quelque différence,
je ne la conçois pas 5 au contraire, ces deux ré-
dactions me paroissent tellement semblables par
leur effet , qu'il m'est impossible d'admirer la
sublimité de lapins nouvelle. Jusque-là du moins
il y a similitude; mais si l'on disoit : Je me cons-
titue votre débiteur de 0000 francs de rente, pour
60 mille francs- cjue vous me donnerez , tout
change, et, loin d'y voir une preuve d'ordre et
de richesse, je me rappelle ces marchés usuraires
que de jeunes officiers cpntractoient à Metz ou à
Strasbourg, et que leurs parens nepayoient qu'a-
près avoir fait mettre l'imprudent débiteur eu
prison.
Quelle que soit, au surplus , ropinion qu^on
puisse se former sur le svstème des emprunts , il y
a un résultat incontestable : c'est que la création
d'une énorme quantité de rentes nouvelles les rend
plus abondantes sur la place. Or, il est de fait
que la valeur de toute denrée est toujours propor-
tionnée à la quantité qu'on en trouve au marché,
S il y a surabondance , le prix baisse j s'il y a ra-
reté ^ le prix s^élève. Appliquant ce principe aux
rentes , je dirai que leur multiplicité doit natui*el-
lement les faire incliner à la baisse. 11 est donc
permis de croire que leur élévation extraordinaire
résultoit de manœuvres employées habilementpar
ceux qui vouloicnt s^en défaire , tandis que leur
dépréciation estreffet naturel de leur excès. D'où
je conclus que la hausse ou la baisse ne prou\'« rien,
ni pour ni contre le systùme des ministres; et dans
la vue de m'exprimer plus généralement, que le
cours des effets ne doit jamais, en France, être
considéré comme le thermomètre de l'opinion. Il
peut exprimer la pensée des joueurs, mais jamais
( 93 )
celle tlupuLlic. TJnévcnement qui parott très-grave
à la Chaussée d'Antin ou dans' la rue Vivitnne,
rst inaperçu dans les auhes quartiers de Paris : il
l'est bien plus encore dans les départemens. Le
cultivateur provenral s'intéresse moins à la valeur
de la rente qu'à celle des huiles , et le manufactu-
rier de Lyon , de Reiras ou de Saint-Quentin, lient
plus immédiatement , par ses rapports de fortune ,
au cours de la soie , de la laine ou du coton , qu'à
celui des effets publics. Qui sont donc \cs véri-
tables , je dirai plus, les seuls intéressés dans cette
cause ? Les joueurs.
Il y a dans celte capitale trois classes d'individus
3ui confient exclusivement le désir de iaire ou
"augmenter leur fortune aux chances incertaines
du hasard. Les uns tentent le sort dans les tripots ,
\vs autres à la loterie, et les plus ambitieux à la
Bourse. Tous sont dans la méine catégorie : opu-
lens et fastueux si le destin les seconde , pauvr<'s
et désespérés s'il leur est contraire. Leur existence
change du jour au lendemain ; quelquefois du
matin au soir. Le gouvernement ne s'est jamais
occupé des deux premières classes. Jamais il n'a
pensé qu'il dût intervenir pour réparer leurs
pertes : pourquoi montreroit-il plus de .sollicitude
pour la troisième, qui, politi({uement parlant,
n'est pas plus utile ? Ces joueurs, peu nombreux ,
spéculent sur la valeur des fonds comme les autres
spéculent sur la faveur des cartes ou sur la sortie
tfun (piaterne , et dans l«"nrs diverses positions
on aperroit encore celle similitude , que toutes les
fois (ju'il y a un perdant , il «e trouve quelqu'un
poui' profiter de son infortune. Au jeu , ce sont les
pontes qui ruin<.'nt le bancjuier, ou c'est le ban-
quier qui ruine les pontes. A la loterie , le gouver-
nement, qui csl banquier, jotie à coup sûr. A la
Bourse , le'jourur a la hausse drj)ouilic !<• joueur
à U baisse , uu bien il «si dépouillé par lui. Daus
a
( oi ) . . .
tout coin , je ne vois que la loterie qui soit fie quel-
irulilité pour l'Etat. Mais un gouvcrncin<nt ,
ira-t-on , doit toujours désirer de souteuir la
vnleur de ses fonds : cela peut être dans un temps
ordinaire j lorsque tout est hors de mesure, je
i)'eu vois pas la ncccssilc. Dans notre situation,
j)ar exemple , oi\ devant songer à nous libçi'cr au
lieu d'cm])ruuter, nous avons une caisse d'amor-
lisscmoiil riclienient dotée , la décroissance de la
rente est un avantage, j)arce que la caisse d'amor-
tissement avant pour destination déteindre suc-
cessivement notre dette par l'achat des rentes , elle
v.n achètera d'autant plus (jue le prix en sera moins
clevé. Si le bon elî"et de ses opérations, continuées
avecpcrsévérance, diminue la (pianlité des vahnirs
txpesécs sur la place, leur rareté soutiendra leur
prix, et la rente reprendi'a naturellement une fa-
veur que leselï'iîrts de l'agiotage tentent vainement
de lui procTirer. Co^isidérée sous ce rapport , la
dépréciation actuelle des fonds publics n'a rieii
d'alarmant pour l'Etat. îl v aura des pertes ;
quehpics spéculateurs souffriront de leur im-
pioidence; mais aucun jeu n'est à l'abri de ces
chances, et ceux qui s'v livrent savent d'avance
que la fortune est inconstante, et que, souvent
prodigue de ses bienfaits, elle les retire avec la
même légèreté.
Cette llucttialion peut-elle influer sur le crédit
réel de la France ? t.n aucune façon. Si quelques
écrivains, que j'aime à croire dérus, ont mala-
droitement sonné l'alaruH* sur une crise assez iu-
dillérent<* en soi , je ]>roclamerai hauten\eïit la
doctriue contraire. Les viais propriétaires de la
rente ne sont pas les joueurs. Cf; sont les capita-
listes , grands ou petits , qui , achetant des rentes
pour y placer" leur superflu ou leurs épargnes,
gardent leurs inscriptions, et consomment l'in-
tirct qu'ils en rclirenl. Ccuv-là n oui ri«n à
(9-' )
citiiuJre. Le revenu qu'ils ont voulu se procurer
est d'autant plus certain , que la valeur des fonds
est plus cluirnéc de toute exagération. Leur l'or-
tune est b.vpothéqUcc sur la vraie richesse de la
nation , sur lo sol , sur l'industrie et sur la foi pu-
Miquc. Ce sont des pirautirs plus solides que le
charlatanisme des mots et que des illusions tinan-
cières.
Conservons-les donc précieusement ces richesses
que nous tenons d'iuie nature bienfaisante , et qui
ne peuvent être anéanties que par notre faiite. Que
l'aÊ^ricuiture , que l'industrie, que le commerce
soient toujours l'objet d'une protection spéciale'.
Qu'on ne s'égare jamais au point de les sacriticr âf
l'apiotaîie; ce seroit consommer notre ruine, et
tuer le corps social. Qu on repousse surtout Ja
pensée coupable de vcudre nos forêts pour sou-
tenir le prix de la rente.
^os for«;ts, seul l)ien qui nous reste de tant de
propriétés <jue la révolution a dévorées, ont été
attaquées dans ces derniers temps avec un achar-
nement que je pourrois, en invoquant comme
nos adversaires le langage d<' la Convention ,
appeler ullra-révolutioiitiairc . Jamais du moins il
ne lut proposé , dans cette trop funeste assemblée,
de j)riter 1 I.tat d'un moven aussi puissant de
force cl de richesse : elle enq)loya , to.ut au con-
traire , jusqu'à l'injustice , pour accroître cette por-
tion précieuse du domaine public. Son exemple
fut suivi par le dernier couvcrnemcnt, qui, sub<;-
tituant en celte partie 1 ordre à la confusion , pril
pour base de son administration ces belles ordon-
nances de I.cniis XiV, chefs-trœuvre d'un(> sagesse
supérieure à notre perfectibilité prétendue. Les
forêts prospéroient sous ce régime. Salutaire aux
particuliers avec lesquels le gouvernement n'en-
Iroil pf)i?it dans une concurrence accablante , il
mcnageolt des rcssoiuces immenses ù notre mt-
( 96 )
rine , ainsi qu'à nos constructions civiles et milî'
taijcs. •Maintenant nos forêts sont en vente. Fonds,
superlici'' , tout est en pi-oie à la déprédation. Celte
surabondance de denrée mise dans le commerce
nuit aux particuliers, qui ne trouvent point à
vendre leurs coupes annuelles, ou les vendent à
vil prix , pressés qu'ils sont par le besoin de payer
leurs impôts ; et tandis qu'on sacrifie ainsi tout ce
qui existe, on prépare de loin la ruine de la pos-
térité. Lorsqu'elles n'existeront plus ces réserves
formées sous la protection d'un possesseur qui ne
meurt point j lorsqu'elles seront remplacées spit
par des taillis , soit par des defricbemens , nous ne
pourrons construire ni un vaisseau de guerre, ni
un vaisseau de commerce , sans êti-e triliutaires
de l'étranger! iSous serons donc réduits , comme
un peuple voisin, à porter notre numéraire dans
le nord de l'Europe, pour v acheter des flottes
toutes faites ! Et si la paix qu'on nous présente
comme devant être éternelle, trompoit de flatteuses
espérances, de quelles ressources userions-nous
pour nous faire respecter, lorsque nous aurions
volontairement sacrifié nos moyens ? Quoi 1 le
génie révolutionnaire ne s'arrêtera-t-il jamais? Ne
suffit-il pas à sa rage d'avoir englouti tant de
millions d'hommes et tant de milliards? Et la gé-
nération présente , victime de tou^s les maux , en
proie à toutes les calamités, sans être devenue ni
plus sage ni plus instruite, adorant toutes les
claimères, s'enivrant de toutes les illosions, ,dé-
vouera-t-elle au malheur jusqu'au dernier de sQi
descendaus ?
D'Herbocville.
( li-i )
M. DIMA^C1IE.
C'est un bien galant liomine fjiic M. Dimanche;
il seiiihle que le spiiilucl auteur du Aouweau Jiiche
et le Boufij^eois de Pans ( i) 1 ait j>ris pour modèle
lorsqu'il a fait sou bon monsieur Jobin.
M. Dinianclie rst marchand de drap de pore en
fils, rnc Siiint-iMarliu , tomme M. Jobin 1 est rut
Saiut-U«Mjls : ct)mme M. Jobin, M. Dimanche,
cjui a assez de fortune et de crédit pour se décorer
(lu titre de fournisseur, ou pour le moins de corn-
marrant, a conservé la qualiGcalion modeste de
marchand <ju avoicnt son père , son i^raud-père ,
son bisaïeul , <'l ainsi de suite en remontant jusqu'à
M. Dimanche, premier du nom , le même dont il
est question dans le Festin de Pierre.
M. Dimanche n'a j)oint transformé saboutique
en magasiii ; il pourroit avoir au-dessus de sa
porte une enseij^ne représentant ([ueh|uc sujet tiré
de la labh; , du vaudeville ou du mélodrame; il
aime mieux garder une croix d'or qu'y plara le
premier des Dimanche, et qlie ses successeurs ont
reliait; uscmcnt respectée.
Il a lait juste ce qu il faut d'éludés pour tenir
pariaitement ses comptes , comprendre supérieu-
rement le latin de ses Heures et causer des affaires
du temj)s avec une raison , un bon sens. que l'on
•eroit bien heureuv de trouver dans un grand
nombre de nos jtoliliqnes. .Margnilller de sa pa-
roi.v»»-' , à laquelle il lait l)eaucou[) de bien , consi-
déré de ses voisins, estimé de ses confréj'es , il est
aimé de sva pratiques , dont j'ai l'honneur de fair«
partie.
.M. Dimanclie, qui tient aux anciins usages,
navoit pas tnan(|ue , le premier jour d(î l'année
(t) Brorli. iii-.V. Prix : a fr. 3. r., et i^ U fianco; clic*
Docfiampi. fueSoufnot,a«3,elle Norinaul, rue d«Scine,u''{),
cl (]u:)i (yonli , II" S.
.ÏUJI£ II.— lâ< LlVBAISOK. 8
(114 )
ï8ir), (le venir nie la souhaiter bonne et licjncuse^.
Une politesse en vaut une autre j je fus lui rentli-e
sa visite, et je le trouvai en grande discussion po-
litique avec un de ses voisins. Il s'aeissoit des der-
niers clianjoeniens arrivés au ministère 5 fort cu-
rieux de m'éclairer sur l'opinion de la rue Saint-
jMartin , je priai ces messieurs de continuer leur
conversation : le voisin, qui me parut un des ora-
teurs indépendans du quartier, ne se le lit pas dire
deux fois, et il s'établit entre eux le petit dialogue
suivant :
Le P^oisîn(i). — Oui, monsieur Dimanche, tout
le monde est enchanté de la marche du gouverne-
ment 5 les antiques salons seuls se désolent , lahat-
tenient décompose toutes les figures féodales '; niais
la sérénité règne sur toutes lesjigujes plébéiennes.
M. Dimanche. — Ma foi , mon voisin , ma figura
est, je crois, tout aussi plébéienne que la vôtre ;
et je vous assure que je ne suis nullement satisfait
lorsque je vois Fabattenrent sur ce que vous ap-
pelez des figures féodales, et sur ce que j'appelle,
moi , des faces d'honnêtes gens.
Le /^.—Comment, vous ne remarquez pasjjue
les changemens du ministère sont un pas de plus
dans la route constitutionnelle , et que cest un
triomphe des idées libérales sur les espérances
aristocratiques ?
M. D. — Mon voisin, je ne suis pas né d'hier ;
chaque fois qu'en 89, 90, 91, d'un ministère
constitutionnel à votre manière , on tomboit dans
un autre qui l'étoit encore davantage , les gens qui
pensoient alors comme vous pensez aujourd'hui ,
ne manquoient pas de dire alors ce que vous dites
aujourd'hui ; mais les ministres qu'ils appeloicnt
un jour excellens, ils les chassoientle lendemain
(i) On rcmarqueia à sa conversation, que cet Jionnéte indé*
pendant est nourri de la lecture des Jjpus auteur» doOiiasire*
•t libéraux.
( ^^^ )
pour en placier d'autres qu'ils tiT)uvo:eiit encore
Jiieillfurs; et c'est ainsi uuc de ministères bons en
ministères meilleurs , a dégringolé la monarchie :
or, moi , je liens es3eatiellement à la conservation
de la monarchie.
Li' V. — i^ei-mettez -moi de vous observer,
IM. Dimanche , que vous n'êtes pas noljle , et qiw/
n'y a (jitc les nobles qui aient véritablement in-
têpèt
M. [). — Permettez- - moi , mon voisin, de.
n'êtrtî nullement de votre avis : lorsque h lévo-
lulit-in coMiineura , les o;ens dont je vous parlois
nous dirent aussi qu'elle n'éloit dirigée que contre
les nobles, et que nous autres bourgeois nous de-
vions beaucoup y gagner. Savez-vous, moi, ce
que j'y ai gagné? D'abord, j'y ai p<;rdu mes pra-
tiques , vu qu'on bannissoit les uiies et qu'on guil-
îolinoil les autres; peiidant quatre a?is je n'ai pas
vendu quatre aunes de drnp, parce que la mode
étoil de porter dçs carmqgnoles et d'être sans-cU"
lottes ; j'.d man(jué d'être ruiné de fond en comble
par le miniuiuiii du niuxiinuni et des assignats ; les
philosophes du district ont piUé ma boutique, à
cause (le mon enseigne ii la Croix d'or; les in-
dcpendans de la seetion ont voulu m'accrocher
comme accapareur , au réverbère qui est devant
ma porte; eulin , il m'a fallu toute i,uon industrie
ri tfjut 1(; sang-lVoid (pie vous me connoisse/., pour
eu être quitte au piix d'une soivanlaine de mille
trancs,d'unccentaine de cnupsdebrancUes (ïarbre
de la Liberté , et de deuv ans ([uatrc mois et dix-
sept jours de prisiwu ^lon père, mon grand-père
ei mon bisaïeul ont, au contraire, vécu fort tran-
<juiilementsou«Louis\l V etJ.ouis W ; jexoiidrois
que mes enfans en Ossent autant sous Louis XVIII
et ses successeurs : voilà pourqnoi je souhaite une
monarchie (jui ne finisse pas par une révolution.
Le /^. — Mais, monsicui' Dimanche, le peuyl^
9.
( ii6 )
doit cependant 'beaucoup à cette révolution , que
0)0115 calomniez.
M. D. — Vous mettez toujours le peuple en
avant j et ce pauvre peuple , dont j'ai riionneur de
faire partie , est la dupe de la sollicitude que vous
voulez avoir l'air de lui témoigner. Vous ressem-
blez à ces procureurs qui grugent leurs clienssous
prétexte de les servir ; et il ne me sera pas difficile
de vous prouver que les intérêts de ce peuple qu<
vous prétendez défendre, sont étroitement liés à
ceux de l'aristocratie, que vous attaquez sans cesse.
Faites-moi le plaisir, d'abord , de me citer quel-
ques uns des bienfaits' de votre révolution.
Le K. —L'égalité des citovens devant la loi , ie
droit de parvenir à tous les emplois civils et mi-
litaires.
M. D. — Si c'est là tout ce que nous lui de-
vons , je crains bien qu'elle n'ait, comme on dit,
enfoncé que di?s portes ouvertes. AAant elle , lors-
qu'un grand seigneur ni; me pavoit pas son mé-
moire, je le faisois assigner; si je conviens avec
vous quemalgré cela queiqucsbons gentilshommes
trouvoicnt moyen de ne pas solder, vous convien-
drez avec moi que les gros banquiers ne iaisoient
oint tant de banqueroutes; et, pertes pour pertes ,
es bilans delà finance nous coûtent plus cber que
ne coûtoient à nos pères les dettes de la noblesse.
Quant aux emplois civils et militaires, cela m'est
fort égal , à moi ; car je veux que mou fils reste
marcliand : si ses enfans sont assez fous pour dé-
daigner un état dans lequel s'est honorée leur fa-
millfe, j'ai entendu dire que IM. Fléchicr l'évêque
étoit fils d'un fabricant de chandelles; que M. de
Golbertle ministre avoit été commis à 1 200 francs;
([ue INI. Jean ^art le chef d'escadre avoit été ma-
telot ; que M. Rose le lieutenant-général, etiant
d'autres, avoient été soldats : je conclus de là que
les petits Dimanche, s'ils avoient eu du talent.
l
( 't; )
auToicDt po , sans la révolution , devenir ôêques,
miuistrts , chefs d'escadre ou lieutcnans-généraux.
11 est possible que maintenant cela leur soit encore
plus iacile ; tant mieux : mais étoil-il absolument
nécessaire de f^uillotiner mes pratiques , de me
piller, de me rosser, de me mettre en prison,
j)0ur en arriver là ? Souffrez donc qxic je ne sache
aucun ç^vc à votre révolution d'avoir fait verser des
tlots de sanf,f , d'avoir bouleversé la France et
l'Europe, pour me donner ce que j'avois ou ce que
je pouvois avoir sans elle.
Le V. — Mais cependant , vous seriez fâché de
voir aux nobles des privilèges qui les mettroient
au-dessus de vous?
M. D. — Soyez assez bon , mon voisin , pour
me dire quels seroient , s'il n'y avoit po nt de
nobles, les premiers pcrsonnap^es de l'Etat?
Le y, —r Les avocats et les banquiers.
M. D. — C'est fort bien pour vous , mon voisin ;
vous êtes baufjuier, et M. votre frère est avocat ;
mais lor'ifjue vous aurez pris la première place ,
les marchands en gros , comme moi, n'auront-ils
pas le droit de vous en chasser comme vous en
aurez chassé les nobles- car enfin, l'égalité que
vous proclamez est , je le suppose , pour tout le
monclr; les marchands en détail seront autorisés
à me chasser à leur tour ; ils seront renvoyés par
les garrons de bouti([ue , qui le seront par les
eus sans état, et enîin, les premiers rangs de
a société se trouveront occupés par les argousins
d»'.< bagnes , à moins toutefois que les galériens ne
Irur disputent la place, car ils en auroiept aussi
le droit.
Le r. — Ah! Monsieur Dimanche, voilà des
exagérations !
M. /). — C'est si peu exagéré, que'c'est exac-
tement ce (|ue nous avons vu : maintenant, mon
voisin , vous devez concevoir, qu avant de cher-
l
( lïs )
cher à déplacer ceux qui sont au-dessus de moi ,
je son-i-eà ceux qui sont au-dessous. Si je d^ire
que la noblesse conserve le peu qu'elle a sauvé
du naufrage , c'est que je sais fort bien que sa
chute entraîmeroit la mienne, que la mienne en-
traîneroit celle des marchands en détail , et ainsi
de suite, jusqu'à l'entière dissolution du corps
social.
L-e V . — IMaJs vous raisonnez dans l'hypothèse
qu? nous voulons une révolution telle qu'elle a
dé 'à eu lieu, et vous êtes dans l'erreur.
Ht] . D. — Serez-vous les maîtres d'arrêter le
torrent quand vous aurez rompu les digues ?
Vous n'avez ni plus de talens , ni plus de courage
que les girondins : ils ont comïnencé comme vous,
tremblez de finir comme eux. Pour votre intérêt
comme pour le mien , je m afflige à chaque pas
qu'oii vous laisse faire en avant. Je suis persuadé
que le bonheur de la France ne peut c.'cistcr sans
stabilité ; il m'est démontré que cette stabilité
n'auïa jamais lieu que sous une monarchie légi-
time ,. et tous les raisonnemens du monde ne
peuvent mé faire c.oncpvoir qu'on fas^se des mo-
narchies lég"Himes av^c des idées réj)ublicaines.
Le r. — Moiictrcbies légitimes ! idées républi-
caines ! Mais, mou cher monsieur Dimanche , il
ne s'agit point ici de république , et encore moins
de monarchies ; il nous faut un gouvernement ra-
tion el-relaîif..
M. D. — Rationel-relatif . ! Mon voisin, si
"VOUS voulez que je vous entende , parlez-moi
fran^a^s.
Le V ^ -^ Puisque vous n'êtes pas à la hauteur
du slyîe du siècle, il nous faut un gouvernement
fondé sur les principes de la Charte.
31. D. — A la bonne heure 5 je commence à
vous comprendre : mais alors, pourquoi dans vos
iliscours , dans vos écrits iasinuez-yous que le.
( M9 )
J^oi n'avoit pas le {Iroit de vous la donner celt«
CÎMite ?
Le V. — C'est qu'eu effet , ce de\>oit être un
pacte proposé par une des parties , et consenti par
taiLtri'.
M. if. — Là-d( 'ssHs, mofï voisin , permettez-moi
mu* uclile coinj>arMison. Un horanit; lait son tes-
tanu-nt : tous les héritiers en sont conlens ; un
5»>u] , qui d'abord en a paru enchanté , prouve
»in i<»iirqnp le testateur n'^avoit pas droit de tester,
t>\ lacU', <[uelqu'en règle qu'il soit du reste, est
annulé j)ar ce lait.
Voudriez -vous traiter, la Charte de même ?
Comnir; de la première constitution que vous avez
rerue de l'infortuné Loui; XVI, vous en tirez tout
ce ({ui est à votre ava^ltacJe , mais en vous ména-
geant des moyens préjudiciels , des réserves contre
cHe, afin de l'attafjuer en cassation ,. si cela devient
nécessaire à vos intérêts.*
Le T^. —Je vous jure , monsieur DJmartche....^
M. D. — Pas de serment, mon voisin , je sais
tomme vous les tenez : on ne m'attrape pas deux
fois- je ne suis ni un<; dupe, ni un ministre ; i,e
ne croirai donc à votre attacliement pour la Charité
3ûe lorsque vous reconnoîtrez cj^c !« Koi avoit le
roit de vous i'octro\ «'i-.
( Cp mot Gl faire une giiinare «'pouvonlnhlc au libéral, eue
ifi'ient l» som'eraineté du fteuple ? dll-il entre sus dents). M. l)i—
manclie continua :
Si l'on vous permet de prouver le conti'aire ,
la constitution sera nitlJ»' ; il faudra que vous en
fassiez une autre , ([ui dtirera jusqu'à ce (iii'on
vous protive à vous, (pic vous n'a\i4'Z pas le droit
fie la l.iiie. Or, depuis tpii' les libéraux se mêlent
ilr politique , j'ai vu quinze ou viuj^i constitu-
tions, autant de pouveriJiineii5 , et ji; commence
à en avoir assez.
Le /'. — Mais, ruCLUsicur Dimaiiclie, ritnmcnsc
( Ï20 )
majoritc n'est pas de votre avis, et il a bien fallu
changer le ministère selon nos vues, et non point
5elon les vôtres 5 car, f^ans la vatin-e de notre
gouvernemevt , le pouvoir est ohli^é de consulter
r opinion publique i et T^piniofi publique est pour
nous.
AI. D. — C'est vous qni le dites, mon voisin;
mais il en est de cela comme de vos prétentions
exclusives à l'esprit et à la bravoure. Apprenez
que l'opinion publique est ce qu'on la fait ou ce
qu'on la laisse faire. Si l'on ferme. les yeux sur
toutes vos sottises, si le ministère recule tou*^
jours devant vingt ou trente bavards , trente on
quarante écrivassiers, il est tiès-possible que vous
preniez un jour plus d'aplomb que vous n'en avez :
mais, giiâce au ciel! nous n'en sommes pas encore
là. Vous prétendez que l'immense majorité est
pour vous; vous voulez parler sans doute de l'im-
mense majorité de vos connois<^anccs; mais moi
qui ne fréquente que des royalistes , je puis avoir
une tout autre idée de notre pays.
Le V. — Cependant, les élections de 1818
prouvent évidemment que la France désire....
M. D. — La France désire la tranquillité et la
diminution des impôts; le reste lui est fort é^^al.
Si les élections ont été démocratiques en 1818,
elles ont été monarchiques en i8i5 : pourquoi?
C'est que la loi étoit monarchique en 1810, et
démocratique en 181 8. Soyez sûr que les rova-
listes sont en grand 'nombre dans tous les rangs,
dans toutes les classes; car les gens honnêtes et
raisonnables de tous les raûgs, de toutes les
classes, ont intéi'êt à ne pas revoir une révolu-
tion. Par la même raison qu'il y a des gentils-
hommes, et même des ducs et pairs qui sont de
fieffés jacobins, il y a des banquiers, des gens de
robe, de plume, d'épée , des médecins, des mar-
chands, des porteurs d'eau, qui sont de bous et
( 151 )
d'cTccllcns ultva>, puisque t'est aaisi que voii<!
appeliez ceux f|ui aiment véritalilement leur Roi
et leur pavs. Si >os nouveauv minisires ne sont
point persuadés de cette vérité 5 s'ils font sans cesse
des concessions à une minorité à laquelle il suffit
de f;iire peur pour la vendre nulle, je plains la
France, et je les plains eux-mêmes. Avec tous
les moyens de réussir, ils perdront le....
( En re moment , une voix se fit entendre dans une piècr.
voisjiie; l'indépendant sauta sur son chapeau, nous
salua, et sortit précipitamment. Pour peu que cela
fiuisse Atre agréable aux aboiine's du Conservateur , je
eur ramnlcrai , dans une nuire Livraison, ce qui nut
en fuite le voisin de M. Dimanche.)
Saint-Marcellik .
VARILTLS.
Jusqu'à présrnt nous avmis fait counoître les
débats nuxquels a donné lieu devant le tribunal
de police covrecliounclle , la plainte en calomnie
portée par M. le lieutenant-général Canuel contre
MM. de Sainneville ctFabvier. Voici maintenant
le jtif^rment vendu hier sur celte afl'aire.
«( Le tri4)unal , sans s'arrêter à r<'vce])tion d'in-
compétence, non plus qu'aux fins dv non-recevoir
jiroposées;
» Déclare Fabvier, Sainneville et Canliel cou-
pables du délit prévu par l'art. .U^-^ du Code pénal^
♦•t puni par l'art, .{ji du même Oïde •
( Ici Si. le président adonnélcclure de ces Jeu\
articles. )
» Fl cependant, usant de la faculté accordée
]>ar l'art. /^^)^ du même Code, et .'\tleïidu les cir-
coMsIaiices atléniiaiites précédemment énoncées,
modérant la peine , condamne Fabvier en 100 fr.
( ^2S.)
d'amende; Sainnetille et Canuel cKacunrn oofr.
d'amende- ordonne que les trois bi-ochures qui
donné lieu au procès , seront et demeureront sup-
pi'imées 5
D Condamne FaLvier aux dépens envers Canuel
pour tous dommages et intérêts 5
» Condamne SainneviJle aux, dépens envers la
Veuve et rhéritier. du capitaine Ledoux, égalemen.t
pour tous dommages et intérêts ;
» Tons dommages - intérêts et dépf'ns entre
Sainneville et Canuel compensés,
i. )) Sur les autres demandes ^ fins et conclusions
Hes parties , les met hors de cause. »
Si ce jugement est déféré à la Cour rovale par
l'une ou l'autre des parties, nous examinerons-
les motifs qui l'ont dicté et les principes qu'il
consacre.
— II avoit été d'abord défendu aux journaux de
rendre compte des scènes de désordre qui viennent
d'avoir lieu au colle'ge de Loiiis-le-Grand. Depuis
plusieurs jours l'insubordination se faisoit. sentir
dans cette maison; elle éclata dans la soirée de
dimanche dernier. Le proviseur avoit ordonné de
ne laisser rentrer qu'un à un plusieurs élèves qui^
dans la matinée , s'étoient fait ouvrir les portes ; ils
se présentèrent, à la chute du jour, en assez grand
nombre, au concierge qui refusa de leur ouvrir;
quelques uns étoient dans un état d'ivresse : une
lutte s'engagea. Pendant ce temps, des élèves
restés au dedans ouvrireutles portes. Le tumulte
alors fut généi'al : tous les ordres furent mccoiir-
Jius, des vociférations répondirent aux remonr
traneesj des professeurs furent outragés et frappés,
les meubles et les croisées furent brisés. Le conir
missaire de police se présenta en vain pour réta-
blir le calme j on fut obligé d'envoyer chercher
la gendarmerie. Les plus mutins ont été conduits
à la Préfecture de police. L'un d'eux, nommé
e
( io3 )
M***** , s'écria , au moment où on l'arrêtoft, que
c'étoit uu(; vio/afion de la liberté indis'iduelle.
PhiMiMirs jiorsonnos croient (jiic ce mouvement
a été excité liors de la maison- Je.s plus détestables
pamphlets circulent dans les mains des élèves; le
déso'dre se fait surtout reinartp.icr dans cet éta-
blissement depuis que ]M. lepr()\iseur a publié,
au sujet de î>rétendues souscriptions pour le
Champ d'Asile, une lettre pleine de fermeté,
danslarfuelle il rappeloit ses élèves à leurs devoirs.
Le collénjc est terme en vertu d'un arrêté pris
lundi jîar la Commission de l'iuslruclion pu-
blique.
Paris, ce 2i janvier 1819-
C'est aujourd'hui le jour du grand sacrifice; il
semble que la mort redouble d'activité pour aug^-
menler la pompe de sa fête. Elle vient de frnpper
quatre reines; elle continue parmi nous sa moisson.
M. Hue, aprtVs avoir partai^é la captivité du Roi
martvr, est allé le rejoindre auv pieds de ce sou-
^er.-^iu arbitre qui casse les sentences iniques, et
punit bs juges prévaricateurs. L'oraison lunèbi'e
de M. liue est prononcée aniourd'liui dans touft-s
les éjjlises de France : c'est Louis X\ I lui-même
qui l'a faite, en écrivant dans son testament le
non»df son fidèle serviteur.
M. Hue est sorti^de la vie avec un compagnon
'ligne de lui, 1\L l'abbé Le (Iris-I^uval. ("e d( r-
tiier a voit voulu accompagner Louis X\ I à l'écha-
Jaud , comme le premier 1 avoit servi dans les fers.
A xïn vrai talent pour la jiarole, INL Le Gris-Duval
|)i^noit la «rhaiite la plus active, le caractère le
|>lus doux , les vertus les phis modestes : il est <les-
icndu de la chaire de >iLMilé dans la tombe où
toutes les vérités chr(Jticune« t;-Quvcul leu^a
j)rçuvcs.
■ " 'W
( 1-4 )
Ces deux hommes dont la conduite , les discours
et les écrits avoient combattu les doctrines mo-
dernes, n'ont été devai>cés que,de quelques jours
dans un autre monde par le dernier des amis de
Voltaire , et le dernier des encyclopédistes.
M. l'abbé ÎMorellet avoit aidé à poser les pre-
mières pierres de la moderne Babel : il a été
témoin de la confusion des langues et de la disper-
sion des peuples. Il s'en est allé ([uand il ne rcstoit
plus rien de cette antique société qu'une fausse
philosophie a détruite.
Rejj.iésentant d'un autre siècle parmi nous ,
M. l'abbé ?\lorellet avoit connu Montesquieu .
Voltaire, Bnffon et Houssrau. Il aimoit à nous
raconîer leur «gloire , com-ne ces vieux soldats ,
qui, restés seuls kn milieu de- cfér.érations nou-
velles, se plaisent à parler d.;.s géuérauï illustres
sous lesquels ils ont combattu.
On remar:[ue dans les écrits de ^l. l'abbé •NIo-
rellet de la lecture, de la perspicacité', de saines
doctrines littéraires. Ses derniers otivra:i[cs ne ren-
ferment peut-être pas des iugemensd'une impartia-
lité rig-oureuse ; mais l'écrivain qu'il a critiqué avec
le plus d amertume , aime à reconuoître ce qu'il lui
<^it, et le profit qu'il a tiré de la leçon. Il faut
convenir, d'ailleurs, que la peinture d'un amour
et dune nature sauvages, dev(;it paroîlre étrange
à un homme qui avoit passé sa vie dans les déserts
d'Auteuil et dans le salon de M"* Geoffrin.
Au reste , les bonnes actions valent mieux que
les bons livres. On se rappellera toujours que
31. l'abbé Morellet a plaidé et gagné la cause des
eufans des condamnés. Aujourd'hui, n'aurions-
nous pas encore besoin de son éloquence ? Le
temps des victimes est-il passé sans retour? C'est
avec une peine réelle que nous voyons ainsi dis-
paroîlrc les véritables gens de lettres 5 car on ne
peut plus appeler de ce nom ces littérateurs sans
( 125 )
études, commis le matin, hommes du monde le
«oir, portant dans les afl'aires, avec la présomption
de l'ignorance , les sentimens de haine et d'envie ,
qui sont comme les remords, ou la conscience de
la médiocrité.
C«*s esprits foihles qui se nomment entre euM
des hommes forts, sont depuis la restauration le
véritalile fléau des ministères. Ils font partager aux
hommes d'Etat leurs petites passions , leurs basses
venj^cances d'amour-propre , leur faux système de
politique. Le ministère nouveau n'a point échappé
a l'influence des apprentis-ministres : c'est la co-
terie qui a triomjmd. Or, ouvrez tes' ouvrages et*
les journaux île la coterie , vous v verrez partout
haine des royalistes, doctrines anti-monarchiques,
admiration de la plupart des erreurs révolution-
naires.
Et pourtant les génies spéciaux qui fournissent
au ministère ses inspirations, n'ont pu rt-diger un
projet de loi constitutionnel et raisonnable. La loi
p(jur la récompense nati(male à décerner à M. le
duc de Richelieu , attaque à la fois la couronne et
Ja Charte. Si l'on peut déj)ouiller aujourd'hui la
liste civile , on pourra la dépouiller demain. Voilà
pourquoi les Ijommes démoi rati<|ues qui n'ai-
ment certes pas l'ancien président du Conseil ,
<ont néanmoins lavorables au projet de récom-
pense nationale : ils sentent qu'ils ont tout à
;^af;ner en laissant entamer la liste civile. Tel
qui bénissoit l'ordonnance du J sei)tembre ,
loinme nous renfermant strict<'ment dans la
Charte, crie ;ni jotird'hui , quand on lui objecte
. eltc même (^liarte , rjiie les trois pouvoirs ont
le droit <le changer et la Charte et les lois. Les
indépendans, quittant la ligne constitutionnelle,
se font aussi les champions fie la loi-Kichelieu. Ilf
sont , au foiiil , très-conséquens à leurs principes,
tout en a^ ant l'air de lei aLaudonner.
( l'-^e )
Quant à la loi sur le changement de l'année
financière, comment n'a -t -on pas vu qu'il y
avoit un moyen bien simple de trancher la dif-
ficulté sans violer la Charte ? Faites faire sur-le-
champ le budget de l'année actuelle ; fermez la
session au mois d'avril; convoquez les collèges élec-
toraux au mois de mai; rassemblez les Chambres
au mois de juin pour discuter le budget de 1820,
et vous reutrez ainsi dans l'ordre du temps sans
porter une loi , sans exposer la France à rester
dix-huit mois sous la dictatui'e ministérielle.
Mais des élections au meis de mai ! s'écrie-
t-on ; seront -• elles moins dangereuses au mois
d'octobre ? Vous êtes donc effrayés des élections ?
Commept soutenez-vous alors que la loi des élec-
tions est parfaite ? Si elle est défectueuse , au con-
traire , qrie ne la changez-vous ? Avec de la bonne
foi , avec un désir sincère de réconciliation et de
paix , tout seroit facile; tout est difficile avec des
systèmes , des passions et des vanités.
Lorsque dans la première Livraison du second
volume du Conseivateur, nous fûmes forcés de
parler du ministère , nous nous exprimâmes avec
une mesure que commandoient également le bon
sens et la justice. Ce ministère nous étoiten partie
inconnu ; nous n'étions pas sans ci'ainte sur la
marche qu'il alloit suivre ; mais nous trouvions
aussi dans les intérêts même de ce ministère , quel-
ques motifs d'espérance. En eftet , n'étoit-il pas
présumable qu'on apercevroitles fautes qui avoient
pei'du l'ancienne atiministration? Si celle-ci étoit
tombée ; si elle avoit mis la France en péril pour
avoir trop incliné aux principes démocratiques ,
ne pouvoit-on pas croire qu'on sentiroit la né-
cessité d^ abandonner ces principes ? Comment s'i-
maginer que des hommes nouvellement arrivés au
pouvoir, continueroicnt de gaieté de cœur à pour-
suivre les royalistes , avec lesquels ils n'avoieut en-
( '^7 )
core eu aucun sujet de division? En politîf[ue
comme en religion, faire des martyrs est un moyen
t£ui n'a réussi à personne.
Noire espoir a été trompé ; la modération Lien
connue du président du conseil , son espi it lia , son
caractère conciliant, n'ont pu arrêter le mal. Nous
annoin'ons avec doideur à la France royaliste,
que le nouveau ministère n'est que le continuateur
des fautes du ministère qu'il a remplacé. Avec
moins d éclat, il semble avoir plus de violence.
Il tâtonne., il craint j il cherche une majorité qui
ne lui est pas assurée, et pourtant ses actes ont
quelque chose de décidé. La Charte l'arrélo
peu : du premier coup il apporte dcu\ Joisincon-
itilutionnelles, Inceitain ddiis sa marche, il pai'oît
a\oir un but j indécis dans ses projets, il est fixé
dans sa doctrine.
Ce que nous avions prévu des nouvelles opé-
rations ministérielles commence ù se réaliser.
L'ii\i.s in.séré dans le Moniteur du i3 janvier est la
preuve du peHchant irrésistible qui entraîne le
ministère actuel des finances à s'occuper des inté-
rêts de la bourse, sans trop songera c<;ux des
coutribtuibles. Par cet avis , le ministre fait cou-
noîlre aux porteurs d<î rentes que le trésor leur
paiera , à dater du 18 de ce mois, le semestre qui
ne leur sera du tjue le 22 mars, et qui u'auroit
C-tépayéà jjusicurs quele i'2 avril. Qi'<->ique cette
avance soit laile* lous l'e.scomjjtc dt; 3 pour joo
l'année , nous devrions la regarder comme des
éùcwics , ou comuie la joyeuse entrée de M. le
ministre des finances, si cette avanc<r ne devoit
«n définitive être payée parle trésor public, c'est-
à-dire par \vi contribuables.
Sans parler de l'idée assez bizarre de transfor-
mer ie trésor public en une espèce de caifise d'es-
compte, ou pourruilcleoiaudcr à quel taux M. le
t iâ8 )
ministre des finances emprunte lui-même les ca-
pitaux qu'il va prêter à 5 pour loo.
Dira-t-on qu'il n'emprunte pas? Mais n'cxiste-
roit-il point un traité avec les receveurs-ejénéraux,
qui obligeroit ■M. le ministre des finances à rece-
voir au trésor tout l'argent qu'ils voudroient y
vei'ser d'avance , en leur tenant compte des inte'-
rêts à 6 pour lOO, et leur allouant en outre un
droit de commission? M. le ministre des finances
n'emprunte-t-il pas de fait à tons les porteurs de
ses bon» royaux et de la caisse de service? n'em-
prunte-t-il pas en faisant escompter les effets à
terme que lui produisent les douanes et les
coupes de Lois? Il emprunte réellement tous les
jours par mille opérations diverses, et le taux de
ses emprunts est toujours au-dessus de 6 p. loo.
Ainsi, à moins que M. le ministre des finances
n'ait remboursé à la fois tousles fonds particuliers
des receveurs généraux, tous les bons royaux,
tous les billets de la caisse de service, etc. , etc. 5
à moins qu'il ne doive rien à personne 5 à moins
qu'il ne possède aujourd'hui en numéraire ^o ou
80 millions, lesquels n'aient et ne puissent avoir
aucun autre emploi, il est évident quil grève le
trésor de toute la différence de l'intérêt supe'rieur
qu'il paie à l'intérêt inférieur qu'il reçoit pour
escompter 5 il est évident qu'en cliargeant le tré-
sor, il charge les contribuables , qu'il les ch?a-ge ,
disons-nous, inutilement, inégalement, incons-
titutionellemeut.
Les principes constitutionnels ne sont-ils pas
violés, si un ministre peut, à sa volonté, dis-
poser de l'argent du trésor, en changer l'appli-
cation, ou pour les sommes ou pour le teiu|^îs
des paiemens? L'Etat ne seroit-il pas compromis,
si un événement imprévu survenoit dans.l'inter-
Talle de la distraction des fonds , etreudoit néces-
saire un autre emploi de ces mêmes fonds ? liullu ,
( '29 ) ^
comment se faît-il |^qu'une détermination aussi
considérable ne soit motivée sur aucune loi, ni
même autorisée par une ordonnance royale? Que
devient la responsabilité du ministère, lorsqu'un
simple avis , sans signature , prescrit l'emploi d'une
partie de la fortune publique? De grands dangers
sont attaches à dépareilles mesures j et un mi-
nistre des linances qui paie ce (ju'il ne doit pas,
fait toujours craindre un ministre des tinance*
qui ne p.tiera pas ce qu'il doit.
Au reste, pour soutenir ces jeux débourse, il
faudra bien en venir à la vente de nos forêts. On
parle déjà d'un projet d'ordonnance qui remon-
teroit à une date de dix ou douze jours. Quand la
France sera dépouillée , que nous restera-t-il ? Lue
réponse horrible a été faite à cette question par un
révolutionnaire : « Scjjt ceiil mille soldats payés
y> par la conjifcation des biens de l'ingt mille fu'
« milles. I»
Heureusement , les soldats de la légiliïuilé ne
Comb;illcnt que les ennemis et ne dépouillent
point les Franrais. Kspérons ([ue notre armée
conservera le bon esprit qui l'anime. Cependant ,
la loi de recrutement et les ordonnances qu'elle
a ])roduiles fout un grand mal. Dans l'avant-der-
nièie livraison du Conscn'afeiir, nous a^ions dit :
« Les officiers n'uni pas voulu quitter la garde,
» où ils préfèrent , par dévouement, servir dans
>» un grade inférieur, INIaisd'un moment à l'autre ,
•)» ce iju'ils n'ont pas >o\ilu faire de gré, l'ordon-
» nançe peut les contraindre à s'y soumettre de
» force. M
L'événement a suivi de prés la prophétie. iNL le
vicomte lîerthier de Sainignv réclame dans ce
moment auprès du ministre de la guerre, pour
rester simple colonel de son ancien régiment de la
garde, en reimn» ant à l'emploi de maréelul-de-
camp qu'où lui donne dans l'armée. Lu ordre du
Tour. JI. -» iC LiVBAliov. a
( i3o )
jour du C> octobre j8i8 sembloit permettre ce
choix à ÎNJ. ie vicomte Berthier (i). OLtiendia-
t-il sa modeste demande ? Lui pardonnera-t-ou
l*ambition de descendre ? Croira-t-on toujours
récompenser en lui et les malheurs de sa l'amilie
et sa noble fidélité , en l'éloignant de son maître ?
Il faut croire que ]M. Berthier n'a pas été heu-
reux dans ses sollicitations , à en jugei* par cet
ordre du jour si loyal et si touchant, en date du
ig janvier :
31. le vicomte Berthier à MM. les officiers , sovs^
officiers et soldats du 3^ régiment d'injanteric
de la garde,
« Appelé par lesTaontés du roi à d'autres fonc-
tions, et cessant aujourd'hui celles de colonel dans
le 3"= régiment de sa garde, je suis obligé de pro-
noncer ce mot d'adieu si déchirant. Que de sou-
venirs il me rappelle : tous les excellens services,
la bravoure et le dévouement de iMM. les officiei's,
le zèle infatigable, l'activité avec lesquels officiers
et sous-officiers ont rivalisé pour m'aidera former
avec promptitude un corps aussi nombreux, aussi
beau , aussi instruit ! Pour les soldats, je dois me
rappeler leur docilité , leurs senti mens de fidélité
au lloi , cet honneur que je puis remarquer avec
orgueil jusque dans les derniers rangs de cette
brave troupe. Que n'ai-je pu être assez heureux
pour la conduire au danger !
» Conservez, mes amis, ce feu sacré qui von?
anime et vous unit; qu'à jamais le nom du 3«soit
svnonvme de dévoué , à la vie et <àla mort , au Roi
(i) Les ofilciers , porte cet ordre du jour, seront siiccesswe-
menl (à moins qu'ils ne prcierent rester dans la garde) portes
fiux einplois de ce grade supérieur dont ils n'ont point encore
exerce les fonctions.
( I.ll )
et à toute son au£fiisle l'amille- coiiservrz celte sou-
mission {«rotonde h vos nouveaux chefs qui nic-
vitcnt voire coiitiauce, conirniî ils ont celltMlu Roi!
Associez-moi dans votre pensée aux premiers pé-
rils que vous trouverez , à la première gloire que
vous acqu<*rrez , et dites-vous , avec vérité : « Notre
générai est mal LeurpUK; il n't^sl pas avec nous. »
« Je seus toute la puissance de ce lien de frater-
tiilé d armes, qui tut respecté de nos ancéti'es; et
je sens qu'à jamais mon cœur battra lorsque je
verrai un de vous. J'arrivai au milieu des premiers
hommes réunis sous qes drapeaux aux cris de vive
le Jioi! je ne puis les quitter qu'en criant encore
vive le Jioi ! »
Il faut avoir le courage de le dire : le dé[)la-
cement de M. le vicomte Berlhier est la pre-
mière brèche faite à la garde. Qu'en théorie ou
avance qiK? les ofTioiers de la lij^ne doivent tour
à tour passer d.tns la garde , comme moyeu
démulaliou, comme olijet de récompense: tout
sysléjne peut sr soutenir 5 mais ce n'est pas là la
question. Aujourd'hui vous avez une loi démocra-
tique d'élections, <jiii lot ou lard vous amènera
une .Chambi'i; dérnocrHliijue j aujourd'hui >olr(;
système d'administration dl oigne de tous les em-
plois les honunes monarchiijues; aujourd'hui une
opinion dangereuse qu'on a favorisée , proclame
SCS succès et aiinonci; sa victoire : convient-il ,
dans ce niomrnl , d'èbraidcr une des barrières du
trAnc I* faut-il . m tléco(ir;tg(.';int la gai-de , en lui
enlevant sesoflicicrs, lui doiifMM' la crainte de plus
grands changemeni pour l'avenir? tjon esprit à
présent est admirable : les révolutionnaires le sa*
vjMit bien; ils savent que tandis que telle garde
existe telle qu'elle vsl , il n'y u rien à fuuc. Aussi^
remarquez comme? ils applaudissent à tout ce qui
paroît dtvoir afloiblir ce dernier rempart de la
royauté^ comme ils poussent aux mesures (|ui Icn-
9-
( i32 )
dent à ce Lut; comme ils favorisent un système
dont ils espèrent profiter un jour.
3N 'allons pas nous i-assurer, parce qu'on rem-
place un officier royaliste, par un officier rovalistc.
Pouvons-nous être certains que le moment ne
viendra pas ori l'on profitera de l'eKemple donné
pour faire des choix d'une tout autre nature?
Avec l'esprit démocratique qui nous envahit ,
rien ne peut nous répondre que nous éviterons
toujours un ministère démocratique. Notre pen-
chant au sommeil est déplorable : on disoit, il y
a quelque ternps : « Si l'on touche à la garde , c'est
n alors que nous serons persuadés du danger du
» système » On touche à la garde , et l'on dit :
» Mais les remplacemens sont bons ; mais l'ordon-
w nance qui devoit renouveler tous les officiers
j# généraux de la garde est ajournée à sis mois;
» mais il n'v aura pas à présent d autres change-
» mens de colonels ; l'éloignement de M. Eerthier
» tient à une cause particulière. Par le temps qui
M court , quand on a six mois devant soi on est
» bien fort : dormons en paiv. » — Et la monar-
chie? Comme il plaira à Dieu !
Nous avons à combattre un système qui ne
brise pas toujours l'obstacle qu'il rencontre, mais
qui tourne la difficulté , et ne fait un pas en
arrière que pour avancer de nouveau. Quand on
jette un regard sur le chemin parcouru , on ne
peut s'empêcher de remarquer la rapidité de la
course. Depuis l'ordonnance du 5 septembre,
vitigt-quatre préfets ont été destitués. Ce sont
MM. de Kersaint, de la Vieuville, Trouvé, d'Ar-
baud-Jouques , de Taillevrand , de Monturcux,
Bacot, de Carrère , de Curz.ay , d'Arbelles, de
Sarliges, de Maussion, de Floirac , de Fressac ,
de Berlhier, de Chabrol , d'Allonville , de la Salle ,
de Scey , de Villeneuve , de Guér, de KeveSpert, de
Saiat-Luc, Duhamel. Quelques-uns de ces préfets
(.33)
•nt été replacés , puis tltstitués encore. Quatre ont
été mis à la rrtraitc (JMM. de Kersaint , de IMaus-
sion , de Floirac , de Frcssac); un seul a donné
sa démission (M. le comte Berthier, frère du
colonel de la ^arde , (jui vient de perdre son régi-
mont ). La plupart de C( s administrateurs avoient
r<'ndu de.s services iinportan*; à la monarchie avant
et après les cent-jonrs : ÎMM. de ^illtneTlve et
Duhamel étoient les deux seuls préfets qui eussent
suivi eu Espagne ÎM. le duc dAngoulème.
L'es thangemens arriAc's dans les tribunaux
n ont pas été moins rrniar(|uablf.s : à Montpellier,
par e>L.eraple , les magistrats ([ui avoient velusc de
prêter serment à Buonaparte, après le 20 mars,
se ti-ouvent éloignés p;iv une fatalité iiiexp.icable.
La Cour de r>>îmes vient dètre instituée par une
ord'^nnance du 8 décembre dernier. Parmi les
magistrats qui composoi«Mit celte Cour, sept con-
seillers avoient eu le noble courage dans les cent-
)oursde refuserle s<'rment exigé par lUsurpateur.
Un seul de ces dignes cnns<'illers a gardé sa place.
Les conseillers-audiU'urs , h l'exceplion d'un
seul, avoient sui\i ce bel exemple. Il en restoit
cinq lors de l'installation : Tun d'eux a été éli-
miné ; un antre a été transféré à Montpellier, en
qualité de substitut du procureur-général ; les
deux plus an«i«*ns ont été l;iissé.s dans leurs fonc-
tions d'ituditt-nrs • uu seul a été élevé à celles de
conseiller eu litre, it c'est celui cpii avoil prêté
serment à Bunnaparte.
Même chose est arrivée dans l'ordre militaire.
D'une autre part , les hommes des rent-jours ont
été appelés dr prélérence aux emplois; de sorte
que, dans If svstéme, non sculeuunl la lidelité
n*a compté pour rien , mais elle semble avoir nui
à ceux ([ni la tinrent pourquebinc chose.
Nous <ntrn<lous répéter qu on en agît ainsi
sous Henri i\ . Il faut redresser cette mauvais foi
ou cette ignorance. L'exemple vseroit mal choisi
pour justifier le svstùme , puiscpi'entin Henri IV
fut assassiné par Jean Clîutcl depuis son abjuralion,
f t qu'il finit par tomber sous le poignard d'un
fanatique imbu des maximes de la Ligue. On
l'avoit averti en prose et en vers de se défier de sa
trop grande clémence.
Antèyfiiit ducibus magnîs clementia i>{rtus :
Post ,juà hœc uirtus , extinçto Çœsa e , crimen.
Ensuite , il n'est pas vrai que le ministère de
Sully suivit les mesures qu adopte aujourd'hui
notre ministère ; il n'est pas vrai qu'on renvoyât
tous les rovalistes, pour donner leurs places aux
ligueurs. On n'érigea point l'ingratiiude eu sys-
tème de politi([ue. Les partisans de i't'nion à qui
Ton accorda de^; honneujs et des emplois , ne les
obtinrenl point au dctiiment des amis d'Henri IV.
Il y eut partage 5 il n'y eut point exclusion.
De plus, la France ne fut point remise tout
çntière et tout à la fois entre ]es mains de
son prince légitime. Il fut obligé d'eii faire la
conquête pied' à pied; et les commanJans des
places ne lui ouvroicnt leurs poî tes qu'après des
capitulations qu'il étoit obligé de tenir : cettç
position explique les concessions d'Henri IV.
Enfin, Henri IV, en embrassant la religion
catholique, se réunit aux deux premiers ordres
de l'Etat , au clergé et à la noblesse 5 à l'archevêque
de Lyon, aux évéques de Paris, de Cl pirtres, de
Reims, etc.; à MM, de Mayenne, de Nemours,
de Mercœur , d'Aumale, d'Harcourt, de Brissac^
de Viileroi , de Givri et à mille autres. C'est-rà-dire
qu'il abandonna le parti républicain où il s'étoii
trouvé comme général, poiir pfisser pomme roi
dans le parti inoïiarchique.
Aujoujd'hui, au contraire;, le systèinp ministériel
tend 4 faire sortir la royauté de l'opinion monar-
( i3J )
cliifjue, pour la faire mirer dans l'opiuion vtpiw
Llicaine : contre-sens qni s«,roil pervers, s'il n'éloit
slnpide. Ce populaire Hcn- i IV se joignit donc
aui aristocrates. Il savoil bien qu'il a»* pouvoit
être roi avec des rcligionuaires qui se croyoient.
eu droit d'examiner les titres de ia souve-
raineté politique, comme de scruter les prin-
cipes de la puissance spirituelle, et avec d Aii-
lii;^néqui rê\oit une républicjiie fédéralive. Même
dans le parti monarchique où il se plaça et dut se
placer, son induli^eucc ne passa pas certaines
l)fjines : l'édil de Paris, du 28 mais lôç)] , exclut
de l'amnistie frrncrale ceux, qui auroient lrenij)é
d.ins l'assassinat du i"oi Ilenii III. El l'article 5 du
tiailé de Folembray (janvier 1096), répète la
niéuie exclusion en ces termes ; « Youlous que
"des choses dessusdites rieu soit excepté, lors
') i assassinat du feu roi, nolie très honoré sei-
)' pneur <'t frère. »
Ainsi donc, l'exemjjle dont on veut s'appuyer
tst nul, et nos ministres peuvent reclamer la
gloire d'être les inventeurs de leur système : ils
n'ont rien de commun avec Sidlv. Ce svstème ,
ils ont cru sans doute le maîtriser en s'y jetant;
• iieur de vanité commun»; à tous les hommes.
.\!.:is qu'ils sont «.'mporttis loin de ce <ju ils vou-
ioieut peut-être! INous allons leur montrer pac
un exemple combirn ils dill'èi<nt déjà d'eux-
mêmes.
J.orsquj'l.i Ciliamhre de 181 Jeul pj'onouiéhhan-
uissement d une cert.iine classe «le convt'ntionuel.s
Al. le <Uic d(r Richelii'u témoif^na à la Chambre.
dvs Pairs, sénnce dup janvier 1H16, la satisfaction
que le ministère éj)rouvoil de cette me«ui-e : • Mes-
M sieurs, dit-il , une clio.s<.' f;iit enjir»; n .S;i i\fai<Hté
» tjue la jusiic*' divine se fait entendre paj* la voix,
u Je son p< iiidc , c'est que l'oxprrsffion de ce vo'u
i) a été dan.s la "Chambre des Uépulils le siguul île
C i36 )
» la concorde , et que de ce moment ont cessé même
aies dissentimens d'opinions qui avoient éclaté
5» dans les discussions. Témoins de Télan de toutes
» les âine.s dans la séance du 6 janvier, nous croyons
» potivoîr dire que ce jour-là la Chambre des
i> De'putés a offert un spectacle digne des plus
» beaux temps de la monarchie. »
M. le ministre actuel de l'intérieur étoit alors
ministre de la police. Il s' e'toit prononcé lui-même
avec éueroie pour les mesures répressives. Le i8
octobre i8i5, en présentant à la Chambre des
Députés , le projet de loi sur les cris séditieux, il
prononça ces paroles^remarquables :
« Cette loi a pour objet de donner à l'action de
» Tautorité chargée de veiller aux intérêts les plus
M sacrés de la société, la st^reté de l'Etat et du
5) trône , toute la force qui lui est nécessaire pour
M déjouer les trames coupables et prévenir les
M attentats de ces hommes étrangers aux remords,
» que le pardon ne peut attendrir , que la clé-
» mence offense , que rien ne peut rassurer , parce
» qu'il est des consciences qui ne sauroient et qui
>j ne veulent pas êti'e rassurées. »
liC a4 décembi'e dernier, ce même ministre,
aujourd'hui ministre de l'intérieur , soumit à
l'approbation de Sa Majesté un rapport con-
cei'uant l'exécution de l'article 7 de la loi du j 2
janvier i8i5. Voici l'extrait de ce rapport; il
prouvera que l'indulgence pour les ex-convention-
nels s'est accrue en raison de la rigueur contre les
serviteurs du Roi.
Extrait d'un Rapport soumis le a 4 décembre 18x8 à
l'approbation de S. M. , concernant l'exécution de
f article 7 de la loi du 12 jan^^ier 18 iG.
• •••^» ....•• • .... ..«
« D'après ces observations, j'ai l'honneur de
proposer à S. M. qu'elle veuille bien, conformé-
( '37 )
ment aux décisions partielles déjà émanées d'elle
en son conseil , consaciPr en principe que les dis-
positions pénales de l'ait. 7 de la loi du 12 iéviier
1816 ne paioissent pas d<voirctre applicables:
» I*. A ceuK des e\-convenliouni'ls déjà frappés
par des mesures individuellts , cjiii n'ont pas sous-
crit de leurs mains à l'acte additionnel , et dont les
noms ont seulement été inscrits d'oftice par le dé-
positaire du reijistre ouvert à cet effet.
'.i*. A ceux qui n'ont que continué d'exercer des
fonctions qu'ils n voient rcrues en 1 81 4 de Sa Ma-
jesté , et dont ils étoient pourvus à l'époque de
l'usurpation du 20 mars.
» 3«». A ceux qui n'ont rempli de fonctions que
dans un inléiêt de salubrité publique , d'enseigne-
ment ou de cliHjité.
» 4". A ceux qui n'ont occupé que des fonctions
de membres de conseils municipaux d'ai-rondisse-
ment et de département , ou toutes autres fonc-
tions municipales non salariéi-s , et dont la nomi-
nation n'étojl pas fait<" par l'usurpatenr.
» J°. A ceux enlin qui n'aurui«i)t que .sié^é au
Champ-de-Mai ou au collège de leur departementj
ce dernier acte constituant l'existence d'un droit,
mais non pas l'acceptation de fonctions publiques.
» Une considération générale vient appuver la
justice de ces décisions , c'est i\i\<' pour en assurei'
lebirnfail aux indiv idus compris dans ce>diverses
catégories, il est nécessaire qu'ils n'aient pas
«igné l'acte additionnel , tircruistance qui proinc
Î[ue leur présence d.'in.s.c<"s collér^es i'\iiltoil de l;i
orte de leur position personnelle , « i non de la
nature <\i'. sentimens hostiles contre^. RI. et contre
la CI use royale.
» Si Votre Majesté daigne donner son assenti-
ment à ces ])ropositions , j'ose la prirr de vouloir
bien le témoigner en ajiprouvant l<' [)iésent rnp-
porl , alJu de me mettre en mesure de donner
( i38 )
connoissance à mes collègues , chacun en ce qui
concerne son département, des dispositions adop-
tées par S. M. »
Tableau collectif des N^ms des ex-conventionnels auxquels S. M,
a daigné , par des décisions paHielles , accorder la remise pleine
et entière des peines prononcées par l'article 7 de la loi du 12
janw.r 1816, ou a l'égard desquels elle a bien voulu déclarer
dans son conseil que les dispositions dudit article n'étaient pas
applicables.
]MM.
Alquier.
Bernard.
Bouchereau.
Bonnesœur.
Bertrand.
Cambacérès,
Chedaneau.
Corbel.
Campmas.
Delbret.
Dubois.
Escudier.
Ferry.
Gamon.
Gl«eizal.
Gouzy.
Isore'.
Johannof.
Laurence de Villedleu.
Michaud.
Moulin.
Plat-Beaupre-
Rabaut.
Richard.
Saint-Prix.
Serveau.
Taveau.
Thomas.
PouUain-Grandprey.
Yerinon.
Noms des ex-com'cntionnels auxquels S. M. a daigné accorder un
sursis indéfini aux dispositions pénales de l'article 7 de la loi
du 12 janvier 181 6, en faveur desquels elle veut bien déclarer
que ce sursis s' étend pareillement aux effets civils dudit article.
MM.
Bonnet.
Chasset.
Chaudron-Rousseau.
Cliazaud.
Cledel.
Finot d'AvroUes.
Granet.
Gnillerault.
Havin.
Jaurand.
Laloy.
Lamanjue.
Martineau.
Monnot.
Noël Pointe.
Panis.
Pelletier.
Perrin.
Pons.
Precy.
Projeai?,
Real.
Sallengros.
Talliea,
Vinet.
( i39 )
Cc(l(." pièce rsl oxtrèiniMncut curieuse ; elle
montre à la France le point juste oà noussom-mes
parvenus, les progrès sensibles du système mi-
nistériel. Il y aiiroit un long commentaire à faire
sur le texte du rapport^ et uu aube encore jdus
ample h iaire sur les noms (i). ]Nousnous conteu-
CO Voici les votes des individus rappelës. Quand les noms se
sont trou vrs Houljles , crainte- d 'erreur , nous avons cite les votes
altaclies a chacun de ces doubles noms :
JPremîère Liste.
I. Alquier. La mort avec sur-
sis. (Seine et Oise. )
3- licrnard. La mort ^in^ç. sur-
sit. (Seine et Marne )
Bernard. La mort. (Charente-
Inférieure.)
"S. Bouchcreau. La m. (Aisne.)
4- Bomneseeitr. La ranrt , avec
sursis lUsifu'a I'ex|>ul>ton des
Capets. ( Manche. )
5. Bertrand. La niorl. (Orne.)
6. Camburrrrs. La inorl avec
sursis iu.-i(|u à la [>ai\. Alors
f.onimiitalioi!. Ex«-rution
dans les vingl-qwalre heures
eri cas d'iuvasion. (Hérault.)
7. Chfdaarau. La mort avec
sur^U. ( Charente. )
H. 6o/"^<:/. I^a détention comme
(ilaKe. ( Morbihan. )
<). (Zampinas . L.i inorl. (Tarn.)
10. Ddkret. lia inorl avec sur-
»i». ( Lot.)
II. Dulois. La dé'cnlion,ot
plut l.ird . le banni»«erncnl.
( Mjul-Khin. )
lai Jisrudicr. Ija mort. (V'ar.)
|3. Ffrry. La m ( Ardenncs )
l.^. Ciimon. L.1 m'»itavecsur»i»
jiis'|irjrinva>iuii.( Ardrchc.)
15. (ilc.zal. L.< mort avec sur-
•i-. ( ArJeclir. )
16. Gouti . La mort avec sursis.
( Tarn. ;
17. Isorê. La mort. (Oise.)
i!j. Joliannat. La m. (Haut-
Rhin.)
ig. Laurence de Vi lied! eu. La
inoit avec sursis. ( Mnnche.)
20. Michaiid. La m. ( Douhs. )
21 . Moulin. La mort avec sursis.
( Rhône et lioire. )
aa. Plat-Beauprf. La mort avec
sursis. ( ()rnr>. )
23. Baf>aut{,J. P. ) La déten-
tion . bannissement à la paix.
( Aube. )
Jïabaiit. La mort avec sursis.
( Gard. )
a.i. Richard. L^ morL(Sarlhe. )
2J. Saint-PriT. L:i mort avec
sursis. ( Ardetlie. )
e6- Setweati. La mort avec sursis
i i.nu'àl invasion. (Mayenne)
27. Ttn'eo'i La mort avec sursis.
( Cnl- ados. )
a8. Thomas. Ln mort en ras
d'invasion. ( Orne. )
Thomas. Détention jusi^u'a
ht paix . mort en cas d'in-
va-,ion. ( Paris. )
ag. Poullain - GraaJprey. 1*3
mort avic sursis , cv«'cuiion
en cas d'invasion. ( Vosges)
3o. Vermun. La mort a%ec sur-
sis ius/ju'a l'invasiuii. ( Ar-
dcnnes. )
( i4a ;
terons cinnc seule remarque : si la loi du t2
JANVIER i!^i6 ii'éloit pas appHcaLle aux individus
desiçrnés dans le rapport, les ministres sont bien
coupables d'avoir été si lon^^ - temps à le re-
connoître , et de les avoir laisst-s dans l'exil : si au
contraire la loi du 12 janvier 1816 frappoit justc-
ment CCS individus, comment un ministre a-t-il
Deuxième Liste.
3i. Bannet. La morf. (Aude.)
Bonnâf. ha mort. (Calvados.)
32. Classe/. La détention, le
bannissement à la paix-
( Rhône et Loire. )
33. Chaudron - Rousseau. La
mort. ( Haute-Marne. )
34. Chazaud. La mort ( Cha-
rente. )
35. Cledel. La mort. (Lot. )
36 Finot. La mort. ( Yonne.)
37. Granet. La n)ort dans les
vingt-qualre heures. ( Bou-
ches-du-Rhôi>e. )
38. Guillerault La mort. (Niè-
vre. )
Sg Hai>in.\Amox\ (ÎNLinche.)
^o' Jaurand.ljdL détention, le
bannissement à la paix
( Creuse. )
41. Laloy La mort. ( Haule-
iVIarne. )
42. Lam-arçue. La mort. ( Dor—
dogne. )
43. Mar/ineaa,Tj3m. (^'iennc.)
/^^. yio^no/ La mort.(Doubs.)
45. Noël- Pointe. La mort.
( Rhône et Loire. ) (i).
46 Panis. La mort. (La réclu-
sion ou la déportation . a-t-il
dit, pourroit égorger ia li-
berté naissante. La loi , la
justice , I.T patrie : voilà mes
raolifs. (Paris.)
4". Pelletier. La mort, (Cher.)
48- P'-rrin. Lli mort. fN osges.)
4q. Pons. La mort. ( Meuse. )
5o. Precy. La mort a\ ec sursis.
( Yonne. )
5i. Prujean. La mort. (Haute-
Garonne. )
bz. Réul. Détention provisoire,
sauf à commuer. ( ls«re. )
53. Salli-ngros. La m. ( Nord.)
54 Tallien. La mort. (Seine et
Oi.se.
55. Vinet. La mort. (Charente-
Inférieure. )
(1I II a (iit : '• Quant à moi , qui fas tonionrs l'ennemi des Rois, parce que le*
»■ Ro's ne furent jamai< les amis des jieuples, je vous dév;!3re en vrai républicain,
..que si le son de Louis Capel dcpendoil de ma seuie opinion, sa vie ne scroit
X proloiigre q.ic pour al!cr du Temple à la place de Grève ■•
— Le député Buzot dl<oil, dans la si'ance du 19 -anvier 1795 : •« Citoyens, ne
>■ vous T trompez pas : le défaut tie formes vous .*era reproché un jour F.» ce
>• reprocho qui ne vous paroil rien au-ourd'hui, vous paroitra teb.<iblb lersque
» les passions du momtnt auron' fait plare aux maUtturs qui, néctssairemerU , juJ»
•I iront celte exécution , ce jugement reodn à une simple majorité de cinq voix .' »
( Extrait du Journa' des D bats et des Décrets de la Conven-
tion nationale, rédii^è. depuis le lOaoùt 1792 ;parS. H Louvet,
d'putè de France à ia Coiiveiuion ruiu'onale par le département
du Loiret.)
( '4i )
osé proposer de violer une scrrtrncc pvononc(*<?
par les trois pouvoirs de la lee[islature, et de
révoquer une loi })ar un rapport? S'il eu est
ainsi, tonte loi [)Ortée par Ir^ Chambres et sanc-
tionntîe par le Roi , est illusoire : il u'y a plu*: de
Charte , il n'y a plus de Conslitutiou.
iSoii : la Charte restera 5 elle sera notre sauve-
garde. File nous mettra à l'abri et de ceux qui
voudroiiMit nous ramener le despotisme impérial,
et de ceuv qui chorcheioient :î nous replonger
dans la république. Les honnêtes |::;ens linironl par
l'emporter; ils ne se découragent pas; ils savent
que les hommes passent et que la laison demeure.
Combien a-t-on gc'ini des fautes de l'ancien minis-
tère? Ce ministère est tombé; celui-ci tombera
à son tour, et plus vite encore.
Que les Correspondances privées le vantent, on
sait pourquoi ; que tout ministère qui succède à
un ininislért' soit toujours b* plus beau et le meil-
leur, c'est dans l'oi'dre; qnr la France ait (rrmbléen
appn-nant qu'on alloit iormer une administration
rovalisle, on connoîl la vérité de cett«* assertion :
mais on sait aussi que deux lignes du discours du
Roi avoient abattu ceux qui , quelques jours après,
ont levé si lièr<'m«'nl la léte ; que leur peur étoit
risible et pitoyabb-; que l'espoir de voir «mbrasser
un système monarchique avoit répandu la joie dans
le royaume.
Quant aux royalistes, comme ils sentent leur
fore»' , ils ne sont point du tout roiistcriu-s de ce
qu'un miuistèr»' sv forme «lans un*- opinion «liflfé-
rcTit»- de la Irur. Fn evaminant l'étal d<'S partis,
rien ne bs effraie; ils n'aiment, ni n'estiuu;nt, ni
ne craignent les révolutionnaires. Ceux-ci peuv«'nt
«e tenir assurés (ju'il n'y aura plus d'émigration.
Les partisans tic la royauté légitime défendront
leur vie et leurs fovers; et, si jamais on les forcoit
de rentrer dans le droit naturel, ou les trouveroit
(,42)^
sur les cliamps de-bataille, mais onne les traîneroit
plus à l'échataud.
Les royalistes savent ensuite que la coterie qui
pousse le ministère se réduit à une centaine
d'hommes. Si ces hommes sortent des places, ils
disparoîtrout pour toujours, car ils ne sont rien
par eu^-mémes5 s'ils gardent ces places, ils en
descendront l'un après l'autre, parce qu'ils n'ont
aucun talent.
Qu'une feuille indépendante ait donc aban-
donné ses principes, ou que nos hommes d'Etat
aient adopté les principes de la feuille indé-
pendante; que le rédacteur de cette feuille,
nouveau Mentor , prc'sente le nouveau minis-
tère à la France et à l'Europe 5 qu'il le conduise
par la main ; qu'il lui cfonne des conseils 5
qu'il lui dise , comme la Minerve de Fénélon à
Télémaque : « Ecoutez-moi 5 je n'ai instruit aucun
>» mortel avec autant de soin que vous 5 je vous ai
)) mené par la maiit au travers des nautrages ....
M Je vous ai montré, par des exp(rriences scn^
•» siblrs , les > raies et les fausses maximes par Ics-
» quelles on peut régner , . . .
)) Je vous quitte , mais ma sagesse ne vous quit-
j) tera point, pourvu que vous sentiez toujours
» que vous ne pouvez rien sans elle. Il est temps
» que vous appreniez à jnarcher toutseul (i). m Ce
mélange de ridicules et d'inconséquences; ces écarts
d'une coterie qui s'enivre par ses succès, nous an-
noncent sa chute.
Il n'y a plus rien d'entier, hors l'opinion monar-
chique. La Chambre des Députés , brisée en
diverses sections , attend ce qui doit la réujiir. On
se dispute le malin des places qu'on doit perdre le
soir. Les nouvelles cleclions nous menacent : les
(i) Télémaque , livre XXIV.
( i43 )
affaires de la religion périclitent. Les collèges sont
en proie à des insurrections , résultat d'une édu-
cation qui n'a plus la religion pour guide. Des
écoliers philosophes veulent être indépendans , et
souscrire pour le Champ -d'Asile. On terme les
ccolfsdes Frères delà doctrine chrétienne , où ré-
gnoienlencorelasoumissiouetlapaix. On nomme,
f)Our instruire la jeunesse , sous les Bourbons, des
lomincs qui ont condamne Louis X\I à la réclu-
sion elau bannissement, etrejetél'appel au peuple,
î^oucontent d'a\oir coi'rompu lepassé, onen veut
à l'innoc* nce de l'avenir, et l'on empoisonne les
générations dans leur source. Toutes ïvs doctrines
qui nous ont jjerdus sont de nouveau préconisées :
on cherche ù ranimer les haines populaires conli'c
les prêtres et les nobles j ou invente des conspi-
rations royalistes. Ceux qui rendirent quelqu»
ser\ ice à la couronne perdent leurs places , et sont
obligés de défendre leur honneur devant les tri-
bunaux. L<* "Xi janvier voit la disgrâce des anciens
srrvilrurs d<' 1 oiiis \\ I, et le inppel des juges de
J.ouisWl. Ou .s'agit(;, on crie, on imprime les
choses les plus abominables : eli bien! tout cela
pass<ja. Plus le mal paroît grand, plus il sera
court ; si gravis , hrcvis. Ce sont les derniers
tlfoils du génie révolutitinnaire. Les royalistes
HMf'udrnt vu .silence, les veux iixés sur \i^s événe-
mciis lulurs. Défenseurs de la légitimité , et dépo-
situircA des principes monarchique», ils se sou-
Nicnnrnt (|u ils ont deux choses a .sauver : le Roi
et la i-rauce.
Le Cowsebvateur.
( i44 )
Considérations sU7' l'Etat politique et commercial
des Puissances européennes , depuis la JRtvoIu'
tion jusqu'au Congres d' Aix-la-Chapelle , par
M. Dorion (i).
Dans cet aperçu, plein de profondeur et de
sagacité , Tauteur passe en revue les différentes
puissances de l'Europe, leur ancienne balance,
les modifications qu'elle a subies, et leurs nou-
veaux rappoi'ts poiitiqups et commerciaux. A la
rectitude ue ses vues et à la lovauté de ses scnti-
mens, on reconnoît l'honorable diplomate qui,
de tous les secrets de la })olitique, n'ignora que
celui de conserver son crédit et sa fortune aux
dépens de son opinion et do ses serraeus.
On vient de mettre en vente chez le Normant,
rue de Seine , n** 8 , et quai Conti , n**'5 , un ouvrage
intitulé : Leçons Lafines tnodernes de Littéralurc
et de Morale , ou Recueil , en prose et en vers ,
des plus beaux Morceaux des auteurs les plus esti-
més, qui ont écrit en cette langue, depuis la re-
naissance des lettres (2). Par M. INoèl , chevalier
de la Légion-d'Honneur , inspccteur-g('néral de
l'Université roAalc de France; et M. de la Place,
Î>rofesseur d'éloquence latine à la faculté des
ettres de l'académie de Paris.
(1) Un vol. in-8«. Prix : 3 fr 78 c. par la poste. A Paris,
cbcz Dentu, libraire au Pa'ais- Royal ; et chez le Normant,
rue de Seine-, n° 8, et quai Conti , n° 5.
(2) Deux vol. in-8\ Prix : 12 fr. , et i5 fr. a5 c. par la poste.
IMPRIMERIE DE LE NORMANT, RUE DE SEINE.
|j? Le Roi , la Charte et les floiuietes Gens.
i
i
^>
Janvier 1819.
/Ut'- c/^i t/<'fn* , t^Ô S.
>^>5ô^&«iîS^^iS€^:e€C<-liS
AVIS DE L EDITEUR.
Les Personnes qui n'ont souscrit que pour le pre^
mier volume composé de treize Lii>raisons ^ et qui sont
dans l'intention de recevoir maintenant le second
volume , sont invitées à vouloir bien faire parvenir
leur renouvelleimnt le plus tôt possible ^ si elles
veulent éviter t^^ retard dans Venvoi de leurs
Livj^aisons. "
Les Souscripteurs des départemens sont aussi
priés 5 pour prévenir toute erreur , d'écrire leurs
noms et leurs adresses bien lisiblement, et suj'tout
de ne pas oublier y comme cela est arrivé plusie<Xrs
fois, d'indiquer le lieu de poste par lequel ils sont
servis.
On ne peut souscrire que du commencement d'un
volume.
Le prix du second volume est de 1 4 fr. pour la
souscription.
Les lettres et l'argent doivent être adressés , franc
de port, à M. Le Normant,Jilsy Editeur du Con-
servateur , rwe de Seine, n^ 8 ^ F. S. G.
On souscrit aussi chez les Libraires ci-dessous désignes
f t'.inioiii lieras.
Marseille, { Misvirl.
j Chr.ix.
iVlelz, riiez l 'evjlly.
Montaubaii, I,a Forpue.
MonlpellKT, j ve°i)„^.^ji;e.
Nanri , V* Bon!o!ix.
^^^^"'"' 1 l'.us^eull jeuue.
Niiiies. Gnude (ils.
Niort. >]«>' E. Orillat.
Ninies. Melquiond.
Orléans, Monceau,
Perpii»[inn, Alpine.
Poitiers , Barbier.
Quimpci', Chop ilain.
1 M'Ic IJIouel.
Rennes, l M""= \" Frout,
'M"' Vatar.
I.a Rochelle, Pavie.
RoJez , Carière.
r> \ Frcre aine.
' / Kenauif.
Saumur . Dej'Oiiy aine.
c. 1 ll.ovrault.
StrasI.ours. jp,.^.,.;,,.
Saint-Brieuc . Prndhomme.
/ Senar.
Toulouse, <^,;,n^,.j,.
( Fr. Vieusseux.
Tours, Alaine.
N'.ilcnre. iSKirr— Aurel.
^'<-■rsailles, A npe.
^'illc^ellve-su^-Lol , Crosillie*.
Pli y S i'i'r(>r>p/ rs :
INIons. Leroux.
I ondrcs, Dulau cl Comp*
Naples, Borel.
Turin , Hocca.
Al-bevilie, riiez Gi-are.
Aeci., Noiibcl.
Aleuçon, Honvoust.
. s Fourrier-Marne.
Angers, ^ p^^j^
Arçenlan. Lecresne.
Avignon , .Seguin aine.
Bayeux, Groult.
„ \ Bonzom.
Bayonne, J ^^^^^
Besançon, Girard.
,* \ \ * Bergeret.
Bordeaux. ) Gassiul?
_ \ Lefournier et Despe'riers
B"-^^»' î Michel.
Caen, Manoury aine.
C.niihrai, licrtout.
Chàlon»-!.ur-Saùne, Deji.ssieu.
Charleville. Ch. 4laucourt.
Cliarlrts, Hervé.
Clermonf - Ferrand , Thibault-
Landriot.
Dijon, C<'<]ucl.
Douai , Tarlier.
Grenoble, Durand.
Laval . Grand pré.
LiUc, ^ anackere.
Lu lOge», Barljou-Desrourières.
{ Lieliaux.
I Maire.
< Périsic frères.
i U.Mand.
\ Bol. aire.
Belon.
l'psche.
î.ibruircs dans
Lyoo ,
Au Mans,
les
■ ■'-rlin . ?rh'esint;cr.
Bruxe les. Lerliarlier.
Gaiid, llciudtn.
(iPiii'v»-, l^.irlioiid.
Bruxelles, Horgnii-s Renier,
LIVRES ^OUVEAUX.
Lrcrtns Frattraites Je J.iUt'ralurr ei de Morale, ou Rerueil , en prose
el '•n vrr», des p'u» \>< .lUx Marteaux d<; noire Laii;;ue dans la I.itti'r.iture
de 'deux Hrriiirrs^ieclf» ; ouvra^je rl,i>sii|uea i'usa-'r dr touslp'» Kl.ibiissc-
nii 11» «rifutnirtion . pubtinel partirulien , de l'un et de l'autre >r\f \
par M. Noi? , « beva'i^r d<- la Lrj;ion d' Ffunncur , iusperteur-péiii'ral
de rUnivM ,il.' roy.ile de France ; et M. dr la Pl.ice . pofessiMir d i lo-
ii-ii nce latine i la Vanillé îles Leitirs de ^.^l adéiiiie de Parii. Ilujticuu
«tiitiuu AvrcieMe éniprapbe :
Lectorem delrrtando patilercp'e tiionendo.
lion AT An. J'net.
Deux ▼©!. in-b". Prix : la fr. , el i6 fr par la poste.
Recueil de IW<its dr M'' F. D. L. f. \ n vol. in-i8. Prix : a fr. , cl
a fr, 5*1 r. p.»r la p(..te. A Paris, chci le Noroiaut , rue de i)ciuc .
n" 9, cl quai Coiiti , u^ J.
ae '/J ùv^a^jo/fJ^ (/(.^(^ Actrac//-o/iâ a do eAo^f/cj ///^/v-
O' ^arfjj c/tez. ^e tyc:'o/'/naûd Âm, OcMcttr,
7'f./.c fie t/ei^ie, tyt-^ " S^
<w / Oéc/'o/ie._
i'//f /. /lOiir a?i va/a/?ne.
^^Gj aeniancicj eâ c/it>oij reûfù/j t7 ce/ aiwt*a(.
é Oft'fe'^'^i^ce/e/erj ?'ue ac ty(u??e, e^^ ^ à'.
xue c t^/n/u'6?nt
'f'/e (ie -;i!^<^ ^^uofV?iajfr
VllV\VV\VVV*Vv%l\V\VkVV\\>VWV\N\v\V\VV\\V*V>AArtr>VVVVrtVVVVVVVVVV\»AA(VVV\VVV>\\*»A«X>
LE CONSERVATEUR.
Sur la prétention tJe l' autorité civkl-e de forcer le
Clcr^c, à concourir à l'inhumation de ceux à
qui /es /ois de /Eglise dtjcndcrtt d'accorder la
sépulture ecclésiastique.
Tous les peuples, civilisés ou sauvages, con-
fièrent à la Kcligion la gardr des tombeaux. Elle
veilloit .sur les généi'ations éteintes , comme une
mère veille sur ses eiifans endormis j elle les pro-
tégeoil contre l'oubli , elle les environnoil d'un
picUx respect. Assis* en lace de l'avenir, elle
appeloit 1 esf)oir près des ruines d<; l'iiommc , et le
.sépubrc de\en(>itune sorte de sanctuaire , aii fond
4lu(|uel la loi Jécou>roit un giand mystère de vie.
Pour nous <|ui aimons mieux ne ^oir dans nos
derniers restes qu'une cendre stérile^ au culte
sacré des morts Jious avons substitué des rèide-
mens de voirie^ et chargé la police de jeter dans
la m«^me fosse la dépouille de l'homme et ses
espérances.
\\ n'y a rien là cjui doive étonner : une philoso-
I)hic matérialiste a f»osé les principes, la loi a liié
es conséquences ; celfe marche est naturelle,
i^iiand on ne .s'cstiin*' pas plus que les anitranx
«jne prul-on réclamer dr plus «ju'euv ? ^os j)hilo-
«opher,-lrf;islat«urs se sont, après tout, rendu
ju-slice, et j«- ne \iens pHs leur contester le mépiis
qu'une espèce d'instinct leur inspiroit pour < ux-
nirmis. Ce que je lenr demande , c'est d'être
conièipinis ; c'est qu'après avoia\iolé les lois de
la natiir»; en faisant de l'inhumation un acte puie-
mcnt civil , \\s n'exigent pas de la Religion qu'elle
«iule &cs.}U'opres loi«, en présidMnl aux obsèques
de ceux quJ l'ont reniée jusqu'm demie» moment.
Tt.Jii II. — 17* J ivhAisoa. 10
( î4ô ;
11 importe d autant plus d'étaLlir ses droits à
cet égard , qu'une administration oppressive saivif
avec empressement toutes les occasions de les atta-^
<Jlier, Des hommes se tuent , d'autres s'obstinent
à lefustT les secours de l'Eglise, et meurent en
blasphémant; l'Eglise, à son tour, leur refuse le«
prières qu'elle accorde aux fidèles. Quoi de plus
juste? Cependant, le ministère intervient, il
adresse aux évêques de touchantes homelieç sur
la cliarité et le véritable esprit évangéliqiie, assai-
sonnées de menaces contre le clergé si de pareils
refus se renouvellent. 11 fait plus; il casse uh
maire (i) pour n'avoir pa.s , en vertu d'un décret
du 23 prairial an XII, forcé des prêtres à profaner
les cérémonies religieuses en faveur d'un suicidé !
Qu'est-ce donc que la liberté des cultes, si un
nainistre peut se permettre de pareils actes , si le
cleri>é doit, en ce qui concerne ses fonctions spi-
rituelles , recevoir des ordres des derniers agens
de l'autorité séculière ? Qu ils fassent enterrer
comme ils l'entendront un suicidé , un impie j
qu'ils lui rendent tous les honneurs civils , on ne
s'y oppose pas , puisque la police des ciraetièrCvC
leur appartient. Ce n est pas la sépultui'e qu'au-
jourd'hui l'on demande à l'Eglise , mais de*
.prières, mais une marque extérieure de commu-
nion , une déclaration publique qu'elle reconnoît
pour un de ses membres l'homme dont on lui pré-
sente la dépouille mortelle. Qu'y a-t-il là qui soit
^u ressort du pouvoir temporel 7 L'Eglise est une
société : elle a sa constitution, ses lois, ses tribu-
naux indépendans; elle seule est juge dans l'ordre
spirituel; ses ministres ne peuvent s'écarter des
.règles qu'elle leur prescrit; si , par foiblesse, ils le»
violent, ils n'exercent pas une fonction, ils com-
mettent un sacrilège. Or, l'autorité a-t-ellc droit
de commander un sacrilège? a-t-elle droit d exiger
.. — ■ ' ' ' ■' ■ *
. 4.1) Voyei le Moniteur du x'' novembre dernier.
( '4; )
d'un pit^trc le sacrifice de ses devoirs? La loi de
l'Ei^lise est formelle- elle déiend à ses ministres
de concourir aux obsèques de ceux qui meurent
dans l'acte du crime , ou qui n'ont donné aucun
signe de repentir : à qui doivent-ils obéir, aux
lois invariables de l'Eglise, ou à un décret rendu
par un persécuteur de l'Eglise ?
Encore devons-nous observer qu'on abuse évi-
demment du décret de Buonaparte. Qu'on lise
l'art. i(.)(i), on se convaincra qu'en détendant
aux ministres d'un culte quelconque de rcfuseP
leur nunistrre pour linliuniation cl\'.n corps, il
s'agit unK|U('ment de l'inhurnalion de ceux qui
prolessoient ce cuite. Or, les relus dont se pLiint
l'administration ne tombent jamais (juc sur des
Uomme&^ ou qui ont déclare ne vouloir pas pro*
lesscr le culte catholique , ou qui ont donné le
^caud.'de d'un grand crime sans j-cpeutir. S'il est
dit qiK" Vanfxjritf' ciwi/c cotnmcUra un nuire ministre
du rHc'/nc cuht' povrrcntj)fir vos fondions , ce Tûot
comnwUrado'il s'entendre d'une simple invitation,
pui.^qii'aucune peine n'est portée contre cet autre
ministre s'il reluse , ai)isi que le premier, ce qu'oa
dpniande de lui. Il «-st impossible que ce cas n'ait
point <^lé prévu, et dés lois il est renfermé dans Ift
disposition (inale , qui règle qu<; , dans tous les
aas , l'antorité civile est chai-gée de l'inhumnlion.
L'iulerprétation différente que l'on prétend
donner à ce décret répugne au Lon s<n3 «t à lé»
qiMté. On nv. voudroil pas, et avrc inison , oblige!
ie»(|uifs , les protestans , à enterrer un calli<i.i,,m
comme u)i ni« inbrr dr le»ir c(Miinniniori : i t loOi
(i) Art. 19. « Lf«)rf(|iie le miniilrc d un 1 ullc. »oim (rjelcju^
«prétexte que rc >..il, te prrmellrj tl< rrfi^e- »un l'Mriitter*
•• pAur rinJiuiiialion d'un r.irp» l'nuloiitr riv le . x-il d' "ffice,
oftui^tur la r«r|ui>iii<in de la faini'!r . runinii-(ir;« un »ulrc mi—
u n'isUK du ibAtmc rultf pi»r y remplir 1 -s f m li iii>; dnii-i Uvl»
» les rai , l'aiitoritt' < i»ile e%l rliai^ea de birc porter, pr. scutcr,
» d«fpo»cr et iahumcr l«k rerp«. ••
le.
( '48 )
trouve juste de forcer les catlioliques cradoptcr,
au nom de leur religion, un homme qui sei'a mort
dans la haine de cette religion , ou en violant un
de SCS premiers et de ses plus importaiis préceptes.
D'où vient cette différence, ce privilège particu-
lier d'oppression? Qu'on nous le dise, quand ce
ne seroit que pour nous apprendre à quoi noua
devons nous préparer.
On protège des calvinistes qui refusent de tendre
le devant de leirrs maisons sur le passage du Saint-
Sacrement, parce que leur conscience, disent-ils,
V répugne. ÎNlais, est-ce que les catholiques n'ont
pas aussi une conscience ? ou cette conscience doit-
elle êti'e moins ménagée que celle des protestans ?
On a bonne grâce , assurément, à nous prêcher la
tolérance : sans cesse nous la réclamons et ne pou-
vons l'obtenir. De quel culte troublons-nous la
liberté ? Qu'on nous donne celle du nôtre , nous
ne demandons que cela. jNIais on ne sait que nous
dii'e : Sovez tolérans ; et ce mot , dans un temps ,
signifie laissez-vous égorger 5 dans un autre, lais-
sez-vous enchaîner et avilir.
PoTir vaincre la résistance du clergé, le ministre
daigne lui faire des leçons de théologie, aussi bien
que de charité chrétienne. Il cite \es rituels qui
permettent d'accorder les prières de l'Eglise quand
le suicide a été la suite d'un état de démence , de
délire ou de folie réelle et bien constatée. Soit :
mais puisque la loi distingue différentes sortes de
suicide , et prescrit pour chacune des règles di né-
rentes de conduite, il faut donc que quelqu'un
juge de la nature de l'acte pour appliquer la loi.
A qui ce jugement appartient-il ? Au ministre, qui
veut qu'on ne fasse aucune distinction , qui n'a
aucune autorité dans l'Eglise, ou à ceux que l'Eglise
elle-même charge d'exécuter ses lois? Et que de-
vient la morale , si l'on déclare que se tuer est toit-
jours un acte de folie, et n'est jamais un crime?
Tarcc que la loi humaine a cessé de le punir, ce
( »49)
cvimc, faut -il ne cessa iremrnt lui chercher une
«îxcuse devant la loi divine? Faut-il ensci'^nev aux
hommes à attenter à leur vie av«>c une conscience
calme, à ne voir dans un forfait exécrable c[u'un
symptôme de maladie ? Et trouve-t-on qu il soit
convenable d'allermir la main que la Religion ,
compatissante parce qu'elle est sévère, eût fait
trembler, eût arrêtée peut -être ?
Quf dirai-je des autres prétextes qu'on" allèjjjne?
On affecte de craindre que l'ordre public ne soit
trouble' parles refus dinliuniaiiun. L'ordre public
Ji'cst jamais troublé que par la faute de I autorité
chargée de le maintenir; mais on ne maintient
l'ordre (ju'en respectant tous les droits. I.e tlroit
de l'Kglise est d'interpréter, d'evécuter ses lois:
contraindre SCS ministres à les enfreindre n'est le
droit de personne. Si quelqu'un manifestoit cette
prétention , la favoriser c'est Iroubbjr l'ordre ; la
réprimer c'est le maintenir. Que l'autorité s<' range
du côté fies devoirs contre les ]);tssir>ns , bientôt
elle n'entendra j)lns parler des tri.^les querelles (pii
la fatiguent; toute paix comme toute force dnraiile
est dans la justice ; (piand on ne «ait j)as cela , l'on
♦•st iiicaj)able de conduire un peuple; on reniue
les homiiMs, on ne les gomerne pas.
Ou témoigne une grande lendiessepourllionneur
des familles : seroit-ce qu'on regarde une mort
impie comme un déshonneur:' J'approuve ce sen-
timent, il est juste; mais (|ui reiuse-t-on d inhu-
luer? Des hommes cjui jusqu'à la lin se sont fait
j;l<»ir»; de lour mépris, d«- leur haine pour la reli-
puu ; :jui ont obstinément repoussé ses 2)rières,
fces cousoUllonis, s» .s espérances; qui ont voulu
mourir hors du sein dir ri^giise. Sur tpioi juge-t-ou
qu'elle doiv«: l'ulMiirà hur cadavif? Il est liop
tord alois; la cjueslion n »'.st jdus de la terre ; \.\^u\
.sepaise ailleurs entre Dieu etl'honwne. !.«'> prière.s
de l'I'.glise ne seioient qu'un s(^u nd il e , <ll< - !♦"■-
jrcpiblciolciit à des nuiU'uicliuus.
( i5o )
Et pourquoi re^^pecteroit-on plus la délicatesse
d'une famille , ou même ses caprices, que la cons-
cience d'un prêtre et que les lois de la religion?
Elle exerce une grande justice auv portes du tom-
beau 5 elle dit à l'homme qui l'a désavouée : Je ne
te connojs pas. Que ce rnot alarme , humilie les
parens de celui qui n'est plus, est-ce une raison
pour que la justice éternelle se taise, ou pour que
ses ministres prévariquent? Oseriez-vous attendre
de vos propres trjhunaux une pareille condescen-
dance? Oseriez-vous la leur commander? Encore
vos juges, en prévariquant , peuvent sauver la vie
du coupahle 5 mais le prélre , que peut-il sauver?
Si vous étiez assez malheureux pour parvenir
à contraindre l'Eglise de ne mettre atîcupe diffé-
rence entre ses eiifans et ses ennemis; entre la
foiblesse repentante et le crime impénitent; entre
le fidèle et l'impie dont les lèvres, après avoir
proféré un dernier blasphème, se sont fermées
pour jamais , que penseroit le peuple ? Quelle con-
séquence tireroitlil de cette lâche indulgence?
Que la vérité et les devoirs ne sont que de vains
mots; que TEglise ne croit pas elic-méme ce
qu'elle enseigne ; qu il n'importe comment l'on vive
et comment l'on meure , puisque la religion Lénit
également l'espérance du juste et le dése^poit du
méchant. Hommes de peu de prévoyance , où en
seriez -vous, si ces maximes prévaloient? Garde^-^
vous d'affoihlir les doctrines qui vous protègent .
et ne comptez pas tellement sur les prisons et les
échafauds , que' vous jugiez inutile de donner à 1^
société d'autx'es appuis.
L'abbé F. De La Mpnjjais.
jy'iin Manifeste des Doctrinaires (i).
Qu'est-ce que les partis? demandoit dernière-»
(i) Ce manifeste est dans le 17*^ Nume'ro des j4rchii^es philq"
iophiques, politiques et littéraires. On l'attribue à M- GuTuoi. ^
( »5, )
tuent un doctrinaire , et il s'est hâté de dire qu'il
n V avoit auf deux partis vu France : les ultra*.
libéraux , libéraux , doctrinaires , constitutionnels ,
«■/<// forment une seule et même société , des éma'-
luitions d'ufi Acul principe, et hors de cette société ,
les royalistes et les buonapartistes. Cependant le
doctrinaire ne laisse pas long-temps réunis des
lionimes étonnés de se trouver ensemble, et il
nous apprend un peu plus loin f|ue tant rjuc les
libéraux croiront avoir bssoiu des buonapartistes,
il faudra bien qu'ils acceptent leur aljiance. Il va
jnéme jusqu'àrecevoir les jacobins pouv auxiliaires
de sa cause ; «Jacobins, buonapartistes, libé-
j» taux, tout paroîtra bon pour la déieudre , tant
)) qu'on ne la croira pas gagnée en dernier ressoi*t.
»> On dira aux Fran«;ais ({u'ils se trompent, mais
i> qu'importe ? » Ainsi nous voilà délivrés de
nos prétendus amis. Mais qurlle est cette cause à
gagner contre b's royalistes? Le doctrinaire ré-
pi>iid ; /<;.» principes et les inlèréis de lu révolu^
tioH. C'est là l'ordre nouvi-au , l'ordre légitime , là
«vst la France nouvelle qui l'oji'ttc de son sein les
incorrigibles royalistes. (>lnichons donc ({uels
sont les principes et les intéiéts de la ré\<)lullon
que -les royalistes atta({ucnt, eux qui reçoivent la
monarchie avec la rei>résentation nationale , la
liberté de la ^esse , la liberté individuelle, l'égalu
admissibilité À tous les emploie, la tolérance ci^ile
»les religions.
L'Assemblée constituante établit en principe
la souveraineté du peuple, continua ses séances
malgré le Roi qui avoit le droit de la dissoudre,
iléclara la possibilité de la déchéance , rompit
l'unité catholique , et détruisit la royauté en coin-
servaat le nom de Roi.
L'AMcmblee législative proscrivit le» nobles,
déporta le< prêtres, mit la rovauté en pigement ,
et appela la Convention pour organiser la France.
La Convention abolit le ciUtc catholique, mi*
( l52 )
le Roi à mort , donna à st-s ai^ens des pouvoirs^sans
limites, lonha l.i vie drs citoyens à leurs caurices,
la guei're à leurs fureurs. Elle livra aux bourreauK
tous ceux qu'elle soupronna. Sous son règne , le
crime fat un système > et la mort ne cîioisit point.
Le Directoire viola les principes même de son
existence , et ne fit d'autre bien par son impré-
voyance que de ne pouvoir pas empêcher sa chute.
Le Consulat promit tout a tous les partis , et vint
finir dans l'Empire , qui arma et ravagea la France
et l'Europe.
Quels sont , au milieu de ce despotisme conti-
nuel (i), les principes et les intérêts de la révo-
lution ? Je vois une succession de doctrines et d'in-
térêts qui se sont disputé la victoire , et je ne vois
que la rébellion et le crime qui soient fidèles à toutes
les époques. Les proscriptions , la révolte, la dé-
chéance, le régicide, les guerres d'extermination ,
voilà toute la révolution. Le doctrinaire repousse
avec horreur le régime de i 793, qui a proscrit tout
ce qui avoit du talent , de la considération cl des
richesses; mais , selon lui , i7 n'y a des /acohins que
comme il y a des menrt?'iers , et il ne donne ce nom
odieux qu'à ceux qui voudroicnt du système de hi
terreur dans toute son ê'endue. Il s ne méritent donc
pas ce nom , ceux qui réveroient encore une liberté
illimitée , une république sans anafc'iie. « Caries
5) fondateurs de la république , selon M. Benjamin
)' Con-taut, n'ont pas été les sicaires de CoUot-
5) d derboi r; ce sont les hommes qui les premiers
■» dis^éniiutrenten Exauce les idées républicaines;
» qui en 1791 avouèrent hautement leur attache-
)> ment à cette forme d'institution qui , pendant
:;) tout le cours dfe TAssemblée législative , s'élevè-
)) rent contiM: la perfide inertie de la cour e-t ren-
î) versèrent la constitution .nonarchiquc pour
(i) <v La révciution. dit M. Carnot qui la coniioissoit bien,'
w n'a «Jte <|'i'uu t'e*po(isiiie continuel, "
( i53 )
i. sauvt'i la liLcrié,)) De grands pas étoient fl«'*ja
fiits flrpuis 17S9. Alors on vcpoussoit aussi l'idée
tiu cvimc; on ne le conctvoit mcmc pas; et à la
veille des orages on proclanioit, dans «ne pleine
st'ciirité, les principes «|ue nous relronvons ici. En
i^ç)!, on parloit comme parle notre doctrinaire.
rSoiis allons voir, dans son nianifeslc", la souve-
raineté du peuple clairement établie.
« Il n'v a rien , dans le pouvoir, d'indépendant
» du caprice des hommes. Que les gouverntmen«!
» ne s*v troinjK-nt pas; la société (le parti des in-
>i térêts de la révolution^, la société qui ne leur a
» jamais appartenu de droit, ne leur appartient
» plus do luit j à leur tour ils lui appartiennent. i>
P. Ç)«,
<i II n'y a d'autre légitimité que les intérêts ( i ). )>
P. 90.
» iSuUc dépendance liors de la raison publique
>♦ (proclamée par f(ui?)ne sauroil être avouée. >»
Nous reconnoîtrons encore mieux l'amour d<;
CCS principes en voyant ce qui cause aujourd'hui
la joie du m^me doctrinaire.
« La seule «JinV-niice qu'il y ait entre In répii-
» blique et la luonaiiliie , c'est l'infroduclian du
» piiticip»' de ri»é:édité au trône. >» P. c)i.
H Le gouvernement , en tant que gouverne-
» ment, ne possède pa« la millième parlie de la
» force nécessaire à fon existence. Isolé et réduit
» iilui-niêtne, ses faveur* ne lui a'<smcioienl pa<
^ niém«î ceux (jui les recf\ruieul de lui. P. 99. »
1S0U.S venou'* de voir le sujet de son triomphe ;
Tuici in'n conseils :
«Que \r gouvernement rassure pleinement les
» inléiéls de In révolution; cpi'il s'enfonce dans le
r> trrrain dr5piincipr.'((jui l'ont laite; (ju'il se melle
» à la tête de c.- mouvement social ipii emporte à
(1) Dan» un uoim-l ériit qui a pour litre /e Doctrtmiin- , on
d'il 'ju'/V 'l'r II J'uiuic ilrvii que Vhtetr:. C'cU le »j»(t:uic d'iicl •
»#'.iu< appli(]UP i* 1.1 p<:!iU<]U';.
( ï54 )
« tout risque les gouvernemens et les peuples ^
)) p. 98- qu'il accepte le parti national (le parti
» révolutiounaire) avec tous les antécédens qui
» l'ont formé , toutes les conséquences auxquelles
» il aspire et dans toute leur étendue. »
Ecoutons ses menaces : « L'autorité que ce parti
V reconnoîtra sera la sienne propre , et le jour oii
» elle cesseroit d'être la sienne, ou le verroit usant
» de son indépendance porter ailleurs sa soumis-
)) sion. )) P. 99.
Elle est manifeste pour tout homme de bonne
foi la tendance des doctrinaires, et ils avouent
eux-mêmes qu'ils ne forment qu'un parti avec tout
ce qui n'est pas royaliste. Ils poussent à la démo-«
cratie , et ils semblent vouloir conserver un fan-
tôme de monarchie. Aveugles qui se remettentsur
la pente , afin d'éprouver s'ils seront assez forts pour
ne pas retomber dans le précipice. La monarchie
légitime se trouve aujourd'hui dans une singulière
fjosition. On voit réunis contre elle ceux qui veu-
ent du despotisme et de l'anarchie; et tous tra-
vaillent de concerta alFoibîir la force de la grande
propriété. Ils lui ont arraché linfluence dans là loi
des élections, pour la mettre pi us bas , sachant bien
que la moyenne région renfermeles tempêtes. Tous
s'achai'nent contre les royalistes ; ils ont raison.
Quand les grands intérêts de la société sont mena-
cés , il s'élève des partis pour les défendre , comme
la justice privée apparoît quand Ifi justice publique
ne se rend plus, Les royalistes signalent l'écueU
où le vaisseau de l'Etat semble encore une fois
emporté. Ils crient à tous ceux qu'on trompe sui"
leurs intentions , que le danger pe vient pas d'eux j
qu'ils veulent tous les principes et les intérêts ga-
rantis par. la Charte; que ce ne sont pas là le«
principes et les intérêts que leurs eyinemis veulent
consacrer, llss'inqutètepl des calomnies répandue*
contre eux comme d'un moyen do faire diversi«>i|.
sur des projets sinistres. Ils cherchent qui ^ intévéi
( i65 )
de diviser encore dans un pays divisé ; ils se deman-
dent <[ui vt:ut s élever en les perdant. Mais ils n«
se di^sirnuloDt pas qu'on veut réduire la royauté
à n'être plus qu'une fonction amovible. Alors la
Elace seroit vide pour l'usurpation ou la répu-
lique; et l'on trouveroit pour appuis de ce projet
tous les ambitieux qui croient avoir une égale part
4 un pouvoir qui n'appartient légitimement à
personne.
Que le ministère se hâte d'ôtcr aux opinions
leur incertitude. Le svstème qu'on suit au milieu
de tous les partis a les iu'.onvéniens de tous et
n'aies avantages d'aucun. Tous les jours il devient
plus facile de faire le mal , plus difficile de faire
le bien. On pousse le gou\eruement dans une
voie d'oii il est malaisé de revenir. En vain re-
]rteroit-on les conséquences des principes qu on
clierche à établir. La révolution renaîtra tout en-
tière des principes qui l'ont formée. «Les soi-
)) divantrélorniateurs, disoitdernièrementM. Can-
/) ning au l'arlement d'Angleterre, nient toute
» adhésiun à ces movens de suicide national. Ils
» n'entendent pasaller si loin. Ils n'entendent pas?
» eh! qu'importe ce qu'ils entendent? Ignorent-ils
)i que , lorsqu'ils auront mis le rocher en mouvc-
)i ment , ils ne pourront pas arrêter sa force impul-
» si\e- qu'il suivra sa route, écrasant tout sur son^
>» passage , écrasant aussi , dès ses premiers bonds,
)» les réformateurs eux-mêmes? Espèrent-ils diri-
■» ger l'orage qu'ils auront déchaîné , et ne savent-
M ils pas que des esprits plus puissans qu'eux le*
5) surveillent pour s'empaicr de leur a'uvre. (i);*
GtNOLDS.
(i) La «toririn^ àr la souvcminet*' du peuple, soutenue
h'iulenient ituicurd'hui , ramené dt^ja ses rrsiiltalï. Le (^tviti^me
i'rn fst e>iip;«r<' ; et, dan» une brorliure inliliil»'e Je la Mani-
feslatiot Jr /*/■ 'pril Je vtrite, on lit ■< que ni>ii» s«)mmes ton»
» prélro ri roi»; qu'il n'y n ni niailrc , ni pontifi» , ni ordon--
" naoc*- humaine, ni iiiirmonirs p-Mii- le \(<iil;tlilr .vni du
s
( i56 )
Z)e la formation a un ministère dans un Gouver-
nement représentatif.
Un avantage important A\x gouvernptnont re-
résentatif est de mettre au jour des hommes
'Etat , et de les faire connoître à la nation avaiit
que sçs intérêts soient remis enti'e leurs mains; de
sorte que la laveur du monarque ne fait pour ainsi
dire que céder à la confiance des peuples.
Sous un gouvernement entièrement privé de
discussions publiques, le clioiv des ministres est
plus diûlcile , parce que les hommes ne sont pas
ostensiblement mis à l'épreuve, et que le monarque
n'est pas aidé dans sa décision par 1 assentiment
des gens de bien. Il est vrai qu'alors le ministère
offre moins d'obstacles, et que le mot Je Teux sim-
plifie singulièrement les embarras de son adminis-
tration. Dans un gouvernement représentatif, au
couti"aire , les difficultés renaissent sans cesse : le
ministère exige de pkis fortes conceptians , et le
caractère du ministre forme une partie très-essçn-
tielle de sa capacité.
Dans des temps difficiles, la connoissancc des
hommes est aussi nécessaire que celle dos choses.
La manière de préparer et de présenter les afiaires
décide souvent de leur- succès, et, sans l'art de se
faire accueillir, les obstacles, les plus futiles en
apparence, dcv'enm'nt insurmolitables en réalité.
A oilà pourquoi, dans un système représentatif, il
est essentiel qu'une partie des Chambres s identifie
au ïnini-stère , qui sans cela seroit trop incertain
daTis ses .iclions ; mais cela ne signifie pas que les
ministres doivent par eux-mêmes décider des in-
'> peuple; qu'il n'v a <ie salut pour les nations que dans la com—
» munaute des biens; et que les grands et les riches sont en
» abominalion à Dieu. » Kîches et g;rands, prenez-y garde, il
ne s'agit déjà plus seulement des Rois, des prêlres et dts
nobles !
( >57 )
t^ièts de la propriété, se faire des amis de leurn
llaltfurs . et s'appuver de l'opinion publique ^e
leurs antichambres, tandis i^u'ils ne doivent rc-
«;onuoitre ropiniou que par l'organe des délégués
de la nation,
J.«'S hommes changent j les intért^ls de la pro-
priélé ne changent pas , ou si des troubles extraor-
' diiiaiies ont rais en contradiction les rapports des
propriétaires, dix ans de plus remettront toutes
t lioses dans leur véritable position. C'est donc l'in-
térêt de la propriété <jui doit servir de guide aux
liomnies d'Etat, ou s'ils cherchent ailleîirs ce qu'on
appelle aujourdliui l'opinion, demain il faudra
changer de svstème , parce (ju'un malheureux ga-
Ketiersans bien aura, du fond d<' son gi-cnier, fait
retentir l'Europe du cri de sa misère, qu'il apjM'l-
lera l'opinion publique. Chaque jour amènera de
nouvelles réclamations, entraînera de nouveaux
sacritices; et le ministère, cédant à son inexpc-
rifuce , n'opéiera que la confusion de« idées et le
désordre dr la société.
Si l'opinion des propi'iétaires pris en masse, si
leur intérêt toujours constant devient Ir base des
opérations ministérielles, les plans du ministère,
mieux préparés, trouveront pour soutien tout ce
qui se lie a ce système, dont les élémens se com-
posent d'hommes invariables , qtioique d'idées
peut-être diflércntes , puisque liniérêl de la pro-
priété ne varie jjas , et qu'il tend sans cesse à rap-
[irochcr les individus, «-t h i »'ndr<- perpétuel le
gouvernement, sauve-garde de leurs fortunes.
Mais si l'on s'obstine à lire dans le cœai* de cha-
cun l'opinion variable des individus - si l'on inter-
roge les coteries du moment, la feuille du matin;
si chaque jour ou veut être l'idole d'un jienpbf qui
change d' idole • si l'on calcule sur la stabilité dnne
mer qu'nu seul instaiit rend orageuse , la pL^nciie
cède, uu parti l'cnliaînc, et le uu'uislve est dans
l'aLîme.
( ^:>^ )
L exemple dcl Angleterre confirme cette asser-
tion ; pense-t-on que les ministres anglais fussent
en droit de compter sur une majorité constante^
parmi six cents membres d'un parlement composé
des hommes les plus riches , et par conséquent les
plus indépendans de l'Europe , si le ministère n'a-
voit pas pour point d'appui la confiance d'une masse
de propriétaires qui ne sont point des salariés , qui'
n'ont aucune part aux grâces du gouvernement, et
qui ne lui sont attachés que par le désir de l'ordre
public , de la prospérité nationale et de la sécurité
de leurs fortunes ?
Croit-on , si les ministres anglais se constituoient
les organes de l'opinion publique , et s'ils disoient
aux membres du parlement : « Vous êtes des ultra-
» propriétaires, et nous savons mieux que vous ce
» qui convient à vos intérêts 5 « croit-on, dis-je,
que ces ministres , malgré toutes les ressources de
la prétendue corruption de la constitution an-
glaise , que ces pauvres hommes d'Etat conserve-
roient assez d'amis pour gouverner huit jouis Ifes
trois royaumes? Ils tomberoient dans un ridicule
mortel pour leur ambition.
Quand je vois des hommes riches à la tête des
affaires publ ques, je me sens plus tranquille sur
mes droits de citoyen et de propriétaire. Quelles
que puissent être, par exemple, les idées d'hommes
tels que M. Pioy, MM. Perier, Ternaux, Lafitte ,
Delessert^et autres millionnaires, jen'aurois nullt;
.répugnance à les voir participer à l'action de notr*
gouvernement représentatif. Si des semences dt
division ont été répandues parmi nous , il n'en est
pas moins vrai que, parvenus à certain point d'in-
quiétude, nos intérêts seroientbientôt semblables,
et du mal liaîtroit le remède. Si jusque là ces mes-
sieurs veulent être jaloux de mon nom, je pui*
avoir l'égale foiblesse d'être jaloux de leurs ri-
chesses; et dans le fait je n'aime pas un homme
parce qu'il est quinze ou vingt fois plus riche que
( i^9 ^
moi 5 mais je tUtondrai sa propii<5té, parce cjue
c'est déirndre la mienne, parce <|ue c'est établir
l'ordre social, sans lequel il n'y a point de proi-
périlé ptihliqiie , et nulle ioui?sance<^idans la pos-
session d'aucune fortune privée.
Mais si je vois des ministres chercher leur appui
dans les cotenes de leurs bureaux j s'ils veulent
s isoler de la masse, dont les iutéréts ne varient
pas, pour flatter les ambitions qui varient sans
cesse, et les ambitieux qu'on n'a jamais fixés , il
est évident que, leur ministère une lois étalili, ses
choix une fois faits, tout ce qui se flattoit d'une
carrière brillante, tout ce qui sera frustré dans
son espérance, tournera contre l'idole de la veille.
On se fera libéral ou doctrinaire, suivant l'aspect
de la tempêU; ou d'un jour incertain , et ce minis-
tère, mal établi, toujours chancelant entre des
écueil>i, ne vivra que pour vivre, et non pour re-
b'ver l'éclat du nom franrais et l'honneur de lu
monarchie.
Autrefois, la représentation an<,daise éloit toute
populaire ;.ct l'Angleterre a f(émip(.'udanlplusieurs
.Niècles sou- cet insupportable fléau : mais, lorsque
des lois plus sages eurent exigé des membres du
Parlement une fortune acc|uise ; lorscjue l'usage
et la désuétude euicnl formi- ct'ltr prétendue cor-
ruption aDgIaisr qui place les pi us riches particu-
liei-s du monde u lu tèle de la nation la plus
industrieu.se , tous bvs gernies de la fortune et de
la prospi-rité se développèrent à la foi», dans cette
île jadis >i long-tenqi.s «lesulée pai- le fauatismc et
l'arrogance d«- la médiocrité.
Il ebl résulté de cette précieuse révolutiou
qu une mass<- d individus eonnoîl, de jeune âge,
la carrière fjii file doit j»arcomir ; ([u'elle se pré-
pare <ie bonne heure uu\ «liscuîsiou.s politi([ues,
et qu'elle n'iirrive pas a qiMTran te uns a la repré*-
seutution nationale avec des idées impaifaites et
( i6o )
«3es syslrmes divergens. Cette masse de proprié-
taires a des connoissances positives 5 elle ne remet
plus en doute des bases de conduite établies par
une mûre expérience : et les jeunes gens cjui par-
viennent successivement au Parlement, prennent
l'esprit du corps, sans tenter de se livrer à d'inu-
tiles aLstractions. Dès Jors, le ministère, en sui-
, vaut la même direction d'id^^es, peut compter sur,
l'assentiment de la grande majorité des six cents
membres du Parlement, sans avoir aucun espoir
de les sédtiire à son profit, et de les tromper sur
leurs intérêts.
Depuis trois ans, nous avons peu profilé de cet
exemplej nous avons au contraire suivi, dans la
formation successive de plusieurs ministères, le
contre-pied de ce qui se passe, avec tant d'avan-
tage, dans le sciû pays qui puisse nous servir de
modèle. Le ministère, en i8i5 , fut accueilli par
une bienveillance assez géne'rale. La probité de
M. de Richelieu convenoil à tout le monde. Le
ministre de l'intérieur avoit été préfet, et pouvoit
faire son métier avec coiinoissaiice de cause. Le
garde des sceaux étoit un magistrat connu par son
intégrité. Le ministre de la marine avoit Tavan-
tage d être marin. J.e ministre de la guerre ajou-
te it à la longue habitude de son administration
des preuves irrécusables de son dévouement à la
cause rovale. Le ministre des finances faisoit ou-
blier son accent étranger par son esprit de conci-
liation. Enfin, le ministre de la police, jeune
magistrat peu connu, méritoit l'indulgence des
amis de la monarchie , par son honorable conduite
au 9.0 mars. Tout donnoit lieu de croire qu'une
semblable réunion de ministres, appuyée par deux
Chambre* composées d'hommes intéressés aU
maintien de l'ordre public, pourroit fonder un
gouvernement stable ; mais l'union des idé€5
inanquoit, et la mésintelligence se mit entre ks
gouvernans à mesure que les intérêts do la pro-
( i6i )
priété cédoient à des considérations d'intrigues
et de vanité personnelle.
Bientôt, les esprits s'échauffèrent : les proposi-
tions (le lois les plus mal connues lurent soumises
auv Chambres j les discussions les plus dauge-
l'euses V furent ouvertespar la timide inexpérience
des juinistresj la contusion se mit dans le çrouver-
nement, parce qu'il avoit mis la confusion dans
les Chambres 5 et l'ordonnance du ô septembre
arrivn bientôt pour propager la désunion, et pour
le triomph»' d une coterie.
C'est alorsfpu" le ministère tomba dans une erreur
funeste , cpii Irappe aujourd'hui dans sa base notre
système représentatif naissant. Il avoit existé dans
le gouvernement des querelles de famille, et les
royalistes en général n'étoient pas assez au courant
des discussions de la tribune pour avoir pu prendre
part à toutes les divisions (|ue , pendant une session
si mal dirigée , l'esprit du corps et la rivalité indivi-
du'llc pouvoient avoir engendrées dans {«-s deiix
Chambres. .Mais, au lieu d'isoler des individus dans
les([U4-ls il vuuloit voir des ennemis ; au lieu de les
séparer de la masse di's propriétaires du royaume ,
le ministère lan<;a ]>artout ses esj)ic)ns , ses faveurs ,
ses menaces. Les vertus , les qualités les plus essen-
tielles, les hommes les plus paisibles et les plus
ailectionnés au bien-être de leurs campaguesfinx*nt
confondus dans la proscription des sous-ordres.
Le Journal des Maires, rédigé par M. iMirbel,
aujourd'hui serrétaire gén»-ral ou ministère de
l'intérirur, ré|)andit j)arloul la haine et la divi-
sion , et multiplia de tout<s parts les ennemis du
ministère. M. \ illemain, directeur de la librai-
rie, écrivit contre la noblesse une diatriL«' (i)
qui Iraea la roule des LcUns NorniiinJts et de
(i) Lf li'ii , la C.h.iitr et ia /l/iinarc/ue , par M. N'illcinain,
fr(>Irk:>riir ;i l.i F.n iillr il,» LeMrei Dr l'inipi imeric de Fiiinia
)idot. Ouvrage d'un jeune liuninir dt tfcicnt r» mus cxj)é-.
rtence. /
ToMK II. — 17e LlTHAMON.
( iC-i )
la Minerve. M. Guizot, aujourd'hui directeur de
]a plus imporlaute partie du niiuislère de l'inlé-
ri( ur, lut tait conseiller d'Etat à la suite d'un
pamphlet (i) composé dans le même esprit (mais
celui de M. Villeniain étoit écrit avec talent);
et tous les propriétaires fonciers de la France,
.sous le nom d'ultra-rovalistes, de Luonapartiste.s
et d'ultra-libérauv, furent sacritiés à la vanité de
la bureaucratie prétentieuse. Au lieu de former
une nouvelle Chambre, si facile encore à bien
recomposer, on voulut commander aux élections.
Les bons Français s'indignèrent, les intrigans
régnèrent snr nos division*., et le ministère se
soutint péniblement sur des Mirbel , des Guizot,
et autres subalternes, au lieu d'être supporté
par des propriétaires
C'est à partir de là qrie les variations dans le
ministère se multiplièrent, et devinrent de plus
en plus contraires à la ligne naturelle que doit
suivre un gouvernement représentatif dans le
choix de ses agens supérieurs. Après la session de
i8i5, le ministre de l'intérieur fut remplacé par
M. Laine, homme fort recommandable , orateur
plein de talent, mais de la minorité de la Cham-
bre, et sans habitude d'administration. Plus tard,
AL Pascpuier, qui, dans les sessions précédentes, a voit
montré de l'art et de la précision , et que l'on ju-
geoit propre anx détails de haute administration,
fut mis à la tète de la magistrature, fonction au
moins étrangère aux emplois qu'il a voit remplis
antérieurement. Par la suite , le ministre de la ma-
rine, officier de marine, se trouve remplacé par un
ancien grand-juge, etle ministre delà guerre, qui,
depuis quinze ans, remplissoit avec activité les
fonctions les plus compliquées, nt st trouve plus
(i) Du Goul'ernement représentalif et de VElat actuel de la
France, par F. Guiiot . mailrc des requète> au (>0)i.seil d'Etat,
et professeur d'hisloire moderne a l'Ac^r^mie de Paru, (àfaex
Mai^adaxl. i{$i6. Ouvrage cxtrémemeat xuédiocrr.
( i6i)
<:n état de l'aire uu budget, et se >oit remplacé
|>.ir uu gucn-ier fort reuommé par sa haute capa-
cité sur un champ de Latailh-, mais connu par sou
peu d attrait pour le travail des bur'^aux. i)n doit
se demander si tous ces chois étoient en rapport
avec le système représentatif , et avec le vœu de*
Chambres, qui ne doivent pas gouverner, il est
vrai , mais avec lesquelles il faut s accorder. Il .s'en
est .luivi que des lois dangereuses lurent proposées
par les ministres, dans 1 csnoir de se renforcer des
ioibles, et qu'à force de promesses, de menaces
et de subtilités ils parvinrent, à la majorité de
trois ou quatre voiv , à compromettie le sort de le
monaichie, parla desti'uctiun d'un mode d^lec-
tio)i contre lequel jamais il ne s'étoit éi»'ve d ob-
jections, et qui ne demandait que des régulansa-
tions judicieuses. La plupart de ces ministres ont
reconnu , mais ti'op tard , avec une raison dont il
faut leur savoir gré , qu'ils sétoîent ouvert une
laussf route, vl que la seule marche à suivre dans
un g()U\ernpnu;nt représentatif, est celle qui lie
b.s ministres aux. hommes essenti«;llenient intéres-
sés, i>ar leur existence, au maintien de l'ordre
oublie et de l'houneur et de la prospérité de
'Ktat.
M. Roy, qui n'a fait <nie traverser le ministère
destiuanccs, parce qu'il ne put pas tenir, ou ne
voulut pas céder a l'ascendant d'une coterie j
M. Roy, dis'jc , est, à mon sens, le ministre
nommé jus.ju'a ce jour qui réunit le plus des. con-
ditions voulues dans un sv-téme représentatif,
(jiand propriétaire, orateur, homme lait aux af-
faires, avant re«;u trois ans consécutifs l'honuraljlc
missi(m de discuter les lois linancières de l'Ltat, il
arrivoit au ministère par la route qui d> vroit tou-
jours V conduire, lursqti'il en frit évincé bientôt
avec M M. Laine, Mole et Pasquier, et nous parois-
Sons encore ibstines a recommenccretâ subir l'édu-
caliou politique d'un nouveau ministère naissant.
Ce u'cit pas âinii que nou^ «archerous vers
r
it%
( i64 )
cette prospérité nationale dont nos voisins nous
donnent un si riche exemple, et que la stabilité
t)eut seule opérer. C'est par un système naturel
qu'il faut gouverner la France. Il ne faut plus la
diviser pour le triomphe des coteries de nos
iours. 11 faut régner par l'union qui résulte de
l'identité des intérêts. Lorsqu'un ministère comp-
tera , non sur l'opinion publique , souvent incer-
taine, mais sur la propriété pour point d'appui de
sa force 5 lorsqu'il honorera par sa confiance les
Jiommes de bien amis de l'ordre, qui parleurs for-
tunes se trouvent à la tête de la société ; lorsqu'il
reconnoîtra qu'il existe une morale qui n'est pas
celle des tribunaux, et qu'il ne suffit pas de n'être
pas aux galères pour avoir droit à son estime; lors-
qu'il traitera les Français comme un peuple déli-
cat , facile à conduire par des sentimens généreux ,
mais trop pénétrant pour être abusé: lorsque ce
ministère prouvera par ses choix qu'il cherche
exclusivement le bien général , et non son exis-
tence passagère, alors, mais seulement alors,
l'union renaîti'a par une confiance mutuelle. Les
propriétaires, aidés par un gouvernement judi-
cieux, reprendront l'influence qui leur appar-
tient ; de bons choix produiront une Chambre
éclairée, qui formera de bons ministres, et tout
cimentera, pour la gloire de l'Etat, l'alliance
naturelle de la puissance et de la propriété.
Le Vicomte Emmanuel d'Harcourt.
DU CHAMP-D'ASILE.
Le peuple français est, sans contredit, le plus
spirituel de l'univers , si l'on entend ici par esprit
cette promptitude d'instinct, cette finesse de tact
qui saisit d'abord le côté plaisant des hommes et
des objets, sous quelque voile qu'ils se déguisent.
Et sans doute que celte qualité est bien inhérente
H notre nature, puisqu'elle «i résisté au Siècle des
( i65 )
lumières , qui , en se précipitant mr nous avec so»
ion^ cortège de révolutions, d'anarchies, d'extra-
vagances et de crimes , a eft'acé de notre caractère
tant d'autres traits heureux dont en vain on cher-
chi voit aujourdhui le souvenir.
Comment donc se init-il que ce peuple si fin,
si i-ailleur, si spirituel, sfut en même temps le
plus facile à mystifier? Cr contraste, que l'élour-
dcric Iranrnisc n'explique qu'à d(Mni , semble im-
pliquer contradiction ; et cependant il est notoire,
et mille e\enq)les l'atl» stent. Ne s'est-il pas avisé ,
ce bon peuph-, après (jualorze cents ans de bon-
heur et de véritable iuflépendance, de se croire
un beau jour malheureux et esclave , sur la parole
des auteurs de l'Encvclojïédie , dont il n'avoitpas
même lu le Discours prôtiiuinairc -* Bientôt aj)rès ,
n'a-t-il pas imaginé cotxjuévir la lilmrtc , en démo-
lissant la Bastille de Paris, pour ériger la France
entière en une vaste maison d'arrêt? N'a-t-il pas
cru à l'égalité y en voyant monter en carrosse des
gens qu'il avoit vtis derrière ou devant, sans pren-
flre gnrdc que d<'vant et derrière il en montoît
rl'autres . par la raison bien simple que, tant(iu'il
y aura des carrosses, tout le monde ne pourra pa»;
être dedans? Ne s'est-il pas cru affranchi de la
milice par la conscription , et de la dîme par l'im-
pôt foncier et les droits réunis? Que de mvslifica-
tions 1 Nous n'«j(»ulei'ons pas celles de toutes
sortes «pie le Gr \nd MvsTiFir.ATEL'K par excellence
a fait subir à ceux cju'il appelait son jjcujilt'. Car,
i'il leur a <lonné du pouvoir pour de la grandeur,
nu corps législatif ])our une assem})lée délibérante,
des volontés pour des lois, d<' l'insolence pour de
la dignité, des mensonges poui- de bt politi({ue,
coaime il a eu l'adresse d'envelopper tout cela de
dan a lis et de l'ictoircs , il est assez naturel (jiie
des Français s'y soient laissés prendre.
A son d(-part , le rharlat^tn inqtérial nous a
laissé «le nombreux élèves- mais il n'a pu leur
laisser ni vn:tvires ni dan fie) s uyuv dorer leur»
( i66 )
jpiîuleS;, ces mes«ieur* ayant toujours trop crain%
les uns pour s'associer aux auties. Il leur a donc
fellu une autre recette, et ils se sont jetés dans le
sentiment. Ayant avisé que nçcx Français bannis
^toieut passés en Amérique ( bi<m qu'ils pussent
/demeurer sur nos frontières comme tous leurs-
caraarades ) , et que d'autres Franrais avoicnt
entrepris, de leur pi.eike volonté, le même
voyage sentimental, dans l'es] oir de gagner de
l'argent qui ne porleroiL pas l' effigie du Roi de
France^ ils ont bâti , sur cette fragile base, le
drame le plus touchant d i monde, Quand il s'est
agi de préciser le lieu de la scène , on prétend
qu'un archevêque, diplomate-guerrier, trts-versé
dans la géographie américaine , a été consulté, et
que, s'appuyant de son proverbe favori, a beau
mentir qui vient de loin. Sa Grandeur a indiqué
les rives du Texas comme très-convenables sous le
triple rapport de la distance, du site favorable aux
décorateurs lithographiques ^ et surtout du nom,
qui J'ime tant bien que mal avec hélas et soldats ,
deux mots obligés dans les complaintes guerrières
qui d-evoient servir de prologue à la pièce. Tout
ainsi préparé, on a levé la toile, etleCHAMP-o' Asile
a apparu sortant du cerveau de Minerve , tout
peuplé des innombrables victimes de la Terreur
de 181 5, et resplendissant de Gloire, d'Héroïsme
et de Persécution! Il faut en convenir , cette
nouvelle mystijication eut un ^uccès complet, et
nous en souhaiterions un aussi durable et aussi
lucratif à nos plus belles comédies politiques.
L'argent a plu de toutes parts. Des hommes de
plume ou d'épée , des femmes de lettres ou d'esprit,
des enfans pleins de raison, des vieillards en en-
fance, de grands Ivccesde petits garçons, et de pe-
tites j.ensions de grandes demoiselles, tous se sont
empressés de payer leur billet plus ou moins géné-
. censément. Il y avoit queue au bureau (disoit-on) •
c'étoit encore pis c^v.'à la faille d'honmur. Ou s'est
Ht^endri^ ou a a^p'sudi j mais, absorbé par l'intérêt
( i67 >
du drame, personne, malgré Vusage, n'avoit en-
core soiipé à demander tailleur (i). C'est donc à
noiisdr 1«' taire, de rendre à César ce quiestàCësar;
c'est-a-dire auï souscripteurs leur argent et aux
inventeujs l'honneur ou la honte de l'invention.
Le tenais est venu de jeter un x'egard sérieux der-n
rière ccHc funJasma^orie philanthropique. Il faut
enfin que l'on sache que c< 's illustres victimes, dont
les noms nu' mes sont restés à l'ombre d'un mystère
force y ne sont que quelques chercheurs de ior-
tunCjhicn ignorans, sans doute, du rôle héroïque
qu'en leur lait jouer ici^ qu'ils n'ont jamais été
proscrits ni dépouillés , par la raison que pour-
jouir de cet honneur, ce n'est pas tout d'en avoir
bonne cn\i<', il l'aut encore des actes de conjiscti-'
rio/i et de bannissement ; et l'on seroil bien em-
barrass»' d'en citer un seul; entin, que s'ils sout
allés arborer un pa>illon auv lives du Texas,
certes, ce n'est pas le pavillon blanc ^ à l'ombre
duquel ils russcut Iroxivé, aux champs de leur
patiie , un in>i()lablt' asilr, si leurs yeux, faits à
d'autres couleurs , avoitnt pu se fixer enfin iur le
drnjieau sans tacUe !
'l'elssont pourtant les êti'es réels ou imaginaires
sur lescpicls on a (jsé , depuis six mois, appeler
l'intérêt de la Fj-.incel La ci'ainte raêjue du ri-
dicide , frein d'oj'dinaire si puissant dans ce pays,
a cédé, poiu" cette fois, aux efforts d'un parti
2UC rien n'arrête, rien n'intimide, si ce n'est le
anger. Il a fait un appel aux ]>a»sions, et les vas-
sious stiiii accourues a cette \<*ix connue, entraî-
nant avec elles un grand nombre d'esprits abusés,
qui , iwns s'en douter, ont publiquement contribué
de leur nom et d«'leur bours»' a accrédi ter l'erreur
du peupb- , lequel , par une coiiséquence iuévi-
(i) Lorsfjnr nous .iront rommrnct- ret niitrie,- on n'.^voit prt.
enuore annoinr (i(ruiullrin«iit li ili»|)tr>ioii (li!% twcrUnrtet;.
cPoutrr-iiur. I)rpiii% . \v Jnuniul tla Dvh.Us «-t la (Jitoln/icnnr .
dam pliitiriK» .ii-li« l.-, lri->-[iii|iianN, ont pria sur nous i'inilWi-
\Wc Jlcurcux si nou» ii'avoii* » lcL.r c wJer que cul avant.igc
C i68 )
table , a dû passer de la compassion pour les souf-
frances des proscrits , à des murmures contre le
gouvernement pro.vcn'^jr^j/r. Or, c'étoitlà l'unique
but, le i[ïvand résultat* qu'il imjiortoit d'obtenir ,
quelques mensonges , quelques démentis qu'il pût
en coûter. C'est ce que vouloit, avant tout, une fac-
tion qui anommé LouisXVIzm^y/'rt/ietBuonaparte
le père du peuple. Calomnier semi-périodiquetnent
l'autorité légitime, en échappant à la police cor-
rectionnelle sous le voile de l'humanité , tel est le
coup de maître que l'on vient d'exécuter. Et c'est
ainsi que le génie révolutionnaire qui empoisonne
tout ce qu'il touche, dénaturant jusqu'aux vertus
qu'il invoque, a trouvé le secret de fourvoyer la
Pitié elle-même , et de couronner trente années
de scandales par le plus étonnant de tous : le
scandale de la Bienfaisance !
Dieu merci , les troupes du roi d'Espagne vien-
nent d'en marquer le terme. Le Champ- d'Asile
n'est plus! et, dès aujourd'hui, des infortunes
trop réelles pourront hériter des dons offerts à
des malheurs fantastiques. Cela contrariera peut-
être un peu Messieurs àela Minerve. Mais ils sont
philosophes ; ils savent que tout finit dans ce
inonde. Leurs romances, leurs pamphlets,
leurs gravures ont fait leur temps. D'ailleurs, on
assure que ces mystificateurs coramenr.oient à se
lasser des démentis quotidiens que leui" adres-
soient, des quatre coins delà France, d'honuétcs
gens inscrits, à leur insu^ parmi les pères nour-
riciers du Champ -d' Asile. Et cependant nous en
savons qui n'ont pas osé suivre ce courageux
<>xemple et protester contre la perfide liste. Il y a
d'étranges positions dans la vie ; et voici une
anecdote assez gaie qui démontrera dans quelle
perplexité un souscripteur involoiitaire pouvoit
être jeté par la Minerve.
Dernièrement, un notaire de la ville de ***
aperçoit aussi, à sa grande surprise, son nom
parmi les souscripteurs du Champ 'd'Asile. Pour
( »69 )
bien comprendre son embarras à cette vue, il
faut savoir comme lui que sa petite ville est un
séjour rlomi-^otliique, peuplé vn partie de gens
à préjugés , qui , de père en lils, font lu charitc aux
pauvres de leur paroisse, mais entendent peu la
mr)àcTr\e.hieiifaisauce, et pas du tout laphiloîilhro-
pie. Il faut savoir comme lui (jue le Champ -d Asile
n'y a pas généi'alement fait fortune: que les uns
Tout sérieusement envisagé comme un prétexte
pour calomnier le gouvernement : d'autres plus
gais, comme \\x\c niYStiJicatioJï libérale : hvci, sa
première pensée est qu'on so moquera de lui, ce qui
est sensible à tout le monde, et plus encore à un
notaire, qui naturellement doit rire grave. Tout
à coup, une appréhension plus sérieuse s'empare
de lui. Il sort précipitamment : et, sans rien an-
noncer de son projet, voilà notre homme courant
de porte en porte , entrant cher, tous ses cliens de
la ville-\>ieiilc , racontant à chacun sa mésaventure ,
protestant partout de son innocence, et terminant
toujours sa narration par : Con^'Cioz que cela est
ajj'reitx ; mais que Jiiivf ? Kniiii , comme , pour la
vingtième fois , il i-épétoit : Que faire ? un client
interrogé s'avisa de lui répondre : « Eh, parbleu!
» une lettre rie tiois lignes. L«'s journaux, fermés à
'beaucoup de chosr-s , .sont encore ouverts aux
démentis de certaines choses. Ne les voyez-vous
)' pas pleins de réclamations de gens dans votre
» position i Fait<-s comme eux : démeiifez lu .^fi-
» nerve , elle voii'i lancera une gross<' éjiigraoïmc,
>» et vous voilà un titicde plusà lestime publique !i»
Ce fut un Irait de lumière pour l'honnête notaire.
Il saute au cou du client, lui oflVant tous ses con-
seils i^ralif , en remercînient du .sien , et court Ir
mettre a profit, ^ial'in 'ireusenu-nt . comme il Ira-
versoil la villc-iiexiye , il rencontre un client d une-
autre espèce , qui tcnoilà la main un cahier A/eK/i-
//•(', ouvert a la dernière page . et qui , du plti< loin
fju'il l'ipei-roit, preiul \i\\ air rayonnant^ le pré-
vient d'un sourire approbatif, et , indiquant rln
C ï7« )
ijci«t le pliilanthropiqtic caliier, s'écrie avec ex^
plosion : « Bravo I mon ami , bravo ! à la fin vous
» vo-ci des nôtres!... à labonne heure... cela sap-
« pelle se prononcer... croyez que 3Sod» vous en
V tiendrons comMtp... » Le pauvre notaire, étourdi,
interloqTië, eourb^ le front sous l'éloge accusa-
teur, et s'esquive sans oser l'accepter ni le refuser.
Il rentre chez lui dans une contusion d'idées inex-
primable. Le conseil de la 'viUe-xneille , les ap-
plaudissemens de la inlle~iieuve se croisoient ,
s'entrechoquoient dans son esprit, naturellement
ealme et peu propre aux combats intérieurs. Il
étoit aux abois. — « 8i je démens, je perds la
îj cîientelle de la ville-neiwe , c'est clair 5 si je ne
^ démens pas, je perds la confiance de la ville^.
y^ vieille ^ c'est posLîif.... Que faire? y> Et c'étoit
bien le cas de le demander. Par grand bonheur,
ia qixestion fut entendue du maître clerc , homme
de sens, qui, instruit de l'affaire, réfléchit un
moment, puis s'exprima ainsi : « Monsieur, les
yi circousîariccs sont graves; mais il faut sortir
j> d'embarras, et vous ji'y parviendrez qu'en prc-
» nant un parti franc, décisif^ car ce qu'il y a de
«pis en politique, c'est de prétendre louvoyer:
» il n'y a pas de plus sûr moyen de mécontenter
» tout le monde. Et , pour ne s'appuyer ni à droite
j» ni à gauche , on finit par se trouver, comme dit
» le proverbe tout seul au nu lieu ; ce qui a
)) mauvaise grâce, outi'e que c'est embarrassant.
?) Examinons donc. « Il dit 5 et vidant tous les car-
tons de l'étude, il dépose les papiers sur le grand
bureau; ceux de la ville-ineille à sa droite , ceux
delà ville-neuve à sa gauche, et ceux des quartiers
mitoyens au milieu. Alors commença l'examen.
D'abord, irfeuilletii Ws liasses du centre, et ce fut
chose bientôt terminée. Elles se bornoient à quel-
ques transactions faites, tantôt avec Paul de la
ville-neuve , tantôt avec Pierre de la ville-vieille y_
et quelquefois avec Pierre et Paul tout ensemble;
^îai-:pour de telles vétilles, qu'elles ne convoient
'70
•«ntrtr en compte. Los p.tpicrs de droite ëloient
bien autitinent iinporlaus , et néanmoins pen
volumineux. D'anciens titres tle propriété, mais
pvesrpie sans mutations; des baux considéraLlcs ,
mais à si long terme, que, de dix ans, il n'y avoil
pas de reHOUvellemens à espérer^ des hôpitaux
dotes à perpoluité; de* fonds placc.s à (iiu) jiour
cent, sans acte subsidiaire pour porter rinléiét à
douze- pas un Lillet protesté, j>a3 le plus petit
bilan... Sous des dates plus récentes, des compro-
mis pour éviter un i>rocrs de famille; (piebpies
contrats de mariage sans dots i.i floii.iircs; des tes-
tamens où souvent on no laissoilà l'héritier qu'un
nom honorable à porter, un noble exemple à
«aivre, une croix de Saint-Louis à conserver, et
une épée pour la défendre....; l'inventaire fut
}»ientôt fait. Dans les pap<Masses de gatiche , quelle
différence ! Quel luxe d'écritures î Des prOj)i-i(Més
dp pru de valrur, il erit vrai , et paviint •'• p'i.ue
frais cents francs d'impositions, mais que di' lois
vendues , achetées , revendues ! Oue de traités
d'union , <Ie commerce I Combi<'n de banqueroutes
hier» (•ni})rouilb'es , bien habiles, bien lucratives!
Ensuite ^ les châteaux acquis cit/rnin/is ; les fermes
payées en plomb ibndu , et les terres en ferrures,
en places, et en boiseries; enfin , les contrats de
mariage enfantant de bons divorces , f{uî , à leur
tour, enfantoient de nouveaux contrats de ma-
riape ; et, par sjiitp , les enfaus reconnus , niés .
adoptés , rejelés pardevant notaire , et dans
Joutes les formes...; enfin , cela n'en iinissoit pa*.
— (( Monsieur, il n'y a pas à balancer, s'écria le
» nutîlre clerc, ébloui de cette encyclojx'die judi-
nciairc. yi droitt- , sont 1» s gravides propri^-lés
)i Iciucii le.s, j'en c«»n\iens; n.ais des propriétés
n immobiles , stériles pour le fisc et lis l'huies. j4
nfiaucfte^ au contraii-e, c'est une soïirc inépui-
il.sable d'affaires, de mouvement, iin« >éntable
n manulacture de pnjjjer liMil)ré. Vo;is ne potivrz.
> hésiter, il faut fnirtilcsaci iticede ift7*i/A;-^'t'-i<'V
( '7^ ;
» etaccepterraiiTtiône que la Miner \>e vous prête. »
-^ Le notaire, vaincu par Fimpérieuse nécessité
et céaant à l'argument irrésistible, empocha philo-
sophiquement le diplôme de Libéral -/fèera/, et
se contenta de dire â i>oix basse , avec un profond
soupir : « Il est pourtant bien douloureux de re-
» noncer à une partie de ses cliens, parce qu'il a
» plu à la. Minerve de mystifier le public !.... Ah !
» si du moins elle avoit excepté les notaires! »
Le Comte O'Mahonx.
Paris , le 27 janvier 1819.
Deux projets de loi ont été présentés aux
Chambres. L'on a signalé ce qu'ils nous pa-
roissoient avoir d'inconstitutionnel ; Ton a in-
diqué lin moyen facile de faire concorder avec
la Charte le projet de loi relatif à l'année finan-
cière. Nous aimons à croire que nos législateui's
sentiront le danger qu'il v auroit de déroger à la
Charte dans ce qu'il v a de plus direct dans les
franchises qu'elle nous accorde, le vote de l'impôt.
C'est là qu'est la véritable garantie de la France
contre l'arbitraire ou le despotisme ministériel.
Cette barri»" re une fois ébranlée , il ne pourroit y
avoir, d'après un si funeste exemple , que craintes
pour l'avenir : tous les inconvéniens de deux ses-
sions, plus ou moins rapprochées l'une de l'autre,
ne sont rien eu comparaison de l'atteinte qui se-
roit portée à la Charte^ et l'ordonnance du o sep-
tembre, si souvent invoquée, ne perdra pas , je
suppose, de sa valeur, le jour où l'application
devra en être laite au plus précieux de nos droits.
A voir l'inaction dans laquelle le ministère laisse
les Chambres depuis quelques jours, on pourroit
supposer qu'il attend le résultat des élections qui
doivent avoir lieu dans les départemens où il
l'esté encore des députés à nommer, pour savoir
<^ans quel sens il doit présenter les pi-ojets de loi
( 173 )
depuis si loiif^-tcinps attendus, relatifs à la presse,
au régime déparlcmeutal et municipal , à l'ins-
truction puUique, à la responsabilité ministé-
rielle elr. Si cette hvpûthèse avoit «pielf|iic fon-
dement, Ir ministère scrolt réellement à plaindre ;
car c'est une triste chose, pour d<s hommes appe-
lés à gouverner, que de niarcher ainsi sans plan,
et de vivre au jour le jour. Le propre des hommes
d'F.tat est d'avoir au contraire un système positif,
d'aller au-devant d«'s difficultés , de les prévenir,
au lieu d'être réduit à les résoudre, et d'inspirer
au moins , par la fixité de leurs projets , une con-
fiance politique, lors même qu'il ne leur seroit
pas donné de prétendre à cette bienveillance qui
est toujours d'un j^rand secours dans l'opinion.
Un certain parti doit toutefois se réjouir de ce
qu'il y a de clair jusqu'ici dans la conduite du
ministère : les destitutions de royalistes se multi-
plient chaque jour. A celles que nous avions déjà
annoncées, on tloit ajouter aujourd'hui l'exclu-
sion de plusieurs conseillers d V^tat dans la nou-
velle organisation. Dans le nombre se trouve
M. de Blaire, ancien magistrat, dont la révolu-
tion a englouti toute la Ibrlune : recouimandablo
par sa probité et ses talens, l'habitude du travail ,
un esprit pr(q)re aux affaires le rendoient d'une
grande utilité <lans les fonctions qui lui avoieiit été
confiées; M. Dejuporte-Lalanue est Irère et digne
frère del'intenflanl de la liste civile de Louis \ V 1,
qui péril victime de sou dé>ouement pour le Itoi
ù une épotjuc où lonuueneoient à iructifirr les
Srinci|)es dont les révolutioiniaires se font aujour-^
'hui les plus ardens panégyristes.
M. de .Slalcor, ancien membre du Parlement^
avoit suivi le Roi dans suu exil, et Sa Majesté,
mainte fois, rHppeÎH à sfs conseils. .M. le vicomte
l'abarié est roval< ment connu par sa conduite uux
cent-)ours, «t p;»r les services qu'il n'a t( ssé de
îendre depuis dans l'adininistralion d<.- la gueire.
:^l de Lubouillcrie étoit ditliu^uc , dans U partie
( '74 )
des finances, par son intégrité, ses lumières, et
sou attachement à la cause royale- mais , ainsi que
M. dehonguève, maître des requêtes, il faiscit
Bialheureusement partie de la majorité de la
Chambre de i8i 5,
On annonce aussi la destitution de M. d'Indy,
préfet de l'Ardèche , et de M. de Brcteuil , préfet
d'Eure et Loir. Certes, je ne pense pas que l'on
puisse nous parler davantage aujourd'hui du sys-
tème de fusion, si souvent invoqué en i8i5. Il
n'y A plus qu'exclusion pour les royalistes; et,
pour peu que cela dure ou aura hientôt fait mai-
son nette. Si lamonarcliie peut aller comme cela,
les royalistes ne se plaindront pa«; mais si ce mode
fait souffrir la monarchie, en assumant sur lui une
bien grande responsabilité, le ministère fait, à ce
qu'il me semble, plus de mal à son propre sys-
tème que n'auroit pu lui en causer la prétendue
exagération royaliste la plus étendue ; et il doune
âson successeur une leçon bien anti-libérale. En
faisant un rapprochement des royalistes que l'on
<floigne et des hommes que l'on rappelle ; des doc-
trines que l'on propage et des souvenirs du passé ,
on peut sans être bien timide, envisager avec
peine l'avenir. Les progrès que nous faisons
vers la démocratie sont rapides : naguère encore
on crut nécessaire , pour attaquer les royalistes j
de se couvrir de l'apparence d'une sage modé-
ration, et d'appuyer ce système d'une désigna-
tion qui eût à là fois une couleur exagérée et
un côté ridicule. Pour ne pas avoir la latigue
d'inventer, on eut recours à l'esprit de M. Fou-
ché de i>antes ; on se servit du mût d'ultra.
Aujourd'hui, les ménagemens ne sont plus de
saison , et les révolutionnaires n'ont plus besoiu
de cette tactique. Ils attaquent ouvertement les
hommes monarchiques, et, soit dit en passan,
il est assez ctonnaat que ce soit v.ettc espèce
d'hommes que l'on trouve déplaces dins une rao-
narchie. Leur immobilité ^ c'cst-a-dire, laçons-
V ^7^' )
tance de leurs opinions, vst une chose qtii chofjue
et qui attire le courroux; ils neniiirclient pasa\ec
le siècle. 11 y a ici une petite observation à faire
aux liomincs qui portent la ]»arole au nom du
siècle ■• c'est qur la religion, la morale , et le véri-
table lionueur sont de tous les siècles. La cons-
cience de l'iioinme est leur ouvrage; et les prin-
cipes ijue dicte la conscience sont iiivariables. Ils
ft«r se modifient ni par l«s temps, ni par les cir-
constances, ni j)ar les intérêts; la vertu est une
cliose réelle; elle acquiert plus de lustre encore
ijuaud elle se manliestc au milieu de la corruption ;
et la fidélité et l'amciur de la justice sont surtout
recomniandables alors qu'ils ont le mérite de la
i)ersécution , et tpi ils sont frappés de l'anathéme
du vice. Or, comme les hommes monarchiques
prennent leurs opinions dans leurs consciences,
ces opinions doivent être fixes ; et le siècle , dTit-il
les renier, ils rcsteroient les mêmes. Mais à Dieu ne
{ilaiseque l'on puisse supposer que la France renie
es lioinm<'s uiouarchiques ; et la fureur avec la-
quel !«• cirtiTius pamphlets cherchent à les d<'cri«r,
est bien plutôt la preuve de la iorce de l'opinion
monarchi<pic que celle <ie la colère du siècle. Ou
n'attaque que ce que l'on craint, et les révolu-
tionnait es Savent cela tout aussi bien que nous.
dette vérité, qui nous paroît incontestable, non»
prouve le bien qne fait ie Consvrvateur ^ aussi est-
il tn ]>roie aux attaqiies , (»;raudes etpelitei. Taudi»
f^ue tes artilleries ministérielles et libérales ie fou*
«lroi«'nt a qui mieux mieux , ne voilà-t-il j>as qu il
se voit poursuivi jusque dans J'impiiiu<'rie d«
M. le IVonuant. La dejniéi-e livraison ii\T)it ap-
paremmeut causé plus d'émoi que de coutum»
(elle ofTroit il Mt vrai de douloui*(>uv rapproche-»
niens) ; ausii je courroux a-t-il été en p'opoitiou.
Au moiiu-iit ou l'on broclioit les Hm aidons poul-
ies ronfictionner, pendant que le< poil«urs al-
teuduient pour la poste , ou «'est tout a coup
.■^pnna de la disparu lion d'un gracid uuuibre dt
C 176 )
feuilles. Fn vam a-t-on cherché à eu découvrir
la cause 5 loug-tcmps les recherches ont été inu-
tiles: ce n'est qu'à la longue que l'on a découvert
dans le nombre des plieuses, une jeune tille
(étoit-elle ministérielle? étoit - elle indépen-
dante ? ) qui avoit libéralement déchiré à peu
près trois mille feuilles. Prise sur le lait, elle n'a
pu nierj mais, ferme dans sou attitude, résolue
comme un enfant du siècle, la jeune fille n'a point
voulu convenir du motif qui l'avoit portée à cet acte
de libéralisme sur la propriété de M. le INormant j
et, conduite à la ])olice , elle n'a renoncé à un sys-
tème de dénégation complet que pour dire : Je ne
veux pas nommer. Ce petit moyen, réuni à l'inexac-
titude des postes , à laquelle nous ne pouvons rien,
aura retardé la réception du Consen^ateur pour
quelques abonnés ; mais cela n'empêchera pas
qu'il ne parvienne, qu'il ne dise toutes les vérités
utiles, qu'il ne signale tous les dangers. Il faut
que chacun en prenne son parti : tout ce qui
paroîtra bien au Consen^ateu?', il le louera 5 tout
ce qui lui paroîtra mal , il le dénoncera à l'opi-
nion de la France; il parlera sans crainte comme
sans aigi'eur : ministériels , révolutionnaires, cha-
cun doit s'attendre à la vérité , quelque pénible
qu'elle puisse lui paroître , et il n'est pas de con-
sidération capable de modifier ce principe. Aux
diflerens recueils que nous avons déjà annoncés, et
qui soutiennent les mêmes doctrines que iious,
nous devons ajouter le Drapeau blanc, rédigé par
M. JVlartainville. Il ne nous appartient pas de louer
le talent de quelqu'un qui a travaillé dans le Con-
serwateur ; mais qu'on lise le Drapeau blanc , on
V verra que la cause royale y est soutenue avec
chaleur et vérité. Plusieurs départeinens offrent
encore des recueils aussi iutéressansparla manière
dont ils sont écrits , que par les principes tjuils
professent. La Huche d' Aquitaine , qui s'imprime
a Bordeaux, est également remarquable sous ces
deux rapports j aiis«i a-t-elle sa part d'animad-
{ ^:: )
version dans les ccinls iJvolutioTinaiie.s. C'est tout
simple : /es ':^iépes de 181Ô bourdonnent , dit-on ,
aiUoiir d'elles. Il y a loin du bourdonjieincut de
l'iiiîecU; au rugis-CiUeut de la bcl«; icroce 5 et nous
stîrious bien hcurcu>: si les li^re;>d(.' l'J'ji-S n'avoiont
iart que rugir. Mais que la Ruche laisse parler,
elie n'en fera pas moins de bien; car on sent plus
(jue j iiuai> \e besoin de la prf»|rHi>;alîon des saines
doctrines, et l'oj>iniou iu\ali.slc g;»-;ne chaque
j'>ur, en raison de ce ([ue perdent dautrcs opi-
uion>5 lors^relies se modiiient, non d'après les
intérêts du siècle, mais d'après des intérêts uioms
généraux. M. C.
DE LA CORRESPO^DA]SCE PRIVÉE.
Ln f-r«.nd empereur disoit : Be\,*i>i.i ce que tu as
vu , si tu l'cux ix'i'ivre. On peut dire avec autant
d»' \ttrilé : Jicdis ce qvip tu' as dit , si tu veux pei'"
suadcr. r^ous avons plusieurs lois parlé d*' la
Correspondance priy^te y mais il ne faut pas nous
lasser de dènonccï* au public ce manilrstc que
des mauvais Eranr-ai.s publient d.nis les journauri
unifiais, contre leurs compatiiolrs rt leur pa\s.
Cette Corresj)on<lance yriy^t'e, nous le repétons,
a sa source daus des langs élevés. Elle a pour
but de' tromper l'Europe sur notre véritable
position, et de ivpaudre hors de Erimce des
nituson^cs qu'«*ll«; n osfioil pus ptjblicr ici. Sou»
un s«-iil rappoit , e!lt <'st assez, curieuse : cib; l'rtit
coi'uioîlre «1 avance les proielji de nos niinisti'cs.
Doit-il y a\oir des deslituticmf , va-t-on i-cmpia-
cer d*'.i l•(t^•.'l listes par des lioinmes des cent-jours ?
auâfiilAl la Correspondance calouiuie les adminis-*
trateurs «pi'on ren>oie, et l";iit l'ebii^c de ceux
qu'on appelle ; elle tache d amortir ainsi l'elîet fie
ces hiesaros, cherche à endormir les bons esprits ^
et péseiUe cOramt* dei laits isolés, de« «lèplao -
mens qui ne sont (jue raccumpliss^-inent d'un
ToMt n. — 17' LivM\i»o>t. ,ia
( i;8 )
syslèmc génrral. M. Pilt disoîL que la Conveùtiûn
mcttoit SCS Hottes sous la protection des tempêtes :
le svslème que soutient la Corresporitlatice pri-
vée, veut mettre rEuro])e sous la prolecliou de
la révolution.
ZVous allons, pour la première fois, traduire
nne lettre de la Correspondance privée : nous la
prenons dans /e limes à\x i5 janvier: elle a été
répétée dans le Courrier du même jour. Nous n'y
i'erons que les retrancliemens qui nous sont com-
mandés par des bienséances impérieuses. INous
ferons ensuite le commentaire du texte.
VExfrait du Times, du 1 5 janvier .
Paris , 1 1 janvier.
« Après les gi'ands événcmens , on en connoîl
peu à peu la cause. Tout ce que j'ai appris sur le
demie*" cliangemcnt de ministère , prouve que Ife
duc de Richelieu a résigné la présidence de notre
ministère de la manière la plus spontanée, d'après
\cs plus milres l'éflexions , et avec la. détermination
la plus fixe de ne plus accepter ce poste élevé ,
quelque pressé qu'il en pût être. Il a cédé uni»
quement au sentiment de son inhabileté pour la
direction des affaires (i). ]Non , certes , à défaut
de talent , mais parce qu'il a voit été précipité
dans une fausse ronte , par les faux renseionemens
qu il avoit été induit à écouter depuis son retour
d'Aix-la-Chapelle. Il n'a pas épargné les re*
proches à quelques-uns de ses correspondans et de
ses conseillers , qui ont abusé-de son inexpérience-
pratique de notre situation intérieure (2) , pour
lui inspirer des alarmes exagérées : il a même,
dit-o)i , adressé noblement cette déclaration à
(i) Yielded only lo the feeliiig of his inability lo direct
aîfairs.
(2) NVlio had abused liis practlcal inexpérience of oiir inter-
pal situation.
( '79 )
l'Empereur de Kiissie , pour le nicHre sur scâ
gardes coulre les sugejeslious Iromjx'uses que l'on
poui'roit faire parvenir ju.s(jti'ù Pélersbourg.
» Le comte de JNesselrode, qui étoit à Paris
a>ec M. Po7.7,o di Borgo , <'l ([ui a ol)servé avec
lui tout ce qui s'vst passé, a j)U inlorruer l'Empe-
reur_, son maître, de toute la suil<* de cette
aifaire ( c ). Il.s doivent avoir été hi(ti\ convaincus ,
])ar l'cvideuce de leur propre sens , qu'il ctoit
impossible de réaliser les chimères que l'ambi-
lion désespérée des ultra proclamoit dans toute
l'Europe.
» M. Pozzo-di-Borgo , au yAw^ loi-t de la crise,
a oblejui une audience du Boi. Si des i-apjjorts
fondés sur l'autorité la moins douteuse (ji) doivent
être crus , il comnienra par (juelques insinua-
lions sur la démission n )n encore divulguée du
duc de Kicbelii'u , l(»rs(ju(^ S. M. , qui parlici-
poil auv ret^rets que lui <'xprinioit M. l'ozzo ,
Noidul bien lui communitjuei- un(; lettre de M. le
duc de Richelieu lui-méuie , contenant la décla-
ration que, ni les ordi-es Inrmr-ls de son souve-
rain , ui les vœux de toute l'I^urope, ne le décide-
l'oienl à reprendre uji l'ardeau sous lequel il se
sentuil lui - même prêt à succomber (.>). L'au-
dience fut ainsi abî"<'»gée , et demeura sans objet.
» Le comt«; de iVesselrode a eu également,
avant son départ , des conierences avec certains
d(* nos ministr's : il paroit »>()ir applaudi, ainsi
que' votre ambassadeur , au choix du inaripiis Dt-s-
solle. J/un vi l'autre l'ont connu avant sa pre-,
srnle é|é\ali()n, qui ne surprendra pas ceux qui
sont iustruiLs d<*s evénemens précedens de s.wvie,
et (pii sont cqctbles d'apprécier sa juste réputa-
(i) Of ihfi Wliolc srri«'i of Iransariions.
(a) (Jii llic Mn»t iui|ucblioiMb.tt aiiUiurily.
P) Undcr Nvliicli lie l-li liinucl reatJy lo tink.
( «So )
tion tic talens , de caractère et de fermeté dans les
circonstances les plus difficiles.
» Le comte de iNesselrode , en particulier , con-
noît la g^rande estime que protesse l'Empereur
sou maître envers notre premier ministre , par-
ticulièrement pour SCS principes politiques, que
TEmpereur Aleii^andre a eu reccasion d'appré-
cier dans plusieurs conversations confidentielles
que S. M. aime à provoquer parce qu'elle est
sûre d'y exceller.
» Quel rare Lonheur produit par cette chance
inespérée qui a appelé à la tête de nos affaires ,
un homme également estimé en Anelcterre e t en
Russie , et qui est digne de cette estime par le
double mérite d'une impartialité à la fois poli-
tique et française (i) !
» Nous trouvons une nouvelle preuve de cette
estime générale dans le ton de la plus grande
f>artie de vos journaux , et dans les innombrables
ettres particulières de votre pays , dont plusieurs
sont éci'ites par les personnes les plus distinguées
parmi vous. INotre tranquillité intérieure et la
paix générale ne peuvent que gagner à ces senti-
mens bienvcillans et à l'estime mutuelle qui est
exprimée par les organes des trois plus puissantes
nations de l'Europe" (2). Qui , après cela , peut
exciter la moindre discordance , ou élever la
m.oindre plainte comme sembleroit lindiquer un
de vos correspondan.'^ , certainement mal "informé
sur ce point? S'il s'élevoit de telles plaintes , elles
ne pouri'oient résulter que des calculs intéressé*
'de quelques prétentions personnelles.
a ÎNe croyez pas qu'il ait été sérieusement
question du prince de Talleyrand dans nos combi-
(i) By the double merlt of an impailialify at once polilical
and Frencli.
^ (2) Ry the organe of llie three most powerful nations in
Eui< pe.
nai.sons ministérielles , pei-sonne tie pense à lui.
On a répandu le bruit que l'arrangement de notre
cabinet n éloit pas conclu , et que le duc d'Al-
berfr revenoit de Turin pour en faire partie*,
quoicfue , dans la réalité , cet ambassadeur ne re-
\ienne qu'en conséquence d'un congé obtenu
depuis long-icnips , et sans oncun rapport aux
circonstances actuelles : tout ce (jn'on écrit de
contraire est une pure invention.
» ^ ous êtes peut-être impatient de connoît re
l'opinion de nos ullra sur notre révolution minis-
térielle. Au tond , ils n'aiment ni M. de Riche-
lieu , ui .M. .Mole, ni même I\I. Laine , auquel ils
ne pourront jamais pardonner à cause de la loi
des élections , dont il a été le plus éloquent dé-
fenseur^ mais ils llaltoient dernièrement ces trois
ministres dans la vue de les détruire (l). Main-
tenant , ils montrent fort peu d'intérêt pour ces
anciens ministres , et même ils les accusent de
n'avoir pas eu le courage de marcher dans le pé-
rilleux sentier où ils avoicnt souffert qu'on les
engageât, /x* Conservateur ne leur accorde
jias le moindre regret , mais il lance ses foudres
contiT le maréchal (>OMvion-Snint-Cvr <'t le
baron Louis , dont il eonuoil l'intime union, et
il garde le silence sur leurs collègues dont il ne
pvononc<' pas même le nom : petit artifice qui ne
j>eut pas produire un long effet , et dont la seul»*
vue est df jeter sïir ics .iiilrts ministres un soup-
çon qui pourroit iiHjuiélrr les libéjanx ; mais re
piège est trf)p grossier , et personne ne s'y prendra.
» Les projets de loi que l'on propose dans ce
moment , et les changemens qui vont avoir lieu
paimii les gens en ])lace , fourniront une prompte
(i) In ordcr lo «'cstrcv lliriii.
( i82 )
réponse à ces insinuations , et porteront les lûlra
à donner un'" pleine carrière à cette furie que
les plus politiques cl'entr'eux recommandent de
tenir confinée dans les salons jusqu'à nouvel
ordre.
)) Le ministère est unanime dans le sentiment
que le premier movcn de fortifier son aiitorité
est dans l'obéissance de ses agens , et dons Tiden-
tité de leurs vues avec les siennes. Ainsi il est ré-
solu à destituer les fonctionnaires qui manquent
de volonté ou d'habileté pour exécuter les ordres
qu'ils reçoivent; et il y en a beaucoup'' de cette
sorte. Trois préfets ont déjà été changés , ceux de
la A endée , des côtes du ]Nord et de la ^ ienne.
jM. Rognât , frère du général de ce nom , va à
Bourbon - Vendée , quoique cet administrateur
fût préfet durant le. voyage de Gand (i)
» Des exclusions de cette espèce cesseront lorsque
tous les partis montreront le même désir de se
rallier autour du trône pour l'intérêt général, et
qu'ils manifesteront l'oubli du passé pour garan-
tir l'harmonie du présent.
» Il est question de rapporter l'ordonnance qui
exclut sans formalité de la Chambi'e des Pairs
plusieurs membres que le Koi y a voit nommés
pour leur vie. Cela garantira l'existence de tout
le reste, et montrera par un nouvel exemple que
le Roi n'a jamais rien promis en vain , comme
S. M. se plaît à le répéter souvent, m
Reprenons en détail cette misérable lettre :
Apres les grands èvènemens on connaît peu à
peu leur cause. Tout ce que j'ai appris sur le der-
nier changement du ministère , prouve que le duc
de Hichelieu a résigné la présidence de notre min
ni store de la manière la plus spontanée , d'après
les plus mûres 7'é/lexions , et avec la détermiïia-
fi) Durins; tlie journey lo Ghenl.
( i83 )
tion la plusji.re de ne plus accepta ce poste clevë ,
ffuelquc presse qu'il en put être, fl a cédé unique-
ment au sentiment de son inhabileté pour lu direc-
tion des affaires , etc.
Il l'sl tlifllcile de renicvmrv dans quelque chose
de plus vague, un plus grand iiomUn* tVc tausselés.
On va voir, parle seul ordre des dates et des faits,
si la rtiraite de ^I. de Kiclielieu a été l'eflet d'unLi
résolution spontanée , ou s'il a succtiuibé aux in-
trigues de ceuxf[ui vouloieut perpétuerlesyslènio
dont la France est la victime.
Dès le I -i de novembre dernier, avant que M. le
duc de Richelieu lut arrivé d' Aiv-la-(^liapell<' , on
comnicnra à taire sonder les députés de la minorité
de droite, sur leurs dispositions relativement à la
loi des élections , à la censure et même à la liberté
individuelle. Ils déclarèrent qu'ils désiroient le
changement de la loi des 'élections, et le maintien
<Ic toutes |(>s libertés constilulionuelles.
i>e i^ et le iH du même mois, dc^ négociations
<>'ouvrircnl entre 1rs minorités rovalisles et les
royalistes ministériels. Le aj et le -itS on recul des
communications plus décisives. Des amis de queU
tfiies ministres annoncèrent que ces minisfreH
éloient disposés à j)roposer le changement de la
loi des élections, et que dans ce cas les ministres
oj)posés s<; retireroieiit.
Le *2Îi , le président du conseil arriva à l'aris. Le
bruit courut (|ue ^L le ministre de l'intérieur avoit
oflerl sa démission.
Le •».(), ch.ugeujent d<; scène : le ministère pa-
roissoil résolu a maiulrnir la loi «les élections <,'t à
demnijder M'ulement le re»ioiiv«'llemenl intégral,
projet cpie repoussoient toutes les opiuious des
Chambres.
L<* I •' et le •>. décenïbre, des mnliilions de uii-
liistére seinbb rent mettiT d ae»<ir<l tous les n»i-
uislics.
Le j il sursiiit un accident : on parla de la r'- .
iraifp cl im ministre en faveur. Les rovalistcs en
fureuf informes.
Le 6, projet de ministère , qui ne réussit pas par
l'opposition d'un ministre.
Les deux minorités royalistes aclievèrent de se
réunir le 12, et montrèrent le i ,^ , îe J 4 ^t le 1 5 ,
qu'elles formoient, par celte réunion, une majo-
rité incontestable. INlais le 16, une démarche qui
ne signitioit rien en elle-même (une visite de M . le
duc de Richelieu à M. le comte Decazes), di^isa
tin moment les royalistes ministériels, et rendit la
majorité douteuse. Ou rentra dans les anciennes
perplexités.
Le J9, on reprit 1 idée d'un ministère décidé à
proposer le changement de i«i loi des élections.
il paroîtroit que ?d:M. de Richelieu, Laine et
jMolé offrirent leur démission le lundi 21 : ces
démissions n'ayant pas ité, <!it-ou, acceptées, on
assure qu'un de ces trois ministres voulut exiger
des deux autres qu'ils ne resteroient au ministère,
qu'autant que fsl. le comte Decazes seroit e'ioigué
et partlroit pour l'ainoassade de Pétershourg. Ou
io^nore jusqu'où ceite mesure a été poussée; mais
on tient pour certain que M. le comte Decazes
travailla sérieusement à sou dépait.
ISI.le comte Decazes ne partit point; et le jeudi
24 ^*l- ^^ ^^^^ ^^ Richelieu parut seul chargé de
composer un nouveau ministère. MM. Lanriston ,
Moluen , Siméon et^ ilièle, fur«'nt simultauénient
mandés ie jeudi au f^oir chez M. le duc de Riche-
lieu : il paroît que le premier auroit eu le porle-
feuiile de la guerre, le second le portefeuide des
finances, îe ti-oisième le portefeuille de la juislice,
et le quatrième le porteléiiille de la marine, i.iis
ministres désignes se trouvèrent en ])resence les
uns des atitres, la plupart pour ]apremièr<>fo)s. Ils
ne m entrèrent tous qu'un sentiment, celui de l'im-
possibiliSé d'établir un tel lulnislèrc dans de telles
circonsîajiccs.
( '8Ô )
Alors et seulement alors, et point du toutsfjon-
tanémentf comme on le voit, M. le duc fie Kiche-
lieu songia à se reliit-r des affaires. Cependant on
parla <'ncor(' de la composition d'un miui.slère qui
parc.'='=oit devoir tf>Jivenir a toutes les opinions,
«•l qui auroit mis Gn aux inquiétudes de la France.
M. le dac de Richelieu sevoit resté aux affaire»
«^tran:;ères, M. Laine à l'intérieur, M. Roy aux
iinances; M. Lauriston auroit pris le département
de la ciierre, et M. de ^ illèlc celui de la marine.
Ce l'ut le samedi 2.G qu'eut li<'u la séance de la
Chambre des Députés dans la([U(dlc M. Bcngnat
fil le ra]>port sur la demande di's six douzièmes
de i'iiiîpôt. Lopposilion de gauclie demanda la
remise de relte décisiou au niiirdi : celte prop«>si-
lion lut adoptée.
Qui poujToit croire qu'une cIjosl .\ussi peu im-
porlauUîeu soi, a l'ait un si gjrand mar?On réjiandit
siu minislrrc projité, il u'ohiieudroit pas le vot<'
contre M. le duc de RichrJii'u ; «-l que, s'il s'arrétoif
le bruil à 1 iitsiant qut- la majorilé se promiucoif
des six douriéuK's.
A cinq iicun-s du soir, \c même jour, se déclara
cette maladie de i\I.le duc de Richelieu, qui a
servi de préf<'xle à la i'orinalion du nuuisiére ac-
tuel. Mais, le malin, M. Ir présirlenf du conseil
M" portoit à nu'rvcille; à midi , sa sauté étoit par-
laite^ à ([ualre lierres, il é4oit Irés-hien encor<> :
MToil-il poRsihle qu'il se trouvât mal tout à coup
au point (|u'oM auroit craint nour sa vie? Quoi
qu'il en soit , on "irolita dr vrt accident inattendu .
on ])i-f>lita de redVt produit pai- les diflirultés
i|U avoil épron\é(*s ror:;ani.sklion du nou>eau mi-
nistère, et par la remise ilr la délil>oratioii des
Chambres au mardi : M. leduc tic Hii lu'lieu (hmna
K\ déuiission , et le ministère aduel iul nommé.
Ainsi rassc'ili4)M d<* la Corrcxjunuiarur. prii'ée
«st dénuée de tontr Térité. La retr.iite de M. le
duc «le Richelieu n'a point été l'eUét d'une léjo-
JiitiViii >ponianée , mais le résuUat d'une longue
iniriiïue par laquelle ceuK qui vouloient conserver
le système actuel ont fatjgué cet homme bien in-
tentionné. jNous ionorcms si ]M. le duc de Riche-
lieu a fait des reproches à ses amis, s'il a écrit à
l'empereur de Russie y^ouy le tuettre sur ses gardes ;
nous ne sommes point les amis du noble duc ;
mais nous croyons qi>e ses amis ne l'ont point
trompé, et nous pensons aussi que M. le duc de
Piichelieu est trop bon Français pour rendre compte
au cabinet de Saint-Pétersbour<^ des alTaires inté-
rieures de la France. La Corresporic/afice privée a
'-.es raisons pour n'attribuer la formation du nou-
\cau ministère qu'à la retraite volontaire de ]M, le
duc de Richelieu, et à l'aveu qu'il auroit fait de
sa propre insuflisancc. Elle ne veut pas avouer que
M. le duc dentichelieu sentoit la nécessité d aban-
donner le vieux système et de se rapprocher des
lioiumes monarchiques^ elle craindroit, p.-rr cet
aven , de donner du poids à Topinion royaliste, et
de condannner le système du ministère actuel;
elle vient au devant des reproclies de l'Europe.
Le comte de Nesseirode qui était ii Paris avec
M. Pozzo-di-Borgo , et qui a observé avec lui
tout ce qui s'e^t passé , a pu informer l'empereur ,
son maître , de toute la suite de cette affaire ;
ils doivent avoir été bien convaincus par l'évidence
de leur propre sens au if éloit impossible de réta-
blir les chimères que l'ambition désespérée des
Ultra proclanioit dans toute l\Eurnpe.
M. Pozzo-di-Borgo , au. plus fort de la crise , a
obtenu une audience du Roi. Si des rapports fon-
dés sur l'autorité la moi?is doitteuse doivent être
crus , il commença par quelques insinuations sur la
démission non encore divulguée du duc deliicheheu,
lorsque Sa Majesté , qui participait aux regrets que
lui erprimoii 31. Pozzo , voulut bien lui commu-
niquer une lettre de M. du Fdcheliea lui-même , etc.
A Dieu ne plaise que ces. ultra, àonlV ambition'
( iB; )
est si (irsesvt'rée y fussent jamais partit' d un nii-
nistcH' lihrr rpii sappiiicroit du cicdit d"un:iin-
Lassadcur i-lr.in^ar ! Où en srrions-uous, s il rloll
vrai que des ambassadeurs , de quelque uaJiou
fju'ils sciient (loi'sque nous ne sommes plus lies
1)ar des traités, lorsque ces traités a«-(omplis n<'
aissent au<uu prélexlo de se nu*l<'rde uosafTaives
intérieures); où vn serions-nous, s'il éloit vrai
que dts ambassadeurs se crussent avoir le droit
de d«-mander compte de ce qi}e nous faisons?
Quelle est donc /'autorité c^ui a pu apprendre à la
Co/rcsj><>nt/anrc pru'i'e ce qui s'j-st passé entre le
Koi tt M. P()7./o-di-Borf^ni' Miséraldes éerivî.ins
salariés, penseriez-vous laire eslimer le ministère
actuel , en ayant l'air de mendier pour lui la
bienveillance de l'Europe d'une manière si liou-
teuse? On «lécouvre flaus vos hVclirs nj)ol(>i;i(s «me
vous êtes mal assurés : ces royalistes <jiie \oms
insultez sans cesse, ne font point dé[)( :idre leur
«ort Cl leur opinion du retour d'un courri( r.
JVe croyez luis qiiil aitctc scriejisemcntqiuw'inn
fin prince de TaUcyraiid dans nos comhinaisons
ministcrit'l/i's ; i>crsoiinc ne pense, à lui , etc.
Un a rèpainlu le hruit que l'arrrini^cnient de
noire cuhinvl n ( loiL ptis conc/u , et t.'ue le duc
d' yllherf^ re\>enoil de 'Jurin pour en faire partie.
INous ne savons pas réellement s'il a été (pu's-
tioii <le M. le prince de 'iallevrantl. iSous ne
(erons p(»inl l'élof^e de cet ancien miuistl'*' , pai- la
raison <pif nou.s a\ ons su j>| trimé les outrat;es ipie 1 ni
adresse la Corresponda/nc piii-if. Mais nous
savons que ce uvsl ]>as lui qui nous a donné la loi
«les )6lections et la U>i du reciutcment : conq)are/,
et pesez b-s services.
Quant à M, le duc d'AIber^ # nous pensons aussi
(pi'il n*a pas été question de lui. 'J'oitl le >«»n{^
trançais n'est pas épuisé, et, ^ràce ù Dieu, i\ y
encore des hommes cb- tnleiis dans noire ])atrie.
/'t>//i éte\ peut-être impatient de connnitrr l'ojn-
C ï88 )
nion de nos xjltra sut' jioirc rcvolulion mwislc-
rielle. Au fond ^ ils n'aiment ni 31. de Hicfic/icji ,
ni M. Mole , ni même M. Laine auquel ils ne
pourront jamais pardonner la loi des clectiofis
Le Conservateur ne leur accorde pas le moifidi'c
regret , etc.
Ainsi la Correspondance privée soutient la loi
des élections; elle soutient aussi le ministère ac-
tuel : elle sait donc que la loi des élections ne sera
pas changée. Que deviendra la France?
Elle prétend qu'au fend les royalistes ne re-
grettent point l'ancien ministère; elle a parfaite-
ment raison. Ils ont constamment combattu ce
ministère; ils pensent que ce ministère a fait à la
France un mal peut-être irréparable. Celane veut
pas dire qu'ils ne se fussent joints de tout leur
cœur à la partie du ministère , qui vouloit aban-
donner uîi système funeste.
On voit ici la Correspon dunce privée s'occuper
du Conservateur . Et comment ce Conservatexir ,
qui ne compte pas encore quatre mois révolus,
est-il déjà devenu une si grande puissance ? Com-
ment la Correspondance privée le mêle-t-ellT' aux
premiers intérêts politiques , à la chute des mi-
nistères , aux mouvemens des ambassadeurs, aux
dépêchiis des diplomates? Il faut donc que ce
Conservateur soit le représentant d'une opinion
prépondérante. Idais , d'un autre côté, la Corres-
pondance privée assure que l'opinion royaliste
n'est rien en France : voila comme les hommes de
mauvaise foi se coupent, se trahissent, et laissent
malgi'é eux percer la vérité.
Le ministère est unanime dans le sentiment que
le premier moyen de fortifier son autorité est dans
l'obéissance de ses agens , et dans l'identité de
leurs vues avec les siennes, ylinsi , il est résolu à
destituer les fonctionnaires qui manquent de vo-
lonté ou d'habileté pour exécuter les ordres qu'ils
( 1^9 :
reçoivent , et il y eu a beaucoup de cette sorte.
Trois prt'^eLs ont déjà itê êcliangvs , ceux de la
Vendée , des Cotes -du-lSord et de la Vienne.
M. Jios^nat , fr'cre du général de ce nom , va à
Boiirbon~ Vendée , quoique cet administrateur J^ût
préfet vendant le i'oyage de (rand .
La Correspondance privée nous annonce donc
<l(\s destitutions? En rllet elles se niultiplientsou>i
nos yeux. Cela ne nous surprend j^ointj il y a
lonf;-t<Mnps que nous les avons pixdites. Quand
toutes les autorités administratives , civiles, poli-
tiques, judiciaires et militaires seront changées.
nu verra ce qui adviendra. Keniarquons, poui*
l'instruction de nos lecteurs , celle expression , le
voyage de (iand : Stupete gentx » ! Ce sont les
hommes qui se disent les amis du ministère^ ce
sont les hommes tpii parois.-,ent connoîlre si inti-
mement ses projets; c'est la Correspondance pri-
\'i:c qui parle ainsi : cela nous expli<jue pourtpioi
nou.s Noyons tant de voyageurs dt: l'île d'Elbe.
// est question de. rapporter l'ordonnance qui
exclut, sans Jormali tés , de la Chambre des Pairs
plusieurs membres que le Roi j avoit nommés pou/
leur vie.
Cette ordonnanc<!, dit-on, est japporlée. Ou pré-
tend intime que les Pairs qui sont ou qui pourront
«Hre rappelés entreroicnt sur-le-chanq> dans la
(^Jiamhre d<'s Pairs, si l'aneienne minu'i'é d<! cette
Chamhr<", devenue majorité, étoit opposée au mi-
Tiislérc. Il iaudroil iaire ici «leiix suppositions inju-
rieuses : l'une <jue l'ancienne minorité de la Cham-
lirc des l'airs , nppuiei-oil tous les actes du mini -
1ère nouv«au , quels qu'ils fussent , dans la crainte
«le voij revenir les Pair» exclus par l'ordonnance •
l'autre. »|ue les Pair» rappelés auroient en"ajjé
leur (>j»ininn a»ix ministr<-s. jNous nous faisons uiir
plus nolile idée d<'s. Pairs de France ; tous ceux
(^ui siègent maintenant dans la Chamiire verront
lonjours ax'c respect d«*« elmix qui tlépcndent
l '9^' )
liuiqucmciil de la puissauce el de la sagesse du
Hoi : ils sont, de plus, persuadés que tout uou-
\eaii Pair saura conserver la dignité et l'indé-
pendauce de son opinion.
Les nations voisines se laisseront-elles berner
encore long-temps par la Correspondance privée^
Comment peuvent'-elles être dupes de ces récits,
dont il leur est si aisé de connoîlre la source? Il
n'y a pas de si mince individu à Paris qui ne puisse
nommer Tauteur de la Coj'respondance privée / et
les cours étrangères , et les peuples étrangers
ignoreroient ce qui est en Pranoe le secret de la
comédie 1 L^Europe croit entendre la voix de la
France , et elle n'entend que la voix de quelques
hommes intéressés à défendre un système funeste,
par la raison que ce système favorise leurs pas-
sions , accroît leurs fortunes , et les maintient
dans les places et dans les honneurs.
Mais combien ces L.immes eux-mêmes sont
imprévoyans ! Pensent-ils recueillir les derniers
fruits delà moisson qu'ils ont semée? Illusions 1
Poussés par une faction puissante, quand ils se-
roient parvenus à chasser tous les serviteurs du
Pvoi , à écarter tous les hommes monarchiques,
iilois ils tomberoit'nt eux-mêmes victimes de leur
aveugle haine.
Bientôt la faction triomphante seroit elle-même
trompée dans ses calculs ; elle se diviseroit en
civile et en militaii-c. Les démocrates qui auroient
cru parvenir à la liberté , arriveroient encore une
fois à l'esclavagtî : un sabre remplaceroit leur con-
stitution, et les généraux ren>erroient les écri-
vains in.dépendans dans les bureaux de la police.
Ceux qui ont lantrui si lon^-temps sous le des-
potisme des baïonnettes , ne craigncnt-iJs pas de
V oir renaître ce despotisnie? Espéreroil-on trouver
dans la puissance militaire im abri contre la dé-
nioçralie? Ce ne seroit qu'un nouveau péril. Nous
errons d'écucijs eu écueils , pour ne pas vouloii*
( ïfM )
«uivio la roule du Lon sons , de la justice el delà
véritable liberté. Nous laissons périr la morale et
]a religion , comme pour rendre pos maux incu-
rables. Buonaparte avoit tué la révolution, nous
Tavons exhumée , et nous ]jrGdi;<^nons l'encens à
ses restes impurs. Restaurateurs de sqs œuvres ,
propagateurs de ses maximes , nous enlevons la
consolation à la mort , l'innocence à la jeunesse,
11 semble que nous prenions surtout un soin
particulier d'empoisonner les g^énéralions nou-
velles : nous avons raison. Rendons la postérité
complice de nos opinions; subornons l'avenir:
\vs criminels doivent chercher ;'i cnvr<»ni]>re leur
juge, l.E Conservateur.
Omissions et JRecliJications.
Dans notre dernier iirticle ( scizil'inc Lii-roison
Ju Conservateur) nous avons donné la liste des
préfets destitués. Il faut ajouter à cette liste
Si M, dt* Roussv et du .Slesnil , et l'on peut y
joindre maintenant^ MM, <Ie Breteuil , d'Indv
et de Barrin , jiréfets d'F^ur<" et l.(u'r , de l'Ai--
déche et de la liaute-\ ienne.
.Nous a\T)ns ([uj'lque doute sur la lecture d'un
des noms inscrits sur la seconde liste ('.es ex-con-
ventionn<'ls r:ip[K'lés, Aous ne savons s'il faut lire
Piurin ou Pcniii : nous avons suivi dans nolic
urticle la première leron. Mais si e'es| Pépin
uu'on <loit lire, il y a\oil un «•x-convenlionnel
de ce nom du département de l'Indrc.'. Sou vote
étoit : la détention; la déportation à 1» paiv.
A propos de ces votes pour la flétenJion et le
})anni.sseuieut , il est bon de faire reuiaiijuer <juo
ceux <{iii le^ ont émis n'étoient p;is passibles de la
loi du J2 janvier i<'5i(), lacpielle loi ne frappe que
les régicides proprement dits. Comment <lonc se
trouvent-ils sur la liste des ex - conventionnels
raypcfês , puisqti ils i»'«jul pas dû ùlm Ijarrtis ?
( '90
L'article 7 de la loi porte : « Ceux dcsré^iciflex
» qui , au mépris ci une clémence presque sans
j) bornes , ont voté pour l'acte additionnel, ou
ij accepté des fonctions ou emplois de Tusurpa-
» teur, et qui, pa^" là , se sont déclarés ennemis
)) irréconciliables de la France etdu gouvernement
53 légitime, sont ex^clusà perpétuité du rovpume,
j> et sont tenus d'en sortir dans le délai d'nn mois,
» sous la peine 2J0rtee par Farticb; 33 du Code
;> pénal: ils ne pourront y jouir d'aucun droit
;> civil , y posséder aucun bien , titic ni nension ,
1) à eux concédés à titre gratuit. »
Cet article n'est donc ap]>licable qu'aux cx-
conventionnels qui ont voté la niojt du P»oi. Ce
ii'étoit pas la peine de tant se récrier contre la
majorité de la Chambre de 1810 , pour donner à
une loi pénale, votée par cette majorité, une
extension que cette loi n'a pas. L'incrovàbte rap-
port du 24 décembre dernier mériteroit bien
d'être examiné sérieusement j)ar (fui de droit.
Celte date du 3.4- décembre nous ibi rnil une
observation curieuse : le 24 décembre dernier se
trouve être le jour même où le public a générale-
ment cru que M. le comte Decazes alloit cesser
d'êti'C ministre. Dans ce cas , le rapport auroit été
les adieux de JNI. le ministre de la police à la
France.
Remarquez aussi que ce même rapport, qui
semble rCHverser toute une loi , n'est pas lait au
nom collectif du ministère, mais au nom particu-
lier de M. le ministre de la police , qui se charge
d'en donne/' connaissance à ses colica^ues , lors-
qu'il aura été approuvé.
Le Conservateur.
On vient fie mettre en vente la quinzième partie de In Cor-
respondance poLiiiauc et administrative , pjr M. Fievee. Un vol.
in-S". Prix : 2 fr. , et 3 fr. p»r ia poste, (jhez le Noruiaut, rue
de Seine , n° 8 , et quai de Conti , n" 5.
IMPRIMERIE DE LE NORMANT, RUE DE SEINE.
Tome IL
Dijc-liuilième Livraison .
LE()0
"S? Le Jloi , la Charte et les Honnêtes Gens. Sa
^^
Février 1819.
^1
i
^
c/trz, J^r r/^oz-f/itt/i/, /tôt , L>r(//<ef/r, ^
AVIS DE LÉDITEUR.
Les Personnes qui n'ont souscrit que pour le pre-
mier volume cou/posé de treize Livraisojis , et qui sont
dans Vintention de recevoir maintenant le second
volume, sont invitées à vouloir bien faire parvenir
leur j^enouvellement le plus tôt possible, si elles
veulent éviter tout retai'd dans Venvoi de leurs
LivraisoTis.
Les Souscripteurs des départemens sojit aussi
priés 1 pour prévenir toute erreur , d'écrire leurs
jioms et leurs adresses bien lisiblement , et surtout
de ne pas oublier, comme cela est arrivé plusieurs
fois, d'indiquer le lieu de poste par lequel ils sont
servis.
On ne peut souscrire que du commencement d'un
volume.
Le prix du second volume est de \^ fr. pour la
souscription.
Les lettres et l'argent doiçent être adressés , franc
de port, à M. Le Normant,fds, Editeur du Con-
servateur , rue de Seine, w^ S, F. S. G.
On souscrit aussi chez les Libraires ci-dessous désignés
Camoin frères,
j Marseille, l Masverl.
Abbevllle, chez Giare.
Agen, Noubel.
AÎençon, Bonvoust.
. l Fourrier-Mame.
^"6"*' ÎPavie.
Argentan, Lecresne.
Avignon , Seguin aîné'.
Bayeux, Groull.
„ \ Bonzom.
Bayonne, J ç^^^^
Besançon, Girard.
I. j \ ^ • Bergeret.
Bordeaux, j (j^^^;^,^
„ l Lefouinler et Despériers.
«'•"»• ) Michel.
Caen, Manoury aine.
Cambrai, Bertout.
Châlons-sur-Saône, Dej'issieu.
Charleville . Ch. Raucourt.
Chartres , Hervé.
Clermont - Ferraiid , Thibaull-
Landriot.
Dijon, CotiucL
Douai , Tarlier.
Grenoble, Durand.
Laval. Grandpré.
Lille, Vanackt-re.
Limoges, Baibou-Descourières.
t Liebaux.
\ Maire.
\ Périise frères.
i i\u^>and.
\ Boliairc.
) Bclon.
\ Fesche.
f l^amoir
} Masver
( Chaix.
Lyon ,
Au Mans,
Meli, rhei Deviliy.
Monlauban, La Forgue.
M. ,,. l Seguin,
ontpell.er, ] y» Dur>ille.
Nanci, V* Bonloux.
«j . S Busseuil aine-
INantes, '. „ •■ •
' t iiusscuil )eune.
Nimes. Gaude fils.
Niort, ]Mn>« E. Orillat.
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Rennes, { M^e y* Frout.
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Cet ouvrage, r<*Hig»' avec une l'gale iniparli.iliU- pour \v<. inttr^l!» du
fisr et pouiMcu» du roniribualile . csl l'ssriilii-llrinoiil ulilr aux débi-
tans,aiix niarrh.mdi «-ii gros, aux (oiniiii^sidiiiiaires, v\( rtc, et inèiiie
h MNL les maires appebs, dans (ertaiiis ra«, a prniioiK cr entre lciir.>
.idmini^lrés et lr> pu•p<l^es. L'auteur le prr>enle au Puldic avec d'au-
tant nlii» de roiifi.iiur. iiii 'employé dan* l.i Régie des r<'p(i(|ue de .\a
(réalioM, il a pu en m ueillir It-s matériaux avec plus de soin et de
méthode.
De l't{]utlibre du Poiuoir en Europe, traduit de r.ingl.ii( de (»<>ulil
Fraiiri* Lrrkéi;, par >■%••♦. l'n vol in-^". Piix : 6 fr. . et 7 fr. aj •
fi.inc dr port. A Pari">, «lier. .Marad:<n, libraire, rue (jiiéiicgaud .
n" y; cl le Nuriiuiil . rue de .^c•ill^.•. n S, lI i|u <i Cuiili, u** 5.
I ■//^r. /lOéir tf/v va/u.
on /. ^, r/(/ah'c fc/.
l^cj ac///a?t€iGJ <f/ envofj re/a///j rr ce/ Ofcvrcft/e^
aoive?iâ e/re ac/r^rj , Auinc ae //o^'^l], om f^u.refiu r/u
wo/Uef'tHi/ear, 7'ue ae fL^ei^iej tyô ° S.
^e CtyfnÂrcynef'ie ae ^e tyc:o?'//>a/fià.
V>/^V\\V\>^V\V\\V>.\\.V\\\%V\VvW%\W\^\»<V\V\VV^»»^WVW»%M<»M/»VV»W»VH\V>\\>WV.-<
LE CONSERVATEUR.
De V Essai sur l Indifférence (i).
Des hommes se rencontrèrent , dans le siècle
dernier^ doués à un degré éminent du talent dc
séduire, voulant delà gloire à tout prix, et faisant
de la destruction \\\\ moyen d'y parvenir^ avides
de floiniunlion , dévores d'un int^uiet esprit de
désordre ; « tvh , enfin , qu'ils ne manquent jamais
» tVapparoitre lorsque le ciel veut exercer sur les
)) peuples quelque ff'and châtiment. » i^QS nations
ne vivent qu<* j)ar les croyances. Ils les attarjui"^-
rent toutes; ils poursuivirent partout le dépôt de
vérité confié à la soc iété. La métaplivsique , la
politique, la poésie, les romans, la littérature
tout entière lut une consj)iration d'impiété. Le
christianisme l'ut voué au rirlicule. Le monde
moral alloit succomber. Mais celui qui a dit aux
flots de la mer, vous viendrez jusque-là , et vous
n'irez pus pita loin, a marqiié à l'erreur et aux
passions d«' riiotnme un terme qu'elles ne peuvent
i'ranchir. Le remérle sort de Texv es du mal m/^me.
Lt alors intervi<'Tit celte fjraifdc loi de conserva-
tion qui , sans violer la liberté de l'homme, l'ar-
rêt • sur les bords de l'abîme qu'il s'est creuse. La
France, égarée par îles sojjh'stes, fut abandounce
à elle-uiéine. La \érilé n'y régua plus.
« Des alliées gouvertièreut la l-rance; « t , dans
(i) Vol. in-S», tomr I". Prix : 6 fr. So r. , cl 8 fr. pnr I»
prt»lr A l*.iris, rhrt l'oiirrint hon et .S«'(;iiiii, nu de Savoic^ii^ô]^
*l flirt ir Nonnnni, rue île Seinr, n» 8, et quai Conti . h'5.
TuM» Il — li' I.iv;' *'s .T. li
( 194 )
» l'espace de quelques mois , ils y accnmukh-rnt
» plus de l'uines qu'une armée de Tartares n'en
» auroit pu laisser en Europe après div années
)) d'invasion. Jamais , depuis l'origine du Monde,
)) une telle puissance de destruction n'avoit été
)) donnée à l'homme On oi-ganisa la mort dans
» chaque bourgade ; et. achevant avec des décrets
)) ce qu'on avoit commencé avec des poignards ,
)) on voua des classes entières de citoyens à l'exter-
j) minalion. Cependant, la haine de l'ordre , trop
» à l'étroit sur ce vaste théâtre de destruction,
)i franchit les frontières et alla menacer sur leurs
w trônestouslessouverairisdel'Europe. L'athéisme
w eut ses apôtres et l'anarchie ses séides. LaFrancc,
» couverte de débris, ofiVoit l'image d'un immense
)) cimetière, quand, chose étonnante! voilà qu'au
» milieu de ces ruines les princes même du dé-
)) sordre, saisis d'une terreur soudaine, reculent
» épouvantés, comme si le spectre du néant leur
i) eût apparu. Sentant qu'une force irrésistible les
» entraîne eux-mêmes au tombeau , leur orgueil
» fléchit tout à coup. Vaincus d'effroi, ils procla-
w ment en hâte l'existence de l'Etre-Suprême et
i) Timmortalité de Tàme ; et , debout sur le cadavre
" palpitant de la société , ils appellent à grands cris
i) le Dieu qui seul peut la ranimer. »
Mais la haine de la religion catliolique restoit
dans les cœui*s. On continuoità proscrire les mi-
nistres de son culte « on n'étoit encore revenu que
de l'athéisme et de l'anarchie. Ce tut alors que pa-
rurent la Ihéorie du pouvoir politique eti'eli^ieux,
la Législation primitive et le Divorce. Les londe-
raens de la société avoient été mis à nu ; M. de
Bonald y lut écrite en caractères de sang cette
vérité qu'une phiiosophie irreligieuse détruit la
société, et que la religion seule peut fixer les
hommes dans un état conlorme à la nature des
^iifii..X& philosophie moderne coniondoit dans
( ^9^ )
rUomme respiit avec les organes, dans la société
Ir souveraiti avec les sujtls , dans runivers Dieu
iiuMUc avec la nature, cl détruisoit ainsi tout
ordre général tt particulier, eu ùtant toutpouvoii*
réel à rboiniue sur lui-même, aux clu Is cfes Ftats
sur le peuple, à Dieu mt^ine sur l'univers. M. de
lîonald , ranieuant panîii nous la inélaplr si ue
d«'.s Platon , des Descartes, des Malebranche , livs
l.eihnit/. , ct la politique d-s Bossuet , des Do' -at ,
des d'Aguosseau, des Féuelon, plaça de nouv< a: la
reli;;i()n à fci léte de la société et de toutes les pensées
de 1 hoininc. Personne mieux (|ue lui n'a prouvé
l'union intime de la i'eii;.non et de la société} ct ,
• •n métapli vsicjiie , ses idées sur la parole jettent les
]>lus grandes hvmièi-es sur celte science^ et la lient
d'un nœnd indissoluble a la révélation. C'est ainsi
que la raison éloquente de M. de BonaKl vengeoit
le tatliolicismr; de In politique de Rousseau et de
la mélapli\ sifjue d'Helvelius.
Mais il étoit un «jenre d attaque plus frivole, ct
par con>'éq'ient j)ius lépandu. \oltaire dans le
de'niier .%ii'cle , Parnvau c«mm''nccment de celui-
ci, et une troupe d'écrivains à leur Suite, avoient
j>ro«ligué au christianisme leurs insultes, lenrS
saicasmes et leurs caloninies. Pour bi-aucoup
d'esprits, la religion ('-toit une vieille et triste
superstition , production inTi^rrae du moyen,
âgv , dont la politi'jue pouvoit s'accomnioaer ,
mais qui n étoit lait<' que pour le peuple. Le
Ociiic du Chrisliainsinc (i) parut. Alors l'iiient
(i) l).in> un ouvrage reripli Je toutes les coiilr.nlictiuns et
lie tout lc> « (>'ttrd»lc* . pi(|UJiil surtout par le ]>raiid:i'<G, ou un
orclitv(S|ue vante la pliilo»uplii<- ct la révolulioii , ilciirécie le
«icr'e de Ixiui» XIV et Kossuet, el n-scrvc son adnilration pour
le di-posie dont il fut l'.iuniùnKT, on n'est pas suipri* de voir
une rritiqiic du (rtnii- du Chrtiliaiiùme. N t-li>it-il p.is bien évi'>
dent, ini^ne av.uil crUr att;><|u<-. que le (irnir du Ciiviilianisme
'loit lin dr> livres <|iii aboient nui le plus a la pliitosupliic et à
\* rcvoKiliou , ct que ,M. de Chateaubriand avoit toujour* été
i3.
(196)
développées ks beautés morales et portiques du
cla-islianisme ; alors on vit ce que les arts, le
génie, les lettres, les sciences même, dévoient à
une religion dont Tobjet est le perfectionnement
de l'homme tout entier. M. de Chateaubriand
s'attacha à montrer ses rapports avec l'imagination,
le sentiment, et toutes les facultés de Thonime,-
et, dans un stvle plein de charme et brillant d'i-
mas^ination, il prouva que tout tient dans l'homme
au sentiment religieux, et que Je christianisme
offre ce sentiment dans toute sa pureté.
1 es ennemis du christianisme ne s'avouèrent pas
vaincus; ils répondirent à INI. de Bonald que ses
écrits étoient de la métaphysique. Ils dirent à
M. de Chateaubriand qu'il avoit fait de la mytho-
logie ; et, abandonnant les systèmes d'H(»lvétius
et les sarcasmes de Voltaire , ils se réfugièrent
dans l'indifTércnce. C'est là que M. de La INlcnnais
vient les attaquer. C'est en vain qit'ils voudroicnt
s'arrêter dans ce retranchement, leur redoutable
adversaire leur enlève cette dernière délènse.
!Nous allons exposer les argumcns de sa logique
rigoureuse.
M. de La Mennais reconnoît deux genres d'in-
différence : l'une qui n'est qu'insouciance , oubli ,
entraînement, dont tous les siècles offrent des
exemples, et contre laquelle les prédicateurs de
tous hs temps se sont élevés.
L'autre indifférence , qui appartient plus parti-
un (les plus nobles adversnires de la t\rannic cf île l'usurpation ?
î^ous rappelons à M. de Pradt , qui somble croire à cela un peu
«difficilement. i]u aucune cirvnnstance u'a commande le Génie du
Christianisme , (]ue ie premier volume a éle imprimé à Londres
dans le courant de l'année l''99; et nous regretterons qu'en
citant la lettre de INI. de Chateaubriand au premier consul .
M. de Praiit n'ait pas ajouté qu'après la mort de lAI^'' le dur
d'Engliein, elle disparut ce toutes les éditions du Génie du
Christiauisfiir. Seruit-ce là ce qu'on ne pardonne pas plus à
M. de Chateaubriand que JBuonapartE ne le lui avoit pardonné ?
( »97 )
culièrrmriit à ccsitxle, «l cju'onpourroit nommer
tlogiu.ilii{ir', consiste à dire (^ue toutes 1rs Aéiîtés,
ou un certain nonilirede vérités, sont indiflfci'entcs
en soi, ou qu'on p uf les nier ou les adm ttre
judinértMiiiiicnt : si Dieu existe ou non; si le seul
devoir est d'oljéir à ses pcncliaus , ou si l'on doit
l«."s replier, ainsi que ses crovance.s sur une loi fixe
et di\ine , voilà ce dont certains hommes ont fait
l'objet de leur indilFérence. Ce n'est point une
doctrine, ce n'est pas même le doute, c'est , comme
le dit .M. de J.a Mcnnais, une ignorance systéma-
tique, un sommeil volontaire de l'âme, un en-
gourdissement universel des i'acullés morales. Cet
état ne sauroit durer sans détruire la société , parce
que les doctrines ont la plus grande influence sur
son existence , et que les doctrines sont nécessai-
rement vraies ou fausses, et ([ue nécessairement
files produisent le bien ou le mal, car l'circiir
Ticic et la vcriU' perfectionne. Si rien n'est indif-
férent en politique et en morale , à plus forte rai-
son rien n'est indiflérent en reliijion, Ouel délire
traiisporle donc ces indiflt-rens svslémati<{UCs ,
qui, à force d'avoir entendu réj)éter <jue toutes les
rtîligions sunt indifférentes, les méprisent toutes
sans les connoître , et refusent d'examiner s'il en
est une véritable :* M. de La INIennais réduit à trois
systèmes généraux la doctrine des hommes qui
refuseroient d'admettre la vérité catliolique :
atliéisme, déisme et liéi'ésie. L'iiérésie, consiste à
choisir, entre les vérités révélées, celles dont \a
raison se contente le mieux , et à rejeter les
autrej comme inutiles, comme douteuses, ou
comme des erreurs certaines. Là commence le
désordre; k on lait de la raison '(£ui doit obéir
» le j)ouvoir rjui doit comurinder; et, translor-
» niant la religion vn pure opinion, on détruit
ï» le foudement ni/lmc des vérités (ju'on retient. »
tji l'homme niube d'écouler i'Ltrlise, parce que
c '9^ ;
sa raîson ne compi'encl pas, il refusera bientôt
«î'étouter le fondateur, le médiateur, parce rrup sa
raison ne ])Ourra comprendre j il refusera Lîcntôt
de croire la tradition universelle du genre hu-
main, qui atteste l'existence de Dieu, parce que
sa raison ne sauroit comprendre Dieu. « S«lôt
■» qu^on meconnoîtla règle , il faut aller jusque-là :
» nul moven de s'arrêter; le principe entraîne,
» et , .lus l'esprit a de rigueur et de rectitude,
•» plus il s'égare. » Ceux qui ont dit que M. de La
Mennais appeloit les protestans des atlie'es ou des
déistes ne l'ont point eaitendu. M. de La Mennais
prouve que le pi'incipe d'indépendance , qui veut
n'admettre un article du symbole que lorsque la
raison l'a compris , conduit à nier tout ce qui est
incompréhensible. Dieu et l'î^omrae même. Il
range les protestans parmi les indifférens, nom
que Luther lui-même donnoit à Zuingle cpii
n'étoit point indiffèrent sur la divinité de Jésus-
Christ, mais qui l'étoit sur la présence réelle 5 et
Luther lui-même étoit indifférent par rapport à
la primauté du pape on à la transsubstantiation,
puisqu'il declaroit qu'on ,pouvoit ne pas croire
ces dogmes et être chrétien.
Tout homme , convaincu qu'on ne peut être in-
différent en matière de religion, sera donc forcé de
Frouver qu'on peut raisonnablement s'arrêter dans
un des trois systèmes qui nient soit l'autorité de
l'Eglise, soit l'autorité du médiateur, soit l'auto-
rité de Dieu, ou qu'il existe, hors de la religion
catholique,, un quatrième svslème. Jusqu'à ce
qu'on ait fait cela. M., de La INIennais a droit de
conclure de cette seule partie de son livre qu'il y a
déraison partout hors de la religion catholique,
d'où se déduit l'obligation de l'embrasser pour
tout homme qui ne veut pas rester dans l'indiffé-
rence.
M. de La Mennais montre de plus que les trois
( '99 )
svslèmes pc'-ncrauv d'indifTrrnice , rentrant nécc.i-
saiivnienl l'un clans laulre , aboutissent à rindiffé-
rrnct' rloi^matique absolue en matière de religion :
il suit de là qu'en nlulant les principes sur les-
quels repose celte indifférence orrnérale , on réfute
en même temps tous les svsiémes parlicidiers
d iiidifléience. Or, lindiffércnce absftlue en ma-
lien- de rrlîcrion ne peut reposer que sur la non-
iuiportancc de la religion , ou , supposé celte ira-
ptîi'tauce, sur l'impossibilité de discerner, entre
les religions diverses, la véritable. Il seroit difB-
cile délablir avec plus de force que ne l'a fait
l'aulcni-, l'importance infinie de la religion par
rappoit à riiomme, pi^r rapport à la société , par
rapport à Dieu même. Il se propose de publier
un second volume où il renvn-sera la seconde
base sur laquelle s'appuie l'indifférence, en prou-
vant <p»'il existe pour tous les hommes i\x\ moyen
sôr et facile de distinguer la vraie religion de
toutes les autres.
I.e litre d<' cet ouvrage est lui seul un trait de
lumière, «"-t il c«t au'ssi bien aj)proprié à ce mo-
m<-nt-ci que le nom cjue donna Bossuet à son
Histoire de la Réforme, cjuand il l'appela l'His-
t<^)ire d<'s \ ririalinns. L"in«liflèrence doit finir par
cela si'id fju'on l'a signab-e. Aussi, le livre de
l'lndillVrenc<? a-t-il été accueilli avec transport.
La (puitrième édition esl presque épuisée. D'abord
«ucun blànu" ne s'est mêlé aux louanges qu'on lui
df)nn(»it de touti's parts. Ati|ourd'lnii, le reproche
d'intolérance est dans (juelques bon<lies. Ceux
qui accusent M. de La .Mennais d intolérance
vantent en mfnie-tcmps la loléranc<' de Fénelon.
Il faut s'entendre. Si l'on appelle tolérance, ce
«entiment de ( hariU'' qui ne demande pas compte
du Nice nu vicieux, de l'erreur à l'err.uit , qii?
distingue toujfuirs les personnes des Djunions, j(
U Irrtuve pu (oui dans l'ouvrage de M. de L^
( 200 )
JNIenftais comme dans ceux de Fénelou. Ce n'est
l'esprit ni de l'un ni de l'aulre, c'est l'esprit du
cîiiislianisme, étions deux sont clirétieus. Sil'on
appelle intolérance la déclaration franche qu'où
ne peut être indifierent à la vérité , et que la reli-
gion calljolique comprend toute la vérité, voici ce
que ditFeneîon dans ses Lettres au Duc d'Orléans :
(( L'homme n'a ni à choisir ni à délibérer, tout
■» autre cidte que le catholique n'est point nue
3> l'eligion. » Plus loin, ii dit ; « Qu'il n'v a paa
i> de milieu entre le catholicisme et l'athéisnie,
» si l'on veut être conséqiunt. » M. de La -ren-
nais ne prétend pas autre chose. jNoiis ne répon-
drons rien de plus à ce reproche qui tient lieu de
raisonnement à ceux qui le prononcent} mais
nous crovons que la lumière est intolérante en ce
sens, parce que partout où elle est, il n'y a plus
de ténèbres : cette accusation, si elle étoit répé-
tée , ne prouveroit que l'impuissance de répoudre.
Disons-le aujourd'hui , parce que cela est vrai: de
même que le dernier siécJe a offert une réunion
effrayante de talens contre la religion, le iç)^
siècle commence d'une manière toute opposée.
Des hommes doués d'iui véritable <jénie sont tous
pénétrés de l'importance de la religion et de sa
vérité. Le Ciel a donc des vues de clémence sur
notre patrie. Malheur à nous si nous refusions
encore la lumière !
Le mérite du style, dans V Essai sur V Indiffé^
rence, est trop remarquable pour qu'aucune raison
puisse nous dispenser d'en parlei . Jamais, depuis
Pascal , on ne réunit à une telle profondeur de
pensée une telle vigueur de coloris. Il y a ici
cjuelque chose qui ressemble à Tacite et à Bossuet.
Ce style piftore.sque , cette diction si énergique,
CCS expressions si vives, ces traits d'un pathétique
sombre, cette éloquence si pressante, cette ma-
»ière si forte d'embrasser un ensemble, et d en
C '-^01 )
disposer les délailà , voilà bicu qui décèle l'écvi-
vain supérieur. L'ônidiliou ia plus vaste est telle-
ment mêlée auv pensées do l'auteur, qu'elle y
ioime uu tout indestructible. Nous serions embar-
rassés df citer, tant il y a d<' morcca--\ saillans ,
rlapi ri;us heurenv d'ob'-erNations éti'Unantes en
])olitiquc, en morale, en hisloire. Il n'y a qu'une
chose que nous serions tentés de reprendre dans cet
ouvraf;e : c'est (pielquefois une trop grande accu-
mulation d'imai,M'S; mais un gont plus sûrl'absou-
droit de ce reproche. On voitfpie cétoit ainsi qu'il
falloit parler à un siècle indifférent, 'i acite n'a pas
écrit riiistoiie comme Tile-Live, «^ui e'crivoil dans
des temps plus calmes. Il v a un ton général com-
mande' j),ir le siècle où l'on \il. Clair, précis, pro-
lond, les beautés du slNledelIssai sont de l'ordre
le j>lus élevé , et toul-u-lait originales. On sent que
l'auteur a vu très-jeune l'aflrenx spectacle (jue nous
a\ons donné au Monde. Son âme a frémi 5 il en a
«.liercUé la cause , et il Irémit encore , en écrivant,
^(ue I«-s mêmes cau.ses ne raméneul les mêmes ei-
1( Is. Il se hâte', parce qu'il laut se presser parmi les
choses soudaines et passagères. Son style a pris la
teinte de 6a j)OsiLion. On >oit, à ce qu'il y a dé
sombre et de singulièrement énergique , (|u il crai-
gnoil fouiour'; de ne pas dire assez tôt toutes les
vérités <pi'il ann«ince , de p«'Uj' <pi elles ne lussent
trop taiil « ntendues. J/iiili oduction , où 1 on re-
mai(]uc surtout cette iiupiiétuile , est uu morceau
à part : ce sont trente ])ages dignes de tout ce que
l'éltxjuence a de plus brillant. Les suites de la ré-
lorme, le dé.<ordre des philosuphies humaines
n'ont jamais été présentés avec plus ilc iorce ,
même par Bos.suet. iM. de La IMennais a \u ce que
ce ]>uissant géni<r n'avuit lait que prévoir. 1^'ou-
viage manque jnul-élrc de morceaux «pii reposent
l'urne. J/anleur vous traîne haletant api es lui , dr
la rclorme à rindillércuce ; là ^ il >ou.s lail.soudei*
^ 202 ")
1 ;iiiîiitc , et bientôt il vous en arrache pour vous
faire contempler la liantenr de la religion du Ciel..
Son géni€ plane couîme l'aigle. Malehranclie n'a
pasdeplusLeau chapitre que celui de l'Importance
^e la Religion par rapporta Dieu. Les élévations
sur les Mystères n'ont rien déplus imposant. M, de
La Mennais répand des flots do lumière sur les
ffuestions les plus incompréhensibles pour l'esprit
humain. Son livre restera c&rame un monument
de cet âge. En vain on voudroit l'attaquer, son
succès ira toujours croissant : il aura le sort des
ouvrages de génie venus à propos.
Genoude,
Méclaniatlon de l'Ordre de Malte auprès des
Puissances alliées.
Il vient àe nous tomber sous la main un exem-
plaire de la rcclamation soumise à la fin d'octobre
dernier, par l'Ordre de Malte, aux puissances
réunies à Aix-la-Chapelle, dont l'objet est àe
faire rétablir sa souveriiineîé sur un point de la.
IMéditerranée où il puisse continuer ses arméniens
rés^uliers contre les Barbaresques.
Cet écrit n'^est pas moins remarquable par la
nolde simplicité de sa rédaction , que par la di-
gnité delà cause qu'il recommande à la suprême
justice des grandes puissances, etpa-rla force à.ts-
arguRiens dont il l'appuie.
Il n'y a, dans les annales du M&nde , aucun
exemple d'un recours aussi imposant sous les di-
Tcrs rapports de l'illnsferation dé la partie devenue
suppliante, de la grandeur et de la légitimité de
sa supplique, de l'auguste caractère et de la posi-
tion grave des iMonanjues dont la justice est i»-*
plorée.
( 203 )
Nommer l'Ordre souverain des cliovàlîers de
S.TÎut-Jcan d<' JtMusalcin , c'est rappeler les temps
liéroujucsdelarelinfion, ces lonp;Tiesséri<*.s d'exploits
i)l«is t'ciatans les uns (jue les autres, par lesquels la
U()b;essc chrétienne s'est successivement immolée
pouriad(*ténsedela ville sainte , pour le triomphe
du vrai culte ou pour la délivrance des personnes
et des propriétés tombées au pouvoir des hordes
barbares(jues.
Atteint plus d'une fois , dans l'espace de sept
siècles , par les vicissitudes humaines, cet Ordre ,
obligé de céder au nombre la ville de Jérusalem ,
(jui avoit été son berceau , avoit vu sa sublime
institution acquérir dans Riiodes , et y conserver
deux cents ans les honneurs de la souveraineté;
puis ses débris échappés des luines, quelque temps
épars , tout à coup i"<xueillis et lixés à Malte par
la nuinilicence «le Chailes-Quint.
A Malte ! que rOi-dre a possédé, enrichi , illustré
pendant trois centsjins cmme dt»iuaine {^fouverué
j)ar lui .seul 5 à Malte, dont la possession ne lui a
élé ravie que par les lâches intrigues d'un révo-
lutionnaire , avide alors de ces agitations, de ces
Louleversemens qu'il médiloit, comme moyen
«l'arriver au de'«j)Olisin<'.
A c«-tt<' démai;ogi(pie expulsion n'a succédé,
«le la part d«' r()i'(lre, aiidin acte par lecpiel
il y ait souscrit, même implicitement-, jamais
de cession ni «'vpre.ssé ni tacite de ses droits sou-
\erains et él;d)!is8ein«'îis d.'iis Alalf".
Tellj'inenJ «|u<' j)ar !«' lra.l«' «l'Amiens, l'auteiir
iî<* l'occMp.ifion élran.'i'ère de cette île, aspirant à
une ,sorl«' <1«' ré«)iî>anisalfon sociale , avoit stipulé
(ju'elîe svrijit rendue» l'Ordre.
Par>«'nu , «nrnme r«d)servr In .supjilifjue , au
terme d«'s iiieerliln<I«'s pour la Iffj^iliinité, l'Ordre
(le Snijil-.Iean «|e Jérusalem n«' p«'ut pas r«'ster lu
àcule vittinie dt > .illeintes qui lui nut été portées ,
( ^o4 )
il ne peut pas, tandis que de toutes parts les
anciens Etats sont relevés par la sainte alliance,
demeurer seul anéanti et frustré de toute com-
pensation.
Une lésion semblable, si elle étoit définitive,
contrasteroit d'autant plus fortement avec la ma-
gnanimité des puissances alliées, qu'elle seroit leur
propre ouvrage.
Ce sont elles qui, parle traité de Paris, en i8i4,
prenant l'initiative à la place du souverain légitime
de Malte non consulté, et qui a par conséquent
gardé le silence , ont consommé diplomatiquement
la cession de ce pays.
Des raisons d'une haute politique peuvent avoir
motive' cette cession , contre laquelle l'Ordre n'en-
tend nullement protester, si d'ailleurs l'on pour-
voit à son indemnité en le rétablissant dans une
autre île de la Méditerranée avec les mêmes droits
de souveraineté.
Il répugne à la majesté des dispensateurs des
biens de l'Ordre , qu'ils aient fini par le déshériter
de cette succession de Charles-Qniut , qu'il avoît
si noblement recueillie et mise en valeur, sans que
rien en compense la perte.
Né du sein d'uue première croisade dirigée
contre les ennemis de la religion , l'Ordre ne peut
pas j>érir dans les combinaisons d'une seconde
croisade , non moins sainte-, puisque c'est couti'e
l'usurpation qu'elle fuL armée.
De pareils argumens , nous l'avouerons , nous
semblent devoir être tôt ou tard d'un poids entraî-
nant dans la balance européenne j trop de sagesse a
présidé au^: dernières délibérations des puissances,
pour n'être pas convaincu qu'elles feront droit à
la réclamation de l'Ordre : elles ont gravé sur les
tables de la postérité des principes qui ne com-
portent pas d'exception.
( 2o5 )
Il n'est pas iicccssairc, pour le succès de la sup-
plique, (l'eiiumércr tous les avantages attachés au
rétaiilissement derOrclrc et (Icsa puissance. Cette
puissance evistoit; elle n'a cessé ni par le sort des
armes ni par rcfTet d'aucune abdication. Dés lors
il n'est sur la terre aucune suprématie qui con-
fère le droit de l'anéantir.
Et si l'on veut des considérations d'utilité pour
maintenir une possession de sept cents ans, n'en
est-il pas de déteriuinantc pour la «i.iinte alliance
dans celte corporation religieuse, militaire et sou-
veraine qui est à la lois une pépinière d'hommes
d'Etat et de grands capitaines formés pour les di-
vers pavsqui les Icroot admettre dans l'Ordi-e 5 de
missionnaires atinés contre les Barbarcsques en-
nemis de toute civilisation j de sentinelles avan-
cées, de sui'veillans et de négociateurs capables
de consolider le pacte qui désormais unit toute
l'Europe comme un peuple de frères?
A M. L'ÉDITEUR DU CONSERVATEUR.
aa janvier 1819.
Je m'étois proposé. Monsieur, de vous adresser
quelques idées pour faire suite a un article sur lu
Situation fies Ministres «juc vous avez bien voulu
insérer dans vos diviéme et onzième I^ivraisons.
Mais quelques antis m'imposent une tAciie que
^c n'eusse osé briguer, r-t i[\u: je m'honore d'accep-
ter. Je fais passer ce soin avant tout aufrr, et vais
vous «'ntrctenlr un moment dedenv homiues dont
ia mort, lionwée d'un tleuil universel, jjiouve
qu'il est CDcorc uu culte parmi nous pour la foi,
1 honnetir et la charité.
Ces deux hommes sont .M. Hue , premier vMel-
( 2CG )
«le-chambie du Roi, rt M. l'aLbé Lcgris-Duval ,
prédicateur ordinaire de Sa Majesté,
Je ne puis rien dire de JNÎ. Hue que la France
et l'Europe ne connoissent. La fidélité est devenue
une vertii. Peut-être est-elle assez difficile de nos
jours pour mériter d'être une gloire. Celle de
M. Hue, éprouvée par les plus grands dangers,
vouée aux plus augustes infortunes, soutenue par
le plus noble des dévoueniens, a placé -son nom
près du nom héroïque de JNÎaleslierLes. Elle a plus
faitj elle a placé ce même nom dans celte œuvre
de royale miséricorde oii, il y a quelques jours,
nous l'entendîmes prononcer encore , tandis qu'il
îi'étoit plus pour nous qu'un souvenir.
Enfermé volontairement au Temple, bientôt
séparé de son Roi , jeté dans les cachots, arraché ,
comme par miracle, à la mort, ne recouvrant la
vie que pour la risquer tous les jours pour ces
maîtres chéris qu'il ne devoit plus revoir, M. Hue
ne se sentit sans devoirs en France que quand le
noble et dernier rejeton de ses Rois en eut dépassé
les frontières. Alors il en alla chercher de nou-
veaux, et porter dans l'exil cette fidélité qu'il avoit
portée dans les fers 5 foi simple et naturelle d'un
cœur vertueux qui se sent appartenir au devoir et
au malheur sans réflexion , sans peine , et qui
passe j par un légitime héritage , d'un Roi martyr à
un Roi exilé, comme un débris de leur fortune.
M. Hue ne revit la France qu'avec les Bourbons.
Cette famille auguste étoit devenue sa seule patrie.
Le sort fut juste en le laissant vivre pour voir re-
lever le trône qu'il avoit vu tomber, et finir sa
carrière dans le palais oii il l'avoit commencée.
Peut-être eiit-il été plus juste encore s'il eût per-
mis à ce vieux tenant de la monarchie de vivre
assez pour lai revoir dans ses jours de paix, de
fortune et de gloire.
Mais n'oublions pas que le sort des chrétiens
( 207 )
est la Providence qui est toujours équitable , |a-
mais aveuglç , et gardons-nous de plaindre celui
à (jui elle hâte les récompenses, et peut-être éco-
nomise les peines.
Si la renommée ne m'a rien laissé à dire de
M. Hue, que pourrai-je dire fie l'abbé Duval?
l'eu de chose. Des plumes plu«! habiles que la
mienne raconteront sa \ie à la postérité : pour moi,
je ne parlerai qu'a la douleur, et je lui parlerai
son laHj;a<^e.
La vie de cet homme de l)ien semble avoir été
jetée par le Cit 1 dans un siècle de jrloires vaines
i)u c<)Uj>ables comme une grande instruction surla
\raie «-l léLjilitne gloire.
Il nafpiit en Bietagne dans une famille hor«o-
rable, mais obscure. L'aurore de la révolution le
trouva dans sa première jeunesse. Les excès aller-
inireut sa vertu , l'impiété sa religion , la persécu-
tion en lit u:i apotrc.
(]«' iiil alo s (pi'il brigua le périlleux hojineur
de partager et de consoler la captivité de son Roi.
Ri-lys»' par la commune de Paris, il dévoua ses
jours à d<'s malheureux moins illustres, bravaht
tous les dangers pour eux , n'en craignant aucun
pour lui-même, et n'échappant au martyre que
pour se conserver à riniortune.
(^uand les premiers orag< ♦ de la révolution
turent apaisés, .M. le duc <le~l}oiidt.'auville eut le
bonheur di* rencontrer cet homnn* rare, et lui
eonlia l'éducation de son (ils. Depuis ce jnjir, de-
venu !<• père, le ^i-t're, l'ami, Vartffr "ardicn de
rette piense et noble famille , v réjjandant un
«harme toujours noOvHau , par un espril j)lein de
grac<' , d indulgence et d'aménité, idenlilie, enlin
en cpielquif sorte, arec clic, il ne s'en est séjviré
qu a ce moment ou Dieu l'a rappulé dans ^a véi'i-
Utide patrie.
( 2o8 )
Voilà sans Joute une bien simple liisloire , et
le siècle sourit peut-être de m'entendre ici parler
de jfjloire.
A dii*e vrai, cependant, consoler des mallieu-
reux, faire le bonheur et lapait d'une famille,
remplir sans tache une pure et vertueuse carrière,
ces choses ne sont pas toujours sans cfloire aux
yeux de celui qui pèse toutes les gloires du
Monde.
Mais tout cela n'est qu'un point dans la vie de
l'abbé Duval.
Cette vie , à la fois si courte et si pleine , à la fois
si calme ])ar la douceur de son caractère, et si ani-
mée par son infatii^able charité j cette vie a compté
beaucoup plus do. bienfaits qtie de jours. Ceux
qui se charg^eront de l'écrire en publieront la
touchante histoire, car il n'a pu les cacher tous.
Pour moi , je ne puis ici qu'indiquer ces utiles
institutions qui doivent à ses soins et à sa parole
leur exist"nc(; ou leur succès, les enfavs délaisses ^
les prisonniers pour dettes , les petits savoyards ,
les jeunes voleurs y les petits séminaires, les missions
de France et celles de la Chine... Combien d'autres
chaires ([ui semblent encore retentir de cette voix
évangt'lique , de cette éloquence harmonieuse^
suave, et en même temps forte et victorieuse, qui
s'emparoit des cœurs, et pénétroit tout de paix,
d'amour et de chfvité 1
Quels étoient , après tant de peines, les délasse-
mens de Tabbé Duval ?
Le bien public éloit son travail, et le bien srcrof
son repos. Il suffi-^oit encore à une successioii con-
tinuelle d'œuvres modestes auxquelles les familles
devoientlenr concoi'de, les malheureux leurs con-
solations, la jeunesse ses principes, les mourans
leur courage, les coupables leur repentir. Enfin ,
nul fardeau ne fut trop pesant pouf cet a])ôlre , et
cet apôtre étoit Un homme débile, d'une santé
( 209 )
frêle, tVun foîLlc organe, (jni soutenoit à peine
sa propre Nie en soutenant celle de tant d'autres.
De tous les travaux évangéliques il ne refusa
crue r«'|)iscopat , qui eut accru ses honneurs sans
pouvoir accroître ses bonnes œuvres.
Consumé par son zèle, il vient de s'«'tcindre
dans sa cinquante-troisième année. ÎSous avons vu
un spectacle nouveau, un spectacle touchant et
mémorable , toute cette grande ville, et je n'exa-
gère point, occupée pendant plusieurs jours d'une
s«ule chose, ce pauvre prêtre : l'enfance, la vieil-
lesse , les rangs, les j)artis même confondus, de-
mander sa vii; au Ciel, s'informer, s'inquiéter,
sentir qu'une calamité menaroit leur pays et leurs
familles. INous nous sommes rappelé alors la
France d'il y a trente ans 5 et , en nous demandant
à nous-ménu's quelles impressions v eût ])roduites
alorslamort de ce juste, nous nous disions : «Non,
1.4 Ueligion n'est point morte , la morale n'est point
éteinte- la France Nivra, car elle a recommencé ù
croire. »
l/incrédule rjul jx-ut en doTiter n'a jxunt vu ses
obsèques. S il v lût venu, il eût cessé de l'élre. On
\ovoit dans l'église des INIissions , une foule de
personnes également à plaindre : riches, pauvres,
grands, petits , veuves, orphelins, tout ce (ju'elle
ponvoit contj'iiii-, «:nlin, de ceuv qui hii dévoient
qnelrpie chose.
I.a , le corps de ce chrétien étoit couché au.
pied de cette chaire d'où tant de fois il avoit fait
<lescenflre la voiv du ciel 5 et les sanglots qu'on
entendoil , et les larmes qu'on vovoit répandre,
'iisoient que le consolateur de toutes les peines
n'i-toit plus. Autour de ce cercueil on reniarcjuoit
ce que la France compte de plus élevé parle rarig',
ies\ertns, les talens. liélas! et à cpii <lonc s'adres-
soienttauld hommage.s .' A la poussière d'nn simple
pi être sans dignité , sans rang, sans décoration que
TwMl II. l3« LiVJlAlbOît. i4
( 2iO )
ses vertuSj.s&ns éclat que ses bonnes œuvres ; qui
naquit obscur , vécut humble , mourut pauvre ,
et qui ^ dénué de toutes les forces humaines , a
conquis des millions d'hommes à leur Dieu, àleixr
Roi et à leur devoir. Conquérans de la terre ,
n'est-ce pas aussi là de la gloire ; et quand à votre
tour vous serez un peu de poussière, coulera-t-îl^
tant de larmes à votre mort pour compenser celles
qu'a coûté votre vie?
A. DE Frenilly,
Dêveloppemeîïs des Principes royalistes au
0.O janvier 1816 (1).
(I" Article;)
i". Nous sommes irréuooablement attachés an
gouvernement monarchique et à la succession lé*
gitimedans la maison régnante (2).
« Dieu et le Roi, le Roi et les Bourbons : » c'est
le sentiment de cet amour inné dans les cœurs
français 5 c'est ce religieux et irrésistible amour qui
a fait tomber aux pieds du premier de nos princes
qu'ait revu la capitale, sa population tout en-
tière. Le nom de Français couvroit tout : tous se
précifitoient au-devant de ses pas; tous étoient
affamés de revoir un prince de cette auguste et
royale famille qui pardonne toujours.
Il n'y eut pas douze mois d'intervalle entre cette
journée de bonheur et la désastreuse nuit du
20 mars. Le Monarque avoit recueilli^ au mois de
mai, les témoignages de l'allégresse comme un
père rendu à ses enl'ans. Au 20 mars, forcé de les
c^aittcr i)av la plus inconcevable défection , comme il
(i) Voyez Journal General, 25 mars 1816, n° 572.
[■j] Prc-inier § Ue la Déclaratien du ao janvi«r lSi€>
( 2H )
l'a dit lui-même, il entendit le langage des larmes.
Paris surpris , comme Crémone , par ses éijouts ,
fut et dut être frappé de stupeur : le tcnéhreux ,
r homme de nuit , liiomme fatal, qui avoit attendu
le soir pour revenir occuper le palais de nos maî-
tres , se garda bien de prendre pour un triomphe
tant de doideursettant de regrets. La Providence
a permis que le joug impérial fût une seconde? fois
brisé, et le fût pour jamais; elle a permis que le
Monarque ait recouvré une seconde foisThéritage
desespères : il est encore revenu le pardon à la
bouche et l'oubli dans le cœur.
La première cntrcn; du Roi, en i8i4 , ne peut
»*tre comparée qu'aux transports de joie qui ont
accompagné son retour; mais il est utile de pein-
dre en opposition les eflorts criminels que le pré-
tendu serviteur de son Roi , le soi-disant ami des
Bourbuns, le régicide Fouché de ISantes, le mi-
nistre Fouché , 1* ouché , ducdOtiante, fitinuti-
b'mcntpour arrêti'r, poui' comprimer, pour prohi-
ber ces trop significatifs transports. Eu vain le mi-
nistre perfide, Te maître des fourberies , déroba-t-il
à la population de Paris le moment de l'entrée : les
bariières tenues fermées par ses ordres furent
franchies j la vigilaji-ce des gardes trompée : tous
les âges , tous les rangs, tous les scx^is passèrent
la nuit au bivouac dans les plaines d»- Sag rit-Denis,
et l'aurore du b-ndeinain éclaira aux pieds du Koi
rhommagf de leur amour. Dans les temples, dans
les places publi(pjes , chaque cité , chaque village
répondit à l'enthousiasme delà capitale; ctil n'est
que vrai de dire que la 1 rance fidèle, la France
presque entitrc )us(ju'aux six derniers moi« de
lbi6, reteiilissoit des cris et d«'s témoignages pu-
blics qui manile'stoient l'assentimeiil général^ et
qui proclanioirul l'attachement iriiuulablcau ^U'
verncmcntmoiiat chique, et à la succession Ui^itime
fians la maison rt^nante. Le petit nombre de fac-
>4.
( 1412 )
lieux se talsoil et se repentoitj ils étoiciit ]iion
éloignés de croire qu'un système les aj)pell('roit
Lientôt aux récompenses presque exclusives.
Il appartenoit au système ministériel, à ses
^fondateurs et protecteurs, de manœuvrer avec
tant d'ineptie ou de perfidie , que ce principe sa-
cré , règle unique de tous nos devoirs, condition
nécessaire de notre salut, sauve-garde de notre
avenir , menace de dev^-nir une question, et d'être
gudacieusement mis en problème : il est temps
que j'ap]>orte des preuves.
D'abord, qu'on se rappelle bien que c'est le
ministère lui-même , le ministère seul qui de-
manda, en i8i5, les lois d'exception par l'impé-
rieux motif (jue de grands attentais avaient itè
commis ; que les lois avaient été mcconnucs , et
fjiie les lois anciennes et nouvelles ne contiennent
Cjiie des dispositions suffisantes pour la répression
de ces délits et de ces crimes dans des temps de
tranquillité , et lorsqu aucune circonstance ex-
traordinaire ne trouble l'ordre et la marche accou-
tufuée du gouverne7nenl. (Paroles du ministre de
la justice, 16 octobi'e 1810. )
Lit loi sur les provocations à la révolte et sur
la répression des cris séditieux fut donc accordée
au ministère à une majorité de 253 contre 69. Il
pensoit alors avec nous que « c'qstpar la calomnie,
» l'outrage et l'injure qu'on prélude aux révolu-
M lions et aux trahisons, qu'on s'applique à dé-
» Iruire le respect pour miner le trône , et à dimi-
» nuer la vénération et l'amour. » ( Paroles de
M. le ministre de la justice, 16 octobre 181 5. ) Il
pensoit alors avec nous_: « qu'un syslème sui\i de
)) calomnies et d'injures prépare insensibleinouf
'> les esprits au développement des plus abonii-
» nables desseins. » ( Id. )
Cette loi fui suivie de la loi sur la liberté indi-
viduelle, présentée le 7 décembre 181 5, et aec p-
( 2i3 )
!('m' (le confiance et do conviction à la majoritr iW,
vqj voiv contre 56. I.e ministre de la police dit
alors rjne « le sacrifice dn droit sacré de la liberté
» in»li\ idiu'lle'esl immense ; niais f|ne , commande
»» j)ar lintérèt et la s*ur<'té de l'Ktal, il n'en sera
>' pas un ponr les citov<'ns fidèles Il ne sera
'< nn objet de terreur ef d'alarmes (|ue pour les
•• traîtres dont il détruira les criminelles cspé-
>' rances. » ( Paroles du minislre de la police,
i.S octobre iHi.ï.)
On n'a pas tardé à les rassurer : par une pré-
voyance que le laps des mois a proinptement ca-
ractérisée , l'adoption de la loi a été suivie d'une
circulaire publi<pie et ivntente doni il étoît permis
at\\ citoyiiisjidclcs de s'étonner et d<; sinquiéler.
Si cette circulaire a voit été adressée secrètement
aii\ ae«'nsde l'autorité , elle auroit pu être réputée
louable; mais la publicité de cette circulaire pou-
voil-elle avoir d'autre but el d'autre eiiet (pie de
])r(ni\er aux coupables (jue le svslèiue étoit déjà
de les ménaf;er et d'èlre ai^réable à leurs yeux? Le
système ministériel déjà couru, déjà londé , rcm-
plissoit fidèlement la première condition imposée
par ses auviliaires , celle di; donner des garanties
aux ennemis de la léiriliuiilé.
Mais bientôt cette sagesse et celle cnunoissnnce
lies hommes cpii présidi.'ut au-sy^'lème ministériel ,
ont fait jii|^er (pic chez les l''rau(;ais , nés bouillan.i
ri démonslratiis , raltacliemrnt ati j;ouvernenient
monarclii([ue et à la successicm lét^ilime dans la
maison régnante se maiiiiestoit , depuis le retour
ilu Roi , avec trop d'explosion. On s'est «ouvcnu
(pie le sort des grandes émotions vsl do n'être
pas durables , et on a léglé (jue désormais cet att.a-
cljen»cnt-la seroit silencieux , et <|ue h s gardes
nationales rassemblées ne cricrolent plus (pi'-
buis clos : vikt le Hoi , vii'Cnt /es lioui hntis. On
■* pensé «pi'il éloil bien de ne plus oft'enser le*
( 2i4 )
.oreilles de quelques malveillans et de quelques
mal pensans que le ministère a toujours été sûr de
ramener , ainsi qu'on a pu en juger, il y a quelques
semaines , par les chants et les cris d'affection
vraiment monarchiques qui ont accompagné les
élections et la conscription à Paris.
Quoi qu'il en soit, le ministère sait ou doit sa-
voir que les dogmes les plus sacrés ont besoin
d'un culte extérieur, parce que tous les hommes
sont dirigés par des sens; mais, pour^oLéir au
système, il fait semblant de croire qu'on peut
porter dans son cœur attachement inviolable à la
jnonarchic et à la légitimité, tout en professant,
en débitant, en écrivant les maximes les moins
royades. Cet attachement n'est pointune doctrine,
c'est un dogme : tout principe contraire ^ tout
principe équivoque n'est point une hérésie , n'est
point une erreur; c'est un crime; il est temps
d'appeler les hommes et les choses par leur nom.
Tous les gens de bien ont ce principe français
écrit au fond de leur âme, dans leurs regards et
sur leur front. En est-il ainsi de ces patelins ejx
toges, qui ont l'air faux, et n'ont que cela de
vrai , et qui , dès qu'ils ouvrent la bouche , nous
rappellent ce bon loup qui dévoroit un âne, et
qui lui disoit : a Patience, mon ami ! « En est-il
ainsi de ces jurés peseurs de diphtongues j dont
tout Part est de traiter toutes et avec toutes les
matières , et qui débitent avec pruderie que « la
i> légitimité, c'est Tordre ? )> ( Monitew, 8 octobre
i8ib. ) En est-il ainsi de ces hommes admis furti-
vement dans les conseils du Prince, et qui au-
roient osé dire que « si les Rourbons ne suivent
î) pas leur système, ils sauront bien leur faire ce
» qu'on a fait aux Stuart? »
Le système ministériel de'fend , d'un cote , les
cantiques royaux , et de l'autre , l'Europe entière
connoît les doctrines;, les vociférations, les cal ^-
( '^i5 )
nies révolutionnaires qu'on approuve, qu'on auto-
rise, qu'on soudoie. Quand ûuira-t-ou ce jeu qui a
puparoître deux ans ridii ule et absurde, etqui, de-
venu atroce et impie, commence à se jouera décou-
vert ? Il finira le jour niénae où Sa Majesté , « dont
» la bonté a été si (grande , selon les paroles de
» M, le ministre de la police, en i8iâi, qu'on n*
» pas craint de la calomnier , de dire qu'elle dtoit
» au-d»^ssus de ses devoirs , au-dessus de ses droits,
>» au-dtssiis de sa justice. » ( Loi surja libcrtc in-
dividuelle): il Cuira le jour où Sa ]Majcsté jettera x\n
regard foudrovant sur les hommes perfides qui
cherchent depuis deux ans à l'égarer, et qui n'y
parviendront jamais.
Les droits sacrés de la monarchie légitime ne
sont rien aux yeux d(\s inventeurs, des protec-
teurs, des auxiliaires du système dit ministériel ;
ils n'espèrent pas que la bonté du Roi soit long-
temps , soit toujours au-dnxsus de ses devoirs t au-
dessus de ses droits y au-dessus de sa justice y ils
captent, surprcnuentet cnn(|uèrent des garanties
contre la |uslice, les rlroits et les devoirs de leur
souverain légitime.
Le système ministériel , disons le mot , il n'y a
rien à cacher, il ne trompe ])lus personne j le sys-
tème dit ministériel n est pas constitutionnel, il
est révolutionnaire : c'est d'un pouvoir révolu-
tionnaire , et non d'un pouvoir constitutionnel,
que les puissances révolutionnaires de tous les
ordres tn France veulent; et c'est de lui seul
qu'elles peuvent et doivent vonloir. Le systèm<-
veut bit'u composer avec la monarchi»' , pourvu
que la monarchie se soumette à laisser régner sou'
son nom bs révolutionnaires.
Y a-t-il de la px-esomplion à établir l'origine
(lu syslcme dit nunislériel? Qu'on me permetlo
de l'essayer. Dès iHi.^, le,<j révolutionnaires occu-
poicnt la plui alité de ces places dont l exercice cous-
( 2i6 )
tituele gouvernement; car les plus actives, les plus
dangereuses parleur influence, ne sont pas les plus
éminentes dans le sens absolu. Ces hommes se sont
examinés eux-mêmes : l'intérêt personnel et la
peur lormèrcnt non pas d'élémens monarcliiq^ues ,
mais d'élémens homogènes, une espèce de corps,
ou plutôt une condensation d'atomes remuans qui
reçurent le sobriquet de petit niinisfhe. C'est dans
son sein cjue naquit le monstre polilique , aj)pelé
système ministériel 5 et , grâce aux progrès de la
verfectibilité j cet enfant-là a marché dès le pre-
mier jour de sa naissance. Tous les initiés firent
le serment solidaire de fidélité à leurs places , et
le pacte conservateur d'employer les sophismes ,
les flatteries, les mensonges, les perfidies, jus-
qu'aux aLsurdite's, pour combattre des gens de
bien qui vouloient la Charte qu'ils avoient jurée
avecleurRoi et leurs princes, mais qui craiguoient
les Grecs , et ne vouloient point se payer de mau-
vaises raisons. C'est'de cet arsenal que sont sorties
toutes les calomnies à l'aide desrpiellcs le système
s'efForce depuis si long-temps de fasciner les yeux
du Monarque, et de lui persuader qu'il ul' peut
pas régner selon ses devoirs, ses droits et sa justice.
]N on , le règne des imposteurs ne pouvoit pa-*
durer plus long-temps. La session p\j^scnte atr;ilii
leur foiblesse, et va montrer à nu toute leur per-
fidie. Lequel durera plus de joui's à présent , du
système ministériel ou de la monarchie ? \ oilà la
question.
Toute la France veut son Roi ; elle veut son
Roi et la légitimité, parce que toute la France
veut le repos, et le veut pour le présent et pour
l'avenir. La France n'oubliera jaiiiais ces paroles
éminemment françaises, ni l'homme de bien qui
dut à l'amour de so)i pays le bonheiu' et la gloire
de les avoir proférées le premier dans une de no*
plus mémorables séances.
Pour apprendre aux races humaines le chàti-
luciil que iiirriteut l'audace , la rébellion et l'ini-
iii<té, raiilifjiiilc iVi};noil do croire à la destinée
d'i.iici'lade. lia justice et la bonté dn Ciel ont
i>alisé celte ticlion pour le repos et la consolation
<\r la France. Dieu lui-même a rei)lacé le trône
d« s Hourbons sur le corps terrassé (lu géant révo-
lulioiiîiairr , du monstre de l'inipiéte , de l'anar-
clii<' et du despotisme. Releveroit-il la tète, si le
svs(èin<' ministériel ne le ]>volé£;«'oil pas V Sans
1 appui (ju'il leur accorde , sans 1 impunité dmit il
IS couvre, le nombre de ses apôtres, de ses dis-
ci[)les , de ses satellites s'accroîlroit-il tous les
jours? Le recrutement ne s'en (ait-il pas à école
ouverte? La douleur ]>ul)liqu(' s'alarme d'un tel
scandale ; c'est aux. amis de la monarchie à signa-
ler le danger et à s'y préparer.
INlais, aulieu de ces sinistres pronostics, qui n^
présentc'nt aux yeux les moins clairvoyans que
dfs scènes d(î iKmiïI e| tics crdamités , ouvrons nos
r(curs ;"i l'i-spér-iucc d'un prochain et meilleur ave-
nir, J>a destinée d<; la monarcliie , cell'.' de tous
les gens de bien , celle de tous les Français est
dans les mains de notre auguste Monarque ; il n'a
dit (pi'un seul mot, et l'espoir du salut et delà
prospérité de la I"'iance est venu fortifier tous
ceux (pii ont eu le bonheur de Tcnlcndre ; « V^ous
» avez entendu mon cœur tout entier, a-l-il dit ■
» et je ne dis pas j'espère , mais je suis sûr d'avoir
)< entendu tous les vôtres. >» Oui , Sa Majesté a
tout entendu, les acclamations dos uns, elmême
le silence des autres.
i)yw dis«'nt en elFel tous les cceiirs , non pas ceux
deces hommes dont «les principes pernicieux,
)i sou» le nias<|ue «le la liberté, veulent atta({ucr
» de nouve.iu l'oi'tlre social, nous recouduinr par
» l'anarchie au pouvoir absolu, cl dont le iunesle
<• succès a toute ati ni'Midc lanl de sang et tant de
( 2iS )
» larmes ? » Mais que dirent tous lesxiœuts fran-
çais ? ils dîsoicnt autrelois , sous tous les bons
princes , sous tous les Bourbons : « Ah ! si le Roi
j) le savoit ! » Car il n'y a que Dieu que les médians
ne trompent pas. Tous les gens de bien voient
avec nous les dangers qui menacent la monarchie
des Bourbons, cette paternelle monarchie qu'on
voit mourir debout, qu'on voit mourir toute vi-
vante ; tous les gens de bien redoutent ces dan-
gers , mais les jugent comme les jugeoit M. le
ministre de la police en i8i5, grands nioùis par
le nombre des factieux , que par leur audace.
La monarchie et la légitimité seroHt sauvées le
jour oii la bonté ne suspendra plus l'exercice de la
fmissance royale; elles seront sauvées le jour où
a bonté sera lassée de n'avoir produit que des in-
grats, des ennemis et des conspirateurs, La bonté
n'a pas valu un seul ami , n'a j)as réconcilié un
seul cœur pervers à la monarchie et à la légiti-
mité. Où vous montreriez-vous , poignée de mi-
serables, protecteurs, protèges, trésoriers, sti-
pendiés, satellites, pamphlétaires, presque tous
repris de la justice royale, si du haut de son trône,
et sa Charte à la main, notre auguste Monarque,
parlant en Roi , afin que vous le laissiez régner en
père, vous disoit demain,..,.
Çuos ego
V1R6,
S ALXBEKKY , Membre de la Chambre
des Députés.
( La suite incessammeat. )^
( 219 )
Comme il faut être Royaliste,
Après le retour des Bourbons, quanti on voit
éloi^iuctr les royalistes des places et de toute in-
fluence; quand on a vu , pour soutenir une consti-
tution donnée par le Roi , courir aux élections en
criant : A bas les Royalistes ! quand on réflccliit
que les deux premiers çfénérauv qui ont pris les
jirmes pour détendre l'autorité royale contre des
insurrections, ont été traités comme de vils con-
spirateurs; qHaud on se rappelle que des oflTiciers,
qui ont suivi le Roi à Gand, ont eu besoin d'être
amnistiés, au nom du Roi, pour avoir quitté les
drapeaux de l'usurpateur; quand ou voit donner
l'inslitulion aux ju^es qui ont prêté serment au
pouvoir des cent-jours, et renvoyer tranquillement
chez eux les juges qui, à la même cpocpie , ont cm
(ju'ils étoient liés par le serment qu ils avoient f«it
au Roi , on est d'abord tenté de croire que le projet
de renverser la royauté légitime est encore une fois
formé et suivi avec persévérance. On se Iromperoit
cependant.
Il n'y a en France de disputes que pour des mots
qui ne sont pas définis. Il est vrai qu en attendant
la définition , les gouvernemens périssent; mais
c'est la le triomphe <le la pcrfectibililé; car aussitôt
qu'il y a un gouvrrnemmt nouveau, les mots |)oui
lescjuels on se disputoit sous le gouverncm«"nt qui
vient de finir, sont irrévocablement fixés, l'ar
«'xemple, quand on pouvoit tuer les royalisles
comme royalistes, personne îie leur conlestoit la
qualification ; (juaiid ftii j»ouvoil pro^^dire et sptdier
1rs ('-migres, on ne laisuit aucune diniculté de re-
çonnoître «p c les propriclaires, qui n avoient pa«
<|uitlé la France, pouvoienl être inscrits parmi l<'fi
çinigrr?. I.rs fait' «b liuiss'^Meul Icj mots-. Pouvoir
( 220 )
être lue révoliitîonnairement,c'étoilêlrcrovalis(<';
pouvoir être dépouillé de ses biens , c'étoit être
émigré. La conviction à cet égard étoit si géucval«>
que personne ne disputoit : c'est ainsi nne la vérité
triomphe. De même , dans les momens de repos ,
il seroit impossible de définir le mot accapareur ;
mais qu'il revienne de doctrine publique qu'on
peut se venger des accapareurs , et les banquiers ,
les négocians , les marchands seront jiilJés sans
contestation.
Je ne sais comment seront définis, sous peu de
temps , les mots que les partisse disent aujourd'hui
comme des injures; mais comme je crois que ceux
qui sont chargés d'affermir la restauration §oiit
trop habiles pour se tromper, et comme ils ont ton-
jours été trop fidèles à tous lesgouvememens j>our
qu'on puisse les soupçonner de traliison, j'en ai
conclu qu'on n'éloignoit personne «;ommc roya-
liste , mais seulement qu'on n'étoitpas d'accord sur
ce que c'est qu'un royaliste. Dans l'espoir d'être
utile à mon pays , après avoir bien examiné ce qui
se passe , après avoir bien pesé les raisons de part
et d'autre, j'ai cru devoir présenter le portrait d'un
vrai royaliste dans toutes les positions , afin que
ceux qui déplairoient au ministère ne puissent rien
conclure, de la conduite qu'on tient avec eux,
Contre la pureté des moyens qu'emploie le minis-
tère pour faire triompher la royauté.
Un royaliste député doit d'abord se persuader
r[u'un Français qui n'a occupé aucune place sous
la république et sous l'empire , ou qui n'a pas fait
sa fortune au milieu de la confusion générale, est
uli sot , puisque , s'il avoit eu de l'esprit , les gou-
vernemens de fait l'aurolent emplové , et que , s'il
avoit eu de l'habileté, il seroit devenu riche. Si
le député royaliste oppose des scrupules de cou-
science, il confirmera qu'il n'est qu'un sot, le
siècle n'admettant pas cette excuse. Dès que les
( 221 )
motifs tirés de la conscience sont Jéclarca nuls, et
qu'on ne peut avoir été Gdèle sans manquer d es-
prit, il u V a plus de raisons pour quuu député
royaliste ne \ote pas constammint avec le minis-
tère , même lorsque le ministère présente des pro-
jets de loi dans des sens différens, et qu'il soutient
l'un de ses projets par des argumens opposés à
ceuK qu'il avoit mis en avant la veille. Lu député
rovaii-^te ne «loit défendre ni la liberté des pro-
vinces, ni l;i liberté des communes , ni la liberté
de la presse , ni la liberté individuelle , ni les pré-
rogatives de la couronne. Les prérogatives de la
couronne apjjartienucnt de droit au ministère, qui
saitfort Lien ce qu'il veut en faire, et qui n'eu oftre
jamais If sacrilice sans une profonde connoissance
de ce fju'il peut v gagner dans le moment. Toutes
les libertés appartiennent aux commis; et, comme
les commis sont les serviteurs du ministère, parler
en faveur des libertés publi([ues, c'est risquer de
faire delà peine aux ministres; ce qu'un député
royaliste n<' iloit jamais se permettre. Il ne doit
pas non i)lus appuyer les pétitions des victimes de
l'arbitraire. Sans arbitraire, il faudroit beaucouj>
de talens pour administrer; en exiger, c'est s'expo-
ser à attaquer les ministres du Roi ; ce que ne doit
pas faire un député royaliste. Il peut parler ùToe-
casiou du budget ; il est libre de blâmer le passé,
mais san< jamais demander des mesures contre les
abus accomplis ; au contraire , il doit constammeht
présenter 1 oubli à cet égard comme un moyen d«
rassurer contre les abus permanens, de manière
quclat'raiice soiltoujours émei\eillée de voir<iue
la connoissance du mal n'entraîne paa la possibilité
d'y porter remède. Parce moyen, personne ne
mettra plus d'intérêt au gouvernement représen-
tatif, et la roNauté triomphera ; à moins cep«rulanL
que cène soit la révolution qui tiiuniplie de nou-
\eau. Mais un députe royaliilc ne duit avoir au-
( 0.-22. )
cune inquiétude à cet rgard 5 il doit s'en rapporter
au ministère, comme lit la Chambre de i8i4, qui
en apprenant le débarquement de Buona'parte ,
confia au ministère un pouvoir absolu ; ce qui pro-
duisit un grand effet et ne compromit aucun dé-
puté. Aces conditions , on ne soupçonnera plus les
députés royalistes de vouloir jeter le grappin sur les
pavsnns pour les attacher à la glèbe , autour da
l'arbre delà féodnlité : les préfets recevront l'ordre
d'employer tout ce qu'ils ont de crédit, d'habileté,
de liai diesse constitutionnelle pour les faire réélire
quand leur série échoiera; et on n'entendra plus
dire cjue les ministres d'un roi de France sont en
opposition avec les royalistes de la Chambre j ce
qui trouble les idées des bonnes gens qui ne savent
pas le fond Aos choses.
Un royaliste préfet n'est pas obligé de connoître
l'administration : il lui suffit, selon l'expression de
l'Ecriture-Sainté, de vivre dans la crainte conti-
nuelle du Seigneur j c'est-à-dire, du ministre en
crédit. Il doit être bien convaincu qu'on ne l'en-
voie pas dans un départenient pour opérer le bien
de ce département, et faire aimer l'autorité royale ,
en prouvant aux administrés que, sous so-n égide,
une province obtient plus de prospérité que si
elle étoit abandonnée à ses propres ress'oûrces. Le
bien qu'il ne fait pas, il doit veiller à ce que
d'autres ne se chargent pas de le faire j aussi est-il
de son devoir de déranger ce que veulent les
maires, assistés des principaux propriétaires, et
les conseils d'arrondissement, et les conseils gé-
néraux de département. Il doit porter à l'ensei-
gnement mutuel les fonds faits librement pour
jropager l'instruction chrétienne , et ne protéger
es ministres de la religion que quand cela est ù
la mode. Puisqu'il est sur les lieux^ et qu'il lui
est facile d'acquérir des connoissances positives,
qu'il ne fasse jamais rien par lui-même^ qu'an
l
< 253 )
contraire il écrive ans ministres poiu' les consultA:
sur tout , et qu il attende patiemment la re'ponse
des bureaux, même quand il y auroit urgence.
Un préfet royaliste ne doit pas avoir d'opinion ;
c'est de Paris qu'il doit en appeler une. Quand il
la reroitpar écrit, qu'il ait constamment cet écrit
sous les yeuK pour tn faire la règle de ses dis-
cours , juscju'à ce qu il lui parvienne une direc-
tion contraire. Alors il mettra dans le carton de
la correspondance directe avec les ministres l'opi-
nion qui ne sera plus la sienne; et il aura grand
soin de la numéroter ainsi que celles qu'il recevra
parla suite, afin de les retrouver au besoin, si
elles reviennent en crédit. Par ce moyen, et selon
les circonstances toujours variables de leur nature,
le ministère n'aura qu'à le rappeler à l'opinion
n*. 1 , n". 2, n". J, etc., ce qui diminuera beau-
coup les frais de bureau , dans le cas où la
Chambre des Députés penseroit sérieusement à
mettre un peu d'ordre dans cette partie. Un pré-
fet rovaliste ne doit pas coanoître le* loisj il lui
suffît de bii-n étudier les instructions. La connois-
s.ince des lois pourroit le rendre incertain dans sa
marche, ce qu il faut surtout éviter. Un préfet
royaliste ne peut ignorer ce qu'il y a de mvs-
térieuv dans le jury j il doit au^i savoir faire les
élections de son département, sous peine de des-
titution; et, afin (juil n'ait pas de motif pour
hésiter, on l'avouera de tout ce qu'il entrepren-
dra; il lui sera même permis <le compromettre le
nom du Roi, comme on l'a fait dans le départe-
ment du Gard, avec la précaution de dire «jue
le Roi ne commande pas les élections comme
Roi, mais comme père; ce qui est parfaitement
dans la dignilé royale et dans le sens des gouver-
nemens i-eprésentatifs. A ces conditions, les pré-
fets royalistes ixiurront déployer autant de herté
envers leur* aJinitiistrés qu ils auront moulré d*
( 224 )
soumission au miutstère , et ils ne seront dtslitué^^
que lorsqu'on aura besoin de leur place pour la
donner à d'autres royalistes; carie ministère alors
n'emploiera que des royalistes.
Lu royaliste conseiller d'Etat ne doit avoir de
lumières que pour admirer les projets de loi que
les ministres soumettent à la discussion du conseil
d'Etat, avant de les porter à la Chambre; ce qui
fait que ces projets re'ussissent si Lion auprès des
Députes et de l'opinion publique. Si ce conseiller
d'Etat lait partie de ce qu'on appelle la justice
admiuislrative , il n'oubliera pas que cette justice,
n'étant faite que pour l'administration, ne doit
profiter qu'à l'administration. Aces conditions,
.son nom sera conservé cliaque année sur le ta-
bleau , à moins qu'il ne soit nécessaire de le
rayer, pour y placer le nom de quelque pi-éfet
qui auroit remporté une victoire complète sur les
électeurs. La Chambre des Députés ne paroissant
pas très-disposée à faire des fonds pour le conseil
d Etal, institution inutile dans notre régime cons-
titutionnel , les destitutions ne prouveront rien
contre les opinions des destitués, mai» seulement
qu'il est nécessaire de mettre un peu d'économie
dans cette dépense, jusqu'à ce que le ministère
soit au-dessus des critiques.
Un royaliste général, s'il commande un dépar-
tement, ne doit croire aux. insurrections à main
armée qu'autant que le commissaire de police y
aura consenti. Si le commissaire de police est ab-
sent, le général royaliste priera les insurgés d'at-
tendre qu'il soit de retour. Dans le cas où ifs
r«;fuseroieut d'obtempérer à la demande, et où il
seroit obligé de repousser la force par la force
afin d'absurer l'ordre public, il doit en paroître
bun)ilié, ne pas dire qu'il a servi le Roi, ne pas
louer les troupes du Roi d'avoir fait leur devoir.
Ee plus liaut poiut depeifectiou seroit de de-
( 2^5 )
mander aussitôt sa destitution, afin de se faire
])aidonncr le malheur d'avoir donné une preuve
i\v zrle et de lîdélité. A ci'S conclilions, les géné-
raux rovalistes n'auront jamais i'àgf prévu pai*
les ordonnances, et ils seront à l'aLri d'être con-
duits eu prison comme prévenus. Dans le cas où
<|uelques bons motifs en^ageroient à attenter à
leur liberté , on les garantit contre les horreurs du
cachot et les conséquences du secret.
Un rovaliste , commis d'une administratiop
royale, peut faire des chansons et des epigrammes
contre le gouvernement, colporter les livres les
plus dangereux j il peut même dire ce qu'il pense
de son miiii>lrc- mais il doit être très-réservé
JorsqTi'il parle des chefs de division, et dire tou-
jours du bien de son chef de bureau. A ces condi-
tions, il restera en place jusqu'à l'année qui pré-
ct-de le terme où il a droit à une pension sur les
retenues faites à son traitement; et quand on le
congédiera, ce ne sera pas comnif royaliste , mais
afin (in'ii ivsiv plus d»- fonds disponibles pour
fixer la pension des chefs dont il aura fait dix-ueuf
ans le travail.
Un bourgeois rovaliste doit tous les jours se
leveret se faire coiffer à la même heure, aller régler
sa montre sur l'horloge des Tuileries , acquitter
«es contributidus sans réclamation, estimer ceux
qui vivent de la trésorerie Ix^aucoup plus que ceux
qui l'alimcnti'ut, ne pas souffrir qu on parle de po-
lili(jue ilevîint lui , j)arce (pie cela lui lait peur, et
ne votei' aux élections (pie sur la liste cjui lui sera
remi.se par le commissaire de police de sou (piar-
tier. A ces conditions, il pouj'ra rester serg<Mit de la
garde nationale .sans craindre d'être destitué ; et
il lui sera permis d'envoyer ses fils dans un lycée
pour y a|)prendre les pi-emiers princijxs de Vin-
8iii'rection , <n attendant tniil |)iiisse fcur acliutc^'
des rempla* ans pour la conscripliou.
Tom JI — iy« LiVHAjioîf. »5
( 2a6 )
Un écrivain royaliste doit être impartial, ce qui
le distinguera nécessairement dans les temps de
parti. Il peut, sans inconvénient, louer la royauté
en comparant le règne de la teiTeur aux bienfaits
répandus par le ministère , et en tirant de cette
comparaison si glorieuse une raison invincible
pour apprendre aux nations qu'il faut obéir aveu-
glément aux ministres. Il peut encore trouver ex-
traordinaire qu'on reconnoissc la démocratie dans
la commune où elle est naturellement, pourvu
qu'il approuve qu'on la mette dans les lois fonda-
mentales de la monarchie , où elle fait contraste
jusqu'à ce qu'elle fasse explosion. A ces condi-
tions , ses ouvrages ne sei'ont pas arrêtés ■ les
journaux soumis. les vanteront ; il ne sera pas mis
en jugement; et comme le ministère est assez ins-
truit pour savoir que les livres de ce genre n'ont
pas une vogue bien déterminée , il prendra un
certain nombre d'exemplaires qui seront envoyés
à ceux qui n'ont pas d'opinion , afin de leur ôter
le désir d'en adopter une.
Un bancpiier royaliste Mais il seroit trop
long de passer en revue toutes les situations so-
ciales pour montrer qu'elles peuvent fort bien
s'accorder avec la royauté , telle que l'entend le
ministère : il sortiroit d'un examen général cette
•vérité consolante , que le ministère ne liait pas
les royalistes positivement parce qu'ils sont roya-
listes, mais j)arce qu'ils ne sont pas royalistes
ministériels ; s'ils vouîoient être indépendaus,
le ministère seroit à leurs pieds. Ainsi , puisque
les royalistes ont deux manières de s'attacher le
ministère, soit en marchant à sa suite, soit en
le traînant après eux , il est -incontestable que si
les royalistes et le ministère ne vont pas en-
semble , ce n'est pas la faute du ministère ; ce
qu'il falloit prouver , pour rassurer ceux qui ne
peuvent comprendre comment il y a division entre
( 2^^7 )
ics (It'fcnsouvs (lo la inouarcliie et les ministrr
d un Roi de Fiaiirf. Fiévée.
Pnris, 2 Cuvrier 1S19.
Nous avons donné, dans la sciziùnie Livraison
du Conservateur, l'ordiT du ji^nr di' iSI.le vicomte
Brrtliior. On a voulu faire Ju dé])laccnicnt de
M. Berthier une allaire particulière, titi aubère
au système politique des ministres. On va voir,
par l'extrait d'un autre ordre du jour, ce qu'il faut
croire «l'une prc'-tendue mésinlclliL;('nce entre lan-
cien colonel et 1 ancien lieutenant - coloiud «l'.i
3' régiment d infanterie de la (iaril(\
Extrait d'un ordre du jour du JC) janvier 1819, à MM. les
ofjiriers , sons-uffn icrs et soldats du 3* régiment d'in-
Janterie de lu Garde royale.
Les rcf^rets que j'éprouve Je quiticr le réj»iment, sont
encore de beauroiip augmentes par réIoi{;neinent simul-
tané de M. le "énéral llerlliier , de cb chef dont le zèle,
la rare aeliviié, cl l'inlérèt qu'il portait à tous les indi-
vidus de ce corps, en ont fait un objet d admiration , et
ont mérité la reconnoissance de tous ceux qui le com-
posent.
Vous tous qui composez le répiment, recevez les adieuv
d'un ami et d'un fidèle s^rN-iteur du Roi, qui ambitionne et
mérilcra toujours ces dciix titre». Mon attachement, mes
vœux , mon souvenir et ma pensée vous suivront partout.
I.. d'Arcine.
iSous ajouterons à cet orilre du jour la lettre
suivante :
A M. l'Editeur du Conservateur.
Courbcvoye , 19 janvier 18/9.
Monsieur,
Tous mes compagnons d'armes vous prient d'insérer la
note suivante dans \otrc prochaine li\Taison.
i5.
( '-'^^ )
Le dévouement à la cause royale , Peutière soirmrssion
aux ordres de Sa Majesté , dont les officiers du 3= régi-
ment d'infanterie de la Gardejoyale sont vivement pé-
nétrés, les aident à supporter les pertes qu'ils viennent
de faire.
Ces senfiraens, rattachement et la confiance qui les
unissoient à leurs chefs ( le colonel et lieutenant-colonel ) ,
ont éclaté dans le repas qu'ils ont offert hier à un père, à
un ami. Après les santés si chères à la France, mille cris
de owe le Roi ! ont sis;nalé cette pénible séparation ; triste
et dernière séparation pour un corps qui n'est plus qu'une
famille affligée ! hommage digne des cœurs généreux qui
emportent leur^ regrets et toute leur affection !
• Le 3^ régiment n'oubliera jamais ce qu'il doit à deux
officiers qui ont reçu du ciel toutes les qualités morales
et toutes les vertus militaires j il espère conserver toujours
le fruit de leurs exemples et de leurs leçons. A jamais
l'amour du Roi l'animera. A jamais aussi M. le vicomte
Berthier de Sauvigny et M. d'Arcine j trouveront, jusque
dans les derniers rangs, une tendresse filiale et la plus vive
reconnoissance.
Jai Ihonncur d'être, etc.
Ua officier du 3^ régiment d'infaiiferi«
de la Garde royale.
Il est donc évident, par les pièces qu'on vient
de lire , que la d.cstitution de M. de Bertliier tient
uniquement au système adopté : il se poursuit avec
constance, et les rangs inférieurs de l'adminis-
tration vont bientôt nous en fournir aussi la triste
preuve. Clèry, dont le nom a été naguère encore
rappelé à la France, quand elle a pleuré au pied
des autels le pins grand des crimes ; Clery avoif
un gendre lieutenant de Roi à Boulogne , père de
trois enfans , et dont le frère avoit péri avec
Georges. Ce gendre, nommé M. Gaillard, est âge
de quarante-deux ans j il a vingt-deux ans de ser-
vice j on dit qu'il a été mis à la retraite sous le
prétexte qu'ayant fait douze campagnes il a en
effet trente-six ans de service. INi le sang de sa
( 229 )
famijlo, ni le souvenir «le sftn beau-père, n'au-
roient donc pu suspeiiflre la mesure prise à son
^gavJ ? Sa femme seroit venue à Paris solliciter,
réclamer contre ce qui lui paroissoit une injus-
tice ; rlle y auroit resté dix jours, c{ elle seroit
repartie sans espérance le ^i janvier. Où nous
conduit le système âcs ministres ?
M. d»i Hamel , ])rél'et destitué de la Vienne , a
adressé au Conservateur les deux lettres suivantes.
]Nous nous faisons un devoir de les mettre sous les
yeuv de nos lecteuis.
Monsieur,
L'inférai qu'on a bien voulu me témoigner au sujet de
mon remplacpmont à la préfecture de la Vienne, a fait
iiaîlrc, parmi ceux qui ont applaudi à ce remplacement,
i'odieuse pensée de r^^iire à cet inlcrét, seule et suflisanle
consolation pour l'homme d'honneur qui n'a rien à se re-
procher. Kn conséquence, des motifs absurdes ont été in-
ventés p tr la médisance et répétés par l'oisiveté. Conser-
vateur des prin( ipes des lionimes monarchiques, vous
l'êtes é aleitient «le leur réputation. Permettez, que je
ronsi;;ne dans >^irc honorable Recueil, le démenti la
plus formel à quiconque seroit assez lâche pour inventer
ou répéter d'autres motifs à mon remplacement que ceux
contenus dans la lettre de S. Exe. le ministre de l'inté-
rieur, dont je joins ici copie. Essayer de nuire à quelqu'un
qui n'a plus sa place est encore plus méprisable que de la
lui faire perdre. Agréer, etc.
L. DU IIamel, ancien Fréftt âe la Vienne.
Paris, aC jan\icr i8iy.
Copie de la lettre de S. Exe. le ministre de V intérieur <>
M. du lïumel y préfet de la Vienne , en lui annonçant
.ion rrmplai errtent.
M. le baron, le Roi, en rendant justice à la puirté et
fde vos intentions rt de vos sentmiens, a cru utiU', au bien
df son servit e , de pourvoir à votre remplaccmenc; toute-
fois Sa Majcst»; n'a point renonré à einplo^'er voire zMc ,
«•t m'» ciiargé de nous le faire connoitrc. Je saisirai avec
( 23o )
pîaLsir les occasions que vous me fournirez de rappeler
votre nom à sa bienveillance. Agréez, etc.
Le ministre secre'taire d'Etal au département
de l'intérieur. Signé \e C'" DE GAZES.
La letti'C que nous venons de citer est en tout
semblable à celle riue M. de Gazes écrit à M. de
Saint-Luc, et nous la rapportons, pour que l'on
puisse en juger.
Paris, le II janvier i8ig.
» Monsieur le comte , le Roi , en. rendant justice à la
)) pureté et de vos intentions et de vos sentimens, a cru
» utile , au bien de son service, de pourvoir à votre rem-
» placement ; toutefois Sa Majesié n'a point renoncé à
» employer croire zèle ^ et m'a charge de vous le j aire con-
» noitre. Je saisirai avec plaisir les occasions que vous me
;) fournirez, de rappeler votre nom à sa bienveillance.
j> Agréez, etc. »
Le minis re secrétaire d'Etat au département
de l'intérieur. Signé le C'« DE GAZES.
11 est donc de toute évidence que c'est une
espèce de circulaire dont la forme a été trouvée
polie ; et , sous ce rapport, nous avons fait un pas
vers la civilité, depuis l'époque où les fonction-
naires de tout grade n'appreaoient leur destitution
qu'en la lisant dans le Aloniteur. Mais puisque le
ministre croit nécessaire , quel qu'en soit le motif,
de dire que le Pvoi rend justice à la pureté des sen-
timens et des intentions , d'apporter ainsi à un
cœur français la plus douce de toutes les conso-
lations, comment se fait-il que la correspondance
privée , doiit cliacun connoît la source , se plaise à
dire, dans un article du 19, qu'on a destitué les
préfets parce qu'ils apparteJioienl à des sociétés
secrètes i qu'ils contrcirioient les intes du gouver-
nement et du Roi, etc. ? En vérité , il scroit temps
qu'on renonçât à ce système de diffamation j pi-
toyable ressource, dont l'avantage est nul dès que
les motifs en sont connus , et qui tourne bien plus
h la bonne ixiioiuaiéc de la viclinie quù celle de
( ^3i )
ceux cjui emploient tic tels moyens. Quand la con-
tradirlion est aussi évidente, la calomnie est aussi
inutile que basse.
L.es changeinens annoncés dans la ejarde se bor-
nei'ont , dit-on, à celui de M. de Berthier; et on
ajoute que des assurances à cet égard ont été don-
nées aux chefs de corps. rSous désirons sincèrement
que ce soit là une enose fi>;e, et non ])as simple-
ment une suspension momentanée de mesures ,
complément nécessaire d'un système arrélé. La
garue est le boulevard du trône, les factieux le
savent : esitérons que les ininislres du Roi le sau-
ront aussi bien ([u'eux : s'ils pouvoient l'ignorer
ou l'ouljlier, nous le leur rappellerions sans cesse;
«t, ue fissent-elles qu'entruver quehjues fausses
mesures, les représentations des royalistes auront
toujours produit un bien. Nous sommes loin ,
toutefois , d'être sans sollicitude pour l'avenir.
!^ous rendrons compte des cliangemens qui se font
dans la ligne : nous les voyons avec peine j car
l'armée étoit bien composée ; elle ctoit animée
d'un excellent e.sj)rit ; elle l'avoit prouvé : il y avoit
là , à ce qu'il semble , de qucn être tranquille pour
11- Roi et pour la France. Tout nouveau plan peut
donc insj)irer de rincpiiéliule aux amis de la mo-
narchie , et leur iu([uiétude doit s'accroître de
toute celle ([ue leur présentent d'autres mesures.
Les cliangemens projetés par le ministre de
l'intérieur, dans son administration, ne seroirnt
pas eneore terminés, si Ton «n croit les o/t dit.
On annonce de nou\elles d«;.slitutions de préfets.
Le ministre des relations extérieures ne \oudroil
pas non plus, si l'on en croit les bruiLs publics, se
trouver en reste en fuit île cliangemens, et il vien-
dj"oil aussi ollrir son contingent «le «lisliluticuis.
Au nonibif dis e,onserli*:rs d'I.tat dont in>us
av()n.s donn«' la liste dans notre dernière Li\ raison ,
il faut ajouter AL de Chabrol, ancien ])réfet du
Lyon, r^ous n\n avions point parlé, parce (|uc
( 2^2 )
l'on assuroit encore qu'il devoit être conservé. Ôil
dit même à cet égard qu'un ministre très-influent
le lui avoit promis, et qu'il n'a pu l'emporter au
conseil. Si cela est vrai, cela donneroit quelque
poids à certains bruits qui se répandent. On dit
qu'il y a parfois un peu de mésiutelligence dans le
ministère, et que tout n'y va pas toujours parfai-
tement d'accord. Il y auroit du mallieur, il faut
en convenir j au bout de si peu de temps, et après
tout ce que nous ont dit les correspondances pri-
vées de l'harmonie à laquelle novis devions nous
attendre. Mais là correspondance prwée et la vé-
rité, c'est comme le feu et l'eau 5 l'un éteint l'autre*
Et à propos de la correspondance privée , il y à
Ime cliose remarquable pour les hommes qui ont
Tin peu de mémoire : c'est que, sous BuOnaparte,-
il nous arrivoit aussi des articles de Londres; mais
ceux-là étoient monarchiques. Aujourd'hui, sous
les ministres du Roi , les articles d'outrè-mer housr
conduisent à la démocratie. M. SalHer, ancien
conseiller au parlement de Paris, aussi recom-
jnandable par ses connoissahccs que par ses opi-
awons, est au nombre des maîtres des requêtes
destitués.
En faisant connoîlre à nos lecteurs le rapport
de M. de Gazes, du 24 décembre dernier, /é
Conservateur n'avoit pas mis en regard l'article
de la loi cmi frappe les régicides; il y a suppléé
dans - sa derhièi'e Livraison: en sorte que cha-
cun a été à même d'en apprécier le dispositif*
!Nous répéterons ici que la loi n'excluoit du
xoyaume que les régjlcides qui avoient, dans le;?
cent-jours , voté pour V acte additionnel , ou accepté
des fonctions de l'itsurpateur. Tel est le texte.
Alors, de deux choses l'une : ou la loi n'atleignoit
pas les hommes l'appelés aujourd'hui, el alors ce
«ont autant de victimes d'une inci'oyable légèreté
dans l'application de la loi ; ou bien , s'ils éfoient
frappés par elle, il n'éloit au pouvoir d'aucu#
( 233 )
ïwinîsti** d'aniuilrr, par un simple rapport, les
elfets cruiic loi. Ce principe, pour cire de tonte
vérité, n'a pas même Ix-soin de l'extension qui lui
a été donnée à la tribune de la Chambre des Dé-
putés , dans la séance du 'a3 janvier dernier (i),
par M, le garde de«j sceaux, lorsqu'il a dit qu'il
n'étoitpasau pouvoir des minislr(\sdu Roi de ])ro-
poser à Sa Majesté le rajq>ort d'un décr» l de Buo-
naparte. Toutefois, le succès qu'a eu le rapport
tlu'24 décj'inbre notis paroîl donner de la vogue à
cette nonvf'Iie manière de procéder en adminis-
tration. \ ((ici (juelqiies détails dont la >érilé nous
esta peu près démontrée.
Lorsque les bois de l'Etal furent afTtîctés à la
caisse d'amortissement par b; budget , il fut dit que
i5o,oOO hectares de ces bois seulement seroicnt
mis en vente à partir d<' iSiH, nveclasage ])récau-
1 ion de ne les V(Midre(juesuccessivem(;nl |)arsi\ièine
n^)eu près chaque année, afin d'olitenir les meil-
leurs prix possibles, et de ne ]ioinl porter préju-
dice aux autres propriétés de l'Etal et des particu-
liers. Ea (piotitéà \endrep{)ur iHiS fut donc fixée
à 9.5,000 hectares. Ea caisse d'ainorlissement <liri-
gea les opérations de ces ventes dont l'exécution
étoit confiée à la régie dvs domaines à qui l'on ve-
noit d'attribuer cncor<; l'administration des forêts.
A la fin de décembre 1S18, il n'avoit été vendu
que 20,000 et fjuriqncs hectares d»- bois; la caisse
n'amortissenjent se pro|.o.soit tlachever la vente
ties y..>,oo(» , tl'en ajouter aï, 000 antres p(>ur
l'année iHif), et de ifndro compte «lu tout aux
Chambres, sauf à elles à chaivger cette détern\i-
liation par le prochain budget, selon qu'elles l'es-
iimeroicnt nécessaire. Ers ministr«s comte C(t»-
Vetto et INl . Hov avoicnt approuvé cette marche
sage <l calculé*' «le la caisse d'amortissemenl. J.e
îiouvc.Mi nifiii'tv des finances, snns la «h'^approu-
{t) yojm. le /Tf'v.tiiiir.
( ^34 )
ver, et sous prétexte de lever des entraves qui
n'existoieut pas, et dont l'amoi-lissement ne se
plaignoit pas 5 le ministre des finances, dis- je, a
soumis à Sa ^lajesté, le 8 janvier, une espèce de
rapport ou ex])0sé. Par ce rapport, il est dit que la
caisse d'amortissement n"a pas assez de latitude
pour l'aliénation des bois de l'Etat , et qu'il con-
vient de la dégager des limites dans lesquelles elle
se croit renfermée.
Sur ce rapport, le directeur général des domain«s
a adressé une instruction nouvelle à tous ses agens ;
instruction d'après laquelle ils peuvent vendre
lai'gement , promptemcnt dans toute la France ,
sans que la caisse d'amortissement eu soit même
informée. La commission de surveillance n'eut
connoissance du rapport que par une lettre du
16 janviei', et de linstructiou, que par une autre
lettre du 26.
Dès le 17 janvier, elle prit vme délibération par
laquelle le directeur- général de l'amortissement
fut chargé de rappeler le directeur-général de la
régie à 1 observation des mesures adoptées et jus-
qu alors suivies pour raliéuatiou des bois, avec
recommaudation de ne rien innover.
Mais lorsque la commission de surveillance fut
informée, dans la séance du 2^ janvier, de Tins-
tmction adressée par le dii'ecteur-général de la
légie à ses agens dans tout le rovaume , surprise
de cette innovation faiteàl'iusu de 1 amortissement,
effravce des conséquences, elle prit une nouvelle
délibération par laquelle, enpei'sistant dans la pré-
cédente , et en rappelant à l'observation des règles
adoptées de concert et suivies jusqu'alors, elle
improuve expressément l'instruction donnée par
le directeur-général de la régie, en date du 14 jan-
vier 5 elle déclare que l'aliénation ne doit, quant
à présent, être portée qu'à cinquante mille bec-
lares pour les deux années ensemble i8i8et 1819,
sauf a la puissance législative à déterminer une
( 235 )
autre quotité , sauf mcmc à la caisse damorlisse-
incnt à prentlrc par la suite une détermination à
cet éjijara , selon que les circonstances pourroient
offrir (le l'avantage pour l'Etat et pour l'amor-
lissenient.
La commission de surveillance avant do plus
arrêté qu'il seroit rendu compte aux Chambres de
ces faits dans son prochain rapport ^ l'on en verra
bientôt l'importance. En attendant , ilestcurienv
de savoir si l'amortissement, à l'insu de qui on
])rend les biens affectés à ses opérations, sera ga-
ranti, par la délibération de la commission de sur-
veillance, des ventes précipitées, excessives et pré-
judiciables qu'elle veut empêcher , et quels seront
les résultats de cette artiticieuse tournure, em-
ployée pour exproprier l'Etat plus promptement,
au mépris des régies sur l'observation desquelles la
commission de surveillance a le droit de compter.
En taisant abstraction dr ce tju'il sembleroit y
avoir il'élran"»' dans 1;> conduite dr INI. le ministre
n
rirs (înances, il srroit , ji; crois, difTicik" de prouve)-
l'avantagée ciui j>eut résulter pour l'Etal de la vente
précipitée de iJO,ooo hectares de bois. Assuré-
ment ces bois seront moins bien vendus qu'ils ne
l'auroient été av<'c les sages précautions adoptées
par la caisse d amortissement. Car plus il v a d'un
objft qu«'lcon(jUL' en circulation, moins il a de va-
Irur; plus vous vous pressez de vendra, et moins
■\()s marchés sont bons. Quant aux propriétés par-
ticulién's, elles ne peuvent (jue suullrir beaucoup
de tftte prodigieuse quantité de fonds mis simul-
tanéiurnl vn vente, et la valeur teriitoriale , tout
comme les r«'\euusdes bois, doivent en épr<»u\er
un sensible dommage. Voilà, à ce qu'il semble,
ce que dit le simple bun sens ; mais le bon sens , en
iinances tout comme ailleurs, ne semble-t-il pas
être mis à l'arriéré;*
I. es dernières séances des Chambres r)nt ofiVrl
un intérêt réel dans les discussious sur l(|s change-
( 2^6 )
tttens à faire au règlement pour les pétitions, et
sur le projet de loi qui tend à décerner une ré-
compense nationale à M. le duc de Richelieu. Ce
dernier projet a passé aux Députes à une majorité
de cent vingt- quatre voix contre quatre- vingt-
qTiinze. Dans la séance du vendredi, ]M. de Cor-
bière a donné vme nouvelle preuve de la profonde
érudition et de la forte logique qui caractérisent
tous ses discours. Il a improvisé pendant long-
temps, et il a soutenu tout l'intérêt qu'il est ac-
coutixmé à inspirer j'c'est de lui qu'on peut dire ;
f^ir honus clicendi peritus.
Nous n'entrerons pas dans le détail des droits
nue pouvoit avoir ou ne pas avoir M. le dnc de
Biclielieu à une récompense nationale. Ces droits
sont horués , par le projet de loi , aux services qu'il
fi rendus à la France dans les conférences d'Aix-
la-Cîiapelle; le gouvernement les signale comme
grands. Il ne nous appartient pas de les faire valoir^
n'ayant aucun document pour les juger 5 nous
n'aurions pu établir une opinion que dans le cas
où la récompense eût porté sur \es actes de son
.^dministration. Mais ce que nous avons vu se
confirmer avec une véritable satisfaction , c'est ce
que nous avions annoncé lorsque nous avions dit
que la Chambre renfermoit un grand nombre
d'hommes monarcliiques , véritablement attachés
fin gouvernement qui nous a été octroyé par
le Roi ; aussi a-t-on vu la Chambre rejeter à
une immense majorité ce que le projet de loi
])réscntoit d'inconstitutionnel , malgré tout i'ap-
]tui que le ministère a cherché à lui donner, et
n'adopter que le projet ame/2c?c parla commission.
Le projet de loi sur la responsabilité ministc-
jirlle a été porté à la Chambre des Députés. Par
quelle fatalité se fait-il que tous les projets, pré-
vsentés jusqu'ici par les ministres, aient chacun un
côt(; ({ui soit en opposition avec la Chaitc? La
voastitulionhalito ne devroi^-elle pas être le pre-
( 23; )
niicr caractère do leurs pro^)Osilions ? 1. 1 Charte
dit, art. 56 : Ils (les ministres) ne fjcm-'cnt être
accu.fés qiie votir fuit de trahison on de concussion.
Des lois narticulu-res spécijieront cette nature de
délits , et en dcterniinerofit la poursuite. Il est évi-
dent, d après cet article , qu'une lui dcvroit spè-
cilier la nature des délits , en même temps qu'elle
<levroit détemiiner le mode de poursuite. Or, je
vois bi^n , dans le projet présenté, le mode de
poursuite , mais nulle part la spécification du
délit. Les développemens de M. le garde des sceaux
conduiroieut même à penserque cette spéciiicaliou
ne se fera pas. Ce vice du projet n é(liNq)pera sû-
rement pas à la Chambre, -et elle a prouvé^ dan.<
la discussion du projet de loi relalità M. le duc
de Pvichelieu, i.[u'elle tenoit surtout à la cousli-
tutiounalité. Comment est-il possible que les
ministres seuls ne s'aperroi vent pas de ce qui iraj)pe
les veux du public?
Dans un moment où on est tout occupé de ques-
tions législatives, il est important de rapj)oler un
ouvrage où 1 ou trouv»' dCxcelli-iis ducumeus dans
ce genre , V Essai liislorirjue sur les clats -généraux
de la province du Languedoc , par M. Le bamu
Trouvé, ancien prij'ct de l'Aude (i). l.e premier
volume lait cbnnoîlre Thisloire, la composition et
les princij)es de la plus c('lèbre de nos assemblées
provinciales; le second, cpii par<ul dans ce momunl,
décrit, sous tous lesrap[>orLs de topographie, d'his-t
toire uaturelU', d antiquités , de population , d a-
griculture , d'industrie et de commerix , un dé-
partement (pu.- l'auteur a admiiiistré pendant (|ua-
tora^" ans. iSous re\iendrons sur cet ouvrage, ([ui
a été présenté au Roi et uux princes , r-t quj s*- re-
commande tout autant par les conuoissancrs pro-
fondes de l'auteur, que par le mérite d un stvli:
aussi élégant que lacile. INI. (].
(i) Dcax vol. 111-4", avec raiii'f tt gravures. Prix : 4tt fr.
A I'ams,w1icz 1« ^jo^Iuaut, ru« de Scidk, u' v5, cl<iuaiCunti, u° S.
( ^38 )
MÉLANGES
Le public a vu avec grand plaisir que M. Pasquier, en
cessant d'être garde-des-sceaux, vouloit oublier les affaires
de ce monde , et s'occuper de littérature, comme M. de
Lamoignon , dans sa retraite de Bnville. Dans la discussion
sur l'incroyable récompense à décerner à M. le duc de
Richelieu, sujet que les orateurs n'ont agrandi qu'en en
sortant, M. Pasquier a terminé son opinion par l'éloge de
la monarchie constitutionnelle; et, tout rempli de ses
nouvelles études littéraires , il lui a appliqué des vers de
Lefranc de Pompignan, qu'il a déclamés à la tribune
avec une grâce qui rappeloit la manière si séduisante de
M^'^ Mars :
Le Dieu poursuivant sa carrière ,
Verse des torrens de lumière
Sur ses obscurs blasphëmaleurs.
Comme il n'y a plus de ministre de la police, on ignore
de quel Dieu M. Pasquier a voulu parler. Quant aux blas-
phémateurs, M. Manuel a cru devoir répondre. Il a pris
la parole pour vanf erla liberté , et il a appliqué tout chaud,
à cette déesse , d'un ton qui rappeloit la manière de Talma ,
les mêmes vers que M. Pasquier venoit de citer. Les tri-
bunes ont applaudi , sans doute à cause de la nouveauté.
Un effet, cela devoit être fort singulier. Le public , qiii
juge et qui n'applaudit pas, a conclu de cette double
scène que l'accord entre les ministres et les indépendans
n'est qu'un accord de circonstance et non de principes ,
puisqu'il y a une distance incommensurable entre la mo-
narchie constitutionnelle telle que les ministres l'enten-
dent, et la liberté telle que l'entendent les indépendans.
Ainsi nous pouvons donner comme un fait positif que
les ministres et les indépendans sont d'accord surtout et
partout, excepté sur les doctrines, à la tribune et aux
élections. Cela promet.
Dans cette discussion, deux gardes-des-sceaux cnt saisi
l'heureuse occasion de montrer à la France qu'ils ne con-
noissoient pas le Code civil , et qu'ils ignoroient que nous
eussions des lois sur un objet atissi important que les subs-
titutions. M. de Corbières, qui est obligé d'élre instruit
parce qu'il ne court pas la carrière de la haute adminis-
tration, a été réduit à leur donner une leçon de droit^ et
( 239 )
M. le gardc-dcs-sccaux en exercice en a remercie M. de
Corbières en l'appelant savant jurisconsulte ; il est vrai
qu'en ce rrionient il n'auroit pu appeler M. de Corbières
son colli'5;uc : !a distance éioit trop grande.
M. le comte de Sainl-Aulaire, en voulant faire des rë-
pulations,a perdu une grande partie de celle qu'il avoil
autre lois dans le monde comme homme d'esprit. Il avoit
entrepris la lâche difficile de faire à la lois l'éloge de M. ie
duc de Richelieu, et l'élof^e de M. le comte de Cazcs. 11 a
dit que ce qui prouvoit le mérite incomparable de M. de
Kichelieu, c'est que personne n'en disoit do mal, '•'J que
ce qui prouvoit le mérite encore incomparable de M. de
Caaes, c'est que personne n'en disoit de bien. On peut
choisir entre ces deux mani^res d'obtenir une récompense
nationale et de quitter le ministère, ou de garder le mi-
nistère en attendant une récompense nationale. M. de
Sainl-AuIaire a mêlé à tout cela des détails de parenié qui
annoncent un bon coeur, et des honneurs d'alliance qui
sentent un peu la vieille cour; mais lorsqu'oubliant que,
comme député , il n'avoit aucun motif de rappeler qu'il
et Wcau-pèrc de M. de (^azcs, il y a cependant conduit
les esprits, les auditeurs, à leur tour, se sont rappelé ces
mots si naïf de la fable du Hibou :
Mes iielils sont nii;;nons,
n«>aux, bien Ijils et jolis spr tous leurs rompagnon5.
Toute cette discussion à roccasion d'une récompense
nationale, demandée en faveur d'un ministre par ceux
(]iii se sont réjouis de son éloigncment , n'a offert que
<lfs contrastes que M. Comel-Dincourt a lait ressortir
avec tant de finesse et tant d esprit qu'on peut affirmer
(|uc Son discours durera plus qui! le majorât de .M. de
Uichelicu. Il est le dernier de son nom , et on ne lui a pas
accordé la faculté de «lésigner un héritier, même parmi
.ses neveux. I a récompense est viagère ; ce n'est qu'une
pension assignée sur le résidu des biens nationaux; résidu
qui dire Sï'pt ou huit cimetières, quelques églises aban-
données, quelques meneaux de prés «|uc des émigrés
n'ont pas réclamés, quelques rentes de cinq francs ou d«
dix francs qui nppailienncnt aux domaines faulc de Irou-
xcr d'autres possesseurs ; de sorte <pi"il latitha assigner au
doniiaire une vingtaine de déparleuiens pour lui liaire une
somme atmucllc de cinquante mille francs. l'ist-cc là pos-
séder? Ksi ce ainsi fpie l'Angleterre accorde des récom-
penses Dalionalcs? Toute récompense donnée au nom
( 24o )
d'une nation a pour but moral !a perpétuité. Transmettre
a la postérité le souvenir et la reconnoissance des grandi
services, tel doit être et tel a toujours été l'objet des fon-
dations ; lorsqu'on se borne au viaj^er, ue sernble-t-ou
pas reconnoitre que les services rendus ne méritent pas de
se conserver dans la mémoire des hommes au-delà de la
vie de celui qu'on récompense? mais il est tout simple que
l'absence de lof;ique fasse se remarquer pajlo.ut où il y
a absence de sincérité. Dans cette al faire on a joué pour
amuser la galerie ; et, d'après les correspondances prii>ées ,
la galerie n'est pas en France.
— Nous avons parlé de la première in.surrection des
jeunes citoyens élèves du lycée Louis-le-Grand. Le Jour-
nal Je Paris avoit reçu l'ordre d'arranger un récit pour
<]u'il y eût de 1 exagération dans le nôtre, et nous pou-
vions courir le rifque d'être attaqués en calomnie pour
avoir défendu le pouvoir des maîtres. Vendredi dernier,
on sut qu'il devoit y avoir une nouvelle insurrection ; elle
éclata en elïet à minuit , avec tous les accompagnemens
nécessaires pour motiver l'appel d'un commissaire de
police, et de ta gendarmerie 3 ce qui a toujours bonne mine
dans une maison d'éducation. Celte fois, il s'agissoit du
rappel des bannis ; rien n'est plus dans les règles; lintérêt
pour les bannis est aujourd hui de rigueur. 11 semble que
la justice divine force les consciences à s'écrier : « Nous
i> ne valons pas mieux les uns que les autres; pourquoi
» donc punir quelques-uns? » il paroit que la tranquillité
se rétablira dans ce lycée, quand les élèves seront tous
renvoyés pour une cause, et les maitrespour la cause con-
traire. Les mesures qui ont ete prises pour apaiser cette
nouvelle insurrection, donnent la flatteuse espérance
que bientôt on sentira l'avantage de ne faire qu'un seul
corps des inspecteurs de gendarmerie et des inspecteurs
de l'Université.
ï-a première livraison de la Bibliotiièque Royaliste, que
nous avons dernièrement annoncée à nos lecteurs , vient da
paroilre ; elle justifie l'idée que le prospectus faisoit concevoir
de cet ouvrage , et les rirconstances semblent devoir en aug-
menter chnque jour l'iutèrèt.
Opinion de M Cornet-Dincourt, de'pute' de Fa Somme, sur
le Projet d'une Récompense nationale en faveur de M. le duc
■de Richelieu. Prononcée en séance publique le 28 janvier i-Siq.
Prix : 23 c. A Paris, chez Le Normant . rue de Seiue . n ". 8;
et quai Conti , n" 5, entre l'hôtel des Monnoies et le Pont-Neuf.
IMPRIMERIE DE LE NORMAJNT, RUE DE SEINE,
Tome II. Dijc-Tteuvième Livraison.
^]J Le Roi , la Charte et les nonnetes Gens. ^
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/•t/e f/c 'ya/if, ^yô " S.
«^>y;S'Oi)^^o 00030 o ccc^:^^€^e^eej»
AVIS DE L EDITEUR,
Les Personnes (jui n'ont sousa-it que poitr le pre-
mier volume composé de treize Livraisons^ et cpdsont
dans l'intention de recevoir maintenant le second
volume , sont invitées à vouloir bien faille parvenir
leur renouvellement le plus tôt possible^ si elles
veulent éviter tout retard dans l'envoi de leurs
Livraisons.
Les Souscripteurs des difpartemens sont aussi
priés , pour prévenir toute erreur , d'écrire leurs
noms et leurs adresses bien lisiblement^ et surtout
de ne pas oublier, comme cela est arrivé plusieurs
fois, d'indiquer le lieu de poste par lequel ils sont
servis.
On ne peut souscrire que du commencement d'un
volume.
Le prix du second volume est de 1 4 fr- pour la
souscription.
Les lettres et l'argent doivent être adressés , fi-nnc
de port, à M. Le Normant,fds, Editeur du Con-
servateur , rue de Seine, //" 8, F. S. G.
On souscrit aussi chez les Libraires ci-dessous désignés ;
Abbevllle, chei Giare.
Acen, Noubel.
Aleiiçon, lioiivoust.
. \ Fourni er-Mame.
Angers, | p^^-ig.
Argentan, l-errrsne.
Avignon , Seeuin aioé.
Bayeux, Groult.
-. t Ronzom.
Bayonne. ■ ^^^^^^
Besançon, Girard.
I, j ) ^ ' Bergeret.
Bordeaux, | ^as^iol.
I Marseille
f ('.'imoiii frci
, } M,.svi;rt.
I Cli.iix.
Brest,
Lefournier et Desperiers. |
Michel. I
Cien, Manoury aîné. |
Cambrai , Hcrtout. |
Chà'.ons-iUr-Saône, Dej 'ssieu. |
Ch;irleville . Cli. Kaucourt. |
Chartres, Hervé.
Clermoiit -- Ferr.md , Thibault— |
Landii.-t. I
Dijon, C •<iiipt. I
Douai , Tarlior. |
Grenoble, Du'and. j
l.aval . Graiiiipre. |
l.ilie. Vanackere. |
Limoges, Harbuu-Descourières. (
(Lie!),iux. I
Mjirc. I
^ IVriise frères. |
I ll.i..nJ. I
' l{oti;iirc. I
Au Mans, J ,,^.^^.,,^^
Lyon ,
MeU, cher l'evilly.
Montauban. I.a lorpue.
Montpellier, j vc'u^,,.;,,^.
Nanci, V*^ Bonto'.ix.
,., \ Ijuiii uil aîné.
Nantes, j H„.^^uil jeune.
Nimes. Gaude fils.
Niort. M"" K. Orlilat.
Nulles. MeNjuiond.
Oilcans, Monceau,
l'eipi^iian, AIzine.
PuiliLTS . IJ.irlt.cr.
Quimpcr, Cii.Tpilain.
Rennes, { M"" v Froul.
' M"« \ atar.
1.3 Rochelle, Pavie.
Rodez . Carrere.
RI Frrie aîné',
ou en, ' o I,
' ( l\en.iult.
Saumur . Df^coiiy aine.
«, , ll.i vr.iult.
î>trasboiirR . { c • _
" f r evrier.
Saint-Brieuc. Prudliommc.
IScnac,
Prunet.
.Manavit.
Fr. Vieusseux.
Touri, Alnine.
\':ilencc. Marc-Aurel.
N'er>ailles, Ange.
V ilIcneuve-sur-Lot, Crosilhes.
I.ilirnires dans les Pays ttrai!:rr5
, IVIoiis , Ltroiix.
I l ondres, Dulau et Comp.
I Naples, BorL'I.
I Turin . IJocca.
Berlin. ^chlesinRcr.
Bruxf lei. Lecharlier.
Gand, lloudin.
Genève, P.)-<lioud.
Bruxelles, Hor^nies Renier.
LIVRE NOUVEAU.
Kèmnirtt liistonijnes trlalijs à lu l'onle rt h /' /î/i'i-a/inn de la Statue
èqiiKilrv tir llrnti li sur If lerre-pL-in du Pnnl- \fuf\ n Paris , avec d« s
gravure» à r«:iii lorle rcprc si nt;it)t rancieiiiie et l.i nnuvellf Slaluc ;
drdies ;*u l^oi par AL V,\\. J. Lato ie , consci % .ilcur ^i-s nioiiunidis pn-
l>li( i de Pai i> \x rr i etic épigraphe : Cii'ium uictas lYsiituit. LU vol. in-h"»
de ^<y> pa!;c» . bioihé. Prix : 8 fr., et q ("r îio t . franco. A Paris, chci
If Nurni.iiil, me de Seine, n" 8 et «juai Coiili . n' 5.
(^«•t Oiivragr , publié p.ir ordie de .S. Exe. le ininiNire secrétaire
d'Elat de i'iilérii-ijr. comprend : i". une Inlrodui lion ou I an ifltc un
cuiiD^'<ril rapidr sur larl de \s Fonte < liei les jiiciens sur les .Sl.itue:>
anciennes el irio.l rn<*s , .ivrc un .\per<u «le la renaissance de l'jrl en
Italie; a». T Histoire «le ia première .M.iliir de Henri IV; 3" enfin celle
du Monument ipii a été di-rnieremenl i evé a i «• Piiine par le \ct\i et
les d'iii de tou> les Fr;«n(,,ii>. — L'Ouvrage est iuivi d'un \ppeiidi>e
«|ui rcii'erme toutes les i'ifrrs iifruielle, relatives a la S'<u>cripli.>n . à
la Fonte et à l'hlc<valion de le Monuivcnt , ainsi qu'aux (^(fiénionio
tloiil il a éle l'o( c.isioii 11 e%l termine par la Lste eéij 'raie , par Oépar-
tement et par orilrr alph die(ii|ue , de tous les buuscripicurs qui out
concouru a ion rctablisseincnt.
\ c/e -/J /ff?'af,Jo?U^ at/6 Aar<7Ûro?//r a dcj e/foae/cj au/c'
I r( ^ar^jj c//ez ^e ry&o?'/?ia?//^ n/j, Ocù/car^
(
\.e
' 'jio /. , , r/f/a/,"c ce/.
/ / •
^^èt cle^iafifùp ' -eâ eni'OùJ re/a//r.J- tr ceâ o^M'^'a'nc,
aoùve?2â e/f^ aare/ifif^ Âa?ic ac /wr/^ an (9ocfrea(/' aie
&e f'^nJi^'miene (/e ^c ry^or?na9?â.
«VVW^IWV\NV\VV^~. W .\V\\\V\>, %»VV\V»V%V\\V%W\\\V\\V\\X>>l\\V\V*N\\\V\\\\<V\V\'»
LE CONSERVATEUR.
Sur les Annales Littéraires (i),
ou
DE LA LITTÉRATURE AVANT ET APRÈS
LA RESTAURATION.
Nous avons parlé do la mor.ilr dca int(?rêts et de
rrlle des devoirs; nousavons (litqiie lo svslèine mi-
nistériel a plus corrompu la France dans rfuelqucs
nnnccs que la révolution dans un quart de siècle ;
nous avons examiné ce système dans ses ell'et>;
j)olitiquc< (\ moraux : que seroit-ce si nons l'eus-
sions con.sidéré rians srs rapports avec la religion?
11 est si naturellement flcstrnclJUr (jn'il ét<n<l 5a
inalit;ne inllnence |US(ju«' sur les lettres : en res'jus-
citant les prinLi[)esde la révolution , il lait revivre
la laufjue révolution»aii'<'. l'crba rctn xefjuenfiir.
Lors«pie la France , fati|:(uée de l'anarcliie. chcr-
clia le repos dans le despotisme, il se lorma une
«•spèce de lif^ie des hommes de t.detit ]>our nous
ramener, par les saines doctrines littéraii-es , aux*
doctrines conservatrices t^- la société. MM. «le La
Harpe, d«* Fonfanes, de Bonald , M. l'ahbé de
^auxeiles, .M. (iuenau de Mtrssv écrivoi«.'nt dans
/<■ Mcrcurr; M.M. Uussaidt , Feletz, Fiévée, Sainl-
\ ictor. ndissoniinde, Cnoflrov, M. l'.ddx' delUm -
{\) Annnlf^ littrritrrt , ou C/init chrrtrinùni^ufui' (/!•■: iinncifinii r
articles lir tiittriitiirr , int<-ri'5 par M. Dtissaull il.ms li* Journal
dti Dt'bult. (,)jalrf vf»I. in-.S». Prit : u-S Jr., et M} f. p.ir la posl».
A Par-s, rhtz M.ir.nl.in, rur Giv-nrf;.ii'i({ , n''g; el l«- Noiiiiant ,
rnc d»" Scinr.n^B, et iju:n Cmili. n'
Tgxx U. — 19* UvRAiso». 16
( 24a )
logne, combattolent dans /e Journal des Débats.
« On a vu , (lit M. Dussault parlant de cette époque
0 si reraarquaLle poui- les lettres 5 on a vu des
'. talens du premier ordre entrer dans cette lice
.-des écrits périodiques, pour y comLattre tous
^des faux systèmes .... ;
jTout le système de l'opinion publique étoit,
))pour ainsi dire, à recréer. Le mauvais sens et
j l'erreur avoient tout infecté en politique, en
))morale, en littérature 5 les vrais principes en
;)tous genres étoient méprisés, proscrits, oubliés-
'} tout ce qui sert de garantie et de lien à l'ordre
). social étoil brisé, et les règles du goût, plus unies
» qu'on ne pense aux autres élémens conservateurs
■> delà société, avoient subi la destinée commune. »
La littérature révolutionnaire fut foudroyée ,
et le goût reparut dans le style avec l'ordre dans
l'Etat.
Ruonaparte favorisoit cette entreprise, quoi-
qu'il sût bien que presque tous ceux qui la soute-
noient étoient ennemis de son gouvernement. Il
Jisoit un jouràiM. de Fonfanes : h II y a deux lit-
w tératures en France : la petite et la grande ; j'ai la
» petite, maislagranden'estpaspourraoi.» Etpour-
tantillaissoit faireà cette grande littérature qui , de
son aveu , n'étoit pas pour lui , mais qui recompo-
soît les principes de la monarchie, en détruisant
ceux de la révolution. Or, comme il vouloit ré-
gner, peu lui importoit de quelle main il recevoit
le pouvoir. Aujourd'hui le gouvernement a aussi
pour lui la petite littérature ; la grande se tait.
Il y a un monument précieux de l'état de la lit-
térature, sous B'jonaparte, c'est le recueil que
nous avons déjà cité plus haut. Si on écrivoit aar
jourd'hui la plupart des articles qui composent
les annales huéraircs , non seulement on cricroit
au gothicisme, au fanatisme, à la réaction, mais
il est probable que ces articles ne scroient pa«
( 243 )
Taimi-, rt la coiisurc. Quel censeur, pai' exemple^
seroit asscr téméraire pour laisser passer le inor-
cean suivant ?
« Sans cloute nos pnulens penseurs , dît l'auteur
y^iics yinnales littcjàircs , ne doivent point pro-
>. iToncer, sans un secret effi'oi , le nom de Boileau.
>) \\s d(ii\ent craindre qu'il ne sortît de ses cendres
)ipour les «léinasquer. <)nelle matière en efi'et le
), siècle dei-nier n auroil-il pas ollerl à sa vcr\tr
» satirique I Combien n'anroit-il pas trouvé, sous
))les étendards de la philosophie , de mauvais écri-
)) vains à railler, de charlatans à dévoiler, de pix--
»)leuti()Hs à coulbudre, d'injustes réputations a
), iH-nverstr î De quel oiil auvott^il vu, de quels trait*
ï)dt! ritlicule aur<)i1*-il marqué un l'héteiir bonr-
)) soufflé comme l'homas, un dt'xlamtiteur Iréné-
), ti<[ue couinie Diderot, un bel esprit pincé
K comme d'Alrndurt, un rêveur de systèmes ridi-
), cnles c«»mun- Helvélius, et ces auteurs de tragc-
>, di«; à la Shak«'<;peai*c , et ces Valseurs de drames
), aussi ennJiVetiK (fue lugubiTs , et ces marcliands
),<le comédies à la pince, et cette foule d'intn'^aus
)> littéraires de toute espèce, qui connoissoient aussi
),]»eu l'ait d'écrire qu ils connoissoicnt bivn l'art
>, de se l«ire <lts réputations, cette lolde de Cot-
>, tins et de l*ellrtirrs n(juv«'au\', qui s'cmparoicnt
>, subtilement deTatlmiration d'un siècle dont ilsne
)) méi-itt>i<i»t q«je le mépris? Mais, puisque la nt\^
))lu*v lie prodit^ue pa!^ les hommes tels que Boi»
)/le«u, et puisqu'elle ne produit pas ordinairf*-
). Tnrut deuk tnlens d«' cette lorce dans un espace
»)<le temps si bortié, qu'on Se figure seulement
5j Voltaire, avec !r rare talent qu'il a\oit pour se
>iwr\îr de larme du ridicule , dont il a tant nbusé ,
>) loumr^nt cff ti" ménir arme , si redoutable «iitrc
)jses main-^, contre ceux dont il s'éloit dcclat-e
» l'appui et le chef , et 8c niO([nant d'eux tn.
»puL!ic, comme il *>'< n morpiuil «juclquefovï tH
iC.
( M4 )
»srcret. Croit-on que tout cet édifice de rcpul.1--
)) tions factices, bâties sur le sable et sur la boue ,
«auroit pu résister aux traits rfu'il auroit su lan-
))cer? S'il avoit seulement dirigé conti'C la fausse
))et dangereuse pliilosopliie de son siècle la moitié
» de Tesprit qu'il a prodigué contre les institutions
»lcs plus utiles et les plus sacrées, c*en étoit fait
»de tant de beaux systèmes, de tant de brillantes
^renommées, de toute cette sublime doctrine
))dont nous avons pu appréci'cr les effets, après
»en avoir admiré si long-temps et si stupidement
)kles tlrtîories. »
Nous le répétons , présentez aujourd'hui de pa-
reils articles à la censure, et l'on y verra, avec une
conspiration contre le Roi , la destruction de la
Charte , le rappel des moines et le l'etour à la féo-
dalité.
Toutefois, a Tépoque où l'on mauifestoit ces
pensées , elles sembloient si naturelles à chacun ,
qu'elles trouvoient à peine des contradicteurs,
M. de Barente , dans un ouvrage remarquable
sur la littérature française pendant le dix-neu-
\>ienie siirclè , ne parie pas avec plus de respect
des écrivains de cette époque. « Ce sout , dit-il ,
)) des écrivains vivant au milieu d'une société fri-
» vole , animés de son esprit , organes de ses opi-
» nions , excitant et partageant un enthousiasme
» qui s'appliquoit à la fois aux choses les plu^ fu-
» tiles et aux objets les plus sérieux ; jugeant de
» tout avec facilité, conformément à des impres-
)) sions rapides et momentanées ; s'enquérant peu
» des questions qui avoicnt été autrefois débattues;
» dédaigneux du passé et de l'érudition ; enclins à
» un doute léger, cjui n'étoit point l'indécision
V philosophique , mais bien plutôt un parti pris
» d'avance de ne point croire 5 enfin, le nom de
» philosophe ne fut jamais accordé à meilleur
» marché^ »
Les pliilosophes (jni avoiciit accjiiis leiir nom à
si bon marché , mcriloitnt bien d'être démascjucs
par ccuv qni ont été les victimes de leurs prin-
cipes. Fn voyant la ligne qui s'étoit iorniée contre
ces premiers auteurs de nos maiiv > le critique à
qui nous devons les A'ti^ci^î'^-, se croit silr du triom-
j)he. K Ouest désal)U.>»é , dit-il , du cîiarlafanisme
» littéraire , delà i'orrauterié philosophique
j) Quel singulier spectacle offroit la littérature
» liNinçaise . On vit jusqu'à de misérables poètes ,
» qui u'aN oient rien dans la tète que quel(]ues hé-
» misliclies ; des laiseuvii de mauvaises tragédies
M ])lcins d'orgiuil et vides d idées; de petits auteurs
u de vers galans , bouffis de suffisance, se croire
M des législateurs Q'est un public, dit-on, (jui
» manque à noire littérature.... Oui, sans doute,
>• Messieurs , il nian(pi<' un public à voli-^ littéra-
>» turc , et ce public lui ni;»n([uera long-teuqjs ,
M parce qu'on est aujourd'hui pleinement désabusé
M de toutes vos folles idées , de tous vos \aius sys-
>* témes. »
Que l'auteur n*a-t-il dit la vérité \ jMais pouvofl-
il j)révoir que ce- doctrines qui sembloieut à ja-
iii;iis détruil<;s , éloient si prés de renaître? pou-
voit-il devim-r fjue ces filles illégitiun's de nos
malheurs reparoîtroient avec la légiliuiité ?
Veut-on faire nu rapprochement curieux? qu'on
lise les articles des yimutJi'i /lUcraircf ^ et qu'on
les compare à ceux ou l'oM jiréch»; ouverlenu'nt ht
déuiocralir rhius no'j journauv censurés. La cen-
sure impériale ^ui laissoit j)asser les articles mo-
narchtque.s, avrétoit les articles démocratiqueu :
c'éloit au moins du bcJi sens dans le dcqjotisnie.
Kn parroumn» le.s Anitalcs fitrrtairrs ^ on peut
f-iirc eHcore «ne autre observation. : on y voit p.ir-
tout annoncée |;j réimpres.sion desauh'iu'S du siècle
à*'. Louis A.1V^ miiiul"ii:»nt ce sont Us auteurs i!r>
(' ^6 )
siècle de Louis XY cju'on rrimprîme ; ou vouloit
conserver : voudroil-on détruire?
Aujourd'hui que les bonnes études s'en vont
avec le reste , la publication des ^Jlnnalcs est un
véritable service r<'ndu aux lettres. On trouve par-
tout dans ce recueil , avec la tradition des saines
doctrines, ua jugement sûr, un goût formé à la
meilleure école , un style clair , cxceUent surtout
dans le se-rieux, une verve de critique, et un talent
qui emprunte delà raison une naturelle éloquence.
Il y a cependant dans les Annales un principe que
nous ne pourrions complètement adopter. L'au-.
teur pense que la critique n'étouffe que les mauvais
écrivains ; rinelle nest redoutable quà ta méf/io-
critê. JNous ne sommes pas tout-à-lait de cet avis.
Il étoit utile, sans doute, au sortir-du siècle de
la fausse philosoplue, de traiter rigoureusement
des livres et des hommes qui nous ont fait tant de
mal, de réduire ^ leur juste valeur tant de répu-
tations usurpées, de-iaire descendre de leur pié-
destal tant d'idoles qui reçurent notre encens en
attendant nos pleui*s. Mais ne scroit-il pas à
craindre que cette sévérité continuelle de nos
jugemens ne nous fît contracter une habitude
d'humeur dont il devicndroit malaisé de nous
dépouiller ensuite? Le seul moyen d'empêcher
que cette humeur prenne sur nous trop d'empire ,
seroit peut-être d'abandonner la petite et facile
critique des défauts , pour la grande et difficile
critique des beautés. Les anciens, nos maîtres,
nous ofTi-ent en cela conime en tout, leur exemple
à suivre. Arisiote a consacré le XXI V^ chapiti-e de
.■îa Poétique à chercher comment on peut excuser
.ertaines fautes d Homère , et il trouve douze
réponses, ni plus ni moins,, à faire aux censeurs;
naïveté chariiiaute dans uu aussi gi'and homme.
Horace , t^ont le guiVt étoil si délicat, ne veut ])as
loiFenser de quelques taches ' Jyoïi ego paucis
(^47)
offert cîar maculis . Quiatiiieu trouve à louer jr.sqKc
dans les ccrivitins <j^a ii conciaiajie ^ et s'il blâme
dans Lucain l'ail du poète, il lui leconnoît le
mérite de l'oratcux' : Mugis oratoribus quàin yoetis
enuineraïuius,
Uue censure, lût-elle excellente, man:[uc son,
but si elle est trop rude, tu voulant corriger
l'auteur, elle le révolte, et par cela m -me elle le
coniirmc dans ses délauts ou le décourage j véri-
table malheur, si l'auteur a du talent.
11 semble donc que 1 on doit applaudir avec
franchise à ce (pi'il y a de bon dans un écrivaiu ,
et reprendre ce qu'il y a de mal avec ménagement
et politesse. Racine, modèle di; naturel <t de
simplicité dans son âge niur, n'étoit pas exempt
d'ali'c'ctatiou et de recherche dans sa jeunesse.
Boileau eût-il ramené Racine aux principes du
^oût,s'il n'avoit fait que reprocher durem<:ut au
jeune poêle les vices d<' son style? Mais vn mi*m.e
triups qu'il gourmaudnit l'auteur de la Tlubaulc ,
L'essoit CCS vers èi l'aulcur de PheJrc :
triups
il aarc
Que peut contre t«'s vcii une ignorance vaine?
Le Parn.nsse fr.inçais, ennobli prir In veine.
Contre tous ces complots saura te mninteair,
Lt soulever pour loi IV-cjuitaMc .ivenir.
ï-li ! oui , voyant un jour I.» douliMir vertueuse
I)e Pliedre , ina'pri* <oi pcrfulc, iiiceslueuse.
D'un si nolilu Ir.ivail jiutcinitnl ctcinuc,
N* bt'nir.i d'aboni le iirclc fortune
Oui, rfiiilu plui Tiincux p.ir te» illustres veilles,
^ it naître soin ta main ces pompeuses merveilles !
Bossuet lut, ilaii"» sa ieuuess(î, un des bcau\-
.•sprits dr rUoli'l de iiiiiuliouiilet. l,e.s premiers
s^M'uions (Jf ce premier d*'s orateurs, sont pleines
dantithéHes, d'images incohérentes, de baltolo»
«ie , d'exa^'ériilion , d'enflure dt; stylo. Ici, il
h' écrie : luir l' KternvU lu, il .ippellc les eulan^
la recrue, conlinucllu Ju içciire huiituini il tlit <[ue
Dieu nous rlouuv ( pur i^ moi i ) ou appartement
( ^4« )
dans son palais , en attendant la réparation de
notre ancien édijice ; tantôt cette mort est un
sou [fie languissant ; tantôt nne rature qui doit
tout effacer, etc. etc. Si la critique, ti'op choquée
de ces phrases bizarres, eût harcelé uu homme
aussi ardent que l'évéque de INIeaux , croit-on
qu'elle l'eût corrigé? ]Non, sans doute. Mais ce
génie impétueux, ne trouvant d'abord que bien-
veillance et admiration , se soumit comme de lui-
jnéme à cette raison qu'amènent les années. Il
s'épura par degré, et ne tarda pas à paroître dans
toute sa magnificence : semblable à un fleuve
qui, en s'éloignant de sa source, dépose peu à
peu le limon qui tronbloit son eau, et devient
aussi limpide vers le milieu de son cours qu'il est
profond et majestueux.
Ceci n'est point une simple figure de rhéto-
rique; c'est un fait, puisque les endroits les j^lus
vicieux des Sermons de Bossuet sont devenus les
jnorceaux les plus parfaits des Oraisons funèbres.
Si Bossuet ne nous étoit connu aujourd'hui que
par les Servions , serions-nous assez justes pour v
l'emarquer les traits que nous admirons dans les
Oraisniis fmùbres ? Le mal ne nous empécheroit-
il pas de voir le bien, et ne confondrions-nous pas
dans nos de'eoûts les défauts et les beautés ?
Une critique trop rigoureuse peut encore nuire
d'une autre manière à un écrivain original. 11 y a
des défauts qui sont iuhérens à des beautés, et
qui forment, pour ainsi dire, la nature et la cons-
titution de certains esprits. Vous obslinez-vous à
faire disuaroître les uns , vous déti'uirez les autres.
Otez à La Fontaine ses incorrections, il perdra
une partie de sa naïveté; rendez le stvle de Cor-
neille moins familier, il deAiendra moins .sublime.
Cela ne veut pas dire qu'il faille être inco; rect el
sans élégance} cela veut dire que, dans des t.len^
du premier ordre , rincorrectioB , la fniailvi^iit^ ©u
( '49 )
tout autre défaut , peuvent tenir, par des combi-
naisons inexplicables, à des qnalile's «hnincnles.
« Qnand je vois, dit iMontaij^ne, ces braves
» formes de s'explif|uer , si vives, si profondes,
}) je ne dis pas que c'est bien dire , je dis que c est
))■ bien peuser. » Rubens , pressé par la critique ,
voulut, dans (piel(|aes uns de ses tableaux, des-
sinuu plus savamment : que lui arriva-t-il ? Lue
chose remarcpuiblc; il nallcij^nit j)as la pureté du
dessin , et il perdit 1 éclat de la couleur.
Aiusi donc , indulgence ou cvitif[ue circons-
pecte pour les vrais talens aussitôt qu'ils sont re-
connus. Celle indulgence est d'aïUeurs \\\\ foible
dédommai^cmcnt des chaî;rins sem«;s dans la car-
rière des letlres. Un auteur ne jouit pas plutôt de
cette renoniBiée objet de tous ses désirs, qu'elle
lui naroît aussi vide qu'«'lle l'est en eilet pour le
boulu'ur d»; la vie, Pourroit-elle le consoler du
r<j)Os qu'elle lui enlè\e:* TarN icndra-l-il même
jamais à savoir si celte renommée tient à 1 esprit
départi, à des circonstances parti«;u!iér<'ii , ou si
c'est une vériUiblc {gloire fondée sur des h'irrs
xé«'ls ? Tant de médians livres ont eu une voj^'ue
.-i prodii;iense 1 qiul prix peut-on altadierà uno
«élébrité (jue l'on parlnge souvent avec une foule
d'hommes médiocres ou déshonorés? Joignez à
r«»Ia les peines secrètes dont les Muses se plaisent à
aUliger ceux <jui s»' vouent à leur culte , la perle
des loisirs, \v dérangement d(r la santé. (^)ui \o\\-
droit se charger de tant de ujauv pour les avan-
tages incertains d'une réputation «ju'oa n'est pas
si^r d'obtrnir, (pi'on vous contcsteia du moins
jiendant votre vie, et que la postérité ne confir-
nirra peut-être |ias après votre mort? ('ar, (luel
que s(jil 1 éclat d'un succès , il ne peut jamais vous
donner la cerlilude de votre talent ; il n'y a que ht
durée de ce succès (jui vous révèle ce que vou9
^les. Mai"*, autre misère :ie temps tpii l«it vivi<4
( 2^o )
l'ouvrage, tue l'auteur; et l'on meurt avant de
Savoir qu'on est immortel.
Si l'on croyoit que nous voulons rabaisser, par
ces réflexions , la gloire fies lettres , on se trom-
peroil : c'estla première de toutes les ç^loircs. Dis-
poser de l'opinion publique , maîtriser les esprits,
remuer les âmes , étendre ce pouvoir à tous les
lieux , à tous les temps , il n'y a point d'empire
comparable à celui-là. On peut braver, quand on
le possède , toutes les infortunes de la vie : « Epic-
n tète „ dit l'epitaphe grecque, boiteux, esclave,
» pauvre comme Irns , ètoit pourtant le favori des
» Dieux ! » Mais combien compte-t-on de ces
génies qui naissent rois, et à qui la puissance ap-
partient par droit de nature ? Sur un nombre im-
mense d'écrivains, si quelques uns settîemcnt sont
favorisés du ciel , faut-Il que les autres poursui-
vent une carrière on , inutiles à la société , ils ne
7encontrent que misère , oubli , ridicule , une
cai'rière où l'amour-propre blessé peut les rendre
les plus malheureux , et quelquefois les plus mé-
dians des hommes? La chance d'an bon billet
sur mille mauv^ais, est trop désavantageuse pour
la tenter :
Soyons plutôt maçons.
Il nous est arrivé d'aïuioncer l'avenir politique
de la France avec assez de justesse 5 il nous est
plus facile encore de prédire son avenir littéraire :
l'espèce d'impuissance dont nous sommes trappes
aujourd'hui par le svstème stérile de notre admi-
nistration, est un accident qui passera avec ce
système; mais il restera toujours dans nos lettres
l'infirmité de la vieillesse et le dépérissement de
la caducité/ -
Ce n'est donc pas inutilement pour sa renom-
mée , mais inutilement pour nous, que M. Dus-
sault est venu dans ces derniers temps , avec MM. de
( a5i >
Fontams et de La Harpe , éclairev uûtvc littoxa- «
U»ic y il u'apti j(.t«v (le lomièio que sur des iuiH«<: :
api-ès le siicle d Aiu^usLc , Qiilutilit'n donna de»
leroii.s de goût à ceii>: qui ue jioiivcnout plus en
proUtcr ; ou vit au.s.si, sau*» AtUicu , les arts repro-
duire uu montent les plu6 bk:auv temps d*; la
Grèce :
Quelquefois un peu de verdure
lîif sur ta place ae nos champs :
£llc console la nature;
Mail elle scche en peu de Icmps.
Nous irons aoos cufonrant de plus en plus dans-
la barbarie. Tous les genres sont éjjuisésj le^
vers, on ne les aime pliis j les chets-d'uMivrc de la
scène nous «•nuuicront bientôt; et, couinic tou*^
les .peuples déijéiiéré.s, nous tinirous par préférer
des pantomimes et des combats de bétes aux
spectacles immortalisés par le génie de Corneille,
ae Racine et de Voltaire, iSous avons vu à Athènes
la butte d'un Santon sur le haut d'une corniche
du temple de Jupiter olvmpjen ; à Jérusalem, le
t'oit d un cliévrie'r parmi les ruines du temple de
Salomon ; à Alexandrie, la teute d'un Hedouin
au pi<'d de la colonne de Pompée; àCarthage, nn
cimetière des .Maures dans les débris du palais
d<' Didon : ainsi Unissent les empires.
^ous l'avouerous : nouâ nous soiniu4's arrêtés
avec un plaisir qui n'étuit pas sans un mélange de
qiulque peine, aux yluriales /if/if aires ; nous
nuu.<i .'«(^uniues sojincuus tb-s ti'inps ou nous coia-
batlinns nous-mêmes en tavt.-ur d<' la m(»nai-chie
a%cc les setdes armes qiii u/kus éloient alors per-
mises, où uuus cherchions à réveiller la religion
dans le eu;nr d<:s Français, pour leur fair»? |eter
un regard sur b p.issé , pour les (lis[)user a s'atten-
drir MIL" b;s cendres de leui's pères ^ pour leuj-
j^ppi'iev qu'il existoil" encore des rejetons de ces
&oa3 sous lesqueb la France avoit. |oui de laiit d''
( 202 )
bonheur et de tant de gloire. L'auteur des Annales
annonra ces ouvrages, fruit du malheur plutôt
que du talent : en relisant ce qu'il vouloit bien
dire de nous, en nous reportant à ces jours de
jeunesse, d'amitié et d'étude, nous nous surpre-
nons à les regretter; nous en étions alors à l'espé-
rance. Le Vicomte de Chateaubriand =
T^xirait des Archives politiques.
(1" Article.)
Auras-ta donc toujours des y*uic pour ne point voir?
Baci.ne , Athake.
Les principes les plus dangereux sont en
âuelque sorte innocens quand ils se rencontrent
ans un ouvrage ignoré. En parler, c'est i éveiller
l'ennui qui dort. Je devrois donc abandonner à
«on sort un jourHal à peu près inconnu, qui,
depuis le i*' juillet i8iy, paroît tous les mois sous
le titre à.' Archives philosophiques , politiques et
littéraires. Mais, s'il est vrai que ce recueil est
obscur et sans renommée, les hommes qui lé
dirigent sont en lumière, et rien n'approche du
bruit qu'ils font : si leur journal n'a point
d'abonnés, un nombre immense de souscriptions
est pavé parle ministère 5 enfin, si les Archives
ne sont point demandées , elles sont offertes»
Les écrivains qui les composent sont à la tête des
premières administrations du royaume , et les.
agens de ces administrations sont chargés par
leurs chefs de colporter et do répandre leur ou-
vrage. Il est donc utile de faii'c conuoUre quelle
est la doctrine, quels sont les principes et les
projets à.*^. ces foactionnaires éraîneus. il e*l Ixon
C ^'^- )
d'appvcndie ail ':^ouverncmcnt comment U r.<;t
servi par couv qu'il lioiiore et dont il soutic îit
l'cvistenoo , et comment on fait tourner contre
lui l'influcncf que donii«>nt ses propres faveurs.
Le gouvernement, qui emploie ces hommes forts-.
Lien moins par estime que par crainte, devroit,
au lieu de s'en effraver, leur dire une bonne fois,
en les ahandonnant , ces vcxs si profonds et si
vrais du grand Corneille :
Ta fortune est bien haut!
Mni< tti fcrois pilié, même à ceux qu'elle irrite»
Si je t'abnnJonnoi'i à Ion propre mt-rile.
IVIa faveur fait la gloire, et ton pouvoir en vient;
Elle seule l'«-leve, et seule te soutient;
C'est elle ((u'on miore et non pas ta personne;
Tu n'as crédit, ni rang (ju'autant qu'elle t'en donne ;
Et pour te f.iire choir, je n'aurois aujourd'hui
Qu'à retirer la main qui seule est ton appui.
En elTct , <jue des suppôts de raiiarcliic, que
des laelieuv d«'xlius , qu(> des politiques imberbes,
que «les écoliers e\cit«'s par des maîtres séditieux,
que des indépc.ndans allâmes écrasent le public
éerAs incendiaires, on s'afflige, et l'on ne s'étonjie
point de pareils excès. Mais (pic (b-s liomme.^ qui
sont njijx'k's , de si loin , dans les pliîs hauts ran|,'s
de ri.tat, et (pii lui doivent leur fortune, qui .<:(■
trouvent, si subitement, placés dans les conseils ,
qui se vantent d'en éti'e l'àme , et se disent les
guides du ministère; que ces hommes vienueut
atta(j*.ier tout ce (rii'il v a de vénérable, et le siècle
de Louis \IV et l'ancienne monarchie: oue celle
qui existe soit pour eu\ la nouvelle, et ne leur
paroisse (pi'une conces.sion qui peut ne pas durer ;
auir le clergé soit l'objet de leurs in|ure«; que les
roits du noi sur l'armée et même sur sa liste
civib' ne soient pas ù l'abri de leur irrévérence j
qn<' la lii)erlr de la presse ne •^fiit le motif de tous
leurs cris, qu afin de répandre plus lacilemint
d'ausïi révoltuntej» opinions, vt qu ils pous^icut
:i
( 254 )
i 'audace jusqu'à piétcïidre avoir des {^i.âces , h
rendre au '20 mars! — c'est ce qui ne peut ôti*'
toléré, et lait bouillirle sang d'indignation. Mais,
comme il laut qiia le caractère du Français se
retrouve pai'lout, et qu'il s'égaie encore au iniiieu
doses aillictions, des ridicules qu'il aperçoit dans
les objets les plus anonstrueux , il nous sera per-
mis, tout en détestant les coupables déclamations
des ^rchu'es, de signaler, pour eu rire, la morgue
et Tégoïsme pédantesques , la pesante fatuité,
l'obscurité à prétentiou et le style souvent àrttii-
sant de ces Trissotins démoerates. ïput bon
Français leur adressera ce vers énergique de
Juvénal ;
Quicnmque aspexà , Ticlét et oâà.
Mais c'est pour l'un d'entre euv surtout que
Molière a deviné d'avance le portrait si ressem-
blant qu'il a tracé dans ces vers :
Je vois, tlans le fatras des écrits qu'il nous donne,
Ce qu'étale en fous lieux sa pédante personne,
La ronslante hauteur de sa présomption.
Cette iiilré^iidité de bonne opinion.
Cet indolent état de confiance extrême,
Qui 1- rend en tout temps si content de soi-même,
Qui tait qu'à son méiile incessamment il rit.
Qu'il se sait si bon gré de tout ce qu'il écrit,
î^.t qu'il ne voudroit pas clianger sa renommée
Contre tojis les honneurs d'un général d'arm«.
Tout ce qu'on voit est inouï! Nous sommes,
vraiment un monde renversé. Il ne faut plus dii-C
avec Virgile :
Çuid donnnifucient , aiident cùm ialiajvres ?
On doit l'etourner ce vers, et dire, en préférant
à la mesure la justesse de l'idée :
Quidjill'ësfitcient^ auclent cùm Uilitt dontiki'?
Que ne iéroiit pas les valets iutrigans, puis*
qu'on voit tout oser par les maîtres de la politiqtio
el de la philosophie !
Que l'on juge : \ç& citations sont de la plu*;
( 255 )
scrupult-UaC exactitude. Il n'y ^ VàS un mot
d'ajouté. J'ai retranche souvent le fatras qui sé-
fiaroit quelques phrases. Cela n'augmente point
eur lorce , et ne change rien à leur stns. Les
dévcloppemens que j'ai cru devoir sup])rinier ne
M'rviroient, au contraire, qu'à mieux prouver
toute l'eflVonterie de ce recueil. Je conserve au
reste l'eieuiplaire où j'ai souligné tout ce que je
rapporte. Je coniuience.
^W5 aux Souverains.
u Le règne de Buonaparte n'a pas été inutile
A l'Furope. Partout où ont passé les armées et \g%
.idniinistrations françaises, elles ont excité l'amour
Je l'égalité, et ranimé le patriotisme. Ces senti-
mens, semés dans tant de pays divers, y germent
sans doute, quoiqu'inapcr<;us encore, et hâteront
le jour oii des Ijords du Volga à ceux de l'F.Lre ,
doit éclore la régénéiatiou européenne.» (jNov.
1H18. Tom. V, pag. 4' •)
« L'injustice «-t l'absurdité même, quand elles
possèdent l'rsjjrit national, imposent au gouvcr*
uemenl leurs lois, et le condamnent à les adopter
sous peine de la >ie. » (Août 181^. Tom. I",
pag. 27J.)
M Les principes et l'esprit dt-mocratiqurs me
paroissent dt-stinés à devenir les plus solides, je
tlirai volontiers les seuls londemens du gouver-
nement constitutionnel , et la source de sa plus
{;rande vigueur. » (Tom, 11^ pag. 47^)
.< Ce n'«'st ni aux crimes ni aux mallieurs de la
révolution <pie nous dr\onsla Cliarte; c'<v«!t uni-
quement a ce que la révolution contenoit de l<gi'
lime et de sain . et i ce que sa innrche a en de
noble et de f;tnf'reiix. >. ( Aonl. Tom. I«% p. 1.^8.)
« Avant Ir combat , la transaction coiislilulion»
nelleeût pu n'être qu'une justice; après le mm»
bat, et par les arrêts de la force , elle s'est trouvée
c 2.;r) )
contrainte de revêtir le caractère d'une nécessite,
La tran.-^action est faite, elle doit être définitive.
)) Quel est le fondement de cette transaction?
Des principes et des intérêts vainqueurs , des
principes et des intérêts vaincus, La transaction
a placé la monarchie sur le terrain de la victoire. «
(Tom. î*""^, pag. i4o.)
'< Les sociétés politiques ont des besoins près-
sans, iles besoins résultent des opinions domi-
nantes : avec ceux-là, nulle composition n'est
possible, nul moyen terme n'est soutenable; il
faut que le gouvernement s'y accommode sans
réserve, et les satisfasse pleinement. » (Tom. 1".
pag. 270.)
« Nul doute que l'état présent des peuples
n'impose aux gouvernemens des devoirs nou-
veaux; nul doute que tout gouvernement qui,
par opiniâtreté ou par ignorance, refusera de
s'accommoder fianchement et pleinement aux
besoins actuels des nations , ne prépare d'abord
sa foiblesse, et plus lard sa ruine.» (Tom. I",
pag. 377.)
« Le siècle est impérieux. Si les gouvernemens
méconnoissent et les nécessités qui les prcssc;it,
et les devoirs qui leur sont imposés , les peuples
ne tardcroient pas à se persuader quils sont ca-
pables de faire eiix-mêmes ce que les gouverne-
mens refusent à tort. » (Tom. P% pag. 279.)
« L'esprit nouveau qui agite les nations euro-
péennes aspire ai^ec viole?ice vers un ordre de
choses qu'il doit obtenir. » (Juillet. Tom. I*"^, p. 8.)
a 11 reste à la France ce qui restoit à Médéc
après ses malheurs. » (Tom. î"^, pag. i3.)
( Moi , moi , dis-je , et cest assez , s'écriera sans
doute le fier rédacteur de cet article, à nioi/ts
qu'il ne prétende , en citant Médée, nous rappeler
ses poisons, le meurtre de ses en/ans , P incendie
( ^^7 )
ih' son \>aliiL; . ou sa manière de rajeunir Pélias
en li-gor^canl. )
Les Prêtres.
« Enflammez toutes les passions, adrcssez-vOus
a tous \vs genres de ivssentimeus, laites appel à
toutes les sortes de fanatisme, et ensuite dites
sans crainte : C'csf nous qui sommes le Christ.
» Rien à demi. Il faut que vous soyez parmi
les hommes un parti ennemi, ou une portion,
«'minemmenl utile de la société: riches du mono-
])ole de rij^norancc, ou infalie^ables di.-pensateurs
lie tout ce (jui peut servir aux. projj;i«"s du genre
humain wva le bonheur et la pertoction. Une
sainte morille est encore dans vos mains, de
])ieuses habitudes tournent encore les yeux vers
vous; il ne vous falloit que l'amour de la vérité,
et l'on venoit encore vous la demander; mais vous
lavez re])oiissée , >ous l'aNez combattue, et <'lle
marche sans vous , malgré vous et contre vous. »
( .Novembre. T )m. V, l)ag. ?.G.)
Liberté de la Presse.
<r Dans toutes les lois sur la pnvsse, on découvre
cette opinion , que les goiiverneni<'ns et le*
petipifs s«Hil de."» euneinis en présence.
» Il y a des faits in^incibl(ps. Charjuc siècle,
rhaque j^'ns, cha<^pie peu]de a eu b-s siens, qui
«int été aiif.mt d«' rondilioris imposées aux gou-
^ CI DCfnens. l.a féod.dilé, le catlinlicisme , la ré-
iornie ont, dnns leur t«'nips, renversé et fondé
<lcs trAn«s, La liberté d«* la presse n'est ni plus ni
ïnoins forte. Il ne lui suflil pas de se déployer de
lait. Sa sécurité «Ml nécessaire au repos des nations
qii'cib' h;il»ilc ; confiante , elle porte iin flambeau ;
irxp.'iéte, elle vrcoue des torchts; quand une fois
elle a pris pied <(u<'Iqne part, la question n'est
pln.s de savoir si m définitive «Ile triomphera, mais
TuME II. — l6» LlVRAUO.-*. l-
( 258 )
l>ien Je savoir si son triomphe se passera à la
clarté du jour ou aux lueurs de l'incendie. »
(Septembre. Tom. I", pag. 282.)
( C'est une mejiace aussi positive qui doit déci-
der les Itonunes hoimétcs à réclamer eux-nicmes
la liberté de la presse, puisque ce nest quauec
cdle et par elle qu'ils peuverd • appeler des secours
et sonner le tocsin contre les incendiaires.^
( La suite à la prochaine Livraison.)
,La Manifestation de l'Esprit de 'vérité.
Tel est le titre d'un écrit publié récemment,
sans nom de lieu ni d'imprimeur. Il se compose
de diftérentes parties intitulées : L'Esprit de vé-
rité; • — Le vrai Disciple ; — Zc vrai Disciple à ses
amis ; — Les Ecritures ; — Le vrai Disciple aux na-
tions chrétiennes : — L'accomplissement de P Evan-
gile ; — E Esprit de vérité aux hommes frères; —
L'esprit de vérité aux politiques ; — Za Commu-
nauté; — L'esprit etiscigtie un nouveau temps.
Chacun de ces discours i^st signé yllexis Dumesnil.
M, Dumesnil enseigne une doctrine si étrange :,
u'à moins d'une mission particulière, il seroit
fScile d'excuser le zèle qu'il met à la répandre j
iiussi se déclare-t-il inspiré. « Après m'avoir ôté
)) du monde , dit-il . 1 Esprit m'a conduit dans
» toute la vérilé, afin que je puisse ensuite appeler
)) les hommes à leur enseigner ce que j'ai appris
H moi-même. Je dis ce que l'Esprit me révèle ,
» et je ne puis dire autre chose. »
Or, l'espnt lui a révélé que les riches et les
grands sont en abomination devant Dieu ; que le.
Cluist étoif pénétré d'une profonde horreur pour
1'
( 209 )
ies ricfies et les prêtres ; que ia parole de Dieu , en
abolissant Fesclavage , a ancanti le principe même
(le la propriété. Là où Fort peut dire , ce champ
est à moi , la terre m'appartient ^ l'homme n est-il
pas i ennemi de r homme , son maître et son tyran ^-^
L'indépendance et Vénalité en sont bannies, et
par conséquent la justice. Il n'y a ni maître , ni
pontife, ni ordonnances humaines , ni cérémo-
nies, pour le disciple de la vérité. JSe vous étonnez
donc point delà haine que manifestent actuellt-
nient les peuples contre les mœurs. et les institu-
tions anciennes , puisque c'est Feffet même de la.
parolede vérité et raccomplissement de l Evan^ilt .
Peuples ! ne craii^nez point d'entendre toute la
•vérité i la vérité, n'est-ce pas L>ieu même t^ yih !
redoutez plutôt cet esprit d'erreur qui a fait les
riches , et les puissans , et le.t prêtres , et qui mène
à sa suite le fanatisme et la servitude. Que sert
d' attaquer un mcnson;:^e , quand tout est mensoni^e ;
un vice , quand fout est vice et corruption .' Ce
sont les riches et les superbes , c'est le sacerdoce ,
c'est la justice du monde , c'est le monde tout entier
que réternelle vérité promet d'anéantir. Dieu a
condamné le monde, et moi je vous le montre
oit il est , dans vos lois , dans vos institutions.
Toute richesse , toute puissance individuelle est
contraire et la loi de Dieu. Gouverner aujourd'hui ,
c'cjt détruire. Si vous demandez que les riches
et les grands soient dctrmts , ils le seront.
Je me lasse de transcrire ces abominables folio*.
Il est bon cependant de inoiiti'er insqu'où les
«snril-s s'emportent, ijuand iU ont brisé leur irejnj
et qu'ilb ne « onnoisscnl pbi'^ do règle-^ Itois d <mi\-
ruéiws. Renversez l'autorité, aussitôt l;i r.-iiv»n
s'«:tfint ; il ne reste qu'un aveugle et sombre Intia-
tisme. Les uns, en rejetant rantnrilé divine , dé-
liui&ent la société «-l l'homnie même : les outres,
^oiis prétexte ((<• r» )<i<n l'autorité bumaiuc , anéan-
1'
( aOo )
tissent la religion , et finissent par nier toul, mtme
Dieu. Les clootrines îes plus opposées en appa-
rence se confondent dans leurs effets, elles s'allient
pour dévaster, et marchent ensemble contre ia
vérllé qui les repousse é^jalcmcnt. Ainsi la coiii-
jnunauté des biens, ou l'abolition de la propriété,
que Diderot et Babœuf préclioient au nom de
l'athéisme, M. Dumesuil les réclame au nom de
l'Evangile et de Jésus-Christ.
Et parce que cet liomnic est un lusense, il ne
faut ]>as croire que ses maximes soient sans con-
séquence. D'autres insensés les répandent en An-
gleterre où elles font des progrès parmi le peuple.
IM^^Krudner les sème en AUemagnx^; elles y ger-
meront, qu'on n'en doute pas, et porteront un
jour des fruits sauglans. Jamais on ne provoqua
vainement les passions de la multitude.
Des fanatiques d'un autre genre se noui'rissent
d'idées semblables; elles influent sur les gouvcr-
nemens même, elles deviennentune partie de leur
politique. L'ijidiffércnce absolue des religions éJa-
blies par les lois tend à détruire tout culte. Les
principes démocratiques, introduits dans ces
mêmes lois , tendent à détruire toute grandeur so-
ciale. D'immenses confiscations ont ébranlé, le
droit de propriété, et, en favorisante l'excès la
division des tei'res , on prépare le moment où ,
appartenant à tout le monde, elles n'appa)-tien^
dront à personne. Plus les propriétés sont divisées-,
plus elles changent de mains, et peut-être ne fau-
droit-il pas morceler le sol beaucoup davantage ,
pour que, les droits de mutation et l'impôt foncier
absorbant tous les revenus, l'Etat fût par le fait
seul propriétaire.
Les passions les plus exaltées se joignrnt à tant
de causes de désordre, personnene peut dire quels
destins Dieu réserve a la société. Les doctrines
religieuses, morales et politiques, les lois et les
( 26i )
insliUilions qu'elles avoient consacrées, formoii-ut
comme uii vaste éditlce , den^.eure commune do la
l^randc lamille européenne. On a mis le leu à cet
edilice. Lfs peuples s'entre-reiiardent à la lueur
de l'incendie , et , aijilés d'un sentiment incounu ,
attendent avec anviétc un avenir plus inconnu
encore.
la Quinzième partie de la Correspondance
politique et ndnïinis{rati\>c (i), ])ar M. 1 iévée ,
avant paru le même jour que la dernière Livini-
son du Coiistr%<atenr , nous n'avons pti ''an-
noncer; mais, ])0ur cire d'accord av<'C l'op' 'i.>n
publique, nous devons parler avec quelque détail
d'un morceau vraiment historique, ayant pour
litre : Conspiration confre les reya//.îfr5 , dite
Conspiration des royaUsU's.
«( Laissons la moral*', dit Tautrur , avec ceux
M qui se (croient tjioire de n'rn pfiint avoir, s'ils
» triomphoii-nt ; prouvons-leur rpiils n'ont pas !e
1) talent de faire le mal 5 c'est l'unicjue moyen de
w les rendre modestes. »
Partons d<' cette idée : à l'evemple de Maclifa-
vel , M. Fiévée consent à compter le succès poiir
t<»iit; il établit la lliéorie île ^in^enlif»u d<'s cons-
piratious selon la forme des «^ouvernemens. Il
prend pour exemple, dans les monarchies consti-
tutionnelles , la fameuse Con spiralion des catlio-
Hijuis en Anj^leterrc ; et il re\pos<' d'après les
Mémoires du chevaii«'r <rAhvnq>le. La confor-
tnilé est si grande «l.ins les accusations, dajis les
expressions m^me , qu'on croii»oit que les inven-
(i) Vol. iii-b". l'rix : a fr. 5o r. , cl S fr. pnr l.i noilc.
A Vari» , chci le Noimant , rue de Sri nr, n» &, el «jiiai Ci>nt:.
I' 262 )
tMirs de la Conspiiation des royalistes en Fiance
n'ont fait que copier. L'une et l'autre n'étoit j\ï
vraie ni vraisemblable ; l'une avoit pont but de
renverser du trône la famille des Stuarl , et elle a
réussi. Le nom de son in^entcur, lord Sliaftes-
bury, reste à jamais célèbre comme un génie in-
fernal. L'autre conspiration n'a excité que la risée
publique. A quoi tient cette différence? C'est ce
que ^L Fiévée explique avec une grande sagacité.
Il pose en principe que, dans un gouvernement
représentatif, tout ce qui n'agite pas les pouvoirs
de la société ne peut agiter l'opinion, et que toute
fable qui ne se lie pas à des passions publiqiies
déjà en fermentation n'inspire aucune crédulité.
« Ce n'est pas dans les journaux étrangers, dit
)) l'auteur, que Shaftesburj sème les premiers
:» bruits de la conspiration àv.s catholiques ; ce
» n'est point par la molle arrestation de quelques
» hommes qu'il commence à émouvoir les esprits 5
)) ce n'est pas dans le cabinet d'un jugc-instruc-
5/ teur et sur la poussière d'un greffe qu'il trace
wles premières accusations : c'est dans le sein du
))pa]-lement qu il jette l'épouvante^ c'est de la
» tribune nalionale qu'il se sert pour se faire en-
oj tendre de toute l'Angleterre, et l'engagement
)) est si solennel , qu'il faut qu'il périsse, ou que
»ccnx qu'il désigne tombent sous \<ds coups
«redoublés qu'il va leur porter.. »
En effet, l'effroi ou la rage se glisse dans toute
les âmes; la cour fait somblaiit de croire à la
conspiration pour ne pas être accusée de papisme ;
les ministres du Roi font semblant d'y croive
pour détourner sur d'autres la sévérité du parle-
ment; ceux qui craignent d être compromis
montrent une inquiétude qui semble les ajcuser j
le reste de la nation s'exalte ; et ceux qui auroienf
douté sont entraînés à l'aspect àos échafand.s
«pressés pour punir les coupable»:; c- car Shaf(.çc-
( v^e^)
•» burv , aussi (lépoiirvii d'Iiunianitr que d'iion-
» neur, autorisoit ce qu'il avoit in>enté par des
» procédures juridiques , et vovoit sans remords
» conduire des prisonniers ù l'écliafaud sur des
>) charges qu'il avoit controuvées: intéressanl ainsi
i> jusqu'aux passions de J'iirrvreur et de l'élonne-
)< ment pul)lics, |HMir rendre croyables des chose*
» que le sang-froid n'avoit pas ra^iuqué de veieter
)> comme absurdes. »
Il V avoit ni>« noie secrète dans la coiispiralion
des cnlhoiiijues en Anj^leterre ; il falloitbien qu'il
V eût une noie secrète dans la conspiration des
rovalist«'s en France; ce rapprochentent est pré-
senté comme rnclion principale dans la proportion
d'un f^rand drame à une parodie ridicule. Bien des
gens parlent dv la note secrète sans savoir de quoi
A est question; ils ti'ouveront dans l'ouvrage; de
M. Fi«''Aée des détails (|ui leur apprendront com-
bien il fut absurde de vouloir la lier à un piége de
conspiration. En efl'et , dans l'inveittion ne Shal-
tesburv, chacjue incident augmenloit la chaleur
des passions publiijiics; dans \v plan de ses imi-
tateurs, cha([ite incident ébranloit l 'échafaudage
principal; c'est (ju'il v avoit un j)oiut (l'unifé
dans la fable de Shaftesburv, et ce point dunilé
ct^t le renversement de la famille régnante; au
lieu que , dans l'imitation , le point d'unité
n'existoit pas, piiN([u'on ne p( ut admettre, sous
un gfHiv«'rnemenl représentatif, qu on soit assez
iinrl pour conspirer à main armée le renversement
d'un ministre, u l)«ju\ hommes d'esprit, dit
» .M. Ficvée, en feront toujours plus à cet égard ,
» (^\\e six généraux. ->
Il sembleroil «pic l'auteur a craint qu'on ne \u{
reprochât d'avoir joué avec les princip<'s de la
morale et tl«" la justice, pour ne s'attacher qu'à
poursuivre le ridicule et l'imptiissance ; aussi se
Mclève-t-il , à la (in de sou ouvrage, avccuncforce
( 264 )
qui protluit iiHe vive impression. Aplés avcii' posé
en principe que, sans liberté il n'y a pas de pou-
voir, et t[uc sans justice il n^y auroit plus de
société , il ajoute :
K Je veux en ofFrir un exemple effrayant.
» Lorsque Jacques II apprit la descente du
» prince d Orange en Angleterre, ses yeux s'ou-
j)vrirentj il vit de suite qu'il y alloit de sa cou-
i)ronne. Ce n'est pas l'image de l'homme qui lui
» avoil fait le plus de mal, de Sliafteshury , qui
» s'offrit à sa pensée dans ce terrible moment ; il
» s'écria : Jeffereyes! Jefïerevesî
» Quel étoit cet homme si important qu'un Pioi,
)) sentant crouler son trône , dût d'abord fixer son
» attention sur lui? C'étoit le grand accusateur
)) public de celte époque désastreuse, celui qui
» présidoit à toutes les arrestations , qui poursui-
» voit tous les jugemens, qui insultoit comme un
» lâche à ceux qu'il faisoit juridiquement assassi-
)) ner, qui intei'prétoit les lois pour chaque cir-
» constance; homme impie, étranger aux saintes
» Ecritures , et f[ui croyoit de bonne foi qu'on
» peut affermir le pouvoir des Rois en troinpant
)) la iustrce. Jacques II, éclairé trop tard, avoua
•» qu'où la justice a cessé de régïîer, il n'y a jdus
» de base au pouvoir : pardonnant à ses ennemis ,
)) pensant au salut de ses amis , il les fit avertir de
)) la résolution qu'il avoit prise de se retirer en
» France, Pour Jeû'ereves , il l'abandonna li ses
» destinées ; il fut arrêté et mis en prison. En
)) horreur à tous les partis , il v mourut de ses
)) frayeurs qu'il prit pour des remords , comme si
» Dieu l'avoit condamné à être lui-même son
«propre boui'reau, afin qu'aucune idée de ven-
» gcance ne vînt ti'onlder les idées de justice qui
>) sollicitoient la punitioïi de ce monstre.
» Cet exemple n'est rien auprès de ce qui me
«reste à raconter; car on a vu de tous temps des
( 265)
» juges saiis liumanilé , sans respect pour la justico
)*di\iue, crovaut que Ji s l'ornies coiivrout loul ,
»■%( iidrc leur conscience au poixvoi'' du jour, et
» montrer dan? les retours de Ibrtune autant de
}) làclietc qu'ils avoicut déployé de cruauté lors-
>• qu'ils se croyoient trioniphans. Ce qu'on n'a
)) jamais vu qu'une l'ois, ce qui déconcerte toutes
» les idées politiques et in(»i'ales, c'est une nation
>i entière sacriGant la légitimité du trône pour
«sauver ses libertés et la justice, et justifiée par
» l'événement depuis ]>lus de deux siècles. Que
» ceux qui •^ouvemnit les hommes, a «lit le Dieu
«d'Israël, soient justes avant tout. On présenta
» au priifte d'Oranj^e un a.vocat âgé de quatre-»
» \ ini^t-dix ans : Monsieur, lui dit le prince , i^oiis
y^avez survécu à tons les f^ens de loi de votre
y* temps. — Si Votre yiltesse iiitoil pas venue à
)i notre secours, répondit le vieillard, jaurois
n survécu menu- uu.e lois.
» De tout ce que j'ai lu, (aninis mot ne m'a
» autant Irappécjiu; <.elui-ci. Je le donne a méditer
1) ù wux (jui nient que la société ait ses conditions
.) hors de la puissance den hommes, et qui croient
» (|u'on peut aOéimir les trônes autrement que
>) par le lespecl le |Jus profond, non pour les
Martelés jlnii (iod*' qu'on interprète à volonté-,
)) mais poiii- la |ustiee telle <[ue Dieu l'a placéo
M dans le e«.uur de» hommes, et dont les lois ne
.-> sont que 1 expression, w
On r.itoule l'anecdote suivante, arrive il y a
peu de jours au laubourp Saint-Germain.
M. A. . an<ien avocat, parde national, témoin
dn tM>tedeparl de la nuit du K) au vto murs i SlG,
( (Ir.ix é du retour noi tnrne tie l'u'-Mrpateur daus la
sojiée du -KO , et plus encore des lunestes consc-
qu<'rices d une pareille catn'Irophe , n'eut pâs la
( 265 )
tête assez forte pour résister à ce malheur. Rentré
chez, lui , la fièvre le saisit , et le paroxysme fut si
violent , qu il resta trois ans et neuf mois entière-
ment privé de ses facultés intellEctuelle.i. Son mé-
decin n'est papvenu , dit-on , a le guérir , qu'en
oi'dounant aux personnes qui cntouroient le ma-
lade , le plus scrupuleux silence sur toute espèce
d'événemens politiques.
Revenu à la raisou , le convalescent n'avoit
d'autres souvenirs de la durée de sa maladie , que
ceux d'une mauvaise nuit aji^itée par des rêves pé-
nibles. Persuadé qu il étoit encore au mois de
mars j8i5, et curieux de savoir ce qui se passoit
dans Paris , le bon avocat profita d'une absence
momentanée de sa qarde pour prendre sa lor-
gnette et gagner le quai INlalaquais , près duquel
est sa maison.
Arrivé devant le ministère de l'inquisition po-
litique , il vit avec plaisir, par l'inscription placée
au-dessus de la porte , ([ur la police s'étoit éloi-
i^UHC de chez lui. Au même instant une voiture
.sortit de la cour de l'hôtel. C'étoit un général ,
dont l'air trioinpliant pouvoit donner lieu à pen-
ser qu'il venoit de rend'c compte à Carnot de sa
glorieuse cx])èdihon de Béthune , contre 1rs dé-
bris amnistiés delex maison du Roi. Continuant
a suivre le quai, M. A. reconnut, parmi plu-
.sieurs personnes arrêtées devant un marchand d'es-
tampes, l'arcliichanccliei' donnant le bras à un
ex-conventionnej : tou> deux étoienl incognito , et
marchandolent le portrait du héro?; des 3 et ('•
octobre. Surpris de: voir se multiplier en ans'i
grand nombre 1 image d un homme pour qui Vin-
surrection est le p/n-s saint des devoirs , le Ijon
avt)cat en cherchoit l'explication dans les anire.'i
gravures • mais ce fut en vain. Il trouva au milieu
des portraits du prince M de C , D ,
\j. ..._..., etc. . un porU'aif du Roi. et il sut bou
( ^6; )
t(ré au marcbaud de s.t liarjicsse. Forffim nt 1« nté
de le rtconiponscr, il se pioniit liini de voiiir l'a-
clirtiT a la nuit tomljantc. Plu-; loin «'toicnt rta-
Ic't s ])lu.s de crut gravures rappelant la valeur de
rarmée franeai.se ; raais on remarquoil avec peine,
à tûlé de CCS glorieuv souvenirs . des snjc^ts insul-
tant giossièrcment la rj-li^ion et la morale. M. iV.
pensa en lui-nu*'me que M. H... avoit tort d»; to-
l<Mer nu pareil abus. Avant de Unir son iiispee-
lion , il remarqua un dessin qui représentoit ïmi
vieux niililaire décoré, forcé de ])aver nn verre
de vin , tandi&qu'on i'aisoit crédit à un soldat dé-
signé comme bon rriinrais parce qu'il éloit plus
jeune. jNe comprenant pas le sel de I épigrammc ,
il deman<la au marchand l'explication.
C^csl , répoudil-il, que ce lujicicr est un de noi
hravcs , cL que l'aulre nest quun volù"cur de
Louis XI F.
M. N. ne répondit rien , et acheta en soupinuit
nnr \ ne de l'iiotel dis Invalides. Arrivé sur Ir pont^
i1 ne put traverser la lile <les voilures qui sortoient
des Tuileries. Dans la première, qu'on assnroit
être celle du ministre de la guerre, il reconnut.
M.*** et M. ***. I.ecjuel des deux étoit minisire?
c'est ce (ju'il ignoroit. ÎNIème incertitude pour J.i
second<'. M. Al étoit à côté de INI. j. . . . .
1 a troisième rrnlèrmoit \u\ personnage seul <jin*
M. N. prit d'abord pour un prince. Mais quel
Tut son élonnenient de reconnoître si //«/rt mo///<'
un niinec auditeur qu'il aM)il souvent vu p::.«ser
.1 pi«-d de\ant sa porte, lors(ju'il demeni'Dit rife
Ciérutli ! \rnoient «-nsuite une grande qunn-
• ité de dignitaires tels rpie le duc tie C ,
<ir....,P , le grand-juge, le chambel-
lan prèfj'l de l'aris, enfin beaucoup de généraux
de la gar«b'.
]^or.s<(ue la (île interrompue permit .« "SX. A.
d'univer au guielnl ])our savoir si U- lever ttoil
( 268 )
fini , il s'approcha avec précaution du factionnaire,
et ce ne futqne sous la voûte même du palais qu'il
aperçut une cocarde Llanclie attachée au bonnet
d'un vieux grenadier. Transporté de joie, il ne
peut en croire ses yeux , et dit à ce militaire :
— Eh. quoi! mon brave, toujours fidèle au
JRoi?
— Comme à ma consigne.
— Mais^ notre bon Roi, où j^eut-il être ?
— Eh , parbleu ! ici ,
- — Se pourroit-il 1 Mais comment?
— \ous êtes donc fou? Est-ce que la garde
royale n'est pas là ?
Ce colloque fut interrompu pas le médecin de
M. JY., qui, s'étant aperçu de son évasion, couroit
après luij on le fit monter dans un fiacre, et l'on
se borna à lui appi-endre qu'il sortoit d'un som-
meil léthargique de plus de trois ans; que pen-
dant ce temps il s'éloit passé bien des choses ; mais
enfin que le Roi, replacé surle trône de ses pères,
vouloit tout oublier. Ils arrivèrent dans ce mo-
ment chez le convalescent, qui se contenta de
dire in petto : Vive le Roi !
« 11 faut marcher avec le siècle. » Tel est le
grand mot du jour : « Vous vous opposez aux
n idées du siècle. » Voilà le grand reproche fait
aux royalistes; et cet anathème une fois lancé
contre eux, on les condamne , saijs seidement ins-
truire leur procès.
En rendant hommage, avec un orgueil national,
aux progrès que les sciences et les arts ont lîuts^
pendant ce siècle , examinons s'il a elfacé la gloire
(^69)
flc< lomps passés , et s'il seroit po<!si])le de le citer
pour inotlt'le auv siècles à venir.
Pour cela, divisons-le en trois époques :
1°. Avant la révolution ;
2". Pendant ies fureurs révolutionnaires, et
durant le despotisme;
.i'. Enlin à l'époque à laquelle nous sommes.
Vovons d'abord ce qu'étoieut les hommes qui
se •"w-»)it eilorcés de dirigev la marche du siècle.
Incertains sur leurs propres doctrines, ces phi-
loso])hes nioient toute croyance , et , en inspirant
la haine et le mépris de tout principe et de toute
autorité , ils cspéroicnt arriver à un athéisme com-
plet, et à l'oubli fie tous les devoirs.
Ils méconnurent les liensdu sang les plus sacrés,
et ils parvinrent à égarer l'esprit de l'homme ,
après avoir corrompu son eo^ur, MiftllVant à chaque
âge toutes les ressources de la sédiicliou et du
vice.
Si l'on ouvre les Confessions de J.-J. Rousseau ,
on y voit toutes lei croyances et tous les sentimens
également méconnus et outragés : religion , mo-
rale , amitié, reconnoissance , et niêiue amour,
Cétoient sur fies ruines que ces philosophes
comploieiit se flérlar<r leschels de la république
qu'ils vouloirul ioiwb'r.
Nos républicains d'aujourd'hui, plus humains
sans doute , mais moins consé(juens , rejette'ut des
rrsiiltals qui sont inévitables, vn se rattachant
aux mêmr- prini ipes.
(Jes prétendus sflbges marchoiciil de concrrt vers
une dc'Jriiction universelle; il attafjuoienl la fidé-
lité pour se rendre maîtres du j)ouvoir, la reli-
gion, pour ôter à l'autorité son seul appui, et'ils
«•spéi . rcnl , m (hitt.int les peuples, leur dérober
U.s chaînes <ju ils lui préitaroient .
Pour faire de ces philosophes du siècle des
•"^1 <•(•'. <Ie nvijrlvrsdelcur crovrincc, il laudroit au
( ^:o )
inoins qu'ils y eussent pcrsévcré; mais frappés du
celte luiuière qui éclaire l'homme malgré lui-
même , les plus belles pages de leurs ouvraocssont
consacrées à louer cette éternelle vérité qu'ils s'ef-
l'orroient de dénaturer 5 et le remords les attendoit
sur le seuil de la vie. Ceux qui ne sont pas morts, en
désespérés, ont cherché le pardon dans un repentir
dont la religion seule a pu adoucir l'amertume.
Yoilà les hommes qui ont fait ce siècle !
Arrivons à la seconde époque dont j'ai parlé.
Tout a semblé détruit par la révolution pour
l'existence du monde social.
Elle n'a rien respecté ; elle a également méconnu
la religion , "le pouvoir, rhonneur,la vertu , la
morale, l'iiumanité, Dieu hd-mcrne .
Depuis^le commencement du monde jusqu'à nos
jours, jamais révolution n'avoit été aussi positi-
vement dirigée contre le Ciel.
(c Quand l'athéismo fut professé en France , dit
)) Cauning; quand la Convention eut déclaré,
)) comme la seule idée raisonnable , que la mort
)> est un sommeil éternel , on vit les s,uites de ces
)) doctrines insensées ; et la grande nation, privée
» de sa religion et de sa morale, fut en mènie temp«
)) privée des armes qui pouvoient la défendre
y> coiîlre l'anarchie Il étoit réservé à nos mo-
)i dernes rélbrmateurs de déraciner du cœur de
» 1 homme tout respect pour la Divinité, atin de
)) préparer leurs contemporains à devenir des
)) assassins sans remords. »
Les crimes de la révolution, ses seuls enfant lé-
gitimes, effrayèrent ceux même qui avoient prêché
les principes de ce paganisme révolutionnaii'e.
L'intérêt rangea sous les drapeaux du despotisme
les admirateurs d'une libellé insensée.
Le despotisme pouvoit s'en faire un appui , en
les comprimant .; mais la monarchie légitime ne
tioavcvu jaixiois en eux de.s amis.
( 27' )
Api^s avoir parcouru lc5 deux premières tlivi-
sious du siècle, arrivons enfin à la troisième époque.
Quelle confiance pourroient nous inspirer au-
)<]iAirdMiui des hommes qui ])ropa£;cnt des «loctrines
absolument semblables à celles (jui ont lait la ré-
volution ? et la comparaison qu'ils établissent entre
eux et les royalistes n'esl-eïle pas au moins une
preuve de leur délire?
(c Tantôt, disent- ils, les royalistes prennent
)) les mêmes couleurs que nous 5 mais leur mau-
)) vaise foi doit engaccr la nation à se méfier de
» leurs sentimens. »
Lallation est royaliste, et elle ne peut se méfier
d'elle-même.
La vie des royalistes, leurs senlimens , leurs
principes, et surtout la morale qu'ils prolessent ,
devroient répondri: d<'leur bonne loi , quand leur
intérêt seul ne les forceroit j)as à être conséquens.
Ralliés sous le drapeau blanc, ils aperçoivent
avec sécurité la foiblesse de leurs ennemis , qui
ne sont puissans f[ue quand on les écoule, et qu'il
fcullit d<" compter pour détriiiie.
Le discours «lu Roi, entendu par lEurope en-
tière, lui a prouvé quelles sont les doctrines que
ce Monarque redoute pour le bonheur de ses
peuples, et sur (|uels homm<'s il croit devoir se
reposer pour la sûreté du trône.
Après aNoir retracé les malheurs du siècle, et
montré la métiance (pie doit inspirer cette nd nu-
ration exagérée ^ après a>oir prouvé précéd«;mmenL
In )nsl<.' sécurité que les royalistes doivent offrir a
ceux (|ui nous gouvernent, les ministres seroi<'nt
inevcusables d«; ne pas voir dc quel cê>le se* trouve
la majorité dans les deux Chambres lÏM-écs a
elles-mêmes : c'est bien alors seulcuK'nt (ju'ils
counoltroul les iutércLs véritablement monar-
i,hi(jues et nationaux.'
Placés sur la ri ve d'un torrent , des cullivatcuis
( 272 )
îeroient un faux calcul, si, pour garanti i* leurs
propriétés , ils offroient eux-mêmes une part
à ses ravages : leurs propriétés seroient bientôt
envahies.
Il faut opposer à uHe foice qui entraîne , une
puissance encore plus forte qui arrête.
Il faut élever une clique formidriLle, condo la-
quelle tous les eft'orts de l'anarchie viennent se
briser.
Le Vicomte De La RocunFOcrAcLD.
NECROLOGIE.
M. de Saint-Marcellin, à peine âgé de vingt-
huit ans, blessé à mort le i*' de ce mois , a expiré
le 3 en\ve neuf et dix heures du soir. Il avoit fait
l'apprentissage des armes dans la campagiie de
1812, en Russie. Il donna les premières preuves
^e sa valeur dans le combat qui eut pour résultat
la prise du village de Borodino et de la grande
redoute qui couvroit le centre de l'armée russe.
IjC rapport du prince Eugène au major-général
sur cette journée, se termine j^^r cetle phrase :
K Mon aide-de-camp de Sève et le jeune Fontanes
w de Saint-Marcellin méri lent d'être cités dans ce
)> rapport. »
M. de Saint-Marcellin s'étoit précipité dans les
retranchemens de l'ennemi, et avoit eu le crâne
fendu de trois coups de sabre.
Après le combat, il se présenta dans cet état à
un hôpital encombré de 4ooo blessés, où il n'y
avoit que trois chirurgiens dénués de linge, de
médicamens et de charpie : il ne put même obtenir
d'y être reçu. Il s'en retournoit, baigné dans son
tang, lorsqu'il rencontra Buonaparte. « Je vais
momir,lui dit-il: dccordez-moi la croix d'hon-
( ^1^ )
neiiv, non pour me récompensai*, mais pour con-
soler ma famille. «Buonapartelui donna sa propre
croix.
M. (le Saint-Marcellin , jeté sur des fourgons ,
arriva a moitié mort à Moscou : il v séjourna
quelcjue temps , cl lut assez heureux poin- trouver
le moyen de revenir en France, où nous l'avons
\u , pendant plus de div-luiil mois, porter encore
un»" lar^f Idessure à la tête
La lia II ce a\ ant rapjiclé son Puji irfiitimc, M. de
Saint-.MarcelIin lut lidèle au\ nouveaux sermens
cju'il avoit laits. 11 étoit aidc-de-camp du général
Dupont à réi)oque du 20 mars. Il se trouvoit à
Orléans avec son général , lorsque les soldats sé-
duits (juiltèiciit la cocarde blanche ; M. de
Sainl-Marcellin osa la garder ; circonstance que
peut avoir connue M. le maréchal Gouvion de
Saint-Cvr, qui fit reprcndi'e la cocarde blanche
aux troup«;s égarées. Rentré à Paris , M. de Saint-
!Marc<'llin eut nnv altercation politicfue avec un
oflicier, se battit , blessa son adversaire , et ])artit
du cliamp clos pour aller rejoindre ceux à qui il
avoit engagil sa loi.
^ommé capitaine à Gand , il sollicita l'hon-
iieur d'accompaj^ner le généia] Donadieu , chargé
pour le Roi d nue mission importante. Débarqué
.1 Bordeaux , il lut arrêté et remis aux mains de
(b'ux gendarmes (jui dévoient le conduire à Paris
pour y /!tre fusillé. En passant par Angoulême ,
i\ échappa à ses gardes, excita un mouvement
rovalistr dans la ville , et rentra dans Paris avec
le'Roi.
INI. d«' Saint-Marcellin lut alors c-nvové connue
clnf de bataillon dans un régiment de ligne à
Orléans: blessé de nouveau , il. fut obligé de reve-
nir à Paris. Drpuis ce moment , il consacra svs
loisiis an\ lettres : il avoit <I<' «pii tenir. Il dnuna
quel q nés ou v rages à nos dilléreuitLéàtrcs lyriques.
Tome II. — 19* Liyraisov. jQ
•( ^:4 )
Compris cammc chef d'escadrou dans la nouvelle
organisation de Tétat-major de l'aiTnée , il avoit
refusé dernièrement un service actif c[ui l'eût
éloigné de Paris. La Providence vouloit le rappeler
à elle. Pour des raisons faciles à deviner, Tadrai-
nistralion avoit subitement , dit-on , changé eu
rigueur sa bienveillance politique. On assure que
M. de Saint-Marcellin alloit perdre sa place de
chef d'escadron, quand la mort est venue épargner
aux ennemis des royalistes une destitution de
plus , et rayer elle-même ce brave militaire du
tableau d'où elle efface également et les chefs et
les soldats.
M. de Saint-Marcellin n'a point démenti,
à ses derniers momens , ce courage français qui
porte à traiter la vie comme la chose la plus
indifférente en soi , et l'affaire la moins impor-
tante de la journée. Il ne dit ni à ses parens ni à
SCS amis qu'il dcNoitse battre , et il s'occupa tout
le matin d un bal qui devoit avoir lieu le soir
chez jM. le marquis de Fonlaues, A trois heures ,
il se déroba aui apprêts du plaisir pour aller à la
mort. AiTivé sur le champ de bataille , le sort
ayant donné le premier feu à son adversaire , il se
met tranquillement au blanc , reçoit le coup mor-
tel, et tombe en disant: « Je devois pourtant danser
)) ce soir. » Rapporté sans connoissance chez AI. de
Fontanes, on sait qu'il y rentra à la lueur des flam-
beaux déjà allumés pour la fête. Lorsqu'il re^int
à'iui, on lui demanda le nom de son adversaire ;
» Cela ne se dit pas , répondit-il en souriant ; seu-
))lement c'est un homme qui tire bien. » M. de
Saint-Marcellin ne se fit jamais d'illusion sur son
état : il sentit qu'il étoit perdu ; mais iî n'en con-
venoit pas , et il ne cessoit de dire à ses parens et
à ses amis en pleurs : « Sovez tranquilles, ce n est
» rien. » Il n'a fait entendre aucunes plaintes 5 il
n'a ténjoigoé , ni regrets de la vie , ni haine , ai
( ^1^ )
Ttrême humcttr conlie celui cjiii la lui anaclioit :
il est mort avec le saiif^-tioi<J d'un vieux soldat et
la lacilité d'un jeune homme. Ajoutons qu'il est
mort en chrétien.
Les lettres et l'armée pei-dent dans M. deSaint-
Marcellin , une de leurs plus brillantes espérances.
On remarque daus les jjreniiers essais échopj)és à
sa plume, une gaîté de bon goût appuvée sur un
fond de raison, etsur dessentimens nobles. Lors-
qu'il parle d'honneur on voit qu'il le sent , et
quand il rit on s'apereoit qu'il méj)iise. Sa des-
tinée j)aroissoit devoir être heureuse dans un
oi"dr<'aechos<s diiVérentde celui qui eviste au jour-
d'hui \ mais aussitôt tju'il est entré dans la ligne
des devoiis léoitimes , il a été atteint par cette fa-
talité ([ui semble s'attacher auv pas de tout ce qui
est d<;venu ou resté lidèle. F.st-ce une raison pour
renoncer à une cause sainte et. juste? Bien loin
«le là, c'est une raison pour s'y attacher : les
hommes généreux sont tentés par les périls , et
riionncur est une divinité à la(juellr on s'attache
par le.s sacrifices même qu'on lui lait.
Devons-nous plaindre ou léliciter M. de Saint-
Marcellin :' 11 n'éloit jias fait pour vivre dans ces
temj)s d'ingratitude et d'injustice. Le sang lui
bouilloit dans les veines 5 son cœur se révolloit
quand il vovoit récompenser la trahison et punir
la fidélité. Son indignation avfjil l'éclat d<' son
courage, et il n<* l'aisoit j)as plus de difficulté de
montrer ses sentimens que de tirej-son épée :,avec
<ine yjaj-eille disposition d àme, nous ne Veus-sions
pas gardé long-temps. D'ailleurs, nous marchons
si vite, le système adoj)fé nous prépare de tels
événemens cpie Sainf - Mar( ellin n'a peut-être
ix'rdu ([ue des orages : il s'est hâté d'arriver au
luni de son repos , et du moins il n'entend jdus
le bruit de nos divisions.
Mille raisons nous commaudoieut de payer ce
tribut d'éloges à la mémoire de Salnt-Marcèllin j
mais il y en a surtout une qu'une vieille amrtié
sentira. Cette amitié a été éprouvée par la bonne
et la mauvaise fortune j elle nous retrouveia
toujours , et particidiùrement quand il s'agii'a de
la consoler : Ille clies ntramque duxit ruinant.
Paris, 8 février rSig,
Il y à long-temps que la ville de Paris n'avoiï
présenté un aspect aussi triste que cette année.
Depuis que la France est livrée au dissentiment
des opinions, et que chaque année amène de nou-
velles subdivisions , chaque année augmente Tiso-
lement , la tristesse et l'ennui. On pourroit dire
qu'il n'y a plus d'intérêt public, même dans les
événcraens publics. Quoique îe nouveau ministère
nous fasse affîi'mer que, de son triomphe, date
une ère nouvelle, nous trouvons que cela res-
semble si bien à l'ère ancienne, que nous n'y
voyons pas de diffei'ence. Les indépendans sont
du même avis; ils menacent, comme s'ils n'avoient
rien obtenu; ils grondent INl. de Gazes, comme
s'il avoit pris avec eux des engagemens qu'il évitc-
roit de remplir pas. C'est une querelle de famille
dans laquelle nous ne voulons pas intervenir.
Nous croyons qu'il y a moins d'accord dans ce
ministère que dans le précédent, parce qu'il s'est
formé à la suite d'une nouvelle svibdivision d'opi-
nions, et que les subdivisions de ce genre agissent
sur les ministres comme sur le reste de la société.
Les projets de loi qu'on porte à la Chambre an-
noncent suffisamment une absence de système. En
effet, dès qu'il n'y a pas, dans les Chambres, de
majorité fixe, il est impossible qu'il y ait de l'en-
semble djins le ministère. En vain les hommes qui
k coraposentajoumeront les résolutions qui «igna-
]»^roient le peu d'accord qui règne entre eux , le
public en aura la sensation; et, ]>our ue mécon-
tenter personne positivement, ils ne satisferont
|»as même ceuv dont ils appellent sans cesse le
secours. Tout llérhil, louL lani;nitj ce ininistève
paroît dostiné à mourir tle l'ennui général qu'il
jirocure. Il voudroil bien avoir d<.'s eiinemis : ses
ll.ittetirs le bercent de l'esp^'-rance d'enavoir^ mais
il faut êlr(î bien grand en j^olitique pour inspiier
de la lialuc. On ne hait pas le ministère 5 il v a tel
noiu qu'(jn cessera biinlôl de prononcer, parce
qu'on bâ lie en se demandant jjourqiioi ce nom
revient plus souvent qu'un autre.
Dans l'impossibilité de faire mieuv ou plus mal
que le ministère renversé, dans 1 imj)ossibililé
d adopter des j)rincipes et de les suivre, parce
que c'est une opération de l'esprit, on se jette sur
les hommes^ c'est une opération toute matérielle.
On destitue dv.> préfets; on les fait conrir de dé-
f)ai-ti'm«'iit en «IrpHi-leiuenl comme des eslatetles;
e tour des s<jiis-j)réfets <'st, tlit-on, arri\é ; on va
eu ollrir quelques douzaines eu holocauste aux
iudépendans, alin de .conserver leur appui une
semaine de [ilus; mais cela ne les satisfera pas.
Baron se plaignoit à un gjand seigneur de ce <ju'ou
a\oil battu ses gens: «Khi mon pauvre Baron,
>' pour(|uoi as-tu des gens? » fut la seule satisfac-
tion qu'il obtint. On dira bientôt aux administra-
teurs d<'slilués : «Si vous aime?, la royauté légi-
« tinie, \ous deviez, ^tre bien las du métier «^u'on
» vous faisoit faire; si vousaime-/. la Constitution ,
)» vi)us (le\iez'élre bi«:n <'mbarrassés du rôb' ([u On
» vf)us faisoit jouer dans les élections; si vous n'êtes
)» pas serviles, que regrettez-vous de vos places? »
Les administrés regardent avec une secrète joie ces
(léplaceniins lontinnels; ili ne s'attachent plus à
Jcs magistrats qu'ils n'ont pas le temps de con-
V 27H ;
noîlre, dont ils ne peuvent rien attendre, qui
sentent qu'en se sacrifiant au bien-être d'une pro-
vince ils n'obtiendroient pas autant de crédit
qu'eu cédant aux caprices dtts bureaux : les regards
coinmencent à se tourner vers l'administration
collective, indépendante et non soMée. C'est ainsi
q-ie les fnits viennent toujours faire dominer une
cloct'ine, et que les fautes des ministres préparent
d'^s ch'r»n^f^m;'ns qu'on attribue à l'esprit dinno-
vaiion. Il tant qu'une province soit administrée
ou qu'eiie s'administre: il nV a pas de terme
m.jven,* et le SA'stème de déplacement pour des^
opinions est incompatible avec une adrainistratior^
rèc'iiiière. .
]NoK ministres n'ont pas besoin des leçons de
re\pé»'it'nce j ils poui'roient cependant jeter un,
coup d'œii sur l'Europe, poiîr v étudier le sys-
tème d'cidrainistration des pays libres, comme
nous autres Français nous lisons ]es journaux
étrangers pour apprend e, dans les Coi'resvon —
dances pvivc'-es , ce qui se passe en France. ]N'ous y
vovoiis que le ministère est habile, qu'il jouit
d'une haute considération , qu'il a sauvé la patrie ,
qu'il ia sauvera bi«?n des fois encore, parce qu'il a
réMni les cspT'ts. S<^uîement, il ne sait comment
s'y preiidvt avec la Chaml)rc des Députés; mais,
pour la Cha'nbro des Pairs ^ il va l'augmenter dans
de telles propoi'tions qu'<:ile sera plus nombreuse
que la Chambre des départemens; ce qui, comme
chacun sait, est tout-à-fait dans la nature des
choses , et dans les règles du gouverneruent repré-
senliitil.. 11 Y along-t( mps qu'on menace la Fiance
d'un '•urcroît de pairs; on ne devine pas pourquoi
on veut nous faiie part de cette augmentation. Si
l'opéiation avoit été faite l'année dernière, le.s
trois quarts de s rappelés ou des nouveaux admis
seroi» ut déjà oppost's au n)ir.i.stère. On ne voit pas
ce qu'il peut gagner à cela. 11 doitbien'savoir qu'il
( ^^:f> ) .
nV a pas de rcconnoissancc qui tienne où l'accord
des principes n'existe pas entier j et que tout
homiur, qui n'a plus rien à prétendre et à perdre,
n'altiibuc qu'à son mérite ce qu'il a obtenu. A
moins de pouvoir destituer les Pairs de France
comme des prélets , l'auji^mentation des Pairs n'a-
joutera rien aux ressources ministérielles, et affbi-
blira l'opinion qu'on devroit avoir de la pairie.
Toutes ces petites combinaisons du moment ne
servent (jue pour un jour, et nuisent à l'avenir.
Si les tlestitutions, les apparitions et les dispa-
ritionsdes préfets n'intéressent qu'en songeant que
les opinions des administrateurs sont une garantie
ou un danger pour la royauté j il n'en est pas de
même des grielsdont se plaignentles mililairt-s de
tout grade. Ici , l'injustice est personnelle , puisque
le bon sens de tous les peuples nvoit , bien avant les
législations, reconnu que les services militaires
donnent droit à des égards. On avoif dit de la
nouvelle loi, qu'avec elle on a va nceroi t légalement •
et que, malgré elle, on t()nil)er()it arbitrairenient.
(A'Ia s'est réalisé j il ne lalbiit pas faire tant fie
bruit pour aniver à ce résultat. Ce n'est pas sans
chagrin qu'on apprend combien de braves officiers
ont a se plaindn* des mouvcmens et dvs cnntre-
mouveniens({uionllie(i<lans la composition del ar-
nme. Le> plaintes se. ninllipli<'nl au point qu'on vn
éprouve plus de lassitude encore i\nf d'indigna-
tion. On évite les conver.satious sur ce sujet; et il
ne reste , pouroccnp(*r les Parisiens, que b' détail
<bvs maladies niul ti[>lié«s «ju'ou d(jil à la saison,
1 annoncf dvs duels du jour, les banqueroutes, les
insurrections universitaires, lesclmils «le co\n* , la
peste en Alricjue , et, dans lluile , 1q choiera-
niorhus , «pii , au Hengale , a enlevé deux cent
vingt mille |><-rsonn<;s dans un<' année : c'est aussi
une manière d<- deslitutiou ; mais tout cela u'evt
pas [;,ii.
( 2^0 )
Pour parer aux banqueroutes , à la gêne que le
commerce é])rouve surtouslespointsrlelaFrance ,
M. le ministie de Tintéiieur vient de rétablir à
Paris l'exposition des produits de l'industi'ie na-
tionale. Les manufacturiers qui se distingueront ,
obtiendront des médailles. On doit s'attendre que
cela fera singulièrement prospérer le commerce.
Les négocians voudroient encore que i intérêt pro-
duit par la rente n'absorbât pas tous les cajjitaux ,
et que les hommes industrieux pussent trouver de
l'argent à un taux raisonnable j mais c'est trop exi-
ger à la lois. Il est plus facile de leur donner des
médailles. On ne dit pas s'il v en aura pour les
banquiers qui se distingueront dans les opérations
de bourse ; il est vrai que , dans ce genre , l'indus-
trie n'est pas toute nationale , et qu'elle porte avec
elle sa récompense vulgairement connue sous le
nom de crédit public et de Irais de négociation.
Si M. le ministre de l'intérieur pense à la jiros-
périié du commerce, il ne faut pas croire qu'il
oublie la prospérité de l'agriculture. Il vient de
former à Paris un conseil qui lui révélera les
bonnes méthodes de culture, et les movens de
les répandre ; ce conseil pourra avoir, dans chaque
département, un correspondant désigné par le
préfet 5 ce qui certainement doit produire un in-
calculable développement de richesses. En An-
gleterre, on riroit si l'administration générale se
mêloit de pareils détails . et faisoit de l'agriculture
près du pont de Westminster : mais les Anglais sont
bien plus gais que nous. Voici pourquoi. Depuis
long-temps ils ont trouvé un étrange moyen de
porter au plus haut point _^de développement les
produits territoriaux j c'est de fixer d'une manière
immuable la contribution foncière , et de la rendre
presque insensible. Si on ajoute à cela le système
des grandes propriétés , lié au système politique ,
on concevra que l'administration générale n'a
( "^^^ )
plus qii a laisser faire dans ce pavs ; c'est le parti
qu'elle a pris , et tout le mcnidc s'en trouve l)ion.
Mais lorsqu'il nous a été annoncé, même avant
la présentation du budget , qu'il n'y auroit pas
de diminution sur la cnutriltutioti foncière , il
ïious est fort indifl'éreut d'apprendre <{u il \ aura
à Paris un conseil d'aj:^ricnlture auprès de M. le
ministre de l'intérieur. Les propriétaijes , qui
paient un peu plus que le quart de leur revenu ,
à qui il ne resîe jamai:^ d'arfijeiit pour tenter le
moindre essai , savent fort bien quil y a plus d'a-
mélioratioirs essentielles à faire en France que
dans tout autre pays. En attendant que la dimi-
nution des imj)ôls leur permette de les tenter, les
[)ropriétés se divisent à l'infini ; il est probable
que la bêche de\ iendra le mo\en général de cul-
tivj.'r; et on en|>;i<^e MM. du conseil à diri^f(>r
toutes leurs vues sur les moyens de la perfec-
tionner.
Les missionnaires , qui préchentlaseule relit;ion
qui exige le pai-don des injures, excitent depuis
long-tem])s l'animadversiou des hommes qui ont
prêché l'oubli quand ils étoicul les pins foibles ,
et <[ui ne veubut rien oublier depuis qu'ils ont
fait croire qu'ils sont les ])lus forts. Lu [>rélet ,
habile à deviner d'oii vient le vent, a trouvé,
dans b's lois de Biionaparte , un ])etit article
aN<'c lecpicl il a arrêté une mission; il a été ha-
bilement secondé p.tr le maire d<' la Nilleoùles
missionnaires étoi«*nt an'ivés. C'est la première
fois (|ue ce maire désoblige ses administrés; car,
d<'puis vinj^t-cinq ans qu'il est en ])lace , il avoit
trjiijours montré une condescendance si grande
pour I opinion du joui", rpi (m j)OU>oil rrnire rpi'il
ne se rappeloit jamais l'opinion delà v<ille,eî ne
prévo\oit pas celle du lendemain. On fait, dans
celle ville , des l'éparations à la salle de spectacle,
poui- des baleleurb tjtic l'on attend. S», dans uri
( 58. ;
pavs chrétien, les lois s'opposent à la propagation
du cliristianisme , il faut mettre en jugement le
ministère qui a permis les missions 5 mais si les^
lois ne s'y opposent pas , on doit demander compte
au prcfet-ctau maire de la conduit* qu'ils ont te-
nue. On espère que M. le ministre de l'intérieur
se formera bientôt un conseil de religion, sauf -i
le composer en grande partie , comme son conseil
d'agiiculture , des membres de l'Institut.
On vient de mettre en vente , cliez un libraire
de Paris , des Mémoires de M. le duc d'Otranle ,
qui ont pour but de prouver que, si M. Fouclié
n'avoit pas fait tout ce qu'il a fait , la France au-
roit éprouvé de bien grands malheurs depuis Tan-
née 1793. Grâces à lui, il i\y a eu, ni terreur
sous la Convention , ni foiblesse sous le Direc-
toire , ni despotisme sous Buonaparte. Les malins
observent que le discours prononcé en 1810 , par
M. le comte de Cases , en demandant des lois
d'exception contre les chauds révolutionnaires ,
n'est que la copie du rapport fait au Directoire,
par M. Foiiché, contre les anarchistes. « jN'espé-
» rez pas , dit-il , qu^'ls se corrigent. Ce qu'ils en-
» treprcnncnt pour l'indépendance de leurs pas-
» sions est pour eux vertu et liberté : les moyens
» par lesquels ils menacent et épouvantent les
)) Etats , leur semblent des moyens propres à en
y préparer la force et la prospérité. Leurs remords
j) ne peuvent effacer le souvenir des homicides
a qu'ils ont commis. La nation voit toir'oui's les
» assassinats cpii l'effraient , et ne peut lire dans
i} leurs Ames les remords qui pourroientia rassu-
M rer. » Il y a dans les pièces qui composent ces
Mémoires, quelques pensées d'un homme qui
entend la politique : celle-ci est suj'lout remar-
quable 5 elle étoit adressée à Murât, occupant le
trône de ISaplcs : « V eiJlez à ne remuer que les
» passions que vous pourrez satisfaire. » On avoit
; .83 )
ouLlié qiir» If mot uftrà-roya/isfe csi dû à M. Fou-
ché ; st's Mémoires Ir rappellent : ce qui confond ,
c'est que M. Fouclié avoit créé ce mot par oppo-
sition aux u/trà-réuo/nfionnaires , contre lesquels
il s'élève souv^t avec indignation. Quels progrès
nous a\ons laits 1 II est à craindre que ce livre ne
lasse beaucoup de tort à M. le duc d'Otr;tnte ; et,
quoi({u ij s'excuse aupiès des ulfrà-riK'ohition-
naires d'avoir laciiité le retour des Bourbons aprô
le 20 mars , ils s'obstineront à lui faire un re-
proche de n'être pas resté pur.
On attend toujouvsle projet de loi sur la liberté
de la presse, cpif le ministère a lait annoncer
comme devant donner pleine et entière salislac-
tion à l'opinion publique. jNous verrons. Jusqu'ici
ce projet n'a été communi([ué conUdentiellement
qu'aux députés qu'on croit disposés à faire des
concessions 5 les doctrinaires et les indépendnns
le connoissent 5 les rovalistes ne le coniioisseul
pas.
Le projet de loi sur la responsaliilité des mi-
nistres n'a pas encore saisi b-s esprits 5 c'est sans
doute à cause de la nouveauté du procédé, car
ou n'avoit pas encore vu , depuis la création du
monde, présenter un Code de procéduie pour
réj;b*r la manière de poursuivre des crimes et des
délits qu'on avoue être hors d'état de spéciGer. Il
est vrai <ju"on scroil louibé dans ce cju'on nppelle
b's cnlv^niifs, et tout le monde sait qu'il n'y a
rien de plus horrible <jue des c;«léy;ories. On n(r
veut pas, en France, reconnoîtie que les lois
doivent toujours sortir de rnbservnlioû des faits.
Par exemple , pour spécifier les crim^'S de,s ]>re-
mieis a^e-ns i{v l'aulnrilé , il sulliroit de lire l'His-
toire de France, la plume a la junin ^ d'inscrire
dans une colonne b* nom de tout ministre (jui a
été pendu dej)tiis la fondation de la monarchio,
et dan* une ( olonin' eu regard la quaiilicatioa d'*
( 284 )
crime pour lequel il a été pendu. On trouveroil que
toutes les manières d'abuser d'une autorité délé-
guée se sont nécessairement présentées dans une
monarchie vieille de quatorze siècles , et la spéci-
fication sortiroit naturellement du i^pprochement
des faits accomplis. Parmi les peines infligées aux
ministres , on a oublié de marquer la nécessité
d'assister à la discussion qui aura lieu sur un sujet
aussi scabreux. Des lois spéciales , faites pour sept
personnes , ont l'inconvénient inévitable de porter
toutes les pensées et tous les regards sur ceux qui
possèdent le titre en vertu duquel on peut com-
mettre des crimes et des délits interdits aux vingt-
siv ou vingt-sept autres millions de Français. La
commission à laquelle est ren\oyé ce projet de
loi est en général composée d'hommes forts dans
toutes les opinions ; c'est une preuve de l'intérêt
qu'on y attache. En réfléchissant sur ce qui se
passe , on se demande , dans le cas où la loi nou-
velle auroit existé, si les ministres qui conduisoient
si bien nos affaires avant le 20 mars , auroient
été responsables de cette fatale journée. Si la loi
nouvelle ne répond pas positivement à cette ques-
tion , elle est incomplète.
YxiRIETES.
Sur 7' Indépendance.
Je veux bien croire que c'est une belle chose
que l'indépendance dont j'entends beaucoup par-
ler depuis quelques années; mais je voudrois
qu'elle fût un peu mieux définie. Je ne la com-
prends pas beaucoup pour mon compte. Je vou-
drois savoir précisément ce que c'est, avant de m y
engager. Je n'ai vu jusqu'à présent que des indé-
( 285 )
pendant de si mauvaise compagnie , qu'il n'y a
pas movcn que je songe à leur ressembler en rien
ni pour rien.
J'ai vu , il n'y a pas bien long-temps encore ,
dans un dépa|femrnt voisin de celui que j'habite,
une bande dhomiucs libres qui proclainoient lin-
dépendance nationale , en sonnant le tocsin • du
moins, il n'étoit pas question de ceWe fies noh/es
et des prêtres, car il s'agissoit de les mettre à bas,
c'est-à-dire de les égorger. Il n'y avoit pas moyen
de prendre du j^oût pour cette indépendance , qui
ne ressembloit point du tout à celle dont parlent
Hobbcs , Grolius , Pufl'endorl' et les publicisles les
plus accrédités dans mon esprit.
J'ai vu, au commencement de la révolution , un
de mes amis avoir uir enthousiasme démesuré pour
une certaine indépendance qn'il apportoit toute
chaude des Etats-Unis d'Amérique , et qui devint
tout de suite à la mode dans les Ktats trés-pcu w«/.ç
qu'on appeloit les Elats-Ciénéraux en France. Ce
f»auvreami lut peu de t. inps après accroché à une
anlerne. Celte déiinilion n't'loit point claire j je
ne compris encore rien a l'indépt-ndance.
A[)rcs avoir entendn dire , ])endant vingt-cinq
ans et j/lus, que nous faisions la guerre pour Vin-
dépendance nationale, j'ai rencontré un beau
matin dans ma cuisine, quatre Talpaches , deux
Croates , trois Valaches et quelques pandotirs qui
sont venus me d<'niand<r ma soiq)»* sans comjjji-
ment ,'et qui m'ont lait l'honneur de prendre un
lit chez, moi pendant deux mois et demi. Environ
un an après, un autre beau matin, j'ai retrouvé
dans ma cuisine le même nombre de Talpaches,
de Croates , de N'ajaches et de pandours, avant le
même appétit et la même familiarité. J'ai «'u avec
eux une conversation en lan^ue morte : de hbcr^
tate suis legibus \'ivt:ndi » aut arbitratu sito, coin rue
dit Cicéron. Je n'eus à cet égard aucuue solution
( 286 )
satisfaf sente. Je vis qu'il y avoit bien du loucKe
dans mon indépendance , et d'autant mieux que
ie n'étois plus le maître de ma cour ni de mon
grcniiT.
J'ai assislc , plusieurs fois en Fraace , à des as-
scmLlées électorales. J'ai vainement donné ma
loix aux hommes que je croyois les plus propres
à assurer ma liberté parfaite : siiinma lihertas. Je
n'ai jamais pu voir triompher ma voix, et j'ai été
dès-lors sous la dépendance absolue de ceux qui
ont obtenu la majorité ; laquelle majorité m'a mi>
en fuite et a tenu enfermés pendant quinze mois
presque tous mes parens et aiuis dans une maison
d'arrêt. Assuiément, il y avoit là de quoi dérou-
ter toute ma politique sur le fameux mot en ques-
tion, et je ne savois qu'en penser.
J'entends quelquefois parler à de certains phi-
losophes de l'indépendance naturelle de l'homme :
cependant, je suis sujet à cinq ou six cents ma-
ladies qui peuvent meretenir dans mon lît,'quoique
j'eusse affaire ailleurs. Des voleurs en veulent à
mes propriétés mobilières j mes immeubles sont su-
jets à la gi^'le, aux orages, aux gelées, etc. Peut-
on dire , en bonne conscience , que je suis un êti-e
indépendant par ma nature?
Je vois, à la vérité, quelques jeunes gens qui
se rendent indépendans de l'autorité paternelle,
et qui se moquent de leurs père et mère ; qui
portent des moustaches , des^éperons , et qui ont
des idées libérales , au moyen desquelles ils ont
une envie démesurée de s'en aller affranchir l'Eu-
rope le sabre à la main. Pensez-vous, Messieurs,
que ces jeunes gens aient un bon genre d'indé-
pendance ? du moins leurs pères et leurs mères ne
pensent pas ainsi, ni moi non plus.
Une demoiselle de ma province vient de quitter
ses parens, et s'est enfuie avec son amant. Je con-
çois qu'elle sera un moment plus libre et plus_
( 287 )
indépendante avec lui 5 mais cette fugue n'est-ello.
pas un pni trop leste en principe?
M"' *** ne veut plus dépendre de son mari,
et elle a secoué le jouor ^ aidée d'un jeune homme
on ne p.^ut plus aimable. Mais son mari est uii
peu etouné , comme moi , et il ne sait({ue dire de
l'indrjK'ndance, non plus que d'une Ibnle d'autres
mots dont notre langue s'est enridii*' , ou dont
l'acception a changé, pour le malheur de tous
ceux qui tiennent encore aux gothiques déGni-
lions du bon sens.
Odes (T Horace , traduites en vers français par
.M. deVVaiilv, j)ro\ iseur du collège de Henri \\ .
Deuxième édition , augmentée du troisième
1 i \ l'e .
J.orsque , l'année dernière, INI. deWaiîlv pu-
blia sa traduction «'n vers des deux premiers li\rcs
des Odes d^ Hrrnee , tous b's criti(pies seiéunirent
pour louer cet ouvrage ; réternel adversaire des
traductions fut mt^nie un de ceux qui lui accor-
dèrent le plus d'éloges , et son sentiment se trouve
consigné dans le recueil qu«' l'un vient <le publier
4tle acs princi[)aux niiiiles. Les mêmes louanges
paroissent deNoïi- .s ajjpliquer au troislvme li\re
que M. de Waillv donne en ce moment : on y re-
niarq'ue la même sagesse de goilt , le même degré
de talent , la m^*me supériorité sur tous les éci'i-
vains qui ouf précédé le nou\eau traducteur dans
cette carrière (liflieile ; ce '^* I,i\redes Odes d'Un-
ix) Un vol in-iH , «•dition He Didot. Prix : 4 t"r. , et 4 '•■ 60 g.
par la poste. Lt- S' Ijv. »«-ul. i fr. Sd c , ef 2 Tr. par l:i poslc.
A Pans, chit I)i<l .1 .liiir. rue du Poiit-df [.odi , u' \i , cl Ic
Norjmiit, ru« de S^iue, u* i, et <(iiai C«uli , b° 5-
( 288 )
race pst celui où ce grand poète a déployé avec le
plus de magnificence les ressouixes de son génie
lyrique, et l'on ne s'aperçoit pas que son inter-
prète ait eu de plus grandes difficultés à vaincre ,
pour ne pas tomber trop au-dessous de l'original.
]M. de Waillv se soutient ici à la hauteur qu'il a su
atteindre dans les premiers livres. jN eus souhaitons
qu'il achève promptement de compléter cette tra-
duction , qui peut devenir un des monumcns de
notre langue ; et nous nous félicitons de ce qu'un
litre littéraire d'une telle distinction appartient
à un écrivain qui ne se recommande pas moins
par la pureté de ses sentimens et la bonté de ses
opinions, que par le talent même dont il fait
preuve.
On trôiive chez Dentu, libraire, au Palais-
Roval et rue des Petits- Augustins, n" 5, une
brochure d'environ dix-neuf pages , où le Mode
cVai^aucemeiit j'cg/c par la loi de recrutement du
10 mars i8i8, est examiné d'une manière judi-
cieuse , uniquement sous le rapport de l'intérêt
militaire.
Journal des Voyages, Découvertes, etc.; 2« cahier, conte-
nant, entre autres articles intëressans, un Mémoire sur la Géo-
frégate l'Alceite, aie. etc. — Le prix de I abonnement , poL_
lacahiers, est de 33 fr. pour les de'partemens , et de 3o fr.
Kour Paris, où l'on, souscrit chez Colnet, libraire, quai
lalaquai , n° 9; et le Normant, rue de Seine . n<» 8, et quai
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Nota. C'est par erreur qu'on a annonce les Sermons du
P. Lenfant à 2.!^ fr. , pendant que son prix est de 28 Tr. pour
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gustins , n° Sy ; Grégoire fils, même quai, n° 25; Laurens j«,
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Tome II. Vingtième Livraison.
Le Roi , la Charte et les Iloniictes Gens. \^
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micr K-olunw cotnposè de treize Li\'niistms^ et qiu sont
diins l inteiitiofi de rece\'oii' m.iiiitenant le scu'iul
volume , sont invitées à vouloir bien ftUre parvenir
leur renouvellement le plus tôt possible , si elles
veulent éviter tout relard dans l'envoi de leurs
Livraisons.
Les Souscripteurs des départemens sont aussi
priés y pour prévenir toute cireur^ d'écrire leurs
noms et leurs adresses bien lisiblement-, et surtout
de ne pas oublier , comme cela est arri^'é plusieurs
fois j d'indiquer le lii'u de poste par Uqucl ils sont
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thrt |)Mrr)i . iibrairr , quai Art AuKUtlio», n* ai; elle Nfirmanl.ruc
Jr Srinr , ti* 8, ri ijuji Conli . n" a.
Il dfiil lorotlrr incrtvaminrnl clin Raltard. Drnlu ri le Nnrtnanl . ri
!«-• piiiH ipjut niarthjiiilt tir iiiiikiiiur . un litrr qui nr prtil inanc|Urr
il'^lrr d'iiiir Krjndr ulililt' a Ml^l. In iiiu»i< irn» ri aniairur» lia pour
lilrr .luiiaUt tir Itt Uu*niu* , ou ,4lmanarlt miituti/ f*'Ur fttn iHl^;
ronlenaiil Ir» t\rf>rrloirr* lir» ouviaer» Jr niu>it|ur publié» en (raïKC
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lou» Ira pj^« . arrr Ir lilrr dr Irur* «u«afr* rsn ■ • iiiriil ;
<lr» F phr nirii<tr% nioxair», prt*r* dant '' ><t. rir. r!r. ric.
Oiivragr Kriir lin porir jil dr Iru NkoIo. I> ' Nif olo M «cu«c,
par un amalcur. l'rrtnirir annrr. Un «ol m r^
c/e ôQurf^ie.
,^e/i?'ùz> ae ^oiijcri/i/con €Jâ ae \ zy /: ^, aeica: la.
\ âo /^ ^j /7/faà^'c ai.
^L^Gi (/e^/nanciej eâ e/woùj reca/f/d a^ ceâ oiwrcige^
cu)ùve?z-â eàre ac//'^ej ^ /canr c/e Aor/, ac/^ /Joccrea//' cm
W07tderv€i/eu^, fu/e c/e t/ecne, tyô " 6\
^e /^'^yniZ/re^nerie c/e ^e 3%ûrma//)'.
\VV«MIVVVVVWvVVVVVVVVkM/VVVVVVVV\V\VVV\V\VVVVVVVVVVVVVVVV<AIVVV\VVVVVVVVVv'VVV\VVV'«
LE CONSERVATEUR.
DE LA CHAMBRE DE i8i5.
Que la Chambre de i8i5 soit depuis trois ans le
but des attaques d'un certain parti; qu'il ne se
passe pas une semaine, qu'il ne s'imprime pas un
pamphlet révolutionnaire où cette Chambre no
trouve sa part d'injures, c'est tout simple : elle
vouloit réunir lout ce qui pouvoit sou tenir le trône;
elle tendoit à créer toutes les institutions qui de-
voientle protéger contre une révolution nouvelle ;
en un mot , elle étoit monarchique : ce n'étoitpas
là ce qu'il falloit aux révolutionnaires. Mieux que
personne ils connoissent le bien que pouvoit faire
une telle Chambre : la manière dont ils la poursui-
vent en est la preuve; le mal qu^ils en disent est
son plus grand éloge. Aussi n'est-ce pas à eux que
s'adresse le précis que nous allons ti'acer : nous
n'avons rien à leur apprendre. Mais il est des per-
sonnes qui ont pu ou ne pas suivre les discussions
de 181 5, ouïes oublier, et qui, induites en erreur
par de journalières déclamations , ne demandent
pas mieux cependant que de voir la vérité où elle
est , et qui sont faites de cœur et de sentiment poux*.
penser et marcher comme les hommes dont on les
éloigne par les plus absurdes calomnies, C'es't ^ ces
personnes que s'adresse le précis des actes de la
Chambre de 181 5. L'impartialité jugera s'il y eut
exagération dans cette Chambre , comme on le ré-
pète sans cesse, et si elle mérita le blâme ou fut
digne de l'estime.
Pour bien éclairer cette question , je m'appuierai
de faits donL la vériiication est à la portée de tout
Tome II. — aoe I.iypaison. 19
( 290 )
]e mouJc. Jo ne chercherai de torts à personne ;
je citerai ; le pnblic sera à même de juger.
Ce fut après les cent-jours, quand les plaies de
cette désastreuse époque étoient encore saignanles,
que la Chambre de j8i5 fut convoquée. Elle fut
élue par les collèges électoraux créés par Buona-
parte , et le vœu delà France, pour le repos et l'af-
fermissement du trône des Bourbons , étoit tel-
lement unanime, que ces mêmes collèges élurent
généralement des hommes monarchiques, dans le
moment où ces hommes venoieut d'être tout ré-
ç.emmentle but de la plus cruelle persécution ; et
il n'est pashors de propos de remarquer qu'il y eut
très-peu d'électeurs absens dans les collèges, tan-
dis que, trois mois auparavant, la Chambre des
cent-iours ai'avoit été élue, dans la plupart des
collèges, que par une poignée d'électeurs (i),.
L'ordonnance du i 3 juillet, qui couvoquoit une
Chambre nouvelle, aunonroit ;
(( Le projet de modifier, conformément à la leçon de
» l'expérience et au vœu bien connu de la nation, plu—
» sieurs articles de la Charte touchant les conditions d'éli-
» gibilité, le nombre des députés et quelques autres dis-
» positions relatives à la formation de la Chambre, à
» l'initiative des lois , et au mode de ses délibérations.
» Elle déterminoit en conséquence que les articles 16 ,
» 28, o5, 36, 37, 38, 39, 40, 4i, 4^". 43, 44, 45
rt et 4.6, seroient soumis à la révision du pouvoir législa-
» tif dans la prochaine session des Chambres. »
Il étoit nécessaire de rappeler ce dispositif, pour
fixer surla valeur de l'accusation faite à la Chambre
(i) Sur 167 électeurs dont étoit composé le collège élecloral
des Basses-Alpes, il ne s'y en trouva que 35; les Bouches-du-
Rhône . i3 sur iio électeurs; la Vendée n'en re'unil que .(3;
le Lot et Garonne. 55 sur 3oi : le Var, 34 sur 2ii ; le dépar-
tement du Nord, 6^ sur 278; le Calvados, 71 iiir 298; le Finis-
tère, 86 sur 238; la Gironde. 29 sur 289; "Hérau't, 35 sur
233; la Manche, 71 sur 284; la Marthe, bj sur 211 ; la Haute-
Garonne, 54 sur ^43. ( ^/</. /<? Monileuràu. 10 août l8i5. )
( ^90
cle 1 8 1 5 : elle a voulu , dit-on , changer certains ar*
ticles de la Charte ; mais Tordonnance qui la con-
\oquoit l'appeloit expressément à les réviser: en
s'en occupant , elle ne faisoit donc qu'exécuter ce
à quoi elle étoit appelée.
L'article i4 de la Charte, qui donne au Boi le
droit défaire les régleniens et ordonnances néces-
saires pour Vexécution des lois et la sûreté de
l'Etat, trouvoit sa place après les cent-jours , et
tout changenient qui seroit dangereux et illégal
dans un temps ordinaire, pouvoit paroître urgent
après une aussi funeste crise,
\ ouloir donc ou modifier ou changer alors cer-
tains articles de la Charte, étoit utae chose très-
possihle, très à sa plf^ce pour des députés convo-
([ués et appelés pour cela.
Examinons maintenant quels ont été les actes
de la Chambre de i8i5.
Dans notre forme de gouvernement, deux sortes
d'actes appartiennent à la Chambre des Députés :
i". ceux qui lui sont exclusivement propres, par
l'exercice du droit que lui donne la Charte pour
des propositions particulières 5 2*. ceux qui résul-
tent de l'approbation qu'elle donne aux projets
présentés par les ministres. INous jugerons la
Chambre de 181 5 sur ces deux attributions dif-
férentes; mais auparavant il est nécessaire de poser
quelques principes, que je ne pense pas être sujets
à contestation.
Une Chambre de Députés ne peut être respon-
sable , ne peut être traduite au tribunal de 1 opi-
nion que pour ce qu'elle a décidé à la majorité
des voix : l'attaquer collectivement en masse , sur
les discours de quelques uns de ses membres, se-
roit de la plus grande injustice; car il y a liberté
entière d'opinion à la tribune , et l'opinion indi-
viduelle de quelques hommes ne peut constituer
un résultat, là où une majorité est forcément né-
ï9'
( 292 )
'Ccssaive pour l'obtenir. L'opinion individuelle
^'esL donc rien , et l'opinion de la majorité peut
seule emporter une respoiisabilité.
Une Chambre de Députes u'adounistre point,
ne gouverae point. Ses actes n'ont d'effet hors de
la Ckambre qu'autant qu'ils deviennent lois ; et,
pour qu'ils deviennent lois, il fout qu'ils soient
approuvés par la Chambre d^s Pairs et sanctionnés
pai'le Roi. La Chambre des Députés ne peut donc
rien par elle seule 5 par consérjucnt, si celle de 1 8 1 5
a pu faire quelque chose, elle ne l'a faitx qu'ap-
puyée, soutenue par une Chambre des Pairs de
181 5, et par ira ministère de 181 5 qui auroit
conseillé au Boi de sanctionner «es actes. Dès lors
comment la Chambre des Pairs n'a-t-elle pas sa
part dul)làme? Comment les ministres, qui n'ont
.pas représente au Monarque toutes les suites des
projets qu'ils l'engageoient à sanctionner, ne sont-
ils pas responsables des conséquences? Comment
les attribue-t-on exclusivement à ces hommes
dont ces mêmes ministres sont venus solliciter et
réclamer le concours? Quand toutes les mesures ,
qui font aujourd'hui le sujet d'accusations tant
répétées , seroient toutes sorties du sein de la
Chambre, au lieu d'être le fait du ministère , il ne
resteroit aucune excuse pour les ministres qui les
auroient laissé sanctionner par le Roi- car, je le
répète , la Chambre des De'putés ne peut rien par
elle-même, et je ne connois qu'une circonstance
où ses résolutions pourroieat peut-être entraîner
ou chaKîrer celles d'un ministère : ce seroit le cas
où elles seroient l'expression de l'opinion pu-
blique bien prononcée. Je ne pense pas que le
ministère soit tenté de chercher une excuse dans
cette hypothèse, et qu'il veuille convenir que ce
fut là la foret de la Chambre de i8i5 : les con-
séquences de ce principe seroient fâcheuses pour
le système cju'il a adopté depuis.
Actes particuliers a la Chambre de i8i5.
Je ne parlerai ici que des propositions C£ui pou-
voient avoir un but politique.
M. Hyde de Neuville fit uneproposition (i) ten-
dante à réduire le nombre des tribunaux, et à
suspendre pour une année l'institution royale des
juges. Les motifs de réduction des tribunaux se
tTOuvoient dans la nécessité de faire toutes les éco-
nomies possibles, et dans l'opinion que les procès
se multiplient à raison de la quantité des tribu-
naux.
La suspension momentanée de l'inamovibilité
des juges avoit pour base le désir de donner au
Koi, après tant de troubles, plus àe moyens de
distinguerles bons jugesdes mauvais; et, en cela,
on donnoit au Roi une augmentation de pouvoir
également avantageuse au Monarque et au peuple :
avantageuse au Monarque , qui a le pliis grand
intérêt à ce que le d^p6t de sa justice soit entre
des mains pures; avantageuse au peuple, dont
toutes les garanties reposent suy l'intégrité des
magistrats.
Cette proposition, accueillie à la Chambre àes
Députés , fut repoussée à la Chambre des Pairs ,
et n'eut ainsi aucune suite. On peut en conclure
que la Chambre des Députés ne déterminoit pas
à elle seule le système suivi à cette époque ; et on
remarquera que le ministèi'e , qui s'opposa alors
à ce que l'inamovibilité des juges fût suspendue
pendant un an , n'a lui-même donné l'instit-ulion.
royale à difféi'ens juges qu^au l>out de trois ans, et
que nous vdyons journellement, dans le Moniteur^
la nomination de cours judiciaires qui n'avaient
pas encore été instituées.
(i) Séance du 3 novembre i8i5.
( 294 )
Le i4 flécembre, M. Michaud fit une propo-
sition tendante à voter des remercieniens à tous
ceux qid avoient défendu le Roi et la î'oyauté lors
de la fatale révolution du 20 mars, et pendant
l'interrègne . '
La Chan)bre passa à l'ordi'e du jour, motivé
sur ce que, S. À. R. Monsieur ayant refusé le
témoignage de reconnoissance et de respect que
la Chambre des Pairs se proposoit de voter à
S. A. R. Mgr le duc d'Angoulême, la Cliambre
des Députés ne pouvoit accorder aucune mention
honorable à aucun Français ; motivé en outre
sur ce que la grande majorité des Français s'étant
montrée fidèle , la Chambre ne pouvoit men-
tionner ceux qui avoient fait leur devoir pendant
l'intei-règne.
Le 21 décembre, il fut fait (i) une proposition
tendante à ce que les évéques et curés fussent au-
torise's à recevoir toutes donations qui pourroient
leur être faites par des particuliers, pour l'entre-
tien du culte, de ses ministres, des séminaires, ou
de tout autre établissement ecclésiastique.
Accueillie à la Chambre des Députes, modifiée
par celle des pairs, cette proposition donna lieu à
une loi.
Le 22 décembre, M. de Blangy fit une propo-
sition tendante à supplier le Roi de faire proposer
une loi pour l'amélioration du sort des ecclésias-
tiques, et la suspension totale de toute pension
dont pouvoient jouir des prêtres mariés, et ceux
qui avoient volontairement abandonné le sacer-
doce. Cette proposition , adoptée à la Chambre
des Députés', fut approuvée par celle des Pairs j
mais elle ne donna pas lieti à une loi.
Le 26 décembre, JM. de Bonald fit une proposi-
tion pour l'abolition du divorce. Approuvée par
(i) Par M. Caslelbajac.
( 293 )
les deux Chambres, cette proposition fut convertie
en loi par la volonté royale.
Le 8 janvier i8i6,M- de Laclièze-Murel proposa
de supplier le Roi de rendre aux curés et desser-
vans la tenue des registres de l'état-civil , tant
dans l'intérêt des mœurs que dans celui de l'exis-
tence des particuliers. Cette proposition n'eut pas
de suite.
M. de Ker^orlay fit une proposition relative à
la responsabilité des ministres. La fin delà session
empêcha que cette proposition fut discutée. Une
commission avoit été nommée pour en faire le
rapport.
Voilà tous les actes particuliers à la Chambre
de i8i5, qui peuvent avoir quelque importance
politique, les seuls dont quelques uns ont été
portés au pied du trône. Tout homme impartial
jugera facilement si c'est pour ces actes qu'elle
mérite l'anathèmtî prononcé contre elle, et dé-
cidera quelle route elle devoit suivre pour être
approuvée.
Après vin^t-cinq ans de troubles et de déchire-
mens, une Chambre destinée, en apparence, à
cicatriser les maux de son pays, et qui en appelle
à tous les sentimens d'ordre , de religion et d'hon-
neur, peut-elle êti'e soupçonnée d'avoir agi en sens
inverse des principes qui font le bonheur des
peuples? En cherchant, parles mêmes moyens, à
consolider le trône, à donner au Roi tout l'appui
que le gouvernement réclamoit d'elle , à mainte-
nir en même temps toutes les libertés publiques ,
})eut-olle être accusée d'avoir porté la crainte dans
e cœur de ses compatriotes? Elle devoit d'autant
moins le redouter que toutes les mesures qui
vinrent d'elle furent dictées par le calme et la
modération; et l'on en vitla preuve lorsque , pré-
eédemmentà la loi d'amnistie, elle refusa de s'oc-
cuper de deux propositions de même nature, qni
( ^96 )
lui furent faites par deux membres de la Chambre .
Elle crut devoir, dans une circonstance de cette
importance, attendre que le gouvernement lui-
même proposât ce qui lui paroîtroit convenable.
Mais, rcpète-t on sans cesse, on vovoit, dans
l'esprit, dans les intentions de cette Chambre, le
désir ardent que toutes les administrations fussent
épurées ; et cet esprit réformateur a porté partout
des inquiétudes. Que la bonne foi me réponde ;
quel est le Français, dévoué à son pays, qui,
après Texpérience du 20 mars, pouvoit ne pas
désirer que les dépositaires de l'autorité royale
fussent des hommes purs et intègres? Quelle ga-
rantie un système contraire pouvoit-il ofTiir au
repos de la France? Et si ce désir d'épuration *
n'eût pas été celui de la Chambi'e, elle eût appris
que c'ctoit celui delà France, parle gouvernement
lui-même, lorsque l'on entendit le ministre des
relations extérieures s'exprimer ainsi à la tribune,
dans son discours sur le projet de loi d'amnistie :
« Tous les Français seront rassurés quand ils verront
fi désormais les emplois publics confiés à des hommes
» éprouvés par leur intégrité, leurs lumières, et surtout
» leur dévouement au Roi et à la patrie. »
Si la Chambre fut iri'éprochable de trop d'ar-
deur dans les actes qui lui étoient particvdiers ,
nous allons voir si elle mérite le blâme pour ceux
qui lui furent demandés par le riiinistère.
Propositions du Ministère.
Un projet de loi sur la Cour des comptes fut
apporté par M. le garde des sceaux. La Chambre
en démontra les vices 5 elle crut trouver de Tinu-
tililé dans l'existence de la Cour des comptes : le
projet de loi fut rejeté.
Le ministère vint apporter un projet de loi
d'amnistie. Par ce projet, la Chambre éloit appelée
(^97)
à décider de la destinée de trcnte-lmit personnes
portées sur la seconde liste de l'ordonnance du 24
juillet. Elle refusa de se constituer juge de ces
hommes 5 elle déclara ne pouvoir exercer que des
fonctions législatives, et qu'il ne Ivii appartenoit
pas de se transformer en tribunal pour prononcer
ou un jugement d'exil , ou même une déportation
éventuelle, pour prononcer une peine contre des
hommes pour la plupart à ' lie inconnus. « Qui de
» nous, s'écrioit alors M. de Bouville(i), qui de
M nous , en s'approcliant de l'urne pour y déposer
)) la houle fatale, oseroif prononcer la formule
» des jures : Sur mon honneur et sur ma cons-
)) cience , devant Dieu et devant les hommes , oui,
i) les trente-huit individus sont coupables ? Quant
» à moi , je déclare, sur mon honneur ei sur ma
)) conscience, que je l'ignore. » Ce sentiment fut
partagé par la majorité de la Chambre. En vain
cette opinion fut combattue par diflérens orateurs
qui soutenoient le projet du gouvernement. En
vain M. Pasquier disoit-il :
« Je conçois (2) que des hommes éloignés jusqu'ici dos
» fonctions auxquelles ils viennent d'être appelés, ne voient
3> pas sans effroi s'élever une question qui peut les con-
» duire à prononcer sur le sort de quelques hommes ;
» ils craignent de juger, parce qu'ils savent qu'ils n'en ont
» pas le droit. Je respecte ce sentiment et ces scrupules j
» mais je demanderai à ceux qui les expriment et les
» éprouvent , s'ils ne sont pas forcés de convenir qu'il est
)) des circonstances où il faut absolument punir, et où,
» cependant, il est rigoureusement impossible de juger:
n tel est le cas où nous nous trouvons. C 'est ici une mesure,
» ou , si l'on veut que je m'exprime ainsi, un coup iVEtat,
» Qui le portera? Le Roi ou les Chambres? ou bien le
» Roi et les Chambres réunis? Ce <jue le Roi eût pu faire
» seul , par un seul acte de sa souveraineté , lui refuserez-
(i) Il votoit avec la majorité,
(a) Moniteur du 4 janvier ifJiS.
( 298 )
)) vons de le faire conjointement avec les Chambres, lors-
» qu'il les admet si noblement au partage de cet acte de
» sa magnanimité toute royale ? »
La majorité de la Chambre persista à se décla-
rer incorapétenle, à laisser l'ordonnance du 24
juillet entièrement à la disposilion du Koi, et je
ne pense pas quelle ait été guidée par un grand
esprit d'aigreur et de réaction , en s'en rapportant
à Sa Majesté pour la «testinée de ceux dont on
vouloit la rendre juge.
Il fut proposé par la commission un amende-
ment dont je devrois peut-être ne point parler,
puisqu'il ne fut pas ado])té par la Chambre. Ce-
pendant on en a fait une ar^ne si puissante contre
elle, on a tantpai-lé des catégories , ce mot est tel-
lement devenu un mot accusateur, que j'entrerai
dans quelques explications k cet égard.
J'observerai d'abord (fue la morale de la loi
étoitbien plutôt le but des aniendemens, que la
mesure pénale et la quantité d'hommes que l'on
désiroit atteindre j et c'est ici qu'il faut écouter le
rapporteur de la commission lui-même, dans la
séance du 6 janvier 181 (3 ;
« La première classe ( d'exception) comprend ceux qui
» ont été complices du retour de l'usurpateur, en corres-
j' pondant avec lui ou ses agens, à l'île d'Elbe , pour lui
» en faciliter les moyens.
» La deuxième et la troisième classe exceptent ceux
» qui, avant le ^J.'^ mars, sont venus constituer le gou-
» vernement de l'usurpateur, en acceptant de lui les pre-
» mières fonctions civiles, et les profels nommé.s par le
» l\oi qui ont reconnu Biionaparf e avant la même époque.
» On nous a demandé si ces hommes étoient plus cou-
» pables que ceux qui avoient cemmis les mêmes crimes,
» ou qui avoient eu les mêmes foiblesses depuis le jour
» que nous indiquons. Messieurs, c'est le Roi lui-même,
» qui, dans la déclaration de Cambrai, a fixé cette époque
" du :>> mars, jour où il a quitté Lille. Cela suffit pour
»» nous dispenser de toute autre explication : sa haute
( ^99 )
H sagesse n'a pas besoin de notre apologie. Ses motifs,
M d'ailleurs, sont palpables; quant à nous , nous n'avons
» di\ que 'es respecter.
» La quatrième classe excepte les maréchaux et les gé-
» néraux commandan-î uiie division ou sous-division mi-
» litpire qui s'^ soiV dpcl irés pour l'usurpateur avant son
» entrée à Paris.
» Pourquoi une autre époque que pour les fonction-
t> naires civils? Parce que les m. litaires, habitués à l'obéis-
»> sance passive sont , non pas excusables , mais moins cou-
» pables dans leur défection, lorsqu'elle n'a eu lieu qu'a-
» près l'occupation de la capitale.
» La cinquième classe regarde les généraux en chbf qui
» ont dirigé leurs forces contre les armées royales.
» Leur crime a été, dit-on, de reconnoîfre Buonà—
» parle j après cette première démarche ils n'aVoient plus
)) qu'à obéir : ils ne sont pas plus coupables que les
» autres.
w Contre ces futiles excuses, interrogez. Messieurs, la
»> conscience de tous les Français *• ils vous diront que
» c'est une audace indigne de pardon d'avoir tourné les
« armes françaises contre un prince dont la naissance ,
» les malheurs et la bravoure dévoient mériter le respect
)) même de ses ennemis. Ils vous diront qu'on ne peut
n juger avec la même sévéritc ceux qui n'ont combattu
» que contre les armées étrangères, et ceux qui ont fait
» couler le sang français.
» On vous avoit d'abord entretenus de l'excessive rigueur
31 de nos amendemens. Seroit-ce le nombre des grands
n coupables dont nous proposons l'exception , quidonne-
» roit des alarmes? Il seroit facile de calculer ce nombre
» un Moniteur à la main , et en déduisant ceux qui se
» trouvent déjà portés sur les deux listes (du 24 juillet.)
» Et quelle mesure proposons-nous contre ces hommes?
j) Celle de les mettre en jugement, parce que c'est la seule
n qui soit réservée par l'ordonnance du 24 juillet , mais
« avec cette précaution que la décision du lloi précédera
» la mise en jugement, pour apprécier les motifs qui
» peuvent: l'exiger ou qui doivent l'empêcher. Il est fort
j> inutile , d'après cela , de répéter que , parmi les hommes
» qui se trouveroicnt compris dans ces classes., il peut
( 3oo ) ^
n s'i'n trouver qui ne doivent pas être punis , et (Tautrps
» qui ne peuvent plus êire juo;és. Il seroit bien étrange
y qu'on reprochât, au nom du Roi, à notre amendement,
>"> de compromettre des hommes qui ne doivent pas l'être,
>i lorsque cet ametidement consiste à rendre le Roi arbitre
» de leur sort. Nous ne demandons autre chose, sinon
» qu'ils soient livrés à riiidulD;enl examen du Roi , avant
i' de l'être aux sévères recherches de la justice. »
A oilà quelles étoient les catégories dont On a
tant parlé, et la manière dont elles étoient de-
mandées 5 quant au uombre d'individus qui pou-
\ oient être atteints, voici ce que disoit M. Feuil-
lant, dans la séance du 5 janvier. *
« Les exceptions dont il s'a2;if désignent avec clarté, et
i) désignent un très petit nombre d'individus. M. le ministre
» de la police générale a fortifié cette assertion en vous
» déclarant, à cette tribune, que le nombre des personnes,
» atteintes par les amendemens delà commission, étoit
» moins grand qu'il ne le seroit en adoptant le projet
n de loi tel qu'il est présenté. »
Chacun, d'après cet exposé fidèle, sera à même
de jnger ce qu'étoient les catégories^ si elles
furent demandées comme vengeances, ou couimo
désir d'assurer le repos; et on observera encore,
après cela, qu'elles ne reçurent point rassentiment
de la majorité de la Chambre , et qu'elles furent
rejetées par elle. Que la bonne foi juge et pro-
noiîce.
On demanda le bannissement des régicides,
qui, au mépris d'une grande clémence, auroient
.signé l'acte additionnel, ou pris de l'emploi dans
les cent-jdurs. Celte demande fut adoptée. Por-
tée à la Chambre des Pairs, ou put remarquer la
satisfaction qu'en éprouvoit le gouvernement ,
d'après la manière dont s'exprima le ministère, par
l'organe de I>I. le duc de Richelieu , qui , d;ins la
.séance du 9 janvier, disoit :
« Messieurs , une eho^e fait croire à Sa Majesté que
( 3oi )
3» ItK justice dhine se fait entendre par la voix de son
» peuple; c'est que C ejtpression de ce yttu a éié , dans la
» Chambre des Députés, le signal de la concorde^ ct(p.t:,
» de ce moment, ont cessé même les dissenlimens d'opi-
n nion qui iiooient éclaté dons les discussions. Témuiu ■
» de lélan de toutes les âmes , dans la séance du G jat.-
» vier, nous croyons pouvoir dire que ce Jour-là la Chambre
»• des députés a offert un spectacle digne des plus beaux
» temps de la monarchie. »
Le bannissement des régicides , ap])i-ouvé par
la ClianiLre^ dos Pairs, rer.Tit la sanction royr.J;'.
La morale des nations décidera si ceîte inesurc Tut
juste; leur intérêt déterminera si elle étoit ])oli-
tique.
Le i6octol)re , -M. le garde dessceaux CM. Barhé -
ÎMarLois ) proposa à la Cliamhre un projet de loi
sur la répression des cris séditieux et des provo-
cations à la révolte.
« Nos lois anciennes et nouvelles, disoit ^I. le garde-
>i des-sceaux, contiennent des dispositions suffisantes pour
w la répression de ces délits et de ces crimes, dans des
w temps de tranquillité, et lorsque aucune circonstance
w extraordinaire ne trouble Tord, e et la marche accoutu-
» mée du gouvernement. Mais si de jijrands attentats ont
» été commis ; si des lois ont été méconnues ; si la mul-
» titude paisible et désarmée a dû céder à la violence
» et aux armes ; si , pour sa propre conservation , le citoyen
» soumis aux lois a dû demeurer immobile devant des
» bandes séditieuses, sar.s discipline, sans frein-, réunies
» comme dernier soutien dune faction au désespoir; si
» le crime a joui, pendant quelque temps, de ses funestes
» triomphes , les calamités se prolongent, même quand ses
)) succès ont été interrompus. Alors les révoltés veulent a
n force d audace reg-agner Irurs avantages perdus ; les sé-
» di'tieuv s'' excitent mutuellement, se chercheni , font des
» efforts pour être aperçus en tous lieux, à toute heure.
>i Comme assur-s d'une nouvelle victoire, s' ils parviennenl
e a inspirer l'épouvante , ils s'associent tout ce q'ie le.;
» armées ont relnité avec indignation , et tous les ciïmi-
»' nels que leur obscmilé a pu aousiraire à raclicn des lois
( -^'^o )
» Si la force puhlit^ue arrête le cours de leurs desseins ils
» «'y renoncent point encore : ils ont recuiij-s aux discours
3) injurieux, aux écrits cnlomnieiiv, ils unt leurs signes
» leurs mots de ralliement , et plus ils sont foihlespar leur
» nombre , plus ils veulent paroilre piiissuns à force de
D hruit et de mouvement. L' impunité les encourage ; plu-
» sieurs se montrent a face découverte ; et, quoique leur
n indiscrétion même trahisse leur foUdesse , il iCen est
» pus moins certain que leurs pratiques troublent Fordre
» social, et Vinlérèt piihlic exi^e que leurs desseins tur-
» hulcns et leurs détestables entreprises soient efficacc-
» ment réprimés.
» II y a quelques hommes dont Tunique morale est la
» crainte des peines. C'est contre des coupables, la plu-
» part de cette espèce, que nos lois actuelles sont, à plu-
» sieurs éprards , impuissantes Les peines sont
)) correctionnelles, parce qu'on a pensé que leur applica-
»> tion immédiate, sans nuire à la justice, seroit encore
» plus efficace que leur gravité »
M. le baron Pasquier, dans son rapport sur le
projet de loi relatit à la répression des cris sédi-
tieux et des provocations à la révolte, disoit
(séance du 24 octobre iSiô) :
« Je ne remettrai pas sous vos
» yeux le tableau de tout ce qu'ont de grave et de puis-
» sant les motifs qui ont décidé à vous présenter la loi
5) que vous avez à examiner : M. le garde-des-sccaux ne
» m'a rien laissé à dire à cet égard. L'utilité , la néces-
j) silé de lois fortement répressives, est généralement
1) sentie : tout le monde voit et reconnoît le but qu il
I) importe datteindre , et il ne sauroit y avoir de discus-
n sion que sur les moyens d'y arriver plus promptement
» et plus sûrement. — Nous vivons dans ces temps pour
j) lesquels 1 histoire nous apprend qu'il a toujours été
» indispensable de renforcer la législation criminelle et
M pénale. A la suite des dissensions civiles, les hommes
» accoutumés aux tentatives hasardeuses, nourris despe-
»> rancestéméraires que n'ont que trop souvent justifiées les
» succès éphémères, à la vérité , des factions les plus cou-
u pables , ne peuvent plus être maintenus dans la ligne du
( 3o3 )
» devoir, par ces lois douces et paternelles exécutées aver
« des formes lentes et timides auxquelles, dans les temps
» ordinaires, on sait gré de la protection qu'elles accor-
» dent à la sûreté individuelle. Tem[)s heureux ! Alors
» la société entière est émue pour la perte d'un seul indi-
» vidu, et ne croit jamais pouvoir prendre trop de pré-
>> cautions pour garantir la tête même la plus coupable eu
'> apparence, contre l'erreur qui atteindroit uniriuocent.
)) Mais il n'en est plus de même quand la société tout
» entière craint pour son existence^ quand les crimes de
» quelques l'actieux lui ont appris que l'impunité d'un
55 jour, d'un seul individu, pouvoit quelquefois enlrai-
» ner la perle de tout un empire. Alors tout fait un devoir
» aux dépositaires de l'autorité publique, de cherclur
» tous les moyens possibles de mettre l'Etat à l'abri d'un
» tel péril. 11 faut que la loi veille plus assidûment que le
» crime ; il faut que la peine soit proportionnée aux dé-
»> lits 5 il faut surtout que la promptitude de l'exemple
» inspire un efiroi salutaire à ceux qui seroient tentés
» d'imiter le coupable qui vient de porter la peine de son
» crime
j> N'est-il pas juste en effet que celui qui
») a voulu déchirer le sein de sa patrie , renverser ses ins-
» titutions les plus sacrées, ébranler ce trône auguste sur
i> lequel reposent toute la sécurité présente et toutes les
» espérances à venir, soit à jamais exclu de cette terre
» sur laquelle il est indigne de vivre, et aille consumer
>» sous un ciel lointain cette vie qui ne lui a été donnée
» que pour le malheur de sa patrie et la honte des siens ?»
Dans la se an ce du i8 octobre, M. de Gazes, mi-
nistre de la police, apporta un projet de loi rela-
tif à des mesures de siirelé générale, et suspensif
de la liberté individuelle. Pour juger de la néces-
sité de cette loi, laissons parler le ministre lui-
niême.
« Cette loi, disoil-il, a pour objet de donner à l'auto-
» rite chargée de veiller aux intérêts les plus saints de la
» société , à la sûreté de l'Etat et du trône, la force dont
" elle a besoin pour réprimer les grands coupables ; pré-
» cenir les attentats de ces hommes aux(juels le remords
( 3o4 )
n est e/ranger, (/uc le pardon ne peut ramener'^ que la
« clémence offense^ que rien ne peut rassurer^ parce qu'il
» est des consciences qui ne sauraient l'être ; que la jus-
>- tice ne peut atteindre , parce que ses formes salutaires
» mais lentes, la rendent impuissante pour prévenir, Irès-
>• souvent même pour reprimer
» Nos maux ne vous sont-ils pas connus ? Faut-il que nous
» en sondions avec vous la profondeur? Ils sont grands,
« sans doute : le remède doit l'être autant qu'eux. Ils exi-
» gent des sacrifices proportionnés à leur étendue. Celui
>■ des droits sacrés de la liberté individuelle est immense ;
» mais, commandé par l'intérêt et la sûreté de l'Etat, il
» n'en sera pas un pour les citoj'ens fidèles qui n'y ver-
» ront qu'une {2:arantic de la paix publique, sans laquelle
)) la liberté civile est illusoire et vaine.
» 11 ne sera un objet d'horreur et d'alarme que pour les
n factieux dont il éteindra les criminelles espérances.
» Celui qui ne fut qu'entraîné abjurera cette fausse
» doctrine, cette illusion fatale qui ne place la liberté que
»» dans 1 anarchie, la gloire que dans les ravages, les dé—
» vasfations , le sang et les larmes.
» Mais en mênie-lempsun cri d'alarme vaêlre jeté par
•) ceux-là qui savent bien qu'eux seuls en seront frappés,
» mais qui s'elforceront de iaire partager leurs fureurs à
» tous ceux à qui ils voudroient Iaire aussi partager leurs
» funestes desseins.
» Tout sera perdu, à les entendre, lorsque l'impunité
» ne leur sera plus assurée , et que l'autorité qui \eille
>• sur leurs machinations secrètes voudra percer l'obscu-
». rilé qui les environne. Tout sera perdu quand l'Etat
u sera sauvé ,
j) Sans doute, Messi<^urs , la bonté du Roi est infinie;
•) mais son peuple , dont il est l'amour et l'orgueil, la
» réclame tout entière. Peut -il se montrer encore
j) compatissant à lexcès apiès tant d'espérances trom-
» pées ":*
j) Il a promis de vouloir tout ce que veut rinlérêt
» de son peuple. Son peuple veut, avant tout, être
'1 sauvé
" Si nous n'ôxagcrons pas les dangers qui nous me-
» nacent, nous ne devuns pis non plus les dissimuler.
« Us sont bien moindres par le nombre des factieux que
( 3o5 )
») par feiir avdace. Disons-le , toute leur force rCesl que
>> dans leur iiripuriHé : i/s attaquent le troue lui-même ^
n ils loiiL voir à cello portion du peuple, trop facile à
» égaler, lautoritt du Roi incertaine et foible , hors
n délai de punir , hors d'éfat d« réprimer
» L'impuissance à laquelle leur rage a été réduite de-
» puis la chute de l'usurpateur, loin de se modérer, n'a
») fait que s'aocroifre de tout ce que les malheurs publics
M et privés pouvoient donner de force à leurs déclama—
» lions. Ces mavix, qu'ils ont seuls appelés sur notre
» malheureuse patrie, dont ils furent les premiers îiuleurs
» et les complices, ils les exagèrent et en t'ont pressentir
» de plus grands encore.
» 11 ne laul pas se borner <i la punition des coupables ,
»> mais plus particulièrement einore prévenir ces crimes,
» surtout lorsqu'il s'agit des intérêts les plus chers et les
»» plus sacrés. Le Roi , Messieurs , a voulu suppléer à
»> l'insuifisancc des lois existantes par celle dont il m'a
» chargé de vous présenter le projet.
>» C'est au nom de la Charte constitutionnelle, c'est au
» nom de toutes les lois et de celle que tous les peuples
« sont accoutumés à regarder comme la loi suprême,
i> celle du salut public , que cette mesure vous est
» proposée.
« Oui, Messieurs, le Roi peut sauver et l'Etat et le
» trône j et la Charte, étant la loi qui établit la liberté
•»> publique et la liberté privée , lui en imposeroit le de-
» voir : il ne peut le faire sans votre appui . . . ^ . Le LUI
n BEFUSEREZ-VOUS 'r* ».
Le rajjpoi t cîc ]M. Bcllart^ pour raJopîion du
projet de iui, finîssoiî. aînsî ;
«' Plusieurs hommes ne manquerorvt pas dç^ gémir
5) hjpocriteiuent sur ce qu'ils appelh>ront avec emphase
» une atteinte portée à la liberté individuelle , et de se
» jeter dans des abstractions métaphysiques pour calom-
:> nier une mesure dont il n'c3t pas un seul hoP'me de
» bien qui ne senle qu'elle est indispensable. Que ré-
») pondre à ces déclamateurs? Rien Levez les
»i yeux sur eux seulement : on peut se tenir assuré à
» l'avance qu'on n'y trouvera jaitiais Un ami véritable de
Tome IL — ao^ LivnAisoN. 20
( 3o6 )
» la Charte ni du pays : on y reconnoîtra toujours l'un
u des hommes qui ont accepté avec tant de mansuétude ,
w ou qui ont secondé avec tant de violence, le despotisme
j> sanglant qu'on vit se jouer si long-temps de tous les
>» droits des Français. Pourquoi se taisoient-ils alors ,
)) ou pourquoi rompent-ils aujourd'hui le silence ? Est-
» ce donc sous un gouvernement auquel, certes, il y
» auroil une bien atroce injustice de reprocher de l'ex-
M ces dans ses mesures, que les prétendues alarmes qu'ils
» manifestent peuvent être sincères? Que le peuple ne
« s'y trompe pas. lis ne l'entreliennent de ses maux qn a-
») Qec la résolution de les aggraver ; ils tie parlent tant de
» la liherlé que pour la faire périr , et c'est pour C étouffer
» qu'ils feignent si tardii>ement de l'emôrasser. Leur pu—
« nition sera dans le spectacle de la paix publique qu'ils
» n'auront pu troubler ; et l'un des moyens de la main-
» tenir , c'est l'adoption du projet de loi tel qu'il a été
» présenté. »
Tels lurent les motifs mis en avant par les mi-
nistres du KoL, tels furent les rapports des com-
missions; et l'on remarquera que ni ISl. de Cazes,
ni les rapporteurs qixe je eile ne votoient avec la
majorité de la Chambre de i 8i J. Qu'on se reporte
aux circonstances dans lesquelles on se trouvoit :
on décidera ce que devoit faire la Chambre. Les
lob demandées ctoient ou nécessaires, ou inutiles.
Si elles étoient inutiles, comment le ministère en
présentoit-il les projets? comment en peignoit-il
la nécessité avec des couleurs si énergiques? com-
ment la Chamhre des Pairs les approuvoit-elle ?
Si elles étoient nécessaires , la responsabilité des
Chambres cesse au moment oii commence celle
d€s ministres, et celle-ci date du jour où l'exécu-
tion des lois leur est confiée. S'il y a donc eu abus
dans Texécnt ion des lois, ce n'est pas aux Chambres,
mais aux; ministres à répondre.
Le 8 novembre, le ministèi-e proposa im projet
de loi relatif à l'établissement des compaornirs dé-
partementales. Il demanda aussi le rétablissement
( 3o7 )
iies cours pi'evôtales, autorisé par l'art. 63 de la
Charte. La nécessité des circonstances servit en-
core de base à ces deux projets, et, le caractère
loyal des deux ministres qui iui-ent chargés parle
ministère de les présentej- à la Chambre, oflrant
une garantie de sagesse dans leur exécution, ils
furent adoptés. La Chambre des Pairs les approuva
de même.
Par l'organe de ]M; de Vàublanc, le ministère
apporta, le i8 décembre, un projet de loi sur le
mode d'élection, et ce projet lut combattit par
les hommes même auxquels IVÏ. de Vàublanc in-
spiroit le plus de confiance. On s'éleva contre les
électeurs de droite contre le renouvellement par
cinquième. Plusieurs amcndemens furent proposés
par la commission. Son rapporteur, M. de \ illèle ,
démontra qu'ils étoient bien plus en harmonie avec
1-esélémens d'un gouvernement représentatif, bien
J)lus favorables que le projet du ministère, aux
ibertés publiques, aux droits de la propriété ,
aux véritables intérêts du peuple. La discussion
fut longue 5 les amendemens de la commission,
adoptés , furent portés à la Chambre des Pairs ,
qui les rejeta.
La Cliambre apprit avec douleur, mais avec
calme , Ics sacrifices qui étoient imposés à la France
par le traité de paix. Le Roi étoit remonté sur sou
trône 5 dès lors elle crut que rien ne paroîtroit pé-
nible à des Français : elle connoissoit leur amour
pour les Bourbons. Ce fut dans cette opinion qu'elle
attendit le projet deloi sur les finances. Les incon-*-
veniens en furent démontrés avec force. Des éco-
nomies considérables furent réclamées au nom de
la misère de tous* Par conscience et par intérêt
public , on se refusa à Taliénation des bois de
l'Etat. La commission présenta de nombreux amen--
démens. Le ministère se retrancha sur l'impossi-
lité où il étoit de les adopter, Ses protestations à
30.
cet égard furent répétées; elles cessèrent, et il
accéda au plan de la commission le jour où il crut
voir ia Clian\brc déterminée à le maintenir. Ia-.
projet, amendé par les députés, fut approuvé à la
CLambre des Pairs.
A ia lin de la session, iSl. le duc de Richelieu
vint demander à la Chambre un crédit de 6 millions
de rentes. Le seul motif (juil jjrésenta fut la pos-
sibilité éventuelle de terminer aiiisi plus tôt quel-
ques uns des engagemens contractés avec les étran-
gers ; il ne fonda sa demande sur aucune base posi-
tive: il ne présenta d'autre garantie que celle de
6on cai'actère connu : le crédit lui fut sur-le-champ
accordé.
Cette confiance honorable pour le ministre quî
l'inspiroit, n'étoit-elle pas en même temps la plus
forte preuve de la disposition oùétoit la Chambre,
de ne trouver aucun sacrifice pénible quand il s'a-
gissoit des intérêts de son pays ?
Voilà les faits. Tout homme qui aui'a un sens
droit, et dont le cœur sera exempt de passions,
pourra, d'après cela, juger la Chambre de i8i5.
Le repos de la Fi-ance , raff(;rmissement de la
royauté légitime, tel fut son but : la religion,
l'honneur, voilà quels furent ses moyens. Tous
ses actes tendirent à faire resjiecter le nom de
Dieu et du Roi, à renforcer le pouvoir de la
couronne, à rétablir des principes de morale,
à maintenir toutes les libertés publiques^ et à gar-
der la foi des serraens et des traités. L'oubli du
passé, le véritable oubli, celui qui consiste dans
une entière abnégation de soi-même, celui-là lut
hautement professé dans celte Chambre, qui réu-
nissoit dans son seiji un nombre considérable de
victimes de la révolution , et où pas une voix ne
fut eulmdue à laquelle on pût i-eprocher un sou-
venir personnel , un relour sur le passé , une dou-
leur qui ne lût pas celle de la patrie.
( 3o9 )
Cette Clip.inLre fut exage'rèe, dit-on. L'exposé
fidèle que je viens de tracer mettra chacun à même
tl'en juger; et j'observerai simplement que, pen-
dant une session de liuit moî.s, quand il ne luri
étoitpasdonné de faire laire l'opinion, puisqu'elle
n'avoit aucun pouvoir , qu'aucun de ses membres
n'étoit dans le gouvernement , qu'aucun d'eux ne
remplissoit de fonction importante dans l'Etat,
on n'a pas entendu de plaintes s'élever conti-e elle,^
et la tranquillité de la France n'a pas été troublée.
Je dirai encore qu'ils ne furent pas jugés exagérés
par leur pays ces hommes qui, malgré l'anathème
dont les frappa le ministère dans de nouvelles
élections , eu dépit de tous les moyens employés
contre eux , revinrent une seconde fois honorés
du suffrage et delà confiance de leurs concitoyens.
J'ai prouvé que les lois d'exception , qu'on attri-
bue sans cesse à cette Chambre, sont le propre
fait du ministère. S'il y a un vice au sujet de ces-
lois, je le répète, il ne peut se trouver que dans
l'existence même delaloi ou dans son application.
S'il est dans l'existence de la loi , pourquoi ïé
ministre la demandoit-îl au nom du salut de
l'Etat? En quoi la Chambre des Pairs est-elle
moins responsable que celle des Députés, qui,
comme elle, n'a fait qu'approuver un prejet ]>ié-'
sente par le ministère? S'il n'y a pas vice dans
l'existence de la loi, et qu'il ne soit que dans sou
application, certes, c'est encore moins auxCham--
bres à répondre : le ministre est là; c'est lui qui,
sur sa demande , fut revêtu d'un gi'and pouvoir;
c'est lui qui assuma une grande responsabilité.
Un coup d'œil rapide sur ce qui s'est passé de-
puis 1 8i 5 , sur le chemin que nous avons parcouru,
depuis, me seroit d'un bien grand avantage, si je
voulois établir une discussion; mais il n'entre
dans mon plan ni de l'écriminer , ni d'aigrir per-
sonjie. J'ai cru qu'il étoit bien de démontrer la
( 3io )
fausseté et l'injustice de tant de vaines déclama-
tions. Pour j parvfînir, \'^'i exposé les faits tels
que je les ai vus; cela rae suffit. La France rendra
un jour justice à qui elle est due ; les hommes
qui se dévouèrent pou relie ne seront pas méconnus
par la postérité. La cause sainte des Bourbons
survivra aux orales ^ à des jours nébuleux mou
f)avs verra succéder encore de beaux joui's. Il est
à haut une puissance du bon droit, plus forte que
l'incurie ou la perhdie des hommes. Elle fait sa
part à chaque positit>u de la vie; elle ne donne
pas toujours le bonheur comme récompense d'uHO
conduite pure ; mais elle laisse à l'infortune la
paix d'une conscience tranquille , le courage et
iespérauce.
Castelbajac,
MELANGES.
La proposition d'une époque nouvelle pour
Tannée financière a confirmé l'observation, mille
fois faite, que le ministère n"a des idées qu'une à
une, et que la Chambre s'aiTciblit en ne rattachant
à rien ces idées éparses, oflertes à sa discussion
comme par hasard. En effet, le discours d'ouver-
ture nous annonce qu'il est impossible de dimi-
nuer l'impôt pour Tannée 1819; on nous en té-
moigne des regrets qui nous attendrissent; et,
pour nous confirmer la douleur que le ministère
éprouve des charges qui pèsent sur la France, il
vient iious proposer d'alonger de six mois une
année sans espérance coiunie sans consolation. Ja-
mais on n'a témoigné à la fois plus de mépris pour
les contribuables, et plus d'insouciance pour les
maux qu'ils souffrent. Quelle certitude a-t-on que
deux récoltes à venir yous permettront de payer
l'impôt tel qu'il est fixé aujourdhui? Un ininis-
( 3ii ) ^
tore , véritablement jaloux do s'attirer la faveur
populaire, auroit pu proposer en même temps de
diminuer l'impôt touciei- de dix centiiues , et de
fixer le budget pour dix-huit mois; tout le inonde
^uroit saisi cette marche 5 ce qu'elle a d'inconsti-
tutionnel auroit été couvert, dans les esprits, par
un bienfait public et des espérances d'améliora-
tion; et la France n'auroit pas conçu les soupçons
qui naissent naturellement de la conduite d'uJi
ministère qui ne voit jamais qiie sa propre cnnve-
naiice dans son respect ou son mépris pour le te\^te
de la Charte. Au reste, si le ministère s'isole sans
cevsse des intérêts positifs de la Franco, la France
le lui rend de grand cœur, et il y a compensation.
Tout le Tnonde écoute les phi-ases aujourd'hui;
mais personne ne s'en paie ; c'est ce qu'oublient
trop légèrement nos politiques du jour. Ce que
le ministère n'avoit pas fait pour rattacher le
changement de l'année ilnancièi'e à un intérêt
public, la Chambre n'auroit-elle pas dû le faire?
Avant de discuter le comniodo et Y incommoda de
ce changement, n'auroit-elle ])as pu se demander
pourquoi il étoit devenu nécessaire ? Si elle avoit
trouvé que sa nécessité tcnoit à ce que le ministère
assembloit la Chambre trop tard , et la laissoit
deux mois assemblée sans lui présenter de travail,
il lui eût été perjnis de mettre le ministère en
accusation, et de n'accorder, qu'après cet acte de
justice, une année de dix -huit mois. La France
auroit du moins compris que cela ne se reprodui-
roit plus; au lieu que personne ne peut avoir la
co-nviction que le ministère fera en dix-huit mois
ce qu'il n'a jamais su faii'e eu dour.e. Les longues
années n'augmentent pas la capacité; autrement,
qui manqueroit de capacité en France où les an-
nées ont été si longues depuis xn\ quart de siècle?
— On assure que les élèves des lyeées, qui ont
perdu en insurrections le temps qu'ils dévoient
( à^■l )
cloiiiif^rà leurs drvoiis, vont adresser an\CIiainI>rPS
une] "IJtion ii !'( iTet d'obleiiir queTaniuîe scolaire
soit dorénavant de div-huit mois, comme l'année
linancière. Les élèves s'engagent à distrlliuer le
temps de la manière suivante: ils emploieront
trois mois à écouter, d'un aii- disirait et dédai-
gneux, les leçons de leurs maîtres, et les quinze
autres mois à se n\o<|ucr des maîtres, des lerons ,
et des promesses qu'ils auront faites. On croit
que, par le respect pour les privilèges ni>nisté-
riels, les Chambres passeront à l'ordre du jour.
— On donnoit, devar.t une femme âgée, des
détails fort circonstanciés sur les diATtreiates in-
surrectious qui viennent d'avoir lieu dans le.s
maisons publiques d'éducation. « Cela ne m"é-
)) tonne pas, répondit-elle ; j'ai toujours reniar-^-
)) que que c'est par les eiifans que sont trahis les
» secrets de la société., » En effet, les grands tli-
recteurs affirment qu'il Y a, dans ces mouvemeus
décoliers, beaucoup d'indiscrétion, et que, si
cela continue , de graves intérêts pourroi.ent être
compromis,
—L'Université contiliue à tourmenter l'es Ecoles
chrétiennes, parce qu'elle veut absolument que
les Frères igjioraniiiis soient membres de l'Uni-
versité. Personnen'empêcheles membres de l'Uni-
versité dr; se donner ejitve eux le titre de frères;
le public se chargera de l'épilhète. Une consulta-
tion , signée par vingt-quatre ju,risconsuites qui
font autorité au barreau, vient de prouver que
ce que JM. Royer-Coilard exige des Frères des
Ecoles chrétiennes est contraire aux lois,, aux dé-
crets et à la pos;.session acquise. D.ins un pays où
ou sauroit ce que c'est que ia liberté , la question
seroit décidée : oiilaloi parle , tout le monde doit
se taire. Mais nos passions sont devenues bien ba-
vardes depuis qu'elles se sont appuyées sur ài;s
doctrines ; c'est de là qu'est né l'oidre des doctri-
( 3i3 )
naïros , qui veut renverser tout ce qui n'est pas lui ,
et qui mourra quand il n'aura plus rien à abattre.
Les livres faits en faveur des prétentions de l'Uni-
versité, prouvent, d'une manière incontestable ,
([ue la législation qui empêche est au pouvoir de,
tout le monde , et que Ja législation qui crée et
raiaihtient n'est au pouvoir de personne: c'est tou-
jours comme dans le bon temps de la révolution.
— Il y a un an, la plus grande prétention éloit
de confondre l'Europe dans un seul système 5 on
faisoit des ouvrages européens, on avoit un génie
européen qu'on vouioit appliquer à la création
d'une politique européenne. JNos idées se sont
beaucoup étendues, et les quatre parties du Monde
paroissent aujourd'hui destinées à ue faire qu'une
macédoine. Nos ministres envoient à la fois des
magistrats sur les bords de la Tamise pour y ap-
prendre la législation contre la liberté de la presse,
et des orientalistes dans le petit Tliibet pour en
ramener des chèvres dont la dépouille soit propre
à faire des étoffes de cachemire. De leur côté, les
indépendans expédient des souscriptions pour les
rives infortunées du Texas, et des plans de répu-
blique pour le Me\:ique et le Pérou. On assure que
les ministériels ont envoyé à Constantînople pour
apprendre à saluer les visirs, à adorer leurs fan-
taisies et bénir leurs caprices, ce qui n'empêchera
pas que l'Angletei're ne soit souvent citée quand
on discutera l'apparence du projet de loi sur la
culpabilité des ministres. Cette admirable confu-
sion de tous les systèmes, cet aimable combat de
toutes les idées est ce qu'on appelle l'esprit du
siècle , et prouve en effet sa pei-fectibilité.
— Eu sortant de la Chambre des députés, il y a
quelques jours, un royaliste disoit à un indépen-
dant : « Pourquoi donc poursuivez-vous les régi-
» mens suisses? Est-ce à cause de leur fidélité
» connue que vous voulez les éloigner du trône ?
(3,4 )
u Oh ! non, répondit l'indépendant 5 s'il nes'agis-
» soit que d'éloigner la fidélité, nous laisserions
)) faire le ministère. — Mais vous vous réjouissez
» chaque fois (|u'un royaliste éprouve une injus-
V tice. -T- Vous vous trompez, nous observons 5
» et , en vovant comme on traite ceux qui vantent
» leur soumission , la pureté de leurs sentimens,
M leur dévouement sans bornes, nous n'eu sen-
» tons que mieux la nécessité de persister dans le
M système que nous avons adopté, vSi les ministres
» étoient les maîtres , comment nous traiteroient-
)) ils donc, nous qui n'avons à faire valoir aucun
» service en faveur delà monarchie? Lorsqu'ils
)) croient nous gagner, ils ne fout que nou«
V avertir, m
( 3i5 )
Paris, !7 février 1819.
Nous marchons : si l'on pouvoit se désintéresser
4e la patrie , se mettre à l'écart , regarder passer
tous ces personnages qui courent tête baissée à
leurs ruines , il y auroit de quoi s'émerveiller de
leur folie. Leschoseseu sont venues au point que,
taudis que l'on remarque les lautes de détails ,
l'ensemLle des choses périclite, et les rouages de
la machiue menacent de se briser ou de s'arrêter
à la l'ois. Le danger n'est plus dans tel ou tel mi-
uislère en particulier 5 l'opinion n'est plus préci-
sément dans les Chambres 5 ce n'est plus une loi ,
un d'scours, qui fixent l'attention ])nblique : on
a déjà dépassé tous ces intérêts, et l'on en est à
savoir s'il y aura ou s'il n'y aura pas d'ordre so-
cial.
Ceseroit une chose inexplicable , si l'on ne con-
noissoit l'org'ieil des systèmes et les fureurs delà
vanité, que devoir tant d'hommes aujourd'hui
eflrayés , tant d'hommes nlaintenant éclairés sur
les faux principes qui nous guident , ne rien faire
néanmoins pour en arrêter les cifels : loin de re-
venir sur îcnrs pas, les dépositaires du pouvoir
suivent à l'envi la route tracée. Ils ont beau sou-
tenir à la tribune, dans leurs discours, qu'ils ïic
veulent semer la division ni dans la Garde ni
dans r armée; qu'ils ne favorisent pas Vagiotas;c,
Leur manière même de se défendre prouve qu'il?"
font ce qu'ils disent qu'ils ne font pas.
Au ministère de la guerre , les premiers plans
ne sont point abandonnés. Leg destitutions conti-
nuent ; elles tombent presque toutes sur des offi-
ciers qui ont anciennement servi dans les arniées
( 3i6 )
royales, ou sur des jeunes gens qui n'ont élé cm-
jiloyés que depuis la restauration. Une série d'or-
donnances est jetée comme un filet sur l'armée,
et enlève tour à tour les militaires qui ont donné
le plus de gages à la royauté légitime. Ces ordon-
nances sont véritablement un clvel'-d'œnvre : il
faut les étudier pour voir avec quelle subtilité elles
expliquent la loi du recrutement au désavantage
d(îs royalistes, et au détriment de la prérogative
royale. Voici une remarf[ue qui en vaut la peine :
Buonaparle faisoit tous ses efforts })Our obliger les
fils de famille à entrer dans son armée ; il les pre-
noit de force 5 il leur envovoit des l)revets de sous-
licutenans à domicile : il les contraignoil d'entrer
dans les gardes d'iionneiir ; il vouloit remplir ses
camps de propriétaires et d'homines monai'cliiqTU's.
Aujourd'hui , sous l'autorité légitime , il n'y a rien
que l'on ne fasse pour écarter les fils de famille
qui s'^empressent de solliciter du service : s'ils y
sont entrés, quoi qu'on ait fait pour les en ex-
clure, on leur dispute leur grade, on les rejette à
la queue des contrôles^ on les destitue au moindre
prétexte, et à force de dégoût on les oblige à se
retirer. El c'est ainsi qu'on prétend reconstruire
la monarchie 1
Il y a de bonnes gens qui s'endorment, carpebat
soinnos. On leur dit qu'on ne changera plus rien
à la Garde : les voilà tout satisfaits. Oui; mais il
y a des ordonnances préparées 5 mais tôt ou tard
elles seront mises à exécution. On prétend même
qu'on va changer le système entier Aes légions,
ce qui amèneroit la dislocation des cadres des olTi-
ciers et la refonte totale des états-majors de l'ar-
mée. Ou avoit voulu faire ])asser l'éloignement de
la Garde de MM. Berthier et dArcine, pour la
'îuitc d'une division entre ces deux officiers. En
( 3i7 )
puLliant leurs Ordres du jour, nous avions montré
que cette division n'existoit point, et que leur
déplacement étoit la suite d'un syslènie politique.
Ce témoignage étoit accablant. ISe pouvant nous
répondre on s'est fâché 5 c'est ce qui arrive assez
souvent quand on manque de bonnes raisons.
M. Bcrtliier, qui passoit au coilimandemcnt du
département de la Corrèze , M. d'Arcine , qui
a\oit été nommé colonel de la légion de l'ïonne,
ont été soudainement réformés : on leur a déclaré
que le Koi n'avoit plus besoin de leur service.
ISous avons parlé plusieurs fois des sei'vices de
M. Berthier, de son dévouement, et de celui de
sa famille j quant à M. d'Arcine , cet officier
compte huit campagnes et autant de blessures ,
des grades et des décorations obtenus sur le
champ de bataille. C'est ainsi qu'un mouvement
d'Uuineur brise deux officiers supérieurs , comme
on n'auroit pas autrefois chassé deux simples
soldats. ]Sous devons à la vérité de déclarer que
ni M. Berthier ni M. d'Arcine ne nous avoient
envoyé les pièces dont nous avons fait usage
dans le Conservateur. Ainsi on n'avoit pas même
l'ombre d'un pi'étexle pour réformer ces braves
militaires.
Lorsqu'en soutenant la loi de recrutement on
a sacrilîéla prérogative royale, que disoit-on pour
motiver ce sacrifice? On disoit que l'armée alloit
acquérir, par le nouveau mode d'avancement, la
iixité des emplois j et voilà que l'on efface deii?c
officiers d'un haut rang du contrôle actif de l'ar-
mée, sans jugement préalable, sans même s'en-
quérir jusqu'à quel point ces officiers étoient en-
trés dans la chose dont on fait le prétexte de leur
■destitution! Avant la révolution, nul officier ne
pouvoitperdre son gi^ade que parle jugement d'un
( 3i8 )
conseil de guerre 5 et c'est ce qui existe encore dans
toiislespavsmilitniresde l'Europe. Etmaintenant,
sons notre oou.vernenient constitutionnel , le ca-
price d'un ministre, peut-être la vengeance d'un
subalterne j pourra priver le militaire le plus
distingué du prix de son sang el de ses longs tra-
vaux ! Il est vrai (Jue MM. Bertliier et d' A reine ont
une tache : ils sont restes tldèles au Roi pendant
les cent-jours. On prêche l'oubli : queles royalistes
en place seroient lieuieux, si l'on pouvoit oublier
leurs services !
On a beaucoup répété que des officiers n'avoient
pas le droil de faire ceci, de faire cela ( i ) : pourquoi
donc ceux qui rai-onnent de la sorte nous ont-ils
tant parlé des droits des soldais , à l'ocoasion de
la loi du recrutement? Pourquoi nous ont-ils fait
entendie que, si l'armcc se souleva en 1 7B9, c'est
qu'on avoit méconnu ces di-oits ? Il ne convient
pas à ceux qui ont déj)Ouillé la prérogative royale
par la loi du recrutement, qui ont établi par
cette funeste loi, un principe démocratique dans
l'armée, il ne leur convient pas aujourd'hui de
nier leurs propres principes. Souvenons-nous qud
le système ministériel est surtout dangereux dans
le département de la guerre. Ce n'est pas dans ce
département une chose indifférente que des des-
titutions multipliées. En changeant un corps d'of-
ficiers, on peut cîiànger en trois mois l'esprit de
l'armée. INous ne cesserons point de signaler ce
péril : il est grand, il est imminent. Puisque, tôt
(1) Un ordre du jotir défend aux officiers de la Garde de
rien publier dans les feuilles périodiques et seini-periodiques; et
cependant on remarque que des officiers, même d'un grade
supérieur, écrivent tous les jours dans des joarnaux oppose's à
l'opiuloa royaliste.
(3i9)
ou tard, nous aurons, avec la loi des élections^
une CliamLre des Députés démocratique, tâchons
du moins de conserver la monarchie dans l'armée :
ue donnons pas des Lras à la tête révolutionnaire
que nous avons modelée et façonnée de nos propres
m'dins.
Il est d'autant plus urgent de veilleî à ce dan-
ger, que le venin démocratique se orlisse dans
toutes les autres branches de l'administration j
partout les principes de la monarchie sont mécon-
nus. Dans les finances, on sacrifie les intérêts de
la propriété à un fol esprit d'agiotage. La tendresse
de M. le ministre des finances pour ses enfans de
la bourse, lui fait rêveries projets les plus favo-
rables à leur prospérité. Il veut établir, dans tous
les chefs-lieux de département , un petit grand-
livre qui menageroit à tout propriétaire la faculté
de convertir en reutes sur l'Etat , sa propriété pa-
trimoniale , sans l'assujétir à l'obligation défaire
le voyage de Paris , et de recourir au ministère
toujours onéreux, et quelquefois inquiétant d'un
agent de change ou d'un Marron. Dans ce mo-
ment on se trouve un peu débarrassé des grosses
masses de rentes qui pesoient sur la place de Paris,
II paroîtroit qu'il existe une sorte de coalition
entre le ministre des finances, MM. Baring, Lafitte
et autres, pour ne vendre de rente's que dans une
proportion convenue , jusqu'à l'adoption de quel-
que grande mesure financière. Quelle sera cette
mesure? Apparemment la vente des forêts. Tout
notre génie , depuis trente ans , consiste à nous
dépouiller. Mais n'est-ce pas une chose inconce-
vable qu'on n'eût pas encore remis aux Chambres
les comptes qui étoicnt faits il v a deux mois? On
les refai.soit, nous dit-on. S'il eût été égal aux
ministres de refaire la monarchie au lieu du bud-
get, on se seroit aiTangé après.
( 320 )
Eii attendant les comptes faits et refaits de M. le
ministic des finances, le propriétaire est accablé
d'impôts. jN DUS avons sous les yeux: un document
<j[ui prouve que vingt-quatre pièces et demie de vin
commun , recueillies sur sept arpcns de vignes ,
auprès de Toulouse, ont été imposées, en droits
réunis ou octroi, à la somme de S8o francs. Les
mêmes pièces .de vin , eu 1788, auroient coûté,
pour tout impôt, 29 livres 16 sous : nous nous
perfectionnons. Au reste, quand on charge le
contribuable , l'agioteur doit prospérer 5 quand on
craint des révolutions, les afl'aires de la bourse
sont brillantes. En France aujourd'hui beaucoup
de propriétés sont à vendre 5 chacun veut avoir
sa fortune en portefeuille. INlalheur au ministre
qui verroit, dans la hausse des fonds produite par
cette cause , un signe de prospérité publique !
Mais c'est au ministère de Tiulérieur que tout
s'agite, s'échaufîe , se remue. On assure que le
chef de ce dépai-ternent , accablé du poids de ses
grandeurs, ou dédaignant les délices du pouvoir,
a partagé sa dépouille entre ses amis : comme
Alexandre-le-Grand partant pour la conquête du
monde , il ne sest réservé que l'espérance. Aux uns
il a départi les Communes, aux autres les arts et la
librairie : Ihéritage du IVère du Roi a été donné à
un ancien sous-secrélaire d'Etat de la guerre, en
attendant les heureux changemens proposés par
M. de La Fayette, pour remettre la garde natio-
nale telle qu'il la commajidoit en 1789.
Il est résulté du démembrement de l'empire de
M. le comte de Gazes, une étrange confusion :
entre quatre ou cinq demi-ministres, on ne sait
plus à qui on. a affaire. Chacune de ces petites
Ixceliences, montre la ferveur du noviciat ; l'une
(321)
feit jeter à ten-e les arbres des Champs-Elysées ,
l'autre abat des préfets et des sous-prét'ets , l'autre
destitue les professeurs qui se sout opposés aux
insurrections des collèges. On se demande com*
ment ces insurrections se sont propagées , com-
ment la jeunesse a manifesté un si déplorable
esprit? A Nantes, le tumulte a été grand: trois
coups de pistolet annoncèrent à minuit le sou-
lèvement du collège. L'autorité du premier m-a-
gistrat fut méconnue: il fallut attaquer de vive
force les dortoirs, les salles d'étude. Ces scènes,
commencées à Paris, se sont répétées dans plu-
sieurs départemenSi Un homme grave répond que
cefa doit être , qne ce/a est dans l'ordre. Il est inu-
tile de chercher du mystère dans cette parole pro-
fonde ; oui , cela est dans l'Ordre , dans l'ordre
d'une société qui se détruit.
Le département de l'intérieur est particulière-
ment en proie aux ravages de la bureauci'atie. A
quel point ne peut-on pas tromper le ministre le
plus probe et le mieux intentionné! Il ne peut
pas tout voir par lui-même : un commis, si son
opinion n'est pas saine, rédigeant le travail qu'on
lui demande dans l'esprit qui l'anime , trompe à
la fois le soui erain et la nation par des rapports
infidèles et mutilés. Si l'on examine , par exemple,
le dernier compte rendu des votes des conseils-
généraux, ou est frappé de leur étrange inexacti-
tude.
Nous ne voyons que trente-un départemens
figurer au chapitre intitulé Culte. Pourquoi ne
parle-t-on pas des autres, par exemple, de celui
du Doubs, dont les votes sont admirables en tout
ce qui touche la morale et la religion 5 de celui
de la Meurthe , qui, malgré la pénurie de ses
Tome Ilr— ao« Livraison. *i
(32a)
fonds , a voté ceux qui ont éfeé jugés nécessaires à
l'érection d'une chapelle dans les prisons de la
ville de ÏNancij de celui de la Somme, qui a voté
des secours considérables pour le clergé, les églises
et les hôpitaux?
Le vote du conseil -général du département
d'Indre et Loire a été tout-à-fait passé sous si-
lence, en ce qui touche l'instruction publique,
malgi'é ses vues bienfaisantes et ses sages observa-
tions.
On ne parle point des votes du conseil-général
du déparlement de l'Eure en fav.eur des Frères de
la Doctrine chrétienne.
Pour le département de la Vienne, l'analyse
porte : le conseil demande la suppression de ta
rétribution universitaire et la liberté de renseigne-
ment. La vérité est que, dans le vœu de ce conseil,
on rend l'hommage le plus éclatant aux heureux
eil'ets de l'instruction dirigée par les Frères delà
Doctrine chrétienne ; qu'il n'est question que de
leurs écoles que l'on désire voir se multiplier,
pour propager, dit le coïiseil , l'instruction morale
et religieuse dans les en fans de la classe du peuple ,
et répandre parmi elle le germe des bonnes mœurs^
de t amour du travail, etles sefitimens de religion j,
de l'amour du Roi , et du dévouement à la patrie.
Le conseil n'ajoute pas un mot de l'enseignement
mutuel ni de la liberté de l'enseignement.
Pour le département delà Gironde, l'analyse
rend compte, en trois lignes et demie, des votes du
conseil-général. Ces trois lignes et demie sont
consacrées à nous parler de l'enseignement mutuel
pour les jeunes Jilles. Pas un mot de» Frères de la
Doctrine chrétienne, tandis que ce département a
( 323 )
émis le vœu, très-fortement prononcé, d'établir
pour ces Frères une maison de noviciat dans la
ville de Bordeaux j que même M. le préiet a été
chargé, expressément, d'en faire la demande au
gouvernement.
M. le préfet delà Seine-Tnférieure a proposé de
voter des fonds pour les écoles à la Lancasti"e ex-
clusivement. Cette demande a été l'objet d'une
vive discussion. Le conseil , après avoir voté des
fonds pour l'instruction publique, y a compris
les Frères de la Doctrine chrétienne. La ville de
Rouen a cousacré une somme de 18,000 fr. pour
ces mêmes frères , de préférence fnixLancastJ'iens,
en faveur desquels on avoit la plus grande envie
d'appliquer ces i8,ûoofr.
Les votes du département de la Seine-Inférieure
ont élé passés sous silence dans les chapitres inti-
tulés Ciihe et Instruction publique.
On a cru rendre compte des votes du conseil -
général du département du Doubs par ce peu de
mots : Supprimer la rétribution universitaire , et
recommander à la bienveillance du gouvernement,
les religieuses de Besancon , qui se consacrent à
l'éducation gratuite des jeunes Jilles .
Mais pourquoi ne nous dit-on pas que le con-
seil-généi'al a demandé l'exécution du concordat 5
qu'il a i-efusé les 2,000 fr^ qu'on demandoit avec
instance pour les Lancastres ; qu'il a fait sentir
les inconvéniens de cette méthode, en donnant
des éloges à celle des Frères de la Doctrine chré-
tienne 5 et qu'enfin il est un de ceux qui ont in-
sisté pour que l'éducation fût particulièrem^îxt
confiée aux corporations religieuses ?
ai'.
( 324 )
L'aiiahse des pTOcès -verLaiix aniionco que le
vœu du coiiseîl-général dudcparteniciit de l'Yonne,
relatif à l'instruction publique, est (fadopter un
règlement uniforme pour toutes /es écoles primaires
du royaume, oii Venseigjiement soit à la fois clas-
sique et religieux j mais on a supprimé le second
paragraphe par lequel le conseil désire qu'il soit
établi, dans tous les chefs-lieux d'arrondissement,
des écoles dirigées par les Frères de la Doctrine
chrétienne.
On nous dit seviïeinent que le conseil-général
du département de la Somme persiste dans sa
réclamation en faveur du collège d'jibbeville.
Nous savons néanra^oins que M. le préfet auroit
voulu obtenir des fonds pour les ë coles à la Lan-
castre, et que sa demande a été rcjctée à une im-
mense majorité. La ville d'Amiens, nonobstant
des sollicitations d'une autorité supérieure , a
écarté toute l'equête en faveur de l'enseignement
mutuel , et alloué une somme considérable aux
Frères de la Doctrine chrétienne. Le conseil d'ar-
rondissement a voté dans le même sens que le
conseil municipal de la ville.
Que penser de tant d'omissions? La France s'est-
clle crue éclairée sur les vœux de ses conseils géné-
raux, sur un rapport aussi inexact ? Si l'on a pu
tromper un ministre si patemment sur un point, que
penser du reste? Ah! que cette France parleroil
haut, et dans un langage bien difféi-ent de celui
qu'on lui prête , si on laissoit un libre coursa son
opinion !
Mais l'ancien ministre de l'intérieur est tombé-
le nouveau poursuit son éclatante carrière, san,<;
songer au néant des pro.spérités humaines. On
( 3^5 )
croyoit d'aLord que les intérêts du système minis-
tériel avoient seuls déterminé les destitutions des
préfets et des sous-pre'fcts ^ il ])aroît aujourd'hui
que des intérêts de cceur ont guidé jM. le ministre
de l'intérieur. La suppression de la police générale
nécessitera, dit-on, une réduction de 4oo,ooo fr.
dans le budjet de cette police. Par suite de cette
réduction, plusieurs agens se trouveroient sans
place. M. le comte de Gazes, justement pénétré
de recounoissance pour les ért||nens services que
lui ont rendus ses nombreux collaborateurs, u a,
dit-on, trouvé moyen de les indemniser qu'eu
prononçant la vacance d'un nombre suffisant de
préfectures et de sous-préfectures. En efi'et, si
M. de Rosilv, ancien commissaire de police à
Brest, est le même que INI. de Rosily qui vient
d'être nommé à la sous-préfecture de cette ville,
le bruit dont nous parlons ne seroit pas sans fon-
dement^ il paroît du moins certain que M. Babut ,
lieutenant de police à INIetz , est nommé sous-
préfet- à Libourne , et que M. Vatout, ci-devant
chef de bureau au ministère de la police générale
(étoit-ce au bureau des jeux?), est nommé sous-
préfet de Semur. Des administrateurs élevés à l'é-
cole de l'arbitraire ne manqueront pas d'être très-
favorables à la liberté. Ici, nous allons proposer
un problème à nos lecteurs.
Est-ce le ministère de la police qui s'est fondu
dans le ministère de l'intérieur, ou le ministère de
l'intérieur qui s'est nové dans le ministère de la
police? Le secret et l'arbitraire , qui appartiennent
essentiellement à celui-ci , out-ils envalii celui-là,
ou bien la publicité et la constitutionnalité du
premier ont-elles passé dans le second? Le minis-
tère de la police est supprimé de nom ;' l'est-il de
fait? Les divisions et subdivisions de ce ministère
( 326 )
n'existent-elles pas encore? ]N 'ont-elles pas a leur
tête les mêmes hommes, jouissant des mêmes
appolnlcmens, exerrant les mêmes fonctions?
^'y a-t-il pas dans les départemens des commis-
saires de police qui correspondent, comme de
coutume, avec leurs anciens chefs? Si cela est^
n'est-ce pas une chose énorme, une chose alar-
mante pour la société qu'un homm^^e se trouve
investi, dans une monarchie constitutionnelle,
de deux ministères lesquels mettent dans sa dé-
pendance les préfets, sous-préfets, conseillers de
préfecture, maires, adjoints, conseils généraux ,
tous les agens du commerce, tous les employés
aux mines, aux ponts et chaussées, aux arts et aux
métiers, toute la garde nationale, toute la gen-
darmerie de France, tous les agens publics et
secrets , et tous les Ludgets secrets et publics de
l'intérieur et de la police ?
D'une autre part, quelle doit être la conduite
du citoyen? dans quel rapport se trouve- 1 -il avec
une police dite supprimée? S'il est mandé par un
commissaire de police, doit-il obéir? De quelle
autorité ce commissaire tien-t-il ses pouvoirs?
Est-ce du ministre de l'intérieur ou du ministre
de la justice? Quelqu'un peut avoir à se plaindre
d'un acte arbitraire de la police ; qui recevra sa
plainte? quel ministère connoitra du délit? Cette
suppression du ministère de la police n'auroit-
elle servi qu'à créer une police mystérieuse , plus
dangereuse cjpue la police avoue'e, parce qu'on ne
connojt point sa responsabilité directe ? Les com-
missariats de police dans les départemens , devien-
droirnt donc des espèces de tribunaux arbitraires,
sous la direction d'un chef invisible? Rien ne seroit
plus dangereux que cet état de choses. Ou la police
générale, c'est à-dire la pOlice politique , est sup-
( 3.7 )
primée , ou elle ne l'est pas. Si elle est supprimée,
qu'on détruise promptement tout ce qui eu carc<c-
térise l'existence; si elle ne l'est pas , rendons-lui
un chef visible qui nous réponde sur sa tête de
la liberté des citoyens.
De quelque côté qu'elle arrive , cette police est
assez singulière sous un gouvernement représen-
tatif : elle se pelisse dans nos maisons, elle vient
s asseoir à nos loyers avec une simplicité an-
. tique. Des hommes qu'elle ne connoît pas sans
doute , et qui abusent de son nom respectable ,
s'introduisent à sa faveur chez des habitans pai-
sibles. Ces hommes, pour le bien des maîtres,
cherchent à corrompre les serviteurs, les invitent
à dérober quelques netils papiers inutiles. iSous
connoissohs uJie maison où deux hôtes de cette
espèce s'étoient établis : ils s'adressèrent malheu-
reusement à un domestique breton, qui , n'enten-
dant pas le français , fit part à son maître des pro-
positions des deux étrane^ers. Le maître dit à son
domestique de traiter ces gens otîicieux avec toute*
sortes d'égards , et de leur donner les papiers dont
ilssembloient si friands. En conséquence, on leur
remit des chiffons dont on garda la note, leur
prometlaat mieux pour l'avenir. Ils furent si
transportés d'aise qu'ils promirent au domestique
de lui faire une pension de 5o francs par mois , et ,
pour lui prouver qu'ils étoient hommes de parole ,.
ils voulurent sur-le-champ lui donner loo francs
de gratification. L'un des deux étant allé à la
campagne , écrivit à l'autre touchant cette petite
affaire, ce billet dont l'original est entre nos
mains. INous connoissons de plus les noms et les
demeures de ces deux honnêtes personnes : elles
fréquentent de très-bons lieux 5 elles vont souvent
chez M. le duc de Fitz-Jam.es , pour lequel elles
( 338 )
semLlent avoir un attachement tout particulier.
Voici donc le Lilleten question; noussuj^priinons,
par charité, les noms des deux correspondaus :
« Je vous préviens , mon cher T.. . , que je n'ar-
M riverai que demain à midi à Paris , et je descen-
» drai chez M. R.. , où j'ai beaucoup à écrire. Si
» vous conaptez avoir quelque chose du domes-
» tique du vicomte Cha.. (i) , vous pourrai alors
>; venir me trouver, et lui dire que vous lui reinet-
» irai les papiers qu'il vous, remettra à \heur qu'il
» reviendra avec vous.
» Lui avez-vous donné les loo francs que j'ai
)) laissé chez vous samedi ? »
Qu'est-ce que ce vicomte Cha..? Seroit-ce un
parent ou un ami du Conservateur ? Un homme
qui auroit écrit contre la police trois ou quati'e
chapitres abominables ? Il mériteroit bien qu'on
lui eût acheté secrètement ces vilains chapitres
avant qu'ils fussent imprimés : il y auroit gagné
autant que la police, car enfin il n'auroit pas été
destitué d'une place inamovible. Si ce vicomte
Cha.. avoit voulu continuer ce petit commerce de
vieux papiers, son domestique auroit reçu d'un
bienfaiteur inconnu une innocente pension de
5o francs par mois, no7i compris les gratifications 5
mais c'est un homme intraitable, et avec lequel
il n'y a rien à faire.
Après un pareil document, tout autre fait p^^-
roîtrpit insipide. Abandonnons les détails, et je-
tons un regard sur l'ensemble de notre position.
(i) Ce nom est ainsi abrégé dans le billet.
( 329 )
Une agitation et une décomposition singulière
se manifestent dans le corps social ;la jeunesse sou-
levée demande l'indépendance 5 la religion sans
appui voit ses prêtres à la cliarité ; neuf évêques et
un seul archevêque composent tout le haut clergé
de France 5 des artisans de destruction ne dissi-.
muleiit point le projet d'abolir l'épiscopat, et de
nous amener à quelque chose de moins que le
proteslantisme;rimpiétéetlarépubliqueprêchent
ouvertement leurs doctrines dans des brochures
révolutionnaires 5 des bruits absurdes se répandent
dans nos campagnes. Les paysans sont d'autantplus
Iîortés à croire ces bruits, qu'ils voient rentrer dans
es places les hommes qui occupoient ces places
pendant les cent-jours, et qu'ils se souviennent de
ce que ces hommes disoient alors des Bourbons,
des proclamations qu'ils faisoient contje cette
auguste Famille. Puisque ces individus sont em-
ployés de nouveau, le bon sens du peuple en con-
clut qu'ils avoient raison alors, et que leur retour
annonce quelque catastrophe prochaine. D'un
autre côté , un parti puissant pousse à la domina-
lion militaire, et les espérances de notre révolu-
tion cherchent à mettre à profit les souvenirs de
notre gloire.
INous demandons au père de famille qui forme
aujourd'hui un plan pour l'établissement de ses
enfans , si, dans les chances de son avenir, il
n'admet pas les terribles chances d'une révo-
lution, si une vague inquiétude ne se mêle pas
à tous ses projets? Ce n'est point aux homn>es
de partis que nous adressons celte question ,
p'est à celui qui , étranger aux querelles poli-
tiques , ne connoît le gouvernement que comme
le protecteur de ses droits. Ceux mêmes que des
vanités blessées ont jetés dans la faction démocra-
( 33o )
tique , tremblent de leur propre triomphe : ils se
rappellent les échafauds oii montoient ensemLle
les accusateurs et les victimes. Pourquoi ce mal-
aise général ? Parce que le système adopté a rouvert
la porte à tous les hommes, à toutes les doctrines
révolutionnaires; parce que ceux qui ont voulu
faire de ces hommes et de ces doctrines le soutien
de leur puissance, sont entraînés par le torrent
dont ils ont rompu les digues. Le ministère s'ima-
gine aujourd'hui ne suivre que son propre sys-
tème, et il ne s'aperçoit pas qu'il n'est plus le
maître de rien; il croit donner le mouvement, et
c'est lui qui le reçoit. Veut-il faire passer une loi ?
il faut qu'il capitule sur les principes, qu'il donne
des effets en nantissement: il escompte, avec des
destitutions et des places, le petit succès qu'on lui
pi'ête ; les intérêts le ruinent, et la monarchie
payera le capital.
Et cependant qu'il eût été facile de tout arran-
ger ; qu'il étoitaisé, sans persécuter personne, en
employant les gens de Lien de toutes les opinions ,
de mettre la religion et la morale dans l'éducation ,
l'ordre et la justice dans l'administration, l'éco-
nomie dans les finances , l'espoir, le honheur et la
paix partout! On ne vouloit que le repos, on ne
demandoit que le repos. Les hommes monar-
chiques sont toujours les plus nombreux , et néan-
moins il est vrai qu'une poigne'e de méchans peut
encore plonger la France dans la terreur ; les
affieuses divinités révolutionnaii-es qui nous ont
fait périr une première fois, sont rentrées dans
l'abîme , et cependant nous pouvons encore être
immolés à leurs simulacres.
On se dit vainement pour se rassurer , que les
ministres ne veulent pas une révolution. Et qu'ira.-
( 33i ;
porle qu'ils la veuillent ou ne la veuillent pas, si
leur svstème y conduit ? Ils savent qu'une partie
du mal est dans la loi des élections 5 ils savent
qu'ils n'ont plus que cette session pour modifier
cette loi : songent-ils à proposer un changement?
Au contraire, ils vont essayer de nouvelles élec-
tions. On prétend déjà connoître les négocia-
tions ouvertes à ce sujet entre les indépendans et
le ministère. MM.. Etienne el Benjamin Constant
se retireroient ou seroient exclus , à condition de
nommer à leur place M. le général Lamarque
dans la Sarthe , et M. de Fermont dans le Finis-
tère. Dans ce projet , les indépendans permet-
troient aux ministres de faire nommer un ministé-
riel dansle département duHliône , M. Rambaud,
maire de Lyon.
On dit encore que les ministres veulent nom-
mer un royaliste pour président d'un collège
électoral. Que leur importe en effet? Ils sont sûrs ,
par la connoissance qu'ils ont des derniers
votes, que ce royaliste ne seroit pas élu député ;
ils éviteroient ainsi la petite confusion de voir
rejeter un président ministériel, en même temps
qu'ils se donneroient l'air de l'impartialité. Si
donc un certain parti craignant d'aller trop vite ,
renonce à des nominations trop éclatantes 5 si , ne
voulant pas risquer de perdre le tout actuellement
pour trois ou quatre députés , il préfère sagement
attendre le renouvellement du cinquième ; si les
royalistes effrayés se laissoient aller à ces demi-
parlis que conseille toujours la foiblesse ; si de
cet ensemble de choses ilrésultoit des nominations
insignifiantes 5 'le ministère triompheroit ; il s'é-
crieroit: « JNous l'avions dit. La loi des élections
)) est excellente ; c'est l'ancien ministre de Tin-
« térieur qui avoit fait le mal. » Tout espoir de
( 332 )
voir changer la loi des élections s'évanouiroit ;
trois ou quatre députés d'une opinion incerlaiue .
qui charmeroiont les foibles et tromperolcnt les
dupes, fourniroient un prétexte pour laisser U
France au Lord de rabînie,
Les ministres peuvent-ils se dissimuler encore
que ces dcslitu tiens qui tombent sur les fidèles
sujets du Roi , ont des résultats funestes ? Il
semble que plus un homme a donné de marques
de dévouement, que plus il a rempli ses devoirs,
surtout pendant les cent-jours, plus il doit être
écarté. MM. Boutheillier et Millon de Mesne ,
nouvellement destitués, en offrent la preuve.
Tous deux , préfets en i8i4, s'opposèrent à l'inva-
sion de Buonaparte. Le premier, qui se trouvoit
sur le chemin de Fusurpateur, fit des proclama-
tions énergiques, arma son dépai'tement, et fut
enfermé au fort La Malgue pendant le règne des
cent-jours. Depuis ce temps, préfet à Strasbourg,
il n'a cessé de donner des preuves de zèle et de
capacité dans les temps difficiles de roccupation
de nos places frontières. Il parvint à caserner les
garnisons étrangères, et soulagea ainsi les habi-
tans detoutesles charges qu'auroit entraînées le lo-
gement de ces troupes. Estimé des étrangei-s, rtdové
dans son département, on le destitue : tout cela
pour donner des leeons de fidélité aux peuples,
pour enseigner à chacun ses devoirs , pour faire
triompher la justice, ce soutien éternel des Em-
pires.
On ne se cache plus : le système effronté marclic
tête levée. Aussi ce n'est plus sous le rappoit de
l'exclusion des royalistes qu'il faut considérer les
destitutions 5 "cela va ^ans dire , la chose est cou-,
venue. Ce qu'il faut voir dans ces destitutions ré-
( 333 )
pétées (laissantà part toute considéralion morale),
c'est qu'elles avilissentles ageiis du gouvernement,
leur ôtent toute autori le sur les peuples ,(iétraquent
la machine entière de l'administration, et la feront
tomber en ruines.
Les ministres ne veulent pas de révolution? Que
veulent-ils? On dit qu'ils rêvent toujours une sus-
pension de la loi des élections. Ils flattent quel-
ques ambitions particulières , et parlent de réu-
nions qui ne réunissent personne. Ils demandent
dix-huit mois d'impôts : acheminement au despo-
tisme ministériel. Pendant ces dix-huit mois , que
ne peut-on pas faire? On nous a mis en péril ; et
pour nous vn tirer, on ne trouveroit d'autre
moyen que de nous priver de nos libertés cons-
titutionnelles : rave effort! admirable conception 1
Cette proposition chs dix -huit mois, puissam-
ment combattue par MM. Mestadier, de la Bour-
donnave, ^ iîlèle, Cornet-Dincourt, Corbières et
quelques autres, n'a passé à la Chambre des Députes
qu'à une maio)-ité de trente-deux voix; c'est-à-
dire que pour étrerejetée, il n'a manqué que dix-
sept suffrages : c'est à la Chambre des Pairs à
décider la question.
Ces dernières séances (i) de la Chambre des
Députés ont eu un résultat important. Outre les
rares talens déployés par l'opposition de droite,
un ministre a fait un pas que ses prédécesseurs
n'avoient pas encore osé essayer. M. le garde des
sceaux, franchement déclaré contre les royalistes ,
a pris son point d'appui dans l'opposition de gau-
che , et a cherche son triomphe dans des intérêts
(i) Nous parlerons de ces débats importons dans notre pio-
chaine Livraison.
( 334 )
dont il a reçu à l'instant même des témoiffnages
de reconnoissance. Seulement, si M. le garde des
sceaux, qui a combattu un beau mouvement du
discours de M. de Villèle , pense qu^on ne céderoit
plus à des soldats impies et à d'insolentes paroles ,
il pourroit être dans une cruelle erreur. L'assem-
blée que dispersa Buonaparte étoit soutenue par
les souvenirs récens de la révolvitionj elle étoit
remplie d'esprits j^lus ou moins habiles, mais tous
fermes dans un système politique , tous éprouvés
par de longs périls : toutefois, cette assemblée fut
dispersée par les baïonnettes. Qu'un général se pré-
sentât maintenant pour opprimer la liberté publi-
que, que trouveroit-il devant lui ?Seroit-il arrêté
par ces hommes à principes incertains, qui, jadis
soldats de la cause royale , se font aujourd'hui les
apôtres des doctrines qui les ont proscrits 5 par ces
hommes qui, tout affoiblis de 1 opinion qui les
abandonne, ne sont pas fortifiés de l'opinion qui
les saisit, et qui , flottant entre le despotisme et la
liberté , ne sont propres ni à soutenir une mo-
narchie, ni à fonder une république?
Mais si nous savons aujourd'hui de quelle cou-
leur est la bannière du ministère , avous-nous une
vue aussi distincte de ses projets?
On pourroit croire qu'il a pour dessein de
remettre toutes choses, quant aux individus, telles
qu'elles étoient sous Buonaparte , de faire rentrer
les royalistes dans la classe vaiccue, et de régner
avec les Bourbons à la tête des révolutionnaires.
L'impéritie et la médiocrité envieuse ont pu seules
enfanter un pareil projet.
D'abord, sous Buonaparte, les royalistes n'é-
toiinit exclus d'aucun emploi : on lesrccevoit avec
( 335 )
joiC;, et même de pi-eférence, toutes les fois qu'ils
consentoicnt à entrer dans les places civiles ou
militaires. Ensuite, le gouvernement impérial
n'étoit pas un gouvernement constitutionnel : la
loi interdisoit la parole au corps législatif^ il n'y
avoit pas de tribune publique, des orateui'S, des
journaux qui répètent et propagent les discours;
la liberté politique de la presse n'existoit })as ; oa
n'étoit pas troublé par des brochures incendiaires :
rien n'agitoit l'opinion publique : on craignoit le
gouvernement; maintenant on le brave. Sept cent
mille soldats vainqueurs tenoient l'Europe muette,
et la France dans le silence de la gloire.
t--
II* Ainsi Buonaparte rég'noit avec les hommes de la
révolp+ion, mais non avec les principes de ces
hommes : il les tenoit enchaînés par ses grei?,adiers
et par ses institutions. Aujourd'hui, avec une
Charte que nous avons démocratisée, sans force,
sans illusions, en butte non seulement à nos
propres intrigues, mais encore aux influences des
cours étrangèi'es, attendant un courrier de Vienne,
de Berlin , de Pétersboiu'g ou de Londres comme
un événement, on préteudioitmaîlriser les révolu-
tionnaires !, On se croiroit assez forts pour ai"réter
ce que nos institutions produiront d'elles-mêmes !
On n'avoit qu'un seul moyen de se sauver,
c'étoit de combattre les hommes démoci'atiques
par les hommes monarchiques , de contrebalancer
[es intérêts de la non-propriété avec ceux de la
propriété , d'opposer aux doctrines de l'immoralité
les enseignemens de la religion. On ne veut pas
suivre cette route : on prétend pouvoii" isoler la
légitimité de ses principes, la suspendre en l'air
sur la révolution, comme sur un abîme. Et l'on
s'admire, et l'on se croit des génies supérieurs, de
petits prodiges, de grands génies ! Dites plutôt
( 336 )
que vous êtes des insensés , puisque vous n'êtes
pas des pervers.
Le Conservateur.
On vient démettre en vente la première livrai-
son des JSiaisei'ies de la Mùien-'e , dite Française ,
mises au grand jour pour servir au progrès des
lumières; par Claude Mathéus, cultivateu^r. Avec
celte épigraphe ; « La plus belle linesse est d'être
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en prose et en vers , des plus beaux Morceaux de notre Langue
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ticuliers, de l'un et de l'autre sexe; par M. Noël, chevalier de
ia Légi.Tn-d'Honneur, inspecteur-général de l'Université royale
de France; et M. de la Place, professeur d'éloquence latin* à
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Lille , Vanackere.
Limoges, Barbou-Desrourières.
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Lvon . < fe'risse frères,
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Marseille,
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Pescbe,
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Masverl.
, Chaix.
Metz, chez Devilly.
Moiitauban, La Forgue.
Montpellier, j ^%^ZW.ll..
Nanci, V^ Bontonx.
ivT . ( Busseuil aine-
JNantes, < ,j ...
' f liusseun jeune.
Nîmes, Gaude fils.
lSicrt,Mme E. Orillat.
Nùnes, Meiquiond.
Orléans, iNJonceau,
Perpignan, Alzine.
Poitiers , Barbier.
Quimper, Chapalain.
r M'ic Blouet.
Rennes, { ÏNl'ns ve Frout.
' Mlle Vatar.
La Rochelle, Pavie.
Rodez , Carf ère.
RV Frère aîné,
onen, l n u
' J Renault.
Saumur , Degouy aîné.
c. , { I^evraulf.
atrasbourp; , s t
° ( r evrier.
Salnl-Brieuc. Prudhomrae.
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Bruxelles, Lecharlier.
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Genève, Pascboud.
Bruxelles, Horguies Renier
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Naples, Borel.
Turin , Ik)cca.
AVIS DE L'EDITEUR.
Les Personnes qui n'ont souscrit que pour le pre-
inier volume composé de treize Livraisons , et qui sont
dans Vintention de recevoir maintena?it le second
vohane, sont invitées a vouloir bien faire parvenir
leur renouvellement le plus tôt possible , si elles
veulent éviter tout retard dans l'envoi de leurs
Livraisons.
Les Souscripteurs des déparlemens sont aussi
priés, pour prévenir toute erreur, d'écrire leurs
jioms et leurs adresses bien lisiblement, et surtout
de ne pas oublier , comjne cela est arrivé plusieurs
fois , d'indiquer le lieu de poste par lequel ils sont
servis.
On ne peut souscrire que du commencement duri
volume.
Le prix du second volume est de ^l^fj'- pour la
souscription.
Les lettres et Vargejit doivent être adressés , franc
de port , à M. Le Normant , fus , Editeur du Con-
servateur, rue de Seine, n" S, F. S. G.
LIVRES NOUVEAUX.
Essai sur l'Instruction publique , et particulièrement sur l'Instruction
primaire, où l'on prouve que la Méthode des Ecoles chrétiennes est le
principe et le modèle de la Méthode de l'Enseignement mutuel. Par
M. Ambroise Rendu, substitut du procureur général du Roi près la
Cour royale de Paris, et inspecteur {général de l'Université de France.
Avec cette épigraphe : « Je sais comment -vous instruisez la jeunesse ;
» continuez et soyez assurés de ma protection. » (Paroles de S. M. aux
Frères des Ecoles chrétiennes.) « Je sais le bien que l'Université a fait,
» et celui qu'elle peut faire.... Qu'elle continue à répandre les lumières
» avec le même zèle. ». (Paroles de S. M. au Grand-Maître de l'Uni-
versité.) — Tomes 1er et 11^. Prix des deux vol. : 7 fr. , et 9 fr. par la
poste. A Paris, chez A. Egron, imprimeur-libraire, rue des Noyers,
n° 37; H. Nicolle, libraire, rue de Seine. n° 12; Colas, rue JDau—
phine , n° 32 ; et le Normant , rue de Seine , n° 8 , et quai Conti , n° 5.
Le 3<= volume paroîlra dans le courant de mars.
Rejutation de l'écrit intitulé : Histoire de r£sprit révolutionnaire des
Nobles en France, accompagnée de Réflexions sur certains faits contes-
lés de l'Histoire de France, et sur certaines maximes dangereuses de la
philosophie moderne. Par M. de M***. Avec cette épigraphe : « La
)' tranquillité règne dans mon royaume; je ne souffrirai point qu'il soit
» porté atteinte aux droits établis par la Charte. » (Paroles du Roi.)
— Vol. in-8". Prix : 2 fr. 5o c. . et 3 fr. par la poste. A Paris, chez le
Normant. rue de Seine, n° 8, et quai Conti, n° 5; Delauiiay, Péli-
tier, au Palais-Royal; Delongchamps, rue St.-Andrë-des-Arcs , n° 36.
Âoeer if77 , ae^fM' ou m/ah'o vaàijff.cj, conY^.a^^j c/ac/f/i
ae ^3 /w/'cu^o?îd^ f7f/i Âa/'af/ro?il a acJ eÂoaarj i?u/c-
■rue ae tyec?te^ J^ô" S,
eâ c/fci' /(Hùf uj Âr^e^ia/iaic^ ^w/'aer&t a^ iy^rmzce eâ
i-zj^ /. Aoicr U7Î vau^^le.
So r. j, ^f/a/v'c ta.
^z^cj a£^?ia7tacJ eâ efi^vaùt reca///^ a ceâ ouvfo/ie.
raa,
(ûo?2Jer'iM/€Cùrj -^'ae ao ^eé-nej tyë> " S.
Ct^fn/irmief^ie ae ^e ty^orma?ié.
>iW(V\<^/V»W/\\IVVV\Wn/VVV\^t'WV\%VVV»WV>AniV\V>^MW^^W<>AW>VWW)»VWW<VVVVV»<VV»VtV»\»<«
LE CONSERVATEUR.
Suite du Développement ( i ) ^e^ Principes royaliste^
.-■ au 20 'janvier 18x6.
(Ile Article.)
Nous adoptons entièrement les principes de la
(Jharte constitutionnelle ^ la division des pouvoirs
(juelle a établis ; nous en maintiendrons l'esprit ^
et nous entrerons dans les conséquences de ce sys'
tsme , comme le remplacement le plus raisonii<ible
de nos anciennes institutions , libertés et fran^
chises (2).
Un homme de monarchique iELéTnoire(le comte
de Rivaixjl) repi-ochoit, il y a vingt ans, à l'Eu-
rope, qui s'en est corrigée depuis, d'être i*estée en
arrière, d'une pensée, dune année, d'une armée.
Pour nous. Français, il est plus que temps encore
de se réunir sous la bannière où sont écrits ces
mots : Le Roi, la Charte €t les Honnêtes Gens.
Français, soumis comme nous à Dieu, à votre
Roi , à sa Charte j vous qui ne séparez pas ce qu'elle
a réuni, Dieu, le Roi, la îégitrimitéy rassurez-vous 5
le drapeau blanc flotte encore sUr la demeure des
Bourbons : Sa Majesté est encore; aux Tuileries.
Etablissons les faits qui parlent aux veux,, aux
cœurs, aux consciences, et qui, s'appuyant sur la
v<îrité , n'ont p?.s besoin, comme les doctrlfies
d'aujourd'hui, d'évoquer de l'enfer l'imposture,
de soulever les passions , de flatter les viCes pour
les ramener aux forfaits.
(«) Voyeï la 18* Livraison du CanservcUeur.
(2) Voyei Journal Général, 25 mars 1&16.
TOMK 11, — aie LiVaAISON-
. . ( 338 )
En i8i5 ,aprèsles cent-jours,S. .M. Louis XVIII
est remontée sur le trône des Bourbons. Petit-fils
tl'Henri IV, il a daigné, dans sa Lonlé , rendre sa
(Iharte à tous les Français 5 car ceux f£ui l'avoient
trahi la mérùoient-ils encore?
« Dès l'époque où la plus criminelle des entre-
» prises, secondée de la plus inconcevable défec-
1) tïion, nous a contraint de quitter iuonientané-
)) ment notre rovaume, a dit Sa Majesté dans sa
j» proclamation du 23 juin i8i5,noii.s \ous a^ ons
» avertis des dangers qui vous menaçoient
)) Aujourd'hui que les puissans efforts de nos al-
)) liés ont dissipé l'es satellites du tyran, nous nous
)) hâtons de rentrer dans nos Etats pour y rétablir
» la constitution que nous avions donnée à la
)) France ; réparer, par tous les moj ens qui sont
« en notre pouvoir, les maux de la révolte et de
)) la guerre cjui en a été la suite néx:essaire ; ré-
V compenser les bons, mettre à exécution les lois
» existantes contre les coupables ; enfin , pour ap-
)) peler autour de notre trône paternel ITramense
i) majorité des Franraisdontla fidélité, le courage
)) et le dévouement ont porté de si douces conso-
■)} lations dans notre cœur, y ( Proclamation de
Ca tenu- Cam brésis . )
Animée des mêmes sentimens queleur Roi, cette
immense majorité des Français a vu avec enthou-
siasme et reconnoissaiice le monarque assembler
lés collèges électoraux, et envoyer pour les prési-
der tout ce que la France monarchique avoit de
plus illvistre et de plus fidèle. L'ojjinion monar-
chique qui existe dans Vimniense tnajoritc des
Français dont la Jïdclité , le couras^e et le dcvoiie-
inent ont poj'té de si douces consolations dans le
cœur de Sa Majesté ^ l'opinion monarchique , pro-
tégée à cette époque de la bonne foi , de la justice
«-t dii-iK)n seîis, proclama députés presque géné-
r»lement ceux qui avoienl, depuis le 20 mars,
( 339 )
Lien mérité du Ptoi, et pai- conséquent de la pa-
trie. Ce fut à leur serment que le Roi présenta aveo
confiance celle Charte, quH a inéditée avec soiii-
avant de la donner j cette Cliaite à laquelle la
réflexion Valtaclie chaque jour davantage ; cette
Charte qu'il a juré de maintenir , et qui , coinnia
toutes les ijislitutions humaines , est susceptible de
perfectionnement . ( Discours du Roi, séance royale,
y décembre i8i5.)
Ce n'est point aux hommes qui, autorisés par
Sa Majesté elle-même à clianger quatorze articles
de sa loi, se sont à pcin* cru permis d'en réviser
.seulement trois ; ce n'est j^oint à ces hommes que
la France reprochera toutes les infractions que le
ministère a proposées avec un déplorable succès
depuis la réduction du nombre des députés qu'une
ordonnance n'avoit pas le droit de décider après
la mise en activité de la loi royale, jusqu'à cette
loi des élections, jusqu'à cette \o'\ dite de recrute-
ment ; lois auxquelles l'attachement réfléchi à la
Charte et au Roi faisoit un devoir de résister ,
puisqu'une seule sufïiroit , ce qu'à Dieu ne plaise,
pour que la monarchie léofitime succombât.
. Oui , nous voulons la Charle, et nous en main-
tiendrons l'esprit; nous la voulons , comme l'a
voulue le monarque bienfaiteur qui nous l'a oc-
troyée 5 nous la voulons avec toutes ses consé-
quences. Mais ne devons-nous pas repousser avec
liorreur, avec indignation, toute application de
ces principes pernicieux , de ces principes minis-
tériels qui ne tendent qu'à livrer la Charte, la
monarchie légitime et la France à l'ochlocratie et
à la révolution, monstres qui ont l'habitude de ne
se nourrir que de cadavres, et de n'aimer que les
dépouilles, les incendies, lesniassacres etlesécha-
fauds ?
Nous voulons la Charte, parce qu'elle offre le
j*eniplacementle plus raisonnable de nos anciennes
aa.
( 34o )
institutions, libertés et franchises : nous voti^ons
la Charte, parce qu'elle assure à la reli<>ion son
culte, à la monarchie léj^îtime la staLilité , aux
Fran<;ais leurs droits constitutionnels , à la France
le rejjos ; enfin , parce qu'elle accomplit toutes les
conditions de la félicité publique aux yeux de
l'Homme de bien.
Oui, nous voulons la Charte royale; mais est-ce
bien elle que veulent ses nouveaux adorateurs ,
qui ne la nomment, avec intention, que la Charte
constitutionnelle, afin de séparer le bienfaiteur
du bienfait? Veut-il la Charte et la monarchie,
ce ministère protecteur du système qu'on ose dire
royal , quanti, loin de se borner, selon sa Charte ,
à protéger , avec une égale prévoyance , les inté-
rêts créés par une révolution et les intérêts monar-
chiques, il emploie le pouvoir qui lui est confié
5our soutenir la monarchie, à ne protéger que les
octrincs, et à ne maintenir que les intérêts ré-
volutionnaires? Et quel appui la monarchie et la
Charte peuvent-elles attendre de ce système qui ,
bâtard de la vieille révolution, vil esclave quatorze
ans sous le plus dur des maîtres , n'est qu'un nain
qui se croit géant parce qu'il a les pieds d'argile du
colosse mvstérieiix, et qu'il joint l'orgueil de sa
mère à la bassesse d'un ilote chez qui la servitude
est devenue une seconde nature?
Jusques à quand le système ministériel présen-
tera-t-il à la France; jusques à quand pi'ésen-
tera^t-il à Sa Majesté elle-même, comme les amis
de la Charte , une poignée de fourbes dont le seul
but est de la renverser, moins encore à leur protit
qu'à notre ruine? Tantôt c'est la lettre qiJ^iJs ef-
facent^ tantôtc'éstrespritqu'ilsaltèrent ; et quand
sous leurs efforts les tables de la loi royale n'offri-
ront plus de caractères, les hommes de trois cou-
leurs , unis aux forts esprits, viendront y litLo-
graphier la repriist d»s saturnalcç de la république
( 34i )
française, ou du moins le triomphe de la Icgiti-
jnation sur la légitimité.
Voilà ce que veulent les amis de la Charte^
écoliers de Machiavel, qui répètent qu'il y a deux
sortes de consciences : l'une d'Etat, «qu'on ac-
» commode à la nécessité des affaires publiques ;
» l'autre à nos actions privées : ces hommes , qui
» enseignent avec diplôme, que la réputation de
» probité peut bien être un raoven de parvenir,
» mais que la probité même est un obstacle^ qu'il
)) faut amuser les enfans avec des dragées, et les
)i hommes avec des parjures.»
Voilà ce que veut ce personnage, qui Aiidoctn-r-
nairemerit : Je n'appartiens qu'à moi ; et qui mé-
rite qu'on lui réponde, avec Henri IV : c Mon
)) ami, vous avez là un sot maître. » Voilà ce que
veut ce personnage, qui menace d'user de son in<-
dépendànce pour' porter ^a soumission ailleurs, à
moins que V autorité royale ne se coalise avec lui.
Enfin c'est là ce que veulent ces spéculatifs que
Balzac appelle des hérétiques d'Etat, qui s efforcent
de faire, dans la politique, ce qu'Origène a fait
dans la religion (Aristippe, n" i^o). Eh! qu'ils se
souviennent donc que Fréde'ric-l€-Grand, et celui-
là se connoissoil en hommes, disoit de leurs maîtres
eux-mêmes : « Si j'avois une proviace à punir,
)) j'enverroifi des philosoplies pour la gouverner. »
Et Frédéric ne parloitpas d'un royaume. Insen-
sés!- voti-e monarque a pu dire ; « Voilà ma lei. »
Il ne vous appartient pas d'interpréter l'esprit die
la loi myale. Celui qui a compris le sans de la
Charte^ celui qui a exprimé Le vœu de la France,,
celui quia prononcé votre jugeraeat, c'est lie vé-
ritable ministre de votie Roi, c^estle président du
conseil de ses- ministres , c'est le duc de Richelieu ,
quand il a dit à la tribune nationale, selon l'esprit
et la lettre de Lart. 3 de la Charte : « Tous le?
)) Français seront rassurés quand ils vei'iUnt dé-
( 34^ )
)) sormaislos emplois pillai ics confiés à des Iiommes
)) éprouvés par leur inlégiité, leurs lumières , et
» surtout leur dévouemeut au Roi et à la patrie. »
(Loi d'amnistie, 8 décembre i8i5.)
Prétendus amis de la Charte, ces caractères,
ces conditions inséparables, qui seuls peuvent
rassui'or tous les Français , les trouAe-t-on aujour-
d'hui dans vous-mêmes, dans vos auxiliaires, à
qui vous distribuez toutes celles des fonctions sa-
lariées que vous ne vous i^éscrvez pas? Dans l'inté-
rêt de la monarchie, dans l'esprit delà Charte,
vous savez mieux que tous autres où se trouvoienf',
où se retrouveront ces caractères etces conditions.
^ ous pouvez tromper votre Roi 5 c est 1 attribution
des méchans dans ce Tnonde où le g-éuie du mal
peut obtenir des succès, et ne les obtient heureu-
sement que passagers; mais c est le Roi lui-même
qui a dit : « ^ous rentrOMS dans nos Etats pour ré-
)) compenser les bons, et pour appeler autour de
)) notre trône paternel l'immense majorité des
V Français dont la fidélité, le courae^eet le dé-
y vouement ont porté de si douces consolations
r dans notre cœur. »
Et c'est ainsi que vous osez tromper les inten-
tions, trahir la justice , la reconnoissance du mo-
narque! Vous l'avez osé, vous l'osez tous les jours
sans pudeur, parce que vous l'avez osé sans châti-
mejît.
^lonarchie dos fils de saint Louis, attendrez-
vous. pour voir vos rlangers, que vos ennemis
niont lassé votre prtticnce? Et ne voyez-vous pas
quéS'otre patience fait seule leur force, par leur
itnpunîté? I/axiome ministériel est aujourd'hui
que la fiàé/itc p7X'sefitc n'a plus besoin de la ga-
t'aniir dit femps : et n'avcz-vous pas cru, en i8i4,
à la lîdclité présente? Les trahisons du 20 mars
vous (fui répondu. Certes, la retraite forcée du
MonSlqYTt: légitime, les désastres d'une seconde
( 343 )
invasion , des flots de sang liumain versé de nou-
veau, plus d'un milliard pavé aux e'trangers, ont
signalé auK ofénérations à venir les dang'^rsde celte
fausse maxime, adoptée par lapo]itic[ue ministé-
rielle la plus inhabile et la pins imprévoyante, ce
n'est pas de celle-là que je dirai la plus criminelle,
car je ne le pense point. Le même aveuglement
amèneroit de plus grands malheurs : la monarchie
a résisté miraculeusement, en 181 5, à une pi*e-
niière crise; fatiguée depuis par une si lente con-
valescence, elle ne résistera pas à une rechute.
Gens de bien, qui doutez encore, interrogez
les signes précurseurs : ministre, je vois qui tu
places, je ne te demande plus qui tu es. Eh 1 ne
voyons-nous pas chassés des fonctions publiques ,
civiles, militaires, administratives, judiciaires;
ne voyons-nous pas dépouillés de l'influence et de
l'autorité presque tous les malheureux que la ré-
volution a faits, presque tous ceux dont le Roi
avoit récompensé la constance et les vertus unies
à la capacité. Par qui ce système, qui ne devroit
être qu'ami du Roi , de la Charte et de la France,
croit-il utile de les remplacer? Qni donne-t-il ,
dans les conseils , dans les armées , dans les fonc-
tions , dans les provinces, dans la capitale, pour
soutiens au trône légitime et à la Charte? Le 3fo-
niteur consacre leurs noms jour par jour. Déjà le
système ministériel exige qu on fasse ses preuves
et indifférence en matière de gouvernement : et ^e
même qu'en g3 on demandoit aux candidatls' ;'
« Qu'as-tu fait pour la révolution? » Encore quel-
ques semaines, et les étranges amis d(; la Charte
et du Roi demanderont à chaque postulant :
« Qu'as-tu f»'t contre les Bourbons? >»
Protecteui»"; protégés du système ministériel ,
c est a vous-nremes que je m adresse 1 Accuserez-
vous le soleil d'iinpostui'e, et nierez-vons l'évi-.
dence du jour? La vérité , qui doit durer pins que
( 344 )
le temps , et sf- conserver ait milieu des mines du
vioiule (Socrate clirét. , pag. 299, Balzac), la
vérité n'est pas réduite, en France , à ne se confier
qu'aux roseaux. Tous les cœurs droits l'entendent^
toutes les bouches pures la proclament, les pierres
même du palais de notre Koi la crient- les vrais^
amis de la Charte ont tous pour cri de paix et
d'union : « Dieu et le Roi, le Roi légitime et sa
•» dvnastie. « Les hypocrites amis de la Charte pro-
noncent avec emphase les seuls mots révolution-
naires nation, patrie. Le Roi légitime leur est
aus^^i étran^^er que leur Dieu. A ce cri religieux et
français. Dieu et le Roi , à ce cri fraternel et pa-
cifique de la race d'Abel, les enfans de Caïn ré-
pondent par ce cri de guerre des meurtriers du 2
septembre : yl bas les riohles , à bas les prêtres i
et le mot d'ordre de ces amis de la Charte et du
Roi n'ist que leur vœu parricide et impie irre//-
gioii , illégitimité.
Ministre aujourd'hui tout puissant, voilà le
système que vous protégez j voilà son arrière-pen-
sée , dont le triomphe douteux couronneroit les.
erreurs de votre orgueil, les, faux calculs de votre
arubition : voilà les hommes qui vous aiment. Une
"voix , qui prétend n'être pas suspecte , a eu le cou-
raofc de dire que ceux-là étoient bien dignes de
vous cons;)Ier de ceux qui vous haïssent. Convo-
quez , pour votre instruction, Fimmeuse majoritâ
des Français dont la fidtlité, le courage et le dé-
vouement ont porté de si douces consolations dans
le coeur de Sa Majestés convoquez Pimmense ma-
jorité de ces hommes que leur Boi u appelés autour
de son trône paternel , et que vous ne craignez pas
d'en repousser, vou;- coivipterez ceux qui vous
aiment ou ceux qui vous haïssent. L'Europe ap-
prendra si c'est à l'avantage du flatteur et du flatté
que l'épreuve s'achèvera pour tous les dtuv.
Jeune et imurévojant ministre^ voulez-vous
{ M^ )
être aimé , respecté , suivi par cette immense ma-
jorité que le Roi a nommée ses Fram;ais, aimez,
respectez, suivez vous-même la Charte royale
qu'ils se font un devoir d'aimer, de respecter et de
suivre. Dans l'ivresse de la puissance, vous sem-
l)lez les braver, et leur dire comme le régent : Ehf
que pouifc z~ vous faire ? Ne vous étonnez donc
pas qu'ils vous répondent avec les Bretons : Mon-
seigneur y obéir et haïr.
' Salaberey, Membre de la Chambre
des Députés.
De quelle manière un Etat peut périr.
J'ai examiné, dans deux Livraisons précé-
dentes ( I ), quelle étoit et quelle seroit la situation
des ministi'es de France en 1818, 1819 et 1820,
J'ai pi-ésenté, dans cet article, la double hypothèse
d'une direction monarchique et d'une direction
démocratique avec leurs résultats. Depuis ce temps,
la réunion des esprits sages a formé deux majorités
en faveur de la direction monarchique. Cet ac-
cord d'opinion dans les deux Chambres , première
condition du gouvernement représentatif, et que
nous n'avions pas encore vu parmi nous ^ sembloit
un gage de paix donné par le ciel» Une seule chose.
y inanquoit, le concours du monarque (si toutefois
il n'est pas inepte ou contradictoire de supposer'
que ce concours puisse manquer, là où il s'agit de
soutenir la monarchie). J'ai, depuis, entendu
oortir de la bouche du Roi des paroles que ses
peuples ont accueillies avec itresse, et ses ennemis
avec stupeur; et dès lors, voyant réunis le Roi et
(1) Fi^. fesge et 10' Livraisons du Conservateur.
( 3^ )
]fs Chambres, cVst-à-dire la France entière, je
me suis presrjue reproché de m'étre livré à des
suppositions affligeantes et vaines.
Cependant, il s'est présenté depuis unprohlème
de morale et de politique que l'histoire aura peut-*
être quelque peine à résoudre , puisque lés con-
temporains même ne peuvent l'expliquer: c'est la
direction qu'ont prise les affaires à la suite de ces
concert unanime.
Par rapport aux lois, nous n'avons vu faire au-
cune loi monarchique, réformer aucune loi ré-
publicaine.
Par rapport aux ordonnances , l'état militaire ,
l'administration, le conseil d'Etat, les tribunaux
même, ont subi un grand nombre de réformes ou
de mutations , qui toutes sont tombées sur des ser-
viteurs connus de la monarchie.
Enfin ,' par rapport à cette fiontière indécise
qui sépare la loi de l'ordonnance, et qui est né-
cessairement jîlus souvent envahie par la seconde,
nne interprétation favorable aux régicides en a
fait rentrer cinquante-cinq sans le concours des
Chambres ; en sorte que le ministère semble se
publier coupable ou d'avoir outrepassé la loi en
1810, onde l'enfreindre en 1819.
■ La rapidité des concessions qui se font aux dé-
mocrates est même telle, que dans ce deimier
exemple on leur accorde dès à présent ce que leur
plus hardie ambition n'eût sans doute osé deman-
der cette année. Quelle est donc cette marche?
Capitulons-nous avec un ennemi en fuite? ou bien
a-t-il des intelligences dans le cœur de la place?
Quoi qu'il en soit, tel est aujourd'hui ce pro-
blème insoluble. Prémisses : déclaration formelle
contre la démocratie, 'concours des deux Chambres,
acclamation de la France, effroi des démocrate».
Jiésultat : triomphe des vaincus proclamé par le
vainque nr>/,ia
(347)
Telle est chi moins l'apparence qui nous frappe".
Mais, après un moment de surprise, si on pé-
nètre dans l'intérieur des choses , on s'aperçoit
liientot que rien n'est vériiablenient changé. La
-flnajorité des Chambres est là, et subsiste. La pa-
role royale est là, et subsiste. LTn mouvement s'est
fait dans des mots, dans des noms; mais les élé-
mens qui créent, les facultés qui ies emploient
restent les mêmes. Et après toiit, qu'importe aux
royalistes le nom ouïe i-enom d'un ministre ? ce
sont ses faits qui font foi ; et si ces faits sont mo-
narchiques, ces faits sont leur oeuvre, etcethomme
leur allié.
Cependant , les contrastes dont nous venonà
d'être témoins ont pti répandre quelque inquié-
tude dans les esprits. On entend desîiomnaes d'un
sens droit répéter ces mots affligeans : L'Etat court
à sa ruine; la monarchie toinhe en dissolution .
Chacun, en les disant, ignore le sens précis qu'ils
renferment ; mais chacun se sent frappé au cœxir
de cette énigme effrayante, comme par cet ins-
tinct qui fait qu'à l'approche des ouragans les
animaux frissonnent , mugissent et ressentent la
présence d'un mal qu'ils ne peuvent définir.
Examiner à fond la vraie valeur de cesmols, ne
seroit peut- être pas aujourd'hui une recherche
inutile.. Eli* tcndroità fixer les idées qui hésitent,
à ramener celles qui s'égarent , à nous armer contre
l'avenir, peut-être même à en diminuer les dan-
gers.
Je traiterai donc sous des termes généraux celte
question : De quelle manière itn Etat peulpèvii?
et je tâcherai de ramener ce cjiieîie a de vague à
des termes précis. ;
Commenrons par établir un principe et sa con-
séquence immédiate. Cette précaution produira
deux biens : \°. elle me dispensera d'y l'eveniv ;
( 348 )
y. elle dispensera Je lae lire ceux à qui il con-
viendroit de les nier.
Tout Etat tend au gouvernement d'un seul.
Parce que l'ambition est le mobile de tous les
hommes.
Parce que l'inégalité e'tant la première loi de
fait de Tunivers, les ambitions ne montent pas de
niveau, mais par étages; d'où il suit quuu seul
doit arriver à surmonter les autres.
L'Etat tend plus ou moins à cette unité , pro-
portion gardée de son étendue et de sa puissance.
Ainsi, dans les petits Etats, l'art peut lutter avec
succès contre ]a nature. C'est un de ses plus nobles
chefs-d'œuvre; et cependant il subsiste dans le
trouble, but de toutes les conquêtes, jouet de mille
monarques d'nn jour, jusqu'au temps oii, épuisé
d'une lutte brillante, il se repose sous un sceptre
concitoyen , ou périt sous un joug étranger.
Ainsi un Etat, quelle que soit la forme de -son
gouvernement, ne manque point à sa nature ; il
la cherche, au contraire, quand il incline vers le
gouvernement d'un seul. S'il est étroit, il peut
souffrir des exceptions : s'il est vaste, il n'en admet
aucune, et l'unité est la qualité ^mc qud non de son
existence.
Tout grand Etat ne subsiste donc que par la
monarchie.
La monarchie , comme toutes les choses du
monde, ne subsiste que par ses élémens.
Si la monarchie périt, et que ses élémens restent,
l'Etat survit et la monarchie se recompose.
Si les élémens périssent, cl que la monarchie sur-
vive , c'est un fantôme ; il passe , et l'Etat meurt.
Maintenant, qu'entendons-nous par les élémens
de l'empire monarchique?
ftien autre chose qxie ceux que la nature lui a
faits enle faisant lui-même, ces mêmes degrés par
lesquels, l'un parvenant au sommet, les autres sont
( 349 )
restés étages sur la pente : l'esprit se fatîgiieroit
vainement à chercher d'autres comhinaisons. On
ne peut pas plus concevoir la monarchie sans eux,:
que la pointe d'une pyramide sans sa base, ou la
clef d'une voûte sans ses reins. La nature nous la
donne ainsi; l'histoire ancienne et contemporaine
ne nous en présente point d'autre : acceptons-la 5
car si ces degrés se retirent, la monarchie tombe,
à moins qu'on ne veuille supposer qu'elle reste en
l'air, ou qu'elle se tienne debout sur des lois.
Ces degrés ont été nommés hiérarchie , mot ca-
ractéristique qui nous les montre descendus de
Dieu pour le repos des peuples. Nous autres
hommes, qni avons toujours besoin de subdiviser
pour mettre les grandes choses à notre mesure,
nous pouvons en reconnoître deux. L'une est la
base de l'autre, et l'autre est la base des empires.
La première est une hiérarchie de principes et de
doctrines où se rangent tous les dogmes qui étagent,
plient et subordonnent, et, sans se perdre en dé-
linitions, nous pouvons la renfermer toute en un
seul tnot, le christianisme. La secontÎ2 est une
hiérarchie de faits, de droits et d'institutions où
se classent toutes les puissances de la société ,
étagées entre elles, et composées elles-mêmes
d'étages j en sorte que, pour faire parler cette dé-
finition aux yeux, il faudroit ^e figurer unj3 vaste
Çyramide composée de pyramides secondaires,
'elles sont , entre autres , la propriété , la no~
iblesse, la magistrature, les corporations d'arts,
de commerce , de finances , le -sacerdoce enfin
qu'on fera riche, puissant et sacré , sous peiue de
(n'avoir pas de religion ( telle est la rftisère hu-
paine), qui fut tel chez les païens, qui est tel,
liez les protestans, tel chez les catJioliques grecs
jjît roniains, tel chez les Musulmans, chez les In-
lous, tel enfin en tout temps, et tout pays, parce
jue tous les sophismes du monde ne peuvent CW'»
( 3ÔO )
pécliçr que la religion ne meure où ces coud ilions
juanqueut, et que l'Etat ne croule où la reli^iou
meurt.
Cette liiérarchie tî'inslilulions, construite su»
celle de principes, agit tt se perpétue par des lois
conformes à sa nature, !^e nous inquiétons point
de ces loisj la doctrine lait les institutions, les
institutions font leur code (i) ; et, comme la doc-
trine gît tout entière dans /(? christianisme, une
seule chose suffit à l'Etat , cire chrétien.
Comment donc cet JLiAi peut -il périr ? Nous
venons de le dire : en cessant d'être chrétien. Ce
mot comprend tout y et il devroit terminer cet
article. Mais quelques lecteurs pourront deman-
der des dcveloppeinens et des evemples. Tâchons
donc d'indiquer les symptômes qui annoncent
cette décadence, la consomption qui la mène à
son dernier terme , et cherchons eniîn quel est
ce disrnier terme , car la mort d'un Etat ne se
conçoit pas comme celle d'un homme.
On peut se figurer un Etat où la religion est
brevetée ,ri4^ les lois, où on voit des églises ou-
vertes, eftf^s honimes payés pour y pratitfuer le
cuite divin, mais où, en même temps, l'Eglise ne
tient à l'Etat que par ses fonctions et son salaire,
oii il V a des prêtres, mais point de sacerdoce,
<les gages viagers, mais, point de propriété du-
rable, où l'autorité, qui la proclame dans les
choses civiles, la réprime dans les œuvres reli-
gieuses, où, loin de présider à l'éducation et aux
établissemens publics, de se montrer à la tête des
(i) On a \n des meneurs d'Etals essayer de retourner celte
conihineison, taire des lois pour «ivoir des institutions (à moins
que ce ne soit pour n'en pas avoir), et attendre des institutions
le* doctrines. On peut ainsi faire des baux sans avoir une
ferme, faire des rôles sans avoir de soldats, re'gler les tornics
•aas posséder les rlioses. Ces abstraction? amusent les hommes,
ea attendant c^u-elles les perdent.
( i^'I )
armées, dos flulUs, dcshôpilauY, despilsons^elc,
<;ll(; .s('rri!>I(; à pvÀno. toléic»;, on on lui fV'ime jus-
qu'à SCS j)i'opi'e.s chaires, CMifinoù l'adminislralion
rttiitoure d'un (r,'il jaîoux, traverse ses proj^rès,
tarit sa reproduction , et traite la colonne de l'Etat
en emicmie de t'Klat.
On peut se fj^iirei- un F>l'at où la noblesse soit
icconiiue paj- les lois, mais où, en niêfn(' temps,
elle se trouve dénuée d'hommes, de fortunes, de
terres, de dignités et de droits, de tout enfin,
hors de tifres et de l)lasons qu'on lui comptera
pour valeurs réelles, dissoul(; en individus sans
corps (;t sans puissance , et , dans ce deiriier état
de décadence, rtiduite, comme tout c<; *|ui est
fbible, aux oulrages de gens qui comLattent les
Guises dans de pauvres chevaliers, comme ils
triomphent d'Iiildebrand sur de pauvres prêtres.
lin Etatgù l'aristocratie de la propriété est con-
saciée par les lois, mais où en même temps toute
notion de solidité et de durée étant éteinte, nulle
propriété n'aspire à un siècle de vie, nulle insti-
tution ne la concenîre, ne la reco^ipose et ne la
perpétue 5 l'intérêt même du fisc, allié de la loi
agraire , réduit les terres en arj)ens et les château'x
en masures j et sur le sol découpé et nivelé pJane
et s'élève seule l'aristocratie mobile de l'argent.
Un Etat où toute corpoi-ation utile ou auguste
est réprouvée, où, au lieu d'enchaîner les indivi-
dus en faisceaux au .support de l'empire, on les
décomj)ose en monades, ne voyant dans un corps
qui soutient, qu'un corps qui résiste, et éi-igeant
le pouvoir institué pour tous comme s'il étoit
institué contre tous , et que son chef- d'.œuvre fût
de diviser pour régner.
[Jn Etat où les sophistes régnent, où se voient
appliquées aux dogmes élevés par lesquels la so-
ciété vit et meurt, les vieilles ai-guties de l'école,
et où le maître de« sentences est le maître des doo-
( 552 )
trines et cîesftistitutioas^ où une liberté sans frein
infecte légalement les écrits^ où les instrumcns
du pouvoir, innocens ou ceupables, habiles ou
ineptes, peuvent être légalement cités, jugés et
condamnés par vingt mille arrêts qui parcourent
l'empire chaque jour, en poste, etàbasprixj ov, ce
qui en est une suite nécessaire, la magie du pou-
voir est reléguée avec les autres magies , le respect
a perdu sa religion, la discipline son frein, l'obéis-
sance son charme, et tous les liens leur empire.
Si on se figure , et ce ne sera peut-être pas sans
quelque effroi , un Etat tombé dans cette situation,
on aura parcouru, au moins en partie, car nous
sommes loin de tout dire, les symptoines (jui an-
noncent sa décadence.
Et cependant, à tous ces maux il est un remède
simple, facile, je dirai même infaillible : c'est de
les connoître, de s'avouer malade, et de vouloir
guérir, f^irtiis est vitiiinifu^erc .
Rien n'est perdu où la bonne foi et la bonne
intention restent. L'Angleterre a eu ses puritains ,
TAllemagne ses anabaptistes , la France sa jacque-
rie et ses jacobins. La crise passée, le mal est
avoué, îl s'expie 5 l'Etat retrouve ses élémens, et
subsiste.
Mais si l'Etat, en pleine paix, rentré dans son
gouvernement naturel, rejette loin de lui ces élé-
mens- si, sans qu'il y ait force majeure, et qu'on
puisse justifier d'exception, ces elémens sont, on
combattus comme armes dangereuses, ou rebutés
comme débris inutiles; si on donne la maladie
pour santé , les genncs de mort pour principes de
vie, alors, le désordre légitimé asseoit sa puis-
sance, mine à loisir l'Etat par une consomption
méthodique, et le mène régulièrement à son terme
fatal.
Dans ce dernier période, le mal s'accélère et
croît par uae proportion géométrique : il se hàtè
( 3p3 )
d'autant plus qu'il marche sans résistance, avoue
pour Lieu puLlic , fascinant ses dupes et dissimu-
lant ses complices. Les hommes droits qu'il a traî-
nés à sa suite ouvrent, il est vrai, les yeux l'un,
après l'autre; ils voient l'aLîme; ils veule;nt recu-
ler, mais trop tard, et le Ciel, par uïi. exemple
terrible, semble ne letir rendre la vue que pour
qu'ils mesurent leur chute.
Alors la noblesse et l'aristocratie détruites lais-
seront sur leurs ruines un nivt^au turbulent comme
cjelui de la mer, où chaque flot devient montagne
dans la tempête. A de grands et stables patronages
qui nourrissoient l'ordre, la dc^pendance^ l'amour,
le travail et l'aisance, ratlachoient de nombreuses
familles à un centre ])alernel , rcposoient le. pou-
voir .en jlui répondant d'elles, et protégeoient le
peuple en lui adoucissant le pouvoir, on verra suc-
céder une légion parallèle de propriétaires isolés,
vains et nécessiteux , gourmés de leur nouvel ar-
pent de terre, occupes de leur propre misère,
impuissaus pour celle d'autrui, sans force pour
produire, stérilisant la terre, et desséchant le
commerce dans son gei'me.
Quand on aura rompu tant de liens qui ren-
doient l'autorité facile; quand, à la place de
quelques entiers solidaires, on aura des milliers
de fractions indépendantes, un seul lien restera,
la force ; et ce lien viendra aussi à manquer, l'au-
torité, dénuée de ses bases, ne possédant point
de force en elle-même.
Avec la force qui subjugue et l'obéissance qui
l'accepte, s'évanouiront la confiance et la crainte
d'où naissent le repos et Famour. ïSulle certitude
ne s'élèvera jusqu'au lendemain; nulle entreprise
ne pi'endra l'essor. En pleine paix, .les ateliers
seront fermés, les mers désertes, l'argent imrao-
bile : nul n'osera s'affermir dans une opinion ; la
mobilité des places, la variété des lois , la rumeur
Tome II. — m^ Livraison. aâ
( 354 )
fnftitf gable de la presse, étourdiront le peuple j
et, dnns cette oscillation sans terme, chacun pas-
sera ses jours en voyage, et se tiendra prêt pour
toutes les chances.
Alors, l'esprit d'égalité ou d'ambition (c'est
tout un), descendu, de proche en proche, jus-
qu'à la lie de la société , y fera fermenter les goûts
et les passions ((ue le Ciel avoit réservés à ses
classes élevées. Le luxe qui, chez les grands,
nourrit le peuple, entrera chez le peuple qu'il
affamera : non ce luxe relatif et confortable qui,
dans un Etat puissant, décore chaque rang , sans
excéder sa mesure, mais un luxe ambitieux qui
rend l'artisan humilié s'il n'est pas meublé comme
un prince, qui , des meubles , passe aux habitudes ,
l'entraîne aux dissipations, les lui érige en, be-
soins, peuple les capitales de théâtres et de re-
doutes, et corrompt leur probité après avoir
détruit leur fortune.
Alors, la religion , s'effaçant chaque jour da-
vantage, laissera, en se retirant, des âmes vides de
but et de devoirs. Un scepticisme sans bornes des-^
cendra de Dieu sur tontes les choses de la terre j
car qui ne croit pas en Dieu s'abuse s'il pense
croire à quelque chose. On verra des rois qui ne
croiront pas au trône, des sujets qui ne croiront
pas aux rois , des magistrats qui ne croiront pas à
leur robe, des armées qui ne croiront pas à leurs-
drapeaux, partout des hommes qui ne croiront
qu'en eux-mêmes, encore sera-ce d'une foi stérile
et viagère. Les forfaits se perfectionneront en se
multipliant; ils s'offriront partout en récit ou eiv
spectacle pour l'instruction ou l'amusement des
peuples, La sellette aura sa gloire et Téeliafàud
son orgueil, car Forgueil sera partout; lui seul se
chargera de la ruine universelle (i).
(i) Le premier principe de fluié.; fjue les nations doivent au
( -353 )
Enfin, pour que tout ce néant se ccnsolide et
dure, après avoir infecté jusqu'au plus bas rang
de la société, il empoisonnera jusqu'au plus bas
âge de la vie. L'indépendance sera prêchée danj
les écoles j la révolte et l'impiété auront leur bn-
soche, et on jouera, sur de petits tréteaux, les
Jurandes tragédies du inonde. O dernière honte
d'un siècle détruit! dernière menace de l'avenir
(si quelque avenir reste à ce siècle) ! Le berceau
sera pervevtij l'enfance sera jeune pour l'insur-
rection, la jeunesse sera émancipée pour le crime;
les tribunaux et les priso.ns en feront foi : elle
échangera sa soumise innocence contre nos vices
glorieux ) nous aurons des Spartiates sans Dieu
et sans lois; et la société sera finie quand cette
génération marchera sur nos tombes, si elle ne
nous hâte pas d'y descendi'^.
Que sert d'étendre plus loin cet «Tcamen ? Un
volume ne sufïiroit pas à sa triste encylopédie,
car tout sera vicié; et, quand le vice aui"a atteint
sa perfection, l'Etat aura atteint son terme. Usera
debout, mais dissous et semblable à Ces débris
intacts qu'on trouve dans les cercueils d'Hercula-
çum : au moment où ou les touche, ils s'éva»
nouissent, et ne laissent que leur cendre.
Ici, le sol reste, il est vrai ; les hommes même
subsistent, mais la nation cesse d'être : l'âme qui
l'anima pendant des siècles s'exhale> et ne laisse
sur la Icrre que la dépouille d'un peuple mort.
Alors cette masse inerte, la teri e, les hommes,
sans lien qui les rassemble , sans force qui les pro-
tège , devient l'arène passive des ambitions ètran-
gèx'e» jusqu'au jo.vn* où la Providence la jette claui^
de nouvelles combinaisons... Quel jour ! et si Dieu
christianisme, c'est la répression de l'orgueil. S'il n'ehipêche
^s quelques uns d'en avoir, il persuade aux autres de le souf-
frir, et la paix se conserve,
s3.
( 356 )
nous avoit fait naître concitoyens d'un tel Etat ^
si, plein des longs souvenirs de sa gloire, notre
coeur avoit toujours palpité aux noms de Roi et de
patrie, ne denaanderions-nous pas au ciel de hâter
notre fin pour ne pas assister à la sienne !
Dans un autre article, nous rechercherons par
quels moyens un Etat penchant vers sa ruine peut
recouvrer sa puissance et sa gloire.
A. DE Frewillt.
La Fille d'Honneur., comédie en cinq actes , en
a)ers , repj'éseutée sur le Théâtre Français , le
3o décembre 1 8 1 8; par M. Duval, de ï Académie
Française.
M. Duval compte de nombreux succès au
théâtre; et, ce qui vaut mieux, plusieurs succès
.mérités. Il occupe maintenant une des places les
plus éminentes sur le penchant de notre Paraasse
comique. Si nous commençons par cette obser-
vation, c'est pour motiver la sévérité du juge-
ment que nous porterons de son dernier ou-
vrage. La position de l'auteur nous y oblige,
tout écrivain qui jouit à juste titre de quelque
renommée , exerrant toujours sur l'opinion
contemporaine une influence marquée, et d'au-
tant plus puissante que, par la nature de ses
travaux , il lui sera donné de parier à tout
un public assemblé , et de lui inculquer se.%
principes par des organes qui souvent en aug-
mentent encore la séduction. Or, cette impor-
tance des chefs de chaque branche de la littéra-
ture, eu même temps qu'elle est la plus digne ré-
compense de leurs taleus, est à la fois la mesure et
( 35; )
la règle de leurs devoirs. Aussi, furent-ils scrupu-
leusemeut remplis, ces devoirs difficiles, par les
grands écrivains de cette époque qu'on eût nommée
le siècle des convenances, si elle n'eût mérité
le titre de siècle du génie. Quels exemples, aussi
beaux que leurs ouvrages , ils nou.s ont légue's ! Quel
respect pour le public et pour eux-mêmesIQue
d'égards pour les distinctions sociales, de vénéra-
tion pour les saines doctrines 1 Et cependant alors
ces doctrines, ces distinctions tenoicnt à des ra-.
cines profondes. Un pamphlet n'eût pu les ren-
verser, une comédie les livrer à la risée populaire.
Une politique corruptrice n'avoitpas, comme au-
jouid'lîui, débauché la littérature. Une séance
d'athénée n'auroit pas obtenu les honneurs du
scandale, et un professeur d'athéisme n'eût été
connu que du gai-dien des Petites-Maisons.
Nous voici bien loin de M. Duval^ et c'est pcut^|
être parce que lui-même a mesuré avant nous
l'immense intervalle qui le sépare des écrivains de
ce beau siècle , qu'il s'ost cru , par cela seul , exempt
des mêmes devoirs. Il aura parcouru d'un œil im-
partial ses grandes comédies (i), quelquefois de
moeurs, rarement de caractèi'e, ses pièces histo-
riques (2) (ou romanesques, com.me on voudra),
dont les situations, presque toujours fort pi-
quantes , ne sont pas souvent vraisemblables j ses
opéras-comiques, parmi lesquels on remarque un
des chefs-d'œuvre du genre (3), mais qui, après
tout, ne sont que d'agréables binettes 5 et M. Du-
val, en faisant, dans la simplicité de son cœur,
cet examen de conscience littéraire', ne se sera cru
'( t ) Le Tyran domestique , le Chevalier d'industane , la Manie
des Grandeurs.
(2) La Jeunesse de Henri V, le Menuisier de Livonie, Edouard
in Jicosse , le Faux Stanislas.
(3) Maison à vendre.
( .1>8 )
•oétitie influéhce sur l'opinion publique. Cette
faron de se voir soi-même fait honneui- à sa mo-
destie 5 et il est si rare, dans ce siècle malade
d'orgueil, de se rendre une justice personnelle
aussi rigoureuse^ que c'est pour nous un grand
plaisir d en rencontrer un exemple dans un membre
de l'Académie Française. Mais, encore un coup,
on e;^t souvent plus par sa position que par son
talent; et M. Duval, placé, à ses propres yeux
comme aux nôtres, le quinzième, peut-être, eiitre
}efe portes comiques, n'en reste pas moins aujour-
d'hui l'un des preihiérs parmi Jes derniers. C'est
un malheur, on le sent bien ; mais ce'n'est pas sa
faute : c'est celle du siècle. Et, ptùsque sa pau-
vreté nous force à traiter cet écrivain en homme
icolisidéToble, nous lui demanderons s'il ètoit bien-
séant qu un académicien se fît le traducteur des
calomnies contre la piété.la puissance etla noblesse,
qui ont passé, des club* de q3 , dans les athénées
de 1818, calomnies d'autant plus perfides dans la
pièce nouvelle, que, renfermées dans l'action même
plus encore cjue clans le stvle, elles échappent par
là au châtiment qu'on auroit pli (comme cela ai*-
rive à l'alhénée) infliger à d'insultantes déclama-
lions? Etoit-ce le moment à choisir, lorsque tant
de grandeurs, long-temps souillées par la bassesse
qui s'y étoit élevée, ont besoin de tous les appuis
pour recouvrer leur dignité première; étoit-ce le
moment de mettre en spectacle un prince souve-
rain, prêt à acheter de vils parens le déshonneur
de leur nièce innocente, et le payant de la dé-»
pouille de l'orphelin, tandis qu'il fait servir la
princesse, so:v Epouse, de voile et de prétexte à cet
exécrable u;archè? Cttle triple combinaison d in-
famie e»t révoltante. Et dans C[uel temps, dans
quel pays M. Duval en a-t-il trouvé un exemple?
Auroit-il , par malheur, fré([uenté une cour qui
recelât des Aïonslres de cette espèce? Il faudroit
( 359 ■)
!e plaindre , et nous en voulons douter. Mars si,
<:ontre toute apparence, cette cour a existé, comme
■certainement elle n'exisle plus, il ne falloit pas
-exhumer de la boue ses restes lijdeux.
Mais ici une conjecture plus naturelle se pré-
sente, et nous la soumettons à nos lecfcuî:s. jNe
seroit-il pas possible qu'un jour M- Duv'al , après
■avoir lonof-temps songé tout éveillé à quelque sujet
de comédie, se fût endormi tout de bon, et que,
■dans son sommeil, il eût réellement rêve sa Fille
<rhontienr et son étran£;e famille? Ceci n'est point
une plaisanterie : des somnambules ont fait des
choses plus difliciles que cette Fille d'honneur.
Qu'on veuille donc v bien réfléchir; et, sous ce
nouveau point de vue, on l'ecounoîtra que tout
s'explique, tout s'éclaiixit; et l'invraisemblance
•de la fable, et l'obscurité de l'exposition, et l'ab-
surdité de eette scène, base de tout l'ouvrage, où
un inconnu sans motif, sans droit avoués, force une
iamîUe entière à entendre la lecture d'une lettre
injurieuse à cette famille, dont chaque membre
devroit , dès les premiers mots , lui imposer si-
lence ; et la sotte confiance de tous ces person-
nages qui lui viennent raconter leui's infâmes pro-
jets, aussitôt qu'ils l'ont reconnu pour l'agent et
l'ami de l'homme dont il leur importe le plus de
se cacher; et leur complaisance stupide à lui mé-
nager une entrevue avec la jeune tille qu'il doit
prémunir contre leurs embûches ; et tant d'autres
extravagances, fruits bizarres, et pourtant fort
naturels, d'un sommeil agité !.... N'est-ce pas en-
core une preuve à l'appui de notre opinion que
cette Brigitte, cagote manquée, que, dans ra pré-
face^ M- Duval appelle, avec une prédilection
toute paternelle, sa petite déuote , en regrettant
toutefois d'avoirlaissé imparfait son caractère, qu'il
auroit bien plus étendu, si « la crainte de blesser
V certaines cimes timorées, de trop exitaer uaks
( 36o )
» LE scjET, ne Vavoit forcé de réduire ce rôle à ce
■»qiiil y a ^'i.vDispEivsABr.E? Mais , ne pouvant le
■» DÉVELOPPER, // a vu riiidiquer, » pour ne pas
perd] e toul-à-fait « iavanlage d'offrir une fausse
•» dévote acariâtre: w avanlaç^e immense, en ef-
fet! Et qui ne voit clairement qu'ici la cons-
cience de M. Duval s'est bien mal à propos réveillée
à moitié, et que, sans ce contre-temps, au lieu de
sa petite dévoie indiquée, qui n'est q^xC acariâtre, il
en auroit développé une grande qui eût été furi-
bonde par proportion , sujet vraiment dramatique
pour le public libéral; tandis qu'ainsi réduite à
débiter quelques phrases ridiculement mystiques
(comme pour empêcher qu'il n'y ait prescription
depuis que les Visiiaudines sont défendues) , il en
résulte que les uns y cherchent en vain un carac-
tère prononcé, et que d'autres n'v trouvent qu'une
nrauvaise intention? Que INI. Duval reprenne donc
hardiment sa première inspiration philosophique,
même au risque de trop entrer dans le sujet, ou
bien qu'il supprime sa chère petite dévote tout
entière, qui, telle qu'elle est, mécontente tout le
monde. Ce sacrifice seroit d'autant moins pénible,
qu'il ne coûtcroit pas un seul bon vers à IM. Duval j
et nous l'en prévenons , parce que M. Duval doit
tenir prodigieusement à «es bons vers.
Une autre iHsion, plus malheureuse, parce qu'il
n'est pas si facile de la faire évanouir, c'est ce
iautastique baron , autrefois banni par son pays
pour avoir épousé la Jille cVun artisan. Ce pays est,
comme on voit, bien différent de tous ceux que
nous connoissons , ou 1 opinion publique, et non
les lo's, a parfois fait justice des mésalliances,
mais où l'opiuion publique n'a jamais eu pouvoir
de bannir personne : et nous en renconti'ons
chaque jour la preuve dans les rues de Paris
IMais par (juel surcroît de mallieur M. liuval a-l-il
encore rêvé que dans cette noble famille, le iils, qui
( 36i )
par sa désoLéissaiicc a encouru la juste indigna-
tion de ses parens , est indispensablement le seul
membre de cette famille qui puisse conserver des
sentimens d'honneur, de probité? Jusqu'à présent,
dans le monde réel, on n'avoit pas cru que la ma-
lédiction paternelle portât bonheur à ce point, et
l'on avoit cherché ailleurs la source des vertus.
L'auteur nous répondra-t-il que son baron maudit
et proscrit, s'élant élevé du rang de gentilhomme à
celui de marchand, et substituant à ses propriétés
foncières des ricliesses commeicialcs, il a dû, par
cela seul, acquérir aussi tous les sentimens nobles ,
qui, comme on sait, sont inséparables de toute for-
tune portative ? iSous convenons que cette partie
du songe s'embelliroit à certains yeux. Mais il ne
falloit pas le gâter, en nous montrant le baron-
négociant, exceptant la politesse de ses perfections
acquises, se croire autorise à insulter les gens à
leur table , parce qu'il leur promet de l'argent
(qu'il ne leur donne pas ) , blesser à dessein les
usages de tous les hommes bien élevés , nobles ou
non, et, fanfaron de grossièreté, la pousser au
point de la regarder comme le droit de l'opu-
lence. Ce seroit rétablir bien maladroitement le
régime des privilèges. Il aura beau dire :
Cet orgueil est permis :
Quiconque a beaucoup d'or a d'illustres amis.
Un grand nom n'offre plus qu'une vaine npparence,
S'il ne s'est prudemment grefF sur la ilnanfe.
Et l'on est trop heureux, tout baron (jue l'on est,
Quand un bourgeois veut bien accepter un billet.
Tout cela est possible, dans le fond, mais n'em-
pêche pas le bourgeois d'être poli dans la forme 5
d'autant qu'il n'en coûte rien. jNous en appelons
de M. Duval rêvant à M. Duval éveillé j et nous^
lui demanderons, par exemple, si, en nous sup-
posant cent mille écus de rente (que nous n'avons
( 362 )
pns), il trôuveroit bon et convenable (jnC bous
ailâssioTislai rendre visite et nous prier sans façon
A dîner chez lui , pour avoir le plaisir de lui dire
crûment, au dessert, que sa JFil/e d'Honneur est
un pauvre ouvrage, mal pensé, mal conçu, ma]
écrit: certes , M. Duval s'en formali$eTX)it , elavec
raison, parce que ce sont de ces choses qui peuvent
€11*6 vraies, mais qui ne se disent point en face,
et que , même de loin, on doit toujours envelopper
de pi^écautions oratoires et de formules adoucis-
santes.
Fidèles à rengagement que le Conservateur a
f>ris de considei^erle théâtre, principalement sous
-e rapport moral on politique, nous passerons légè-
rement stirla partie littéraire delà pièce nouvelle.
D'ailleurs, les critiques qui nous ont précédés ont
épuisé la matière. La situation très -dramatique
du troisième acte, une scène fort habilement
filée au quatrième, et surtout admirablement ren-
due parl'un des deu"i interlocuteurs, mais reposant
l'une et l'autre sur une donnée absurde ; enfin pres-
que tout , beautés comme défaut;? , a été loué , cri-
tiqué, signalé ; et c'est uniquement pour contenter
les lecteurs qui veulent sans cef^se du noui^eaii , nen
JiU-il plus au monde, que, profitant d'une omission
de nos devanciers , nous remarquerons, en pas-
sant, la niaiserie accessoire d'un certain chevalier
d'industrie, ami du prince , qur croit bonnement
conduire à la cour un simple marchand, bien que
celui-ci porte sur un habit magnifique des plaques
et des cordons que, jusqu'à présent du moins, les
marchanas ont vendus, mais n'achètent pas encore
pour leur usage 5 niaiserie qui auroit bien pu nous
échapper aussi dans le nombre, si elle n'étoit soi-
gneusement consignée dans cette réponse plaisante
où le chevalier dit, en parlant du négociant :
C'est un diable , Je croîs.
Et cepenfiant ce diable est toal coavert de crow
( 363 )
A pi'opos de diable, nous engâgèôils M. D'Jt'al
à en expulser une douzaine qui nuisent .«eusible-
ment à la dignité de sou style. On sait bien c[ne
sa cour n'est pas une dour Comme une autre ^ mais
quand on a assez d'espHt pour en rêver une quel-
conque, il faut, autant que possible, né pas taire
dire a ceux qui lâ fréquentent : ce dix^le d'/iomnief
cette DIABLE de lettre.' ce djacle de paquet! d'où
DIABLE me 'vient-il? que le i>iable ni emporte ! au
DIABLE si f y crois/ ^^ est ainsi que le oiable ajini
rentrevue! Celte litanie diabolique n'étoitpas né-
cessaire pour éloigner les applications et prouver
que ses personnages éloientgens d'un autre monde.
Pendant que nous en sommes aux répétitions, en
voici de moins fâcheuses , mais qu'il ne seroit pas
mauvais non plus d'élaguer.
.7 ignore
Pourquoi mon fils (jui peut pi'étendre à de grands biens.
D'en jouir noblement veut s'ôler les moyens^
Sans ma permission , il se fait serré taire.
Wpeitt en avoir trois, si ce\dL peut lui plaire.
Est-ce l'aml)ilion qui peut le tourmenter?
Il est de ces emplois cjue je puis acheter.
D'ailleurs, j'ai vingt barons qui m'offrent de le prendre :
Dés demain , s'il lé veut , chez éiiv il peut se rendre .
Ces vers se suivent. Or, il faut avouer que si ,
dans la conversation familière , l'opulence peut
s exprimer ainsi , en poésie, c'est étrangement
abuser du pouvoir. M. Duval ne peut-'W pas aussi
nous rendre ce quatrain intelligible?
Enfin, jusqu'à sa sœur (la petite dévote) ,
Soumise avec orgueil , hautaine avec douceur,
Qui damne beaucoup moins d'un zèle cliaritable
De NOS pouiTes humains la ixice abominable.
jSous savons beaucoup de nos pauvres humains
qui n'enlcîident pas plus celle mystérieuse locu-'
lion qu'ils n'approuvent les ligures suivantes :
Ses aimables secrets sont ceux de l'innocerc ,
( 364 ) •
Que l'on a fait sortir des plus gothiques tours,
Du plus vieux des châteaux pour vivre dans les cours."
Et quelle est I âme honnête
Qui vient de déchaîner contre nous la tempête?
Quelle secrète rage
Au moment du succès fait e'clater l'orale ?
^e pourral-je bientôt en connoilre l'auteur?
Les secrets de r innocence, que l on fait sortir des
plus gothiques tours pour 'vivre dans les cours !
Une diiie honnête qui déchaîne une tempête/ ....
L'auteur d'une rage , et d'une rage qui fait éclater
un orage / . , . Quelles images! quel langage !
En terminant cette analyse , une crainte s'em-
pare de nous 5 celle d être rangés, par l'auteur,
parmi ces hommes qui , ayant critiqué sa pièce
avant nous, sont flétris , dans sa préface, du titre
de défenseurs des "vices privilégiés. Et que de-
viendrions-nous , grand Dieu I si par une extension
très-facile , nous appliquant aussi le paragraphe
qui suit ininiédiatenieni , nous allions être, aux
yeux de M. Duval , a un de ces hommes sans pu-
.') deur , tjUs instruniens des partis , qui n'ont ac-
)) qius de célébrité que par leur audace et leur
j) bassesse, qui s'enorgueillisse/itde leurs trahisons
">) comme on s'honore d'une vertit; qui défendent
» aujourd'hui les nobles contre des ÉPIGRAMMES
» DE comédie, et qui naguère , armés contre le
y malheur, demandoient leur tête du haut d'une
)) tribune ( i )? )jLe vague de cette bizarre accusation
rend la crainte permise à la conscience la plus-
pure. Car à qui l'appliquer? Nous conuoissons ,
il est vrai , nombre de personnes qui ont demandé
la tête des nobles, et qui même l'ont souvent prise
sans la demander. Mais nous ne voyons pas que
(i) Cette phrase, ainsi que celle cite'e plus haut, relative au
caractère de ErigiUe , sont textuellement copiées de la préface
de l'auteur.
( 365 )
ce soient ces personnes-là qui les défendent au-
jourd'hui contre des épigrammes , pai- la raison
qu'elles sont plus conséquentes dans leur con-
duite que les personnages de M. Duval. D'un autre
côté, nous connoissous aussi beaucoup de braves
gens qui défendent les nobles contre des attaques
plus sérjeuses que des épigrammes de comédie,
fussent-elles de M. Duval. Mais il ne nous est pas
revenu que ces braves gens aient jamais demandé
leur tête ni celle de personne , parce que cela 7i'est
pas dans leur caractère. Où donc trouver tout en-
semble ces démagogues-féodaux , ces bourreaux-
défenseurs qui ont fait à la fois l'un et l'autre ?
Seroit-ce , par aventure, dans les régions imagi-
naires où M. Duval a découvert son barou-né-
gociant, son niais d'industrie , sa petite dévote aca-
riâtre; enfin, tous ses diables de pei'sonnages ? Oh î
alors, cela nous rassureroit. Mais aussi, pourquoi
l'auteur ne nous a-t-il pas avertis qu'il revoit en
prose comme en vers? Un mot eût suffi. Il s'agis-
soit seulement d'annoncer sa pièce ainsi : la. Fille
d'Honneur , ou les Visions de M. Duval, songe
en cinq actes , en vers , précédé d'une puéface.
Le Comte O'Mahont.
Bibliothèque Latine, ou Collection d'auteurs
Classiques Latins (i).
Le siècle des lumières a menacé de faire de nous un
peuple de barbares^ il nous entraîne encore avec ra-piditë
(i) A Paris, chez H. Nicolle , libraire , rue de Seine , n° 12 ;
à la Librairie grecque-laline-allemande, rue des Fossés-iNIont-
martre, n" i4; et chez Et. Gide fils, rue Saint-Marc, n» 20
Conditions de la Souscription. Le prix de chafjue volume de
cette Collection est da dix francs en papier fin saline , et de
^'ini^t francs en papier vélin satiné , pour les personnes qui sous-
criront avant la publication de la seconde Livraison. Passe cette
époque, le prix de chaque volume sera porté à 12 fr. el à ^4 <r.
( sru; ) ■
vers la barbarie j et si la Providence n'arrête enfin, par UH-
niira<le c'e sa bonlé et de sa loute-pu ssance , celle marche
el (Vil vante et iffrénée de principes et de doctrines inouïes
d;ins 1 liistoire des nations, cette h^ihav'ie. savcmle , fondée
sur le développement extraordinaire des sciences purement
via té rie Iles ^ et sur le mépris ou plutôt 1 ignorance la plus
stupide des choses intellectuelles^ finira par offrir au
tnonde un spectacle unique de ujisère et de dotgradalion.
Lorsque le malérialisnic scienlifique continue de tout ra-
valer et de tout envahir, appelons dope à notre secours
toutes lesconno'-saances, toutes les éluUes qui.sont dénature
à U'croitre le douaine de 1 intelligence. Pour sàuver noire
goût, revenons aux antiques traditions liitéraires, comme
ji est nécessaire de revenir à nos vieilles traditions morales
et religieuses, pour sauver la société; et s il se présenle
quelque entreprise qui ail un caractère frappant d'utilité
pour les bonnes lettres, considérons comme un devoir de
la publier, de la loutr , d'en assurer, autant qu'il est en
nous, In succès.
Telle est la grande et belle entreprise de librairie que
tous les journaux oi!i annoncée sous le titre de liibliuthèque
l'ti/ii/e, efc. Elle a pour but de l'cmeltre la France au
niveau des i^tudes philologiques que l'tuTOpe savanie ua
pas cessé de cultiver un seul insfaal, tandis que, depuis
tm demi-sièclf , elles sont, à quelques exceptions près,
entièrement négligées pwrmi nous; de nous faire jouif
ainsi de ces trésors d'érudition amassés par nos voisins, et
dont beaucoup de nos geas de lettres ne soupçonnent pas
même rcxistence ; enfin, de ranimer parmi nos professeurs
le goût de ces éludes et de ces travaux d'érudition littë*-
raire, qui demandent tant de soins, d'application, de
conscience, de si longues préparations, et qu'il ne leur
serclt point permis d entreprendre et de publier légore-
jnent, sans se déshonorer aux yeux de cette Europe , la»-
quelle deviendroit nlors pour eu,\' un tribunal ixL&XQCâhie
où ils seroient jugés sévèrement et sans appel.
Les hommes de lettres qui se sont chargés de la haut^ç
Les Souscripteurs ne sont engagr-s <juc pour tous les voliimçjj
composant les œuvres de l'auteur pour lequel iis auront sous-*
crit. Pour les oi!vr3j:es rjUi lormcront p-usieurs v.olumes, ntt
diîvra toujours payer le dernier volume d'avance.
( 367 )
direction de cette entreprise , et dont plusieurs sont hano-
rablement connus par des productions analof^ues à ce
f;enre de travaux, ont conçu un plan simple, savant,
judicieux , qui semble complet dans toutes se» parties , et
dans lequel, sous le rapport de cette érudition philolo-
gique, ils ne craignent point de reconnoitre à la fuiç «t
notre foiblesse actuelle et la supériorilé incontestabfe de»
savans étran|!;ers. On aura de la peine à croire , et cepen^
dant il est très-certain que cet aveu leur a été reproché
comme une espèce d'atteinte portée à ta gloiie nationale.
Jusqu'ici ce fanatisme farouche d'un absurde patriotisme
sembloit s'être renfermé dans la politique : ce sera un trait
caractéristique de l'époque oii nous vivons, qu'il ait pu
s'introduire jusque dans la république paisible Et cosnto-'
potite des sciences et des lettres.
Ces vrais littérateurs qui pensent que la gloire nationale
ne consiste pas plus à faire des sottises, qu'à poursuivre
avec entêtement celles que Ton a déjà faites , n'en ont
pas moins persévéré dans le plan qu'ils avoient si savam-
ment médité, et qui est en effet lo seul vraiment raison-
nable qu'il fôt possible de concevoir. Deux Prosperius ,
qui se sont succédé dans le courant de l'année dernière ,
en ont développé toutes les parties et fait sentir tous les
avantages. Ce plan vient d être de nouveau présenté plus
succinctement dans une notice qui accompagne la première
Livraison de la Bibliothè(jue Latine^ publiée daas les pre-
miers jours de ce moisj et nous pouvons assurer qu'il est
tracé de manière à nous faire jouir, sur tous les écrivains
classiques de l'ancienne Pvome, des travaux les plus par-
faits exécutés par les philologues modernes les plus ha-
biles, de ces travaux que le suffrage de l'Europe entière
a consacrés •, de nous en faire jouir dans un m-illeur ordre,
avec une plus grande correction, et une supériorité d'exé-
cution typographique incomparable j car, sous ce dernier
rapport , nous avons incontestablement surpassé toutes las
autres nations.
Cette première Livraison se compose de deux volumes :
le premier, du VjRGILEde He^ne; le second, du TACITE
d'Oberlin.
Le VlRGIi-E aura 6 volumes, en y comprenant le Con*-
mentaire du célèbre F'oss ^ traduit.de l'iiUemand en latin.
( 368 )
et celui de Servius, imprimé d'après un manuscrit de la
Bibliothèque du H«)i , non encore dépouillé. LeTACITE,
4 volumes dans lesquels on trouve, a ; i". des Annotations
nouvelles, inédites^ et imprimées sur des notes manus-
crites laissées par Oberlin; 2°. Un travail très-eslimé sur
le Dialogue de claris Oratorit/us ^ dont l'auteur est le
savant philologue allemand M. Schulze.
DU COIN SERVATEUK ,
DE LA MINERVE ET DE LA CORRESPONDANCE PRIVÉE.
Définitivement, le Consen-ateiir se place à la
tête de l'opinion , ce que nous remarquons , non
pas pour nous , à qui ce succès est individuellement
tort égal ,mais parce que cela prouve ce que nous
avons souvent répété , sans qu'on voulût le croire,
que l'opinion royaliste est l'opinion doiiiinantede
la France. 11 étoitaisé aux autres opinions de triora-
pherlorsqu'ellesparloientseules : maislorsquenfin
l'opinion royaliste a trouvé un organe, le combat
n'a pas été long-temps douteux. Il a fallu cpielaue
courage pour commencer /e Coiiservaleiir ; il a
fallu secouer des préjtigés, surmonter des obsta-
cles de iDosilion, affronter quelques orages , faire
le sacrifice de son repos 5 mais nous sommes pavés
de ces sacrifices. Maintenant, il y a une opinion
royaliste forte en dehors des Chamljrcs. Les mi-
norités ont un public qui leur répond. Dans l'é-
tranger, le Conservateur commence à exercer une
influence considérable. Les journaux anglais, et
notamment le Courrier, s'appuient do son autorité.
En France, il fait naître une foule de feuilles
royalistes qui croissent suh umhrà a/aruni . Le
Drapeau blanc et la Bibliothèque Ro_yaliste s,q dis-
tinguent parmi les champions de la légitimité.
( 3(39 )
L'Un perce les ennemis avec les traits du ridi-
cule- l'autre nous donne des pièces authentiques
sur les révolutionnaires qui sont aujourd'hui des
personnages. C'est ainsi qu'il faut dans une ar-
mée des troupes de toutes armes pour combattre
sur tous les "terrains.
Aussi la fureur minisférielîe est-elle grande
contre fe Conservateur : on l'attaque, on le dé-
chire, on cherche à lui jouer mille tours. La Li-
vraison où se li'ouve le fameux rapport de M. de
Cazes , a eu toutes les peines du monde à arriver
à sa de-îtination. Huit cents réclamations pour
défaut d'exactitude sont parvenues , dans une
seule fois , à M. Le INormant. Il faut que les
chemins, soient bien mauvais ! !^ous savons aussi
qu'à la frontière suisse le Conservateur éprouve
■de^ retards. JNous espérons que cela ne découra-
gera pas nos lecteurs. Il est tout simple que cer-
taines gens cherchent' à retenir des mains indis-
crètes qui leur portent sans cesse le flambeau au
visage : il seroit plus commode de marcher dans
l'ombre.
A mesure que le Conservateur s'élève, les ou-
vrages opposés tombent ou subissent des révolu-
tions. Chénier, dans une de ses coîtres , disoit à
Voltaire :
« Tu perdis ton esprit quand tu fus chambellan. »
Il paroît qu'on perd son esprit quand en de-
vient ministériel. On ne reconnoît pli*s la Mi-
nerve \, depuis qu'elle conduit le jeune Télémaque
ou le nouveau ministère par la main 5 on dit même
que les rédacteurs de cette feuille sont divisés j
qu'une partie, pluo ferme dans ses opinions, veut
passer à un autre ouvrage sémi-pe'riodique.
Il paroîLque les vapeurs qui offusquent les régions
ministérielles, non seulement donnent à l'esprif
une certaine pesanteur, mais qu'elles troMblclil
Tt'îîH II, — ai*" LiYBAisoîT. 24
encore le)ujj;eincnt. Les objets paroissent donblos
dans ce pays des illusions 5 les comptes s'enflent ,
les chiffres se midtiplient 5 on croit lire des nom»
funestes, des noms de royalistes, comme les mots
tracés sur la muraille au festin de Baltazar. On sait
que la liste des pensions de l'Etat a été imprimée
tn dix; volumes iiî~^° . La 3Iinerue a vu dans la
liste de ces pensions des choses singulières ; ap-
paremment qu'elle a fait faire pour elle seule une
édition particulière. INous avons confronté ce
qu'elle rapporte avec ce qui se trouve dans l'édi-
tion distribuée aux Chambres , et voici ce que nous
avons trouvé :
ÉniiioK HE lA Minerve.
Vkhsion de ia Minehye .
Édition des Chambres
ConeetioHs a faire.
Ton». I. . ..
Pag. 47.-.
Le lieutenant-général B. . .
Ne se trouve pas ^ cette
page.
V
23().. .
Le comlc de L.
Ne se trouve pas à cette
page.
ni...
127.,.
M. de H
Ne se trouve pas a tetle
page.
ni...
569...
Une dame de I5e... jouissant
Ne se trouve pas à cette
d'une pension de 2000 fr.,
page.
parte qu'elle est abandon-
née de son mari
X...
20G...
Une veuve graliCéc de 6000
Ceci se trouve h la page
fr. de pension, en consi-
indiquée; mais il faut
dcralionde l'impossibilité
ajouter vendus par juiU
où elle se trouve d'exercer
du séquestre.
sa reprise sur les biens de
v...
37...
Femme divorcée de M. de...
Ne se trouve pas à cette
vni.
saS. ..
Le portier d'une Chartreuse
Se trouve a la page indi-
(si heureusement choisi),
quée. C'est un vieillard
de 80 ans : il a 5o fr. de
et qui ne peut échapper a
M. E. J. comme étant un
pension pour 33 ans de
des commensaux de l'E-
service.
6''se.-
\n..
335...
Le jardinier de l'Abbaye..
S'y trouve; et c'est de
même un vieillard de 81
ans: ila 5o fr. de pension.
X...
643...
Le domestique du couvent.
N'est pas ainsi designé.
VI ..
658...
L'officier laY(jue de la ca-
S'y trouve en effet j il a 44
IV...
iCg...
thédrale ■...>....■.....
Ir. de pension.
On trouve la femme Don-
D..., pour services de ses
ancêtres dans la garde de
bleau , veuve , 79 ans ;
Paris ou le guet..
Cl fr. de pension.
1
iSfi...-
B..., garçon du château
el de la ménagerie ,
§'y trouve.
( 371 )
Edition es
La 51inei\ve.
Version ds la. Minsrvk.
EoiT.oN CES Chambrés.
Correctiont à faite.
Tom IV. .
Pag. 538...
F..., service de famille
N« se trouve pas ainsi in-
dans là niAison du Roi de
diqué.
Pologne
IV...
263,..
B... d'A..., p»hle-fille
d'un brigadier du Roi...
Ne s'y trouve pas.
IV. .
a63...
G. . . et Û. . . , 6ls et fille Ne se troaveot pas.
d'une vicliine de la rcvo»
lution...
m...
7o3. .
M..., en considérai ion de C'est M« de Margucrie, qui
la mort glorieuse de son louche une ancienne pen-
frère si?p ( 267 fr. ).
IV. .
487...
Les cnfans Cr..., veuvcsiH n'y a dans cette page
de gardes nationaux
que la veuve d un chet de
brigade.
X...
58....
Le volontaire royal (qui ne
N'est pasdéiigné dans cette
peut, selon M. E. J. , ni
p..ge.
avoir reçu de blessure ni
I ...
3....
servi dixao s).. .........
Ne se trouve pat ^ la page
Félix Bault, musicien de
le chapelle du Bol
indiquée.
IV...
i>33...
La »C'.ve dont le mari a été
assassiné par les rebelles
de Gardonniiye , et dont
le pension e-t de 600 fr. i
N'y est pas.
IV...
479...
A l'épouse d'un représen-
La pension la plus éleve'c
tant immolé pour la bonne
de cette page est de 4oo f.
cause , une pension de
i5oo Ir.
X...
546...
L'homme victirtie rie son
.Se trouve, à l'otcéption
dévouement a ses devoirs
que c'est une veuve; elle
a 2G7 fr. dé pension.
VII...
6.3...
Deux orphelines du même
C'est Mlle Maudull , fille
père , dont une âgée de
41 ans. .. et qui ont
d'un professeur, collègue
de M. Tissot. Elle a Soo f.
Enfin, M. Barigoul.'.
N'existe pas.
Pour épuiseï' l'histoire des jouniaiix; , nous ap-
prendrons à nos lecteurs uue griinde nouvelle : il
y a guerre civile t^iitrè lies Cor responddn ces pri-
vées. Une d'elles attaque M, le mai-éclial Gouvion-
Saint-Gyv , et l'autre tire sur M. le comte de Gazes.
Celle-ci à propos des destitutions projetées, de-
mandées , et tous les jours accoinplie.s , s'exprime
ainsi : « Le niai;;échal Gouvion-Saint-Gyr agit,
» sous ce rapport, av-ee plus d'efficace peut-être
)) que le comte de Care.s. Le niaréclial consulte
1) différens olHciçfS - généraux dont le caractère
( 372 )
» décidt: est un favorable soutien de so« ésergie ,
)) tandis que le comte de Gazes paioît s'appuyer,
» trop implicitement peut-être, Sun l'opiniou de
î) conseillers choisis parmi certains députés , cou-j
î) nus sous le nom de doctrinaires, des hommes
)) qui possèdent plus d'idées spéculatives que de
5) science pratique, qui sont très-ingénieux, dans
» la théorie , mais timides et inexpérimentés dan$
> la théorie. )>
Ou prétend que cette division, annoncée dan»
les Correspondances privées ^ existe en effet dans
notre ministère. Dans le récit qu'on en f;tit,
MM. les ministres de l'intérieur et de la marine
seroient opposés à MM. les ministres de la guerre ,
des finances et de la justice; M. le ministre dc^
affaùfcs étrangères seroit tout seul , mais inclinant
au ministre de la guerre. On assure qu'une sc«"ne
assez vive eut lieu dans un des derniers conseils r
M. le comte de Cazes proposa, dit-on, de faire
nommer Mgr le duc d'Angojiléme généralissime
des armées , avec la nominatio aux emplois , plac*î
semblable à celle qu'occupe INlgr le duc d'Yoj-ck,
en Angleterre. On prétend que le ministre de \<\
guerre , qui a ses raisons pour vouloir garder les
nominations , combattit la proposition de M. l<î
ministre de l'intérieur, et l'emporta sur lui dans le
conseil.
Que le ministère soit divisé ou qu'il ne le soit pa^.
que cette division soit réelle ou apparente , peu
importe. Ce ministère a si peu de taitvit, et paroit
si foible, qu'il ne peut long-temps subsister ; il ne
fera que transmettre son SAstènie désastreux à des
successeurs qui achèveront notre ruine ; il n'est pas
ià pour finir , mais pour garder la plac*:" à ceuK qi i
auront des principes encore plus funestes, cl Uiie
volonté plus ferme que lui.
Z
( 3n3 )
^ Paris, 21 février 1819.
Les hommes monarchiques commencent à re-
prendre du crédit ; nous n'en sommes pas fiers ;
hous convenons volontiers que nous devons plus
à l'incapacité de nos ennemis qu'à notre propre
mérite; mais enfin c'est quelque chose, qu'un parti
qu'on disoit abîmé sans retour il y a quelques
mois, dont les paroles sont devenues assez frap-
pantes pour que le ministère s'en occupe le même
jour à la tribune et dans le Moniteur j journal qui
a le double privilège d'être officieux sans en rougir,
et officiel sous tous les gouvernemcns , sans en
éprouver le moindre embarras. C'est cordme le
■Bulletin des Lois.
Le Moniteur du 18 de ce mois contient un petîÉ
article plein d'emporfement contre les hommes
qui ne veulent pas qu'on guérisse le mal qu'ils ont
lait. Nous avions cru d'abord que cet article s'a-
dressoit aux hommes qui ont fait le 10 août , le
21 janvier, et plus tard le ao inats , et qui en sont
trop fîei's , en effet, pour vouloir qu'on guérisse
les maux qui sont résultés de ces fatales journées ;
mais comme on désigne cexix devant lesquels on
tremble en ce moment, par le titre d'hommes sans
cesse vaincus, il est clair qu'on s'attaque aux roya-
listes. Caton aussi fut sans cesse vaincu , et la pa-
trie avec lui; mais on ïie l'imprimoit pas dans le
journal officiel de Rome. Les auteurs de l'article
qui nous occupe ont oublié tout ce qu'il y a d'in-
convenant aujourd'hui dans l'épithète qu'ils don-
nent aux ro3'^alistes , puisque les royalistes n'ont
été vaincus qu'autant que la royauté a été pros-
crite ; il est même impossible qu'ils soient vain-
cus autrement. Celan'estpas fort délicat à rappeler
dans un journal payé par le gouvernement. Les
événemens ont prouvé que les royalistes peuvent
( ^74 )
survivre à la royauté • s'il n'en ctoit pas ainsi ,
comment auroit.-ou retrouvé une France toute
royaliste pour accueillir nos princiies légitimes
lorsque Dieu a permis quils revinssent dans leur
royaume ? Quoi qu'on en dise , un peu d'obslina--
tion ne messied point à ceux qui ne placent pas la
monarchie en viager^ et qui ne regardent les gour
yernemens de fait que comme des exceptions.
Le Moniteur i^i'Hf'Tnâ. que nous parlons de guerre
civile et de champ de bataille;; veut-on que nous
parlions du Champ-d' Asile? Qù /e 3Toniteur a-t-il
trouvé des provocations à la guerre civile dans
nos écrits^ daijis uos discours? Il anroit fallu citer.
Nous citerions, nous, et les cris publics : jl bas
les préfres/ à hqs les iiohles! ft des ouvrages im-
primés, dans lesquels on dit tout crûment qu'il
faut no lis réduire à la copdilion des Ilotes. Cela
ne nous émeut pas ; ks r-aturrialcs u'ont qu'un,
temps. Si nos prédictions sui' les dangçrs que court
la monarchie émeuvent le? grands directeurs de
nos desliȎe'', c'est qu'il leur est impossible de ne
pas en être troiiblés; une conscience plus foi te
que les spphîsrnes, plus forte même que lamour-
propre , les avertit de l'état de la société^ et, dès
«^^u'fls accusent nos phrases de tout le mal qui est,
ils reconnpissent donc que Ri mal existe. Or, fautr
il des efforts prodigieux d'esprit pour décider û.
ï'prdre social périt par les paroles de^ Itommes
sans cesse vaincus, ou par l'incapacité des liommcs;
toujours vainqueurs? çst-çe nous qui ayou;, fait
périr la Convention, le Directoire et l'Empire?
On menace de brûler les châteaux des Ilotes ^
Qu'est-ce que çeU nous fait? A peine iious reste-
t-il des maisons 5 et i| y a encore, dans les dépar-
tement de l'Ouest, de grands espaces où ou ne
trouve plus de chaumières. En est-ou moins ïuo-
narchiq'ue pour cela ? Nous ne foîidous pas nos
oj>inion» sur des batimens, mais sur des principes
( 3;^
justifiés par les siècles; et, toutes les fois que la
justice sera violée, nous crierons comme les pro-
phètes : malheur aux gouvernemens! La justice
et la société ne sont qu'une même chose; les pe-
tites combinaisons des hommes dont l'esprit a été
faussé par les révolutions ne peuvent altérer les
vérités sur lesquelles rejjose l'ordre social.
Xe Moniteur veut aLsolument nous présenter
comme opposés aii relonr des bannis. Que nous
importe! La Chambi'c de i8i5, qui représentoit
les royalistes, a refusé d'intervenir dans les pros-
criptions nominales; le fait est hors de contesta-
tion. C'est le minislère seul qui a dressé la liste
des bannis; il l'a alougée dans le temps, il l'a
raccourcie depuis peu : tout comme il voudra. Si
la première époque é^toit au moins sévbre , ainsi
que l'aJfume le Moniteur, si alors les passions du
ministère ont alongé la liste , quelle est , pouf la
société, la garantie que c'est maintenant la justice
q^ui la raccourcit? Nos observations n'ont jamais
été plus loin. C'est contre l'arbitraii^e déterminant
ie uombre et la qualité des baïuiis , et contre
l'arbitraire prononçant sur des hommes dont le
sort a été fixé par une loi , que lîous nous cievxins-,
parce que nous ne voulons pas d'arbitraire. En
vaiu l'esprit de parti voudra nous rendre respon-
saKles des exils, et nous niontrer opposés à la
clémence exercée dans les limites (ixées- par les
lois: il n'y parviendra pa^. Larpveuve en est dai>s
l'article même auqiirel nous répendons. Ou y
trouve ces paroles remarquables : « Le ministère
w actuel a-t-il poursuivi ,. persécuté , pyoscri t queî/-
» qu'un? Réclame-t-il des lois d'exception? »
\ous ne parles que <Vu ministère actuel y de
celui sans doute qui a été foi-mé si singulièrement
il y a deux lOtois. Hé bien , nous convenons quie co
luiuislère n'a rien fait , nous canvenon» même
t^a il ne peut rien faire ; seulcax-înfc il garde les
( 3:6 )
ordonnances et îos lois dVxcpptjoTi qu'il a trouvées
toutes faites , et il les applique selon réqufté telle
qu'il la corapi-cnd dans l'élendve de ses lumières.
TMais , puisque vous avouez qu'on est condamnable
pour avoir poursuivi , peisécuté , proscrit queî-
qnun ; puisque vous posez en fait que c'est un
crime d'avoir demandé des lois d'exception, pour-
quoi nous mêlez-vous dans tout ceci? Ministère
actuel , regardez dans votre sein . et voyez qui
vous accusez : le jour de la vérité approche. ISous
ne voulons que cet aveu de votre part , qu'un mi-
nistère est pur quand il n'a ni persécuté , ni pros-
crit , ni demandé des lois d'except!t)n , pour rap-
peler à l'un des membres du ministère ocluel cova-
bien de fois nous lui avons prcditque ce n'est pas
devant les royalistes qu'il toraberoit, mais devant
ceux avec lesquels il s'est uni trop tard pour qu'ils
puissent lui pardonner ses actes, ses diîcoijrs et
ivs lois d'exception qu'il a si vivement sollicitées
contre eux. Qu'il réfléchisse sur cet article du
Moniteur . A travers des mensono'es, des déclama-
tions, des fureurs enfantines, il ne trouvera de
positif que la condamnation de son ministère de-
Fuis i8i5 jusqu a i>^i8. Si on lui a communiqué
article comme au directeur suprême de Topiuion
publique , on l'a joué ; si on ne le lui a pas com-
niuni(]ué , on dispose donc de son avenir sans
même le consulter. Et on nous accuse, nous autres
royalistes , de ne pas intervenir dans toutes ses
petites perfidies. ÎSous avons encore as<;ez d'in-
fluence sur l'opinion publique pour pouvoir agir
contre un ministère divisé j mais nous méprisons
ces ressources. C'est dans l'intérêt de notre patrie
que nous écrivons j c'est la vérité utile à tous que
nous imprimerons avec franchise. Nous pouvons
être sévères en parlant d'un minisire: mais, si nous
étions ses collègues, nous rougirions d'emplovcr
le journal offic-iol pour avoir l'air de crier contre
( 377 )
tin parti 5 et, dans le fait, pour accuser celui qui ,
maître de coiiiposer le ministère, nous auroit
appeli-s comme un appui.
Si le public étoit curieux de connoître de quell*^
main part l'article du Moniteur qui accuse M. de
Gazes, il lui sulîii'oit de se repoj'ter à la séance de
la Chambre des Députés, du i5, dans laquelle
M. de Serre a fait une déclaration si positive contre
les actes arbitraires et les attentats à la liberté pu-
blique, et a promis, pour lui et pour les siens, de
réparer les maux; causés par une trop funeste in-
fluence. Cetie manière xn^ue de s'exprimer peut
bien attirer 1rs applaudissemens d'un parti qui est
dans le secret des choses qu'on veut faire entendre ,
mais elle ne satisfait jamais une nation qui a droit
d'exiger qu'on lui signale 'ses ennemis, et qui nié-
piîse ceux qui vont se cacher dans les colonnes
d'un journal pour expliciiier ce qu'ils n'auroient
pu dire à la tribime sans s'exposer à une sévère
réplique. Que signifie une trop fan es fe influence ?
Sous Buonaparte, la phrase auroit paru dirigée
contre le despotisme militaire; aujourd'hui le bon
sens et rim])artialité l'appliqueroient aux fausses
doctrines; prononcée en Espagne, elle rappeleroit
les malheurs causés par ce que M. l'abbé de Pradt
appelle le favoritisme. Il a fallu une colonne du
Moniteur pour nous révéler que les maux dont
gémit la France sont causés par la funeste influence
des royalistes. Ce ne sont cependant pas les roya^
listes qui ont deux fois fait visiter la France par
l'Europe armée ; ce ne sont pas les royalistes qui
viennent d'accorder une année financière de dix-
huit mois, avec la certitude que les impôts n'é-
prouveront aucune diminution; ce ne sont pas les
royalistes qui ont demandé les lois arbitraires dont
on fait tant de bruit aujourdhui qu'on croit ne
plus en avoir besoin. Si les journaux ne nous
trompent pas, le ministère actuel:, si pur de nos
( 378 )
malliriirs, si étranger aux atteintes portées à la
Constitution , » voté pour toutes les lois arbi-
traires, pour toutes les interpr 'Citions do ia
Cliarte- il ne propc^e le rapport d'aucuoe loi
d'exception j et c'est M. le comte de Caslellane
qui , dans la ChamLre des Pairs , a le premier de-
mandé qu'on en finît de la loi des cris et écrits
séditieux j ce sont tous les pairs connus pour être
royalistes <iui se sont levés pour appuyer la pro-
position. Non, la France ne sera plus trompée.
Oublieuse de sa nature, elle n'a senti le besoin
d'avoir de la mémoire que, depuis qu'en lui prê-
chant l'oubli, on n'a excepté d'une tolérance né-
cessaire , après de longs troubles civils, que les
royalistes qui n'ont rien à faire oublier. Hé bien ,
ils écriront Thistoire, l'histoire de chaque jour;
et comme ils permettent de scruter leur conduite ,
de juger leurs paroles, ils jugeront la conduite et
les paroles de leurs adversaires, non dans leur in-
térêt personnel , mais dans l'intérêt de la France.
Ils pèseront les majorités, et feront remarquer
que, dans une Chambre où l'on ne trouve plus
soixante des royalistes désignés par l'ordonnance
du 5 septembre, quand une mesure comme celle
de l'année financière est repoussée par cent voix,
cent voix alors valent plus que cent trente-deux
qui approuvent. Il y a deux siècles que les Anglais
savent cela.
M, l'abbé Louis a apporté à la Chambre des
Députés un projet de loi pour les petits grands-
livres qu'il veut établir dans chaque chef-lievi de
département. On s'est demandé pourquoi une loi ,
puisqu'il ne s'agit pas d'argent à lever, mais d'un
moyen plus facile pour placer des rentes qui sont
aujourd'hui hors delà puissancelégislative? Ce qui
se passe entre la trésorerie et ses agens dans ie&
départemens, n'est pas du domaine delà loi> Oa
iait tant de choses avec des ordouuauces , que
( 379 )
tétoit bien ici le cas d'en user. r>I. l'abbé Louis
^'c\st sans doute persuadé qu'un arrangement de ce
;>enre ajouteroit à la force du crédit public, si là.
loi intervenoit; c'est une erreur. La rente ne
convient pas aux propriétaires de province : voici
])nnrquoi. C'est que, plus on place de rentes, plus
il faut augmenter les impôts; et nous ne voyons
pas le bénéfice que nous aurions aujourd'hui à
donner quatorze mille francs pour avoir raille
francs de rentes, puisqu'on ne nous les paieroit
qu'en nous imposant mille francs de plus. Si la
rent^^ ^e place sur tous les ])oints de l'Angleterre
comme à Londi>es. c'est qu'en Anglcrre la contri-
bution foncière est fix;e et à peine sensible. Il faut
bien que les propriétaires portent leurs économies
dans les fonds publics. ISous autres Français,
nous attendons que lès impositions nous per-
mettent de faire des économies , et nous ne
sommes pas encore à en chercher l'emploi.
C'est une belle chose que les finances; on ne,
devroit jamais les oublier, même dans les calculs
qui ne paroissent pas y tenir de près. Par exemple,
nous avions mis en doute si le ministère delà police
s'étoit fondu dans le ministère de l'intérieur, ou si
le ministère de l'intérieur s'étoit noyé dans le mi-
i^istère de la police. Nous penchions assez vers cette
dernière opinion. Mais ne voilà-t-^-il pas qu'on
vient (\e nous révéler un fait qui change tous nos
calculs. La foule nombreuse qui vit de la caisse de
Ifi police , s'est présentée pour toucher le mois de
janvier, etn'a obtenu du caissier, qui est fort poli ,
que des salutations et des espérances. En effet, un
niiiiistèrc-suppriméne peut plus avoir de budget^
rpême provisoire. Aucune loi n'ayant dit que
D.î. de Gazes auroit la suite du ministère de la po-
lice, il ne peut dépenser loo fr. comme ministre
de cette partie, sans s'exposer à être accusé comme
concussionnaire; et ce n'est plus le moment d*'
( 38o )
plaisanter; nous avons montré tout à l'heure que
l'époque des accusations est arrivée pour crvlains
raiuistres. Il nous semble impossible que le minis-
tère de ]a police, qui n'existe plus, paroisse dans
le budget de 1819, fameuse année de dix-huit
mois qui aura bien assez à régler pour ce qui est
ostensible , sans s'occuper de ce qui ne peut plus
s'avouer. Cela donne de grandes i^nquiétudes à
beaucoup d'honnêtes gens ; les préfets et les sous-
préfets surtout en soutdans des clarines mortelles j
cal* enfin on ne peut laisser mourir de faim de res -
pectables serviteurs qui ont utilisé la jjolice depuis
1*1. Cochon jusqu'à nos jours. Une dictature qui
disparoît tout à coup laisse un grand vide. On ne
se sait si toute la constitution sera assez volumi-
ueuse pour le remplir.
II n'est toujours bruit dans un certain monde
que du mal que fait /é Conservateur. ]N'a-t-il pas,
par la force de l'exemple, émancipé la plupart des
journaux de département? Ils commencent à se-
couer le joug des mensonges que leur apportent
les journaux de Paris 5 ils réclament la constitution
comme si elle étoit faite pour tout le monde; ils
repoussent les attaques portées contre les roya-
listes , et font rire la pvoA ince aux dépens des sots.
S'il faut un jour de l'esprit pour faire le mal, il
s'opérera en France une grande i'évolution. Par
exemple, lorscfue la vérité n'appartcnolt quà
ceux qui avoient le privilège de la faire , on n'au-
roit pas su que la proclamation du généi*a] Elio
sur la conspiration déjouëc à Valence, insérée
dans tous les journaux , étoît niutilée, et qu'on en
avoit retranché le paragraphe suivant :
« Si l'horrible tableau que je viens de vous
»- tracer des suites naturelles des révolutions, vous
n paroît un jeu de l'imagination , portez vos re-
» gards sur la France. \ous le trouverez aft'reu-
' sèment réalisé dan«: l'histoire de nos jours. Les
( 38. )
» maximes qui perdivenl cette aalique monarchie
» sont les maximes qne professent nos ennemis;
)) c'est par elle qu'ils veulent aussi opérer notre
» destruction. Mais vassurez-vous, Espagnols; le
» Dieuprotecteui'de la nation catholique a donné
w au peuple de cette péninsule de plus grandes et
)) de plus solides vertus , et rien n'est capable de
)) le séparer de sa lidélilé à son souverain et à la
)) religion de ses pères. »
Il nous semble qu'il y avoit moihs d'inconvé-
nient à laisser imprimer ce passage, qu'il n'y en a
à répéter les éternelles menaces qu'on adresse du
dehors à la France si elle rentre dans la carrière
des révolutions; car enfin les menaces irritent^" et
il n'est pas prouvé que l'esprit de la révolution ne
puisse éclat(îr qu'en France. Si nous avons nos
insurrections de collèges, ce n'est qu'après avoir
vu éclater des insurrections dans des universités
étrangères à la nôtre. Il est vrai qu'il y a quelque
chose de plus précoce de notre côté; cela tient
peut-être à la qualité du terrain et à la température.
M. Royer-Collard n en est pas moins embarrassé
d'expliquer la cause des mouvemens qui «ît eu
lieu dans les lycées; il faut qu'un doctrinaire re-
monte aux causes ; cela est de rigueur. Il a fait
écrire, ])aT la Commission rovale d'instruction
publique, à JMM. les recteurs des académies , ujie
lettre excellente pour MINI, les recteurs des aca-
démies, mais qui est dét< stable dans les journaux.
Si des provocations écrites ont été en eftet em-
ployées pour soulever la jeunesse des collèges,
pourquoi la discipline des maisons d'éducation
est-'^lle si foible qu'elle ne puisse garantir des provo-
cations du dehors les élèves mis sous la tutelle de
l'Université? Ce qui est arrivé une fois arrivera
donc encore, s'il plaît de nouveau à des hommes
pervers d adresser des provocations à la jeunesse
des collèges ? La commission royale affirme que
( 382 )
la calomiiie seule a pu racler des opposilions poli-
tiques et religieuses aux écarts de quelques écoliers
mutinés. îNous crayons nous rappeler quelques
aiticlcs mis dans les journaux, avec permission de
qui de droit, dans lesquels on avouoit que les
premières rumeurs étoient venues de souscriptions
pour le Champ ■d' Asyle , souscriptions que les
élèves touioient par excès de patriotisme et de
gloire , et que les proviseurs croyoicnt ne pas de-
voir favoriser par esprit de convenance. Est-ce
qu'il n'y auroit rien de politique dans la manière
d'être patriote? Il v a des gens qui s en font un
métier , et ce n'est pas le plus mauvais depuis
trente ans. Pour la gloire, on ne peut pas dire
qu'elle ne tienne pas à la politique ; elle a créé les
gouvernemen.-. de fait. M. Rover-Collard attribue
tous les désordres à une indulgence inipré^'oyafilc.
Ce n'est -certainement pas une révélation. Qui ne
sait, par expérience, que lindidgence impré-
voyante excite la rébellion? li y en avoit mille
exemples avant les insurrections de collège. La co wi-
mission rovale d'instruction publique veut quele.s
proviseurs tirent ^/e leur situation et de la nécessttt-
l'auioritfc suffisante pour rejeter à 1 instant même
de 1 établissement les élèves qui donnei'oient lieu
à des plaintes graves. On retrouve ici les nrxémes
principes qi;i ont produit l'ordonnance des exilés
et l'exil des régicides après les cent-jours. Aussi
se demande-t-on quelle sera la garantie pour les
professeurs qui s'appuieront sur leur situation et
sur la nécessité , qu'ils ne seront pas dénoncés six
mois après à l'Europe entière comme ultra-uni-
ACrsitaires. Quand les institutions sont fausses et
les doctrines détestables, la sévérité de circons-
tance ne guérit ritn, et souvent elle aggrave le ma!.
C'est à la source qu'il faut remonter; et s il est
un point sur lequel les partis soient d'accord, c'est
sui' l'impossibilité de considérer l'éducation pu-
_( 383 )
bliquecommt'uneuiiitédans unpavsoù on attatjué
sans cesse les institutions et les principes monar-»
chiques.
On croyoit l'affaire de M. de Richelieu finie j
on ne vouloit phis en parler. Voici qu'un journal
nous annonce que le noble Pair a disposé , cii
faveur des hospices de Bordeaux, de la récompense
nationale que les Chambres lui ont décernée d'une
manière bien neuve en France. On ne pourroit
mieux placer une dotation dans laquelle il entre
des cimetières. Il faut espérer que ce drame po-
litique est terminé, et que le dénouement, con-
forme aux règles de l'art, (déconcerte les médians
et fait triompher l'innocence. Les amateurs de
i*approchemens avoient remarqué que la première
proposition d'un majorât pour M. de Richelieu
avoit été faite, à la Chambre des Députés, dans
la même séance où on avoit refusé de faire honneur
aux traites tirées de nos colonies , par la ci'aiutR
d'augmenter les charges publiques.
Il paroît qu'on ne veut pas renoncer à l'habi-
tude de faire des lois incomplètes , parce qu'elles
ne se lient à rien. On a apporté à la Chambre une
apparence de loi sur la culpabilité des ministre».
Le public y a cherché ce qu'il n'y a pas trouvé j
c'est-à-dire des garanties contre les abus du pou-
voir. On dirôît que nous ne voulions avoir une
loi sur la resjionsabilité, que pour savoir co'.ument
on procéderoit contre les ministres.'^ La belle sa-
tisfaction '. Ce qui nous intéresse, c'est que les ageîis
du pouvoir royal ne puissent impunément violer
les libertés publiques et privées. Ce projet de loi
est encore à l'examen de la Chambre des Députés^
et voici les journaux qui nous annoncent une coin-
mission réunie chez M. le garde des -sceaux pour
faire un autre projet de loi sur la responsabilité
des agens des ministres. Est-ce que les ministres
et leurs agens ne pouvoient pas se trouver dans la
même loi , dès qu'il est question de punir les abus
( 384 )
de pouvoir? Ne s'agira-t-il aussi que de i-églor la
manière de mettre les comrais en jugement , et
:i-t-ou la prétention de consacrer ce qu'on aprjL'Ue
la justice administrative , c'est-à-dire les exceptions
en faveur du fort contre le foible ? Il ne faut pas
s'y tromper j le moindre commis a derrière lui sou
administration tout entière ; le Français qui paie
et qui n'est point paye est au contraire isolé. C'est
à lui qu'il faut porter secours. Notre situation po-
litique a, de plus, introduit des délits nouveaux,
qu'il estindispensabie de caractériser. Nous n'avons
aucune loi contre les atteintes portées à la liberté
des élections 5 en Angleterre il y en a, parce que
dans ce pavs , où cependant il n'y a point de pré-
fets, on a senti que la première des libertés pu-
bliques étoit la liberté des sulTra^es. Autrefois ou
iaisoit retirer les troupes des lieux oii se tenoient,
l^es assemblées publiques ; les troupes alors éloient
et paroissolent dangereuses. Nos mœurs sont chan-
gées à cet égard. Mais seroit-il sans nécessité de
faire retirer le préfet et les sous-préfets au moment,
où les collèges électoraux s'assemblent dans un
département? La loi ne pourroit -elle pas porter
une peine sévère contre tout préfet qui obticmlioit
de TaTanccment dans l'année où les élections au-
roient été faites dans le département qui! admi-
nistre? Si la liberté des suffrages ue'gagnoit pas u-
cette mesure, la pudeur publique y gagueroit, et
c'est beaucoup. Nous verrons de quelle manière
paternelle le ministère proposera de punir ses
agensj s'il les traite avec la même indulgence dont
il a usé pour lui-même dans le projet de loi sur la
responsabilité des minitres, les Chambres auront
beaucoup à faire.
Vingtième Livraison, pag. 329, lign. 4^, au lieu de neuf
évêques, etc:, lisez vingt-neuf évéques.
IMPRIMERIE DE LE NORMA^T, Rl'E DE vSEINli:.
Tome II.
Pins, t-deuxiem c L îvra ison.
^f Le Roi , la Charte et les Honnêtes Gens. ^
^
\, Mars 1819.
^i>
'f'ue (Ce ^ctne, tyô " ô\
ON SOUSCRIT
A Paris, chezLENoRMAIST fils , Edileur, rue de Seine, n° 8 ;
Et chez les Libraires des Départemens, ci-dessous désignés :
Bayonne,
Beauvais,
Besançon,
Bordeaux,
Abbeville, chez Grare.
Agen, îsoubel.
Alençou, Bonvoust.
. \ Fourrier-Marae.
Angers, j p^^;^
Argentan. Lecresne.
Auxerre, Fr. Fournier.
Avignon , Seguin ain-é.
Bayeui:, Groull.
J Bonzom.
( Gosse.
{ Porquier.
) DesjarJins.
Girard.
i Ve Bergeret.
) Gassiol.
Brest ^ LefournieretDespériers.
' / Michel.
Caen, Manourj' aîné.
Cambrai, Bertout.
Chàlons-sur-Saône, Dej:issieu.
Charleville . Ch. Raucourt.
Chartres , Herv'é.
Clermont — Ferrand , Thlbault-
Landriot.
Dijon, Coquet.
Douai , Tarlier.
Grenoble, Durand.
Laval . Grandpre'.
Lille , Vanackere.
Limoges, Barbou-Dcscourières.
Lons-le-SauInier, Ballaud.
t Liebaux.
) Maire.
< Pe'risse frères.
(Rusand.
Bohaire.
Lyon .
Au Mans,
Marsei
Ile, I
Belon.
Pescbc.
Camoin frères.
Masverl.
^ Chaix.
Metz, chez Devilly.
Montauban, La Forgue.
M, ,,. \ Seçuin.
ontpelher, j y^^DurvilIe.
Nanci, V^ Bontoux.
»T . \ Busseuil aine.
^^°'"' j Busseuil jeune.
Nîmes. Gaude fils.
Niort. M'"^ E. Orillat.
Nîmes, Melquiond.
Orléans, Monceau.
Perpignan, Alzine.
Poitiers , Barbier.
Quimper, Cbapalain.
r Mii<^ Blouet.
Rennes, l JM^^ v^ Frout.
i M"e Valar.
La Rochelle, Pavie.
Rodez , Carrère.
T, \ Frère aîné.
Kouen, < t» u
' ) Renault. ^
Saumur , Degouy aîné.
„. , i i.evrault. %
Strasbourg, Jj-g^.^jg^_
Saint-Brieuc. Prudhomme.
iSe.nac.
Prunet.
Manayit.
Fr. Vieusseux.
Tours, Marne.
Valence. Marc-Aurel.
\ersailies, Ange.
Yilleneuve-sur-Lol, Crosilhes.
Libraires dans les Pays étrangers
P>erîin, Schlesinger.
I>ruxelles. Lecharlier.
Gand, lîoudin.
Genève, Pjscboud.
iJruxellcs, Horgiiiès Renier.
IMons , Leroux.
Londres, Dulau et Coinp.
Naples, Borel.
Turlu , Bocca.
LIVRES NOUVEAUX.
Vie de Jacques II, Roi d'Angleterre , d'après les Mémoires écrits de
sa propre main, à laquelle on a joint les Conseils du Roi à son Fils et
Je Testament de Sa Alajesté ; publiée sur les Mémoires originaux de la
famille de Stuart, déposés au palais de Carlton, par le révérend J. S.
Clarke , bachelier es lois, membre de la Société royale, historiographe
du Rfti^ chapelain de sa maison , et bibliothécaire du Prince Régent ;
traduite de l'anglais par Jean Cohen, ancien censeur royal; ornée d'un
beau portrait. Quatre vol in-S°, avec une table analytique. Prix : ^4 fc. ,
et 3o fr. par la poste. A Paris, chez Arthus Bertrand, libraire, rue
Hautefeuille, n° 23.
Histoire de laFamille de Montelle , trois vol. in-12 , prix : 6 fr. , et yfr.
75 c. par la poste A Paris, chez Bleuet . libraire, rueDauphine , n° i8;
au Palais Royal, chez Petit, Delaunay, etc.; et quai Contl , n° 5,
entre l'hôtel des Mounoies et le Pont-Neuf.
Corps d'extraits des Romans de chevalerie; par le comte de Tressan ,
éditeur originaire . quatre vol. in-12. Prix : lo fr. broch., et avec fig.
fr. 12, et 14 et 16 fr. parla poste. A Paris, chez les mêmes.
Réponse d'un Royaliste à l'écrit intitulé : de lu Proposition de changer
la loi des élections, par M. Benjamin Constant. Prix: 25 c. A Paris,
chez Le Normant, libraire, rue de Seine, n° 8; et quai Conti, n° 5.
Considérations importantes sur l'enseignement primaire , parM. H. M.;
auxquelles on a joint les Réflexions de M. le cardinal de la Luzerne
sur les Frères des Ecoles Chrélieunes , et les Règles de cet Institut. —
Broch. in-8°. Prix : i fr. 25 c. , et i fr. 5o c. par la poste.
A Paris, chez Picard-Dubois, lib. , quai des Augustins , n° 47-
Discours sur Rollin , par A. de Rivarol. Prix : 2 fr. , et 2 fr. 3o c. par
la poste. A Paris, clrèz A. Egron, rue des Noyers, 11° 87; le Normant,
rue de Seine , n° 8, et quai Conti, n° 5.
^rt Poétique d'Horace, traduit par Henr. Terrasson, avec le texte et
des remarques. In-i8. Prix : i fr. , et i fr. 25 c. par la poste. A Paris,
chez Durey, libraire, quai des Augustins, n" aij elle Normant, rue
de Seine, n" 8, et quai Conti, n° 5.
Le Livre de Poste de iSig , ou Départ de Paris des Courriers de la
Poste aux Lettres , dressé avec autorisation de M. le directeur-général ;
par A. r. Lecouslurier l'aîné , chel du bureau de la direction des
lettres mal adressées, à la direction ge'nérale des postes. Prix : 2 fr.
A Paris , Hôtel des Postes ; et chez l'Auteur , rue de Lancry , n" 18.
Dans les de'partemens, s'adresser à MM. les directeurs des postes.
On trouve aux mêmes adresses le Dictionnaire des Communes du
Royaume de France , ou Dictionnaire des Postes aux Lettres , deuxième
édition , quatre vol. in-S". , prix : 36 fr. ; et la Division Territoriale,
indiquant toutes les Communes de France, divisées par cantons, un fort
vol. in-8°. , prix : 10 fr.
Il doit paroître incessamment chez Ballard , Dentu et le Normant , et
les principaux marchands de musique, un livre qui ne peut manquer
d'être d'une grande utilité à MM. les musiciens et amateurs. Il a pour
titre : jinnales de la Musique, ou yilmanach musical pour l'an 1819;
contenant les Répertoires des ouvrages de musique publiés en France
pendant les années 1817 et 1818 . et à l'étranger en 1818; une Liste des
journaux de musique qui se publient à Paris, et une autre de ceux qui
se publient à l'étranger; une Bibliographie de la musi(|ue; une Liste
générale, en un seul alphabet, renlermant le nom et la demeure de
tous les marchands de musique et musiciens de Paris, avec le titre de
leurs ouvrages; les Ecoles de musique; une Nécrologie des artistes de
tous les pays, avec le titre cfe leurs ouvages rangés chronologiquement ;
des Ephemérides musicales, prises dans les journaux, etc. etc. etc.
Ouvrage orné du portrait de feu Nicolo. Dédié à M"i« Nicolo sa veuTe,
par un amateur. Première année. Vn vol. in-i8t
/lou/- ioij cUiiùT. (H^^ ana/^'c vûui9??.&f, coiTyioda c//ar^?i
■yae r/e ^eùnej tyô " 6',
eâ c/iez> /oi/j /ej Â/'i/ic/âmùz; .^wrair&f a-e tj^rafice eâ
^Z,eÂ?'eoC ae Joajcn^i/con cjI ae { ^7 /■ j^ (M;iùz: ca.
' ào /. jj aaa^ye- la.
^z^ej cuy/nanmiJ eâ e/woùj reiaâjn/ a ceâ ouv^nae^
e/ûwcnà el?'e ac/r^ej^ Â^^ic ae /loré^ aa- tlJuce^eaU' aa
^onJerva/iewr^ rae ae b/ei^ie^ -yé> " S.
J:!Ôe e 'L7j/.'/i7'M??^/'ie ae <=-2L^ ty^ofwf/afié.
VVVVVVVVVV\\lV\VVVVV\VVVVVV\fV'VVVVV\VV\VVV\\iiVlVV\VJ\\VV\VVVVVVVVVtVV\'VVV\'VVVV
LE CONSERVATEUR.
Sur rifarniofiie sociale considérée relativement
à no fie Situation.
La foi-mation des sociétés n'est point TefTet du
hasard. Soit que les premiers hommes aient voulu se
réunir pour cultiver des terres et nourrir des trou-
pcauK, soit c[u'ils aient eu pour but de combattre
les bètes féroces, ils sentirent que leurs forceâ
morales et leur foiblesse physique leur iniposoient
la loi de s'associer. Ces premières réunions durent
être très-simples : plusieurs familles inirent eti
couimvm leurs facitltés et leurs besoins , et, si
l'emploi des unes et l'extension des autres enoen-
drèrent quelques contestations, elles durent être
apaisées par l'autorité des vieillards, chefs naturels
de toute société naissante. Plus tard, il fallut des
lois 5 elles durent être en harmonie avec le but de
chaqvie communauté. Les pasteurs leur deman-
dèrent la garantie des pro])riétés, les chasseurs de
préciser les devoirs des subordonnés et les droits
de celui qui les menoitaux combats 5 tous de faire
régner la paix dans leur agrégation. Les sociétés
plus nombreuses qui se sont formées ensuite, et
qui se sont fait connoître sous le nom de peuple ,
ont de même été régies par des lois appropriées
aux besoins, et rédigées dans l'intérêt commun.
C'est à cette harmonie que les nations ont dû leur
conservation , et celles qui s'y sont conformées le
plus religieusement sont aussi celles qui ont duré
le plus long-temps.
Que de peuples ont brillé sur la terre dont les
Tome II. — 22« Livraison» 25
( 386 )
oAtastrophes sont ignorées ! Les derniers que noiiE
U'ouvioiis dans cet effrayant domaine de la mort,
les Grecs et les Romains, ont péri comme les autres.
jM.'.is, plus voisins des temps modernes, leur his-
toire nous est mieux connue j la cause de leur des-
truc t ion nous estprésentc. C'est l'oubli des maximes
antic[ues, c'est la confiance accordée aux nova-
teurs, c'est l'égoïsme, la perfidie et l'inhabileté
des agens du pouvoir qui les a précipités vers leur
ruine.
Les peuples sont à peu près comme les indivi-
dus. L histoire est pour eux une série de faits qui
les amuse, et non pas le recucilinstructif des fautes
qu'on devroit éviter. Voilà ])Ourquoi les mêmes
évéuemens se reproduisent et paroissent toujours
nouveaux. Mais les individus ont l'avantage de
l'expérience que les peuples n'ont jamais, parce
que la société, sans cesse renouvelée, se compose
de vieillards qui sont éclairés par les faits anté-
rieurs, et de jeunes gens, qui, sans égard pour le
passé, projettent toutes leurs idées dans l'avenir.
De là résulte que , lorsqu'une société veut prolon-
ger son existence , elle doit professer les plus
grands égards pour l'âge niûr, et suppléer, parles
meilleures institutions, à l'inexpérience du jeune
âge.
C'est ainsi que la France étoit organisée avant
qu'elle eût été envahie par le philosophisme. Les
mœurs , les institutions , les lois s'etoient modifiées
graduellement, et se mainlenoient en harmonie
les unes avec les autres. Quatorze siècles de splen-
deur en étoient la récompense. Tout à coup une
secte s'élève qui ne se propose rien moins que
de tout régénérer. Dans son fol orgueil, elle at-
taque les autels et les trônes, la religion et les lois.
Acharnés contre cette chaîne céleste qui lie la
créature au Créateur, les audacieux t( ntcïît vai-
nement de la bAUser; mais ils se dédommagent de
( 387 ) ^
îcuv foiblcsse Gîi substituant rindccision à la foi „
i'indiffcreuce à la ferveui", et surtout en sapant les
londemens des pouvoirs sociaux. Un malaise gé-
néral, résultat du mépris des anciennes doctrines ^
et précurseur du désordre, agiloit tont<;sles ciasses
de la société; la désorganisation étoit i nminente,
lorsqu'on essaya, pour la conjurer, de convoquer
d'abord une réunion de notables, ensuite les
Etals-Généraux.Ces deux assemblées manquèrent à
leur destination : la réunion de notables vit le mal
sans pouvoir y remédier j le.^ Etats- Généraux , li-
vrés aux factions, usurpateurs d'un pouvoir sans li-
mites, déçus par linexpéi'iénce et par les passions,
crurent qu'ils pourroi( nt impunément mettre eu
prati({ue les théories mensonf^cres du philoso-
pliisnie. Ils organisèrent systématiquement la ré-
volution , et nous aurons long-temps encore à
souffrir de leurs erreurs.
Depuis le i" janvier 1789 jusqu'au i^"^ jan-
vier de cette anuée , c'est-à dire, dans un espace
de trente ans, nous avons vu tout ce qu'il est
possible de voir en fait de gouvernement. U'abord
l'ancienne monarchie sur son déclin, après quoi
la défnocratie avec l'Assemblée Constituante j
sous la Législative , une république embarras-
sée d'un fantôme de président décoré du nom
de Pvoi 5 l'ochlocratie (1) avec la Convention;
une îépublique aristocratique avec le Directoire;
le despotisme sous les formes républicaines, au
temps des Consuls; le despotisme militaire avec
rEuq)ire; et, depuis le 3'^~inai i8i4 jusqu'au 20
mars 181J, l'essai malheureux d'une monarchie
constitutionnelle; pendant les cent-jours l'anar-
chie; du 8 juillet i8i5 au 5 septembre ib*î6 le
système constitutionnel avec une tendance monar-
(0 Gouycrnemenl de la populace. On sait quelle influence
elle exe rç oit alQi's.
a5.
( 388 )
tliiquc; depuis le 5 st^ptenibre 181G jusqu'à pré-
sont, lessai d'un gouvernement représentatif avec
une tendance démocratique.
Si les nations étoient susceptibles de s'instruire
par l'expérience , les Français, après un si g^rand
noml)re de tentatives, seroient le plus savant des
peuples de 1 Europe sur la théorie des gouverne-
nieiis. Pourquoi donc ne sommes-nous guère plus
avancés que le premier jour? Pourquoi les abstrac-
tions nous subjuguent-elles encore? Pourquoi les
opinions ne sont-elles pas unanimes? Pourquoi la
nation la plus éminemment sociale est-elle inquiète
et divisée? Ce sont autant de questions dont un
écrivain de boniie toi peut chercher la solution.
Pour qu'un Etat soit tranquille, pour qu'on y
jouisse du bonheur, double but que se sont pro-
posé les hommes eu se réunissant, il faut que les
institutions, les lois et les mœurs soient parfaite-
ment en harmonie. Or, par une bizarrerie résul-
tant du passage éphémère de tous les gouverne -
meus dont nous avons liait l'épreuve, nous sommes
soumis en même temps à des lois aristociatiques,
démocratiques, républicaines, despoticpies ; la
même discordance a lieu dans nos institutions :
eniin les mœurs olîrent la même diversité. Des in-
dividus ont celles de la monarchie, d'autres de la
république , et d autres enfin ont les mœurs de
feuipire. Cela dépend de l'âge et de la première
éducation 5 mais, dans l'ensemble, rien d'uni-
forme, et par conséquent rien de national.
Si l'art de bien gouverner a toujours été diffi-
cile, même lorsque toutes les données se réunis-
soient en faveur des gouvei'iians, que doit-il êti*e
dan:i les circonstances où noussommes ! Aux diffi-
cultés qui résultent des motifs ci -dessus se joint
l'embarras d'essaver un gouvernement dont la base
es!^ posée, mais sans aucun appui pour la consoli-
der. ■Nous avons une Charte, mais nous n'avons
( 389 )
pas (le lois fondamental es; non s avons des Clîômbrcs
délibérantes , mais nous n'avons pas d'opinion
fixe; nous désirons la paix, et l'on met en jeu les
passions qui la détruisent.
Dans une position aussi singulière, si le minis-
tère a de quoi sétonner, ce ne devroit pas être
d'éprouver quelques contrariétés , mais de ce
qu'elles ne sont pas encore insurmontables. Et
certes, si quelque chose peut donner la plus forte
garantie de la sagesse des Français, et de leur
besoin de tranquillité , c'est qu'elle ne soit pas
troublée par les efforts inouïs qu'on fait depuis
trois ans pour la détruire. Je n'accuse personne:
je signale des fautes.
Lorsque l'Assemblée cons^tituante , dans son
délire philosophique, voulut tout établir à neuf,
elle détruisit foH^ ce qui exisloit; elle fut impru-
dente, je n'ose pas dire qu'elle fut coupable, mais
du moins elle fut conséquente : elle marchoit à
son but. La Convention qui vint ensuite, pour
forcer la France d'adopter une république odieuse
à la majorité des Français, inventa la terreur, et
répandit des flots de sang; elle fut criminelle,
mais elle fut conséquente. Buonaparte enfin, qui
• voulut tout soumettre au même joug , sentit qu'il
ne pouvoit dominer ses égaux qu'en se mettant
dans une position qui le fît toujours commander;
de là ses guei'res continiielles. Son ambition fut
gigantesque : elle a ruiné la France et i^avagé
l'Europe; mais tout, dans son gouvernement,
tendoit à la satisfaire; et jamais le reproche d'in-
conséquence ne paroîtra dans le nombre de ceux
qu'on lui peut adresser.
Il fall oit parvenir à nos jours pour voir ce qui
doit résulter d'une opposition systématique entre
les actes du pouvoir et son intérêt. G est un
exemple que nous léguerons à nos successeurs
comme appartenant surtout à ceux qui, pendant
( 39a )
Ivoîs ans, ont recelé nos destinées, à ce ministère
indivisible, quoiqu'il se séparât; uni, quoiqu'il
se lût décimé; solidaire, quoiqu'il s'accusât, et
dont les actes iucoht'rens n'ont pu ni consolider
le trône, ni fonder une sage liberté'.
jNous vivons sous une monarchie : cette monar-
chie n'est pas nofivelîe. Des troubles nous en
avoient écartés; la force des choses nous y a ra-
menés. En 1789, guidés par l'erreur, nous aban-
donnâmes le gouvernement de nos pères; nous y
sommes revenus en ï8i4 ; mais, suivant nos ancien-
nes doctrines constitutionnelles que rien ne peut
abroger, nos égaremens n'ont pas affoibli les droits
de la royauté. Louis XVII étoit Roi dans la tour
du Temple, comme Louis XVIII Tétoit dans son
exil, comme Henri IV étoit Hoi lorsque les li-
gueurs le combattoient, et que le duc de Mayetine
lui disputoit la couronne. C'est le Roi de Fhance
ET DE Xavarre que nos acclamations appeloient
le 3i mars i8j4; c'est Monsieur, Frèiie du Roi,
qui est entré dans Paris le 12 avril; enfin, c'est
•LE Roi RÉGiVANT AVEC TOUS SES DROITS que nous
avons salué le 3 mai. La royauté de Louis XVIII
n'est pas ime concession du moment : elle est un
héritage direct, légitime, transraissible à tous ses
descendans, sans modification et sans incertitude.
Telle est la base fondamentale de notre droit pu~
blic. Si Ton s'en écarte, on se remet en révolu-
tion. C'est parce cjue les droits de Louis XVIIl
étoient positifs à Hartwell comme ils le sont à
Paris , que ce prince a pu nous donner une Charte ;
c'est encore pa^.' la même raison qu'il veut et doit
dater ses actes de la vingt-quatrième année de son.
règne. Si ces principes sont incontestables, comme
je n'en puis douter, il est impossible de ne pas
trouver étrange qu'on s'évertue à mettre sans cesse
en problème ce qui est résolu. Il doit paroîti-e non
moins extraordinaire que les derniers dépositaires^
( -^91 )
an pouvoir aient si peu connu notre position
qu'un des leurs ait osé dire à la Chamore des
Députés, le j 5 décembre 1817 : Le but du minis-
tère est de f'oya/iser la nation , et de nationaliser
le royalisme (^i). Ce seroit certainement une noble
tâche , s'il y avoit quelque chose à faire à cet
égard 5 mais, lorsque tout est fait, il n'y a rien à
tenter. Une nation c[ui , depuis quatorze cents
ans , vit sous le gouvernement monarchique de
ses Rois, n'a pas besoin d'être /'o^a/t'yee,* et le roya-
lisme, espèce de dogme religieux révère' par nos
i)ères, naturel aux Français qui l'ont proclamé si
lanternent en i8i4, en 1810, en 1816, n'a pas
besoin d't^tre 77 afionalisé. Ainsi, le ministre qui
présentoit ce résultat comme un des buts vers le-
quel ses collègues et lui dirigeoient leurs travaux,
a donc au moins commis une erreur.
Tous les Français sont royalistes. Ceci me paroît
une vérité de fait et de sentiment qui n'a pas besoin
d'être démontrée. S'il y a quelques opinions con-
traires, elles sont si foibies qu^onpeut se dispenser
de les compter^ aussi n'est-ce pas là ce dont il s'agit»
La tâche à remplir est de mettre nos lois , nos ins-
titutions, nos doctrines, en harmonie avec nos
penchans. Ce travail est si peu diiïicile, tout est
si bien préparé pour son succès , qu'on peiit l'ob-
tenir, même sans habileté : la bonne foi sufEt.
Qu'a-t-on voulu de tous les terpps ? que veut-
on encore ? Un gouvernement qui donne avec la
tranquillité la garantie des personnes et des pro-
priéte's. La royauté légitime et la Charte nous les
assurent ; mais il faut seconder Tune et se confor-
mer à l'autre 5. et c'est ici que la division com-
mence entre les royalistes^, qui d'ailleurs sont
d'accord sur les principes.
(i) Moniteur i\\i 18 dt-cembre 1817.
( 39'^ )
La flifTércncr provient de ce que les uns, iden-
tifijuif le mini.sl«">re avec la royauté, .•semblent croire
<fiie dès qu'un liomnac est noniuié iniuislve , s'il ne
devient pas infaillible, Tintérêt bien entendu de
notre forme de gouvernement exige au moins qu'on
dissimule ses fautes, en appuvant toujours les pro-
positions qu'il soumet aux Cliambi-cs , et les actes
publics de son administration. Les autres, isolant
le ministère de la royauté', n'attribuent le privi-
lège de 1 infaillibilité qu'au Roi seul, pax'ce que
c'est une des prérogatives constitutionnelles de sa
couronne 5 mais ils tiennent pour constant que,
loin d être infaillibles , les ministres sont très-
peccables, et souvent ils prennent la liberté de
le leur démontrer. Au premier aperçu , cette di-
vergence pourroit donner l'idée du parti de l'op-
position en Angleterre , ou , si Ton veut, de la di-
vlsioïi en TVIii^s et en Torys ; cependant rien ne
se ressemble moins.
Les Anglais ont une constitution qui , traversant
les siècles, trouve son origine sous le rèfjne de
Guill aume- le- Conquérant , à huit cents ans de
nos jours. Depuis celle époque, tous les événe-
mens ont été mis à profit pour consolider, af-
fermir, perfectionner leur pacte social ^ aussi,
lois, institutions, mœurs, habitudes , préjugés ,
défauts même , tout tend au même but , tout
concourt à maintenir cette garantie précieuse ,
non seulement des individus, mais de la puis-
sance publique. Soit que ce gouvernement formé
par les âges ait modelé le caractère national des
xinglais, soit que le caractère ait influé sur la
forme du gouvernement, toujours est-il vrai qu'il
existe entre eux une harmonie parfaite. Tant d'a-
vantages sont fortifiés pp.r la position insulaire de
ce pays , qui , surtout ilcpuis la réunion de l'Ir-
lande et- raccroissement prodigieux de ses forces
navales, forme un empire tellement organisé, que,
( 393 )
n'ayant rien à recloiiter du continent, il y peut à
son gré soutflcr les tempêtes.
Notreposition estaLsolumentdifFérente, Echap-
pés tout meurtris cle nos anciennes institutions
monarchiques, des vaines tiiéories de la révolu-
tion, (les fers du despotisme, je dirai même de
notre gloire 5 limitrophes des nations que nous
avons long-temps combattues avec des chajices
diverses , dont le i-ésultat pour elles comme pour
nous est surtout l'appauvrissement et Je désor-
dre , il nous reste le besoin du repos ; malheiu'eu-
senaent il est altéré par tous les souvenirs 5 et
lorsqjie , pour leur échajjper, il nous fandroit des
choses positives et définies, nous n'avons que des
conti-adictions et des essais. Exemple malheureuM
que nous sommes, pour tous les peuples qui se-
roient tentés de sacrifier la raison ancienne aux
prestiges mensongers d'imprudens novateurs I
Il est donc vrai que, malgré nos deux Chambres
et notre ministère, rien n'existe chez nous comme
en Angleterre. De notre côté tout est vague, du
leur tout est déterminé ; nous cherchons à former
un gouvernement, celui de nos voisins a la sanc-
tion des siècles : là, on donne l'influence à la crande
propriété, ici, pour être influent, à peine est-il
besoin d'être propriétaire 5 là , une aristocratie
puissante fait un contre-poids indispensable à la
tendance démocratic£ue du système représentatif,
ici le pouvoir s'unit à la démocratie ; là tous lès
ministres , sortis pins tôt ou plus tard des raiîgs de
lopposision , s'occupent , dès cfu'ils sont assis sur
les bancs ministériels, à maintenir au profit de la
liberté tous les droits de la couronne , ici les mi-
nisires sacrifient à leurprofitles prérogatives roya-
les, et c'est l'opposition qui les réclame comme
les garanties de la Charte et des libertés qu'elle
assure.
Pour peu qu'on réfléchisse à cette position , il
( ^394 >
sera facile de se rendre compte de rinquiétiide-
qui tourmente tous les esprits. Lorsque rien n'est
à sa place, lorsque chacun fait précisément le con-
traire de ce qu'il doit, il est diffi^.ile de se per-
suader que ce qu'on voit puisse être durable.
Prétendre organiser une monarcliic constitution-
nelle et travailler pour la révolution , c'est incen-
dier un édifice, en criant qu'on a découvert le
vrai moyen de le conserver.
Notre situation chan^^era promptemcnt lorsque
les royalistes, plus voisins des dang^ers^qui nous
menacent, reconnoîtront qu'on auroit pu les évi-
ter et qu'on peut les éviter encore, en soute-
nant la royauté contre la puissance ministé-
rielle. Cette puissance est une monstruosité
politique rjui s'est créée et qui se maintient pour
elle seule. C'est à leur profit, et non pas dans
l'intérêt du trône , que les ministres ont provoqué
la dissolution de la Chambre l'oyaliste de i8i5 ; ils
n'avoient pas su la conduire, ils se crurent mena-
cés , et, pour se perpétuer, ils s'exposèrent pré-
somptueuseiuent aux chances hasardeuses d'une
nouvelle révolution. Jusque-là, il n'y avoit eu de
débat qu'entre deiix opinions ; ils en suscitèrent
une troisième, dont ils se déclarèrent chefs. C'étoit
une première atteinte au pouvoir ro val : n'importe,
la bannière ministérielle flottoit triomphante , et
le ministère s'arrogea le nom de gouvernement (i).
Mais cette gloire pouvoit n'être pas durable. Elle
tenoit à des circonstances particulières , à des
(i) Le premier qui se soit servi publiquement de cette locu-
tion est, n ce que je crois, M. (jorvetto, dans son discours sur
In loi de finances de 1817. Voici ses propres expressions : « ï/e
"Crédit s'npprocher.i d'un a;ouvefnemenf honore', sf-able, ijifi—
1' memenf uni au Roi qui en est l'àme et le guide. » ^Page 20 du
discours à la Chamlirp des D(>pute's.) Il re'sulfe clairement de
celte phrase que, dans le système ministe'riel, le Roi est hors du
gouvernement.
( ^95 )
moyens qu'il est presque impossible d'employer
plusieurs fois-, il fallut organiser des collèges élec"
toraux où la grande propriété fiit en minorité, afin
de donner aux régulateurs plus de chances pré-
sumables d'influencer les nominations : la loi sur
les élections fut conçue et em])ortée. Cette fois,
les ministres se trompèrent. Leurs regards tou-
jours fixés sur les royalistes, ils ne s'aperçurent
pas que les libéraux, assez habiles pour profiter
des circonstances , s'empareroient des moyens fa-
vorables qu'ils trouvoient dans la loi pour relever
leur opinion : le dépouillement des scrutins montra
le danger de cette inadvertance. Pour conjurer le
péril , les ministres implorèrent les royalistes qv.î
voulurent bien les sccour;r; mais une nouvelle
inquiétude vint les saisir lors des secondes nomi-
nations , où des succès plus marqués dévoient ac-
croître les forces du libéralisme. Dans l'intervalle
des deux élections, la loi du recrutement et les
ordonnances qui en dérivent, ainsi que les instruc-
tions destinées à les interpréter, menacèrent la
Garde d'une destruction prochaine, et signalèrent
le danger du despotisme ministériel disposant des
emplois nu gré de son caprice, et surtout aux dé-
pens de la royauté.
Un système ne marche pas seul; les lois ont
besoin d'ageas qui les fassent exécuter. Dès lors
le déplacementdes royalistes devintla conséquence
obligée du plan adopté par les ministres. Aussi les
journaux censurés déclarèrent -ils franchement
que tous ceux qui ne souticndroient pas les mi-
nistres seroient déplacés. Par suite de cette me-
nace, le conseil d'Etat a été décimé 5 des préfets,,
des sous-préfets ont reçu leur destitution; des:
généraux, recommandablespar de grands services
vendus à la royauté, sont à la tête des victimes..
Ce plan appartient-il au nouveau ministère? Ap-
partient-il à l'ancien ? Les da-tes donnent lieu de-
( 396 )
croire qu'on en peut faire honneur à celui dont La
vie politique s'étend de i8i5 à 1818. Durant ces
trois années, on a vu dans sept ministères douze
ministres, dont onze, après aroir lutté plus ou
moins de temps, se sont écroulés les uns sur les
autres, tandis qu'un seul, d'une complexion ap-
paremment plus robuste, reste debout sur les dé-
bris de ses collègues (1 ). On peut en conclure
<fue le ministère, ou, comme ces messieurs l'ont
dit, le gouvernement indivisible, uni de i8i5,
n'a maintenant qu'un exécuteur testamentaire, et
par conséquent que tout ce qu'on a proclamé sur
l'appui , sur la force quil falloit, sous peine d'éti-e
mauvais Français , donner à ce ministère, tourne
au seul et singulier profit de son unique repré-
sentant. ' ^
Il me paroît donc démontré que le ministère
n'est pas la royauté', et, par conséquent, qu'on
peut être rovaliste sans être ministériel. On pour-
roit aller plus loin : les données qui précèdent
lourniroient peut-être une série de raisonnemens
assez décisifs pour en conclure que ces qualités
s'excluent. Je m'explique. Lorsque, dans un Etat
anciennement constitué, tout marche harmoni-
quement vers sa tendance nalnrelle , c'est-à-dire
quand les ministres, au lieu de se nommerlegou-
vern^ment et de se créer un parti , n'ont d'autre
ambition que celle d'être les serviteurs de la cou-
ronne et les soutiens dévoués de sa' puissance ,
c'est bien certainement être rovaliste que de s'unir
au ministère ; mais lorsque , dans une monarchie
qui se modifie sur quelques principes nouveaux ,
on voit un ministère ou des ministres fonder des
lois et des institutions républicaines , dépouiller
le trône de ses prérooatives constitutionnelles,
(i)MM. de Richelieu, Barhë-Marbois, Dambray, Pasquier,
de Feltre, du Boucliage, Mole, Corvelto, Roy, Vaublanc ,
Laine.
( 397 )
Tcbraiiler en calomniant ses plus augustes appuis^
ranimer une opinion qui depuis trente ans s'est
prononcée contre Tautorité des rois , s'associer,
se diviser jusqu'à ce que les rênes du pouvoir
viennent se réunir dans les mains d'un seul mi-
nistre, toute illusion doit cesser. Alors les hommes
de bonne foi, ([ui crovoient soutenir la puissance
royale en appuyant le ministère, s'en séparent
dès qu'ils reconnoissent leur erreur : ce qui de-
meure ne dissimule point qu'il professe une opi-
nion différente.
Que reste-t-il alors ? Deux volontés : l'une, qui
garantit la trancjuillité, c'est la volonté luonar-
clii(|ue5 l'autre, qui. causa nos troubles, et nous
conduit inévitablement aux mêmes résultats , c'est
la volonté anti-monarcliique. Elles sont en pré-
sence depuis trop long-temps pour n'être pas ju-
gées. La première a quatorze cents ans de gloire ,
la seconde, vingt-; inq ans de malheurs. L'anti-
monarchie , enfant malheureux du philosophisme ,
nous a'iivrés à tous les fléaux, nous a rendus les
jouets de l'eri'eur, les victimes dçs abstractions.
Toujours repoussee par l'immense majorité de la
nation , il a fallu la nourrir de sang pour lui don-
ner quelques années d'existence; et, lorsque des
circonstances plus favorables l'ont privée de cet
horrible aliment, débile, elle s'est réfugiée dans
le sein de quelques rêveurs atrabilaii'cs tous prêts
à s'écrier : Périsse l'univers plutôt qu'un principe !
La volonté monarchique, au contraire, est celle
de la nation. INotre grand besoin est .le repos; et
comme nos pères, après les fureurs de la Ligue,
ne l'obtinrent qu'à l'avènement du grand , du bon
Henri , nous ne l'obtiendrons que s@us le règne
légitime des Bourbons. Railions-nous donc à nos
Princes ; notre ex)st<nice est identifiée à la leur ;
nous ne pouvons avoir de bonheur qu'avec eux et
par eux, D'Herbouville.
C 39S )
Sur l'Enseignement mutuel , et les Frères des
Ecoles chrétiennes.
Les Romains donnoirnt à leurs lois le nom de
ceux qui les avoient proposées, lex Julia , Sem^
pronia, Valeria, la quarte Falcidie ou Trehellia-
nique. Les Grecs faisoieut mieux, et un de leurs
sages ne permettoit qu'à l'homme de bien de laire
uue proposition de loi.
Si ces usages avoient été reçus parmi nous, à
l'époque de l'invasion de notre fièvre législative ,
beaucoup d'orateurs auroient gardé le silence ,
ou beaucoup de lois aui-oient été, en naissant,
déshonorées par le nom de leurs auteurs.
Ces réflexions m'ont été suggérées à l'occasion
de la méthode d'Enseiii^ncment mutuel, long-
temps appelée méthode Lancastridinne , du nom
du guaJxe/' son inventeur on Angiôterre, et qu'on
auroit pu appeler Carnotienne , du nom de
celui qui l'a importée en France, pendant les
cent-jours, l'un des plus terribles et des plus dociles
instrumens des fureurs de la Convention, membre
fameux de ce fameux Comité de salutpublic qui a
tout'perdu en Finance, publie et particulier, et à
qui Solon n'eût certainement pas permis de rien
proposer, tant ce sage législateur étoit persuadé
que la perversité de moeur* et de conduite fausse
le jugement, même quand eîle aiguise l'esprit,
et qu il n'y a que la vertu qui, pour la direction
morale de la société, ait de la raison, ttméiuedu
génie.
Cette méthode fut, à son apparition, accueillie
à Paris oii l'on accueille tout, bon et maiivais,
pourvu qu'il ait un caractère d\tran^eté , et pré-
sente un nouvel aliment à l'esprit de -cm iosité ,
et au besoin de changemcns et d'émotidus qui
font le caractère des heureux et des oisifs des
( 399 )
grandes cités. Elle fut accueiliie, et pai' Ja Lien*
faisance opulente qui cherclie un emploi hono^
rable à ses richesses, et par l'activité inquiète de
l'esprit cjui poursuit toujours le mieux eu morale,
coilime elle le cherche en physique à force d'es-
sais eî; d'expériences, et aussi par l'ostentation
toujours empressée de faire enregistrer ses vertus
dans les gazettes , et de prendre rang et date sur
une liste de sousci'ipteurs.
On eût dit qu'il n'existoit chez nous ni mé-
thode, ni moyens d'instruction élémentaire pour
les enfans du peuple, tandis que nous avions au
contraire, et depuis un siècle, la méthode la plus
parfaite, et des moyens nieilleurs encore que la
méthode, dans la congrégation des Frères clef
Eco/es chrétiennes. La révolution avoit détruit
celle-là comme toutes les autres; mais il suffit à
Buonaparte d'en remuer les cendres pour y trou-
ver des étincelles de cet esprit qui l'avoit formée,
de cet esprit créateur du christianisme , qui donne
à tout ce qu'il anime le mouvement et la vie. Buo-
naparte rétablit donc cette utile et modeste insti-
tution , trop religieuse pour n'être pas très-monar-
chique. ]Mais, trop foible encore poui*^ pouvoir
marcher toute seule , elle fut confiée à la protection
et mise sous la sauve-garde de l'Universile impé-
riale , et je fus témoin du noble et touchant accueil
que lui fit son illustre chef. Aucune voix: ne s éleva
contre cette bienfaisante institution, aucune au-
torité ne lui déclara la guerre; nulle autre obli-
gation ne lui fut imposée envers l'Etat qu'une
dépendance généraje de l'autorité, dépendance
commune à toutes les institutions publiques; et
le motif, si heureusement imaginé , de la cejitra-
Usation de l'enseignement de YalphabeL^ ne fat pas
allégué pour la tourmenter.
Que, dans l'enseignem-nt littéraire ou scienti-
fique , on regarde la rivalité eutre difFéreus coi'^s
( 4oo )
et diUerentcs méthodes, comme propre à exciter
l'émulation et à développer le talent , on le con-
«;oit^ quoique je pense que cette rivalité, qui s'é-
tend bientôt à d'autres objets qu'à des points de
science et de littérature, est dangereuse pour les
grandes choses, si elle est utile pour de petites;
mais une rivalité de maîti(!s, une concurrence de
méthodes pour cnseif^ner l'A B C aux enfans ! en
vérité, c'est trop ridicule pour n'éti'e que ridi-
cule, et la commission provisoire ne nous dit pas
tout, puisqu'elle ose nous dire cela.
Quoi qu'il en soit, en laissant, et sans concur-
rence , icsiuères de la Doctrine chrétitnjie, dans
les villes ou bourgs assez peuplés pour remplir
leurs écoles, assez riches pour faire les frais de
leur établissement 5 et, dans les campagnes, de
simples maîtres d école, sous la surveillance exclu-
sive et immédiate de l'autorité ecclésiastique, la
sagesse de nos pères avoit cru pourvoir abondam-
ment à tous les besoins , et elle auroit vu un grand
danger dans cette importation d'enseignement mo-
ral faite en France d'un pays à qui une religion
ditrércute , ou plutôt le mélange de touf«'s les re-
ligions, a donné un tour d'esprit différent, d'autres
opinions et d'autres mœurs. Il lalloit une révolu-
tion complète de bon sens et de bonnes doctrines
pour ne pas voir, après noti-e révolution , au moins
une imprudence, si ce n'est un scandale, dans
la seule opposition de nom de deux méthodes dont
l'uue, exclusivement appelée Doctrine clirvtienue,
pouvoit faire croire au peuple que la méthode
opposée étoit un peu moins chrétienne, ou même
ne l'étoit pas du tout; et, pour ceux qui connois-
soient le secret des intentions et des dispositions ,
cette conjecture devenoit une certitude.
Effectivement, le choix des premiers insîitu-
teurSj la bizarrerie des méthodes, la légèreté,
pour ne rien dire de plus, avec laquelle l'euseî-
C 4oi )
wneniont religieux éloil traité, éveilla les soupçons
ties qens de Lien , et le zèle des dépositaires natu-
rels de renseignement moral. Les promoteurs et
les protecteurs de ces établissemens ^ les^uns par
zèle sincère pour les bonnes doctrines, les autres
par prudence, et de peur d'aller trop vite, con-
sentirent à des cliangcmens qui adoucirent ou
voilèreut ce que les formes premières avoient de
trop visiblement suspect. Il y eut plus de signes
extérieurs de religion dans les écoles d'Enseigne-
ment mutuel, on Y parla un peu plus de morale
religieuse; et, ainsi modifiée, cette institution a
reçu les plus grands encouragemens de la jiart de
l'autorité, et a souiïértles plus vives contradictions
de la part des villes. Là où les autorités locales
ont été laissées à elles-mêmes , elles ont appelé des
Frères , et ont fait les fonds de leur établissement.
De son côté , la commission provisoire d'instruc-
tion publique qui , dans peu d'années , a lait ])ro-
visoirement tant de mal définitif en portant dans
l'éducation publique des intentions et des passions
politiques renouvelées des Grecs , a imaginé , pour
l'aire ti'iomphcr l'enseignement mutuel, d'obliger
chaque Frère à recevoir un diplôme d instituteur,
que l'Université impériale, plus franclie et plus
raisonnable, avoit, une fois pour toutes, ; ccordé
au corps entier. Ainsi , avec les moyens de tout
genre, pécuniaires ou autres, emplovés ou perdus
à soutenir et à propager l'enseignement mutuel,
on auroit déjà l'institution des frètes de la
Doctrine cliréiiemie établie dans le plus grand
nombre des villes du royaume, instruisant tous
les enfans, et édifiant tous les citoyens. En atten-
dant, cette diversité de méthodes fomente, dés
le plus bas âge, entre les enfans des deux Ecoles
rivales, des germes de discorde qui jjorteront
leurs fruits dans leur temps , et qui, même aujour-
d'hui, divisent, dans les villes, iiis autorités et les
Tome H — sa"" LivRAiseN. 26
( 4o-i )
ciloy<«»5. pour le bonheur de la Frajice, l'édifica-
tion des provinces, la paix des fau)iJles, et a la
grande satisfaction de ceuv dont toute la politique
est de dinser pour 7'ég/ier, parce qu'ils ne com-
prennent pas qu'il ne faut régner que pour réunir.
Des hommes du monde ne se haïssent pas pour
avoir été éleve's les uns chez les Oratoriens , les
autres chez les Jésuites ; mais des hommes du
peuple, chez qui les sentiraens naturels sont plus
prolonds, parce qu'ils sont moins distraits, ou
moins combattus par des sentimens factices, con-
serveront toute leur vie les pi'emières haines de
leur enfance , comme ses premières affections.
INous examinerons dans un autre article (^si elle
ne finit pas) les effets et les motifs de la querelle
suscitée aux Frères de la Doctrine chrétienne par
la commission d'instruction publique, contre
l'opinion publique la plus saine, la plus générale
et la mieux connue ; cette opinion publique de-
vant laquelle on se prosterne quand on la suppose
ou qu'on la fait conforme aux vues d'un certain
parti , et qu'on repousse avec tant de hauteur et
dinsolence, lorsqu'elle lui est contraire.
Cette discussion doit être précédée de quelques
réflexions siir les deux méthodes d'enseignement
comparées liuie à l'autre.
Je ne pense pas qu un homme de sens préfère,
pour l'éducation et l'insti^uction élémentaire de
l'enfance, une agréi^ation, ou, pour parler plus
juste, une individualité de laïques à une cojpo-
vation religieuse. La sottise ou Terreur seroient
tro]) fortes, et la discussion tomberoit dans 1 ab-
j:urde. Tout laïque qui a une famille, ou qui veut
eu former une, doit être animé pour elle d'un
amour exclusif, le premier et le plus tort lien de
la société' domestique , el les enfans des autres ne
peuvent être, daiis si.s alfeclions, qu'à une dis-
tance infinie dos siens. Ce n'est pas même ce scn-
( 4o3 )
tîmtent qu'ils peuvent lui inspirer 5 il n'y a plus
de place à des affections de ce genre dans le cœur
d'un père de famille; et, s'il entre la pensée d'un
devoir à remplir dans les soins qu'il prend d'en-
fans qui lui sont étrangers, ce devoir même, dont
il retire un salaire, se confond dans son esprit
avec le de^ oir sacré pour lui de pourvoir à la sub-
sistance de ses enfans, et ce n'e.vt réellement que
ceux-là qu'il considère dans les soins qu il donne
aux autres. La nature le veut ainsi, la morale n'y
répugne pas, et les règlemens , les ordonnances
et les appointemens n'y chaugéront rien. Ce nY-st
qr;e la religion, la religion de celui qui a dit:
« Laissez les petits s'approcher de moi )> ; qui leur
donne à tous, sans préierence et sans acception de
personnes, des soins desintéressés, tt qui les com-
prend tous dans une égale tendresse. Il n'y a qu'un
corps religieux (car il ne peut jvn avcar d'autie)
dont les membres, voués au service de la famille
gt'nérale , parce qu'ils ont renoncé à toute famille
privée, débarrassés du soin de leur propre exis-
tence et de toute pensée mondaine d'avenir, qui
ont tout lorsqu'ils ont /e vivie et le couvert , et
vl^w peuvent désirer davantage, il n'y a que ces
hommes de sacrifices qui puissent porter à tous les
enfans la même affection, et plus encore à l'enfant
abandonné qu'à celui qui est né dans l'opulence
et la grandeur : et, tandis que le laïque distin-
guera, entre les enfans, celui dont les parens
peuvent reconnoître le mieux ses soiiis , ou con-
tribuer à son avancement et à sa fortune, le reli-
gieux cherchera, dans son école, l'enfant qui a le
plus besoin de ses soins et de ses leçons. Je peux
même affirmer, pour l'avoir observé moi-même ,
que ces différences daiis les rapports que ces di-
verses institutions établissent trtre les insti-
tuteurs et leurs élèves, se peignent sur la figure
des maîtres. Les uns ont l'air de faire un métier
36«
( 4o4 )
qui les fatigue; on voit que les autres remplissent
un devoir qui les satisfait.
Et certes, lorsque, dans les familles les plus
opulentes , on préfère pour instituteurs, ou même
pour serviteurs, des célibataires , dont les soins et
les services ne sont pas détournés wu afToiblis par
des liens domestiques, l'Etat pourroit-il ne pas
accueillir avec reconnoissarice un corps entier de
célibataires par motifs religieux, qui offrent de
se cliarger de i éducalioTi de ses plus pauvres en-
fans, à la seule conclilion d'avoir la nourriture la
plus simple, le vêtémenl le plus grossier, le loge-
ment le plus indispensable ? Je ne pense pas que,
pour éviter l'inconvénient de laïcs mariés ou qui
veulent l'être, on ordonne le célibat aux institu-
teurs mutuels, comme on Ta fait aux élèves de
l'école normale. Les journaux nous ont déjà fourni
quelques exemples <le ce que peut être, dans l'é-
ducation de l'enfance, ce célibat purement civil ,
jeté, sans la sauve-garde des motifs religieux, et
comme une spéculation d'intérêt, au milieu de
toutes les séductions et de toutes les dissipatians
du monde.
Quant à la partie morale et religieuse de ren-
seignement, sans doute vous ordonnerez , par des
règlemens positifs, déplacer des crucifix dans les
salles d'études , et de couvrir les murs de leçons
tirées de l'Ecriture-Sainte et des écrits des mora-
listes anciens et modernes; vous prescrirez les
joui's, les heures, les momens des exercices reli-
gieux , et les livres de piété ou de morale qu'on
mettiM entre les mains des élèves , et , avec tout
cela, vous pourrez n'élever qu'un séminaire d'a-
thées. 11 suffira d'un exemple de corruption, ou
niême d'indifférence : que dis-je? Il suffira d'un
rire moqueur, ou d'un geste de mépris jeté au
milieu de ta plus grave instruction , pour décré-
diter à jamaisles leçons dumaîlrc, el cloufler dans
( 4o5 ) .
l'esprit des élèves le germe encore foihle des vérités
religieuses. La théologie s'enseigne, maislarcligioiï
s'inspire, et tout, jusqu'àDiabit, l'inspire de la part
d'une congrégation religieuse dont la modestie ,
le désintéressement , la pauvreté , la vie frugale ,
et, jusqu'à la mort, occupée des mêmes devoirs,
sont une leron vivante de toutes les A-ertus qui
font les àn\es douces et les caractères forts, qui
font l'homme de la famille et l'hojnme de l'Etat;
en un mot, les Frères des écoles donnent la même
instruction que celle que donnent les maîtres de
l'enseignement mutuel; mais les Frères seuls
donnent l'éducation; l'éducation qui vient des
exemples et des habitudes Lien plus que des le-
çons ; l'éducation qui suffiroit même, sans aucune
instruction, aux enfans des dernières classes, et
que l'instruction la plus soignée et la plus étendue
ne remplacera jamais même dans les classes les
plus élevées.
Quels sont donc les avantages de FEnseignement
mutuel qu'on peut opposera l'incoJitestaBle supé-
riorité de l'institution des Ecoles chrétiennes?
Seroit-ce, comme on le dit, l'abrègement du
temps des études? Mais qu'on ne s'y trompe pas :
les artisans et hommes de peine , toute la journée
absei*.s de chez eux, ou logés à l'étroit, en-
voient leurs enfans aux écoles pour ne pas les lais-
ser seuls dans leur domicile , ou pour ne pas y être
gênés eux-mêmes dans leurs travaux par la turbu-
lence de cet âge ; ils les y envoient pour se débar-
rasser de la surveillance qu'ils exigent, plus encore
que pour y recevoir l'instruction; et cet abrège-
ment prétendu , qui les leur rendroit avant le rilo-
ment oiï ils peuvent entrer en apprentissage ou
commencer des études spéciales, seroit pour les
parens un fardeau sans être un avantage même
pour les enfans .; ils auroient bientôt oublié ce
qu'ils auroient si tôt appris , surtout dans ces con-
( 4o^^ )
ditions où In premîèie instruction littéraire est
si >ite efiacée par Tinstruction mécai}i([uc d'uu
art manuel, et par la dissipation du compa^no'-
nage. D'ailleurs , si rinstructinn est pins abréeér
par la méthode de rEiiseigiieiuent mutuel , l'édu-
cation , l'c'ducallon religieuse et morale, l'éduca-
tion des devoirs se prolonge beaucoup plus dans
l'autre, et cela seul décide la question.
L'Enseignement mutuel consiste à faiie ensei^
gner les enfans les uns par les autres 5 et c'est de-
vant cette méthode que s'extasient d'aduyration
des personnes'^qvii n'ont jamais réfléchi sur Teffet
des premières impressions don)iées à l'enfance, ni
sur les procédés suivis dans toute méthode d'ins-^
truction.
Dans toute instruction puj)lique^ l'enseignement
est mutuel dans ce sens , que les élèves lisant tous
à haute voîk leurs devoirs , tous publiquement ,
loués ou r< pris par leurs maîtres, s'instruisent
mutuellejuent , ou sont instruits les uns par les
autres , et par l'approbation moli\éc que le pro»
fesscur donne au talent, à l'application, à la
bonne conduite, et par les reproclies qu'il adresse
publiquement aussi aux défauts contraires, et par
le jugement que chacun porte en îoi-même sur le
mériie ou les fautes des productions ou des d: •oirs
de ses camaïades.
Mais il V a loin'" de cet enseignement mutuel à
celui qui, distinguant entre les enfans, en cons-
titue quelques uns en dignité permanente, et les
établit , comme autorité positive , au-dessus des
autres, et fait déjà germer dans ces jeunes coeurs
l'oi'gueil de la douiination, et, ce qui est pire
peut-être, le sentiment de Ihumiliation. Celte
institution est fausse , et tend à fausser le caractère
encore flexible de l'enfance; elle ôte aux uns celte
modestie qui est la plus belleparure de la foiblesse
de cet âge, et aux autres^ une certaine confiance ,
( 4o7 ) t.
qui est l'heureux apanage de sa simplicité^ ef si
i on pouYoit auiourd'hui s'plonner de quelque
chose , on s'étonneroit sans doute qu'on conimen-
(Àt à altérei' entre les enfans cette rigoureuse éga-
lité qu'on veut établir entre les hommes.
Il faut que les enfans croient, il faut <[u'ils sa-
chent qu'ils sont tous aussi ignorans les uns que
lesautres; qu'ils ont tous un besoiu égal des mêmes
leçons, et cette leçon d'humilité est la plus utile
et la plus nécessaire de toutes celles qu'on peut
leur donner. Sans doute l'écolitr, pou favorisé
des dons de l'esprit, s'adresse quelquefois à son
camarade plus avancé et plus diligent, pour lui
demander conseil et secours : nous l'avons tous
fait dans nos premières éludes ; mais , en fermant
les yeux sur cette sorte d'enseignement mutuel ,
qui n'est qu'un hommage involontaire rendu au
talent, à la bonne conduite , à la diligence, et que
l'amitié offre sans humiliation, ou accepte sans
orgueil , il faut éviter avec soin d'imposer les en-
fans les uns aux autres , de prescrire k ceux-ci une
dépendance qu'ils ne doivent pas connoître , de
donner à ceux-là une autorité qu'ils ne peuvent
pas encore porter , et dont le sentiment qu'ils rap-
porteroient chez eux , et près .de parens ignorant
et grossiers, ne les disposeroit pas envers eux à
la déférence et au respect ; et j'en connois des
exemples.
Ainsi , pour soulager la poitrine du maître, ou
abréger de quelques inslans le temps des études ,
vous aurez fait de petits suffisans aujourd'hui qu'il
y en a tant de grands, et qui ne le sont devenus
peut-être que par les vices de leur première édu-
cation.
Et que di]-ons-nous de l'agitation continuelle
où cette méfclrode tient les enfans , qui tous mar-
chent, tournent, défilent, crient ou parlent à la
lois, et qui fait, ressembler ces écoles aux assem-
( 4o8 )
blécs religieuses lie q^uclqucs sectes fanatiques, ou
au baquet magnétique autour duquel les malades
faisoient leurs contorsions? Celte mobilité est une
chose bien nouvelle et bien bizarre 5 et, dans le
Midi de la France , où le peuple saisit si prompte-
mentlc ridicule et l'expviiiie avec tant de vivacité
et d'énergie , cette méthode sera accueillie avec
des risées. En effet, on ne peut rien imaginer qui
soit en contradiction plus formelle avec tout ce
qui a été cru et prati({ué jusqTi'ici : Anima sedens
Jit sapieiitior , avoient dit les sages; et réternelle
recommandation des iiareus et des maîtres aux
eufans étoit de se tenir tranquilles. Que lesenfaus
fussent destinés aux arts de l'esprit ou à des arts
mécaniques sédentaires, le repos du corps avoit
toujours paru nécessaire pour obtenir l'attention
de l'esprit; les exercices militaires eux-mêmes
exigent du soldat autant d'immobilité que de
mouvement; et je ne connois que la danse ou lo
iiollige pour lesquels il fallut prescrire à l'élève le
mouvement perpétuel.
Je ne sais jias même si une saine physiologie ne
regarderoit pas comme dangereuse pour le cer-
veau, nécessairement plus loible et plus tendre
de l'enfance et peu affermi encore contre les im-
pressions extérieures , cette continuité de bruits
et de rotations dans un lieu fermé , et si elle ne
peut pas avoir sur l'intelligence future de l'enfant
de fâcheux effets, inexpérience est ici d'accord
avec le i-aisonnement , puisijue nous nous sépa-
rons de tous les objets bru ans, nous imposons
silence à tout ce qui nous entoure, et à nous-
mêmes lors [ue nous demandons de notre esprit
quelque attention; et nous jugeons ainsi avec les
hommes de tous les pays et de tous les temps ,
que Le cerveau , où viennent aboutir les impres-
sions et les "sensations , ne pourroit s'accoutumer
à recevoir, par l'organe le plus voisin, des sons
( 4o9 )
éclatans et continus , sans perdre à la longue, par
la fréquence et Tintensité de cette excitation ,
quelque chose des dispositions de mollesse ou de
flexibilité qui le rendent propre à servir l'ànie dans
l'opération de la pensée. C'est ainsi que des frot-
temens trop rudes et des travaux manuels trop
durs, ôtent à la main la souplesse nécessaire pour
toucher un instrument de musique ou exécuter
un ouvrage délicat. Je suis convaincu aussi que
l'habitude d'être debout et en mouvement commu-
nique à l'esprit de la mobilité et au caractère ^e
l'inquiétude. On a remarqué que le parterre de
nos salles de spectacles étoit plus orageux lorsqu'il
éloit debout que depuis qu'il est assis 5 et les dan-
gereux exemples que nous avons sous les yeux des
désordres qui ont récemment éclaté dans les mai-
sous d'éducation publique de Paris et d'ailleurs,
nous parlent assez haut de la nécessité de diriger
dans l'éducation de i'enlance les habitudes phy-
siques, comme l'instruction nrorale , vers un état
de calme et de recueillement qui a autant d'in-
fluence sur la docilité du caractère que sur les
progrès de l'esprit.
Ce mouvemniit perpétuel est encore plus ridi-
cule et plus déplacé dans l'éducation des jeunes
filles. C'est une leçon continuelle de dissipation
et d'étourderie qu'il est tout-à-fait dangereux de
leur donner, ce qui contraste singulièrement avec
la douceur de caractère, la modestie de maintien
qui sied si bien à leur sexe, et même avec les
occupations paisibles et sédentaires auxquelles la
nature les a destinées.
Il y a je ne sais quoi de sauvage dans cette édu-
cation tumultueuse et bruyante, qui semble vou-
loir faire de tous les petits garçons autant de sol-
dats, et des petites lilles autant d'amazones. Les
lois et les arts nous ont tirés de l'état sauvage 5 les
arts sans les lois (car de mauvaises lois ne sont pas
( 4'o )
des lois), les arts sans les lois, si nous n'y nrenon.s
garde, nous y ramèneront; et je pourrois déjà
montrer de singuliers symptômes de ce retour à
la barbarie. Je vois dans l'excellente institution
des Frères de la Doctrine chrétienne TapplicatiGu
aux dernières classes de la société des plus pures
lumières d'une ci>ilisa(ion perrcctionnée , appli-
cation mesurée sur ce qu'en exigeiit leurs besoins,
sur ce qu'elles sont capables d'en recevoir, et sur
ce qu'il leur faut de doctrines et de connoissanccs
pour suivre leur marche naturelle dans la vie so-
ciale, et passer à un degré plus élevé. Je vois dans
la méthode lancastricnne les fantaisies d'un ma-
lade, dont le goût usé sur des alimens simples et
substantiels, n'a plus que des bizarreries et des
caprices : triste état d'un peuple livré à des so-
phistes qui l'aveuglent pour le conduire, et l'eni-
vrent pour le dépouiller I Depuis long-temps nous
rêvons le bon quand nous avons le meilleur; et si
on a pu dire avec esprit que le mieux est. l ennemi
du bien, ici, et à supposer qu'il y eût quelque
avantage dans l'enseignement mutuel, ce que je
suis loin d'accorder, on pourroit dire avec raison
et vérité, que le bien est l ennemi du mieux.
Et cependant quel temps prend-on pour pro-
pager cette éducation turbulente, et l'opposer à
l'éducation calmante et paisible des Frères des
Ecoles chrétiennes? Quel moment choisit-on
pour provoquer une lutte entre les administra-
teurs soldés et les administrateurs gratuits, les
préfets, les recteurs, les maires et les conseils
uîunicipaux , et compromettre ainsi la sdigess^i^ du
gouvernement, le repos des citoyens, l'éducation
Ag.?, enfans , le nom même du Roi 1 Des hommes ont
dit dans l'orgueil de leurs pensées .faisons une
nouvelle nation, allVanchissons-la du freiji des
antiques doctrines pour qu elle reçoive les nôtres ;
qu'elle commence dans la licence , dût-elle finir
( 4ii )
dans l'esclavage : la jeunesse est pensante , el/e est
agissante j, elle est nombreuse ^ elle veut jouir , il
faut lui en élargir les voies. Epargnez-vous ce
soin. Ces voies où vous voulez 1^ faire entrer, elle
s'y précipite d'elle-même j et votre discipline sco-
iastiquc, cette lettre morte qu'aucun esprit qu'un
esprit d'erreur ne vivifie , n'opposera bientôt plus
qu'une l'oible barrière à l'impétuosité de ses désirs.
Ce ne sont plus ces espiègleries de l'enfance qu'il
falloit punir par des pensums , pas même ces viva-»
cités d'un âge jdus avancé, qui ont autrefois agité
les étudians de nos plus célèbres universités.
(( Quelque chose de plus violent se remue au fond
des cœurs 5 » pour me servir de l'expression de
BossueT. La liberté et l'égalité , des clubs ont passé
dans les classes j la religion même, respectée au-
trefois par celte jeunesse dans ses écarts, lui est
devenue odieuse : c'est le cacliet du siècle et le
timbre d«- vos doctrines j et désormais vos collèges
seront des ateliers de révolte et des séminaires de
conjurés contre lesquels il faudra faire marclier
la force armée : « Nous savons qu'on ne punit
pas de mort Vies enfans de quinze ans, )) disoit à
ses parens, devant l'auteur de cet article, un de ces
révoltés de collège , qui leur avoit avoué le projet
d'assommer deux de leurs professeui's.
Libéraux, félicitez-vous de ces connoisjarices
précoces : des enfans qui ne sauroient peut-être
pas leur rudiment, ont 'étudié le code criminel.
Admirez ce progrès des lumières : vraisemblable-
ment, à leur âge , L'Hôpital et d'Aguesseau n'en
savoient pas tant. Le crime devance la raison; il
faudra que les supplices devancent l'âge. JNous
transportons dans les collèges les passions de la
société, les enfans retrouveront dans la société,
l'étourderie, la déraison , l'enfantillage du col-
lège.
Et cependant l'Etat répond aux parens des en-
( 4'^ )
fans qifils envoient dans ses élablissemens d'édn-
calion^ et s'il ne peut pas extirper les vices qui
viennent d'une nature rebelle et incorrigible ,
il leur garantit du moins qu'aucune fausse direc-
tion, aucune doctrine perverse, aucun mauvais
exemple ne viendront corrompre un heureux na-
turel , ou empêcher le redressement d'un mauvais.
Tout de'sordre grave et général dans une maison
d'enlans est la faute des autorités supérieures sur
renseignement. Et quel plus grand malheur pour
les familles que celui de voir revenir dans leurs
foyers des bandes d'enfans chassés de leurs col-
lèges, le cœur corrompu, l'esprit faussé, le cou-
rage même flétri, par la honte de cette expulsion,
.à l'entrée de la carrière de la vie , qui ne pourront
plus peut-être en suivre aucune avec liouiumr et
succès, et deviendront le fardeau de leurs familles,
s'ils n'en sont jias l'opprobre et le fléau! Certes,
nous vous les avions confiés dans une autre espé-
rance ^ c'étoit pour en faire un autre usage que
nous, pères de famille, nous avions remis en vos
mains toute l'autorité sur nos enfans, que nous
tenons tk; Dieu et de ]a nature. Vos bienfaits^
jnême, celui d'une éducation gratuite, n'auront
été qu'un piège , et nous pouvons vous dire avec
le pavsan du Danube :
« Et nous peuplons pour Rome un pays qu'elle opprime. »
La jeunesse ne veut plus obéir à la première
aulorité de la nature , l'autorité de l'âge. Et quel
mépris ne lui a-t-on pas inspiré pour la vieillesse,
lorsque la société , chose inouïe ! a fixé à l'homme
le ternie de sa carrière sociale ! Cette triste néces-
sité définir, imposée à tous les êtres, 1» nature
bienfaisante en avoit dérobé l'épotpie à notre coii-
iioissance , et, jusqu'à nous , la société , par res-
pect pour l'homme, n'avoitpas osé la fixer. Pour
la première fois , chez un peuple civilisé , une loi
( 4i3 )
positive en marque le terme , non surle temps des
services , mais sur la durée de la vie 5 et 55 ans ,
rage de la pleine raison, est le moment fatal où
riiomme est déclaré inutile dans la plus noble car-
rière de la société , et condamné à la mort poli-
tique. Les Sauvages aussi abrègent la carrière
naturelle de leurs parens cassés de vieillesse 5 c'est
l'application d'un même principe dans les deux
états extrêmes de la socie'té (1).
De Bowald.
De la Philanthropie.
C'est une découverte très-moderne que cette
tendresse qiii embrasse la totalité du genre hu-
main. Quelle extension de sensibilité ! On ne
peut la devoir qu'au progrès des lumières. Lui seul
(i) L'affaire des Frères des Ecoles avec la rommission pro-
visoire a fini par un arrangement amiable autant qu'il peut
l'èfre entre le fort et le foible. Autrefois, les tribunaux auroient
prononcé entre eux, et les savantes consultations publie'es à ce
sujet par les hommes les plus dislingne's de notre barreau ne
laissent point de doute sur l'issue qu'auroit eue la prétention de
la commission. Mais il y a aujourd'liui en France plus d'admi-
nistration que de constitution, et plus de volontés que de juge-
iiiens. Cependant la société repose bien moins sur la l'érilé que
sur Xe. jugement On menaçoil les pauvres Frères de les envoyer
auï armées. Y auroicnt-ils trouvé une couche plus dure, une
nourriture plus frugale, une vie et des devoirs plus austères, et
y auroienf-ils rendu des services plus utiles? Les Frères rece-
vront chacun un diplôme d'instituteur que, sans doute,, on ne
f>ourra leur refuser, et cependant ils nt- seront placés ou rappçr
es qu'en vertu de V obédience àe leur supérieur général, et heu-
reusement sans êîre soumis à aucun examen ni à aucune inspec-
tion. Ne diroit-on pas. à voir l'obligation qui leur est imposée,
qu'ils ont quelque chose à gagner dans leurs pénibles et obscures
fonctions, ou que le gouvernement, en acceptant leurs services,
l3it quelques sacrifices? Au reste, je crois que la commission,
dans cette chicane, a eu en vue quelqu'autre institutio» plus
re,doutée, et qu'elle a voulu /iure plancJie.
( 4i4 )
bppaiemment pouvoit conduire à la plus gi-andc-
générali.'sation des senlimens comme des idées. Le
monde doit être en extase devant cette affection
immense, et le genre humain bien reconnoissanl
de tout 1 intérêt qu il inspireà chacun de ceux qui
le composent. Mais l'amour de l'humanité , qui est
sans doute la plus belle chose du monde , excite-
roit plus d'admiration encore, si on ne le voyoit
s'exercer, depuis trente ans , dans le genre de ces
amours des maris qui battent leurs femmes. L'i-
vresse en est la cause ordinaire. A la vérité, c'est
une ivresse un peu tenace, que celle qui redouble
apr('s trente ans de chutes. De leur côté, les sjjec-
tateurs bénévoles doivent redoubler de surprise,
en vovant combien les effets sont loin des promesses,
et les choses à l'antipode des noms. Eh quoi ! cette
philanthropie si tendre qui nous annonroit l'âge
d'or, qui vouloit exclure la Religion comme une
mauvaise nourrice, qu'a-t-elle fait pour surpasser
la charité chrétienne? Se peut-il? Ses bienfaits
sont des échafauds, ses sœurs-grises sont des jaco-
bins ! Devôit-on croire que la philanthropie "fAt
un amour à laFayel? Les anciennes républiques^
si admirées par la philosophie moderne, vantoient
la liberté en écrasant des esclaves ; la philanthropie
se croit en droit de faire des sacrifices humains à
l'humanité.
Au moins, ers fureurs-là tombent sans doute
sur les ennemis de la grande famille humaine. Ce
sont sûrement les assassins , les brigands , les traî-
tres , dont la justice délivre Ihumanité pour pi'O-
téger les honnêtes gens. — Point du tout : c'est pré-
cisément le contraire. Les assassins et les brigands
paroissent à la philanthropie user d'une liberté
Qu'elle doit proléger par amour *lu genre humain,
ont il faut établir les droits. Or, dans les droits
de l'honinn! en général , entre la liberté d'assassi-
ner. 11 V a quelque chose de mâle et de grand dans
( 4''^ )
cette indépendiince du joug do toute veitu , de
toute raisou 5 et les hoiniétes gens, accoutumés à
tous les genres de dévouement et de sacrifices ,
sont trop lieureux d'être ]es victimes^ ofl'ertcs au
genre humain. Comment lui prouver sa tendresse
autrement quen tuant dos hommes, et surtout les
hommes esclaves de tous les freins gothiques de
l'amour de l'ordre et de Fattachemenl à ses de-
voirs, brisés par cette. liberté si noble de penser
et d'agir; ces honnêtes geiis , si opiniâtres dans
leuis senti mens , leurs principes et leur conduite ;
ces misérables, qui, malgré le progrès des lumières
et la marche du siècle, tienn(>nt encore à ces vieil-
leries proscrites par la mode libérale , la religion ,
riionneur, la 'morale , la jxistice , la reconnoissance
et la bonté ?
C'est pour cette raison, c'est pour adorer la belle
énergi<! de la liberté qui assassine , pille et massa-
cre, c[ue la pliiliinthropie a tait périr sur l'échafaud
le meilleur des Rois, sous prétexte qu'il n'étoit pas
en droit de faire du bien, parce que ses ancêtres
en avoient fait a^ant lui. C'est aussi pour la même
raison qu'elle a tendu les bras à un tyran sangui-
naire, parce que , doublement usurjfateur, il flat-
toit ses idées favorites en <'xerrant la liberté de
prcndi'e et d'égorger, et appuyoit ses principes
d égalité en s'éievant de rien à tout. La philan-
thropie , après avoir égorgé un roi , parce qu'il
étoit un homme de bien, n'est pas fàcliée que le
monde ait un tvran, pourvu que ce soit un homme
de rien.
\ûilà de singuliers effets de cet amour du genre
humain : mais tout chemin mène à Rome. Sa li-
berté est celle du meurtre et du brigandage ; sa li-
béralité celle des désastres ; son égalité celle de
Procruste ; sa fraternité celle de Caïn ; et tout cela,
d'après ses propres paroles, est synonyjne de la
mort.
Liberté, Egalité , Fraternité , ou la Mon.
C 4i(3 )
Elle l'a prouvé encore plus qu'elle ne l'a dit.
Une philanlhropie de bonne foi , un véritable
amour du bien de riiumanité , prendroit nécessai-
rement une doctrine totalement contraire.
La première condition, pour le plus grand bien
de l'humanité, seroit le mainti(>n de l'ordre et du
calme , par conséquent de la .mainte Relii^ion et de
l'autorité légitime.
La véritable philanthropie auroit observé de
bonne foi et sauroit à fond que la morale n'avoit
point de solide appui sur la terre avant que le chris-
tianisme , ce don divin , descendît du ciel pour la
soutenir. Elle sauroit que c'est la seule reiigion ,
vraiment morale , qui ait apparu au monde , et
qu'avant elle dans les croyances païennes, la reli-
gion étoit contre la morale au lieu de la protéger,
puisque les dieux v donnoient rexemplt: de tous
les vices. Alors c'étoit seulement par un instinct
sublime que les âmes s'élevoient aux sentimens
généreux, aux actions vertueuses 5 alors Socrate
accuse' d'impiété parce que l'instinct de son génie
lui avoit créé une religion plus haute et plus pure
périssoit martvr d'un pressentiment du vrai Dieu.
Alors la religion véritable n étoit que dans la phi-
losophie comme aujourd'hui la véritable phiioso-
phie ne se trouve plus que dans la religion. Bien
convaincue de ces vérités évidentes , la vraie phi-
lanthropie, loin d'exhumer, de ressusciter, de
propager les sophismes des impies , s'occuperoit à
les confondre et à semer les idées droites et saintes,
les sentimens chrétiens au cœur des enfans déposi-
taires de l'avenir.
Pour le maintien de l'ordre et du calme, pre-
miers biens de ce monde , la véritable philanthro-
pie sentiroit le besoin du respect pour le système
politique établi , surtout quand il se présente sou-
tenu par une arrière - garde de quatorze siècles.
Toute forme de gouvernement peut élrc bonne ?
(4^7)
selon le pays, le caractère de la nation^ et les cir-
constances j mais tout changement politique est
désastreux , à moins qu'il ne soit insensiblement
amené en détail par de nouveaux besoins, ce qui
est plutôt modification que changement, effet na-
turel de la seule action du temps ; car il n'y a qim
Je temps de sage innovateur. Lui seul développe
et révèle la nature des ^oses qu'il fait sonder h
fond 5 lui seul enfonce les racines des institutions,
les lie au pays et aux hommes, et perfeclionne
doucement, par les lumières de l'ordre , de l'ha-
bitude et de la paix. Mais tout changement va.ste-
et brusque est pernicieux pour un Etat. Le devoir,
Ihonneur, la vertu résident dans la fidélité à l'or-
dre anciennement établi ffuî a la durée pour ga-
rantie j etles nobles réj^nblicains qui s'oppisoieiil
à César avec Caton et Pompée, seroient maintenant
ici pour la famille de saint Louis et d'Henri lY
eontre la secte de Jncques Clément,
La véritable philanthropie, considérant parli-
eulièrement le poids et l'iniluence de la France,
dans la balance politique de l'Europe, sentiroit
de quelle importance il est d'y maintenir Tordre
cfle calme , pour les maintenir dans l'Europe en-
tière , et verroit qu'il n'en est d'autre moyen que
d'y maintenir le gouvernement monarchique avec
l'autorité légitime,
La véritable philanthropie sauroit aussi qu'il
n'y apo"int de trône sans estrade , ni de monarchie
sans noblesse. Un trône au milieu de la foule en
seroit bientôt renversé; et le cardinal de Richf-
lieu, s'il gouvernoit encore, sans changer de po-
litique, retourneroit son système, et sentiroit le
besoin de rendre maintenant à l'aristocratie plus
de force et de tonsistance, pour l'intérêt du trône,
le bien de l'Etat et le soutien de la monarchie. La
meilleure preuve que ceux qui se donnent pour
les partisans du gouvernement constitutionnel ne
TowF II. — 22e LivRAiso:f. 27
(4i8)
le veulent pas sincèrement, c'est que, toujours-
Opposés à l'aristocratie, il feiguent d'oublier
qu'elle est, dans ce système , un élément aussi né-
cessaire qu'un salutaire contre-poids. Aux yeux de
la véritable philanthropie , de la philanthropie
vi'airaent éclairée, de la philanthropie de bonne
foi, qui feroit entrer pour quelque chos«, dans les
sentimens d liumemité, la reconnoissance et la jus-
tice, ce ne pourroit être un tort d'hériter d'un
sang qui , depuis plusieurs siècles , a fourni digne-
ment sa carrière. Elle n'en aiiroit pas moins de
confiance dans la vertu des onfans, parce que leurs
pères, de temps immémorial, ont fait leur devoir,
et verroit dans la noblesse à la fois un gage et un
aiçulUon.
La vraie philanthropie sauroit d'ailleurs que
rien ne peut jamais apaiser ni ari'cter l'envie;
qu'après les nobles, les riches seroient son point
de mire, après les riches, ceux qui seroient dis-
tingués par des avantages quelconques, surtout
Ear la vei'tu 5 enfin tous ceux qui feroient oni-
rage à quelqu'un , comme on l'a vu du temps des
philanthi"opes Marat, Danton, Carrier, Le Bon,
Colîot-d'Iierbois, etc. Loin de flatter, elle ve
craindroit pas de blesser et de punir une si basse
et si implacable passion , et ne se piqucroit pas
d'impartialifc entre le crime et l'honneur.
Elle sauroit encore que les fortunes où l'on
veut, voir des gages solides ne répondent de l'atta-
chement à l'ordre de gouvernement adopté qu'a-
près une longue stabilité, et non en temps de
crises, où, passées dans les mains des ambitieux,
elles y deviennent des armes qu ils prennent, au
lieu de gages qu'ils donnent. Elle saurait que,
plus accessibles aux inlérêts de vanité qui font les
révolutions., ceux qui peuvent payer la révolte
crovent pouvoir la diriger à leur but, quoiqu'ils
y soient souvent trompes , et savent très-bien que
(4r9)
]vs révolutions ne changent pas toujours les for-
tunes de mains , puisque ce changement ne fut
en France l'ofiet que de la première. Elle saurott
enfin que le Roi et l'hortneur doivent plus comp-
ter sur celui qui s'est laissé dépouiller pour eux ,
que sur celui qui s'est enriclii de ses dépouilles ,
et tiouvcroit que c'est du luxe d'être libéral pour
les brigands^
Loin de recourir à l'habileté prétendue des ré-
volutionnaires, elle n'y verroit qu'une arme de
plus aiguisée contre le bien de l'humanité, La
constance, la probité, la fidélité, la vérité, la
justice seroient, à ses yeux , l'habileté la plus sûre
et la seule digne de sa confiance.
La véritable philanthropie sauroit et sentiroit
que la justice est l'humanité réfléchie, et, se bor-
nant à pardonner aux rebelles, ne se croiroit
point obligée de leur accorder la persécution des
îidèlesj elle protégeroit au contraire, elle prône-
roit ces martyrs de la fidélité , qui^ armés et désai'-
més par leur zèle et leur obéissance , abandonnés
sans défense aux fureurs d'une populace égarée ,
ne quittèrent le Roi que lorsqu'ils ne pouvoient
plus le servir, et songèrent alors à le délivrer ainsi
que la France, et à défendre le système monar-
chique dont on'devoit regarder les Rois comme
les défenseurs naturels. Aux yeux de la vraie phi-
lanthropie, le malheur, loin de paroîti*e un tort,
ne feroit qu'ajouter au mérite. La cause des Rois
étoit celle des peuples j Robespierre et tant
d autres nous l'ont trop aj^pris.
Pour l'évidence , ce sont deux fortes majorités
réunies que celle des raisons et celle des honnêtes
§^'ns. ^
Ne iût-ce que par souvenir, l'amour du bien se
prémuniroit donc aujourd'hui conti-e la séduction
des vagues théories, n'admettroit que celles qu'il
est possible de mettre en pratique sans ptvii, et
a?-
( 4"'0 )
VBjîrouvcroIt IcsimpriiJcns on l<sfou.s c[uî veulent
aljattre avant d'avoir un plan sagt; et fixe pour
édiiicr. En tout , elle sentiruit r\\\ii , poui- le }>ien ,
il faut détruire Je ntoins possil.le , et preférei'oit
toujours répiver à déjuiolir. Kevt^nne à jamais des
châteaux en lispagne , (|iii nous ont m€n>c.s jusqu'à
la barbarie, instiuite tlu moins par rexp«'rience ,
si elle n'avoit toujours été guidée par la raison, la
vraie philanthropie .«^aujoit qu'il ne p.(Mjt v avoir
que la mauvaise loi ou l'aveuglement contre l'évi-
4ence ; elle se déiieroit di> progrès des lumières ,
en nous voyant si peu éclaiiés , uiénie par la lu-
mière des incendies; et, responsable devant le
tribunal de la jK)st('rilé scrutatrice, elle ne com-
inettroit plus en politique le crime énorme de
risquer.
Elle sauroil que les systèmes de républica-
nisme et de iédéralisme ne peuvent convenir à de
çrands Etats, surtout à ceux qui ont traversé 1rs
siècles dans des systèmes contraires, ej. où les
mœurs et les esprits sont à l'opposé des idées, des
usages et des habitudes qu'un tel régime exige ;
elle sauroit que les institutions prennent difficile-
ment quand on les tran.splaiite , parce que c'est
Faction du temps qui les adapte aux caractt res et
aux mœurs dont elles sont le pictduit, comme les
plantes sont le produit du sol et du climat. Dans
un siècle , dans un pays si corrompu par une si
longue habitude, par un tel besoin «le tous les
rafliueraens du luxe , avec un tel oubli de. tous
principes , sur quelles vertusbaser cette répubjitpie
idéale dont quelques ambilieux nous bercent, et
dont l'impossibilité morale et physique est si é\i-
deute, qu'on voit bien que ses prôneurs ne peuvent
*?ux-mêmes l'adopter que comme un prétexte?
Quand Rome s'est républicauisée, elle étoit petite
tt pauvre ; en s'a grau dissjint et s'eurichissant , elle
a connu les Marius,les S\lla, les César, les Tibère
( 4^^ )
et les IN «'ron. Au reste, la vraie pîuljint'liropie seroit
en garde contre les raisonneurs, et sauroit <{utt
présent , grâce aux progrès de l'es^ivit luimaiii , il
n'v a pas d'ol)surdité si grossièi-e , qni ne trouvo à
son service nn arsenal do sopliisines toujours pjêts-
à lu soutenir ; et , d après ce p(>rfectionnemcat
si sensiMe, Irémiroit d« la promesse illimitée
d'une perfecfibilîîé sans bornes , toujours courant
après la perlèction , à travers les ruines, sans pou-
voir jamais l'atteindre. Mais si cette ardeur de
perlectibilité débute une seconde fois parlesbou-
îeversemens , Tes dt'sastres et les massacres , il est
à craindre cfue l'evcès même dc ses trîom})hes ne
mette ti'ôp vite des bornes à ses succès , et qu'il ne
liste plus rien à perfectionner dans ce monde.
La piété , qui scroit la première vertu de la vé-
ritable philanthropie empêcheroit les gonverne-
îuens dt; prêcher l'oubli , puisqu'il ôleroit toute
valeixr au pardon, mais leur fcroit reconnoître
que toute p\:issance vient de Dieu; que lui seul
assied les Rois légitimes et ionde les dynasties, et
que les usui'pateurs, qu'il permet quelquefois pour
punir nos fautes , ne sont point ses représenlans ,
mais SCS tléanx.
Elle voudroit assurer le sort des respectables
fu'ètres qui doivent faire adorer ce Dieu de
)Onté par l'exemple de leurs vertus , et décideroit
la société à lt;s mettre en état de faire l'aumône an
lieu de î-es réduire à la recevoir.
La vraie phihui'lhropie àuToiî appris , par des
épreuves funestes et récentes , que si même on
pouvoit jamais consiclérer le peuple comme sou-
verain , ce ne pourroit être qu'un souverain en
perpétTieîle minorité , qu'il lui faudroit sans cesse
de sages tuteurs , et qu'il ne devroit pas plus etVc
consulté sTir.sespi*opre.'j intthêtsque les cnlaas d'un
collège. Son 'bonheur doit^^tre le but de tous les
effjrt.çj m.us sa voi'onté , n'éocss.aiiernont avOngie ,
( 422 )
n'en doit jamais ctrc la règle : Tout pour Icpevyîe,
riefi par le peuple, a dit INlontesquicii. Cette
ina?iinie renferme toute la sagesse politique et
loiile la véritable philanthropie.
îMontesqiiieu qui a dit cette grande et salutaire
vérité- Jean-Jacques dont on cite souvent cette
Lelle pensée , que la plus heureuse des révolutions
ne pourvoit racheter une seule goutte de sang in-
nocent versé pour e//f / A oltaire lui-même qui a
dit que si Dieu ne.ristoit pas j Hfaudroitlinven-
ter , et qiiil aimerait encore mieux se trouver
entre les pattes d'un lion, que mangé par une
foule de rats ses confrères (i); l'abbé Raynal ,
qui lit une si belle amende honorable, une si belle
rétractation de ses dangereux principes dans sa
noble , et sage , et courageuse lettre huée par
l'Assemblée constituante j M. de La Hai-pe , ce
pieux déserteur d'une fausse philosophie, qui , se
jetant dans les bras de la religion , plaida si puis-
samment pour la vérité par ses éci'its etsonexemplej
enfin les plus fameux des prétendus philosophes
du prétendu siècle des lumières, maintenant,
d'après ce que je viens d'en rapporter , seroieiit
regardés par leurs disciples comnne des ultra.
\ oilà le chem.in que nous avons fait! Que di-
roient-ils maintenant s'ils voyoient les fruits de
li'urs œuvres?
Quand verrons-nous les apôtres du genre hu-
main , au lieu de voler au secours des bourreaux
contre les victimes, au lieu de calomnier les vic-
times et de s'attendrir sur les bourreaux , sentir
l'émula lion d être aussi l>ons philanthropes que
saiiît François de Sales et saint V inceut de Paule ,
et donner d'eux-mêmes au monde un plus beau
(i) Voltaire, dans V Essai sur les Mœurs et VEsptit des Na-
ttons , dit enrorc, en parlant de la république de Venise : On
tt'y craint point la démocratie qui ne coni'ient qu'à un petit canton
suisse ou à Genèi'e. ( Vojez le Chap. CVl*, pag. ai8.)
( ^'^^ )
et plus toucliant spectacle encore que le fîvnieiix
drame Je Kotzobuë, en lui montrant enfin, avec
slncérilc , Philanthropie ec repentira E. S.
MELANGES.
Le temps amène avec lui do sérieuses rénexions. Depuis
«ju'on a présenté aux Chambres un projet fie loi sur la
culpabilité des ministres, et qu'on s est mis à discuter chez
M. !e gardc-dcs-sceaùx un projet de loi pour mettre en
accusation les a^'ons des ministres, les jouriiaux s'amuseni;
à nous répéter qu'on a senti l inconvenance de placer dans
les prisons ordinaires les détenus par suite de d'iii.s poli-
tijues^ et que M. le ministre deTinlérieur a fait aijheler un
très-beau local pour en faire une prison d'Etat toute neuve.
Les journaux ajoutent même que les mesurais ont été prises
pour que les travaux fussent exécutés avec prompitude.
En effet, cela presse. Des personnes , qui se prétendent
instruites, assurent que les distributions de celte prison
par excellence seront faites de manière quil y ait des
appartemens convenables potir les ministres , de jcdis
logemens pouj' les directeurs-généraux, conseillers d'Etat
et préfets, et quelques centaines de chambres propres pour
lesagens des contributions. La constitution ncrcconnois-
sant de délils pùlili<jues que la concussion, la trahison, les
atteintes portées à la liberté individuelle, il est clair que
celte prison ne peut être destinée qu'à ceux qui manient
des deniers publics ou qui exercent un pouvoir délégué j
et si on lit notre histoire avec soin, on verra que depuis
Pierre de la Brosse, ministre de Philippe-le- Hardi , qui
fut pendu en i^yrt, jusqu'au surintendant Fouquet, aiicun
ministre n^a été mis dans une prison oïdiiiaire. il faut
respecter les hiérarchies. Les simples citoyens ne peuvent
pas commettre des déliîs politiques^ à moins que les lois
n'en inventent ; or, loin d'être dans l'intention d'en inven-
ter, on sait que la majorité de la Chambre des Pairs vient
de demander le rappoit de la loi des cris et des écrits sédi-
tieux, accordée avec tant de regret par la Chambre de i8i5
aux instances des ministres de celte époque, lU parlèreat
ï 4-^4 )
à^Pc tsnt de seTTsibilifé des dan^çers que rouroit la monaf^
mhiR , ils tonuèreril avec tant de Corce contre les fauleiirs
de rcvalulion, qu'il ny eut pas moyen de leur résisler.
C'est ainsi qii'iis créèrent des dé/i/s politiques dont les
prévenus f'ureni envojés dans des prisons ordiniiires ; mais
tout cela va changer, et il y aura des prisons dKlat pour
les hommes d'Etat et les a^ens des contributions.
— M. le ^arde-dcs-scoaux a voulu se relever du désa-
{irément d'avoir montré , dans une séance de la Chambre,
qu'il ne connoissoit pas le Code civil ; il vient d'adresser
à MM. les procureurs-généraux une circulaire qui prouve
qu'il sait le Code criminel. Cette circulaire a été mise dans
les journaux ; on n'en voit pas le motif, à moins que cette
publicité ne soit un reproche à MM. les {:;ardes-des-sceaux
qui ne le sont plus. En eVeî, s'il suffit d'adresser une
lettre à MM. les procureurs-généraux et de faire impri-
mer cette lettre dans les (euillcs publiques pour améliorer
l'élaf de la justice en France, les prédécesseurs de M. de
Serre sont bien coupables de n'avoir pas usé d'un mojea
si simple , si facile et si peu dispendieux. M. de Serre
pcnse-(-il qu'une lettre de lui , rendue publique , suffira
})ouf apaiser toutes les plaintes qui se sont élevées, plaintes
dont il confirme la justesse par sa circulaire même? Pour-
quoi tOJit ce qu'il recommande à MM. les procureurs-
généraux n'a-l-il ■pas été fait jusqu'à ce jour':* Nos lois
n'avoient-elles pas force de lois avant sa circulaire? Pour-
quoi les prisormiers ont- ils langui en prison sans être
jugés? Pourquoi n^a-t-on pas donné la liberté sur cau-
t!0!i à tous ceux qui pouvoient y prétendre? Pourquoi de
simples prévenus ont-ils été mis au secret, et jetés dans
des cacliots infects l' Si tout cela a élé fait contre l'esprit
de la législation, et, ce qui est pire, en l'interprétant, une
circulaire de M. le garde-des sceaux sera-t-elle plus puis-
sante que l'équité des siècles? Apaise-t-on, par (les cir-
culaires , des clameurs publiques malheureusement jusli-
fiéesPEt M. de Serre pense-t-il que nous soyons assez
dépourvus de sens pour regarder sa lettre à MM. les pro-
rureurs- généraux comme une garantie suffisante? Il se
iroinperoit. Nous avons vu, depuis la révolution, tant
.'de lettres onctueuses , tant de saintes circulaires dans les
)-juri\aux, sans que la justice ait avancé d'un pas, que nous
sommes <3eventas défians à propofllon dés Iclfros et -des
circulaires. INous rivons déjà dit, les Fiançais sont arrivés
à l'époque où ils écoutent les paroles, et ne s'en paient
plus. M. le garde-des-sceaux peut avoir avec iNlM. les
procureurs-i^énéraux telle correspondance qu'il voudra ;
c'est une affaire entre lui et les {^ens du Roi. Si cette cor-
respondance nous étoit révélée par hasard, nous y croi-
rions^ quand nous la trouvons imprimée dans les jour-
naux, nous n'en concluons rien, sinon qu'elle est faite
pour le public, et nous la ranueons dans la classe de tous
les écrits du niême genre qui ont été imprimés pour
occuper le public. Ce n'est pas des boréaux des ministres
que nous attendons et la justice et la sûreté individuelle
que la constitution nous garantit, mais des lois faites dans
l'esprit de la constitution ; et plus nos députés liront avec
soin la mercuriale que M. de Serre adresse aux tiibunau>c,
plus ils se convaincront que des iniéiêfs aussi graves t^t
aussi souvent compromis ne se règlent point par une cir-
culaire. * j, F.
Pai-is, 28 février 1 Sic;.
La rage de certains hommes va croissant contre
les opinion,*; monarchifjues; cependant ces opinions
deviennent tons les jours plus populaires. Les re-
cueils hle.us et gris perdent leur faveur j usque dan.s
les cafés 3 la couleur blanche, au contraire, est
})référée , et les principes loyaux l'emportent sur
es sophismcs révoîntioiiuaires et sur leurs dégoû-
ta us mensonges. Chaque jour démontre une vé-
rité c£ui n'a jamais cessé d'en être une pour nous 5
c'est c|ue la France n'est pas telle qu il importe
à certaines passions de la re])résenter. Elle est
monarchique 5 elle veut le repos , et ne peut être
'trompée ni sur les principes ni sur les personnes
qui lui garantissent l'uhe et l'autre. Ce n'est pas
qii'on ne fasse, pour l'induire en erreurà cete'gard,
tout Ce qu'il est possible de faire. Journaux cen-
surés, pansphlets révolutionnaires, tout s'en-
tend, tout s'accorde. Le Moniteur a mis , dans sa
ftuille du 18, un article, dont nous avons déjà
(4^6)
parlé, et qui remet toujours en scène, comme en-
nemis de Ja tranquillité de la France, les hommes
qui lui ont fait le plus de sacriûces. Cet article,
aussi niaisement composé qu'il a e'té mécUamraent
inspiré, n'a pas eu le succès qu'on s'en étoxt promis,
et la raison eu est toute simple : pour tromper, il
ne faut pas présenter les faits de manière que la
rcfutalion soit à la portée de tout le monde; et,
pour faire croire qu'on est modéré , il ne faut pas
parler avec emportement.
Si le 3/onzVeîir profite de notre avis, le minis-
tère ne s'exposera plus à ce qu'on lui dise que si
quelqu'un a fait naître des méfiances , c'est lui ,
par le sjslbine qui/ a suivi,- que si qucl([u'un a
porté des coups , c'est lui qui en a porté et qui en
porte iournellementauvrovalistcs.enles é]oij>nant
de tous les emplois, en desliltiant tous les préfets
ou sous-préfets qui ont donné des garanllcs à la
cause rovale , en remplaçant, par exemple, tel
sous-préfet honoré et estiaié, pav le sous-préf "t
des cent-jours; l'homme qui auroitété victime de
sa fidélité auRoi, par le serviteur dévoué de ceim
qui avoit proscrit le Roi. li sauroitque s'il ne de-
mande pas des lois d'exception, il profite do toutes
celles qui existent, et que , certes, il scroit difucile
s'il nen trou voit pas assez. Il suuroit que s'il y a
eu des bannis, ce n'est pas les liom nés qu'il dé-
sigTie à l'opinion qui en ont acci'u la liste.
Toutes les administrations sont d ns un mou-
vement perpétuel. Chaque jour amène quelque
changement ou quelque innovation. La France y
cracne-t-clle? les contribuables s'en trouvent-ils
mieux ? Une ordonnance, coutre-signée par M. le
maréchal Gouvion-Saint-Cvr, va nous lournir
à cet égard quelques observations.
D'apré« cette ordonnance en date du 17 février,
M. le ministre de la gTicrre fait une nouvelle
répartition des cadres des 208 bataillons d'infan-
teri'- créés par ordonnance duo août i8!5, et
( 4^7 )
répartis entre les 86 départemens , à raison d'une
lôgion de trois bataillons. Voici le tableau de cette
nouvelle i-éparlition :
8 Départem. auront 2 Leg. de 3 bataill., ci. ,
3 Départem. auront i Lég. de 4 bataill., cl.
48 Départem. auront i I^ég. de 3 bataill., ci.
27 Départem. auront i X,ég. de a bataill., ci.
48 bataillons.
12
258 bataillons.
S6 Départem. 94 Lég.
Le nombre des départemens n'est pas change',
('"lui des bataillons ne l'est pas non plus; n«ais ,
quant au total des légions , on ne l'a pas spécifié,
et nous nous empressons de réparer cet oubli. Il
n'y^ avoit que bC) légions, maintenant il y eu
aura 9.J. C'est une augmentation de huit léginns,
qui entraîne quelques dépenses de plus pour le
ministère de la guerre, et je ne sais si, dans l'état
de nos finances, l'aiisfuientation de ce budget e.«fc
une chose bien désirable. Il faudra pour ces huit
nouvelles légions
D>>ICNATION
des grades.
Solde
par an.
S colonels. . .
8 lieutenans-
colonels.. .
8 majors. . . .
S trésoriers..
8 capit. d'ha-
billement..
8 porte -dra-
peaux
Scnirurgiens
majors... .
8 aumôniers..
4o,ooof
3.'f,4oo
28,800
9,600
i4j4oo
lOjOOO
16,000
i4,4oo
IpïD8■^Ï^ÏTE
de
logement.
, 320
,840
,688
,728
, l52
,728
,728
ISDEMMTK
de
fourrage.
5,84of
5,840
2.920
2,920
de Total.
représentât.
14,400^ ,65,o4o'
if4,JDO
35.520
12,288*
'16,128
;ii,i5a
'17,738**
19,048
Tôt M. . . . 2:îi.464
* Ils sont comptes a 1,200 fr. Ils sont ordin.iircraenf capilai&e.-, et uni alors \»
solde de te grade, 1,800 fr. par an.
•• Les comptant de la dernière classe de leur grade.
On peut vérifier l'exactitude de ces calculs sur le tarif de soldes
el accessoires, partie ofljciellc au Journal Militm're, N° defevri^rr
i8i8. Chez IVlagimel^ Ansclin, libraires, rue Dâupiiinê,
C- 4:'-S )
Yoilà pour rétat-majni- scnkitionl. Il y a de
plu5 les maîtres ouvriers, li*s frais Ao. bureau , etc.
tl ost vrai que cela douue Ja l'acuité d'emplov<M-
deux lieutenans-aén«;rau\ , et f[uatre niarécliaux
de camp pour riuspecliDn de ces huit légions.
Touf«jfois , .s'iln'eî^t pas tvès-nécpssairc tl'envcyor
deTix inspecleurlç dans uiie année au même régi-
ment, si cela se trou\oit peui être même nuisible
au bien du service, en diminuant l'autorité indis-
pensable aux cliefs de corps, on pourroit ne voir
dans cette mesure d'autre résn] tat, d'un col c qu'uiwî
augmentation de dépenses qui n'est pas tout-à-tait
dnns rintérét des contribufibles , et de l'autre le
plaisir qu'y trouve le ministre d avoir à cojiféref
quel.jues emplois de plus. Il est vrai que en p» ut
être une com|>ensation, si le plaisir d'un ministrtt
équivaut à un avantage public. ÎNlais est-ce une
idée lieureuse lorsque chaque légion, l'une dans
l'autre, est à peine de la force d'un bataillon,
d'en créer Luit nouvelles? On peut évaluer san6
, evage'rntion FaTigmentation de dépense qui résulte
de cette nouvelle mesure avec les frais d'insjiec-
tion , au moins a Soo.ooo fr, par an. C'est, uae
ordonnance un ])eu cbèv.e. Plus de stabilité, moins
d inveiilions ne seroient-elles pas à désirer poiu'
ceux qui paient, surtout lorsque ces inventions
ne présente^nt ni connoissances , ni talent, et
qu'on n'y voit qiié le désir de faire du nouveau,
. côiUe qui coûte?
I M. le marquis Bartliélemv a fait à la Chambre
des Pairs une proposition tendante à supplier le
Roi de proposer une loi qui fasse épTOUver à l'or-
ganisation des collèges électoraux les modifica-
tions dontla nécessité peut paroître indispensable.
Notre respect pour les ChaTutrrs , TptpoxiT le ca-
ractère pej^onnel du noble Pair qui a fait ct'tte
proposition, nous auroitengagés à aHcudre qu'ebe
b* t discutée dans les deuK Chambres, pour émeft'.e
iu>tre opinion , si la même modtiat on eût été le
( 4^9 )
partage de tout ]e monde. Mais déjà plusieurs
apiaious se sont prononcées, et le calme n'a pas
été leur caractère. On en appelle auv passions,
on ckerchjB à les agiter; il est de notre devoir d'é-
tablir les choses sous leur véritable point de vue.
M. le ministre de l'intiaieur a dità la Chambre
des Pairs (i), en combattant la proposition de
M. le marquis Barthélémy, qu'il la r(;gardoit
comme la plus funeste qui.pût sortir de la (^liambrc.
Cette opinion de M. le comte de Cazes, du '.io fé-
vrier 1819, me paroît dlfticile à concilier avec
celle exprimée dans les jourriauK, et notajnment
dans celui des Dthats , le 21 septembre 1B17;
opinion que l'on peut croire aussi celle d(* M. le
comte de Cazes , vu qu'il avoitla censure des jour-
naux. Alors, s'écrioit-on , au sujet des élections
de-Paris :
« Royalistes purs, roynli.slL's constitulionneU . royalistes avant
« ou après la Ctiaite, réunissez-vous; c'est votre ciiuse qui
>) va se juger! Par le point qui vous est commun à tons, vous
» êtes nombreux, vous ète^' forts, vous êtes iiuinriljles. Les
» nuances d'opinion , les suljdivisions de p.irti , les dibsenfimenS
» secondaires, peuvent seuls affoiblir votre pu ssaïue; mais vous
» êtes d'accord sur la grande question, sur le principe fonda-^
» mental : et cela ne sufTit-il p s, au jour de l'e'preuve, pour
V vous réunir, pour vous confondre , par cette prenn'ère et dé—
» cisive «naiiimilé qui parle bien plus haut que quelques vœux
» isolés, quelques aversions et quelques prélérences prirticu—
>• licres?... \'ous vouiez tous, avant tfiut, la sûreté, l'affcrmis-
» seu)ent, la dignité du trône ; pensez donc «ju'il existe un intérêt
» plus fliessant que d'avoir, pour députés, vos meilleurs amis:
» c'est d'écarter vos plus grands ennemis
" La division des gens de bien, l'union active avec des
» médians; voilà l'histoire de notre révolution, qui, dans ses
» excès et dans ses crimes, n'a été que le triomphe de l^i mlno-
» rite : ne la laissez jamais, cette minorité funeste , renaître ,-ou
» s'élever à travcis vos latigs di'sunis et vos forces dispersées. . .
>• Lorsfjue la crise vient, lorsqu'il faut clioisir entre deuxpartis.
» entre deux hommes; lor.sipi'il faut opter entre relui qui a
»> couUarlé vos vues et leluiqui vous menace , eatrc celui qui
(t) Séance du 2u lévrier , Moniteur ùu as.
( 43o )
>' n'apprauve pas toutes vos ick'cs et relui qui voudroit anéantir
» li; plus rhcr de vos priacipcs, entre relui qui partageroit vos
>' pcnh et celui qui les cause , est-il un houimc sensé qui puisse
>' hésiter ?
» Je ne parle pas de cette calomnie cyii impute à
i> quelques royalistes, l'intention de laisser decréditeh une loi qui
3> leur déplaît par des choix qui pourroient leurnuire
» 11 s'agit de servir la cause royale, ou dempèrher qu'on ne
» lui nuise... La réunion doit se faire au tour du centre qui
» offre le pus d'avantage. Le centre de l'opinion royaliste, c'est
»» Fopiniondu Roi. »
Comment donc est-il possible que la chose la
plus funeste aujourd'hui soit précisément la pro-
position de modifier une loi qui inspii'oit alors tant
de craintes? Et d'où venoient ces craintes? De ce
que plusieurs électeurs donuoient leur suffrage à
des hommes qui trouvent cependant aujourd'hui,
tout comme ]\î. de Cazes, de graves inconvôniens à
modifier là. loi des élections. Mais s'il étoit si im-
portant alors d'éloigner ces hommes, la proposi-
tion d'une modification ne pouvoit point passer
pour une chose funeste. Si elle est funeste main-
tenant, les hommes que l'on vouloit éloigner alors
à tout prix , sont donc les hommes desquels on
se rapproche aujoui'd'hui? Les variations nous
étonnent peu 5 mais les inconséquences nous frap-
pent, et nous sommes justement épouvantés du
résultat qu'elles peuvent avoir dans un gouvei'-
nement. 5l. Benjamin Constant , en faveur de qui
n'étoient pas, je crois, les articles censurés de
181 y, appuie aujourd'hui, dans un pamphlet,
l'opinion que M. de Cazes a émise à la Chambre
des Pairs. Le publicîstc et le ministre sont tout-
à-fait du même avis : les dangers aperçus par l'un
sont commentés par l'autre. M. Benjamin Cons-
tant, par qui les intérêts qu'il appelle populaires
sottt habituellement si chaudement détendus, ex-
prime cependant aujourd'hui la crainte qu'il ny
ait des électeurs pauvres. Les hommes de i8i5
sont, comme de raison, remis ea scène. M. Benja-
( 43' )
min Constant en appelle aux électeurs; il leur
demande dos supplications pour le trône, des pé-
titions pour les Chambres, ^ous ne relèverons ptvs
ses déclamations : c'est du style obligé dans cor-
taines positions , et nous sommes convaincus que
la France attendra avec confiance le résultat de la
délibération des Chambres. Si la proposition faite
par M. le maïquis Barthélémy n'est pas dans l'in-
térêt national, nous pensons qu'elle sera rejetée;
si elle est pour le bien de toiis et qu'elle soit
acceptée, M. Benjamin Constant, comme tout
Français , sera tenu de se soumettre au résultat.
Je ne sais, au reste, jusqu'à quel point il est
convenable de supposer qu'un jucmbre de la
Chambre des Pairs peut être ( même sans s'en dou-
ter ) l'organe d'un parti , et d'un parti qui tou-
dvoit ramener l'olygarchie, /es prisulcges , et faire
par l'intérieur, ce qu'il n'auroit pu. faire ni par les
étrangers , ni par les noies secrètes. Je ne sais
pourquoi un pair ne peut, sans s'exposer à t'e
pareilles allégations , faire une proposition quel-
conque, lorsque le plus simple particulier est libre
ou d'en imprimer, ou d'en faire une contraire,
sans que personne puisse j trouver à redire. Il
seroit, je pense, à désirer que les droits de tous
fussent assez positivement définis, pour que per-
sonne n'outrepassât les siens.
Loin d'imiter M. Benjamin Constant, et d'en
appeler, de notre côté, à l'opinion de ceux qui
f)ensent que cette proposition est convenable, nous
es engageons à attendre avec respect la décision
qui en résultera. C'est dans le calme que se font lus
Bonnes lois : les lois révolutionnaires se font au-
trement, mais ce n'est pas de celles-là qu'il nous
faut. Que M. Benjamin Constant voie d'une ma-
nière ou d'une autre, peu importe; il alà-dessusle
même droit que nous. M pis quand on accuse, on
est tenu d'avoir de la méMioire , et jM. Benjamin
( -43^ )
Constant en manque^ dans son pamphlet. En par-
lant d«'s lioinmes de i8i5, il dit : Mais qui clofic a
provoqué tes hannissemcns? Il a sûrement ouLHé
ce Cfue nous allons lui retracer. L'artide 3 de la
loi d'amnistie, présentée par les ministres le 8 dé-
cembre i8i5, portoit : Les individus compris dans
l'article a de lordotinance du 24 juillet , sortiront
fte J^ycutce dans les deux mois qui suivront la
vromidga.tion de la loi.
Le même article , amendé par la Chambre ,
porte :
« Le Roi POURRA, dans l'espace de deux "mois,
j) à dater de la promulgation de la présente loi ,
» éloigner de la France ceux des individus com-
)) pris dans l'article 2 de l'ordonnance du 24 juillet,
» i:^u il y maintiendra. »
Il résulte de ces deux dispositions :
1°. Que celle proposée par les ministres, être je-
tée par la Chambre, étoit impérative, et ne souf-
Iroit aucune exception 5
2*. Que celle proposéeetadoptée parla Chambre
étoit facultative, et que l'addition des mots au il
y maintiendra , laissoit aux ministres la liberté de
rayer tout ou partie des individus compris dans
cette liste.
Quel usage les ministres , qui se sont tant vantés
depuis de leur modération, et qui ont sans cesse
accusé la Chambre de 1810 d'exagération , ont-ils
fait du pouvoir discrétionnaire que leur laissoient
les mots pourra et qu'// j maintiendra ? Le voici.
Une ordonnance du 17 janvier 1816, insére'e
au Bulletin des Lois ^ ls°3^, porte ce qui suit :
Art. i*'. Tous les individus dénommés dans r art. 1
de l'ordonnance du ^^ juillet , sont maintenus sur
la liste comprise audit article; ils seront tenus de
sortir du royaume le :>5 Jévrier au plus tard, etc.
Que l'on décide, d'après cela, si ce sont les
hommes contre lesquels on récrimine qui vou-
1
( 433 )
îoient des banuis^ et qui en faisoienl des listes. En
vérité, il seroit temps qu'on ne fît à chacun que la
part qui lui revient , et ce seroit dans l'intérêt de
tous 5 car les uns ne detaandent pas mieux que de
se taire, et les autres ne peuvent que gagner à leur
silence.
Il est à remarquer que c'est de la CliamLre des
Pairs, essentiellement conservatrice des intérêts
de la monarchie et de ceux; des citoyens , que sont
sorties deux propositions qui touchent essentielle-
ment les uns et les autres. M. le comte de Castel-
lane a propose de supplier le Koi de rapporter la
loi du 9 novembre, sur les cris et écrits séditieux,
présentée par iM. Barbé-Marbois , et par laquelle,
au moyen de la. proi'ocatio/i indirecte, il e'toit dif-
licile de savoir ce que l'on n'avoit pas à craindre j
et ]M. le marquis Barthélémy, en demandant des
modifications à la loi des élections, signale le mal
que peut faire à la monarchie une loi qui paroît
dangereuse à beaucoiqj de bons esprits.
Des pamphlets rapportent tout au long celui de
M. Benjamin Constant, et ajoutent à la doctrine
de ce pubiiciste tous les développemens de celle
qui nous a valu tant et tant de malheurs de tout
genre. Pour que la proposition de Ai. le marquis
Barthélémy fasse jeter de s* hauts cris , il faut bien
que le doigt ait été mis sur la plaie. Aussi, nul
moyen ne paroîtroit difficile à certains hommes
pour empêcher que cette proposition n'eût des
suites. D'aboi'd , on met comme deraisonle peuple
en avant dans une loi où le peuple n'est poiu*rien.
On nous représente les fermiers, les marchands
et les artisans qui paient cent écus d'impositions,
prenant les armes , et au lieu de vaquer tranquîl»
lement à leurs ti'avaux ou à leur commerce, sou-
tenir à main armée la loi d'élection , et pratiquant
ainsi le plus saint des devoirs, nous rappeler ces
beaux jours qui pr^'ludérent aux jeux révolution-
( 434 ;
naires. Ensuite on vous parle de la féodalité, àm
châtelains, des catégories, des marquis, des vi-
comtes. On appelle le souvenir des noyades , des
mitraillades, des massacres des prisons, des guil-
lotines en permanence j une rhétorique usée, ce
qui ne veutpas dire, je suppose, que, pour nous la
remettre en mémoire, il faille la remettre en pra-
tique. On convient que la force est habituellement
dans les lois , mais que si les lois n'existoient pa5
(c'est-à-diretelles que certains hommes les veulent^,
elles s^ trouveroient dans le peuple. Heureuse-
ment que le peuple n'est pas du tout ce que cer-
taines gens veulent qu'il soit : il n'est nullement
révo'lutionnaire ; il l'a prouvé en i8i5 , il l'a prou-
vé aux cent-jours : il est , il restera tranquille ; il
aime les BourLons , il veut du repos, et ce n'est
ni par le peuple , ni par les électeurs , ni par \vs
hommes monarchiques que ce repos peut être
troublé. A un pareil effet d'autres causes.
Du reste , d'après ces pamphlets , il y auroit un
moyen de tout arranger prompt et facile. Une créa-
tion de nouveaux pairs pour obtenir au ministère
la majorité dont il a besoin, la dissolution de la
Chambre des Députés qu'elle appelle une mesure
franche et loyale : avec cela tout iroit à merveille,
A ce prix les ministres peuvent être siîrs qu'ils se-
ront loués et approuvés. Nous ne discuterons
ni la convenance ni l'à-propos de semblables me-
sures; mais nous dirons simplement que, comme
lin ministère présent n'ôte aucun de ses moyens
à un ministère futur, si chaque fois qu'un minis-
tère voudra ressaisir la majorité qui lui échappe ,
il' faut, d'un côté, créer une cinquantaine de pairs
conditionnels, et de l'autre, mettre tous les col-
lèges électoraux en mouvement , la Chambre des
Pairs finiroitpar ne plus être, ainsi que les col-
lèges électoraux , qu'un instrument pour les pas-
sions , que notre mode de gouvernement perdroit
( 435 )
peu à peu de sa bonté , eji raison de Fabus que
l'on en feroit, et deviendi-oit, pai* cela même, la
garantie du despotisme ministériel , au lieu de res*
ter celle des libertés publiques. Dans un goiiver*
nement représentatif, la seule chose qui puisse
fixer un ministère sur une fausse mesure , ou sur
le danger d'un système, c'est l'opposition des
Chambres ; et alors un ministère sage s'éclaire de
cette opposition, et se sert, pour le bien même
de l'Etat , du courage et de la vertu qui l'ont ins-
pirée. Si, au lieu d'utiliser les ressouixes qu'il tii'.e
delà nature même du «gouvernement , il s'irrite
contre ses ressources , et voulant mieux voir que
tout le monde, se préférant à toute autre considé-
ration, il veut, à tout prix, exécuter sa volonté,
il compromet la dignité des Chambres , l'intérêt de
l'Etat 5 et en ébranlant toute confiance, il anéan-
tit la sécurité publique. Ces considérations qui
sont à la portée de tout le monde peuvent
fixer sur les moyens invoqués par les pamphlets
révolutionnaires , et sur la modération des hommes
qui imputent tant d'exagération à ceux qui ne
sont pas de leur avis. Quant aux inquiétudes
iju aurait fait naître dans Paris la proposition de
M. Barthélémy, quant ii lindignalion publique,
tout cela est aussi vrai que la. pojju/arilé que M. dp
Castillane aurait voulu donner à la noblesse, en.
proposant le rapport de la loi anti-nationale du
9 novembre. M .4e comte de Castellane avoit voté
contre cette loi ; en en demandant le rapport, il a
prouvé qu'il étoit fidèle à ses opinfons, et n'a pu
prétendre ni le populariser, ni popidarier per-
sonne. Quoi qu'en disent certains hommes, chacun
vaque tranquillement à ses affaires 5 tout le monde
est paisible ; et, s'il y a quelques passions en mou*
vement, on ne s'en doute qu'eu lisant certains
pampldets dontl'espritdevieutd'antant moins con-
tagieux, qu'il se met plus au gi^and jour. Il paroît
( 43G )
une réponse ait pamplilot de M. Benjamin Cons-
tant : elle est claire, forte; nous regrettons que
Tespace nous manque pour en donner une analyse.
On y rencontrera I* style de quelqu'un qui nous
a souvent fourni de bons articles, et nous cnga-
- seons à la lii'o.
Le JMonilenr du 20 nous donne une longue liste
de préfets et sous-préfets destitués, remplacés,
etc., etc. Il en résulte qu'il y a si^ préfets rem-
placés : ceux de la Charente-Inférieure, delaCôte-
d'Or, de Saône et Loire ^ de Loir et Cher, du
Loiret et de l'Aude ; vinsjt-dcuKsous-préfetségale-
montremplacés ; un déplacement, etque troissous-
préfetssontnomraéspréfets(i). Danssonpampldet
publié deux: jours avant, Si. Benjamin Constant
se pîaignoit que le ministère n'eût pas licencié
cette armée cPagens de 181 5. Il nous semble que
voici un petit à compte qui, ajouté auK destitu-
tions dont noiTS avons déjà doîiné In liste, ne
laisse pas que défaire nombre (2). M. le vicomte de
Cazes, préfet du Tarn, va remplacer, dans la pré-
fecture du Bas-Rhin, M. de Bouthilier que l'on
a va partir dans ce département avec autant de
Tegrets que d'estime. Cnacun se rappeloit sa cou-
rageuse conduite au moment de l'usurpation, et la
persécution qui en fut la suite. Cette préfecture
sur une place frontière est aussi importante de
(i) Le Mcmitcuv du 26 donne une seconcte liste de huit
sous-préfets destitut-'s.
(2) Ah nombre ilcspr(^refs desiitiiî^s. se trouvent M. de^'atil-
chier, prpf^et du Jurn avant les cenl-jours , rerommnndable
par sa fidélité, son courage, ses înœurs et ses talens adminis-
tratifs , etM. Dahlias , dont la 'ermelé et le dévouement se ma-
nife^tèrent à l'asscrahlée législ.itivc, les 1 1 et i3 juillet I7'|2,
quand ils"éleva avec force contre la déchéance du Roi . rappela
le sL-rment (|u'avoit fait l'assemblée de :naintenir la monar-
chie, et demanda la punition de ceux qui, le 20 juin, avoient
forcé le château des Tuileries et outragé Louis X^ I.En 1793,
il fit imprimer une Défense du Roi , dont il existe encore des
exi mplaiits publiés à cette désastreuse e'pocjue.
( 4:^7 )
position qu'elle esl supérieure à celle du Taru
que quilte M. le vicomte de Gazes.
M. C.
Sur la proposition de i)/, le marquis Barthcîemj .
Une proposition, faite à la Chambre des Pairs par M. le
marquis Barthélémy, a donné une grande activité aux
esprits. Il ne faut pas s'en étonner. Les esprits sont péné-
trans; ils ne s'arrêtent pas aux paroles, ils vont au fond
des choses , et , d'un côté comme de l'autre, on sent que
Tavenir du gouvernement représentalif est tout, entier dans
Ja loi des élections. Tout nouvel examen de la loi est
donc utile s'il est fait dans les formes constitutionnelles.
L'ordonnance du 5 septembre est un acte constitution-
nel. Par cela seul qu'il étoil prévu par la Charte , et qu'il
s'est effectué dans les formes légales, il n'a excité aucune
réclamation, même de la part de ceux qu'il a affligés,
parce qu'ils ont su prévoir tout ce qu'il renfermoit de
-conséquences. Il en est de même de la proposition faite à
la Chambre des Pairs, relativement à un nouvel examea
de la loi des élections : il suffit que cette proposition soit
con.stitutionnelle, qu'elle soit faite, suivie et décidée dans
ies formes légales , |)oi!r qa* tous les Français, dégagés
d'esprit de faction , n^y voient qu'un acte politique.
L'assentiment de quaire-^^ngl-neuf pairs de France pour
le développement de cette prtiposition est un grand aver-
tissement. Ou la pairie a été instituée sans motif, ou le
premier motif de son institution a été de fonder dans
l'Etat un corps qui, u'a^'ant rien à acquérir et ayant beau-
coup à perdre, devint une sentinelle toujours prête à avertir
des dangers qui menaceroient l'ordre des choses établi.
JjC Moniteur àii 2.% février, en rendant un compte
abrégé de la séance de la Chambre des Pairs dans laquelle
M. le marquis Barthélémy avoit fait une proposition cons—
iitutionnelle en termes généraux , a donc eu tort de dire :
« M. le ministre de l'intérieur a déclaré qu'il consideroit
5) une telle proposition comme la plus funeste qui put
M sortir de la (Lhambre. » Comme pair ou comme mii-
nistre , M. le comte de Caaes peut énoncer une opinion ,
( 438 )
il peut dire ce qu'il préjuge , mais il n'a pas le droit de
décimer ses forijeciures , parce que les lumières du siècle
ont repoussé l'astrologie judiciaire, et qu'il n'y a que les
astrologues qui déclarent pour les temps qui ne sont pas
encore. Cette expression étrange , d'une hauteur qu'on
ne permettroit pas à Montesquieu s'il vivoit encore , et
s'il étoit pair de France , convient mal à un ministre qui
n'a pas 1 â2;e exigé par les lois pour être député ; elle a
rappelé à tout le monde les jolis vers de La Fontaine :
Tandis qu'à peine à tes pieds tu peix voir,
Penses-tu lire au-dessus de ta tête ?
Nous faisons cette remarque uniquement dans l'intérêt
des rédacteurs du Moniteur qui , comme officieux ou
comme officiels, doivent peser leurs expressions, et ne
pas faire un Nestor du plus jeune des Grecs ; car nous
sommes persuades que M. de Gazes sait fort bien qu'un
ministre peut déclarer des faits lorsqu'il est interpellé,
mais qu'il ne peut déclarer l'avenir tant quil n'est pas
reconnu prophète 3 or, nul ne l'est dans son pajs.
Si l'ordonnance du 5 septembre 1816a été un acte poli'
tique, et non une réaction, il ne s'ensuit pas que des
hommes passionnés et incapables ne soient partis de cetle
époque pour réagir sans relâche contre la monarchie ;
qu ils n'aient porté dans beaucoup de lois des principes
démocratiques, et, dans leur exoculion , une partialité
dangereuse. l a France en a éprouvé un malaise qui, d'an-
née en année, est devenu plus sensible : l'effet des lois
contraires au principe fondamental de l'Etat, comme
l'effet des lois salutaires, augmente avec le temps. L'opi-
nion publique a tout attribué à la loi des élections. Nous
ne traiterons pas ce sujet avec nos idées particulières;
notre devoir ici se borne à constater l'opinion. Or, per-
sonne ne peut nier que, dans le dernier ministère, trois
ministres, jMM. de Richelieu, Mole, Laine, n''aienl avoué
qu'ils étoient vivement frappés des dangers auxquels celte
loi expose la monarchie. Si cette crainte leur avoit été
personnelle, s'ils s'en étoient fait un moyen politique
pour opérer dans le ministère un changement au profil de
leur ambition, leur retraite auioit arrêté le mouvement.
Au contraire, le mouvement n'éclate, les mêmes idées rsft
( 4:^9 )
ic reproduisent avec plus de f^rce que lorsqu'il ny a plus
de ministres pour les appuyer. Ceci est remarquable, La
majorité de la Chambre des Pairs sort d'elle-même de
1 extrême léserve qu'elle s'étoil imposée jusqu'à ce jour;
elle réporid enfin à Topinion publique qui lui indiquoit
depuis long-temps ses devoirs envers le Roi qui appelle
toutes les lumières , et envers la France qui a une égale
confiance dans tous les pouvoirs de la société, puisqu'elle
a reconnu la nécessité de leur action pour assurer la sta-
bilité de ses lois fondamentales.
Nous appuierons sur cette observation que la proposition
faite dans la Chambre des Pairs ne se lie à aucune ambi-
tion personnelle, à aucun parti, qu'elle n'est soutenue
par aucun ministre, et diri^jée contre aucun ministre; c'est
un avertissement loyal donné par la majorité des Pairs
dans un intérêt public: tout ministre peut donc en faire
son profit. Si une réaction trop imprudemment prolonn;ée
tendoit à remittre toutes les choses au point où elles
étoient à la fin des cenl-jours, sauf le milliard que nous
a coûté cette malheureuse époque, si la France est sans
cesse obsédée de ce triste pressent iment, c'était un devoir
pour la Chambre des Pairs de faire entendre quelques
paroles consolantes 3 et , soit qu'elle eût choisi la loi dos
L'ieclions parce que tous les esprits restent frappés des effets
qu'elle a eus et des effets qu'elle. peut avoir , soit qu'elle
eût choisi tout autre sujet, l'opinion publique l'auroit de
mêjHB entendue. On ne demande pas de réaction nouvelle,
liélas ! qui n'eît fatigué de ct^s jeux de bascule dont l'im-
puissance est enfin démontrée, qui n'est las de ces mou—
vemens et de ces contre-mouven?ens qui n'ont eu d'autr»
résultat que de faire sentir l'impossibilité de rétablir le
pouvoir âbscvlu auquel aspiroient quelques jeunes incon-
sidérés, et d'arrêter l'établissement de la liberté coi}stitu-
lionnelle , vœu de toute la France ? Ce qu'on demande,
c'est qu'on s'arrête enfin un moment pour compter les pas
qu'on a faits vers un abîme où la monarchie est prêle à
^'engloutir,.
Cette sollicitude si sage , si digne des Français qui
aiment sincèrement leur patrie , a déconcerté les partisans
de l'indépendance absolue ; ils ool pous,^ des cris si vio-
lons qu'ils aat entièrement manqué l'effet ou'ils vauloienî
( 44o )
produire, lis ont rabâché le \no\ féodalité qu'on ne Irouve
plus que dans la Mînen^e et les journaux du parti , et qui
fait bàiiler leurs abonnés j ils ont {grondé le ministère de
n'avoir pas fait une quarantaine de Pairs de circonstance,
et on scit rappolé que Pascal avoit remarqué qu'il étoit
plus facile de trouver des moines que des raisons ; on a
souri de pitié en tes entendant dire que beaucoup d'élec-
teurs avoicntune épée, comme s'il s'agissoit po»ir les élec-
teurs de graver un bulletin sur des hétros , comme autre-
fois les p.dladins v pravoient le nom de la dame de leurs
pensées. On a surtout remarqué l'inconséquence qui pousse
les indépendans à craindre un examen constitutionnel de la
ioi des élections , lorsque ewx-mémes se plaignent chaque
jour de n'avoir aucun moyen de forcer le ministère à
nssembler les collèges électoraux des départemens dont la
déput ilion n'est pas complète, quoique la loi soit for-
melle à cet égard , et quoique les ministres leur fassent
sans cesse de belles promesses qui ne se réalisent pas. La
vérité est que les factieux voudroient mettre des passions
là où la Chambre des Pairs et l'opinion publique mettent
de la prévoyance, de la prudence et des raisonnemens ;
mais ils ne réussiront pas. La féodalité restera ici pour leur
compte. Cette circonstance fournira une preuve nouvelle
que la France tend au repos, qu'elle veut ce repos dans
la monarchie, et qu'elle ne sépare pas l'existence de la
monarchie de l'exécution franche de la (Charte , parce que
le repos sans liberté n'est pas plus possible aujourd'hui
que sans légitimité.
Tandis qu'on fait de ridicules tentatives au dehors pour
agiter les esprits, les véritable?iamis de la monarchie sui-
vent avec calme une discussion qui les intéresse positive-
ment, parce qu'elle s'est établie dans les formes détermi-
nées par la Charte. La Chambre des Pairs s'étant assemblée
le 2.6^ M. le marquis r»arlhelemy' a développé sa propo-
sition dans les termes suivans. Nous engageons nos lec-
teurs à lire avec attention son discours; plus il est modéré,
plus il écarte tout soupçon darriore-pensée, et plus il
fait paroilre inconcevable la pétulance avec laquelle cer-
tains hommes se sont prononcés contre toute possibilité
d'améliorations. Cependant, ni dans les temps anciens, ni
dans le> temp."^ modernes, le? loi^ relatives aux élections
( 4ii )
ne se sont établies d'un seul coup, et l'expérience a tou-
jours été appelée au secours des théories.
DeWloppement de la Proposition faile par M. le marquis
BiirlJielemy.
Messieurs ,
Un des plus tristes résultats des revolulions est rinrerltliule
que l'on éprouve sur les institutions ([u'il convient de donner
aux peuple;, dont ces r<'volutions ont change l'c'lat politique. Les
uns prétendent que tout doit être nouveau dans un nouveau sys-
tème. Les autres, chereivinf à »"a!)pu)er sur les doiitiéesde l'ex-
périence , vondroiei;t retrouver dans ce qui doit être une imi-
tation de ce qui n'est plui, et lorsiju'après liien des débats, l'on
s'est enîin accorde' par nécessité sur les prirui{îes, on diffère
encore long-temps sur les conséquences. Cependant, s'il est une
circonstance où l'on doive (aire à la pairie le sacrKice sans re-
serve de ses opinions, de ses affections, et même de ses regrets,
c'est lors(ju'il s'af^it d'une loi qui exerce sur l'existence du corps
politique une intluente aussi forte que la loi cjul règle les élec-
tions.
Tels sont, IVIessieurs, les sentimens qui m'animent, et qiie j ai
professéstoute rm vie, et j'ose affirmer qu'ils sont aussi ceux de
tous les hons Français, Je cette immense r.ijorité sincèrement
attachée à la dynastie et à cette Charte, gage de l'ordre et de la
tranquillité présente , espoir de notre avenir.
Je ne viens donc point ici, Messieurs, remettre en déiihé-
ration toutes les f[uestions qui dt'jà ont doiiné lieu à de trop
vives discussions ; nuin intention est de vous exposer des incon—
véniens généralement sentis, et qui doivent être réparés ; mais
la sagesse du ]\Ionarque peut seule indiquer la marche.
Ainsi , Messieurs , lorsqu'il est reconnu . par exemple , et lors-
qu'on trouve consigna' dans des documensautheulifjues, que sur
la masse des électeurs de la Fraiîce , environ un tiers n'a peint
pris pai t aux dernières élections, il est évident qu'il y a un ■.•ice
dans la rpanière de donner les votes, car ce seroit faire injure
au corps électoral, que l'on peut, (pie l'on doit considérer
comme l'élite de la nation, si l'on supposoit que, c'est par insou-
ciance pour la chose puMicjue , par défaut de patriotisme ,
C|ue ceux (jui le composent se dispensent d'exercer une fonction,
de toutes la plus honorable, couui'e elle est la plus imposante.
Or, si dan* des circonstances aussi graves que celles dans les-
quelles nous rmus trouvons, si, dans le moment où la France
vient cl'èire rendue à elle-même , et si , pour une seule élection ,
un si gsauii nombre d'électeurs n'est pai venu aux collèges élec-
toraux, que sera-ce dans les temps ordinaires, et lorsque, par
suite de démission ou de mort de députés élus, il faudra que,
conforuiénrient à la loi, on assemble un même collège, deux
fois, trois fois dan? un an? Croyez-vous que des électeurs peu
( 442 )
riches consetifetit à faire plusieurs fois dans l'année une dépense
qui surpasse peut-être, à chaque fois, la valeur totale de leur
imposition? Non , sans doute , Messieurs, et vous jufjez comme
mi)i ijue , dans 1 état actuel , plus 'es électeurs se multiplieront ,
et plus le nombre des électeurs diminuera dans lescolléf^es élec-
toraux , et que . par cOnséf|uent, il est indispensable de modi-
fier leur organisation de manière à ce que les électeurs puissent
participer à l'élection, et qu'ainsi le droit d'élire ne soit pas un
droit illusoire pour la plupart d'entre eux.
Nous signalerons encore un inconvénient notoire, résultat de
la manière dont on explique l'article de la Charte qui confère
les droits d'électeur à tout citoyen payant 3oo fr. de contribu-
tion directe. Dans l'intention tres-louable, sans doute, d'encou-
rager le commerce et l'industrie, on assimile les patentes à la
contribution foncière, mais cette extension, déjà si libérale,
est devenue la source des abus les plus choquans par la forme
de la perception de cette taxe. Comme elle se fait par douzième ,
et que l'on n'exige pas un espace de temps déterminé pour ac-
quérir par cette voie les droits politiques, il s'ensuit qu'un indi-
vidu peut , avec 25 fr. , une lois payés, i>oter légalemenl dans
une assemblée électorale française. l3ira-t-on rjue, par l'admis-
sion de cette contribution dérisoire, il n'y a pas une violation
manifeste , je ne dis pas seulement de l'esprit , mais du texte de
1» Charte? Et des lors n'est-il pas urgent de réformer sur ce
point la loi qui ne l'a pas prévue?
J'ajouterai ici , Messieurs, une considération grave, c'est que
cette introduction illégitime dans le corps électoral d'hommes
sans fortune , et que l'intrigue ou la corruptien peut y amener,
eât une véritable injustice envers les pi-opriétaires dont elle
usurpe Icà droits. Or, dans tous les temps comme dans tous les
pays, les possesseurs des maisons et des terres, les propriétaires
sont la force réelle des nations. Ce sont eux (jui sont les gar-
diens des mœurs et des institutions ; aussi , en leur confiant les
droits politiques, les législateurs n'ont point cru blesser la jus-
tice naturelle, parce que la civilisation rend la propriété tou-^
jours accessible auxeflorts persévérans de l'homme industrieux,
et qu'elle est la récompense assurée du travail et de l'économie.
Enfin, Messieurs, l'expérience nous montre, dans la loi des
élections, une lacune bien importante à remplir : la précaution
de nommer des suppléant . adoptée par la plupart de nos assem-
blées législatives, a été omise , et cependant elle étoil d'autant
plus nécessaire , que- le nombre des députés actuels étant infini-
ment restreint, il importe davantage qu'il soit toujours complet.
Aujourd'hui ce n'est pas seulement la mort des députés eu fonc-
tions qui nécessite des convocations extraordinaires de collèges
électoraux, il faut encore y avoir recours lorsque plusieurs dé-
partemcns font choix de la même personne pour les représenter»
Et vous voyez quels inconvéniens résultent de cet étal de choses^
D'abord, la Chambre e^t incomplète, comme elle l'est depuis
le commencement de la session j ensuite ces rassemblemens.
causent des déplacemcns toujours dispendieux , et que beaucoup
( 443 )
d'électeurs ont de la peine à supporter : mais ce 'qu'il y a de
plus fâcheux, c'est que , dans le temps où le calme le plus par-
fait seroit nécessaire après tant d'orages , ils entretiennent une
agitation qu'il seroit de'sirable d'éviter.
Je pourrois ajouter sans doute beaucoup d'autres obs/;rva~
tions ; mais il suffit , Messieurs, d'avoir prouvé dans ces déve-
loppemens qu'il existe dans la loi sur les élections des disposi-
tions qui trompent le vœu de la Charte, pour établir la néces-
■sité de provoquer un examen de la loi dans l'intérêt de la loi
mérae.
Après avoir rempli le devoir impérieux que m'imposoit la
conviction intime des besoins de la patrie, me sera-t-il permis
d'exprimer les sentimens douloureux,que les inculpations diri-
gées contre moi dans celte occasion m'ont fait éprouver? Je
l'avouerai, Messieurs, j'ose croire qu'une longue vie politique,
consacrée tout entière à la modération, répond suffisamment
à des reproches d'autant plus inexcus: blés , que les formes de
celle Chambre s'opposoient à cette époque aux développcmcrs
que Ton exigeoit. Eh quoi ! l'on m'accuse de chercher à soulever
les passions, quand, sur la fin de ma carrière', mon seul but,
mon unique désir est de prévenir l'explosion funeste dé ces
mêmes passions qu'une longue expérience et tant de malheurs
;iccuinulés me font souhaiter de voir assoupies !
Je persiste dans ma proposition.
11 est remarquable que le discours du noble Pair n'a été
attaqué dans aucune de ses parties , dans aucune de ses
expressions; et que, pour combattre une proposition aussi
raisonnable , il a toujours fallu en sortir, et se jeter dans
les considirations générales qui se prêtent à tout , positi-
vement parce qu'elles sont vides d'applications au sujet
que l on traite. M. le président du conseil des ministres a
pris la parole. Se doutoit-il que, parlant pour la première
io!S depuis son élévation , il alloit offrir à la France ius—
truite une occasion de le juger? Nous croyons que celle
réflexion ne l'a pas occupé , et nous le regrettons pour lui ;
car, dans le gouvernement représentatif, toute réputation
qui ne grandit pas, s'éclipse. Nous croyons devoir citer
son discours ; nous le ferons suivre de quelques obser^'a-
tions que nos lecteurs auront sans doute faites avant nous.
Discours de M. le marquis Dessole . pYésident du conseil
des ministres.
Messieurs ,
Comnie président du conseil des ministres, je crois devoir
ijn "élever le premier contre les propositicns du noble marquis
i 444 )
et j© prie la Chambre d'eiilendrc avec quclqu'attention les
observ;ilioiis que j'ai à lui soumettre.
Déjà un ministre du Hoi s'est etrié à celte tribune que jamais
une proposition p us funeste ne pouvoil sortir de l'eiueinte de
la Chambre Ce que ce ministre a dit d:ms sa prévoyance , se
confirme pleinement au-ourd'hui. Il ncst pas un de vous.
Messieurs, qui ne soit maintenant informe' que le premier effet
de cette proposition a été de sou'ever les p;irtis , d'ébranler la
ronfianie, et de répandre une agitation violente dans la capi-
tale. Dcjà la nouvelle arrive que cette même agitation marche
et se propage dans les départemens.
Je ne parois point à la tribune pour rechercher devant vous
le degré de bouté de la loi des élections ; cette question fut
suflisamment débattue à i'épofjue ou elle fut acceptée. Je ne
prétends pasafiirmer non pi us que si la loi est dans son ensemble
sans vice esentiel, toutes les dispositions réglementaires soient
cgaleraenl sans défauts, et u'enlrainent point après elles quel-
ques légers inconvenicns.
Je n'examinerai pas aussi s'il faut pourvoir par des précau-
tions législatives aur«-diessement de quelques abus qu'on prétend
-signaler. Je demanderai seulement si ces abus ont réellement
existé ?s'i!s se sont produits partout de manière à attirer l'atten-
tion du léf;islateur, et enfin s'ils tiennent tellement à l'esprit et
à la lettie de la loi qu'ils ne puissent être conslitutionnelloment
prévenus par des mesures d'administration ?
Comme pair, je me souviens qu'à l'épotjue de la présentation
de celle loi je votai pour son adoption avec un certain degré
d'incertitude sur la bonté de ses résultïts. Je déclare aujourd'hui
avec une conviction sincère que j'ai été pleinement rassuré par
l'expérience du double essai qui en a été fait, et les choix que
son action a produits, ne me paroissent pas susceptibles de
justifier les alarmes de quelf|Oes personnes.
Si , malgré celle doj.ble épreuve , des esprits, s'égarant dans
la recherche d'une perleclion absolue ,persistoienl à penser que
quelques améliorations, peu nécessaires sans doute, pourroient
rependant être introduites dans la loi pour corriger un petit
nombre de ses dispositions, on doit se demander si le moment
étoit convenable pour s'occuper de celle question, et si la pro-
position n'en est pas au moins intempestive? Lorsque la nation
est à peine échappée aux inquiétudes »(ue lui avoient causées des
bruits répandus avec une afiéclation maligne sur un changement
total des élections, est - il prudent de venir quelques inslans
plus tard proposer vaguement de la modifier? iS étoit-on pas
assuré d'avance que ces paroles prises dans la latitude la plus
funeste , alloient exciter une méfiance el une irritation d'autant
plus dangereuse , que ne pouvant ni ne voulant sans doute rap-
porter toute la loi, on laisse le droit d'élire dans les mains qui
déjà le possèdent, et.cjui repoussent toute innovation avec une
jalousie ombrageuse ? De simples précautions légi>latives pour-
roient-elles aujourd'hui neutraliser les mauvais effets de cette
effervescence inquiète ? Le dépit et le soupçon ne doivenl-ils
( 41^' )
pas, rfii confraire , produire de» résultats fàcheiix ? C'e>l jjf/ji
r|ue les craintes appellent tes déGanc^s , et cjuc le Roi a s;in?
cesse à ranimer la un de son p»îuple dans le» institutions fiu'il
lui a donne'es. Lors<|ue S. M. fait tout pour que Toulili de
toutes les erreurs ne laisse que le souvenTr de tous les services ;
quand sa royale sagesse s'efforce de réunir tous les intérêts ;
quand elle offre a clia/;uri le moyen de prendre son rang dan»
l'échelle de l.'i société ; quand elle n'écarte des fonctions <jue le*
hommes qui résistent à son gouvernement , et lïe les écarte que
jusques au moment ou ils voudront marrlier avec le reste du
corps social ; qu^nd enfin nul n'est exc!u , s'il n'est exclusif,
est-ce à la Climabre dtts Pairs a lutter contre la sagesse du Roi ?
£st-ce en luttant contre le Monarque qu'on affermira la mo-
narchie ?
En conséquence, je crois devoir déclarer comme l'opinion
Unanime du gouvernement , qu'il repousse tout changement à
la loi de» élections; que la seule proposition a suffi f)Our eu
manifester le^ danger^; que sa prise en considération ne peut
que les acgraver, et qu'il est de son devoir de vous en aveitir
et de s'y opposer.
II est contraire à l'esprit des convenances et à la liberté
des opinions sâns laquelle les Chambres ne sercienl rien,
de répondre à une proposition soutenue par la majorité
des Pairs, que cette proposition a soulevé les partis ^
qu'elle répand une apçitation violente dans la capitale, et
que cette agitation marche dans les départemens. Une agi-
tation qui marche est pbis dans sa nature sans doute qii'une
agitation qui dormiroit : mais si en Angleterre un ministre
osoit opposer des considérations de ce genre à la majorité
d'une Chambre, il seroit mis en accusation de suite j et
il l'auroit mérité. C'est au ministère à répondre de la tran-
quillité publique j il en a les moyens. Si, dans un gouver-
nement représentatif, elle étoit troublée par des paroles
prononcées à la tribune et accueillies par la majonté, il
n'y auroit plus moyen de délibérer, puisqu'il n'est pas de
sujet de délibération dont les factieux ne puissent s'em-
parer au dehors, si on a l'imprudence de faire intervenir
une seule fois leur agitation comme un argument plus
puissant que la raison des pouvoirs de la société. C'est
ainsi qu'on a perdu Louis XVI, c'est ainsi qu'on a con-
duit les Bourbons d'Espagne à V'alençai ; c'est ainsi que
la direction de U révolution est passée des assemblées
constituées par les lois dans les clubs, dans les fwibourgs,
sur les places publiques, et que ceux qui s'appeloient loi
représentans du peuple ont fini par n'être que les serviles
instrumens de la populace. Nous rendrons celte justice i
( 41'3 )^
M. le comte de Cazes, qu'il a senti le besoFn d'interprétep
les paroles de M. le marquis Dessole, et de réduire l'agi-
tafion qui marche de la capitale dans les déparlemens à
une agitation toute spiriiuelle. Pour celle-ci , nous y
consentons. Les esprits sont agites j ils doivent l'être.
Cela prouve que la liberté est vivante, et que, d'un c6ié
comme de l'autre , on sent qu'un bon système d'élections
atVermiroit la monarchie et la Charte , et qu'au coniraire
un mauvais système d'élections permettroit aux factieux
de renverser la Charte et la monarchie. ^
Nous nions l'agitation de la capitale. Nous savons qu'on
y colporte des pétitions ; mais nous savons aussi comment
tout cela se mène j nous citerions au besoin beaucoup de
scènes ridicules ) nous n'en connoissons pas qui puisse
produire la moindre alarme. S'il y avoit danger, c'est au
ministère qu« nous rappellerions que les girondins mirent
les factieux en mouvement pour la pétition des dix mille
et des vingt mille qui demandoient la déchéance, puis
la mort de Louis XVI, et que , quelques mois après, on
mit les mêmes factieux en mouvement pour demander la
mort des Girondins, ce qui leur fut également accordé.
Nous verrons ces pétitions quand on les présentera. Si
elles sont constitutionnelles, on y répondra constitution-
heirèment. Dans le cas contraire, le ministère en seroit
responsable.
M. le président du conseil des ministres a dit qu'il ne
vouloit pas examiner si les inconvcniens reprochés à la loi
des élections ne peuvent pas être prévenus par des mesures
fT administration. QgXa signifie qwe, s'il vouloit en prendre
■la peine, le ministère pourroit faire tout bas, tout seul , et
dans son intérêt , ce qu'on trouve extraordinaire que la
majorité de la Chambre des Pairs fasse, en suppliant le Roi
d'examiner constitutionnellement, et d'accord avec les deux
Chambres, les vices possibles de la loi des élections. Jus-
qu'ici on n'avoit pas encore proclamé si haut l'insouciance
de fait et la suprématie de droit du ministère.
M. le président du conseil des ministres a avoué qu'en
votant la loi comme Pair, il avoit douté de sa bonté, mais
qu'à présent il la trouvoit excellente. Dit-on de ces choses
là quand on n'est devenu président du conseil des ministres
qu'en remplacement d'un président du conseil des mi-
nistres qui croyolt que la loi des élections avoit besoin
d'être revue et corrigée ? On a souri , par le même motif.
( 447 ) , ^
lorsque M. !e marquis Dassole a affirmé qiï* l'opinion èa
gouver/ienient ëtoit unanime pour repousser tout chan^e-
Inent. Si, par gouvernement, M. le marquis entend le
Roi, ainsi que l'entendent les vrais Français, il est cer-
tain que le Koi élant une unité ne peut être qu'unanima
dans ses pensées j mais si, par gouvernement, M. le mar-
quis entend le ministère, il est tout simple qu'un ministère
qui n'a été formé que contre ceux qui croyoient nécessaire
de réviser la loi des élections, soit unanime pour re-
pousser totat chanfiement. C'est là en effet l'unique mérito
de ce ministère, sa seule utilité auprès de ceux qui l'ont
appelé et qui le soutiennent. Dans cette position, on n'a pas
bonne pràce à opposer l'unanimité de six ministres à.
l'unanimité de quatre-vingt-quatorze Pairs. Quand on peut
se choisir, on réussit aisément à s'entendre. 11 m'arrive dr
trouver l'unanimité chez moi toutes 'es fois que je suis
parvenu à congédier ceux qui n'étoient pas de mon avis.
M. le marquis Dessole a cru devoir excuser la partia-
lité des ministres, en affirmant que nui n'est exclu des
fonctions publiques s'il n'est exclusif. Le jeu dé mots est
joli, mais ce n'est qu'un jeu de mots, à moins qu'on
n'appelle exclusifs tous ceux qui , depuis le retour des
Bourbons , ont exclu les gouvernemens de fait en faveur
du gouvernement légitime. Alors tout s'explique. On con-
çoit, dans ce sjstème, pourquoi les juges qui ont refusé
le serment au gouvernement des cent-jours sont exclus ,
tandis que ceux qui , à la même époque , ont violé le ser-
ment qu'ils avoicnt fait au Roi, sont admis. On conçoit
pourquoi il a fallu amnistier les officiers qiïi avoient suivi
le Roi à Gand. Que ne conçoit-on pas dès qu'il est de
doctrine publique qu'il faut servir tous les gouverne-
mens, n'en préférer aucun, n'en exclure aucun ? Dire
qu'on n'écarte des fonctions publiques que les hommes
qui résistent au gouvernement du Roi est chose incompré-
hensible; car les juges ne peuvent résister qu'en violant la
justice, et alors on les mettroit en jugement j les mili-
taires ne peuvent résister qu'en refusant d'obéir aux ordres
du Roi, et, sauf le 20 mars, il n'y en a pas d'exemple.
Nous examinerons quelque jour cette proposition, et
nous prouverons qu'on regarde la liberté des opinions
comme une révolte , doctrine iocompatible avec le gou-
remement représentatif, et qui produirolt la plus étrange
( 448 ')
bassesse soiis un minisière^ui change de système et dt
langage avec les circonstances.
M. le président du Conseil des ministres a forminé en
appuyant sur les dangers déjà cclo5, et en affirmant que
la prise en consider<itioa de la pro^)osilion de M. de
Barthélémy en feroit colore davantage ; qu'ainsi il étoit de
son devoir d'en avertir la Chambre, et de s^ opposer.
Quatre-vingt-quatorze Pairs, formant une majorité impo-
sante, ont repondu en prenant la proposition en considé-
ration ; elle a été renvoyée dans les bureaux, et sera dis-
cutée solennellement et constitutiotmellemeat.
Les habiles ont remarqué que M. le marquis Desso'e
avoit commencé par rappeler et prendre sur son compte
un discours de M. le comte de Gazes, qui avoit dépla
dans la séance précédenle, et que c'étoit M. de Gazes , qui
cette fois avoit adouci les expressions de iM. Dessole. Cela
n'est pas maladroit ; et M. le président du conseil des mi-
nistres a juaiihé l'opinion où on etoit qu'il n'entend ri^n aux
petites finesses. Quant à 1 agitation qu'il nous a annoncée,
on dit qu'elle est très grande en effet chez les imprimeurs,
qui ne peuvent suffire à imprimer les brochures pour ou
contre ; elle est aussi très-grande pour les journaux. Le
Journal (lu Commerce a été suspendu pour avoir mal dit
à l'occasion de la proposition de M. de Barthélémy ; le
censeur de la Gazette de t lanr.e a été congédié pour avoir
trop bien réfuté une brochure de !NL Benjamin Constant
contre cette proposition. D'un autre côté, M. Lafitte a
fait à la Chambre des Députés la propisition de supplier
le Roi de maintenir la loi des élections telle qu'elle existe,
c'est-à-dire de supplier le Roi de n'avoir pas de volonté,
et de renoncer aux prérogatives que la société lui recon—
noit dans l'intérêt du ttone et de la liberté. Tout cela s'é-
claircira j et si personne n'a peur, si on marche droit contre
les fantômes, celte discussion produira un grand bien. Ell«
â déjà prouvé que l'opinion publique peut se faire entendre
sans le secours d'aucun ministre ; ce qui préparc les mi-
nistres à compter enfin l'opinion publique comme un
ressort nécessaire des gouverncinens constitutionnels.
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' / Desjardins.
Besançon, Girard.
„ j i \<^ Reriçeret.
Bordeaux, J Gassiotf
n . i LefournierelDespe'riers.
' ) Michel.
Caen, ÎNlancury aine.
Cambrai, IJerlout.
Chàlons-sur-Saôiie, Dejussieu.
Charleville , Ch. Raucourt.
Chartres, Hervé.
Clermont - Ferrand , Thibault-
Landriot.
Dijon. Coquet.
Douai, Tarlier.
Grenoble. Durand.
Laval, Grandpré.
Liile, Vannckere.
Limoges . Br.rbou-Desrourières.
Lons-le-Saulnier, Ballaud.
Liebaux.
Maire.
Lyon, < Périsse frères.
Busjnd.
Bohaire.
Au Mans,
Marseille,
j Belon.
) Pesche.
Camoin frères.
Masvert.
Ch;iix.
Metz, chez Devilly.
Monlauban, La Forgue.
T»i . ir \ Sesruin.
Montpellier, j y- Durville.
Nanci, Ve Bontoux.
»T . \ Busseuil aîné.
^^"*"- \ Busseuil jeune.
Nimes . Gaude fils.
IS iort , ïM^e E. Orillat.
Niines, Mebiuiond.
Orléans . INlonceau.
Perpignan, AIzinc.
Poitiers, Barbier.
Quimper, Chapalain.
/ M"= Blotiet.
Bennes. < jM">'= v^ Front.
{ M>'« Vatar.
La Rochelle, Pavle.
Rodez, Carrère.
T, \ Frère aîné.
Rouen, jR^n3^,it.
Saumur, Degotiy aîné.
, ) I.evrault.
Strasbourg, Jp^^.^;^^
Sainl-Brleuc , Priidhomme.
ÎSenac.
Prunel.
Manavil.
Fr, Vieusseux.
Tours, Marne.
Valence. ]Marc-Aurel.
Versailles, Ani;e'.
VlUeneuve-sur-Lot, Crosilhes.
Libraires dans les Pays étrangers
Berlin . Sclilesinger.
Bruxelles I.echarlier.
Gand , Houdin.
Genève, Paschoud.
Bruxelles, Horgnics Renier.
Mons , Leroux.
I>ondres . Dulaa et Comp.
Napies, Borel.
Turin , Bocca.
Extrait du Catalogue de Le NormANT.
Manuel du Gulte catholique , ou Histoire des Mjst-'ves et Cérémonies
de C Eglise cljvélieniié , depuis V établissement de son ciUie jusqu'à nos
jours; lonîenant l'explication hisloricjiie et de'taillee des fêles, rcré—
moiiies et prières de ITiglise cbrétieniie; i'ori;TJne et les causes de leisi'
inslilution et création; l'e'tymologie des mots ou noms rju'on leur a
donnes; la signification des vases, ornemens, lieux et autres objets
<|ui servent à la célébration du culte divin; ninsl que la distinction des
dignités et fi)nctions des ministres de la reli-iion chrétienne. Nouvelle
édition, entièrement refondue et considérablement augmentée, publiée
par N. L. Pissot. Avec cette épif;raphe : « Il ne suffit pas de prier Dieu ,
» i! faut .savoir encore comment on le prie. » Prix : 2 fr. 5o c. , et 3 Ir,
par la poste.
Les Veilles de Saint-yfugustin, éi'éque d' Ifjypone . ou'\Tage traduit de
l'italien. Nouve'ie édition fi'ançaisc , con.,ic]éiablement augmentée. Par
IVl. l'abbé Henri Gazzera , docteur en tliéologie , memlire de plusieurs
académies. Dédié à S. A. I\. jMadaME . Durhc.«se d'Angouléme,
Un vol. in-8° Avec cette épigraphe : « Il faut des torrens de sang
» pour effacer les fautes aux yeux des hommes : une seule larme suffit à
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Œin'vcs de J irgile , traduites en français, avec des remarques; par
René Binet Troisième édition. Quatre vol. in-13. Prix : lafr. , et
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Planche, professeur de rhétorique au collège roval de Bouc bon, et par
L. A. Vemlel-Heyl , professeur agrégé au collège royal de Charle—
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Leçons Jatines de Liltèrature et de Morale , ou Recueil, en prose et
en vers, des plus beaux JMorceaux des iLutcurs latins anciens; avec des
modèles d'exercices par (>icéron , Quintilien , y\ulii-Gelle . Ilcllin, elc. ;
à l'usage de tous lesétablissemens d'instruction , publics et particuliers,
pour les classes de troisième, seconde et rîiétorique, des élèves des
irioles militaires et spéciales, des étudians en droit, en médecine , et
cu «général de tous ceux qui auroient besoin de réparer des études
négligées, ou de s'entretenir dans la connoissance de la langue latine.
Par \1. Noël , chevalier de ia Légion-d' Honneur, inspecteur-général de
rUniversilé royale de I'"rance , et M. de La Place, professeur d'élo—
rjj^nce iatife à la Faculté des Lettres de l'Académie de Paris. Nouvelle
.uiiion, corrigée et augmentée. Deux vol. in-8°. Prix : 10 fr., et
12 fr. 5o c. par la poste.
JLe Génie de la Résolution , considéré dans V Education , ou Mémoires
pour servira l'Histoire de l'instruction publitiue, depuis 178g jusqu'à
nos jours, contenant l'exposé des efforts de la philosophie dii 18'^ siècle
pour anéantir le christianisme. Trois vol. in-8'^ , dont uu vol. de pièces
justificatives. Prix : 18 fr. , et 22 fr. 5o c. par la poste.
Ephémérides Politiques, Littéraires et Religieuses , présentant, pour
chacun des jours de l'année, un tableau des événemens remarquables
qui datent de ce même jour dans l'histoire d<^ tous les siècles et de tnus
les pays, |ii.sfjii'au i^^f janvier 1812. Troisième édition, 'revue , corrigée
et coiisidérabloment augmentée. Avec cette épigraphe : « Ex quo sit
» facjo quœque notata dies. » OviD. Fast. Douze vol. in-S". Prix : 48 fr.,
et 60 tr. par la poste.
Histoire de la Campagne de i8i5, ou Histoire politique et militaire
de 1 invasion de la France, de l'entreprise de Buonaparte au mois de
mars, de !a chute totale de sa puissance, et de la double restauration
du trône, jusqu'à la seconde pai^ de Paris, inclusivement; rédigée sur
des matériaux authentiques ou inédits : par M. A. de Beauchamp. Deux
forts volumes in-8'^. Prix : i3 fr. 5o c. , et 18 fr. 5o c. par la poste.
La première partie de cet ouvrage, comprenant l'Histoire de la
Campagne de i8i4, dont la seconde édition a été publiée il y a environ
trois ans, ferme aussi deux forts vol. iu-8°. Prix : i3 fr 5o c. , et 18 fr.
5o c. par la poste. — Les deux ouvrages se vendent ensemble ou sépa-
rément.
//oar a?ij anùz^ on naa/rc ^•o/u/nej, co?7f/iodcj c/uiczi?t
! ae ^J /cvrafJo?iJ^ ric/c //arai/ro?iâ a aeu eAoaaeJ ùftae-
\
y'z/.c
c/e / ôu?^oÂe.
1 -/.^^ A /tour er?i vaCcM?te.
^e/i?'^ ae Joaàcf'//i/io/i ejé ae | ^7 /■ jj a(^^^ ''''^
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^:l.cj aetnanc/cj eâ enroej re/a/f/j a ceé ac^jo ^•' ' J
aowenâ e)/v^ adre/jej^ /cane ae //o7'/, au ^areaU' aa
(ûOPUe^rva/eurj ^'ae ae tj/ei/iej ty& ° S.
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Uffî/itifie
rté S^e ^^or??ta7îé.
VVVVVVVVV A/VVVVVVVVVVwVVVVVWVVVVVVVWvVVVVVvVVVVVwVVVVVVVVvVVVVVVVVVVV WVWVVWVVN)
LE CONSERVATEUR.
DES ANTILLES.
L'évacuation du territoire par les troupes alliées
laisse à la France le libre exercice de ses moyens :
rien ne s'oppose donc plus au développement des
ressources qu'elle possède, et rien ne peut en re-
tarder l'application aux difFérens canaux de la
prospérité publique qui les réclament.
Si une barrière impénétrable ne doit pas éter-
nellement sépai'er le passe de l'avenir, si l'histoire
conserve encore à nos yeux quelque autorité, elle
sera consultée 5 et le ministère , en apprenant ce
qu'on entendoit autrefois par système colonial,
ce qu'étoient nos possessions des Antilles, et quâls
avantages la France avoit su en retirer, com-
prendra qu'il n'est pas de question d'économie
politique qui mérite d être .autant approfondie
que celle relative à Saint-Domingue, et sur
laquelle il soit plus urgent de prendre une déter-
mination vigoureu'îe et décisive : il sentira , enfin ,
que l'existence commerciale et maritime de la
France en dépend. Au reste , quelle que soit cette
détermination , elle sei-a préférable à cet état d'in-
certitude et d'immobilité qui présageroit l'aban-
don de nos colonies ou exposeroit l'administra-
tion au reproche d'impuissance ou d'incapacité.
La situation malheureuse etprécaire des Antilles
est connue de ceux qui ne sont pas entièrement
étrangers aux affaires coloniales. Toussaventqu'un.
sort pareil à celui de Saint-Domingue attend les
autres îles , si l'Europe repousse plus long-temps
Tome II . — a3« Liyh.aisow. 29
( 45o )
les vœux qu'elles lui adressent ^ et refuse l'assis-'
tance dont elles ont un si pressant besoin.
Mais supposons qu'à l'aide de quelques demi-
mesures on parvienne à relarder le moment de la
crise, les justes craintes qu'elle inspire , en ébran-
lant la stabilité indispensable aux élablissemens
coloniaux, snffiroient seules pour rendre impos-
sible la durée de l'état actuel des clioses.
Cette caus^ a déjà influé sur la valeur des pro-
priétés foncières de la Martinique et de la Guade-
loupe , dont la dépréciation est telle , qu'on ne
trouve plus à les vendre , et que bientôt on sera
forcé de les abandonner j car le temps n'est pas
éloigné où les possesseurs de ces biens, justement
épouvantés du plus sinistre avenir, regarderont
comme perdues les avances que leur entretien
exige.
Les îles françaises ne sont pas seules exposées
à cet éminent danger; il menace également les
Antilles anglaises et espagnoles. Si c'est à ce ré-
sultat que les métropoles veuleut arriver, elles
n'ont pas beaucoup à faire pour y parvenir ; mais
au moins faudroit-il l'avouer, on sauveroit la vie
à des milliers d'individus qui seront pris au dé-
pourvu. Si au contraire l'Angleterre attache ,
comme il est raisonnable de le croire , quelque
importance à l'un des débouchés les plus avan-
tageux pour son commerce , et quelque prix à des
productions qui l'enrichissent ; si l'Espagne , at-
taquée dans ses possessions continentales, com-
prend que les îles de Cuba et Porto-Ricco peuvent
la dédommager de ses pertes ; si la France veut
conserver là Martinique et la Guadeloupe , rëta-
blir sa marine et i-endre à son commerce maritime
son ancienne splendeur, il est indispensable et
urgent qu'on s'occupe de Saint-Do-mingue : c'est
le préalable à toutes les dispositions et à toutes
( 450 ^
les mesures que cesrîclies élablissemênssoIliGitent,
ati nom de la justice et de l'humanité.
Lorsqu'à l'aide des connoissances locales et pi'a-
tiques , on est parvenu à distins^uer les ele'mens
diuérens qui constituent les possessions continen-
tales et insulaires de l'Amérique, on comprend fort
bien alors pourquoi l'indépendance du Mexique
et du Pérou n'auroit pas pour l'Europe des con-
séquences aussi graves que la consolidation d'un
gouvernement noir à Saint-Domingue j car, quelle
que soit la fin de la lutte actuelle entre l'Espagne
et ses colonies du continent, il est clair que si elles
obtenoient leur émancipation, elles auroient uu
intérêt puissant à rétablir leur communication
avec l'Europe : elles en cojiserveroient les mœurs,
le langage et les lois 5 auK rapports créés par le sys-
tème prohibitif, succéderoient des relations nou-
velles, fondées sur la réciprocité des besoins et des
échanges ; les maux inséparables des révolutions
auroient un tei'me , la paix et le travail les feroient
oublier en les réparant. Le bouleversement des
Antilles présente-t-il le même avantage? Promet-
il un pareil avenir? Peut-on croire au progrès des
lumières, et compter sur l'influence de la civilisa-
tion dans ces îles, quand, malgré les exemples of-
ferts et les matériaux laissés jiar les Blancs à Saint-
Domingue, vingt ans ont suffi pour en faire perdre
le souvenir, pour en elfacer toutes les traces?
La restauration de Saint-Domingue a été l'objet
de plusieurs ouvrages impriinés ; différens projets
ont été en outre soumis au gouvernement : mais
si , pour traiter une matière de cette importance ,
le zèle, la pureté des intentions, et ce qu'on nomme
esprit, ne suffisent pas , l'ignorance qui ne peut
rien prévoir, etla vanité qui ne veutrien apprendre,
y sont bien moins propres encore.
A la vérité , nos faiseurs de systèmes n'y regar-
dent pas de si près. Ils sont si riches en bonne opi-
20.
( 452 )
nîon d'eux-mêmes , que le silence de leurs adver-
saires a toujours été pris par eux pour un signe
d'approbation. Tirons-les de cette erreur, et rappe-
lons que l on leint de ne pas entendre , et ce que par
cela même on ne sauroit trop répéter, qu'il est des
contrées forcées d'être ce qu'elles sont, oude n'être
rien du tout, et pour lesquelles changement et
desti'uction sont des mots synonymes. Telles sont
les Antilles , dont l'existence n'est possible qu'avec
l'organisation c{ui leur est particulière : Saint-Do-
mingue a péri aussitôt que l'esprit novateur a osé
y porter atteinte.
Le droit des gens sera toujours inutilement in-
voqué à Saint-Domingue , parce qu'aux yeux des
hommes qui en sont aujourd'hui les raaîtres , ce
résultat de la civilisation européenne est un être
de raison qu'ils ne conçoivent pas. Si la différence
qu'offre à l'observateur la constitution physique
des iN ègres , est insuffisante pour expliquer ce phé-
nomène moral, à quelle cause faudra-t-il l'attri-
buer? Qu'on me dise pourquoi , du moment où
l'Europe a été forcée de fuir le sol dévasté de
Saint-Domingue, les iS ègres s'y sont montrés tels
qu'ils sont en Afrique , des êtres rebelles à tout
pi'incipe de morale, de justice et delibertéj et
pourquoi les nations sont obligées de renoncer
envers eux aux engagemens qui reposent sur la
foi publique? Au reste, quelle que soit à cet égai'd
l'autorité de la raison et de l'expérience, il est trop
vrai qu'elle ne peut rien sur des hommes que l'es-
prit de parti égare, pour qui l'honneur du triomphe
est tout et ne sauroit être trop chèrement acheté.
Qui ne se rappelle ces anathèmes si souvent lancés
à la tribune : Périssent les colonies , plutôt que
l'un de nos principes 1 Périsse la France, plutôt que
d'êlrc hcurejse et tranquille sous un roi légitime ?
Eiibien! Saint-Domingue a péri, etle même gouffre
a englouti notre marine et notre commerce. Deux
( 453 )
fois la France a été envahie ; et , au lieu de vendre
à la Providence des actions de grâces pour avoir
sauvé le vaisseau de l'Elat battu par tant d^orages,
à peine est-il rendu au port que , nouveaux Ajax,
nous accusons le citi d impuissance et provoquons
son courroux par nos Llasphéines et nos impre'ca-
tions. Dût l'Europe redevenir un nouveau LÎiamp
de carnage, la révolution ne doit point s'arrêter.
Tels sont les vœux et l'espoir de la secte. Loin
de s'en défendre , elle s'en glorifie , et reproduit
avec la même impudence , et il faut le dire , avec
le même succès, cette foule de lieux communs,
de déclamations mensongères, de niaiseries sen-
timentales , qui , malgré leur prostitution , poussée
jusqu^au dégoût et au ridicule, conservent encore
quelque influence , tant est grave et profonde l'at-
teinte que l'orgueil philosophique et le langage
révolutionnaire ont portée au corps social.
J'entends dire partout que puisqu'il est impos-
sible d'empêcher que ce qui est fait ne soit fait, la
France doit remplacer l'ancien système colonial
par un régime plus conforme aux mœurs et aux
idées du temps présent, et siJjstituer à la souve-
raineté de Saint-Domingue un traité commercial
qui la dédommage de cette perte.
On ne fera à ce projet qu'une objection, c'est
d'être inexécutable , et je ne sais pas même s'il
faut s'en affliger. Tel est le sort de tous les plans
dont les auteurs n'ont aperçu ni même soupçonné
les conditions, qui seules peuvent les rendre pos-
sibles et praticables I Je conçois très-bien qu'on
puisse renoncer à un ordre de choses dont les ré-
sultats , quelque profitables qu'ils soient , sont re-
pousses par l'opinion publique 5 mais il faut alors
renoncer aux avantages qu'il procure. Tant qu'on
ne sera pas franchement résolu d en faire le sacri-
fice, tant qu'on voudra les recouvrer après les avoir
perdus ^ il faudra respecter les causes dont ils dé-
( 454 )
rivent. Qui veut la fin doit vouloir les moyens.
Que penseroit-on d'un homme qui , après avoir
séparé le tronc d'un arLre de ses racines, s'éton-
iieroit de ne plus lui voir porter du Iruit?
D'ailleurs, pour faire un traité, il faut être
deux • etn'esl-il pas assez démontré que lesiNègres
ne consentiront jamaisà ce qu'on remette en ques-
tion leur indépendance ? Cette question n'a-t-elle
pas été, selon eux, jugée parla force?lieste-t-il àla
France, pour le maintien de ses droits, d'autre
moyen à employer que celui dont ils se sont servis
contre elle? ]N 'ont-ils pas déjà, à cet égard, re-
poussé toutes les propositions et rejeté toutes les^
offres? Les bruits qu'on répand sur leurs bonnes
dispositions peuvent bien être accueillis par les
mailieureux colons auxquels on a tout ravi, excepté
l'espérance , mais ne mériteait aucun crédit. Ad-
mettons néanmoins, ce que je suis loin de croire,
que les Nègres attachent quelque prix à un acte
de la métropole , qui , stipulant pour la France un
privilège commercial , proclameroit en même
temps l'émancipation des esclaves et légitimeroit
leur usurpation. Qui ne voit qu'élevés, par cet
acte^ au rang des puissances indépendantes, l'in-
térêt deviendroit dès lors leur unique guide 5 et la
suppression de tout contrôle, raffranchissement de
toute obligation, le premier de leurs intérêts .' Ils
déferoient donc le lendemain ce qu'ils auroient
fait la veîTîe , sans qu'on eût le droit de se plaindre
et la faculté de l'empêcher. Qui peut le plus veut
rarement le moins 5 il ne faut pas attendre des
jNègres une exception à cette règle générale.
Il reste donc à opter enti*ela soumission et l'in-
dépendance. L'organisation des Antilles exige que
la souveraineté soit indivise ; elle doit appartenir
à l'Europe, résider dans les mains des Blancs, ou
il faut qu'elle tombe tout entière dans celles d'une
race naturellement ennemie de la race blanche.
( 455 )
et dont la haine et la vengeance , excitées pai* la
diiFérence des couleurs, ne seront satisfaites que
par l'exter^inination de tout ce qui n'est pas noir-
Avec de tels êtres tout traite de paix est une chi-
mère , et l'état de guerre (i) une nécessité. Ainsi
les projets formés pour conserver, à l'aide d'un
arrangement, quel([ue inlluence ou obtenir quel-
que privilège à Saint-Domingue , s'ils n'ont pas
pour base les conditions indispensables aux éta-
blissemens coloniaux des Antilles, sont ou des
rêves de l'ignorance, ou des pièges tendus à la
crédulité' par la mauvaise foi.
Il n'est dojic pour Saint-Domingue que deux
manières d'être ; le gouvernement africain avec
les conséquences qui, inhérentes à la race noire,
le rendront le liéau de toutes les nations , ou l'éta-
Jîlissement d'un ordre de choses assez fort pour
protéger les Blancs ci forcer lesjN'ègres au travail.
Il importeroit peu aux colons que cet ordre de
choses eût ou n'eût paspour base l'esclavage: quelles
que soient à cet égard les calomnies répandues
et les préventions élevées contre eux en Europe ,
ils ne sont ni assez sots ni assez fous pour sacrifier
à de vains mots leur fortune et leur existence. Ce
qu'ils demandent , ce qu'ils ont droit d'obtenir ,
ce qu'enfin toute socie'té doit aux membres dont
elle se compose , c'est la sûreté des personnes et la
conservation des propriétés. Or, si d'une part les
Nègres sont abt^olumtnt libres, ils ne travailleront
point , quelque chose qu'on fasse et de quelque
manière qu'on s'y prenne; j'invoque ici le témoi-
gnage de tous ceux qui ont observé leui s mœurs et
leur caractère en Afrique et aux Antilles ;^ etalor;.
que fera-t-on d'une terre qu'il seia , faute de bras,
impossible de cultiver? Si, de l'autre, leur liberté
(i) Opinion de M. Brougham. Voyez son ouvrage : Atu
înqiùry into the Cilonial Policf ofthe European Fowers.^
( 45Q )
n'est que conditionnelle, il faudra, pour protéger
la vie des Blancs, que l'organisation nouvelle
mette à leur disposition une force proportionuée
aux moyens d'attaque contre lesquels ils seront
sans cesse forcés de lutter INous voilà reve-
nus dans le cercle vicieux d'oîi l'on ne peut sor-
tir en effet que par rémancipaliou absolue des
esclaves et la proscription des Blancs, ou par une
constitution qui , en rétablissant la prééminence
de la couleur blanche à Saint-Domingue , soit en
harmonie avec les autres Antilles.
Il faut le dire, cette émancipation est l'objet
des vœux , le but des efforts d'une secte qu'un
faux zèle a rendue barbare au point de croire que
sa prédilection pour les jNoirs l'absout de ses at-
tent ts envers les Blancs 5 mais les coryphées de
cette secte , jadis si circonspects, aujourd'hui si
audacieux, ont-ils bien réfléchi aux suites funestes
du bouleversement qu'ils provoquent avec autant
de témérité que d'imprévoyance? Sont-ils sûrs
que le mal se bornera à l'île de Saint-Domingue?
i.es autres Antilles sont-elles à l'abri de tout dan-
ger? Ceux qui les habitent ont-ils luoins de droit
à notre sollicitude que les ]\oirs de l'Afrique?
Seroit-ce parce qu'ils sont de tous les Français les
plus laborieux et peut-être les plus utiles , qu'ils
doivent être livrés sans défense à la rage de leurs
esclaves révoltés? Ce n'est pas tout encore. Com-
ment l'Europe ne s'aperçoit-elle pas que le sacri-
fice des richesses dont la source est aux Antilles ,
que la fuite ou le massacre desBlancs , abandonnés
par elle , ne seront pas les seuls maux auxquels
elle se sera exposée, les seuls torts dont elle aura à
rougir par l'établissement d'un gouvernement noir
à Saint-Domingue ?
11 importe" de rappeler ici un fait sur lequel on
ne sauroit trop insister; c'est que l'abolition de
l'esclavage et l'expropriation forcée des Blancs
(457 )
n'ont pas rendu les Nègres plus actifs et plus in-
dustrieux. Quelle que soit la complaisance de cer-
tains voyageurs ou correspon flans, dont les rela-
tions fabriquées en Europe -^nt pour Lut de cacher
la ve'rité, on sait que les jNoirs ne satisfont en
partie à leurs besoins f[u'au\: déjipns de leurs voi-
sins qu'ils appellent dans leur détresse, et qu'ils
mutilent ou égorgent après les avoir volés. Per-
sister à croire , malgré l'expérience , qu'ils renon-
ceront à leur brigandage pour travaillf'r et échan-
ger les produits de leur sol et de leur labeur, c'est
vouloir que du désordre et de l'anarchie, du pil-
lage et des massacres , de l'inaptitude de l'esprit
et de la férocité du caractère , naissent le goût du
travail, l'habitude et l'exercice des arts utiles;
c'est se flatter que les vices d'un peuple corrompu
et naturellement barbare , par cela seul qu'ils
cesseront d'être comprimés, deviendront des
moyens d'ordre et de prospérité , et se changeront
en instruraens de civilisation.
Les INègres seront donc aux Antilles ce qu'ils
ont été de tout temps en Afrique , et ce qu'ils sout
maintenant à Saint-Domingue Là où la
loi du plus fort est érigée en principe et légitime
tout , il est absurde de compter sur le droit des
gens 5 là où la piraterie est une profession hono-
rable , chaque prise fournit les moyens d'en faire
d'autres. Ainsi, pour savoir ce que deviendra un
jour le commerce de l'Europe et de l'Amérique ,
si l'indépendance des JNoirs est l'econnue à Saint-
Domingue , il suffît de réfléchir aux avanies qu^il
éprouve dans la Méditerranée.
A quoi servent les traités que les puissances font
de temps en tenq^s avec les gouvernemens barba-
resques? Si malgré les forces dont elles disposent,
si malgré les progrès qu'elles ont faits dans les arts
et dans les sciences, ces mêmes puissances sont
obligées de souffiir que quelques renégats , le re-
( 4û"8 )
Lut et lécume des nations, exercent avec impu-
nité le plus odieux brigandage , que deviendra ,
je le répète , le commerce européen avec le ÎSou-
veau-^londe, lorsque toutes les Antilles, au lieu
d'être un pont de communication avec le conti-
nent , changées en repaire de pirates , couvriront
la mer Atlantique de leurs corsaires? Bloquera-
t-on alors leurs ports par des escadres, ou achè-
tera-t-on leur bienveillance par des tributs? Quel
a été le résultat de l'expédition plus brillante qu'u-
tile de lord Exmoutli? J'en fais à regret la re-
marque 5 mais il n'est que trop vrai que c'est de
cette époque que date l'apparition du pavillon al-
gérien dans les mers du ]Nord, Les présens que les
Américains font à Christophe les ont-ils mis à
couvert de ses violences et de ses rapines? Et mal-
gré quinze bâtimens de guerre, composant la sta-
tion de la Jamaïque, l'Angleterre n'a-t-elle pas
perdu , dans une année , trente bâtimens mar-
chands capturés par les révoltés de Saint-Do-
mingue , et dont les équipages ont été en partie
massacrés par eux? Les exécutions sanguinaires de
ce même Christophe, l'administration anarchique
des mulâtres de l'Ouest sont-elles faites pour dis-
siper nos craintes et nous lassurer sur l'avenir?
Maintenant, je le demande au noiii de tous les
Blancs qui vivent aux ^Yntilles, et dont l'existence
est déjà si fortement compromise , se contentera-
t-on de demi-mesures? Aura-t-ou reeoiirs à de
nouveaux essais? Pour moi , je suis épouvanté de
cette manie d'innover, qu aucune réflexion ne re-
tient, qu'aucun revers ne corrige. Il semble pour-
tant qu'elle nous coûte assez cher, et que nous
n'avons rien à gagnera nous roidir contre les ter-
ribles leçons de rexpérience.
S'il est doue démontré que la navigation de lu
ÎNléditerrauée nesera sûre et tranquille que lorsque
les légenccs barbajesques seroat détruites, par
( 459 )
quelle fatalité souffre-t-on que des associations
plus daiif^ereuscs encore s'établissent là oii elles
n'ont qu'un commencement d'existence , là oii
elles seront d'autant plus redoulabhs, qu'à raison
du nombre et de l'éloignement , il sera plus diffi-
cile de les atteindre et de les punir i'
Je n'ai voulu qu'indiquer le vice principal du
système que je vieus de signaler; je laisse aux
gens plus instruits le soin d'en peser toutes les
conséquences; mais, avant de linir, je crois de-
voir soumettre aux l'éflcxions de ceux qui liront
cet article, le dilemme suivant :
Est-il plus convenable et plus juste que les An-
tilles deviennent la proie des Noirs , et c[ue nos pa-
rens et nos amis soient exposés à v être égorges
conijud'ant été ceux qui ontpériàS. Domingue ^
ou que cette île soit soumise au niénr.; régime que
les autres, rentre sous les lois de la métropole, et
fasse de nouveau partie de la république colo-
niale? Sera-t-il dit que trois cent xuiile Africains
ari'acheront à trente millions de Fraudais la plus
belle et la plus utile de leurs possessions, celle
qui fut pour eux une ruine inépuisable de ri-
chesses , à laquelle la France dut l'accroissement
et la splendeur de ses villes maritimes; le com-
merce sa prospérité, et l'industrie ses conquêtes;
celle enfin qui, ouvrant à l'activité française une
carrière immense à parcourir , peut seule Ja dé-
dommager de ses pertes , et réparer une partie de.-.
maux que la révolution a causés ?
Tel est le point de la question ; telle est l'alter-
native à laquelle la France est réduite : le Lemp:'i
presse, il fuiit choisir.
Le Comte du Bruges.
( 4<3o )
De la marche Au 3Iini stère , et de la Charte dans
ses rapports avec la Révolution et les droits d«
la Royauté.
J'ai voulu rappeler, flans un article précédenl(i),
coranaent le salut de la France pouAoit être dans
la Charte, et comment de fausses mesures pou-
voient n'en faire sortir que la révolution. Remon-
tons aux premiers jours de la restauration. Qui le
diroitl les causes.de nos malheurs s'enchaînent à
nos plus heureux souvenirs 5 on se trompa alors,
et c'est la même erreur qui continue, malgré des
leçons sévères qui a ttristerontles tableaux de ITîis-
toil'C , sans avoir rien anpris aux contemporains.
Quand le Roi légitime eut enfin repris le sceptre
de ses pères, et qu'après avoir pesé nos destinées
dans les balances de sa haute sagesse, il eut oc-
troyé à Res peuples une Charte qu'il jugea néces-
saii'e, cette Cliarte ne fut pas comprise, ou plutôt
ses vertus politiques échappèrent à des ministres
dont plusieurs n'avoient étudié les théories de la
liberté qu'au milieu de ses orages , et qui , presque
tous, avoient porté le bandeau de la révolution,
.sils n'en avoient pas porté le glaive. Quelcpies uns
d'entre eux, tour à tour usés par la démagogie et
parle despotisme, apportoient aux affaires del'ex-
oérience sans lumières et «les opinions sans prin-
cipes. Car c est le propre de ces derniers temps de
n'avoir pas enfanté un seul homme d'Etat sans
indépendance, je ne dirai pas de sou siècle, mais
de ses propres antécédens. Avec moins de passion
et plus de talens , on eût senti, en i8i4> qiie la
France n'étoit pas sauvée par cela seul que la
Charte avoit été donnée; oue ce n'étoit pas un
(i) Voyez la iS* Livroison du Conseri/ateur.]
( 46i )
simple talisman dont la puissance magique ren-
verseroit tous les obstacles, cliarmeroit toutes les
oppositions, mais une belle pt-nsée de la sagesse
royale, qui, mise en œuvre par la politique, de-
venoitTun de ces actes fameux qui perpétuent les
dynasties et les peuples. Presque toutes les conces-
sions renfermées dans la Charte avoient été faîtes
par Louis XVI ; mais, pour ne le» avoir pas faites
du haut du trône de Louis Xl'v', et appuvé sur son
sceptre, ce père de nos libertés nouvelles s'étoit
enseveli dans l'abîme avec ces mêmes libertés. On
devoit donc en conclure que, pour qvie la révo-
lution s'adoucît par la Charte, il falloit, avant
tout, qu'elle ne la regardât pas comme une con-
cession faite à sa force ; que , si des passions crimi-
nelles venoient à s'attribuer ce qui n'étoit donné
qu'à des besoins nouveaux 5 que, si la x'évolution
ne s'humiiioit devant la main royale qui avoit
donné la Charte, elle marcheroit en avant, parce
que les triomphes n'invitent ni à la modéi'ation,
ni auNç remords.
L'aveuglement des ministres, à cette époque,
fut inconcevable, car la royauté ne s'étoit pas
manqué à elle-même 5 la même main qui avoit ga-
i-anti les intérêts matériels de la révolution avoit
mis à couvert, sinon tous les droits, du moins
l'honneur de la couronne ; le Pioi de France n'avoit
point appelé sa rentrée dans Paris son avènement
au trône j il étoit venu , plein de calme et de gran-
deur, continuer dans ses Etats un règne commencé
depuis vingt-cinq ans sur la terre de l'exil.
Cette noble attitude da prince contenoit de
grandes levons pour ses ministres j la révolution
ne tai'da pas à leur en donner d'autres dans l'in-
gratitude avec laquelle elle reçut tant de bien-
faits. Loin d'être apaisée parla Charte, elle s'in-
digna d'abord que le Roi l'eût donnée au lieu de
la subir lui-même ; elle prétendit qu'il lui falloît
( 4Gp^ )
rrnicv le sarg de tous les Rois qui conloit clnn*
ses veines , et. Roi nouveau d'une nation nouvelle y
revêtir le glorieux écusson rie France fies couleurs
de la rt ])e]iion. Ainsi , la révolution , se trahissant
elle-même, épargnoit au pouvoir le soin de la
deviner j elle i'avertissoitde cette éternelle vérité,
que, plus on introduit de démocratie dans un
£tat, plus il faut en même temps donner de res-
sort et d'action à son gouvernement; qu'enfin il
faut plus de iorce à la royauté pour abandonner
impunément ses droits que pour envahir ceux du
peuple , parce que , dans le premier cas , la royauté
est dans une marche ascendante, et que, dans
l'autre, elle paroît décliner. Montesquieu, dans
un ouvra fje de sa jeunesse, n'avoit considéré les
gouvernemcns mixtes qu(î comme un traite de
paix temporaire entre les Rois et le peuple, à la
suite duquel l'équilibre finit; toujours par pencher
d'un côté ou de l'autre. Les ministres d'alors dé-
sespérèrent-ils aussi du gouvernement représen-
tatif? Je ne sair, , mais ils furent nuls, et la révo-
lution marcha ; elle appela à son aide un usurpa-
tour qui , Lien que sorti de son sein, avoit fini
parlai mettre le pied sur le cou. Cet usurpateur
accourut porté tout à la fois par des patriotes et
des prétoriens : le Roi légitime se retira, et, chose
à jamais déplorable dans cette France oii tout le
inonde pleuroit alors , il nous fut à peine donné de
corriger tant d'inforlune par un peu de gloire 5 la
royauté fut livrée pieds et poings liés. Le despo-
tisme épousa l'anarchie ; les piques émoussées de
q3, entrelacées un moment aux faisceaux d'armes
de l'empire, furent les trophées de cette mons-
trueuse alliance, et il fallut que l'Europe tout
entière se levât comme un soldat pour arrêter ce
torrent prêt à déborder de nouveau.
L'Europe fut victorieuse, ou plutôt la société
générale , armée pour son repos . triompha d'une
( 4G3 )
partie d'elle-même qui vouloit îa troubler. Dan'î
cette crise terrible, la France perdit du sang et
des trésors ; mais elle recouvra son Roi , et avec lui
sonavenirj TEurope, si prompte, si unanime à
se mettre en garde contre la révolution , rappeloit
La France autant à ses intérêts qu'à ses devoirs.
La politique étoit alors sans illusions ; tous les
abîmes se montroient à découvert 5 dans ces mo-
mens décisifs , les Rois tiennent dans leurs mains
la conscience des peuples, et les notions du bien
et du mal s'établissent à jamais par le châtiment
ou la récompense, par la honte ou l'honneur.
Vainement la révolution, se repliant sous cent
formes difFérentes , essaya-t-elle d'abord d'arrêter
le Roi légitime aux portes de sa capitale , et fit-
elle monter ensuite sur son char de triomphe un
meurtrier de Louis XVL La France indignée ré-
pondit à cette nouvelle tentative par des députés
dignes d'elle; ils vinrent, et la révolution fut re-
poussée ; on entendit enfin parler d'ordre, de
paix, de justice, de religion ; on fit plus : on seu
occupa. Bientôt cette première effervescence des
passions soulevées tomba d'elle-même ; cette lie
impure de la société qui, dans les oi'ages poli-
tiques , se montre seule à sa surface , s'enfonça de
nouveau , et l'Europe crut alors à la France mo-
narchique. Mais il falloit se hâter d'assurer les
fruits d'une expérience si chèrement achetée ;
ceux qui ont observé que les guerres civiles sans
révolutions annoncent la constitution vigoureuse
d'un Etat, mais que les révolutions §ans guerres
civiles annoncent son dépérissement, avoient vu
avec effroi la France reconquise, en vingt jours,
par l'usurpateur, sans qu'une mort glorieuse eût
protesté contre cette ignominie d'un grand
royaume , tant la révolution avoit été habile à
enchaîner les courages , à aveugler ses victimes. La
France, trouvée si toible dans une telle épreuve .
parloit hautement contre le régime de 18145 la
France, restée tout impériale sous son Roi lésji-
time , n'étoit retombée si facilement <'ntre les
mains de l'usurpateur que parce qu'il l'avoit re-
trouvée telle qu'il l'avoit laissée , et que toute la
force d'un Etat est dans les institutions qui lui
sont propres 5 que, dés le principe, on eût tra-
vaillé à convertir l'empire en monaicliie; que la
Charte lût devenue le palladium des libertés du
rovaunie , et non le bouclier de la révolution :
Buonaparte , descendu sur noire sol, ii'^'oit plus
qu^un malfaiteur étranger, et la justice du Roi ve-
noit à sa rencontre: mais l'empire reiut l'empe-
reur, et son aigle, comme il l'a dit lui-même, n'eut
qu'à voler de clochers en clochers. En consé-
quence, pour que le royaume de saint Louis et
d'Henri IV , ne pût désormais être enlevé à la
course par un audacieux , comme une forteresse
ouverte, pour que cette chère patrie, que nos
pères nous ont transmise si noble et si pure, ne
pût être désormais ni lacérée par des factions ])0-
pulaires, ni vendue à l'encan comme ces empires
affoiblis dont l'heure fatale est venue, tous les
bons esprits, tous les cœurs généreux sentirent
qu'il falioit sortir à jamais de ces voies trompeuses
où l'on n'avoit rencontré que la mort, que la po-
litique la plus propre à terminer la révolution
étoit celle qui assureroit à la France tout ce qu'on
lui avoit ôté pour faire cette révolution, sa reli-
gion, son Roi, sa morale publique; que, quant
aux institutions qui avoient péri dans le commun:
naufrage, il falioit les recréer telles que, sans
être en opposition avec l'esprit de la Charte, elles
ne le fussent pas avec celui de la monarchie :
première raison, première fin de la Charte. Les
honnêtes gens (car c'est là le véritable titre des
députés qui, les premiers, soutinrent à la tri-
bune, avec cette éloquence du cœur qui leur est
( 4'^5 )
propre , les droits sacrés de la morale et de la re-
ligion) étonmrent l'Europe qui ne les counois-
soit pas; car ces liouuétes gens représentoieiit
celte partie de la nation depuis long-temps ré-
duite au silence, cette partie opprimée depuis
vingt-cinq ans, quoique la plus nombreuse. En
nn mot, les nouveaux députés i-eprésentoient la
France elle-même, non cette france qui avoit
porté partout la contagion de ses principes ou la
terreur de ses armes, mais cette France que les
sophistes ont trouvée jusqu'à présent incorri\p-
tible, cette France qui veut durer et ne point
passer sur la terre avant le terme , pour avoir
violé les conditions nécessaires à l'existence de
toute société.
C'étoit quelque chose de merveilleux pour le
salut de la France qu'une telle assemblée, d'au-
tant plus qu'à la chaleur de ses seutimens elle ne
joignoit ni les fureurs, ni les préventions aveugles
d'un parti. Elle vouloit avec éneigie la rovauté;
mais ceux qui la coraposoient , politiques trop
éclairés et sujets trop soumis pour juger de nou-
veau la révolution , jugée parla Charte^ vouloient.
seulement tempéi-er, par des lois monarchiques et
religieuses, des élémens de démocratie, qui, sans
cet utile contre-poids, entraîneroient encore la
constitution , au lieu de la vivifier. Des vues si
droites, et si loyalement exprimées, firent une
profonde impression : encore un eitort, le trône
s'affermissoit chez nous, l'ordre 'social partoutj
les peuples recou vroieut peu à peu leurs crovances
politiques et religieuses; et la Charte, ce lien né-
cessaire de notre passé et de notre avenir, devenoit
immortelle elle-même comme la monarchie dont
elle perpétuoit la durée.
Que l'oîi r/oppose point à ce tableau de l'ave-
nir, tel que nous l'assuroit une sogc politique, la
\ aine menace de mille obstacles, de mille réac-
ToME II. — aS*" I.iynAif'.'K, ?»o
( 46(i )
lions iraoginairos. Los Ijonnes in.slîtiition.s ne se
placent point sous la sauve-garde des écliafauds5
et le globe n'est point ébranlé parce qu'une nation
veut revenir aux principes qui l'ont fait durer
quatorze siècles. Pour pervertir les liomniCs,il
peut être utile de les égorger; mais éclairer ses
semblables, mais les ramènera la sociabilité, c'est
un ministère de paix et de raison, et il ne s'ac-
complit que par de bonnes œuvres. Les Titus, les
Antonin, les Marc-Aurèle , qui soutinrent Eome
languissante, et jetèrent sur ses derniers jours
quelques rayons de gloire et de vertu , eurent à
lutter contre la corruption de leur siècle, et l'uni-
vers vante encore leur bonté. Les Caligula , les
Commode , qui suivirent leur siècle en ce qu'ils
furent aussi corrompus que lui , n'ont été que des
monstres.
La France a donc pu être sauvée ; ni les hommes,
ni les circonstances ne lui ont manqué, mais bien
la politique qui les met en œuvre : presque toutes
les difficultés étoient vaincues, et l'on arrivoit au
but, quand, intimidé tout à coup par les derniers
eQorts de la révolution, le gouvernement est re-
venu sur ses pas, et a donné à l'Europe l'exemple
d'une foiblesse qu'elle ne comprcndruit pas si les
passions qui nous déchirent n'avoient déjà tout
expliqué. Comme un vaisseau, triste jouet de la
tempête, la France a vu de près le rivage, et le voilà
qui s'éloigne de nouveau. Cette maladie funeste
dont les nations sont travaillées doit-elle atteindre
sou dernier période, et la génération qui s'élè^o
ajoutera-t-elie encore aux souvenirs douloureux
dont celle qui s'éteint a rempli nos annales? Ecar-
tons de tristes pres^entimens : quelque soit le mal
qui nous entraîne, nous savons mieux que jamais
cjuil n'est point irrésistible. \Jn moment terras-
sée , la révolution no\is a révélé le secret de sa foi-
blesse; un moment vicîoricuse, elle nous révèle
( 4(37 )
rncorc celui de notre propre force , et de l'ascen-
dant de la vérité sur l'esprit des peuples. Toute
menaçante qu'elle se fasse, cette révolution, ce
n'est qu'un vain fantôme avec lequel nous nous
sommes familiarisés , et que nous avons vu de trop
près pour qu'il nous impose encoi'e. Où en scroient
aujourd'hui ceux qui nous régentent si impérieu-
sement, si le gouvernement, toujours ferme dans
sa marche, plus- curieux des éloges de l'hisloii-e
que de ceux des coteries, les eut laissés tomber
de leur propre poids, bornant toutes leurs vic-
toires à 1 impunité, toutes ses concessions à l'ou-
bli ?
Quels que soient les funestes efforts de l'esprit
d'innovation, si ses victimes ne gTossissent pas vc-
lontaiienient le nombre de ses dupes ^ si le pou-
voir, que tantôt il attaque à force ouverte, que
tantôt il mine sourdement, ne devient pas son
iiuxiliaire, il ne prévaudra pas. Que les lumières
et la résistance partent d'en haut, et la conscience
des peuples sera moins facile à surprendre. La
l'évolution ne peut échapper désormais à ceux qui
ont c'tudié sa marche : elle a été pour les hommes
éclairés de la France et de l'Europe comme un
cours de morale et de législation pratique, où.
chaque principe violé a produit son résultat, et où
les maximes de la sagesse humaine ont été démon-
trées par l'autorité de l'événement. iNous savons
aujourd'hui les chemins qui conduisent à la liberté
€t à la monarchie , comme -ceux qui conduisent à
l'anarchie et à la mort. Les étrangers, cjui nous
observent, en savent autant que nous sur notre
Î)ropre compte 5 et M. Canuiiig j»ge aujourd'hui
a révolution à son déclin, telle qu'elle fut jugée
naissante par l'esprit prophétique et judicieux de
Burkes.
IViais qu'on y prenne garde , tout en reconnois-
sant que l'esprit de vertige qui nous domine n'e^t
3o
( 468 )
point irrésisliLle , je n'en reconnoîs pas moins î.i
puissance des factions qui peuvent disposer de
tous les élémens d'une longue révolution, et re-
muer encore une génération corrompue. La ré-
volution qui se réveille , tomboit d'eile-même si
le gouvernement ne se int laissé attirer peu à peu
sur un terrain où il perd ses avantages , et si quel-
f[ues difficultés, avec ses amis naturels, ne l'eussent
jeté dans les Lrasde cevix qui ne l'embrassent que
pour Fétoufter. L'opinion royaliste avoit fait om-
brage aux ministres , et ils se sont efforcés de Faf-
foiblir. La faction qui depuis \ingl-cinqans désole
la France , s'est aperriie de cette faute ; aussitôt elle
s'est empai'ée des ministres : abattue par ses crimes,
elle s'est relevée par leur vanité.
Jamais ou ne se divisa impunément sous les yeux
de son adversaire. Les conséquences d'une sem-
blnbîe faute sont incalculables , et elles se déve-
loppent aujourd'hui pour la France avec une ra-
pidité qui seroit désespérante si cette faute n'avoit
été prévue, et si l'expérience n'eût assigné d'avance
dans un ouvrage tous les jours plus étonnant , le
cercle dans lequel doit s'accomplir ce dernier pé-
riode de notre révolution. Chaque jour la consé-
quence touche de plus près au principe ,'^ l'effet à
la cause.
Les hommes qui nous gouvernent, entraînés
]>ar le torrent, n'ont de fermeté que contre les
leurs. D'abord courtisans timides de ceux dont
ils furent les juges, pour ne pas déplaire à ceux
qui ont failli, ils n'osoient louer ceux qui furent
irréprochables. Aujourd'hui, persécuteui's avoués
de quiconque est resté fidèle, ils admettent hau-
tement les principes de la révolution, en atten-
dant qu'elle leur impose ses coideurs. Déplorable
système , fait pour frapper de stérilité la clémence
la plus auguste, pour donner des doutes à la vertu ,
des repentirs à linuocence !
( 4(39 )
Espiîts vainsGt clo<Tmatiqucs, qui vons jouez ainsi
avec les deslinées de votre J^ays, savez-vous quels
sont les dangers qtii menacent nn gouvernement
qui n'est pas' conséquent avec lui-même? Savez-
vous ce que c'est que de justifier dus crimes poli-
tiques, lorsque déjà l'expiation de ces crimes a été
réclamée par la justice luimaiue? Savez-vous ce ;l
quoi s'expose un gouvernement qui ne reconnoît
à ceux qui l'attaquent d'autre tort fjue celui de
1 avoir fait en vain , et qui , privant ainsi les cou-
paLles de leurs remords^ les condamne lui-même
au besoin de la vengeance?
loutes ces réflexions nous conduisent à répéter
encore nue fois, que le salut de la Fi-ance étoil
dans la Charte , si Ton n'a-voît pas souftert que
cette Charte fût interprétée par la révolution. Il
est encore temps de l'expliquer dans un sens
favorable à la monarchie j mais il faut se hâter :
un moment perdu de'cide souvent de la destiné^
iles empires.
SULEAU.
Depuis long -temps quelques journaux anglais pa-
roisscnt avoir pris à tâche d'égarer l'opinion publique de
l'Europe à l'éf^ard du gouvernemenf et de la nation espa-
gnole , en publiant des fables grossières que les feuilles
libérales du continent ont accueiliies avec avidité pour
amuser leurs lecteurs. Le gouvernement espagnol ne croit
pas sans doute de sa dignité de démentir ces fables ^ mais
il ne réfléchit pas que, quelqu'absurdes que soient' 1-es
•nouvelles qu'on débite sur la situation de l'Espagne,
t'espril du siècle , avide d'événemens et de nouveautés, est
toujours prêt à croire ce qu'on ne contredit pas. Un habi-
tant de Madrid, qui souffre de voir les calomnies dont on
gratifie sa nation et son gouvernement, nous adresse, à
ce sujet , la lettre suivante , que nous nous faisons ua
iplaisir de publier :
( 470 )
A M. T/ÉDITEUU DU CONSERVATEUR.
Monsieur ,
Dans la foule de journaux qui , cle tous les points del'Eu-
rope , arrivent dans cette capitale , ot que , malgré la s.iinle
Inquisition, les arnaieurs trouvent tonjcurs le mo vende par-
courir, aucun, je crois, ne seroit aussi disposé à insérernia
petite correspondance, que le ( anseivuteui ; mais, toutes
les 'euillcs de l'Eiirope me seroient ouvertes, que je
m'adresserois de préférence à celle où je crois entrevoir
le plus d analogie avec mes sentimens, et qui seule esl ea
possession d exprimer noblement dos vérités aujourd hui
méconnues : telles sont celles qui ont rapport au respect
dû à la légitimité , et à la conservation des doctrines et
des princi. es sur lesquels repos.'^ la stabilité des monarchies.
Si, en vous adres-^ant cette lettre, mon intention étoit
de rivaliser avec les écrivains distingués qui s'uccupent de
traiter ces questions importantes, vons me trouveriez bien
présomptueux de demander une place à coté d'eux; mais
j'espère que vous ne me la refuserez pas lorsqu'il ne s'agit
que de relever les ciloiunies répandues contre ma nation
et contre mon gouvernement I. intérêt que doit vous ins-
pirer un pays qui , quelque mal qu'on en dise , est le plus
ferme soutien des principes monarchiques, et pour ainsi
dire la source où il faut puiser l'exemple a'une fidélité à
toute épreuve et d'un amour sans birnes au nionarque
légitime, me laisse espérer que vous voudrez bien con-
tribuer-, de votre côté, à démontrer à l'Europe entière la
fausseté des nouvelles qu'on ne cesse de répandre sur
l'Espa.'2;ne , et la noirceur des calomnies au moyen des-
quelles on prétend flétrir le caractère do notre souverain.
Jq ne vous dirai pas. Monsieur, tout ce qui a été pu-
blié dans cette intention par le Mornîiig-Chroiii'cle ^ et
répété par la I\Juteive Française et autres feuilles de ce
genre. Votre ou\rage ne su firoit pas pour faire seulement
i'énumération de leurs insultes; je me bornerai donc à
signaler ce queleurs nouvelles ont de plus plaisant ou de
plus absurde, et à faire cotuioitre leur origine et leur but.
J'en ferai. Monsieur, l'objet de quelques lettres que je
vous prierai de présenter dans l& Conservateur , si vous ne
craignez pas que vos lecteurs , accoutumés à y trouver des
articles plus remarquables par la profondeur d'esprit , la
noblesse, la dignité et l'agrément avec lesquels ils sont
écrits, n'y trouvent déplacés ceux d'un étranger qui ne
ne peut pas même se flatter d un style correct.
Quelque pervertis que soient les hommes, il est rare
qu'ils osent avouer le but où tendent leurs doctrines dan-
gereuses. Pour arriver à tel ou tel résultat, ils ne prennent
pas la route la plus courte ; ils n"y parviendroient jamais,
Ils se frayent donc un chemin à travers des sinuosités dans
lesquelles ils espèrent n'être pas aperçus, et ne le sont
pas en effet de la multitude qu'ils éblouissent par une
apparence de justice et par des dehors tout-àfait trom-
peurs. Ils se croient à couvert dès qu'ils trouvent un pré-
texte plausible, au moins eu apparence, pour masquer
leurs intentions et leur marche. Ce système qu'ils suivent ,
au surplus, avec plus ou moins de inénagemens à mesurij
qu'ils se croient plus ou moins en force , ou plus ou moins
en danger, est, je crois, celui des ennemis de l'ordre
dans tous les pays; c'est du moins celui qu'ils ont adopte
à l'égard de l'Espagne. Ces prétendus philosophes de nou-
velle espèce , qui n'usent de leur libéralité que pour faire
le mal, mais qui alors sont libéraux jusqu'à la prodigalité,.
56 sont établis les défenseurs officieux des prétendues vic-
times du gouvernement espagnol, qui ne le sont au plus
que de leur propre conduite. Sous prétexte de justifier et
de rendre intéressans des hommes qui le sont moins à
mesure qu'on les défend davantage, il n'y a pas d'insultes
ni d'outrages qu'ils ne fassent au gouverrH^ment espagnol.
Seroit-ce là le moyen de les réconcilier avec leur souve-
rain, avec leur patrie? Est-ce ainsi qu'on peut parvenir
à établir cette union tant désirée, après laquelle on soupire
depuis si long-temps, et qui est^ dit-on, le premier vœu
des libéraux ? Je ne le pense pas ; mais leur conduite
■prouve moins l'intérêt que leur inspirent les richesses du
gouvernement espagnol , quelle ne décèle leur haine contre
ce gouvernement dont ils redoutent l'exemple, et dont les
principes invariables forment un point d'arrêt contre l'effet
pernicieux des doctrines, je ne dirai pas libérales ^le sens
des mots a été altéré) , mais des doctrines qui , sous \e
nom de libérales, ne tendent à rien moins qu'au dés.ordre j
( -i:^ )
à l'anarchie, aiix troubles, aux révolutions î El qa'on ne
dise pas que ces craintes sont exagérées : nous avons la
triste expérience q\iVlies ne sont que trop fondées, et les
mêmes causes produisent toujours les mêmes effets. Que
ces doctrines cependant trouvent encore des prosélytes,
que non seulement elles soient tolérées, mais même en-
couragées, voilà , Monsieur, ce que la postérité aura peine
a croire, [.es générations futures apprendront avec effroi
que des leçons aussi terribles ont clé si promptement
oub iées.
Mais, pour en revenir à l'artifice grossier dont on se
sert pour attaquer le gouvernement espagnol , les libéraux
anglais ou français pensent-ils que nous sommes tellement
dépourvus de sens que nous puissions nous méprendre sur
leurs intentions et leurs projets ? pouvons-nous croire ,
lorsqii iisnous représentent noire souverainsouslestrails les
plus hideu.v , quils se réjouissent de voir l'union qui existe
entre le Roi et la nation? Cependant, quoiqu'il semble
facile de pénétrer leurs intentions, j'ai peine à me per-
suader que leur dessein soit de détacher la nation espagnole
de son amour pour son souverain. Leurs moyens sont par
trop nuls pour qu'ils se flattent d'y parsenir. Je crois
plutôt que, dans 1 impossibilité où ils sont de faire un
véritable ma! à I Espagne , ils regardent comme un soula-
gement d'assouvir leur haine de la seule manière qui leur
soit permise, c'est-à-dire en décriant de toutes leurs forces
ce qu ils ne peuvent pas atteindre. Heureusement leurs
armes ne sont pas dangereuses. Les cris dont ils font re-
tentir Londres et Paris n'étourdissent même pas les oreilles
des habiians en deçà des Pyrénées. Si par hasard ils y
parviennent , loin de trouver le crédit q+i'ils cherchent ,
ils ne trouvent que le mépris. M ai.s' comment pouiroit-il
en être autrement ? comuient peat-on persuader aux
Espagrtots que leur souverain est un tjran lorsqu'ils le
voient ronslammeni occupé du bien-être de ses sujets Z
Les habitans de Madrid peuvent- ils croire que le Roi,
redoutant le mécontentement de ses sujets, n'ose sortir
de son palais sans être escorté par un escadron de cavalerie,
tandis qu'ils le- voient parcourir les rues de sa capitale
accompagné de son capitaine des gardes seulement ? Elle
n'est pas d'ailleurs éloignée , elle sera toujours présente
( 47-^ )
aux Espagnols celte époque où S. M. , seule avec son
auguste compagne , objet de sa tendresse et de nos regrets,
se promenoit au milieu de ses sujets sans autre escorte
que leur amour et leur fidélité, qui ne furent jamais en
défaut.
Les détracteurs du gouvernement espagnol espèrent lui
attirer la haine universelle en le signalant comme l'auteur
de tous les maux qui affligent aujourd'hui l'Espagne ; mais
ils se trompent singulièrement s'ils so flattent de nous égarer
à ce point. Personne n'ignore en Espagne que les maux qui
pèsent sur la patrie sont la suite inévitable de la guerre
dévasialrice qu'elle a eu à soutenir ; que cette guerre est.
elle même un présent de la révolution , un témoignage
irrécusable des malheurs qu'ont attirés à l'Europe les doc-
trines pernicieuses dont le germe, loin d'être anéanti, se
montre encore avec audace ; que les blessures que l'Espagne
a reçues dans cette guerre étoicnt trop graves, trop pro-
fondes pour qu'elles aient pu se cicatriser si promptemcnf.
Nous avons néanmoins la consolation de les voir se fermer
peu à peu , et le doux espoir non seulement de parvenir à
les guérir tout-à fait , mais de ne pas en recevoir de nou-
velles , et cette perspective est bien rassurante pour l'Es-
pagne; elle la souhaiieroit à beaucoup d'Etals.
■ Ce n'éloit pas assez d'employer la calomnie pour décré-
diter le gouvornement espagnol; les armes du ridicule
sont quelquefois plus propres à cet effet : on y a eu re-
cours , et le goiivernement espagnol a été représenté comme
dirigé par des moines. Mais ce moyen éfoit trop usé pour
qu'il puisse réussir encore. Personne n ignore que, s'il y
H dos m'oines en Espagne, ils restent dans leurs couvens ;
c! , quoique parmi eux il s'en trouve de très-respectables et
pyr leurs vertus et par leurs vastes connoissances, il n'y a
pas d'exemple jusqu'à présent qu'aucun d'eux ait eu la
moindre influence dans le goirernement : c'est un fait
de toute notoriété. Néanmoins le génie inventif des jour-
nalistes anglais ne sait composer un article de Madrid sans
y faire ligurer une procession de moines, parmi lesquels
ils cherchent toujours à placer l'inquisiteur-général, vé-
ritable epouvantail des lecteurs timides du Mornîng- Chro-
nirle. Cependant, ils doivent commencer à se familiariser
avec un personnage si souvent mis sur la scène. Il est temps
( 4:1 )
d'aiîlf'urs qu'ils L^issenl dessiller leurs veux, etqu'ils vovent
«u on ab:ise de leur cnMlulité.
Mais c'est trop m arrêter, Monsieur, sur des matières
qui n'offrent pas un intérêt direct aux lecteurs de votre
ouvrage. Je lâcherai, dans mes autres lettres, de ne pas
ian'guer trop long-temps leur attention. Agréez , etc.
M. B.
ISÎailrid , ce 6 février 1819.
Paris, 4 mars 1819.
Le ciel semble permettre ce qui se passe sous nos
yeu"çpour justifier enfin la France d'avoir été com-
plice des crimes et des sottises de la révolution, et
])Our prouver aux; plus incrédules que les fausses
doctrines n'ont été propagées et la monarchie ren-
versée que par une minorité factieuse. Les pom-
peuses balivernes x|u'on a débitées au commence-
jnent de nos malheurs sont répétées dans vingt
prtmphlets 5 elles n inspirent que le niépris; les
mêmes accusations sont reproduites contre les roya-
listes ; elles font sourire de pitié 5 on appelle de
nouveau le peuple à l'insurrection, et les classes
laborieuses vaquent tranquillement à leui-s affaires,
sans s'informer même du nom de ceux qui pai'lent
en leur nom. Cependant on ne peut attribuer le
calme public à l'habileté du ministère , ni au
système suivi depuis trois ans ; car le ministère se
laisse subjuguer par les passions qui n'atteignent
pas le peuple, et le s^-stèrae suivi est tel qu'il ren-
verseroit la monarchie sans qu'on pût en accu-
ser autres que ceux qui sont chargés de l'affermir.
A quoi donc attribuer la dilTérence qu'on remarque
dàus les esprits entre les premières années de la
révolution et l'époque où nous sommes? L'hon-
neur en appartient à l'équité publique, à cette vé-
rituljlc France qui veut sincèrement la monarchie
( 475 )
et la liberté , et qui se place toujours d'elle-même
entre les factieux et le parti persécuté , parce
qu'elle ne veut ni factions, ni persécutions. L'in-
décence avec laquelle on se conduit envers les
royalistes a blessé cette France forte et impartiale j
et c'est au moment où les hostilités ont été pous-
sées à l'extrême contre les partisans de la monar-
chie, que les hommes libres de toute influence se
sont ranimés pour demander : Qu'ont-ils fait?
Nous avons déjà répondu en prouvant, le Mo-
niteur à la main , que tout ce qu'on reproche aux
royalistes de i8ij a été l'ouvrage du ministère
qui, depuis, s'est porté accusateur des députés de
cette mémorable session. Les indépendans ViÇM
ont jamais douté 5 jamais ils n'ont perdii le désir
et l'espérance de s'en vencrcr : mais le public lovai
ne peut comprendre pourquoi le ministère accuse
ceux dont il a réclamé l'appui et trompé la con-
fiance, ni comment il peut se précipiter en aveugle
dans les bras de ceux qui veulent le perdre. Il est
temps de déchirer le voile et de faire connoître
enfin toute la vérité.
Depuis la seconde rentrée du Roi , les hommes
monarchiques ont été à la fois en butte à la haine
des factieux , qui ne peuvent supporter la royauté
et la légitimité , soit que leurs vccux appellent à
leur tête un complice pour les rassurer, soit que
leurs rêveries les portent vers la république , et
aux attaques d'un ministère qui , formé d'hommes
élevés à l'école de Buonaparte, croyant facile de
maintenir le pouvoir absolu , n'ont pu pardonner
aux royalistes d'avoir compris les avantages d'une
constitution libre, et d'avoi.' montré pour la dé-
fendre du courage' et du talent. Ceux qui ne peu-
vent consentir à obéir à une Charte octroyée par
Tin Roi, et ceux qui a voient appris à la cour de
Buonaparte à regarder toutes les garanties pro-
ïiiiscs aux libertés publiques comme des niaisérieà
( 47^^ )
l>onnos à amviser les spéculatmiis tandis qu'ont,
asservit les nations, quoique divisés d'intérêts, se
sontréunis pour écarterles partisans de la monar-
chie limitée , décidés à tenter ensuite un nouveau
combat à mort entre la démocratie et le pouvoir
absolu. C'est celte double position des royalistes
qu il faut bien saisir pour comprendre comment
il est possible que, sous un Roi légitime, ils
soient à la fois signalés par les factieux comme
ennemis des libertés publiques, et proscrits par
le ministère comme nétant pas assez soujiles au
pouvoir.
Prétendus amis du peuple , qui nous accusez
de vouloir former une oligarchie, de travailler à
ressusciter la féodalité du iG" siècle, qui nous
déclarez incajjables de nous dévouer à l'établis-
sement des institutions favorables à la liberté , si
nous avions été aussi serviles que vous Têtes sou-
vent envers un ministère qui vous trompe et que
vous trompez, le despotisme ministériel seroit
établi depuis long-temps, et nous aurions reru
autant de faveurs qu'il a pesé sur nous et qu'il
pèse encore de proscriptions 5 vous éprouveiiez
réellement toutes les fiayeurs que vous inventest
comme nous les appels qui nous ont été faits •
dites si vous n'avez pas tremblé mille fois de la
crainte de notre réuuion avec le ministère 5 dites
si vous ne vous croiriez pas perdus le jour où pa-
ro'itroient euûn des ministres capables de com-
prendre à la fois la monarchie et la liberté , et par
lesquels s'accompliroit l'union indispensable cuire
les royalistes de France et les ministres d'un Pioi
de France? Lorsque le président du conseil (]e!i
ministres disoit à la tribune de la Chambre des
Paii's qu'on a exclut que les exclusifs , il ignoroit
(477)
sans doute qu'il répétoit une phrase du Naîn Jaiine,
qui, après le 20 mars , s'est cependant vanté de n'a-
voir travaillé qu'à exclure la légitimité ; mais lors-
qu'il ajoutoit qu'0/7 n écarte des fonctions piihliques
que des hommes qui résistent an gouvernement du
Roi , n'avouoit-il pas qu'on est disposé à nous re-
cevoir quand nous accepterons les coudilions aux-
quelles on est toujours reçu par des ministres im-
périeux , quand on ne veut et qu'on ne sait que
servir? Ne craignes rien : le gouvernement du Jtioi
est le ministère ; M. le marquis Dessoîe nous Va
affirmé; nous sommes Français; nous ne sommes
pas nés pour l'esclavage ; et il nous est aussi im-
jiossible de sacrifier les antiques libertés de notre
patrie que de renoncer au bon sens, pour nous
mettre à la suite de l'incapacité.
Pai-mi nous, voyez sur qui sont tombés les pre-
miers coups du ministère ; est-ce sur des hommes
qui ont intérêt à rétablir l'ti féodalilé, qui veulent
attacher les pavsans à la i^lèbe? Hélas ! nous pou-
vons le dire , même dans le Conservateur, le pre-
mier frappe' n'a sauvé de la révolution qu'un ta-
lent trop noble pour n'être ])as consacré à tout ce
qui élève l'humanité. Fidèle à son Roi dans le
malheur, aussi fidèle aux doctrines de la liberté,
il faisoit entendre à Gaïul des paroles qui seront
à jamais la honte des rédacteurs de l'acte addi-
tionnel et de vos représentans aii champ de mai.
Est-ce pour avoir avancé des principes favorables
au pouvoir absolu, qu'il a perdu des honneurs qui
lui appartenoient bien léijitimement, si ces hon-
neurs étoient la récompense du dévouement au
Roi et à la Chaj'te? Est-ce pour avoir prêché la
servilité qu'il a été réduit à vendre, sous les Bour-
bons, la modeste reti'aite qu'il avoit acquise par
ses travaux littéraires .<5ous le gouvernement usur-
pateur? IN on, c'est jj'ôùr avoir écrit en faveur dé
la Charte et de la monarchie , c'est pour avoir dé-
( 47S )
fendu la suprématie de l'honneur et de la probité,
c'est pour avoir averti sévèrement des ministres
passionnés de tout le mal qui a été fait depuis.
Voyez sur qui tombent les destitutions. Au-
roient-elles tantd^éclatsi elles frappoient des lâches
accoutumés à courber la tête sous la verge du pou-
voir, des esclaves à qui la crainte des visirs auroit
enlevé la faculté de distinguer ce qui est juste de ce
qui ne l'est pas? Vous nous accusez de parler de
liberté dans des intentions perfides ! "S ons vous
taisiez en i8i5,et la tribune retentissoit de récla-
mations en faveur des libertés déparîementales et
communales. Les ministres se sont adressés à vos
passions pour troubler la société et échapper à
nos justes demandes. Nous avons défendu l'ini-
tiative accordée par la constitution 5 vous vous
êtes unis aux ministres qui ont constamment nié
l'initiative, etsouventla constitution. INous avons
réclamé des économies dans toutes les parties de
l'administration. Quelles économies ont été faites
ptir les ministres auxquels vous prêtez assistance
contre nous, parce que nous sommes , dites-vous,
les ennemis du peuple? Hommes monarchiques ,
nous avons tout voulu pour le peuple , même la
soumission aux lois. Hommes de la révolution,
vous voulez tout par le peuple, même l'insurrec*
tion. Telle est la ligne qui noussépai'C j et si l'ex-
périence du passé ne suiiit pas pour dicter le
jugement entre vous et nous , Dieu , qui est inva-
riable dans ses lois, laissera de nouveau éclater
les terribles conséqviences dés doctrines que vous
propagez , sans cjue la France en soit plus coupable
que des crimes déjà accomplis.
Mais il veut sauver la monarchie, et les preuves
de sa miséricorde sont dans l'impuissance dont il
a marqué les successeurs des premiers auteurs de
nos maux. Où est votre force? Appuyés par tout
le ministère qui prend vos brochui'cs pour des
( 479 )
agitations, vos menaces pour des insurrections,
et qui ne veut pas voir que , dans votre parti , tout
est chef parce qu'il n'y a. pas de soldats, vous par-
lez comme si vous disposiez de la France ; et tous
vos efforts ne peuvent parvenir à soulever un seul
homme. Les ministres d'un roi légitime contrac-
tent hautement à la trihune alliance avec vous ,
et votre nombre diminue. Dans le 3Iomteur , on
attaque les royalistes avec une fureur dont il fau-
droit chercher des exemples plus loin que Buona-
parte et le directoire 5 nous n'opposoiîs à ces atta-
ques que le sourire du dédain. Quelques jours
après , une simple proposition, faite par un pair,
dans un intérêt général, vous jette dans les con-
vulsions du désespoir. Hommes si puissans, écri-
vains qui soutenez la patrie , tribuns qui prenez
vos cris pour de l'éloquence, soyez plus calmes
afin que nous puissions mesurer vos dimensions
colossales! Mais c'est tout ce que vous redoutez :
le ministère est plus complaisant que nous , il ne
vous mesure pas.
Que vous lui avez d'obligation ! Les prétentions
des élèves de Buonaparte au pouvoir absolu ont
alarmé cette France impartiale qui ne veut rien
d'extrême, et qui a accepté la Charte en la consi-
dérant sui-tout comme une conciliation. Toutes
les lois préveulwes étoient alors dirigées contre
les royalistes 5 on leur imposoit silence avec une
■rigueur inouïe 5 on employoit de force les jour-
naux qui leur appartiennent à vanter le despotisme
ministériel , à traduire devant l'opinion les pré-
venus jetés dans des cachots infects. Vous avez les
premiers brisé les entraves mises à la liberté de la
presse 5 vous avez réclamé les gai'^nties assurées
par les lois -, vous vous êtes opposés à ce que , dans
un gouvernement représentatif, les tribunaux
fissent les doctrines politiques; vous avez arrêîé
le ministère dans sa maiche imprudente ; la France
( 48o )
TOUS a entendus. Telle est la cause véritable du
crédit que vous avez obtenu sur l'esprit public;
et ces royalistes, que voius croyez nés pour la ser-
vitude, vous ont applaudi, tant il est dans leur
nature d'aller toujours porter leur appui au coîé
Ibible; et le côté foible étoit alors la liberté. Mais
lorsque, tiers d'un triomphe que vous ne deviez
qu'aux prétentions extravagantes du ministère ,
vous avez laissé échapper votre secret; lorsque
vous avez insulté ceux que le ministère insultoit,
demandé la proscription de ceux que le miiiistère
proscrivoit, sollicité la destitution de ceux que
le ministère vouloit destituer, lorsque vos fureurs
et vos doctrines ont menacé la rovauté, la France
s'est retirée de vous. L'équité publique a lait la
part de chacun, et l'opinion nous est revenue
tout entière. Telle est aujourd'hui la situation
des esprits, que votre union avec les ministres
suffira pour perdre les ministres; et la proposition
fie M. Barthélémy, la majorité nouvellement for-
mée dans la Chambre des Pairs , ne sont qu'une
expression de cette opinion publique , que per-
sonne ne peut braver sans danger tant que les
échafauds ne sont pas dressés. Cette opinion se
prononce pour justifier la France des criuies pas-
sés, pour protester contre les événemeus qui nou?;
menacent , et que nous ne craignons pas à cause
de nos forces réelles , mais parce que l'incapacité ,
qui vous a fait ce que vous êtes, est un danger
bien plus effrayant que ce que vous pouvez par
vous-mêmes.
Faut-il vous le prouver par des faits? Avant
l'ordonnance du 5 septembre, vous prétendiez
déjà être les plus forts; et cependant il a fallu (\ue
vous obtinssiez cette ordonnance pour reparoître
sur la scène en auxiliaires du ministère ; depuis ,
il a fallu toutes les fautes qu'a faites le ministère
pour que vous arrivassiez à lui parler en maîtres.
{ 4^1 )
Vous êtes de même les plus ibrts aujourd hui , du
moins vous l'assurez. Pourquoi donc demandez-
vous qu'on fasse des pairs en niasse pour appuyer
vos projets? Pourquoi demandez-vous qu'on casse
la Chambre des Députés, et proposez -vous de
faire une nouvelle Convention nationale? Si,
pour constater voire force, il faut toujours sortir
delà situation présente, en vous y renfermant,
vous seriez donc les plus foibles? C'est ce que le
ministèi'e n'a jamais senti; sans cela auroit-il osé
sortir de là constitution qui, fixant la liberté
dans des limites déterminées, encliaînoît, parle
fait seul , les passions des ambitieux et les espé-
rances des factieux? Dupe de vos forfanteries,
payant de l'avenir de la France votre assistance
momentanée , le ministère vous a fait ce que vous
êtes aujourd'hui: il peut vous faire ce que vous
espérez être demain. Qu'il vous accorde tout ce
que vous demandez., il vous faudra encore de
nouveaux coups d'Lltat pour que vous sovez les
plus forts, et, si vous le devenez en effet par la
terreur que vos allures répandront sur la nation,
nous vous verrons, comme parle passé, vous dé-
chirer entre vous pour des théories stupides et de
honteuses réalités, jusqu'à ce que, épuisés des
coups que vous vous porterez réciproquement ,
vous rentriez dans l'obscurité. Et cette France
impartiale, cette France équitable que vous comp-
tez pour rien, reparoîtra ce qu'elle est, forte
d'elle-même, prêtant son appui à ce qui peut
rétablir l'ordre, et y parvenant d'une manière
vraiment miraculeuse , tant que vous n'intervenej
pas pour la diriger. Quant à nous , hommes mo-
narchiques, que ♦«(us présentez non -seulement
comme une minorité, mais com^e une excep-
tion, pourquoi ne demandons -nous ni coups
d'Etat, ni fabrique improvisée de pairs, ni dis-
solution de la Chambre des Députés, ni le boule-
TawE II. — a3= Livraison. ^ %t
( 4S'^ )
versement de nos institutions? Pourquoi , persé-
cutes par ceux qui devroicnt nous soutenir,
sommes-nous calmes tandis que vous êtes émns
jusqu'à la fureur? C'est que nous n'avons pas be-
soin de nous compter pour savoir combien nous
sommes, ni de nous ai^itcr pour paroître nom-
breux, ïl nous sufKt de jeter un coup d'ceil sur
les situations naturelles de la société; nous sen-
tons aussitôt que, dans une association de vin^t-
huit millions d'individus, si la majorité n'attaclioit
pas autant de prix à la rovauté héréditaire cons-
tituée dans une seule famille qu'aux lois fonda-
mentales qui protègent ses libertés, celte nation
seroit condamnée à mort. Or, le vaisseau de l'Etat
fait route; et s'il devoit courir encore une fois la
chance des naufrages, l'histoire du moins n'en
accuseroit pas les passagers.
IN'est-il nas bizarre que, dans une monarchie,
on nrésente les hommes monarchiques comme
une exception? Il faut mettre à jour la tactique
des tribuns du peuple. ToTit leur secret consiste
à diriger leurs attaques contre une classe de la
-société, à la présenter rojunie seule royaliste, et
par conséquent comme seule opposée à la démo-
cratie en couronne ou en bonnet. Si les ministres
avoieut le talent d'écarter les mots pour arriver
aux pensées , ils reculeroient d'effroi devant le
piège tendu à leurs pas ions. Eh quoi! parce que
nous sommes nés dans la bourgeoisie, vous avez
décidé impérieusement que nous ne pouvons ai-
mer nos Rois, accepter, déléndre, chérir la Charlo
qu'ils nous ont donnée en compensation de nos
antiques franchises dispersées par les temps et les
troubles civils! Etrange accusation! A qui s'a-
dresse-t-elle? Les Bourbons ne sont-ils ])as rois
de toutes lesclasses delà société ? et la bourgeoisie
aujourd'hui n'a-t-^elle pr.s plus à perdre dans les
révolutions que la noblesse? Manque-t-cUe de
( 43^ )
isens et de prévoyance? Si j'étois noble, il ne me
stn-oit donc pas permis de dire que vos doctrines
sont subversives de l'ordre social , sans courir le
risque d'être appelé oligarque? Tl ne me sei'oilpaS
|-,ermis de démasquer les projets factieux , de sou-
mettre à ma raison la conduite des miiiistre<:, sans
être accusé de travailler à rétablir la frodalilé?
Quelle logique 1 ISe diroit-on pas qu'il nV s point
en France de classes intermédiaires, et qu'il faut
absolument proclauier la démocratie absolue , on
c[ue la France ne renferme pliTs dans son sein quç
des seigneurs et des serfs? Jamais soUlse plus
grande ne fut débitée avec plus d'impudeur à une
nation qui se vante de ses lumières? Ne comj)te7-
Yous pas dans vos rangs f^es nobles -, grands pro-
priétaires? Loin de les accuser de n'être j'a5 démo-
ciates, nous reconno'ssons qu'ils le sont 5 et, depuis
T>ï. de Mirabeau jusqu'à nos jours , si on éiablîs-
soit un compte rigoureux, on trouveroit Ixaucoup
de nobles qui ont appuyé larévolution, beaucoup
de bourgeois qui ont constamment combattu pour
la monarcliie. Si la noblesse a compté plus de
victimes des fureurs de la révolution q?ie les
autres classes de la société, faut-il le dire ? c'est
quelle offroit aJors plus de dépouilles au désin-
téi'essement des philanthropes spoliateurs, Fst-ce
dans un siècle remué de fond en comble par des
0})inions , qu'on peut n'admeltre que des op'-
nions fondées surdrs situations? j\î. de Cazes, fait
comte, est-il plus oligarque qu'avant de s'être ranoé
parmi les nobles? Veut-il rétablir la féodalité?
Ali! sans compter les ressources qu'offre le crédit
public , qu'il y a des moyens pliis prompts et plus
faciles d'avoir des serfs aujouid'hui ! Je vois desti-
tuer des préfets et dessous-préfets plébéiens qu'où
remplace par des préfets et des so is-préfets titrés.
La noblesse n'est donc ici pour rien; l'esprit de
servitude est tout. INous treuvt^ns cela dans les
( 484 )
règles : qu'on agisse de même avec les royalistes ;
qu OH les reconnoisse sans distinction de classes
et alors on saura pourquoi on neles attaque jamais
sans blesser la majorité de la nation.
Croit-on nous trouLleravec des pétitions commo
à l'époque où la France enthousiaste mnrcboit à la
liberté sans connoître les sentiers qu'elle avoit à
parcourir? Nous avons acqviis de l'expérience, et
nous l'avons achetée assez cher pour qu'elle nous
profite. Il y a six mois, nos ministres ont envoyé
à Londres des hommes chargés d'étudier la marche
delà liberté de la presse j cette marche est celle
du bon sens. Il n'étoit pas besoin de traverser ex-
près la mer pour apprendre cela. Nous allons ré-
véler les principes du gouvernement représentatif
sur les pétitions ^ tels qu'ils sont admis dans le
parlement de la Grande-Bretagne. On trouvera
de même qu'ils sont le résultat de l'expérience ,
appuyée sur une profonde connoissance du mou-
vement de la société'.
En Angleterre, une pétition individuelle attire
toujours l'attention de la Chambre. Pourquoi ?
C'est que cette pétition représente ne'cessairenïent
unintéj'ét, et que les pouvoirs delà société ne sont
constitués que pour défendre désintérêts. Au con-
traire, une pétition couverte de vingt, de trente
mille nomS) n'y est considérée que comme le vœu
àUxuiefacLion , et dès lors on évite d'y attacher du
prix, parce qu'il est juste de présumer que tous
ceux qui n'ont pas signé la pétition sont d'un avis
opposé, et qu'autrement on s'exposeroit à sacrifier
la majorité calme et conlîante à la minorité turbu-
lente et factieuse. Tous les ans, les ouvriers de
Birmingham, de Bristol, signent par milliers des
pétitions dont la Chambre des Communes s'oc-
cupe à peine-. Dès qu'il s'agit d'intérêts collectifs ,
il n'appartient qu'aux pouvoirs constitués d'exa-
miner si ce qui serait cfTectivement à l'avantage
( 485 )
ùcs uns ne nuiroit pas à d'antres , et ne drangevoit
pas l'ensemble des calculs de radministvatioii joéiié-
«éi'ale. Cette conduite prudente est plus rigou-
reusement soutenue encore quand il s'agit d'inté-
rêts politiqites , dans lesquels le peuple ne doit
Jamais intervenir direetcinent , surtout dans un
gouvernement où trois pouvoirs sont constitués
pour défendre ses libertés, et où un de ces pou-
voirs reçoit périodiifuement , par élection, une
mission spéciare et sans réserve. Que seroient les
membres d(; la représentation de tous les intérêts
là où la nation interviendroit elle-même d.'jns les
questions politiques, autrement que parla liberté
delà pi'esse? jNous l'avons vu en 'France., Cette
représentation ne seroit plus ({u*un iustrument
entre les mains des faitieuv. Cette observation
nous explique pourquoi des millions de noms mis,
depuis tant d'années, au bns de pétitions qui de-
mandent en Angleterre nna réforme parlemen-
taire, ont cependant laissé jusqu'à ce jour les
tîioses telles (ju'eiles sont depuis des siècles. Et
cependant cette Chambre des Communes, si ferme-
contre un assemblage de noms quêtes au hasard ,.
îie laisse jamais passer, sans nue discussion pro-
fonde, une petilicJi présentée au nom d'une cor-
poration. Que cette distinction est sage ! Uae cor-
vGvalion se présente conMue une unité ^ elle a des
intérêts personnels à conserver, par conséquent
des dangers à coiu'ir, et sa position répond qu'elle
sera modérée dans ses demandes, ctsurtout qu'elle
ne s'e'cartera ])a3 dri res]>ect dû au pouvoir. Ce qut^
€xige impérieusement que la- Chambre djes Com-
munes traite avec hauteur les. pétitions collectives^
c'est que si elles attaquoient la dignité, rindépen-
dance du jjarlement, le jiarlentent ne povirroit
pixnir l'insoRnce des pétitionnaires. Ce poiî>t est
iiïmortant. L'histoire d'Angleterre offre de aoni--
i)a:eux exemples de corporations privées de ieura^
pî'N'Ilé^es par la ChTmljie des Communes, pour
lui avoir innnquc de respect. P'innquer de respect
envers un pouvoir, c'est tiabir la vérité en implo-
rant son secours. Il n'v a pas huit jours encore
qu'un pétitionnaire a été envoyé flireclcment c\\
prison , par ordre de la CliamLre des Communes,
pour avoir proJu.it, parmi les pièces jointes à sa
pétition , une lettre qui contenoit des faits con-
trouvés et des expressiois iuoonvenr.ntes.
Si la CliatnLre des Communes a su établir son
pouvoir, nous ven^ons d'en exposer les causes. In-
aéjiendaale du Roi qui ne peut que la casser, elle
est indépendante du peuple qui n'a d'action sur
elle oue par les élections; il seroit élran;i^e que le
Roi re.s^>ictHt l'indépendance du parlement, et que
desTacliei-i'i nussent la vinleravec desj^t'titions. Oue
l'on compare ces vérités d'expérience à la loihlesse
de rAss_e;nblée Constituante , etsurtout des assem-
blées qui l'ont suivie; on trouvera que leur avi-
lissement est venu particulièrement des pétitious
collective"? q-ii peuvent être insolentes impuné-
ment , puisqueilâs sont l'ouvraq^e d'une cohue,
çt ne restent sous la responsabilité de personne.
Conçoit-on qu'un pouvoir reste pouvoir, quand
on ])eut le braver, l'humilier, le menacer, sans
qu'il aitaucr.n moven de venger sa dioruité? Tel
est cependant le sort de toute assemblée délibé-
lante qui com])teroit les noms au bas d'une péti-
tion comme autant d'arguniens, et qui ne senti-
roit pas que limmense majorité qui se tait est la
■véritab c nation, confiante dans les députés qu'elle
a choisis, et qui , par cela même , s'interdit d'in-
tervenir dans les (juestions politiques dont elle a
remis la discussion et la décision à ses élus. Les
indépendans font ici une faute gfrave et une laute
inutile, puisqu'un nxillion de noms, quand on
parvicndi'oit à les rassembler, ne pourroient rien
contre le vœu -de la majorité impassibie.
( 4>^7 ) ^
Nous avons cru le moment favorable pour expo-
ser les véritables doctrines, afin que les poiwoirs
<le la société sachent j^jroiiter des circonstances
pour s'établir entin dans tous leurs droits et dans
toute leur dignité. Les ;»gitations ne sont dan-
"oetiscs (ju'où les j)Ou\oi)S sont loibles, passions-
nés et ignoransj quand ils possèdent les qualités
contraires, les agitations, loin de déranger l'ordre
établi ,i'aiFerinissent. Lt c'est tout ce qui distingue
les hlals libres des Etats despotiques.
S'il étoit vrai comme on nous l'assure (ruais
nous relusonsde le croire) que des pvelels eussent
déjà donné des dîners contre la proposition de
M. Barthélémy, accueillie jiar qualre-vingt-dis-
liuit pairs j s'il étoit vrai que des pélilions arrivées
de Paris eussent été prodtiilcs au desseitj sil étoit
vrai que des personnages, aussi granfls que l'homme
qui pleure et qui rit successivement sur les dan-
gers que courent la révolution et la monarchie ,
lussent arrivés de Paris, au moment où on ser-
voit le caté , pour employer leur influence à grossir
le nombre des noms à -mettre au bas de ces péti-
tions, nous plaindi'ions le ministère. En donnant
des exemples dangereux , il s'expose à voir péti-
tionner les iaetieux pour demander son renvoi ,
pour exiger le renversement de l'ordre établi, et
réclamer la convocation d'une Convention natio-
nale. jNous prouverons tout à l'heure que nous ne
prévoyons rien qui ne soit déjà accompli. Fasse le
ciel que les pétitionnaires ne demandent pas plus,
ainsi qu'ils l'ont iait en 1793! Dans cette carrière,
iï est difficile de s'arrêter; dès que le peuple a agi
une lois comme souverain actif, il ne se laisse dé-
trôner que de lassitude. Mais nous avons pleine
conUance dans la Chambre àcs Députés comme
dans la (Chambre des i airs ; elles sentiront qu'il
y va de leur indcpen^lance, et que toutes ces ten-
tatives ne peuvent être réprimées avec plus de
( m •)
succès que quand les passions populaires ne sont
pas encore en fei-inentnlion. Or, il est incontes-
table que nous parodions l'année 1792, mais qne
nous n'y sommes pas. Qu'on respecte les libertés
publiques , on sera fort contre l'esprit de faction;
ce sont les tentatives imprudentes de pouvoir ab-
solu, les lois arbitraires, la hauteur inconsidérée
avec laquelle les ministres se sont souvent expri-
més à la tribune, qui ont un moment troublé les
esprits, mis les hommes elles partis dans une posi-
tion fausse : il faut rentrer dans la vérité, en com-
m.enç.ant par i-econnoître c|ue la première garantie
des libertés publiques est dans l'action des pou-
voirs de la société , dégagée de toute influence
extérieure,
Nous donnerons des anecdotes positives sur le
secret de ces pétitions, et sur les scènes ridicules
qu'elles auront amenées. Nous pouvons déjà af-
^rmer que la pétition signée par les avocats de
Paris, c'est-à-dire parla vingt-troisième partie
4es avocais de Paris , ne se distingue que par trois
fautes d'orthographe si grossières, qu'on a de suite
(leviné que le modèle en a été fourni par deux
Lorames qui ne sont pas aussi Français qu'ils le
disent, et dont un n'est pas si orthodoxe qu'il le
croit.
Mais abandonnons ces misères, et reprenons la
défense des hommes monarchiques au point oii
nous l'avons laissée , afin de prouver que l'opir
nion publique leur est revenue tout entière , à
ïnesure que leurs ennemis ont découvert les dé-
sastreux projets qu ils ont conçus. ÎVos preuves
sont disséminées, dans leurs écrits 5 nous avions pris
la peine de les rassembler j mais un publicrste iu<-
dépendant vient de publier un manifeste qui le^
contient toutes ;, et nous le remercions d'avoir eu
celte attention pour nous.
M. Cojaalej avocat (&aus doute le célèbre assa-
( 4B9 )
eié du célèbre M. Dunoyer, aussi avocat) vient
de lancer dans le public une brochure de vingt
pages , avant pour titre : Dissolution des Chambres ,
ou nécessité cVun appel à la Nation. INous ferons
remarquer que le mot Roi et le mot royauté ne se
trouvent lias une fois dans cet écrit, qu'il n'est
question que du ministère ou du gouvernement,
ce qui est la même chose pour certains esprits,
ainsi que nous l'a confirmé dernièrement M. le
j)résident du conseil des ministres. Dans l'Appel
à la Nation , voici donc la royauté hors de ligne
d'une manière indirecte 5 mais la Chambre des
Pairs est supprimée d'une manière très-directe;
car, dans le litre de son livre, INI. Comte demande
positivement la dissolution des Chambres 5 et,
dans son livre, il ne parle que de la formation
d'une Chambre. C'est là que tendent en effet les
indépendans purs, et ils ne sollicitent avec tant
d'ardeur une augmentation en masse de pairs de
France, que parce qu'ils savent qu'on ne peut
renverser que les pouvoirs déconsidérés dans Topi-
nion publique: et ils voudroient avilir la pairie,
pour la détruire ensuite avec moins d'efforts. ]Nou5
n'avons jamais partagé les craintes répandues à cet
égard dans le public; nous estimons encore assez
le ministère pour croire qu^il n'est pas sans réserve
sous la direction de la Minerve , autrement il se-^
roit perdu sans ressource auprès de la France
impartiale On a menacé d'une fournée de pairs,
pour voir si la constance des pairs en posses-
sion en seroit ébranlée; et la France entièi'e
est aujourd'hui témoin que l'indépendance des
opinions n'en a pos été un seul instant altérée
dans la Chambre haute. De même, et par les
mêmes motifs, on répand le bruit delà dissolu-
tion constitutionnelle delà Chambre des Députés.
Nous prenons sur nous d'affirmer que la Chambre
actuelle des Députés ne sera pas dissoute ; et nous
( 490 )
l'affivniOHs parce que nous en savons autant en
politique (si nous n'en savons pas plus) que ceuK
qui font courir ces bruits. (Quelques uns de nos
ministres resseinj)jent aux eniaus qui seroient
assez tentés de jouer avec le leu^ mais qui ne
i'osent pas , dans Ja crainte de se Lrnler.
Pour sauver la France, selon iM. Comte, il no
faut que dissoudre les Cliaiubies, en convoquer
une seule composée de sejjt cents membres, re-
noncer à l'article de la (■liarte qui veut que les
députés aient quarante ans, ne pas les paver
comme, les conventionueis, mais leur accoixler
une indemnité en ar^^ent , ce qui est très-dittéreut 5
et comme ils auront été élus par suite d'un appel
au peuple, qui signitiera apparemiucnl que le lioi
de Irrajice ne peut pas gouverner la Fiance, ils
nous sauveront à la manière de toute assemlilée
dans laquelle tous les pouvoirs sont confondus,
c'est-à-dire, comme nous a sauvés la Convention
naiioucJe de sauglaute méjnoire. .vlais, pour que
cette i>sseuiblee unique reni|>lisse sa drstinée, il
t'st deux conditions bien essentielles à observer
dans le choix des députés : la preuiitre , c'est qu'ils
ne seront pas pris parmi les royalistes, parce qix'ils
ont de vieilles injures à venger; la seconde, c'est
qu'ils ne seront pas pris parmi ceux qui ont servi
la France sous le gouvernement impérial , parce
qu'ils out contracté un amour excessif du pou-
voir. ISous demandons ici à jl. le marquis i)es-
sole si c'est nous qui sommes les exclusifs, et si ,
au contraire, nous ne somjnes pas exclus en masse
parles indépcndans comme par le gouvernement
du Hoi. F.n repjussaiiL ceux qui out toujours
voulu l'unité et la légitimiLé, en repoussant avec
une égaie violence ceux qui ont admis l'unité de
Buonuparte ciinme moyen de sortir la France du
bourbier révolutionnaire dans lei{uel elle étoit
enfoncée, que reste-L-il? Les républicains. C'esi
( 49^ )
en efTet le /Jei//;/t? par excellence auquel M. Comte,
avocat, conseille de faire nn apjiel pour sortir
des dangers qui menacent la moii;-i-cliie. Il est
certain qu'à cette condition la monnrcbie n'auroit
bientôt plus de dangers à courir. Ce qu'il v a de
plaisant , c'est que l'auteur s'adresse souvent aux
ministres du Roi de France, pour leur prouver
qu'ils n'ont rien de mieux à iaire. Pauvres mi-
nistres! quelle idée avez-vous donc donné de vous
à ceux dont vous avez si sou\( nt reclamé l'assis-
tance, et avec lesquels un de vous a proclamé
dernièrement une sainte alliance à la tribune de
la Chambre des Députés, alliance coniirmée deux
joui'S a])rès dans le Alouitcur par des cris iurieux
poussés contre les royalistes. Sommes-nous donc
si coupables de ne pas vouloir une Convention
nationale , et de c..)ire que , depuis rélablissenient
de là Gliarte rovalc donnée à tous les Français ,
il ne faut exclure ni les royalistes , ni ceux qui ont
servi la France quand ils ne pou\ oient servir le
Roi?
Pourquoi donc la proposition de ]M. Bartlié-
lemy et l'attitude de la Chambje des Pairs mel-
tent-elles l'esprit àes patriotes exclusifs dans une
v«i grande agitation , et pourquoi Vultimutuin de
ces ÎNlessieurs qui veulent rétablir la république
par Tintermédiaire d'une nou\ elle Convention
nationale, nous lait -elle sourire? ]Ne sei'oit-ce
pas parce que la proposition du noble pair est sage
et constitutionnelle, que l'altitude de la Chambi'e
des Pairs a le calme qui convient à un pouvoir
intervenant pour des intérêts mis sous sa protec-
tion , taudis que les brochures des patriotes exclu-
sifs sont si folles tant que le Roi de France «st sur
son trône, et que, d'un mat, il peut encore les
replonger dans la nullité dont ils ne sont sortis
que par les fautes du minis^tèi'C, qu'il nous est im-
possible 4'AV,oir la «noiiid^ alaxme ? Expliquons-
( 49^ )
nous cependant : jamais nous n'avons craint pour
nous 5 mais souvent nous avons tremblé pour la
staLîlité de Ja monarchie. L'exemple du pas5é n'é-
toit pas propre à nous rassurer ; et Fincapacité mi-
nistérielle, qui a amené le 20 mars, est assez riche
encore pour faire redouter des événemens equiva-
îens. Nous l'avons dit quelque part : nous aimons
les fautes , parce cju'elles profitent toujours à
quelqu'un. Les fautes des patriotes exclusifs sont
assez graves pour compenser les fautes des minis-r
très : c'est beaucoup ; et les hommes monarchi-.
ques, toujours en butte aux uns comme aux autres,
acquérant de l'expérience par le rôle d'observa-
teurs auquel on les a réduits, de l'intérêt par la
persécution qui les poursuit, reprennent Tasceù--
dant qu'ils n'ont pu perdre qu'à l'époque où on
s'étoit arrangé pour les calomn>.'r sans qu'ils pus-,
sent répondi'e : le Consen^ateur existe, et la France
s'en aperçoit.
Le 2 de ce mois, la discussion s'est ouverte à la
Chambre des Pairs sur la proposition relative aux
modifications dont seroit susceptible la loi des
élections; le nombre des votans étoit de i.53; 5:j
voix ont été pour proclamer que notre situation
est si parfaite qu'il n'y a rien à améliorer 5 98 voix,
au contraire, ont voté pour des améliorations.
Aux termes de l'article XX de la Charte , la réso-
lution qui, par le vote de la majorité, est devenue
le vœu de la Chambre des Pairs, sera envoyée
dans dix jonrs à la Chambre des Députés.
Le résultat de toutes les menaces iud:écentes
faites contre Tindépendauce des pouvoirs de la
société, a donc été d'augmenter le nombre des
votans en faveur de la proposition de M. Barthé-
lémy. Cela pouvoit-il être autrement dans une
Chambre composée de l'élite de la nation? Est-ce
que les Français dignes de ce nom reculent devant
des meuaces ; et les fonctioûs politiques n'oat-elles
pas aussi leur courage et leur point cl honneur?
Si le ministère ctoit assez i.'ipruclent pour faire
une fournée de pairs , il est probable que les der^
niers venus se ti'ouveroient accablés sous le poids
dc3 combinaisons qui les auroient appelés, et qu'ils
resteroiont seuls pour former une niinorilé tou-
jours distincte. L'opinion publique est une puis-
sance avec laquelle on ne compose pas.. Qu'on
renonce aux petites considérations mortelles pour
les assemblées politiques , qu'on avance avec calme
dans la li^ne du devoir, on trouvei'a que le mou-
vement révolutionnaire actuel, la féodalité et le
pouvoir absolu sont des fantasmap^ories, et qu il
n'y a de vivant dans notre nation que l'amour de
la royauté et de la liberté.
J. FlÉVÉE.
MÉLANGES,
T)ans une société nombreuse où on discutolt la pro-
position de M. le marquis Barthélémy, la majorité
s'est beaucoup amusée d'une nuance d'opinion remar-
quable entre les opposans : les uns vouloienl faire re-
culer les partisans de la proposition en annonçant que ,
dans certaines provinces, la cocarde blanche étoit de-
venue verte, que le drapeau blanc éloit déjà couleur
de sang, et qu'il y alloit avoir des insurrections partout.
Les autres, qui ne veulent ni d'insurrections, ni de
menaces d'insurrections parce que cela peut faire peur
à d'autres qu'aux royalistes, nioient tout mouvement,
tout changement de couleur ; mais ils en appeloient à
l'opinion public[ue. Les premiers sont accoutumes à
marcher avec les révolutions , les seconds avec des
intrigues.
— On assure que ceux de Panlin sont pour un chan-
gement dans la loi des élections, que ceux de Saint%
Ouen sont contre, et que ceux de Bagnolet sont
neutres ; nous n'osons affirmer des nouvelles aussi
importantes. Mais nous pouvons répondre que ceux
( 494 )
fie la Bourse ont cric comme si l'ascendant de la prc-
priëtë étoit le renversc.'.ent nécessaire de l'oligarchie
financière- Les fonds publics ont baissé à la fin du mois
à Paris et à Londres, et par les mêmes causes, c'est-
à-dire parce que les emprunts sont plus nombreiix en
3£urope que les capitaux, et que les fins de mois sont
une époque où le crédit se réalise en écus. Les fonds
publics ont remonté au commencement de mars à
Paris; on s'y attendoit, parce que , pour les tenir en
baisse, il en aurolt plus routé aux seigneurs féodaux
lie la trésoreiie que pour les maintenir en hausse, il n»"
a toujours quelque chose de rassurant en politique avec
ceux qui ont quelque chose à pC'dre ; car enfin on est
de son siècle : on tient beaucoup à ses opinions , mais
on tient plus encore à ^gner de l'argent. Heureuse
combinaison! qui fuit sortir une certaine modération
d'une certaine rupidilé.
— Le dernier Numéro de la Minerve nous annonce
une grande nouvelle : k Mercredi soir , A 1 issue du
» conseil des ministres , M. le général Dessole s'est
»> rendu chez M. Lafille ; une heure après , tout Paris
f> en étoit informé. » La Minen?e ajoute qu'on s'atten—
doit que celte démarche auroil une suite, que cinq
jours se sont écoulés , et que rien ne s'est fait encore.
L.a suite naturelle de celte démarche etoii que M. La-
fitte se rendit^ à son tour, chez M. le général Dcssole ^
afin de ne pas être en arrière de poliiosse avec lui ; et
si M. Lafitte a été cint] jours sans faire porter une carte
de visite, nous concevons rétonncment de la Minen>e.
jNlais qui jamais auroit rensé que /aMirien>e descendroit
à n'être plus qu'un journal d'éliquetle poui la Chaussée-
d'Amin ?
— On dit qu'on a formé nne école à la Lanraster
dans une chambre basse du ministère de l'Intérieur»
' pour y donner des leçons d'administration à la mode
aux préfets et aux sous-préfets nouvellement nommés ;
on ne pouvoit appliquer plus à propos h découverte
de l'enseignement muiuel. On a promis de nous com-
muniquer les leçons ; nous les publierons, afin qu'il
y ait des préfets et des sous-préfets tout formés quand
les autres n'en pourront plus.
( 495 )
— Les Etais-Unis d'Amérique ont toujours con-
servé une profonde reconnoissance pour les souverains
de l'f'urope (|ui les ont si puissamment aidés à obtenir
leur indépendance. Dans un dîner donné à Paris, pour
célébrer ranniversaire américaine , dîner où se trouvoil
le héros des Deux- Mondes , un docteur a porté le toast
suivant : « Aux jeunes républiques de l'Amérique du
j> Sud ; succès à leurs efforts. » Ceci est un remercî-
ment à l'Espagne. En voici un plus expansif , contenu
dans un toast porté par le colonel ()-Connor : •' A la
M propagation des institutions républicaines ; à la des-
)) truction de la tyrannie et de ['aristocralfe dans tout
M l'univers. »> Peut on être plus lil)éral? Si les Fran-
çais qui sont à Philadelphie, en célébrant l'anniversaire
de la rentrée des Bourbons en France, s'avisoient de
boire à la destruction de toutes les républiques, on
crieroit au scandale, et on auroit raison ; mais on ne
trouveroit pas en Amérique un seul journal qui voulut
l'imprimer. A Paris, on n'est pas si difficile; le Journal
du Commerce s'est chargé de transmettre le vœu hos-
lile t\es patriotes an.éricains aux patriotes exclusifs de
l'univers. J. F.
C'est par inadvertance qu'en annonçant avec éloge , <lans
notre Herniiîre Livraison, ia Héponse d\in Hnjalifstc à fccrit de
M. Bcniainin Constant^ on a néglige' de dire fju'elle se vendoit
26 centimes, chez le Normant et les principaux libraires du
Palais-Royal. I.e succès toujours croissaHt de cette Réfutation
nous engage à réparer celte omission.
— On vient de mettre en vente les ouvrages suivans :
Tlie Kitiii, cun do no IVrong: Le Roi ne p.-ul jamais avoir tort ;
le Roi ne peut mal faire. Par IM. lMari;;nic, ancien inspecteur'
général de l'Instruction publique, pensionnaire du Roi. che-
valier de Tordre royal de la Lét;ion-d'Hui.neur. Broch. in-8°.
Prix : I fr. 5o c. , et i fr. 78 c. par la poste. A Paris, chez le
Normant, rue de Seine, n° 8, et quai de Conii , n° 5.
Mémoires hisioriques relatifs à la Fonte et ii V Elévation de la
Statue écjuestrc de Henri IV sur le tcrrc-plein du Pont~Neuf, a
Paris, avec des gravures à l'eau-forte repre'sentant l'ancienne
et la nouvelle Statue; dédies au Roi par M. Ch. J. I-aloiie,
conservateur des monumens publics de l'aùs. Avec cette épi-
graphe : Cii'ium pietas restituit. Un vol. in-8'' de ^oo pages, br.
Prix -. 8 fr. , et 9 fr. 5n c. franco. A Par'S, chcï le Normant,
rue de Seine , n*^ 8 , et quai de Conti , n° 5.
Cet Ouvrage, publié par ordre de S- Exe. le ministre sq-
^ ( 49'^^ )
crélaîre d'Et.it de l'inlërleur, comprend : i» une Inlroduction
où l'on jefte un coup d'oeil rapide sur l'art de la Fonte chez le»
anciens, sur les Statues anciennes et modernes, avec un Aperçu
de la renaissance de l'art en Italie; 2 l' Histoire de la première
Statue de Henri IV; 3" enfin celle du Monument qui a été
dernièrement élevé à ce Prince par le-vœu et les dons de tous
les Français. — L'Ouvrage est suivi d"un Appendice qui ren-
ferme toutes les Pièces officielles rclativ s à !a Souscription . à*
la Fonte et à l'Elévation de ce Monument . ainsi qu'aux Céré*
monies dont il a été l'occasion. Il est terminé par la Liste géné-
rale, par Département et par ordre alphabétique, de tous les
Souscripteurs qui ont concouru à son rétablissement.
AVIS.
Les Personnes dont la Souscription finit
avec le tome second (26^ Livraison), et qui
sont dans l'intention de souscrire pour le
troisième volume ^ sont invitées à vouloir bien
faire parvenir leur renouvellement dans le
courant de mars , si elles veulent éviter tout
retard dans l'envoi de leurs Livraisons.
Les Souscripteurs des départemens sont
aussi priés, pour prévenir toute erreur,
d'écrire 'leurs Jioms et leurs adresses bien li-
siblement, et surtout de ne pas oublier, comme
cela est arrivé plusieurs fois, d'indiquer le lieu
de^ poste par lequel ils sont servis.
On ne peut souscrire que du commencement
dun volume.
La première Livraison du troisième volume
paroitra dans les huit premiers jours d avril.
Le prix du troisième volume est de i!^fr.
pour- la souscription.
Les lettres et l'argent doivent être adressés,
franc de port , à M. Le Normant,fds, Editeur
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de VJiglise chréliennc , dxfncis l\-lablissement de son eu/le just/u'à nos
jours; corittnanl l'cxpliralion historique et détaillée des fet.s, céré-
monies cl piieresde 1 K, -lise chrétienne; l'origiue elles ca\ises <!e leur
iristilnlion et créalion; Télyniologie des mots on noms (jn'on leur a
donnes; la significallcn des vases, ornemens, lieux et autres objets
qui servent à la célébration du culte divin; ainsi qiie la dislinclion des
dignités et fonctions des m nislres de la reIi;.;ion chrélienpe. N uvelle
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L. A. Venrlel-Iiejl, pr-fesseur af,rér,é au collège royal de Charle-
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envers , des plus beaux ]\joreeau\ des Auteurs latins anciens; .avec des
modèle^ d"exercic«^s par Gicéron . Quinlilien, Au!u-Geile, Rollm, etc.;
à l'usage de tous les élablisseniens d'instruction, publics el particuliers ,
pour les classes de troisicme, seconde et rhétorique, des élèves des
érobs niili:aires et spécia'es, des éludians en droit, en médecine, et
en général de tous ceux qui auroienl besoin de réparer des études
néglirées. ou de s'entrefi-nir dans la connoissance de la langue laline.
Par M.Noé'l, chevalier de ia I.égion-d'Iîoiineur, inspecteur général de
rUniver.'ité royale de Frmce . et M. de La Place, professeur d'élo-
quence laline à la Faculté des Lettres de l'Académie de Paris. INouvtlle
édition, corrigée el augmentée. Deux vol. in-b°. Prix : 10 fr., et
12 fr. 5o c par la poste.
£,e Génie de la lièuolulion , considère dans V Education , ou ^iémoires
pour servir à THi^icire de r.nsirtiction publique, depuis 1789 )us(ju à
nos jours, contenant l'exposé des efforts de 'a philosophie du iS*^ siècle
pour anéantir le christianisme. Trois vol. ;n-8o, dont un vol. de pièces
just.ficatives. Prix : 18 fr. . el 22 fr. 5o c. par la poste.
Jiphi'mèrides loliiitjues, Zitti raircs et Jîeligieuses , préscnîant, pour
chati.'ii des jours de l'année, un tableau des événemcns remarquables
qui datent de ce même jour dans rhi.-.toire de tous les siècies et de tous
les p.iy.N. jusqu'au i^' janvier 1812. Troisième éditif n revue, ( orrigée
et con.idérableuient augmentée. Avec cette épigraphe : <• hx cjiio sit
i> Juclo qua'c/uf noiata dies. » OviD. Jast. Douze vol. in-8". Prix : 48 Ir.,
el bo f I . p.:r la poste. -" " -.-^ "7;- -t- ''.;i
fiistoire de la Campagne de i8i5, ou Histoire politique et militaire
dcTinva&'on de la France, de l'tntreprise de Euonaparle au mois de
mars, de la (bute totale de sa puissance, el de la doub'e restauration
du tiône , jusqu'à ia si coude paix de l'ari», inclusivement : rédigée sur
des matériaux 3uî!ienti(|ues ou inédits; par IVL A. de Bcaucliaiiip Deux
iorts volumes m-8" 1 rix : i3 (r. 5o c , et 18 fr. 5o c. par la poste.
ia première p.irlie de cet ouvrage, comprenant rHi^loire de la
Campagne de i8i4, dont la seconde édition a été publiée il y a environ
trois ans, forme au-.si deux f.irts ^ ol. in-8". Prix : i3 fr 5or. ,el 18 fr.
5o c. par la poste. — Las deux ouvrages se vendent eusemble ou sépa —
ae lônro/ie.'
I oo /. '^^ n/frf^re ta.
^e / '^n//i/Tf}feru: fU ^e J^é^of^nafif.
«\n;t«I^VVVVVV>AX>VVVV'VVVva'V\'VVVVVVVa\WVVVVVVVV\iVV«VM>VVVVtM/VVVVVVVVVUVM\VvVV«WVV^
LE CONSERVATEUR.
Extrait des Archives Politiques (i).
(IP Article.)
Auras-tu donc toujours des yeux ponr ne point voir?
Racine , Athahe.
Du Choix des hommes.
« Quel est potir les gouvernemens, à ne con.«i-
flërer qu'eux seuls, leur premiei-, leur plus grand
intérêt? A coup sur, c'est de duror. J'ai peine à
croire que le premier intérêt d'un gouvernement
soit d'avoir, au besoin, des compagnons d'infor-
tune. Si j'avois un grand pi-ocès à soutenir, j'en
chargerois , non l'avocat qui me promettroit d'eu
venir pleurer avec moi la perte, mais celui qui me
paroîtroit le plus capable de me le faire gagner;
et si , pour niarclier, il me falloit un appui , je
choisiroisj non celui quidevroit tomber avec moi ,
mais le plus solide et le plus fort , clui-il demeurer
debout après ma chute. » ( Novembre. Tom. II,
pag. 6i. )
« Vous parlez d'hommes qui ont servi l'Etat,
qui n'ont point engagé leur destinée sous d'autre
bannière que celle de l'Etat, et qui sont prêts à
Lien servir un gouvernement dont la marche sera
conforme aux intérêts de l'Etat, qui sont les leurs.
Mais ces hommes-là n'existent pas, ou ils sont eu
si petit nombre, qu'ils ne peuvent procurer au
gouvamement une force suffisante. Où voulez-
vous donc qu'il prenne ses a-gens? » ( Pag. 6.). )
(i) Voyez la 19* Livraison du Conservateur.
Tome II. — 24*^ Livraison. 3a
( 49B )
!( Quelle pauvreté que de scruter les antécédens,
et de classer ces hommes par leurs situations pas-
sées 1 Ils oublieront ce qu'ils ont dit et ce qu'ils ont
fait, pour dire et pour faire ce quon leur deman-
dera ; et ils seront dévoués et fidèles , parce qu'on
est sans peine dévoué à ce qui est fort , et fidèle à
ce qui doit vivre. » ( Pag. Q5 et (^C^. )
« S'il est reconnu que tels et tels hommes ont
appartenu à tel ou tel parti, et lui appartiennent
encore, faut-il les lui abandonner sans retour?
Ces hommes sont fort disposés à se donner pourvu
qu'on les accepte sans hésitation. « ( Pag. 67 et 68. )
« Loin doîic de repousser de tels hommes, il
faut les rechercher et les recevoir précisément à
cause de leurs antécéden.s et de leur 'nom. Que
serviroient des hommes insignifîans contre qui,
mais de qui aussi il n'y auroit rien à dire, dont la
présence ne repousseroit, mais n'attireroit per-
sonne, et dont la conduite, terne comme leur nom,
iie feroit faire à l'autorité aucun progrès en force
et en crédit? Ce n'est pas ainsi qu'elle peut s'af-
fermir et s'étendre 5 il lui faut des choix et des
noms significatifs y quilui apportent qiielque profit
en échange de ce qu'ils reroivenl d'elle. Alors elle
pourra, sans que personne s'en offense, travailler
à former, de ses propres mains, des hommes nou-
veaux avec qui elle n'aura point de transaction à
iaire, et qui n'auront, pour bien servir le gou-
vernement et leur pays, qu'à suivre leurs pen-
chans, leurs opinions, leurs habitudes, et forme-
ront, autour du pouvoir souverain, une masse
homogène de fonctionnaires habiles et dévoués. »
(Pag. 69 et 70.)
De ^Initiative royale pour la proposition des lois.
« 11 est bon, il est conforme à l'intérêt du gou-
vernement, comme de la société, que la majorilé
( 499 )^
«les Cliambres, tout en marchant de concert avec
lui, tout en lui demeurant loyalement unie, le
devance dans l'occasion, et lui fraye la route en
la lui indiquant. » ( Décembre. Tom. II, p. 187.)
« Le modepar lequel la loi ( sans l'initiative du
Roi) naît au sein de la Chambre, dérive d'une
nécessité permanente, cjui a sa cause et puise sa
force dans la nature des institutions même , et
comme les nécessités , dont la cause est intérieure
et permanente , sont plus puissantes quo celles
dont la cause est extérieure et variable, je suis en
droit de conclure que le second mode d'initiative
( par la Chambre) doit prévaloir sur le premier.
>» Et loin que par là la Charte soit violée, elle
sera accomplie : à niesure que les institutions por-
tent leurs fruits, leurs racines s'ezifoncent.
5) Etplus tôtnous secoueronsle joug àes nécessités
passagères i plus tôtnousnous mettrons en posses-
sion de notre gouvernement,
« Toutes les distinctions entre l'initiative di-
recte du gouvernement et l'initiative indirecte des
Chambres, proviennent uniquement de ce que
l'exercice delinitiative a été considéré sous un point
de vue étroit, et comme si le premier de ces deux
modes devoit subsister seul et a jamais. Toute
proposition qui vient delà majorité des Chambres,
est l'initiative du gouvernement. » ( Février.
Tom. II, pag. 4*^1-)
« C'est là la Charte , non pas telle que quelques
personnes la croient faite, mais telle qii elle se Jera
elle-même. » ( Pag. 4^2. )|
Uylrmée.
tf Une armée perman-ente est nécessairement
une société particulière, qui a s^s intérêts, son
esprit et ses mœurs. « (Mars. Tom- III, pag. 06.)
« C'est un fait nouveau, un pliénomène inouï.
32.
( 5oo )
que celui d'une grande ai'inée permanente entre
les mains du gouvernement, au milieu d'un peuple
libre. L'antiquité, non plus que les temps mo-
dernes, n'en offre aucu^^ exemple j et qu'on ne se
rassure pas légèrement pour le compte de l'avenir :
rinsouciance est commode, mais elle n'enfante pas
la sécurité. » (Février. Tom. II, pag. 4^^9' )
H II est temps enfin de comprendre que l'armée
est à la patrie, et non la patrie dans l'armée. »
(Juillet. Tom. l", pag. lo. )
a La puissance morale qui crée l'armée, ne peut
renoncera tout droit sur elle; car elle affranchi-
roit par là une force matérielle qui doit toujours
lui être soumise. » ( Février. Tom. II , pag. ^']0. )
« De ce que la loi crée l'armée , il suit que c'est
l'Etat qui la donne r c'est là ce que le souverain ,
l'armée et l'Etat lui-iy^éme ne doivent jamais avoir
le temos d'ouLlier. » ( Pag. 47^- )
-( Le sûreté de l'Etat est un mot magique ; avant
tou*' il faut être.» ( P^g. 47^. )
rt Les gouvernemcns fondas sur le droit divin
apportent le plus grand soin au r^aintien de ce
principe : lois, cérémonie,?, langage, tout de leur
part tend à le rappeler et à le fortifier. Les socié-
tés, fondées sur des principes différens, seront-
elles moins prévovantes , moins soigneuses ? »
(Tom. II, pag. 471.)
La Liste civile
{( La liste civile est votés en fait tous les ans ; cri
ne pense pas qu'elle soit tour les ans remise en
question. Mais la Chambre des Députés peut sans
doute, virtuellement et chsque ^^nnée, rayer ou
déduire cette dépense , en refusant les impôts qui
doivent la couvrir. » ( Tom. II , pag. 477- )
« Si le droit est réservé aux Chambres de voter
ajnnuellement les fonds affectés à celte charge
( 001 )
permancnle . c'est afin de leur assurer par là et la
garantie de leur convucation annuelle , et un
jiioven réguli r cratteiiidre rinfluence légitime
qui leur apijar:,'c/it dans la conduite des affaires
publiques, w ( IV.g. 47^- )
« Les CbamLres peuvent donc , à l'occasion du
budget, demander qu'une loi nouvelle soit subs-
tituée à la loi existante , si elles pensent qu'on
pouîToit satisfaire à meilleur marché aux besoins
publics. Le budget leur garantit que le goiwerne-
ment sera obligé d'avoir égard à leurs représenta-
lio.-.s. )) (Pag. 479. )
Le Conseil d" Etat.
H A coup sûr le gouvernement impérial n'avoit
pas été conçu au profit et dans le système du gou
vernement représentatif 5 mais il avoit du moins
donné à la France ce qui lui manquoit^ même
avant ses troubles, un gouvernement. » ( Avril.
ïom. III, pag. 129. )
(( Dans les temps où la puissance spirituelle
avoit tout envahi, personne ne savoit ce qu'elle
étoît; ou ne l'interrogea sur ses droits que lorsque
le cours des choses lui eut enlevé une bonne part
de ses usurpations. 11 en est de même aujourd'hui
du pouvoii administratif • la monstrueuse extension,
du conseil d'Etat a long-temps obscurci sa nature.
Prenons garde que cette extension ne finisse par
lui attirer le sort dont la puissance spirituelle est
aussi menacée. » ( Avril. Tom. III, pag. 129,
mai, pag. 227. )
Triomphe des Principes.
(( Pourquoi les catholiques exigèrent-ils l'ab-
juration d'Henri IV? jNe pouvoient-ils^pas se con-
tcnterde touteslcs garanties individuelles, places^
( 502 )
rajigs , faveurs , qu'il leur eût sans doute ofl'eits?
Que lalloit-il de plus à Villars, à INIaveune et à
tant d'autres? Ce qu'il leur falloit? Zc
triomphe du parti, qui étoitLien autre chose <jue
celui de ses membres : un parti résidci, non dans
les hommes, mais dans les principes communs, et
dans les intérêts qui ojit rassemblé ces hommes.
Henri IV, Sully, Duplessis-Mornay, INlavenno,
d'Epernon, tout cela îi'étoit rien; la question
ii'étoit pas entre (u\',elle éloit entre deux sys-
tèmes d idées et dinlérêt. » ( Juin. Tom. III ,
pag. 893 et 390. )
« Bien des hommes ont renoncé , pour Buova-
parle, aux principes cpiiis avoient professés long-
temps jet, ccpendîuit, ces principes se retrouvent
aujourd'hui plus énergiques et plus féconds qu'ils
ne l'étoient au moment où tant d individus ont
déserté leur cause : cruelle preuve plus évidente de
l'indissoluLle lien qui les unit? » ( Pag. 390. )
« Qu'on se i'avoiie sans détour : en tant que
deslruclive j la révolution est laite; il n'y a pas à
en revenir : en tant ([nejofidalrice, elle com-
merice. L'empêcher de poursuivre cette œuvre nou-
velle, seroit lui faire croire quelle a encore (jucique
chose à détruire. » ( Pag. 89 j. )
a La société est actuellement eu France dans
le passage de la dissolution à la reconstruction
future, de la mort à la vie; et c'est par l'énergie
et sous l'influence des principes révolutionnaires
que cette reconstruction delà société peut et doit
s'opéi-er. L'ancienne France a contre elle un fait
qu'il faut Lien compter pour quelque chose, c'est
sa chute; il me seuiLIe que la mort est un assez
bon symptôme de maladie. Quelques hommes
attribuent le mauvais succis de ces principes à
l'exagération ; ils font passer les faits par les ^ crges
des principes, qui n'ont point passé eux-nu''ines
par les verges des faits : l'exagération de la vérité
( 5o3 )
est impossible. » (Tom. III, pag. 4oi et pag, ^o^.
Juillet. Tom. IV, pag. '5'j et 49- )
« La royauté s'est établie au sein des résultats
irrévocables de la révolution; la révolution sait
très-bien qu'elle no peut s'étabJir qu'au sein de la
monarchie : leur alliance est élcrnelle. w ( P. i4^- )
« En i8i4, on n'a pas réussi; le 20 mars l'a
prouvé. » (Pag. i44-)
« Il s'en faut beaucoup que le système consti-
tutionnel soit pleinement maître du présent et
assuré àe l'avenir. Il n'y a pas deux systèmes cons-
titutionnels '. l'un, timide et mutilé; l'autre,
large et ferme : ce que celui-ci exige , ce n'est pas
que la Charte j'o/Z 7?iiVe en serre chaude. » (P.i44-)
« En 1^89, il falloit conquérir; aujourd'hui,
il faut s'établir au sein des conquêtes; et mainte-
nant que le pouvoir jeune et nouveau est oblige ,
])OUT se créer hu-niénie j de demander les instru-
niens et les moyens d'action dont il ne sauroit se
passer, le parti constitutionnel doit trouver dans
cette situation de quoi obtenir beaucoup. JNous
vivons à l'une de ces époques où , par les transac-
tions t se font les grandes conquêtes. » (Pag. i47
et i56. )
Siècle de Louis XI K.
« Aucune action ne se fit alors en conscience ;
l'homme fut double, et ses démarches presque
indépendantes de sa raison. On faisoit des fautes
sans entraînement, onremplissoit des devoirs sans
vertu. Aucune exagération n'étoit excusée par
aucun enthousiasme : les prêtres étoient intolé-
ranssansétre croyans; la noblesse faisoit la guerre
sans tenir à la gloire; le trône n'étoit pas respecté,
mais on renceusoit. La gloire , la religion, la pa-
irie, tous ces sentimens étoiont ignorés; la reli-
gion étoit insultée et pratiquée , et , de peur des
( 5o4 )
préjHgés , nn se passoit de conviction. » (No-
vembre. 7'oin. V, pag. 28, 29 et 3o. )
« Louis XIV a été, par ses lois civiles, le fon-
dateur involontaire de l'égalité. La liberté étoit
presque partout, et les principes de la liberté
nulle partj et, s'il étoit raisonnable et possible
d'imposer une responsabilité à quckjuun pour les
fautes du dix-liuitiènie siècle , ce devroit être à
ceux qui, chargés de maintenir l'ordre public,
ne lui ont donné aucune base, ont fait vivre une
grande nation au jour le jour pendant cent ans,
n'ont fourni aucun aliment à son activité, aucun
principe politique ou moral à son affection j n'ont
laissé subsister ni droits à défendre , ni devoirs à
remplir pour aucun de ses citoyens. Enfin , si , de
nos jours , la nation a dû s'applaudir de revoir un
Boi consacré par ses souvenirs , elle n'a pas pour
cela changé sa composition actuelle, ses habitudes ,
et elle n'a pu faire autrement que de rester la
même. Ouvrons ies 3'eux, observons tout autour
de nous, et nous reconnoîtrons quil ne s'agit pas
de traiter une question , /nais de constater un ac-
cès. )) ( Tom. IV", pag. 2û4 , aoi et 21 1 . )
{^U indignation du lecteur a déjà fait , sans
doute , justice de ces principes. Mais il nous reste à
signaler, dans un troisième et dernier article , ce
(lu-e cet ouvrage ojjre de plus révoltant. La publica-
tion en est aujourd'hui suspoidue. Mais quon ne se
trompe pas sur le motif : le libraire annonce que
c'est seulcmejii à cause de la nomination du prin^
cipal rédacteur, M. G t, à une grande place
qui ne hii laisse d'abord aucun loisir. On promet
pourtant aux- souscripteurs qu'il reprendra son.
travail aussitôt qu'il sera déblayé de ses premières
ccciipalions.)
( 5o5 )
Suite du Développement des Principes royalistes
au 0.0 janvier 1816 (i).
(III' Article.)
Nous ne jetons un regard sur le passé que pour
y puiser des leçons pour l'avenir, et nous voulons
placer entre lun et f autre un mur d'airain, yiinsi
nous entendons que tous les intérêts créés par la
révolution j qui sont finis :, soient irrévocahlement
assurés. Nous maintiendrons l'abolition des pri-
vilèges et des ordres privilégiés , comme corps po-
litiques , V égalité des droits, et V admission dans
tous les emplois , la liherlé des cultes, l aliénation-
des propriétés , opérée dans le cours de la révolu^
tion, quelle que soit leur origine ; mais nous n admet-
tons plus dans l'avenir l'application des principes
qui ont créé ces intérêts , et nous les regardons
comme destracteurs de tout gouvernement (2)-
Ces lig-nes ne renferment-clîes donc pas en fa-
veur de la révolution tous les sentrnens paciflques
et généreux que la religion, le bon sens et le be-
soin du repos peuvent inspirer liumainement à des
cœurs droits, à des esprits justes, à des Français
instruits par trente ans de malheurs? Voilà tout ce
que vouloient ces hommes, Télite et l'honneur de
la France; voilà tout ce que vouloit cette lEhanibre,
que Sa Majesté a caractérisée à jamais dans l'his-
toire; voilà ce que veulent, ce que voudront tou-
jours les débris de cette phalange française de
181 5, quelque acharnement, quelque fourberie,
quelque manœuvra que le sjstème ministériel et
révolutionnaire coalisés emploie pour les décimer
annuellement.
C'e'toient là les mobiles généreux qui faisoicnt
(i) Voyez la 21' Livraison du Consen>ateur.
(s) Voyej le Journal Génétél, 25 mars 1816.
( ôoG )
ri'p^JKlrc sj)onlnii<'nH'nt(;clleClianil)re///?/oia'r/Z?/<r
cl (nulc pensée qui aveitissoit l'élévation de ses
aracs, !ic,i^ ardent amour pour le bien piiLiic, et la
jnonarcliie légitime qui en est Taugiisle garantie.
C étoient là les chefs de lile de cette phalange,
dont un de îios modernes gens d'Etat demandoit
5.i naïvement les noms : « \ous «c pouvez pas les
)) connoîtrc, lui répondit un homme de bien j
5) nos chfis de file ne s'appellent pas des doctrines,
» ils s'appellent des priiicij'.es. » Sousla prétendue
terreur ue i8jÔ,les révolutionnaires vo voient avec
4ésespoir la monarchie légitime, appuyée sur l'a-
mour et la confiance des Français, au moment de
devoir son salut à la restauration de la religion,
des institutions monarchicjues , au rétablissement
<ies bonnes lois et des bonnes mœurs; enfin, à
l'accomplissement des i^iteutions paternelles qu'a-
voit exprimées 8a Majesté dans la séance royale
«lu j octobre 1810, quand elle avoit dit : « Faire
)) refleurir la religion, épurer les mœurs, fonder
)j la liberté sur le respect des lois, guéiir les
» blessures qui n'ont que trop déchire le sein
» de la patrie, assurer la tranquillité intérieure,
)) voilà où doivent tendre tous nos efforts. »
l'ous les vœux de ces homm.es que les révolu-
tionnaires appellent aujourd'lîui les terroristes de
i<Si5, répondoient aux vœux de SaMajcsté, Tous
nos cœurs répoiidoient au sien 5 car les gens de
bien qui composoient la majeure partie de la mi-
norité de celte ChambrC; avoient les mêmes prin-
cipes l'cligieux, monarchiques et français; le mode
d'application de ces principes vint seul établir une
difloreuce dans les opinions, mais non pas dans les
intentions; et n'est-ce donc pas cette conscience,
n'est-ce donc pas ce lien secret qui a perpétué
parmi nous la réciprocité d'estime et de bieuveil-
ir.iice qui nous honore également?
3Scu5 Aoulious tous ne jeter un r( gurd sur le
( ^07 )
passé que pour y puiseï' des le(;.ons pour l'avenir :
nous voulions tous placer uu mur d'airaiu entre
le passé et l'avenir, entre la révolution et le trône
des fils de saint Louis. JYous entendions, avec tous
les gens de bien, que les intéréls créés par la ré-
volution , qui sont fltiis , fassent irrévocablement
assurés ; mais, comme eux, nous ri admettions plus
dans l'avenir Vapplication des principes qui ont
créé ces intérêts , et nous les regardions comme
destructeurs de tout gouvernement.
Des intentions aussi louaLles furent secondées
par l'opinion de toute la France : j'en atteste les
téniolgnag^es non suspects des conseils généraux,
des conseils d'arrondissement de nos départemens,
c[ui tous nous ont adressé des éloges et d^a reincr-
cîmens , bien moins sans doute en faveur de ce
que nous avions fait, qu'en faveur de ce que nous
avions montré la résolution de faire pour notre
Dieu, notre Roi et notre clière patrie. La cause
de la révolution étoit jugée; celle de la religion
et de la monarchie étoit à jamais triompîiante.
Mais les révolutionnaires avoient partout, dans \e.
gouvernement, des prolecteurs et des complices.
Tout ce qu'il y a d'hommes pervers en Francw
fut averti de ne pas désespérer. La ligue contre 1<'
bien public se forma dans l'absence des lois ta fair(^
et dans le silence des lois faites 5 et c'est du scia
même du ministère que partit le décret télégra-
phique pour que la révolution continuât. Le jeu)K;
système ministériel et la vieille révolution .s'uni-
rent sous les yeux de la crédulité trompée , qui ne
voulut rien voir. La révolution n'est pas comme
la monarchie; elle ne croit pas sur parole. Le sv-s-
tème , son tVdéré, lui donna tout ce qu'il avoit de
gages disponibles. De peurque les révolutionnaires
ne prissent pour un manquement de foi la loi du
28 octobre , le système la lit suivre immédiatemenî
4'unc circulaire, qui acquit par sa publicité un
( 5o8 )
caractère éminemment fraternel. La calamité Je
la mort tlu maréchal Ney n'affecta point les révo-
lutionnaires ; la révolution, le système et l'armée
ne faisoient pas cause commune ; mais le 2i dé-
cemLre , INI, de la Valette, personnage civil,
trouva , dit-on , le moyen de s'évader de la Con-
ciergerie. Toutes les classes révolutionnaires ont
lait hommage au système de cette marvjue incon-
testable d'amitié. Cette première campagne de la
coalition fut terminée par Tordonnsnce au 5 sep-
tembre. La Chambre que la France avoit procia-
mée introuvable, d'après les paroles de Sa ^Majesté,
fut dissoute. Incontinent, le système sourit à ces
hommes étrangers avjc remords , que. !e pardon ne
f^eut attendrir , que la clémence offense ( loi sur la
iberté individuelle). Le même ministre qui les
avoit foudroyés en paroles le i8 octobre, s'em-
pressa de lever leur surveillance, et de les envoyei-,
quel que fût i'éloignement , exercer leurs droits
politiqties, dans leurs domiciles respectifs. Il faut
flire^ à la louange de ces hommes , qu'ils s'éton-
nèrent d'une protection et d'une bienveillance si
iïie5|>crées. L'inconséquence et le scandale de
cette mesure ne s'expliquent que par le coupable
intérêt que la révoluticn et le système unisavoieut
a ne pas revoir face à face des gens de bien qui ne
connoissoi«^nt qu'un Dieu , qu'un Koi , (|u'uue
conscience et qu'un drapeau.
l^es intérêts de la monarchie sont ceux de la
France et de rEurone, sont ceux de l'ordre social
tout entier : aucun homme jiaisible, aucun lionime
lionnéte n'en doute. Tous les élémensdti désordre,
cju'on appelle intérêts révolutionnaires, sont in-
compatibles . avec la sûreté , l'affermissement ,
l'existence du trône légitime. La coalition gouver-
nante et d:ri<ïeante no l'a jamais ignoré: car eij<;
e^t plus pcrlide encore qu'elle n'est inepte.
i-oin de laisser s'élever le laur d airain que la
( ^"9 )
Charte avoit posé entre la révolution et le trône^
les coalisés ont tiré le vieux char de'k liberté des
hangards où il pourrissoit oublié 5 ils l'ont repri-
voisé de ses odieuses couleurs. Ce cliar, armé de
faulx, tout restauré, tout attelé, tout monté de
conducteurs et de sagittaires , semble n'attendre
plus que le signal à l'entrée de la aouvelle voie
Apiîienne, dite aujourd'hui voie Libérale; mnis ce
ne sont que des ambitieux sans génie ^ des doctri-
naires sans principes , des philosophes de l'école
de Danton, qui ont rouvert cette voie qui n'aboutit
qu'à des ruines ; ils l'ont rouverte de leurN mains :
comme leurs devanciers de 9^, ils la repaveroient
de leurs têtes ! Qu'ils y pensent ! les yeux se des-
sillent, les masqui's tombent, les charlatans sont
exposés à tous les regards sur les tréteaux qu'ils
relèvent : la France, la monarchie, l'Eiu'ope, ea
les apercevant enfin depuis qu'ils se haussent sur
leurspieds , commencent à s'étonneret à s'indigner
de voir quels sont et combien sont ces fiers pala-
dins de la liberté et de la sapience, qui n'ont riea
moins que juré de préluder par les Bourbons à
l'ari-êt sans appel qu'ils ont porté contre toutes les
têtes couronnées légitimement. Voilà les cham-
pions payés des intérêts révolutionnaires; mais ils
ne veulent que des dépouilles; ils ne veulent pas
de sang; et leur manifeste tout libéral avertit les
soutiens de la monarchie (jue les horreurs et les
atrocités ne sont nées et ne renaîtront que des
résistances.
Pendant le temps qu'a duré ce que les révolu-
tionnaires appellent la terreur de i8i5, la lutte
entre la révolution et le trône, entre le génie du
bien et le génie du mal, nentroit plus dans les
craintes d'une nation trente ans malheureuse, dé-
sormais lasse et détrompée. INous avertissions ce-
pendant, dès cette époque, et la monarchie et les
gens de bien que le leu n'étoit pas e'teiut, et qu'il
( ^"'0 )
couvolt caché sous dcsceudres toujours brûlantes;
nous disions qu'un revolulionnairc ne sait rcs-
])eclei'que ce qu'il ci a Int. On ne nous croyoitpas :
il éloit encore trop tôt. Que la monarchie et les
gens de bien croient donc aujourd'hui 5 car il est
bien tard. Ce qu'on appelle un philosophe, M. le
marquis de Condorcet, auteur d'une de nos cons-
titutions, disoit en mourant: « Il m'a fallu une
« révolutionpourconnoître les hommes. «Princes
et sujets, pour connoître les hommes, est-il écrit
là haut qu'il ne vous faut pas moins que trois révo-
lutions ? L'expérience seroit donc , comme la jus-
tice, line si belle chose, a dit un de nos Aristo-
iihanes, qu'on ne peut pas la payer trop cher.
Les hommes les meilleurs ne croient pas ceux,
qui prophétisent les malheurs. Il e>st dans le cœur
humain d'aimer mieux espérer que craindre.
Pious prophétisons depuis trois ans avec aussi peu
de succès que la hlle de Priam, La France et l'Eu-
rope croient aujourd'hui aux dangers de la mo-
narchie : les événemens commencent. Le siège
n\'st plus un blocus 5 les opérations souterraines
sont achevées, et c'est en plein jour que le sapeur
révolutionnaire abat le mur d'airain, pour que la
révolution continue sa marche sans obstacle et de
plein pied.
Que ces habiles se souviennent donc d'une
maxime qui a le droit de concourir avec les idées
libérales; elle est d'une date plus ancienne : « Il
» faut considérer avant d'agir, a dit Balthazar
j> Gracian, c[u'on vous regarde ou qu'on vous re-
» gardera ; il faut savoir que tout se saura ; que
» les parois écoulent, et que les mauvaises ac-
» tions creveroient plutôt que de ne pas sortir. »
(Max. ^j.Qi ). Les parois ont écouté, les mau-
vaises actions sont sorties : toutest entendu, tout
est connu, tout est vu : les faits accusateurs vont
parler.
( 5ii )
La Charte a destine les lois ponr servir tous Ic's
intérêts en France, et ce n'est que pour fouler
aux pieds les intérêts de la inonarchie, et faire
triompher ceux de la révolution, son irréconci-
liahle ennemie , que des pertîdes ont journelle-
ment abuse depuis trois ans de rexécution des
lois.
D'abord, pour désarmer moralement les amis
du Roi et de la monarchie, leurs coinniuns enue-
tnis ont mis en avant le nom sacré de Sa Majesté,
et n'ont pas craint d'établir et d'avancer qu'un
ministre qui parloit n'étoit rien moins que le sou-
verain lui-même. Ils savoicnt cependant , comme
nous, et les conditions du gouvernement repré-
sentatif, et les propres expressions de l'art. i3 de
la loi royale. Mais, pour ai-river à tromper le
monarque, il falloit commencer par tromper ses
fidèles sujets. Ainsi, l'on a rendu suspecte la voix
des hommes qui portoient le plus d'amour, d'o-
béissance et de respect k leur Dieu , à leur Roi , à'
leur pays. Ce n'étoit point assez de rendi-e la voix
de la vérité suspecte, les intérêts révolutionnaires
demandoient une loi pour l'étouffer. La presse a
donc été armée contre les principes religieux et
monarchiques, et l'article ay de la loi, devenu
lui-même la véritable loi voulue, a garanti que
les journaux alloient tous s'ouvrir pour l'attaque,
et se fermer pour la défense. Cependant la France
n'avoit pas du oublier que le chef de la dvnastie
des ministres de lapolice générale avoit demandé
à Buonapaile la diclatm-e des journaux : (( jNon,
» répondit le tout-puissant, il y auroit bientôt
» deux empereurs en France. » En effet, trracî^
à la loi combinée de la liberté de la presse et des
journaux, une puissance ensevelie sortit de terre
à l'opposite du trône, et la révoluiion, la visière
levée, est venue jeter le gant à la monarchie.
Dès lors on a vu sous le rè^nc d'un BuarLon,
( 5i2 )
«ous le règne du Roi très- chrétien , ce que pen-
dant quatorze anr, on n'avoit pas eu du moins la
douceur et le scandale de voir sous l'usui'pateur
lui-même.
On a vu publié, imprimé, répandu avec pro-
fusion tout ce que la haine, la vénalité, l'impu-
dence, l'immoralité, ]a bassesse pouvoient non
pas inventer, mais répéter d'impie , de séditieux ,
d'absurde, 'Ae dégoûtant, de calomnieux contre
la religion , l'autorité légitime , les mœurs, le bon
ordre , e* les gens de bien qui en suivent les pra-
tiques ; Tout ce que l'imagination effrayée peut
offrir d'alarmant à l'homme sage , qui ne veut pas
q'jr /e frein soit c té à toutes les passions 5 en
ï'rf^nce , hors de France, tous les mensonges , les
blasphèmes, les outrages ont été commandés, sou-
doyé» : n'e<assent- ils été que tolérés, n'étoit-ce
pas être compl'ce du crime que de ne l'avoir pas
eryipêché , quand on avoit deruandé et obtenu de
la crédulité publique la puissance du bien et du
mal en promettant pour garantie contre tout abus
sa responsahilité morale ?
La certitude de 1 "impunité suffisoit au monstre
révolutionnaire pour Teucourager à se relever :
mais il lui fallut bien d'autres garanties pour lui
redonner l'audace d'attaquer la monarchie corps
à corps. Le système ministériel ne lui en a refusé
aucune. Les intérêts révolutionnaires avoient be-
soin que la fermeté devînt crime , la vérité une
erreur, la fidélité une duperie; que le serment
ne fût qu'une formule , et que Thonneur se
réduisît au m^pris des périls. Il falloit effacer tous
les souvenirs, calomnier tous les exemples, mettre
en question tous les devoirs , en pratique tous les
attentats, et faire reconnoître au succès le piùvi-
lége de tout justifier : il falloit enfin renverser
toutes les idées reçues du juste et de l'injuste,
changer les principes immuables en doctiincs
( 5i3 )
élastiques qui se pi'êtent à tous les cvénemens.
î/alliance iinplc du système ministériel et de la
l'évolution ne connoît pas d'obstacles : il semble
a\oir dit à sa compagne, le jour de Tunion : « Si
)' c'est possible , c'est lait; si c'est impossible, cela
» se fera. » Le vice a sa vertu, car le svslème à
tenu parole. J'en attc'ste cet acte adulateur et
anti-monarchique , puisqu'il vccoiinoît le £^ou-
vernement de l'ait; cet acte honteux , puisqu'il n'a
paru dans le Bn/lctin des Zo/.v que deux mois après
son existence ; cet acte dont l'armée des cent-jours
a dû être indignée elle-même ; car, je le répète, .ce
n'est pas l'armée qui a trahi, elle a été entraînée
par quelques-uns de ses chefs; cet acte ejitin qui
n a pas de nom, mais qui a bien son motit , et qui^
annule a les jugemens rendus pendant les trois
» mois de l'usurpation contre, les militaires qui,
» fidèles à leurs serm(vis, se sont rendus près de
» Sa Majesté, et lui ont offert leurs services
» militaires qu'il est juste, dit-on, de mettre à
» l'abri de toute recliercho et de toute in([uiétude
» pour l'avenir à raison d'un lait, qui , bien que
)) contraire à la lettre des réglemens , ne peut
» qu'être honorable pour eux; militaires qu'on
» veconnoît avoir encouru la désertion , avant
» quitté leurs corps pour embrasser la cause de
» leui- Koi légitime et pour se réunir à son dra-
» ])eau. »
Mais ce n'étoit encore là que mettre le devoir
en question. La révolution a exigé davantage de
ia complaisance du svstèiiae : il est dirigé par des
lettrés qui ont lu quOxensliein disoit à sou fils :
« Tu ne sais donc pas combien le monde est facile
» à gouverner? » Il en a conclu que, pour con-
duire les hommes, il lui suffisoit de les mépriser
en les jugeant d'après lui-même. Aussi jie s'est-il
occupé, depuis trois ans, qu'à offrir le honteux
Tome II. — 24^ LivHAison. S3^
C 5i4 T
calcul de rambilion , de Fégoïsme et de rîntéiéi
fécuniaire , à tous ceux qui ont l'imprudence de
approcher avant de s'être reconnu une indépen-
dance à toute épreuve. Le macliiavélisme corrup-
teur de ces hommes dont le cœur est sec, dont
l'esprit est petit, et dont l'âme est foible,
s'eft'orce de prouver chaque jour, au profit de la
révolution qu'ils servent, qu'il y a tout à gagner
à être l'ennemi du Roi, et tout à perdre à se mon-
trer fidèle. Ils savent très-Lien qu'à Grenoble y
qu'à Lyon , toutes les autorités civiles et mili.taires
ont rempli leurs devoirs; et quel autre pouvoir
que le pouvoir suprême a donc dit ces mots solen-
nels : (( Justice prompte et sévère? » IMais il falloit
calomnier, persécuter les généraux dévoués • il fal-
lut les punir pour l'exemple. La justice et la re-
connoissance royales venoient d'assurer qu'cH
toutes occasions les comiuandans, les tribunaux
imiteroient l'exemple de ceux de Grenoble et de
ceux de Lyon : c'en étoit fait de la révolution.
« Le l'oible, comme disoit M. le ministre de la
M police en 1 8i5, auroit été rassuré : il seroit venir
J) avec confiance sous l'égide d'un gouvernement
» fort, en qui il auroit vu la volonté et le pou-
» voir de le protéger et de le défendre , de se pvo-
M téger et de se défendre soi-même. Celui qxii ne
» fut qu'entraîné , qu ont pu égarer ces faussas
« doctrines, ces illusions fatales qui ne placent la
» liberté que dans l'anarchie, la gloire que dan.<?
» les ravages, la dévastation, le sang et les larmes,
» ramené par une salutaire crainte, se seroit arrêté
» sur le bord de l'abîme vers lequel on le préci-
» pite, el il n'auroit pas tardé à bénir le pouvoir
)) qu'un moment il auroit pu redouter. » C'est
ainsi que parloit lui-même M. le ministre de la
poiice générale, le i8 octobre i8i5. Alors c'en
étoit fait de la révolution; la~ monarchie légi-
time,^ appuyée par la Charte, saflermissoitsur ses^
( Ji5 )
bases paternelles : mais le sj.stèrae ministériel
n'a pas été inventé pour sauver la monarchie.
La plus scandaleuse , la plus manifeste de toutes
les preuves de ralliancc entre lui et la révolution,
c'est celle dont toute la Fiance vient d'être le
témoin, et qu'elle a peine à croire encore. Je
parle ici du ministre violateur de la loi qui a
chassé solennellement les régicides relaps. Ce
n'éloit pas assez pour lui d'avoir compromis l'au-
torité rovaié', en surprenant une ordonnance
clandestine à la relisjion du monarque ; d'avoir
détruit, par une ordonnance, une loi devenue loi
d(! l'Etat : ce ministre, simple membre d'un mi-
nistère que Sa INIajesté a déclaré un et solidaire ,
ose induire notre Koi à approuver un rapport
fallacieux, qxi'il appelle l'exécution de l'art, y de
la loi du 12 janvier 18165 c'est-à-dire, approuver
la violation de la loi contre les réç^icides toute
entière ; et, pour mieux prendre acte que la plé-
nitude de la puissance réside spécialement dans sa
personne , te ministre , dont le pouvoir est connu ,
mais dont le titre est à connoître , donnera , dit-il ,
après l'approbation rovale, connoissancc du rap-
port à ses collègues. Quoique la loi de la respon-
sabilité ministérielle soit à faire, il est permis de
demander si un ministre a le droit individuel de
lier et de délier en France. Il est permis de de-
mander, sous un monarque du sang d'Henri lY
et de Louis XI\ , sous un monarque qui connoU
ses droits comme ses sujets connoissent sa bonté 5
il est permis de demander si , dans son aveugle
ambition, ce ministre auroitla démence de vou-
loir rétablir en lui les maires du palais. Rassurez-
vous , hommes de peu de foi 5 la mesure se comble,
mais le E.oi règne ; la Charte nous gouverne avec
lui : Si ce ministre a des flatteurs , noti'e monarque
a des s:;rvileurstidèlcs; et, pour le Roi, la France
et la Charte , la tribune fie testera pas silencieuse ,
33w
( ^i(3 )
suivant les paroles de M. le minislre, et contre
lui-înêine.
Sans cloute la révolution a une soif tl livrlro-
inque pour les garanties : il n'en reste plus qu'une
a lui donner; sans celle-là, elle ne croira jamais
pouvoir jouir de toutes les autres. Mais cette
garantie ne peut être demandée que par la i-évo-
Jution en peisonne- celte garantie, celte dernière
garantie , celle qui confirmera tontes les autres ,
c'est le trône des Bourbons, le trône vivant, la
place de notre Roi lui-même. Sujets fidèles, ne
redoutez donc rien du combat de la révolution
contre la monarchie : les forces de nos communs
ennemis nerépondentpoint à leurs vastes desseins.
Ils ne veulent pas du mur d'airain que la Charte
élevoit généreusement entre eux et vous : ils ne
veulent ni mur d'airain entre la révolution et le
trône, ni Rhin, ni Alpes, ni Pyrénées entre l'Eu-
rope et eux : à les entendre , FOcéan lui-même
ne les empêchera pas de révolutionner, de lihc-
raliscr 1 univers.
Sont-ils donc si formidables ces hommes de
révolutions, à qui le seul système ministériel a
rendu le souffle et redonné l'existence? En voulez-
vous la preuve? Des paroles monarchiques sont
sorties de la bouche la plus auguste , à la séance
royale du 4 décembre, la révolution a pâli : des
présages monarchiques ont apparu, il y a siv
semaines, la révolution a tremblé.
Anciens ou nouveaux serviteurs de la monar-
chie, vous qui avez subi glorieusement l'épreuve
des cent-jours , et qui n'avez pas chancelé depuis :
vous aussi qui avez reconnu vos (Mreurs, et qui pro-
fessez les seuls principes qui soient monarclii(pies,
vous êtes calomniés, atta<j[ués, repoussés, chassés
des emplois; vous vous gardez bien de vous
plaindre. Nos communs ennemis ne parlent, n'é-
crivent, n'ordonnent, n'agissent que pour vous
( 5i7 )
arraclicr une plainte. Les vrais Français ont dit
Jong- temps : Servir et souffrir. Les ennemis com-
muns qui commandent pour un jour, vous or-
donnent de renoncer à servir : leur puissance
s'arrête là; elle ne sauroiLvous empêcher de dire ;
Souffrir et attendre.
C'est la justice de votre cause, c'est votre cons-
tance, c'est votre courage qu'ils ne vous pardon-
nent pas, qu'ils ne vous pardonneroit'ut jamais.
Vrais amis de la relij^ion, de la monarchie et de
la Charte, votre plus bel éloge est sorti de la
iioiiche d'un de vos ennemis.
Cette pnissance du jour, alors en expectative,
disoitde vous : « Parlez-moi de ces gens-là : depuis
» deux ans on les hat toujours, ils ne perdent
)) pas nn homme; c'est la première fois que l'on
» a vu cela en France. »
C'est qu'il n'est pas vrai que l'esprit révolution-
naire soit dans la France : il n'y est plus que dans
ces jougleurs qui trompent le monarque , et ne
trompent plus que lui. 11 n'y est plus que dans
ces hommrs qui empoisonnent de leurs calomnies
l'atmosphère où le trône est placé; il n'est plus
que dans ces hommes qui garrottent, accablent,
étoulFent la monarchie, en lui disant, comme les
bourreaux à dom Carlos : Prince , c est pour votre
bien.
Salaberry, Membre de la Chambre
des J)êputês.
LE FOND DES CHOSES.
Tout ministère qui s'empar(> du monopole de la
pensée, et qui emploie son influence sur les jour-
îiaux pour débiter des sottises et des mensonges à
une nation , annonce par cela même qu'il a des in-
tentions hostiles contre les libertés publiques. S'il
marclioit iVanchement dans la route constitution-
nelle, il n'auroit pas même besoin de justifier les
mesures qu'il pi'en3 • l'opinion publique s'en char-
geroit. C'est ainsi que les cîioses se passent en An-
gleterre. Les ministres n'y ont pas à leur solde
une foule de petits sophistes corrom])Us, chargés,
à tant la page, de faire l'esprit public; et les jour-
naux qui défendent le ministère le défendent li-
bi'eraent, c'est-à-dire, parce qu'ils approuvent
sou système.
Le Journal des l'Jcbats, journal qui nislc impa-
tiemment sous la main du ministère, a été obligé
de recevoir un lonir et lourd article ministériel
destiné à nous faire comprendre ce qu'il y a de
bon, de national, de constitutionnel dans l'ordon-
nance du 5 mars 1819, qui crée des pairs par
soixantaine. Comme nous sommes persuadés que
le salutVle la France tient à ce qu'il y ait plus de
lumières dans le corps de la nation que dans ceux
qui l'administrent, il nous est impossible de souffrir
qu'on essaie de fausser les esprits, et nous croyons
de notre de> oir de bon Français de rejnetlre toutes
choses dans leur vérité.
L'ordonnance du 5 mars i S i C) a cassêla Chambre
dos Pairs, comme rordonnauce du 5 septembre
1816 a cassé la Chambre des Députés , non par les
mêmes moyens, mais dans 1<; mè:iie but et par les
niêmes motifs , qui sont d établir le despotisme
ministériel sur [es débris dt; toutes nos libertés.
C'est ce que nous allons luctlrc eu évidence.
"( 5i9 )
Le îîoi a constitutionnellemeiit le droit de dis-
soudre la Chambre des Députés. Quand croit-il
nécessaire de faire usage de ce droit? Lorsque la
majorité est opposée aux mesures proposées par le
gouvernement, et qu'il est permis de présumer
qu'un appel à la nation, dans ses collèges électo-
raux, amènera une majorité dans un autre sens.
Ce n'est pas la ChamLre en général que l'on casse,
c'est la majorité formée que le ministère brise,
lorsqu'il conseille au Roi la dissolution de la
Chambre. Pour s'instruire en politique, ilfautsans
cesse écarter les mots , et entrer au fond des choses.
En jetant d'un seul coup soixante pairs dans la
Chambre-Haute , quelle a été l'intention du mi-
nistère? De 'briser la majorité formée dans cette
Chambre. Quand le ministère honteux diroit au-
jourd'hui que ce ii'étoit pas là son intention ^
quand on pourroit oublier que , depuis deux ans,
chaque fois que l'approbation d'une loi présentée
paroissoit douteuse dans cette Chambre, il circu-
îoit des menaces sourdes d'augmenter le nombre
des pairs; quand le ministère n'auroit pas su ce
qu^il faisoit, dès l'instant qu'il est impossible de
nier que soixante pairs, introduits à la fois dans
la Chambre-Haute , peuvent v briser la majorité
formée, il est incontestable que Tordonuance du
-5 mars casse la Chtimbre des Pairs comme l'ordon-
nance du 5 septembre a cassé la Chambre des Dé-
putés , puisque ce n'est jamais que dans le dessein
(\ehTÏ^iiv\dt. majorité formée d'une Ohambre qu'on
lu dissout ou qu'on en dérange les proportions.
La Charte, cpii est excellente parce qu'elle est
l'œuvre du bon sens et non Touvrage des hommes
qui n'ont pu que la rédiger, a permis que le Roi
cassât la Cliambre des Députés , et ne lui a donué
aucun moyen de casser la Chambre des Pairs; car
l'article qui dit : « Le Roi fait dei» Pairs à volonté , n
Tiesigniiiepas et ue signifiera jamais dans la langue
( 520 5
tlu bon sens : « Le ministère fait des pairs à i)ro-
w fusion. »
Pourquoi ixnc nation jalouse de ses libertés a-
t-elle admis que le Roi peut casser la Chambre des
Députés, dont tous les membres ont été choisis
par elle pour défendre ses intérêts contre les mi-
nistres agens d-^, l'autorité royale, et n'a-t-elle pu
supposer -nie le Roi pourroit agir violemment
contre la Chambre des Pairs?
C'est que la dissolution de la Chambre des I>é-
putés est un appel à la nation dans ses collèges
électoraux : loin que cette dissolution attente à ses
droits reconnus, elle lui offre une occasion de
plus d'en faire usage. On lui renvoie ses députés
pour qu'elle en nomme d'autres ou qu'elle les
confirme, et non pour que le ministère, qui vient
de briser la majorité formée , en recompose une
de députés nommés par lui , par conséquent sans
indépendance.
En augmentant violemment le nombre des
pairs, non seulement le ministère brise la majo-
rité formée dans cette Chambre , mais il choisit^
nomme et institue ceux qui doivent lui former
une autre majorité sans indépendance. Si c'est là
la Charte qu'on nous a donnée, on a supposé les
Français aussi ignorans que s'ils étoient tous mi-
nistres. Si ce n'est pus là la Charte qu'on nous a
donnée, pour qui nous prend-on? Il faudroit
s'expliquer enfin, ne fi*it-ce qiie pour nous dire
franchement jusqu'à .quel point on nous méprise ,
et pour éviter des quipro(|uo toujours terribles vjt
politique.
Casser la Chambre des Députés est une mesure
violente , qui peut être nécessaire , raais qui ne se
répéteroit p;ts souvent sans danger; car si la siation
à laquelle on renvoie ses députés approu^e leur
conduite dans ses collèges électoraux, elle \cs
nomme de nouveau. Ils deviennent alors si 2)u!s-
( 521 )
sans (le cette approljatioii f'ornieilc de la ccnudife
qu'ils ontteiuie, qu'un gouvernement sage, averti
lui-même par l'opinion publique légalement pro-
noncée, écarte (les ministres dangereux, L union
se rétablit entre les pouvoirs de la société, au
profit de Li raison et des libertés publiques.
Mais s'il éloit permis de briser la tnajotitr for-
mée dans la Chambre-Haute , par l'adjoncliou
su})ite de soixante pairs, ([uelles lumières en re-
cevroit le oouvcruemeut? Comment la nalion
constituée interviendroit-ejlc pour approuver ou
désapprouver une mesure dans laquelle il est
impossible de soutenir qu'elle soit sans intc'rêt, à
moins d'avouer que la Chambre des Pairs n'est
qu'une fausse représentation d'un des pouvoirs de
la société? Le pouvoir démocratiqiie, si jaloux de
sa nature, aura eu la sa^^essc de s'interdire toute
action sur la forznation du pouvoir aristocratique,
il aura eu la sagesse plus grande de ne pas éloi-
gner les pairs des collèges électoraux, d'admettre
leur influtmce aux ('élections, et un ministère pas-
sionné ne conqjrendra pas que ce ([ue la nation
constituée s'est interdit, ne peut étie tenté par
]>crsonne, sans que l'économie delà Charte en soit
3 (mversée de fond en comble. Si les pairs nou-
vc^llement nommés l'ont une majorité nouvelle,
cette majorité ne représentera que ro])in!on (bv
ininislèriî qui les a choisis; et .s'ils se langent du
côté de l'ancienne majorité, qui empêche le mi-
nistère de rechoisir autant de personnages qu'il
voudra , et de les jeter à travers cette seconde;
majorité? On ])ourroit même aller jusqu'à former
une Chambre de sourds-muets de naissance, sans
que cela fut contraire à la Constitution , dès qu'oîi
admet (jue ce que la Constitution n'a pas défendu,
parce qu on la supposoit faite pour \m\ peu])le ins-
truit et raisonnable, est constitulioniiel.
Ainsi cette Charte, ([ui a voulu trois pouvoirs
( 522 )
iudépendans, parce qu'un seu] pouvoir petit cédoT
à la lentation du despotisme long-temps impossible
dans nos mœurs, mais don tl es essaisseroient mortels
pour la société; cette Constitution, trop s.ifj^e pour
n'avoir admis que deux pouvoirs dont la division
ne pourroit être qu'un ccnibal à mort, e«t trompée
de fait dans sa prévoyance. La Chambre des Pairs
n'est plus un pouvoir dés que sa majorité formée
peut être brisée par une ordonnance , et rebrisée
autant de fois que le ministère le voudra par des
hommes au choix du ministère.
11 n'y a pas de pouvoir politique sans indépen-
dance 5 celte vérité étoit admise comme incontes-
table lorsqu'Aristote écrivoit la constitution de
tous les gouverneniens connus jusqu'à lui. De])uis
l'ordonnance du 5 mars , l'indépendance n'existe
plus que pour le pouvoir royal et le pouvoir dé-
mocratique ; le pouvoir aristocratique est annulé
de fait 5 mais comme il ne peut l'être de droit, il
se relèvera, ou notre constitution périra dans le
combat inévitable entre deux pouvoirs en présence.
Le ciel permettra sans doute que la Charte triom-
phe, parce qu'à son salut estatlaché le salut de tous
les pouvoirs de la société.
La France gémit souvent des maux qu'elle a
éprouvés depuis trente ans, et cependant il est
vrai de dire qu'il n'est pas une époque où elle
n'ait été maîtresse de ses destinées. Si elle se tra-
hit elle-même, peut-elle se plaindre de souffrir?
Le ministère vient de tenter le coup le plus
imprudent qu'il fût possible de risquer. Un mi-
nistère quelconque paiera un jour cette tentative
<le sa tête; cela est inévitable: car les pairs nou-
veaux sentiront que la majorité qu'ils pourroient
former seioitbientôt brisée par les mêmes moyens,
et <ju il n'y a qu'un remède à ce danger. Les dé-
putés sentiront de même (jue le ministère, qui a
été asàez hardi pour attaquer l'indépendance d'un
( 523 )
des pouvoirs delà société, ne balanceroit pas, dans
l'occasion , à se défaire du seul pouvoir qui puisse
encore lui résister; ils seront poursuivis de la
ci'aiute qu'il n'y ait projet conçu de tout conduire
parlaforc. Quand les choses en sontlà,les événe-
inens marchent vite. Il suffit d'avoir étudiél'li istoire
pour n'avoir aucun doute à cet égard. Qui de nous
d'ailleurs ne sait pas que Robespierre est tombé
dans upe situation absolument semblable?
La France regrettera que le Roi, dans sa sagesse,
n'.aitpas gardé auprès de sa personne les conseillers
loyaux qui l'avoient averti d'être en garde contre
sa bonté, contre le sentiment qui l'entraîne à ré-
compenser glorieusement tous les services rendus à
la France ! En déclarant qu'à l'avenir on ne pourroit
prétendre à être admis dans la Chambre des Pairs
qu'autant qu'on seroit en état de fonder de suite
le majorât attaché au titre que l'on porte, le Roi
avoit élevé un obstacle respectable à l'iniporlunité
des demandes, à la légèreté de ses ministres- et
cette ordonnance sembloit avoir été inspirée par
la plus profonde politique pour empêcher ce que
nous voyons aujourd'hui. Cette ordonnance, gé-
néralement approuvée , cette orclonnace qui cons-
tituoit définilivement un des pouvoirs de la so-
ciété, peut-elle être révoquée ou suspendue comme
une simple ordonnance d'administration publi-
que? Le bon sens crie que cela est impossible;
que faire, défaire et refaire les pouvoirs de la so-
ciété , c'est tenir la société dans un état continuel
de révolution; et la France se demande comiYient
il se pouiToit qu'elle comptât sur le maintien de
ses libertés, quand un des pouvoirs chargés de les
maintenir n'a pas, pour se défendre lui-même
contre les caprices d'un ministère, les mêmes droits
qu'avoit autrefois le plus mince parlement du
royaume.
Si la royauté, qui n'est aussi qu'un des pouvoirs
de la société , pouvoît être cléraiigce dans ses COJI-
ditious, qui de nous cousidcreroit la royauté
comme la première garantie de tous les intérêt»
'acquis, de toutes les libertés fondées?
La Chaiu])re des Pairs reste réellement suspen-
due jusqu'à ce qu'elle ait présenté une majorité,
et que eeltc majorité ait lait, sur un ministère,
justice po!ir tous les temps, comme la Chambre
des Députés, dans le cas de dissolution, est sus-
pendue jusqu'à ce que des élections nouvelles et
une nouvelle majorité prononcée aient rendu la
vie à son pouvoir.
Ln ministère, assez fou pour rêver l'établisse-
ment du despotisme ministériel dans un gouver-
nement représentatif, doit avoir une idée domi-
nante à laquelle il subordonne toutes ses autres
idées; cette idée dominante est d'empêcher qu^il
ne se forme des majorités constantes dans les
Chambres; car alors il faudroit les suivre ou se
retirer, et l'é faiblisse ment de l'oligarchie minis-
térielle seroit impossible. Le mot olif^archie est
ici à sa véritable place, et c'est la première fois
depuis qu'on l'a remis à la mode.
Si ou j'ciléchit sur ce qui s'est passé, à partir de
la session de i8i J, on sera convaincu que tout a
été dirigé par le ministère pour briser les majo-
rités; il n'eu veut dan^ aucun sens, parce que sa
prétention est de réduire les Français à la servilité
que Buouaparte avoit établie eu la couvrant de
grandenr et de gloire, et qui pourtant étoit bien
moins serviie que ne le croient ceux qui n ont vu
le gouvernement de cette époque que dans les
antichambres. JNon-sculement l'ordonnance du
;') septembre a été calculée pour briser la ninjonlc
f'urnu'e, mais il ^st entré dans les combijiaisous
du luinistère d'ci^péchcr qu'il ne se formât do
majorité nouvelle;» et c'est pour cela qu il a révo-
qué les dispoçitiou^s de l'ordonnance du i .^ juilU't
( 5'25 )
qui avoit aiigniciité le nombre des députés, or-
donnance qui étoit inattaquable, puisqu'elle étoit
devenue un fait et une possession. On a donc ré-
duit la Chambre des Députés, de manière qu'une
majorité constante y fût impossible; dès lors le
ministère a marché à la destruction de nos liber-
tés, en s'appnvant sur des factieux qui l'étour-
dissoientd'applaudisscmens pour lui ôter la faculté
de regarder en arrière.
J'imprimai , dans l'eKainen de l'ordonnance du
5 septembre , qu'/7 n'y a pas de majorité politicjue
dans un petit nombre ; l'expérience de trois an-
nées l'a prouvé; j'aurois de même imprimé alors
que cette observation réjouissoit le ministère ;
juais le moment n'étoit pas venu de dévoiler son
malheureux système. Il falloit lui laisser le temps
de fatiguer tous les partis, d'user toutes les pas-
sions, aiin qu'il^fiît imprudent au profit de l'ins-
truction delà majorité des Français.
Avant la dissolution de la (2hamLre de i8i 5, le
ministère ne se croyoit pas assez puissant pour
faire et défaire lus pouvoirs de la société avec
des ordonnances; et nous nous rappelons encore
M. Pasquier à la tribime, suppliant la Chambre
de l'énoncer elle-m^ême au droit dont elle étoit
saisie par l'ordonnance du i3 juillet. Comme le
despotisme ministéiiel a marché vite en excitant
les passions des partis qui ne demandoient qu'à
s'éteindre dans l'exercice d'une saoe liberté! Au-
jourd'hui on brise la majorité qui s'étoit formée
dans la Chambre des Pairs, sans façon , eu croyant
en être quitte pour un article ridicule dans le
Journal des Débats ; on la brise d'une manière si
étrange, que les hommes qui ont un peu de pré-
voyance dans l'esprit, ont refusé d'v croire jusqu'à
ce qu'ils aient entendu crier dans les rues : La liste
des personnages très-connus que le Hoi vient de
nommer pairs ; car c'est ainsi que la police permet
( 526 )
qu'on annonce à son peuple l'événement le plus
sérieux qui se soil entamé depuis i8i4-
Cette majorité de la Chambre des Pairs étoil le
résultat heureux de quatre années employées à se
connoître, de quatre années d'observations sui-
vies par les membres d'un corps inamovible j elle
va être exposée, pour long-temps peut-être, à
l'instabilité introduite dans la Chambre des Dé-
putésaumoven durenovivellement par cinquième,
A la suite de longs troubles civils, il faut du temps
aux hommes pour se rendre réciproqvieraent jus-
tice, pour acquérir la conviction que personne
n'a choisi sa destinée quand l'agitation de Fa so-
ciété ne laissoit à personne le temps de réflécliir ,
et pour sentir qu'une position nouvelle , des in-
térêts communs rapprochent nécessairement tous
ceux qui sont faits pour s'estimer et confondre
leurs vues dans les moyens d'assurer l'avenir. Nous
montrerons tout à l'heure que l'ordonnance du J
mars est calculée pour que les nouveaux et les an-
ciens pairs n'aient pas des intérêts absolument
semblables, et nous indiquerons l'unique moyen
de tromper cette combinaison machiavélique.
Majorité de la Chambre des Pairs , la postérité
vous estimera positivement par ce rapprochement
des opinions qui a blessé le ministère^ et lorsqu'il
essaiera de donner comme une preuve d'impar-
tialité qu'il a choisi les nouveaux appelés dans tous
les partis et hors des partis, la postérité lui ré-
pondra que c'étoit pour éviter à tous prix une
majorité constante. En attendant la postérité, les
îndépendans lui feront cruellement sentir qu'ils
l'ont deviné.
En remarqviant qu'une position nouvelle et des
intérêts communs rapprochent nécessairement
ceux qui sont faits pour s'estimer, parce qu ils ne
sont pas nés pour servir l'oligarchie ministérielle,
nous exprimons suffisamment notre opinion sur
( ^^7 )
les nouveaux pairs. Ce n'est pas nous, dont Uvi
événemens ont quelquefois marqué la place, qui
jugerions les hommes inctépendammcut des cir-
constances. En lisant la liste des pairs nouvelle-
ment appelés , nous en avons trouvé un grand,
nombre (|ui ont plus de' nionarchie dans la tète
que Lien des gens qui se croient ou se sont crus
ministres d'un roi: ils ne consentiront pas à ram-
per devant ceux qu'ils ont vus à leurs pieds» Plus
ils ont été fidèles à la cause qu'ils ont embrassée ,
plus les royalistes les estimeront, car les royalistes
tiennent compte delà fidélité; ils n'en veulent
qu'à ceux qui changent sans cess'e. Evitant de
juger les hommes, nous nous sommes bornés dans
cet article à examiner l'ordonnance du 5 mars
sous le rapport de l'indépendance des pouvoirs ,
et pour l'instruction de la France impartiale.
Nous avons le pressenti m eut que les pairs auxquels
on fait attendre l'hérédité dans l'espoir d'exciter
une jalousie entre eux et ceux qui sont hérédi-
taires, plus encore dans l'espoir de les trouver
souples aux fantaisies ministérielles, connoissent
assez le fond des choses pour savoir qu'il ny a
qu'un moyen d'obtenir cette hérédité de suite :
c'est de sacrifier le ministère qui la tient en sus-
pens au ministère qui l'accordera pour s'assurer
une majorité constante. Ceci est de règle rigou-
reuse en politique. Pairs nouveaux, il vous man-
quera beaucoup dans l'opinion tant qu'on pourra
nommer le ministère qui vous a faits : le jour où
vous l'aui'ez renversé , si on vous demande qui vous
a faits ce que vous êtes, vous pourrez répondre
comme les pairs d'Angleterre, comme les anciens
pairs de France : INOLiS. Et vous l'épondrez vrai;
car votre possession sera assurée, et personne n'o-
sera tenter de la troubler.
Ecrivant pour les Français qui n'ont besoin que
de connoître la vérité pour se jeter enti*elaFrançç
( ^-'-^ )
tl les laclions, nous n'oublierons pas dv. louriaj)-
pcler cette phrase prononcée dci-nièrement à. la
Ivibunc (\v !n Chain])re des Pairs par ISl . le prési-
dent du conseil des ministres : Ou )i écarte des
Jonctions publiques que ceux qui résisletit au gou-
vernement (lu liai.
Nous avions avoué qu'il nous étoit impossible
de saisir la pensée de jM. le président du ij;ouver-
nemenl du Pioi , parce que nous ne connoissons
de résistance possible dans ujie monarchie cons-
titutionnelle, que la résistance prévue des pou\oirs
de la société , tit que toute autre résistance méri-
teroit une punition légale et publique , et non une
simple destitution. L'ordonnance du 5 mars a tout
éclairci. l.n manière dont on vient de casser la
majorité formée de la Ciiajnbre des Pairs, nous
explique enfin ce que le ministère entend par
résister au gouvernement du Pioi. La France no
peut plus ignorer de quoi il s'agit; et lorsqu'elle
verra réformer de braves militaires , destituer des
préfets^ éloigner des conseillers-d Etat, refuser
l'institution à des juges, disgracier àv.s serviteurs
fidèles, proscrire des royalistes, clic se rappellera
la discussion si sage élevée dans la Chambre des
pairs, l'opinion si calme de la majorité de cette
Chambre, l'ordonnance du 5 mars iBif), et elle
*c dira : « Ils- défendoient la monarchie , nos
libertés et nos intérêts ; ils résistoieut à ce que le
prc^sidçnl du conseil des ministres appelle le gou-
Ycrnement du Roi. « J. FitvÉE.
P. S. Lorsque les hommes légei-s regardoient
l'éloignement de ^l. de Richelieu et la foimatien
du nouveau ministère comme un mouvement fini,
nous avons imprimé que c'étoit un mouvement à
peine, commencé ; notre observalioB est justifiée.
jNous suivrons ce mouvement pour en développer
les conséquoices ; yiais nous pouvons déjà prédire.
( 5^9 )
et l'événement nous jusliiiera de nouveau . que le
ministère actuel n'ira pas ]'us»[u'à conclusion. En-
traîné parles antécédens , il trouvera sa perte dans
ce qu'il fera de mieux, ç'est-à-dire dans l'augmen -
tation aujourd'hui indispensable de la Chambre
des Députés.
MELANGES.
Un journal jacobin a annoncé que M. le vicomte d«
Chateaubriand avoit cessé de travailler au Conseivaleui.
Un journal royaliste n'auroit pas tiré la même conclusion
du silence momentané de M. de Chateaubriand, parce
qu un journal ne peut être royaliste sans connoître b s
«omlitions de la monarchie, e* sans savoir par < onséqufnt
qu'il n y a nul danger à ce que le chef se repose, qt:atul
il a trouvé de bons ministres. Dans la discussion fjui s'e^t
élevée à là Chambre Açs^ Pairs sur la loi des élections, si
M. de Chateaubriand etoil intervenu comme écrivain, les
journaux jacobins n'auroient pas manqué dlnlérpréler
ce qu'il auroit écrit. C'est bien assez- que la France se
plaigne de voir le ministère dirigé hautement par lu
Minerve qui prend Tiniliative sur tout ce qu il doit l'aire,
et qui le gourmande toujours pour la manière dont il l'a
fait. Le silence de 1\J. de Chateaubriand est dicté, comme
ses travaux, par des motifs supérieurs: et tout en nié-
prisant la calomnie si elle ne devoil atteindre rue lu
doit en préjuger les effets, lorsqu'elle compromoltroit des
intérêts publics. Les calomniaîeurs n'avoiont-i's pas itii-
j)rinié aussi qu'on avoit rhurs^é M. le comte de Caslel'ano
de proposer à la Chambre des Pairs li révocaîinn de la
loi des cris et écrils séditieux , pour rendre la noblesse
populaire au moment où M. Barthélémy altiroit l'attentioli
de la France sur la loi des élections. Si les calomnialeiu-s
prenoient la peine de remonter à la discussion de celle
loi, ils verroient que, dans la Chambre des Députés, <jii
Ta arrachée aux royalistes contre lesquels le minisiéîé s'est
emporté , parce qu'ils réclamoienl des amondeniens qui
auroienl rendu cette loi moins dangereuse ; ils verroient
■que les mêmes pairs qui en demandent la révocation au-
TojiiE II. — 24"^ TjIvraiso:^. 3,'
( .^3o )
jourd }iui oui volé contre lorsqu'elle fut présentée (i). Mafs
les factieux, qui ont toujours des intentions secrètes , ne
peuvent admettre qu'on soit lojal , qu'on ait une cons-
cience, qu'on l'écoute, et qu'on s'oublie lorsqu'il s'a«;it
de faire triompher la vérité; ils interprètent tout, même le
silence. Ce petit machiavélisme est aujourd'hui aussi usé
que la féodalité; j\I. de C-hateaubriandest et sera au Con-
servateur ce qu il v a toujours été,rami et le compagnon
fidèle de toui ceux qui y travaillent et qui s'y intéressent,
de même que M. de Castellane , sans s'occuper de ceux qui
vouloientbien lui prêter des intentions populaires, a déve-
loppé sa proposition contre la loi d'is cris séditieux. M. de
Cazes s'est opposé seul à ce que la Chambre des Pairs
prit cette proposition en considération, en sappujant sur
ce que les lois légales que nous promet le ministère rap-
porteront de fait cette loi arbitr?.ire. On sait , par expé-
rience, ce que valent les promesses faites par le ministère
depuis i8i5; il a montré tant d'ardeur contre la liberté de
la presse, la liberté individuelle, les libertés locales, et
tant d'insouciance pour débrouiller le chaos de trente mille
lois écloscs depuis la révolution, qu'on ne croit pas qu'il
revienne de lui-même dans le bon chemin , si on ne le
force pas un peu. D'ailleurs, la discussion qui aura lieu
dans la Chambre des Pairs entraînera nécessairement
l'examen de l'usage qui a été fait de la loi des cris et écrits
séditieux j et coninae le ministère de i8i5 n'a jamais sol-
licité de ines\ires violentes sans rappeler qu'il répondoit ,
sur sa tête, de l'application qui en seroit f.iile, encore est-il
bon que la France sache où en est la tête du ministère.
— On se plaint souvent du goût que toutes les classes
de la société ont pris pour les discussions et les nouvelle.';
politiques ; ce u'est point un goût , c'est une nécessité.
Par exemple , conçoit-on comment il aiiroit été possible
que les brodeurs et les tailleurs de Paris ne lussent pas
informés de l'augmentation de la Chanibie des Pairs,
même avant que lordonnance ne fût rendue? L'opinion
étolt faite dans les ateliers, qu'on discutoit encore dans
les salons.
(i) Et notamment M. le vicomte de Ch:ite.iubnandqui vient
dVtie nommé de la commission cluir^ëç d'exuuuiier ta piopo-
silion de M. It: comlu de Cui>telliuie.
( 53i )
Paris, le ii mars i8ig.
Les évéïiemens de la dernière semaine fournis-
sent une ample matière aux observations, et tout
homme de bonne foi verra dans ces mêmes évéue-
mens le peu de force qui reste en France à certains
principes , et le besoin que l'on a de remuer ciel
et terre pourleur donncrquelque consistance. La
proposition de M. le marquis Barlhéleniv a passé
à la Chambre des Pairs à une majorité imposante.
La discussion a fourni les dèvcloppemens les plus
Temarqualjles. INI. de Clermont-Tounerre et M. de
Fonlanes ont tour à tour indiqué , avec autant de
clarté que de modération, les moditications dont
la loi d'élection pouvoit être susceptible, et cha-
cun a été frappé du propos rappelé par INL de
Foutanes. Lorsque Buonaparle s'occupoit de l'or-
ganisation des collèges électoraux j ce fut en vain
qu'on lui représenta que parmi les grands proprié-
taires on trouvoit beaucoup de partisans de l'an-
cienne monarchie. Pénétré de la nécessité de l'in-
fluence de la propriété dans une loi d'élection ,
Buonaparte répliqua : Qu importe, ils sont proprié-
taires ; ils ne 'voudront pas que le sol tremble. Il
ne nous est pas revenu que les prétendus libéraux
d'aujourd'hui eussent, dans cette circonstance,
sonné l'alarme comme ils l'ont fait au sujet de la
proposition du noble pair. Leur active sollicitude
se tut alors devant l'homme dont ils baisoient les
fers ; elle n'a pas eu de succès aujourd'hui auprès
du peuple, que l'on ne trompe ])lus «i aisément
qu'autrefois. Les pamphlets jacobins ont en vain
annoncé une inquiétude générale ; en vain ont-ils
prophétisé le trouble, l'exaspération , tout est resté
calme : afïaires commerciales, affaires particulières,
tout a été comme à l'ordinaire; il n'y a eu de
craintes (|ue pour quelques inirigans, de récla-
mations que de la part de ceux dont quelques me-
(532)
lîcurs ont été mciulier les signatures 5 tout csl de-
meuré dans un plein repos, et les cris des hommes
icvolutioimaires oui été poussés dans le désert. îSi
(quelque sentiment s'est manifesté, c'est celui d'une
véiitaLle reconnoissance pour M. le marquis Rar-
thélcmy; il y aura, nous l'espcrons, trouvé un dé-
dommagement auv attaques de certains parnphlé-
taires. Dans la discussion qui a eu lieu à la Chambre
des Pairs, on a remarqué a\ec plaisir que iNI. le
ministre de l'intérieur rappeloit à la France que
îe drapeau blauc étoit la bannière nationale, et
qu'il a en même temps détruit les inquiétudes de
M. Laujuinais, surla prétenduxi organisation d'ar-
mées secrètes et de mouveraens de rébellion dans
des provinces fidèles, dont il a rappelé an noble
pair le long et loyal dévouement. Ces craintes, a
dit M. de Cazes , seroient injurieuses et calom-
ïiif;uses pour ces provinces. Aï. de Cazes a eu rai-
son, et il nous est d'autant plus doux de lui dire
dans cette circonstance qu'il ne s'est pas trompé,
que nous en avons rarement Toccasion,
La proposition de M. Lafitte à la Chambre des
De'putés a été rejetée à une inimense majorité.
l\î. Laine l'a combattue avec toute la force des
jbonnes raisons, et l'avantage que donnent à un
lionnéte homn^e lesj ressources d'un beau talent.
Il est entré dans le détail de différentes proposi-
tions que tel ou tel député pourroit juger conve-
nables à l'amélioration de la loi -, sans toucher ou
système, li a prouvé, par l'exemple de l'Angleterre,
que quoique le système électoral y soit arrêté,
liéanmoins jslusieurs bills , présentant une foule
de modifications, ont été proposés et adrqjtés.
Passant ensuite en revue tous les points de la
question, il établit qu'il est du devoir des Cham-
bres d'entendre les propositions qui leur sont
faites, pour les adopter ou les rejeter, selon que
la vérité sa moiîlrc aux consciences, et que celle
( 533 )
qu^il combat se rôduft à ceci : rléfèJiscs soient faites
<tu Moi d'exercer librement riuiiiatis'e , défenses
soient faites à la Chambre des Pairs et à fa
Chambra des Députés de s'occuper du sujet des
élections. Ce])onclaiit , ajoutc-t-il . rien na siis-
pendu le droit c[ue nous tenons de ]a eonstriulion ,
et le suspendre ce serait en quelfjue sorte proposer
une loi d'exception.
Ce discours , aussi remarquable par sa logi'i'îie
que par sa clarté , a produit un grand eft'et, et nous
regrettons d'être réduits à n'en donner qu'une bien
foîble analyse.
Dans la séance du 4 mars , la Chambre des Pairs
a entendu le rapport de la commission surle pro-
jet de loi relatiî à l'année financière. Lo rappor-
teur, M. le duc de Levis, a conclu au rejet de la
loipropofiée • il a été prononcé àunegrande majo-
rité. La Chambre des Pairs, dans cette circonstance,
s'est inonti'ée tout autant conservatrice de la Ch a rt e
c[ue protectrice des intérêts du peuple. Assuré-
ment rien de plus clair que l'article 49 de la
Charte, qui dit: l'impôt foncier n est consenti fjiie
pour un an. 11 u'v a pas là d'interprétation pos-
sil)le. Or , iiisqu'ici les années n'ont été que de
douze mois, et januiisde dix-huit. De tous les ar-
ticles constitutifs des droits du peuple, il n'en est
aucun fl« plus positif qiie celui qui fournit aux
Chambres le seul moyen d'éclairer le Roi sur la
perfidie ou Pincurie des ministres, en les autori-
sant à refuser l'impôt à ces mêmes ministres, si
elles les jugeoient indignes de la coiifiance natio-
nale. Créer, sous de vnins prétextes , une année mi-
nistérielle, qui pouTjit s'alonger encore pour peu
que le ministère mil à convoquer les Chambres ,
en temps utile, la même négligence qu'il y a mis
jusqu'à aujourd'lyii , ou la même lenteur à pré-
senter son budget, c'étoitréellcmeut porter al tciîiLe
àlaCbiirlc, et nous priver d'un droit acifuis crue
( 534 )
nous ne pouvons ni ne devons abandonne!-. Ile
vole de llmpôt, nons le dij-ons ouvertement^
parce que c'est une vérité, est dans un s^ouverne-
ment représcntatii la plus forte garantie des liber-
tés publiques, et en même temps l'intérêt positif
du Monarcpie, puisque, par son aeceptation ou
son refus, le M(jnarque esta même de ju^ï^er les
ministres , et qu'ainsi rien ne peut empêcher la
vérité de]>arvenir jusqu à lui. A' cette raison cons-
titutionnelle, la Chambre des Pairs a ajouté un
motif d'intérêt public bien remarquable, celui de
ne point voter un impôt qui, pendant dix-huit
mois, n'éprouveroit aucune réduction. Gctienou-
velle raison a puissamment frapjié la majorité d»
la Chambre, et le sort de la loi a été fixé. On a
remarqué que M. le ministre des iinauces, qui
éloit présent à la discussion de la Chambre des Pairs,
3î'a pas ouvert la bouche pour soutenir son projet
de loi. Trouvoit-il la cause impossible à défendre ?
l.e silence, dans certains cas, est un aveu bien
remar([uable. Là proposition de M. le comte de
Caslellane, sur la révocation de la loi sur les cris
et écrits séditieux, a été prise en considération
malgré l'opposition unique de M. de Gazes. Les
ministres perdoient leur luajorité à la Chambre
des Pairs j nous verrons plus tard le moyen tout^
à-fait simple et naturel qu'ils ont pris pour s'en
créer une, convaincus sans doute du malheur au-
quel la France seroit eu proie, s'ils abandon-
noient les rênes de l'administration, lorsque l'on
sembloit leur dire qu'ils étoient incapables de les
lenii-. Les collèges électoraux du Rhône, du Finis^
tère, de la Sarlhe et de la Loire-Inférieure sont
convoqués, pour le 25 de ce mois, par une or-
donjiance royale. Si jamais la question des élec-r
tionsfut importante pour les royalistes, c'est sur-
tout au moment où les ])rincipes révolutionnaires
gepvésententcle nouveau avec toutlc hideux de leur^s
( 535 >
souvenirs ; où les pamplilels 1( s plus clégoùtans dé-
s]gii( lit diiujuc jour les royalistes coinuic autant
«le victimes, et où le système ministériel les atteint
et les frappe clans chaque partie de l'admlnislra-
tian. Avoir été fidèle dans les cent-jours est au-
jourd'hui un motif d'exclusion 5 avoir servi l'usur-
paleur estdevenu un droit aux récomp(Mi,s<^s,et qui
pis est encore un litre à la confiance du ministère.
Les listes que nous avons données dans plusieurs
de nos I>îvraisons en sont la triste preuve. C'est
pour détruire ou raveug-lçnient ou la folie qui %
poussé le ministère dans une voie si ('traiif^e, qu'il
laut que les ro^ alistes se réunissent dans les élec-
tions : leur accord, leur dévouement, malgré le^
désavantages que leur oilVe la loi, malgré les in-
trigues ministérielles, malgré les révolutionnaires,
])Ourroienbpeul-êlre encore amener à la Chambre
des Députés des hommes courageux cl éclairés qui
soutiendroient, avec l'ascendant des lumières et
des vertus , cette France nionarcliique dont on tra-
vaille tous les joui'sà égarer les idées et. à tromper
la raison. Chaque électeur connoît aujourd'hui les
hommes auxquels il doit avoir confiance, et ceux
dont il doit se méfier. Il ne nous a manqiu^ ni
épreuves ni douleurs : que ceux tpii en sont sortis
purs, que ceux qui ont le mérite peut-être plus
grand encoi'C du repentir, soient choisis par leurs
concitoyens- que tout électeur, danslapius petite
ville, dans le ]ilus jictit hameau, se pénètre hien
de l'idée cju'il doit toute espèce de sacrifices à son
pays 5 qu'il ne soit retenu par aucune considéra-
tion;, cpi'il sache qu'il est de son. devoir de venir
donner son suffrage à l'honirae qu'il en croit digncj
et si cet intérêt, le premier pour un Fiançais,
l'inlévét de sa patrie, ne suffisoil jtas pour lui faire
vaincre toutes les difficultés, qu'il se rappelle le
])assé , et qu il songe bien que la plus, modeste
retraite ne futpas un abri contre de grandes infor-»''
tunes; qu'il songe qu'un vote de plus ou fie moins
f;iit souveut à un Etalsapartcle gloire Ou de houle,
fie repos ou de destruction ; qu'il est souvent pour
les familles, même les plus oLscul'es , le gage de
la prospérité ou celui de toutes les misères. Que
chacrue électeur se rende donc au collège électo-
ral -y qu'il se pénètre de la douloureuse position de
la France, et que, pour la sauver, il unisse ses
effarts à tous ceux des royalisles. C'est à ceux-là
seuls qu'il faut qu'il donne sa voix ; qu'il la refuse
égaleîuent et au prétendu libéral, qui n'a à lui
donjier pour gage de l'avenir que les malheurs
don! il fut l'artisan, et à l'intrigant envoyé de
Paris , dont la Loule est livrée d'avance, et qui
ne vient solliciter un suffrage que pour porter
îin vote de plus au ministre , quoi que propose le
ministre. Le système des concessions ne peut
plus exister aujourd'hui; tous les yeux doivent y
voir clair, et tous les efï'orts doivent tendre à des-
siller ceux des ministres. Toute condescendance
pour eux, tout accord avec leurs principes , est le
.service le plus funeste qu'on puisse leur rendre, si
le bonheur de la France est le but de leurs efforts.
Que si le dévouement des royalisles n'est pas suivi
du résultat qui devroit appartenir à la justice de
leur cause, qu'ils ne s'affligent point, qu'ils ne se
découraoent noint : il y a toujours bonne chance
d'avenir là où il y a courage et bon droit, surtout
lorsîiue le nombre n'est paralysé que par l'intrigue.
La cojislance , menu; eu révolution , est un succès ;
ft qui peut dire que les Bourbons régnercieut au-
jourdliuisur la France, si l'amour de cette famille
ne se fût transmis de race en race par une religieuse
constance; et si la tombe du Vendéen n'eût appris
à son fils pour quelle cause il devoit mourir:^ Que
les royalistes restçnt doue fermes, unis; qu'ils ne
tiansigent point, et qu'ils espèrent.
Les actes du ministère deviennent de jour en
( -^37 )
jour pins maraunns par L'i condescendance a\rf
laqurlleil seu!]jlc suivre la direction cjuclui tracent
les pamphlets révolutionnaires ; la chose saute aux
A eux de tout homme qui veut y voir. Ces pam-
phlets ont parié des réf;icides : le ministère les a
lait rentrer, au mépris de la loi qui \rf^ hannissoit;
nous avons donné le rapport de M. de Cares. La
MincvK'e a demandé des épuralions dans la haute
administration : le ministère a éliminé du conseil
d'Etat les royalistes connus, tels que IMM. de
Blaire, d,' Laporte . de La Bouillerie, de Fumr-
rojij etc., etc. fa Minerve a demandé des df.sli-
tutions de pi'éfets et sous-préfets : le ministère a
largement destitué; nous avons donné les listes.
La Minerve a parlé de pairs : le ministère nous en
adonné soixante et quelques; on nous annonce
en outre (pie sa muniiiccnce à cet égard n'est pa.^
encore épuisée , qu'il y aura une nouvelle liste
sous peu de jours, et qu'il s'en réserve plusieurs
in petto qu'il prendra parmi les députés, mais qui
ne seront connus que le jour où, oLtem.pérant à
\ uhiniaLum de la Minerve , il dissoudrcit la
Chambie des Députés. Il résulte de ces faits que
la Minerve dicte des lois, et ([ue le ministère pa-
roît oLéir. A la France à juger, au ministère à
réfléchir sur la route qu'il parcourt.
INous allons examiner la question de la nomi-
nation des nouveaux pairs , parce que nous croyons
être en droit de l'examiner constitulionneîlement.
Il est de doctrine, dans notre forme de gou-
vernement, qu'une ordonnance royale n'a force
(i 'exécution t[ue lorsqu'elle est contresignée par
xin ministre ; que les ministres sont responsables.
Or, ils ne peuvent l'être que pour leurs actes; et
vAUi ordonnance, parle fait même de sa signature
et de son exécution, devient l'acte d'un ministre.
Que l'on ne dise pas : qu'une ordonnance royale est
1 acte du Roi; le Pioi / par la Charte et par nos
( Ô38 )
ancit-ns adaf^c.s, ne jxMit pas se tromper: sa nrr-
jsoiiue rsl ii»\iolal>ie et .sacrée; mais il peut êlre
lrom])é, il jXMit iêlve ]^nr ses miiiistres; et où se-
roil leur resjioiisabijilé, en cas de trahison, s'ils
]ioiivoient se retrancher derrière la signature
royale? Elle seroit tout-à-f'ait nulle, et ce n'est
pas ce qu'a voulu là Cliarte qui est expresse, ce
ji'esl pas ce que veut le bon sens. Cela peut
d aulaul moins être cjue rien n'oblige un minis-
tre à csuitresiii^nçr une ordonnance dont il re-
xlouteroit h'ssuiles; il est libre de refus';r, d'aban-
donner le portefeuille. Du nioment où il signe,
îj se charge donc de toute la responsabilité. Cette
doclijiie esî si l)ien de principe, que nous la
Iroîivons tout entière chez une nation voisine où
la similitude de Gouverncmejit entraîne les mêmes
ï'esu It a is.
Sous le règne de la reine Anne d'Angleterre,
le ministère, pour ol)tenir la majorité dans le
Parlement, lit une nomination de douze pairs,
/!onL neîil de création nouvelle, et trois fils aînc-s
lie pairs qui eui'cnt' ordre de prendre séance à la
Chambre.
Ce coup (TF-tat , qui parut n/nrs wonï, et qu'au-
uni mwi.slre ii'o osé î'ennuveler depuis eii..4n^le-
terre , les maintini en place pendant la vie de la
reine.
On ne balança point à dire et à imprimer que ,
quoique la reine eût le droit de créer autant de
pairs quil lui plaisoit, on pouvoit cependant
s en prendre à ses ministres quand ils la portoienl
a ahusçr de ce droit ^ que celui de faire la jiaix et
.t/y^ueife était aussi une prérogative de la cou-
'j'VWie-jr^ei que néanm.oins tout miinstre qui con-
seillait une guerre ruineuse , ou une paix mal sûre
et lroinpeu.se , en était responsable , et que plusieurs
iivoiriU payé chèrement ces mauvais consejls j que
!({ créalivn de ces doxize pairs occasionnels ^ aimi
( 539 )
i^n'ou varloif alors , tendoit iHsihlement à mettre
la i^hamhre-rHauïe dans une dépendance absolue
(le la cour, et miellé pouuoit y étouffer la voix de
la liberté j que ^véritablement les nouveaux pairs
îfoient tous riches , et que plusieurs s' étoient ren-
dus rccommandables par leur zèle pour le présent
établissement j mais au une aussi nombreuse créa-
tion étoit cVun dangereux exemple , et'quon pour-
rait e// abuser, sous un autre régne, pour intro-
duire dans le royaume ou la tyrannie , ou le pa-
pisme. (Histoire d'Angleterre par Rapin-Tlioiras ,
p. oo'j, lom. XII.)
A son avènement au trône, Georges I" changea
\c ministè]'c de la reine Anne, et convoqua un
nouveau Parlement. L'ancien ministère fut accusé,
et l'acte d'accusation adopté par la ChaniLre des
Communes, en lyiS, contre lord Oxford et ses
collègues au ministère, contient vingt-deux chefs.
Le seizième est ainsi couru : Accusé d'avoir en-
freint les droits et l'honneur des seigneurs, en
faisant créer douze pairs- pour s'en servir à ses
fins.
L'accusai ion fut recUe à la ChamLre-IIautc; le
vicomte Boiiingbroke se saiiva en France, ainsi
cpie le duc d'Ormond , et le comte d'Oxford fut
vais à la Tour de Londres. Le vicomte de BoUing-
Lroke et le duc d'Ormond furent condamnés à
]a dé:jradation et à la confiscation de leurs biens.
Telle fut la suite d'un procès où le seizième chef
d'accusation porte sur une mesure c£ui a de la
.similitude avec celle que vient de prendre le mi-
nistère , toutes proportions gardées 5 car en An-
gleterre Je ministère ne fit nommer que douze
pairs , et en France il en fait nommer soixante.
Dès ([u'un acte de cette nature a paru suffire,
dans un gouvernement représentatif, pour faire un
elief d'accusation dans un procès où il y a eu con-
damnât ion contre le ministère ^ nous pouvons, je
( o^o )
suppose, en France , eu faii-e un sujet d'examen, et
«lire que le conseil qui a dicté l'ordonnaace rovale,
nous paroîttendreà déconsidérer In pairie^puisque
sa conséquence seroit de ne rendre la première di-
gnité de l'Etat, notreseule institution vraiment mo-
narchique,qu'une misérable machine ministérielle,
sans force pour la monarchie , et sans Aoixpour les
libertés publiques. Il nous paroît détruire l'équi-
libre nécessaire des pouvoirs, car il est dans la nature
du gouvernement représentatif que la Chambre des
Députés soit plus nombreuse que celle des Paii's ;
or, la Chambre des Députés a un nombre de mem-
bres déterminé par la Charte. De quelque ma-
nière qu'on l'interprète, ce nombre sera fixe;
tandis qu'au moyen de l'abus , la Chambre des
Pairs pourroit ne se compter que d'après le caprice
ou les craintes d'un ministère.
Il nous paroît destructif de toute responsabilité
ministérielle 5 car, du moment où. un ministère
seroit accusé parla Chambre des Députés , (ju('lf[ne
coupable qu'il fût , il sortiroit blanc comme neige
de la Chambre des Pairs, aumojen d'une création
ad hoc.
Il nous paroît subversif de toutes les libertés
publiques; car elles n'ont plus de garantie toutes
les fois qu'il est au pouvoir d'un ministère d'en
éiouffor la voix dans la Chambre des Paiî s.
Il nous paroît funeste à notre pays, en fournis-
sant, dans une hypothèse possible , celle oîi le prince
seroit trompé, le inoyen de perpétuer et d'accom-
plir, en brisant toute opposition monarchique , un
système qui tendroit à la perte de la monarchie.
Il nous paroît destructif des droits accordes par
la Charte àLa Chambre des Députés, en pai-alrsant
parle fait toutes les réclamations, toutes les réso-
lutions qui pourroient en sortir dans 1 intérêt du
bien public.
Il nous paroit destructif de la Charte elle-
( H^ )
mômo, clans les ijar.inties qu'elle donne au peuple;
car, par l'art. i3 les ministres s()i)t responsaliles;
par l'art. 56 ils peuvent êtie accusés ; par l'art. 5 j
ils peiivent être jn^és ; et il a'y a ni responsahililé,
ni accusation , ni jnf:f<;ment ]iossiblr, là où il seroit
au pouvoir d'un niinislèrc de tout annuler, en op-
posant à la vérilahle opinion pvdj]i(|ueune ojn'nion
créée par lui , et à des accusateurs courageux et
loyaux des juges et des consciences dont la paiiie
seroit le prix.
Du reste, quel a été l'événement, quel a été,
dans le rovaume, le trouble qui a nécessité cette
grande mesure? Un ministère à peine formé, se
montrant avide de recueillir un héritage de fautes ,
et repoussant les leçons de l'expérience , a vu se
prononcer contre son système une majorité ef-
frayée de lavenir. Les hommes les plus calmes,
les plus éclairés, un vieillard vertueux dont les
cheveux blaBchirent dans Fcxil , ont osé lui dire :
Vous nous pei'dez; il en est temps encore , évitez
à la France les conséquences d'une loi qui peut
détruire la monarchie, et souffrez que nous ap-
])elions AOti'e attention sur cette loi. Cette audace,
il faut en convenir, étoit grande 5 douter de la
prescience ministérielle! un tel acte ne pouvoit se
passer. Peut-être cepejidanteût-ileté plus sage à ces
ministres de ne pas se croire exclusivement les seuls
hommes d'Etat en France ; peut-être eût-il été plus
Français à ewx d'abandonner d'eux-mêmes les rênes
de l'administration, plutôt que de prendri' ainsi ab
iî'ato une de ces grandes mesures qui fatiguent tou-
joui's les empires. Il y auroit eu, je le répète, il y
auroit eu du Français dans ce noble dêsint«'rcs-
sement. On n'eût peut-être pas voté aux ministres
une récompense nationale, mais leurs successeurs
les auroient fait juger; et, si l'opinion publique
avoit été réellemeïit pour leur système, cette même
opinion eût été les cliercher dans leur h()«orai>îe
( 540 ,
retraite, leur confier de nouveau les intérêts de Ia
France^ et certes c'eut l^ieii été là, je pense, la
plus belle réconipense nationale. Ils ne l'ont pas
enviée; l'avenir pèsera tout entier sur eux. Aux
mouveniens politiques c[ue je viens de signaler, lîi
mesure prise en réunit un peut-être plus fâcheux
pour les ministres, c est sa «Jaucberie. Le carac-
1ère distinctif des Français n'est pas la servitude.
Afficher cpi'ou compte sur cette disposition est
une maladresse. Le Français n'aime pas ce (jni
flétrit , et le ministère pourrott se tromper s'il n'a
pas d'aiitre raison pour croire que les paij-s nou-
vellement nommés seront de son avis.
La Correspondance privie du Times , des 2j et
'i'-j iévricr, nous apprend que le ministère étoit
déterminé d'avance à ne rien accorder à l'opinion
puLliqne manifestée par celle des Chambres, et à
ïairt; ainsi à tout prix prévaloir son système sur
toute autre considération, pour rester en place
Les mensonges familiers à la Correspondance
pri i'ée sont répétés dans ces ai'ticles, trop longs
pour pouvoir être traduits j mais on y retrace cette
préleudue exaspération populaire, cette inquié-
tude au sujet de la pro])Osition de M. Bartliélemy,
mensonges de toute impudence 5 car, nous le
a-épélons, tout a été calme, tranquille, personne
ne s'est ému; et, quant aux pétitions, on sait en
France qui les a faites, qui en a envoyé de Paris
à Rouen, à Châlons, etc. etc.; on sait aussi
qu'en révolution les pétitions sont un moyeu usé.
(.)n voit encore, dans cette Correspondance , un
grand.élogedupamphlctdeM.BcnjaminConstant.
Cela ne nous a pas étonnés ; il est tout sinqjle
que les articles de la Correspondance pri%'ce ,
louent en Angleterre ceux dont on suit en France
o
les volontés.
Mais ce qui nous étonne , c'est la niaiserie de
ces mêmes articles. Les rédacteuis n en sout pas
( o4>^ )
forts, et qnaTifl on paie on clevroit être n^ienK
servi. Est-ii Lion spirilnc], par exemple, de tlire
qu'une augmentation de la- Cliambre tics Pairs
es/, une mesure violente ^ mais que c'est pent-elre
ht seule que puisse adopter le minùt'/re pour
p.ESTER EN pr^ACE? Une telle bonln)mie n'esfc-
elle pas aussi mal adroite, qu'il est petit de iaii*e
vanter, comme nous Tavous vu, l'ordonnance du
5 septembre et la loi des élections dans Matliieii
l.ansberg ? Est-il Lien convenable de se prévaloir
d'une prétendue existence de la démociatie dans
les esprits, pour dire qu'on veut la fonder dans
une monarchie sur des institutions stables ? jMes-
sieurs les rédacteurs devroient nous dire ce que
c'est qu'une monarchie démocrate.
INous n'avions pas besoin de ces aveux ingénus
pour savoir que les résolutions ministérielles
étoient de destituer tout ce qui étoit rovaliste; et
on dit même aujourd'hui que les hommes employés
dans le ressort de l'administration d'un certain
ministère, contractent, en y entrant , l'obligatioi?.
d agir aveuglément sur les ùistructions données ,
et de se regarder comme démissionnaires, si le
ministre se retiroit. 11 nous parvient de tous
côtés des regrets de tous les amis de la monar-
chie pour les toncLionnaircs que le uiiaislèrc des-
titue. Il nous est impossible de les signaler tous
ici , mais leur mémoire reste chère à leurs admi-
lustrés. iM. de Glioiscul, préfet du Loiret, y laisse
d'honorables souvenirs. Les vertus de sa lemme v"
turent, tant qu'elle vécut, la consolation de iin-
fortuné. Honnête homme, et bon administrateur,
jM. de Choiseul a été destitué ; dans d'autres temps
on s'étonneroit que ces titres ne parussent nas sui-
lisans , pour une préTecture, à un niiuistie de l'inté-
rieur. On continue à parler de la dissolution de
1a Chambre des Députés. Craindroit-on que la
proposition de M. Barthélémy n'y eût quelques
( ^^^ )
succès? On scioit tenté de le soupçonner à la
manière dont on travaille l'opinion. Du reste, la
Alifierve, le j\oifvel Jloninie Gris , cl autres pam-
phlets .'ionl si posiiîl's pour la dissolution, qu'elle
ne nousétonneroit nullement. Il faut que le minis-
tère conserve ses amis , il n'en a pas assez pour se
brouiller avec eux. Castelbajac.
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la Réi'olulion Française , p.ir Kdnnind tJurke, est en ce moment
sous presse, et doit paroilre incessaumient chez A. Kpron,
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Jans l'ordre aipiiaiiétiqiie, les sujets qui lui convieiment. Il offre
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du texte 1 1 at-compai;née de notes : ce sens rendu reconnois.iahle . soit
par le Modi- nriiuitif d'exécution, de distinction , etc , reproduit tel
qu'il exisloil dans le Temple de J riisalem . soit par d'autres Ciefs réu-
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f/oùve?2â e/re aar^AJcJj /rMtio (le //or/, au ^aj'eci/i (m
K
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^h /'^??i/iriffu^ne c/e S:^e ^fyaf^?na7,'/
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LE CONSERVATEUR.
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avec le tome second (26^ Livraison), et qui
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troisième volume^ sont invitées à vouloir bien
faire parvenir leur renouvellement dans le
courant de mars, si elles veulent éviter tout
retard dans l'envoi de leurs Livraisons.
Les Souscripteurs des déparlemens sont
aussi priés, pour prévenir toute erreur,
d'écrire leurs noms et leurs adresses bien li-
siblement , et surtout de ne pas oublier, comme
cela est arrii^é plusieurs fois, d'indiquer le lieu
de poste par lequel ils sjont servis.
Ou ne peut souscrire que du commencement
d'un volume.
La premier' e ï^iv raison du troisième volume
par^oïtra dans les huit pr'emier^s jour's d'avril.
Le pr^ix du tr'oisième volume est de ^^fr.
pour la souscription.
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franc de ptiii , à AI. Le Normant, fds. Editeur
du Gonéervateur, rue de Seine , 7**» 8, F. S. G.
DES MISSIONS.
Quand Jésus-Christ apparut dans le inonde , il
ouvrit une grande mission, qui, continuée pen-
dant dix-huit siècles^ souvent entravée, toujours
Tome H. — a5« I.iyr-Aiso>i, S5
( ^^^ )
triompliaiite, ne finira qu'avec le genre linmain,
La parole descendue du ciel sauva tout en renou-
velant tout, doctrines, mœurs, institutions j lois
même 5 et, si l'Europe doit être une seconde fois
sauvée, elle ne le sera encore que par celte parole.
rSous l'avons entendue parmi nous, et de même
qii'à l'oiigine, elle a inspiré un eliroi profond à
certains Irommes liaLitués à appeler mal ce qui est.
bien, et bien ce qui est mal , et qui redoutent la
vérité comme une vengeance. Ils ont vu les inimi-
tiés s'apaiser, la concorde renaître avec la foi , le
désordre etTimpiété fuir devant quelquespj'êtres ,
et ils ont frémi. Menaces de la lumière, et trem-
blans pour leurs œuvres, ils ont aussitôt couru à
leurs armes ordinaires, le mensonge, la calomnie,
les délations, les secrètes intrigues, alin de trom-
per l'autorité, et de la rendre, s'il se pouvoit ,*
leur complice. Egarée ])ar eux, elle a mis des
obstacles aux missions , et cela sans aucun droit,
ou plutôt en violant tous les droits. Leur audace
s est accrue de ce ])remier succès; elle ne connoU
plus de bornes. Ils demandent la suj)pressioii en-
tière des missions, et se flallent de faire proclamer,
au nom de l'Etat, la déiènse de préclieria religion
de l'Etat.
ISous ne craignons rien de semblable. Avant
qu'on se porte à un tel excès , il faut que les lois ,
il faut que la Cliaite elle-même périsse. Jusque-là
nous savons comment nous déiendre , jusque-là on
n'osera même pas nous attaquer ouvertement. Si
la persécution a son attrait, elle a aussi son dan-
ger. Mais commençons par examiner les prétextes
qu'on nous oppose.
Je ne perdrai pas le tcmjis à réfuter les ridicules
impostures dont quelques écrivains libéraux, pour
n'oublier aucun des leurs, nourrissent cha<[ue
jour la crédulité des simples d'esprit. Je passe ù
do'i reprocbes qu'on doit juger plus graves, puis--
( 547 )
qu'ils ont relenli dans Ja Chambre des Députés.
Oii a demandé si la France ctoit donc peuplée
d'idolâtres, pour qu'il tût nécessaire d'envoyer de
ville en ville des juissionuaires annoncer la foi?
Celui qui a fait cette question auroit pu y répondre
mieux que personne. 11 sait que la France renferme
en son sein une race d'iiommes qui, rejetant avec
mépris la religion des ancêtres, ou la tenant dans
l'indiiiérence , se croient sages parce quiis clou-
tent, ou éclairés ])arce qu'ils nient. Il sait que,
parmi ces hommes, il eu est qui languissent dans
une indigence intellectuelle si profonde , qu'on
chercheroit en vain dans leur entendement la
vérité première d'oii dérivent toutes les autres 5
esprits ruinés qui ont perdu Dieu! Certes, si l'on
ne s'étonne pas que le zèle conduise les mission-
naires au-delà des mers pour convertir quelques
idolâtres, on doit encore moins être surpris qu'ils
s'occupent parmi nous de soulager une mi-,ère
plus eKtrême et plus déplorable. Chose étran£>"e!
on répète sans cess-e que le christianisme est mort,
qu'on ne le ranimera jamais ; et, dès qu'un prêtre
ouvre la bouche pour l'annoncer au peuple, on
s'écrie : A quoi bon? 11 n'y a que des chrétiens.
Au reste , peu m'importe à laquelle de ces deux
assertions on s'arrête : s'il n'y a pins de christia-
nisme , il faut des missions pour le renouveler 5
car jusqu'ici on n'a pas, que je sache, donné
d'autre religion à la société, ni trouvé le moyen
de fonder une société sans religion. Si le peuple
est chrétien, il faut des-jn^issi eus pour empêcher
qu'il cesse de l'être , pouï^l'alFermir dans sa reli-
gion ^pour instruire les ignorans, soutenir les
foibles, l'emuer lésâmes engourdies, reformer les
mœurs, qui, par leur pente naturelle, tendent
toujours au relâchement :^ il faut des missions^,
parce qu'il faut un Dieu, un culte, un ordte mo-
ral ^ des vertus.
35.
(^4S )
Mais les missions portent atteinte à la liberté
religieuse des pi'Oteslans^ elles les inquiètent, et
l'on doit respecter leurs craintes 7«e/«(i exagérées.
Qui le dit ? Des protestans ? jN on , mais des hommes
étrangers à toute religion , des hommes que le
christianisme ijiquiete sans doute , et qui cherchent
contre lui des auxiliaires dans son propre sein.
Les vrais protestans craignent , comme nous, l'im-
piété, l'athéisme, une philosophie qui rompt tous
les liens; ils ne cjaignent pas \qs catholiques; et,
quand ils les craindroient, ne s'agit-il que de
s'alarmer des droits des autres pour être autorisé
aies en priver? Et si les juifs s'avisoient aussi de
concevoir des alarmes exagérées , il faudroit donc
aiiolir le christianisme pour les calmer? Singulière
prétention , de ravir à vingt-cinq millions de ci-
toyens la liberté religieuse, pour assurer à un pe-
tit nombre celte liberté que personne n'attaque.
Elle est égale pour tous, et la religion de l'Etat
n'a, sous ce rapport, en France, aucun privilège.
Que peuvent désirer déplus les protestans? Et ne
sauroieut-ils être libres que nous ne soyons enchaî-
nés ? Interdira-t-ou aux catholiques, dans une
contrée catholique, ce qu'on leur permet en
Chine, toutes les fois qu'il n'y a pas persécution ?^
Et nos philosophes indépendans seront-ils moins
tolérans y)our la religion de leur pays (jue ne le
sont des idolâti'es pour un culte o])posé à la reli-
gion nationale ?
On parle des passions, ou feint d'appréhender
que les missions ne les agiteat. Ehl c'est parce
qu'il y a des passions (ju'il faut une religion pour
les calmer, et c'est parce qu'elle les calme eu eflTct
qu'on l'accuse de les agiter. Ceux qui , 'pour par-
venir à leurs fins, auroient encore besoiu de tem-
pêtes, s'irritent quand ils voient dans le ciel des
signes de sérénité. Et que veulent-ils donc? Un
naufrage , atiu de se partager encore des débri*;.
( % )^
J'en appelle atix faits : cfu'on nomme les lieux
où l'ordre public a été troublé par les missions.
Quelles sont les révoltes qu'elles ont excitées?- Ou
en a. vu depuis trois ans éclater plusienrs : étoit-ce
des missionnaires qui cohduisoient les rebelles ?
Est-ce au nom de la religion qu'ils s'étoient ar-
més? Pour quelles doctrines combattoient-ils? A
qxielie cause ont-ils été sacrifiés? Apprenez-le par
leur cri de guerre, que je ne répète qu'en frémis-
sant : A bas Dieu! five l'en fer! A]-poremment
ce ne sont pas là les refrains de nos hymnes. Les
malheureux qui proiéroient ces horribles blas-
phèmes avoient assisté à d'autres missions que les
nôtres; celles-ci les auroient sauvés. Et si Ton ne
prétend pas que les missions doivent être à jamaî.t
proscrites, si l'on désire seulement qu'on les 5n!=,-
pende , à cause des passions , on se flatte donc qu'il
viendra un temps où il n'y aura jîlus de passions?'
En vérité, l'on dcvroit y^n^ d'égards au bon sens.
Les missionnaires , ajoute-t-on , troublent les
consciences. D'abord, ils ne peuvent troubler la
conscience que de ceux qui viennent les écouter,
et personne assurément n'est forcé d'y venir. INul
donc n'a Je droit de se plaindre que sa conscience
flit été troublée. Et comment troublent- ils les
consciences? En préchant la justice, le pardon
des injures, le respect des devoirs, l'obéissance à
l'autorité, en rappelant les cœurs à Dieu et à la
vertu. Voudroit-on, par hasard, que les hommes
se tranquillisassent dans des senlimons et des ha-
bitudes contraires, dans i'impiélé, dans la haine^
dans les désirs de vengeauci; , dans le vice et dan»
le crime? Voudroit-ou que le brigand jouît en
paix de la déj)onille de sa victime, que le sommeil
de Fussassin fût calme? Si on le veut, l'ordre ne
le veut pas , et l'ordre c'est Dieu même. Oui, \(is
missionnaire.s troublent les consciences, et il faut
ieuv en rendre grâces au nom de la société, qui
( 55o )
ne retrouvera de repos que lorscfue plus de cons-
cieijccs encore auront été troublées de la sorte.
Et les tribunaux aussi troul)leut les conscieuces ;
ils ôtent au méchant sa sécurité, et touie la dillé-
rence esl que la justice humiiine le trouble pour
punir, et la religion pour pardonner.
x\u reste, que les ennemis des missions disent
et pensent ce qu'il leur plaira: la loi existe, eHe
garantit le libre exercice de la relijrion catholique .
et la prédication en forme une des parties les plus
essentielles. Les missionnaires n'ont besoin de
Tautorisation de personne que de Tévêque dont
ils vont évanîïéliser le diocèse. La permission du
gouvernement n'est pas plus néc(\ssaire ])our prê-
cher cpio pour conlcsserj il ne pcvit pas plus in-
terdire Vvn. que l'autre. Les chaires chrétiennes
ne lui appariiennent pas. il en est d autres qui
dépendcjit d«; lui, et nous savons tous ce qu'on y
enseigne. Or, il seroit aussi trop élranf^e, quand
les doctrines anti-sociales ont partout des organes,
que le christianisme seul iût contraint d'être muet.
Il ne le sera pas, je le cii« sans crainte 5 et, le re-
poussât-on de nouveau dans les catacombes , là
encore il trouveroit des voûtes pour y l'aire reten-
tir sa voix, et des lidèles pour l'écouter.
L'abbé F. De La Menkais.
Sur fes Goin-ernemeus.
Si l'oîi vouloit donner une idée juste, complète
et pourtant familière de ce qu'on entend dans les
divers Etats par Gouvernement, on poui'roit dire
que c'est une giande compagnie d'assurance poui-
tous les intérêts légitimes.
il faut bien prendre garde que l'objet de cetle
compagnied'aÀSurance'^oiiXi^nc n'est pas plus que
( 5Ji )
«K'iui des compagnies lï assurances rnaritimes on.
urbaines, la sûreté des chosics assurées, mais îa
sécurité de leurs possesseurs.
Eu elFet , V assurance maritime nempi^clu" pas
le hèLiioient assuré de couler à toud ou d'être cap-
turé par les pirates , pas plus que Vassuranco.
contre les incendies ne î^avantit les maisons du
ieu^ mais le propriétaire sait qu'au nioven d'une'
prime convenue la compagnie lui rendra, en cas
de perte , le prix de soiïbâtiment, de ses marchan-
dises, de sa maison, de ses meubles, et cette certi-
tude suffit à sa sécurité,
iS assurance politique c^wo nous demandons au.
govivernemcnt est tout-à-iait du même genre. Le
gouvernement ne peut pas me mettre eu sûreté
contre une injuste agression à mon honneur, à mes
biens, à ma vie, à mon pays, la première de mes
propriétés ; mais je sais qu'il maintient dans l'Etal
une religion^ une morale, un système d'éducation
qui prévient l'injustice et le crime 5 je sais qu'il a
ijistitué des tribunaux pour les juger et les punir,
et qu'il lève des Iroupt-s pour îa défense intérieure
et extérieure de l'Etat 5 et je vis dans une sécu-^
rite qui me laisse la libre disposition démon esprit
et de mon corps, me permet de vaquer à mes de-
voirs, à mes ahaires, à mes plaisirs , et même d'en-
ti'eprendr^; des travaux utiles à moi et aux autres.
Un gouvernenient, attentif à toutet vigilant sur
tout, me donne la se'curité nrêuie sur des accidens
personnels 5 il veille , par ses lois et ses moyens de
police , à la sûreté des routes , à la salubrité de
l'air; et comme je sais que des régi cm cîî s de voirie
ordonnent de démolir, sur la voie publique , les
édifices. (;fui menacent ruine , ;je vais dans les rues
sai:)s- craindrp d'être écrasé par la chute d'une
maison. • «•
.Cette sécurité qui vient, sans qu'on y pense,
d'un ensenibJo de lois et de mesures, qui , même
( 5j5 y
sans être aperçues, préviennent les clt^sorclrcs pii-
hlics et jiarticuliers , est tout-à-fait semh]al)le à
celle que nous inspire la régularité constante des
lois de la nature, qui faitqiie j'attends pour l'anne'e
suivante la récolte du blé et du vin qui doit nie
nourrir, l'eau qui doit arroser mes champs , et la
succession annuelle des saisons , nécessaire à la
santé des corps et à la fertilité de la terre.
Et remarque/ que Vassurance politique est en-
tièrement semblable à l'assurance commerciale.
Dans celle-ci , les assurés donnent à la compagnie
d'assurance une y^^mne plus ou moins forte, suivant
les circonstances, ^r/me qui est à la fois un dédom-
magement pour les risques qu'elle court, et un
sacrifice que font les asstncs pour acheter leur sé-
curité. Les peuples donnent aussi aux gouverne-
niens des impôts et des hommes, comme une prime
destinée à payer les moyens de tout genre employés
pour maintenir l'ordre , et par conséquent la sé-
curité générale.
La compagnie d'nssvràjice politique , où nous
sommes tous assurés, doit nous rendre, comme
l'assurance commerciale, le prix de ce que nous
avons perdu, parce que l'homme en société ne peut
rien perdre de ce que le gouvernement doit ga-
rantir, ou d\x moins ne peut le perdre sans uh
dédommagement, une restitution ou une com-
Fensation dont le gouvernement est l'arbitre par
organe de ses tribunaux.
Mais si la justice privée ou distribntive peut
ordonner la compensation des pertes ou des mal-
heurs que le particulier a essuyés , comment et
avec quoi le gouvernement, fjui est la justice pu-
blique , pourr'oit-il compenser les pertes et les
malheurs que la société elle-même peut soufïVir
d'une révolution, de ce terrible état d un peuple
où il faut que tous soient malheureux, parce que
«JUelqnes uns ont été coupables?
C 553 )
Ainsi , la sécurité de l'homme de bien est le
premier, et, aie bien prendre, le seul devoir du
Êouvernement envers ses sujets ; elle est le s^rand
ientait d(î l'état social; et même l'unique raison
de son c'cistence. Si l'état habituel de guerre et
d'alanne où vivaient les familles avant l'établisse-
ment desso<:iétés publiques, n'avoitpas été insup-
portable et aussi contraire à la nature de l'homme
qu'aux volontés de sou auteur, jamais la famille
naturellement indépendante n'aui'oit songé à se
donner iin maître ou n'auroit pu le supporter. Le
noble Polonais dont le jugement étoit faussé par
la constitution désordonnée de son pays, pouvoit
s'écrier : A/n/o periculosam libertatem , quàm
trauqiiillain scrvitutcm. « Je préfère une liberté'
» orageuse à une servi tude ti'anquille, » parce qu'il
prenoit pour la liberté le droit d'élire ses rois ,
sans prévoir quel honteux esclavage il réservoit à
sa patrie ; mais la raison dit au contraire que c'est
la servitude qui est orageuse et la liberté qui est
tranquille , parce que la liberté est l'état de force ,
et que la tranquillité n'est que la force en repos;
au lieu que l'état d alarme et de crainte estle sen-
timent de la faiblesse , et par conséquent de la
dépendance et de la servitude.
Ainsi , si je veuxconuoître le gouvernement qui
remplit le mieux ses devoirs, le gouvernement qui
gouverne le mieux, je ne m'informe pas si le pays
a toute la population qu'il peut nouinùr; de po-
pulation, il y en a toujours assez pour la surveil-
lance des gouvernemens, et souvent trop pour leur
ti'anquiliité ; je ne m'inquiète pas de savoir si le
pavs es-tbien ou mal cultivé ; c'est l'affaire de la fa-
mille libre de travailler eu de se reposer, de se
donner des jouissances lOu de s'imposer des pri-
vations, et qui cultive tîssez pour elle lorsqu'elle
senoui'rit, et assez pour l'Etat quand elle acquitte
l'impôt; et d'ailleurs , les peuples et les hommes
( ^-'4 )
](!S ]>]ij.s iiKllfirvc7i5 à leur bicn-rli'C physique, ne
«ioiit pas lis plus mavivais. Je ne domancle pas si
les arts y ont fait de grands progrès^ ils n'en t'ont
jvamais qu'aux dépens de choses plus iinportanlcs ,,
et il y a toujours assez d'arts utiles, et t-oujoiu-s
trop d'arts sviperflus. J(^ ne m'inlonu<> pas s'il v a
des académies et des théâtres, des banques et des
emprunts , des élections et la conscription , des
journaux et des loteries, pas ir.ême si la presse y
est libre ou soumise à la censure. Ce "qu'il y a de
véritablement u:ile, dans tout ce matériel de la
société, naît de lui-même et sans illort dans une
société bien ordonnée j c'est Tf^pplication à l'état
social de ce niot proiond de i'Lvangile : « Clier-
» chez premièrement l'ordre et la justice , et tout
» le reste viendra de lui-même.» Et en vérité,
rien de tout cela ne garantit un peuple contre les
révolutions; et ne fait trop souvent <jue hâter les
changemens qui \gs préparent. iSiais je demande
ou plutôt je regarde s'il y a sécurité entière pour
tous les intérêts le'gitimes , car tout ce qui est mau-
vais et illégitime dans les hommes et dans les
choses, ne doit avoir ni sûreté- ni sécurité- je re-
garde s^il y a sécurité pour le particulier, pour sa
vie , son honneur, ses biens , ses vertus , la consi-
dération dont ii doit jouir; sécurité pour le public,
pour les lois, la religion, la morale ; sécurité ,
enfin, contre les révolutions, premier objet de
l'assurance politiijue 5 sécurité, par conséquent,
qui ( mbrasse le présent et l'avenir, car c'est le
propre de cette disposition de Tàme de nous laire
espérer, dans le bonheur d'un jour, celui de toute
la vie, et même le bonheur de ceux qui sont des-
tinés à nous survivre.
Et quand je dis (jue je regarde s'il y a sécurité ^
je prends ce mot aupro])re et non aujci^vré, parce
que ce senliincnt de sécurité générale , s aperçoit
dans les habitudes extérieures des peuples, et
* ( 5oj )
donne à leurs nianûn-es, et même à leur figure,
une exDi'os.sion de Lonlieur, et par conséquent de
bouté et de bienveillance.
Tous les peuples républicains, sauf peut-être
les Athéniens , qui étoient un peuple d'entans, ont
été et sont encore sérieux ou plutôt sombres ,
tristes, moroses, peu communicatils, parce que
leurs o^ouvernemeus , toujours à la veiile ou au
lendemain d'une révolution, ne peuvent leur
donner une sécurité dont iis manquent pour eux-
mêmes ; et Hume remarque avec raison qu'en An-
gletei're, depuis sa dernièi'c révolution ,' Tiiidé-
pendance et la liberté j)ubliques , d'où naît la sécu-
rité individuelle, sont plus incertaines et plus
précaires. Au contraire, les peuples monarch'ques,
tels surtout que les Français, tenoient, de la torte
constitution de leur gouvernement, une confiance
et une sorte d'insouciance de l'avenir, qui sepei-
r;noient dansleur caractère etleux's manières, don-
noient de la grâce à leurs vertus et môme à leurs
vices 5 et ils ne s'arrétoient qu'à l'écorce, ces étran-
gers qui prenoient pour de la légèreté d'esprit et
de la frivolité de goûts, ce qui n'étoit au fond
que le sentiment et l'expression de la sécurité
générale.
Ainsi, siiafortune, la considération et la santé
même sont le fruit de notre industrie personnelle
et d'une conduite sage et réglée, la certitude d'en
jouir, ou la sécurité qui double la valeur de tous
ces biens, ne peut nous venir que du gouverne-
ment ; il n'est gouvernement que pour ce seul ob-
jet, et nous avons tous le droit de l'exiger de lai,
puisqu'il exige de nous la prime de cette assu-
rance, et que nous la lui payons de ce que nous
avons déplus cher, de nos biens et de no^ enfans j
et, sous ce dernier rayjport, le gouvernement s'est
imposé des devoirs bien rigoureux , lorsqu'il nous
a soumis au recrutement forcé, mesure qui ne se-
( 556 )
rolt qu'une insupportable tyrannie, si elle ne
tournoit pas à notre entière sécuiité.
Est-ce donc tiop lorsque les familles placent
dans la compagnie d'assurance et le sang de leiirs
enlans pour le service militaire, et la partie la plus
disponible de leur fortune pour l'acquiltcmeut
des charges publiques 5 est-ce trop de demander
AUX gouverneraens de les laisser jouir en paiv de
ce qui leur reste, d'assurer leur frêle bâtiment sur
cette mer ora<jeuse de la vie où se rencontrent
tant d autres écueils, de l'assurer et contre ces as-
soci<'.s inlidèles qui ibnt tourner à leur seul profit
les fonds de l'assurance, et, en voulant toute sû-
reté pour eux-mêmes, ne laissent aux autres au-
cune se'curité, et contre le feu des discordes civiles,
et contre les corsaires qui , sous le pavillon men-
teur de la liberté, infestent tous les parages de la
sociétés pillent la fortune publique, et menacent
toutes les fortunes particulières?
Ainsi , gouvcrnans et gouvernés, voulons-nous
savoir n nos gouvernemens sont ou ne sotit pas ce
qu'ils doivent être pour x'emplir leur desliuation,
sans nous livrer à d'oiseuses recherches d'écono-*
niie politique et de statistique qu'on seroit tenté
d'apjjelcr imgœ flif/ici/cs , lorsque l'on voit le peu
de fruit cju'en retirent les peuples, et le peu de
stabilité qu'y trouvent les gouverneniens ^ inter-
rogeons-nous nous-mêmes, et demandons -nous
s'il y a de la sécurité : c'est la pierre de touche
des gouvernemens, c'est le véritable pouls des
nations qui indique au médecin l'état de leur
santé ou le genre de leurs maladies.
Mais cette sécurité, le premier bien des hommes
en socie'té, la première condition de Tétat social ,
cette se'curité que, dans certains temps, les fautes
et les revers des gouvernemevjS ne peuvent ébran-
ler, s'alarme «le tout dans d'autres temps. liCS na-
tions, comme les hommes , coiilraclcnt dnnçlcnr^.
(557)
maladies une extrême irritabilité qui n't.st qu'une
.exagération de la sensibilité, et qui les dispose à
recevoir toutes les impi'essions de douleur, même
les plus fugitives , et à pressentir les maux qui ne
sont pas encore, comme elles ressentiroient des
maux réels et connus.
La religion a d(;s mystères et n'a point de se-
crets j les gouvernemens, au contraire, qui peu-
vent avoir des secrets d'administration, ne doivent
point avoir des mystères dans les motifs de leur
législation 5 et si l'une peut quebpiefois donner à
deviner, l'autre doit toujours se laisser compren-
dre : et, en vérité , 1 homme \c plus habile , et je
ne vois d'habileté que dans la raison, ne comprend,
plus rien à la conduite des gouvernemens.
L'homme instruit et attaché à ses devoii's, qui a
moins besoin qu'un autre de cette sécurité exté-
rieiu'e, parce qu'il en trouve une au fond de ^a
conscience que le gouvernement ne peut ni lui
donner nilui ôter, observe cependant avec inquié-
tude les svniptômes des maladies des nations dont
les plus graves sans doute et les plus irrémédiables
sont les erreurs de leurs gouveruemensj il s'étonne
de la marche foible ou violente, incertaine ou
systématique des gouvernemens européens, qui
empruntent au peuple de la force , et lui don-
nent le pouvoir en nantissement. Il contemple
avec terreur et pitié le culte qu'ils rendent et
les sacrifices nu'iis oiîrent à celte divinité noii-
velle (pi'ils aj)pellent Vesprit du siccle , idole
aveugle et sonrde , qui a détrôné en Europe
la raison de tous les siècles, et celle de Dieu
même.
Cependant jamais les principes religieux et po-
litiques de la société n'ont été mieux connus et
plus hautemcïjl proclamés; jamais une expérience
plus vaste et plus décisive n'a coniîrmé sur ce point
la vérité ou l'erreur des doctrines; et les gouver-
nemens, qui ferment l'oreille à la raison et les
i S5S )
yeuK à l*expévlonce, clioxhaiit ;"i lâtous des hommes
qui fassent aller un système, au lieu de rétaLlir
les principes ([ui puissent gouverner les hommes ,
compromettent leur esisteuce et le repos de la
société, en exposant les hommes qu'ils emploient à
la moLiiité du système, ouïe système qvi'ils sui-
vent à la ioiblesse des hommes.
C'est une remarque singulière qu^à toutes les
époques de notre histoire révolutionnaire, à com-
mencer dès l'Assemblée constituante, il y a eu en
France un homme qui , par la seule force de sa
position et des circonstances, très-incléptndam-
mentdc ses moyens persojinels, a pu sauver l'Etat,
et ne l'a pas voulu. Ce n'est pas que le courage ou
l'intention lui aient manqué 5 mais il n'avoit pas
de principes fixes de conduite j il savoit ce qu'il
ne vonloit pas, et ne savoit pas ce qu'il ^ouloil; et
il est resté immobile parce quil n'a su quelle
route prendre. 11 craignoit les hommes qui^fai-
soient le mal , et appuyoit les doctrines qui fai-
soient les hommes mauvais; et cette erreur, trop
long-temps prolongée, a perdu la France et la
pcidu ivii-niênie 5 car on n'est pas impunément
chargé d'im pareil fardeau : il laut le porter ou
eu être écrasé.
Partout où il existe un homme que les circons-
tances semblent appeler à uue si belle destinée , il
manque à cette sublime vocation, s'il se laisse ai-
grir par de petits i-essentimens , intimider par de
petites cvaiiites ,' détourner par de petites intri-
gues, imposer par de petits homnws , éblouir par
de petits svsièmes, égarer par de petits intéaéts;
car que sont toutes ces petitesses près de cette
haute mission -dont Thonneur ne seroit pas trop
pavé n>ême du sacrifice de la vie?
A toutes les époques de ]U)tre révolution, il a
paru des écrits sons ce titre : Ou auons-Jioiis P Ou
se le demande encore, et celte question , si sou-
vent répétée , accuse le gouvernement ; ou ne
( ^;|9 )
risque rien cle répondre : A la monnrcliie , car
tous les peuj)les y vont, même ceux qui passent
par la république. INIais si l'on insistoit , et qu'on
clemanclât quel chemin prenons-nous? il seroit
plus difficile de répondre : car, sans décider si
nous suivons le plus long ou le plus court , il est
certain du moins que nous avons pris le plus
périlleux.
De Bonaluv
Sur un oi(vra;;e de M. Je comte de Boissy-d^ An-
glas , itllitiilê : EsSAI SUR LA VIE, LES ÉCRITS
ET OPINIONS DE M, DE JMaLESHERBES.
L'esprit philosopln'que qui a dénaturé notre lit-
térature a surtout corrompu notre histoire 5 pre-
nant les mœurs pour des préjugés , il a substitué
des maximes à des peintures , une raison absolue
à cette raison relative qui sort de la nature des
choses , et qui iorme le génie des siècles.
Ce même esprit , en examinant les hommes ,
ne les mesure que d'après ses règles : il les juge
moins d'après leurs actions que d'après leurs opi-
nions. 11 y a tels personnages auxquels il ne par-
donne leurs vertus qu'en considération de leurs
erreurs.
Ces réflexions ne s'ont point applicables à l'au-
teur de V Essai sur la ane de M. de Malesherhes .
M. le comte de Boissy-d'Anglas se conuoît en
courage et en sentimens généreux : il seroit pour-
tant à désii'er qu'il eût commencé son ouvrage
par un morceau moins propre à réveiller l'esprit
de parti. Pourquoi tous ces détails sur les souf-
frances des proteslans ? Si c'est une instruction
paternelle que \ auteur adresse à ses enfaiis , elle
est trop longue 5 si c'est un traité histoviq;je ^ il
est trop coiirt. L'histoire veut surtout qu'on ne
dissimule rien , et qu'une partie du tableau ne
( 506 )
soit pas plongée dans l'omhrc , tandis (juc I.autif:
ve«;oit exclusivement la lumière. M. le comte de
Boissy -d'Anj^las gémit sur les proscriptions des
Calvinistes et les lois cruelles dont ils lurent frap-
pés. Il n'y a pas un honnête homme qui îje partage
i>on indignation ; mais pourquoi ne dit-il pas que
les protestans de JNîmes avoient égorge deux lois
les catholiques, une première fois en i56^, et
une seconde l'ois en 1 56g , avant que les catho-
liqueseussoiit,cn i5y2,massacréles pi'olestans (i)?
11 s'élève contre i'apoloi^ie de Louis Al f^ sur la
révocation de ledit de JSaittes ; mais ceile apf>logic
est pourtant un excellent morceau de critique
historique. Si l'abbé de Caveyrac soutient que la
journée delaSainl-Barthélemi lut moins sanglante
qu'on ne l'a cru , c'est qu'heureusement ce lait est
prouvé. Lorsque la bibliothèque du. \aticau étoit
à Paris (trésor inappréciable auquel presque per-
sonne ne songeoit) j'ai lait faire des recherches 5
j'ai trouvé sur la journée de la Saint-Barthélemiles
documens les plus précieux. Si la vérité doit se
rencontrer quelque part , c'est sans doute dans des
lettres écrites en chit'iies aux souverains pontifes ,
et qui étoient condamnées à un secret éternel. 11
résulte positivement de ces lettres que la Saint-
Barthélemi ne fut point préméditée ; qu'elle ne fut
que la conséquence soudaine de la blessure de
l'amiral , et qu'elle n'enveloppa qu'un nombje
de victimes , toujours beaucoup trop grand sans
doute, mais au-dessous des supputations de
quelques historiens passionnés. M. le comte de
Boissy-d'Angîas montre partout une sincère hor-
reur pour les excès révolutionnaires : cependant ,
si son apinion étoit que l'on a exagéré le nombn'
des personnes sacriliées , ne seroit-il pas souve-
(i) Les protestans île Nimcs avoient e'gorgc deux fois les ca-
tholiques, et, à la Saint-Barlhelemi, les catholiques de la même
ville refusèrent de massacrer les protestans. Je pourrois en dire
davantage, si je voulois parier du commencement de la révolu-
tion.
( 56i )^
rainement injuste de due qu'il fait l'apologie du
meurtre et du cTime ?
Quaut aux lois qui pesoient sur les protestans
en France, étoient-elles plus rigoureuses que ces
fameuses lois de découverte ( Laws ofdiscovçry)
qu' frappent encore aujourd'hui les catholiques
eu Irlande?. Par ces lois, les catlioliques sont en-
tièrement désai-més. Ils sont incapables d'acquérir
des terres. Si un enfant abjure la religion catlio-
lique, il hérite de tout le bien, quoiquii soit le
plus jeune. Si le fils abjure sa religion , le père n'a
aucun pouvoir sur son propre bien , mais il perçoit
une pensîï'^n sur ce bien qui passe à son fils. Au-
cun catholique ne peut faire un bail pour plus de
trente-un ans. Les prêtres qui célébreront la messe
seront déportés , et s'ils reviennent , jjcndus. Si un
«catholique possède un clieval valant plus de cinq
livres sterling, il sera coniisqué au profit du dé-
nonciateur.
Que conclure de ces déplorables exemples? Que
partout on abuse de la force , que partout , catho-
liques et protestans , lorsque les passions les
animent, peuvent se servir des motifs les plus
sacrés pour les ^ctes les plus impies 5 qu'enhn,la
religion et la philosopiiie ne sont pas toujours
pratiquées par des saints et par des sages.
Au reste, ne jugeons point les hommes sur ce
qu'ils ont dit» mais d'après ce q-ii'ils ont i/jit :
vovons M, de/SIal eshcrb.es sortir 4e sa re'raite à
rage de soi't^tc^douze lïUf^ , pour venir oifrir à
l'ancien maif-e dont ii étoi^ presqi.c oublié, l'au-
torité de ses Cheveux blancs et le vénérable appui
de sa vieillesse. « Lorsque la pompe et la spien-
» deur de Versailles, dit éIoquejn,mcnt M. d^e
)) Boissy-d'Anglas, étoient remplacées p.ar ^obsc,u-
)) rite de la tour du Temple , M. de lualesherbes
)) put devenir, pour la troisième fois, le conseil
Myde celui qui- étoit sans couronne et dans les
Tome II. — 25e LiYaAiSQK. 36.
( 5^2 )
j) fers, de celui qui ne pouvoit offrir à personne
» que la {gloire de iinir ses joui's sur le même
» échafaud que lui. »
M. de Malcshevbes écrivit au prcsidenl de la
Convention , pourlui proposer de défendre le Roi.
« Je ne vous demande point, lui dit-il dans sa
» lettre , de faire part à la Convention de mon
ï) offre, car je suis Lien éloig;ué de me croire un
» personna^^e assez important pour qu'elle s'oc-
» cupe de moi 5 mais j'ai été appelé deux fui^ au
» conseil de celui qui fut mon maître dans le
)) temps où cette fonction étoit ambitionnée de
)) tout le monde : je lui dois le même service,
» lorsque' c'est une fonction que bien des gens
» trouvent dangereuse. »
Pîutarque ne nous a rien transmis d'un îicroïsme
plus simple. Dans les âmes faites pour la vertu ^
la vertu est une action naturelle qui s'^accomplit
sans effort , comme les autres mouvemens de la
vie.
Louis XVI parut à la barre de la Convention
le 26 décembre. ]>!. deSèze termina son piaidover
par ces mots , qui sont restés dans la mémoire des
nommes : « Louis vint au-devant des désirs du
» peuple par des sacrifices personnels sans nombre,
» et cependant c'est au nom de ce même peuple
i) qu'on demande aujourd'hui Citoyens, je
» n'achève pas ; je m'arrête devant l'histoire. »
Ils ne se sont pas arrêtés devant l'histoire ! Ils
l'ont bravée ! Auroienl-ils pressenti qu elle leur
■réservoit la miséricorde de Louis XVIII?
M. de IVIalesherbes vint à la Convention avec
]M^I.deSèzoetTronchet,pourappuverlademande
d'un sursis, d'un appel a;i peuple, et pour réclamer
contre la manière dont les votes avoiont été comp-
tés. Il ne put prononcer que quelques paroles
e:i'r'^coupé''s de sanglots. Il' avoit sollicité le
saciidccj tout le poids du sacrifice retomba sur
( 563 )
ïui. 11 fut chargé d'annoncer au Roi l'ariét fatal.
Ecoutons-le lui-même raconter celte scène dans
la prison à M. Hue : « Je vois encore le Hoi (c'est
>• M. de Malesherbes qui parle); il avoit le dos
'» tourné vers la porte, les coudes appuyés sur
» une table, et le visage couvert de sa miaiu. Au
« bruit que je fis en entrant , il se leva : Depuis
" deux heures , me dit-il, je recherche en ma
31 mémoire si j, durant le cours de mon résine, j'ai
» donné ^volontairement à mes sujets quelque juste
» sujet de plainte contre moi; je "vous le jure
)» en toute sincérité, je ne mérite de la part des
« Français aucun reproche. »
]\I, de Malesherbes tomba aux pieds de son
maître, et voulut lui annoncer son sort. « Il étoit
^^ étouffé par ses sanglots, dit Cléry, et il fut
» plusieurs momens sans pouvoir parler. Le Roi
» le releva et le serra contre son .sein avec allec-
» tiou. M. de Malesherbes lui apj)rit le décret de
» condaranatK)n à la mort; le Roi ne lit aucun
j> mouvement qui annonçât de la surprise ou de
» rémotion : il ne parut affecté que de la douleur
» de ce respectable <^ieillard, et chercha même à
» le consoler. »
Les hommes vulg-îiires tombent et ne se re-
lèvent plus sous le poids du malheur; les grands
hommes, tout chargés qu'ils sont d'adversités,
marchent encore : de forts soldats portent légère-
ment une pesante armure. Après l'accomplisse-
ment du crime , le vénérable défenseur du Roi
se retira à Malesherbes: les bourreaux vinrent bien-
tôt l'y chercher. Il fut enfermé dans la prison de
Port-Royal avec presque tous les siens (i). Son
vertueux gendi-e, M. de Rosanbo, périt le pre-
mier. Ensuite , le plus intègre des magistrats parut
(i) M'"^ de Rosanbo et son fils, M. et M^^^ de Chateaubriand,
M. et M'"^ de Tocqueville , M. Le Pelletier d'Aunay.
36.
( 564 )
'lui-même devant les plus iniques des juges, avec
5a fille, M™ de Rosnnbo , sa petite-fille. M"' de
Chateaubriand, femme de mon frère aîné qui eut
aussi les mêmes juges et le même écliafaud : qu'on
mo pardonne cette vanité de famille : M. de Mal es-
herbes est qualifié dans son interrogatoire </e dé-
fenseur officieux de celui qui a récité sous le nom
de Louis XJ'I. On lui demanda si quelqu'un
«étoit chargé de plaider sa cause ^ il répondit par
un seul mot : INon. Le tribunal lui nomma d'office
un défenseur appelé Duchâteau. Ainsi celui qui
avoit défendu volontairement Louis XVI ne trouva
point de défenseur volontaire 1 Dans ces temps
où tout innocent étoit coupable , les avocats recu-
lèrent devant cinquante années de vertus , comme
dans les jours de juslice ils refusent quelquefois
de prêter leur ministère à de trop grands crimes.
JM. de Boissy-d'Anglas dit que 1 épouvante avoit
glacé tous les cœurs : tous sans doute , excepté
<:eux des victimes.
L'homme de bien reçut son arrêt avec le calme
le plus profond : on eût dit qu'il ne l'avoit pas
entendu tant il v parut insensible, mais il s'atten-
drit sur ^izs enfans que frappoit la même sentence.
11 sortit de la prison pour aller à la mort , appuyé
sur sa fille M""" de Rosanbo , qui étoit elle-même
suivie de sa fille et de son gendre. Au moment od
ce lugubre cortège alloit francliirle guichet, M"" de
Pvosanbo aperçut iNl"^ de Sombreuil , si fameuse
par sa piété filiale. « Mademoiselle j lui dit-elle,
» vous avez eu le bonheur de sauver la vie à votre
» père : je vais avoir celui de mourir avec le mien. »
« ]M. de iMalesherbes » ( je ne saurois mieux faire
que de transcrire ici un passage de l'ouvrage de
M. de Boissv-d"Anglas)(( M. de Malesherbcs avoit
». vécu comme Socrate , il devoit mourir comme
» lui. Mais sa mort fut plus douloureuse, puis-
M qu'avant de cesser de vivre , il eut sous les yeuX
( 565 )
h Taffrcux spectacle de la mort d'une partie de sa
» fatnille, et qu'on différa son supplice pour en
» augmenter la cruauté.
» Ainsi finit de servir sa patrie , en même temps
» qTi'il cessa de vivre , l'un des hommes les plus
» dignes de l'estime et de la vénération de ses con —
» temporains et de l'avenir. On peut dire qu'il
>) honora l'espèce humaine par ses hautes et con-
» stantes vertus, en même temps qu'il la fit aimer
M parle charme de son caractère.»"
L'éloge de M. de Malesherbes ne seroit pas
complet, si on n'y ajoutoit les paroles du Testa-
ment de Louis XVI :
« Je prie MM. de Malesherbes , Tronchet et de
» Sèze , de recevoir ici tous mes remerciemens
») et l'expression de ma sensibilité, pour tous Irs-
» soins et les peines qu'ils se sont d&nnés pour
» moi. »
Pourquoi M, le comte de Boissv-d'Anglas , qui
a loué si dignement M. de Malesherbes, s'efTorce-
t-il de nier le changement qui s'étoit opéi'é dans
quelques-unes des opinions de cet homme illustre?'
Quelle si grande importance met-il à prouver que
l'ami et le protecteur de Jean-Jacques Rousseau
ne s'est jamais accusé d'avoir cc^'lribué , par ses
idées, au malheur de la révolution? Cet aveu
rendroit-il à ses yeux: l'homme moins grantl , ou
la révolutiwn plus petite ? Pourquoi rcjeltc-t-il les
faits avancés par M. de Molleviile et par ^L Hue?
Pourquoi veut-il balancer, par son opinion étran-
gère, des traditions de famille? J ai moi-même en-
tendu M. de Malesherbes, déplorant ses anciennes
liaisons avec Condorcet, s'expli![U'er sur le compte
de ce pliilosophe avec une véhémence qui m'em-
pêche de répéter ici ses propres paroles. M. de
Tocqneviile , quia épouse une avitre petite-liik;
de M. de Malesherbes , m'a raconté que cet homme
vlmirable,la vciilc de sa mort j lui dit : « Mou-
( 566 )
î> ami , si vona avez des enfaus, elcvez-les pour en
» faire des chrétiens; il n'y a que cela de bon. »
Ainsi, ce fidj'île serviteur avoit profilé de la
leçon de son auguste iTiaîlre. Le Roi captif, e^n lé
chargeant d'aller lui chercher un prêtre non asser-
menté , lui avoit dit : « Mon ami , la religion con-
» sole Jout autrement que la philosophie. »
M. de Malesherbes ne manqua pas de consola-
tions religieuses à ses derniers moinens. Il y avoit
(juelques prêtres, condamnés comme lui , sur le
tombereau qui le conduisit au lieu de l'exécution.
La tolérance philanthropique avoit trouvé ce
moyen de donner des confesseurs aux chrétiens
qu'elle eixvoyoit au supplice.
Mettons d'accord les deux opinions : que la
philosophie réclame la première partie de la vie
de M. d« Malesherbes; la religion se contentera
de la dernière.
Quand M. le comte de Boissy-d'Angîas affirme
encore que M. de Malesberbes eût approuvé la loi
des élections, cela paroît un peu extraordinaire :
la loi des élections navoit que faire ici. M. de
Malesherbes est mort victime des opinions démo-
cratiques : fouiller dans son tombeau pour y dé-
couvrir un suffrage favorable à ces opinions, ce
n'est peut-être pas là qu'on pouvoit espérer le
trouver. S'il n'étoit oiseux de rechercher ce qu'eût
été M. de Malesherbes, en supposant qu'd eût
vécu jusqu'à la restauration, j'aurois sur ce point
<\cs idées bien difïérentes de celles de M. de Boissy-
d'Anglas. Il y a deux modérations : l'une est de
limpuissance , l'autre est de la force : avec la pre-
mière on ne peut marriier; avec la seconde on
s arrête quand on veut : avec l'une tout fait peur j
avec l'autre on est sans crainte. M. de ^Malesherbes
possédoit cette dernière et précieuse modération.
j1 n'anroit jamais été retenu par le cri éternel dts
laédiocres et des pusillanimes ; « ^'ous allez trop
( 56; )
»> foin. )) II eut donc été un ardent et zélé roya-
liste. 11 eût voté , comme son collègue M. de
Sèze , contre la loi des élections , les principes
ministériels lui auroient paru funestes, étrange
par cette raison dans la classe des exclusifs , il
eiit grossi la liste des destitués pour services
rendus à la cause royale.
M, de MaleslierLes fiit un homme à part au mi-
lieu de son siècle. Ce siècle, précédé des grandeurs
de Louis XIV, et suivi des crimes de la révolu-
tion, disparoît comme écrasé entre ses pères et ses
fils. Le règne de Louis XV est l'époque la plus
misérable de notre histoire : quand on en cherche
les personnages, on est réduit à fouiller les anti-
chambres de M. le duc de Clioiscul , ou les salons
de M'^'^ d'Epinay et de M""^ Gcolîrin. La société
entière se décomposoit : les hommes d'Etat dcve-
noient des gens de lettres, les gens de lettres des
hommes d'Etat, les grands seigneurs des ban-
quiers, et les fermiers généraux de grands sei-
gneurs. Les modes étoient aussi ridicules que les
arts étoient de mauvais goût; et l'on peignoit des
bergères eu paniers dans les salons où les colonels
brodolent au tambour. Et comme pourtant ce
peuple français ne peut jamais être tout-à-fait
obscur, il gagnoit encore la bataille de Foutenoy,
pour empocher la prescription contre la gloire, et
Montesquieu, Voltaire, Bulîbn et Rousseau écri-
voient pour maintenir nos droits au génie.
Notre célébrité se réfugia particulièrement dans
les lettres; mais il en résulta un autre mal. Les
auteurs pullulèrent; on devint fameux avec un
gros dictionnaire ou avec un quatrain dans Wdlina,-
nacli des Muses ; Dorât et Diderot curent leur
culte. Les poètes chantoientle temps des cinq maî~
tî'csses , et détruisoient les mœurs; les philosophes
bâtissoient VEncyclopcdie , et démolissoient la
France.
( 568 )
Toiilefois fies figures respectables se montroient
dans les aiTièie-plans du tableau. Elles apparte-
nuieut presque toutes à raucienne magistrature.
Quelques uues Je nos familles de robe retraroicnt,
par la naïveté de leurs mœurs, ces temps où
Henri m, venant visiter le président de ïhou ,
s'asseyoit, faute de chaise , sur un coffre. M. do
]\Ialesberbes conservoit la science, la probité, la
l>onhoinie et la bonne humeur des anciens jours.
On raconte mille traits de sa distraction et de
sa simplicité. Il rioit souvent : son visage étoit aussi
gai que sa conscience étoit sereine. Au pi'emier
abord, on auroit pu le prendre pour un homme
commun , mais on découvroit bientôt en lui une
haute distinction : la vertu porte écrite sur son
front la noblesse de sa race. Ce qui pjrouve le
charme et la supériorité de M. de INIalesherbes ,
c'est qu'il conserva ses amis dans les jours de ses
succès. Or, le plus grand effort de l'amitié n'est pas
de partager nos infortunes, c'est de nous pardon-
ner nos prospérités. Si M. de Malesherbes ne fit
que passer dans les affaires, c'est qu'on ne parvient
point au pouvoir avec une réputation faite, ou
que du moins on n'y reste pas long-temps. Il n'v
a que la médiocrité ou le méiite inconnu qui
puissent monter et rester aux premières places.
Deux mots échappés k M. de Malesherbes pei-
gnent admirablement sa magnanimité. Lorsque
le iloi fut conduit à la Convention, M. de Males-
herbes ne lui parloit qu'en l'appelant Sire et Potre
Majesté. Treilhard l'entendit, et s'écria furieux :
Qui i^oiis rend si hardi de prononcer ici des mots
ijue la Cofiweniion a proscrits ? — J/ofi mépris pour
Toi'S et pour la lue , r<']iondit M. de Malesherbes.
Le Roi demandoit un jour à son vieil ami com-
ment il pouvoit récompenser MM. de Sèze et
Tronchet.'' J'ai sorigé à leur faire un legs, disoit
i iuiortuné mouaique, mais le paicroit-ou ? — //
( ^'69 )
est payé , Sire, répondit M. de Malesherbes,
volts les ai'cz choisis pour dcfetiseurs.
Dans ma jeunesse, j'avois formé le projet de
découvrir par terre , au nord de l'Amérique sep-
tentrionale , le passage qui établit la communica-
tion entre le détroit de Bcrliing et les mers du
Groenland. JM. de Maleslierbes, confident de ce
projet, l'adoptoit avec toute la chaleur de son
caractère. Je me souviens encore de nos longues
dissertations géographiques. Que de choses il me
recommandoit ! que de plantes je devois lui rap-
porter pour son jardin de Malesherbes ! Je n'ai
pas eu le bonheur de l'orner ce jardin, où Ton
voyoit :
Un vieillard tout semblable au vieillard de Virgile,
Homme égalant les Rois , homme approchant des Dieux,
Et, comme ces derniers , satisfait et tranquille.
Mais les beaux cèdres que ce vieillard a planté;,
et qui ont grandi comme sa renommée, sont au-
jourd'hui religieusement cultivés par mon neveu ,
sou filleul et son arrière-petit-fils. C'est avec un
plaisir mêlé d'un juste oi'gueil que je trouve ainsi
mon nom uni, dans la retraite d'un sage, au nom
de ^ï. de Malesherbes. Si , comme ce nom immor-
tel, le mien ne représente pas la gloire, comme
ce même nom du moins, i\ rappellera la fidélité.
Le Vicomte de Chateaubriand (*).
MARS i8o4, i8i4, i8i5, 1819.
C'est une chose assez remarquable que le rap-
prochement possible à frâre des nombreux et im-
portans événeraens dont nous avons été témoins
(*) On a répété ?vec une sorte d'affectation, dans quelques
1^ journaux, que je n'enverrois plus rien au Conserx'oleur : ma
signature dément assez ce bruit dénué de tout fondement.
( ^70 )
(àcpnîs peu de temps, cl qui se sont passés à peu
■yvcF à la même époque de lannér. ?ie si'inl)le-t-il
piis, en edt t, que maint' nanl la révolution aime à
placer ses ides au mois de mars, comme la lépu-
hlîquc de 1798 les plaroit au mois de septembre?
Ne diroit-on pas que ce mois, qui voit renaître le
printemps, ne prépare que des orages pf»'.ir la
France, el que la Providence l'attend pour livier
notre pays aux tempêtes? Je n'irai pas ^ pour le
prouver, détaillei* tour à tour les événcmens du
mois de mars de chaque année. Hélas 1 qui de nous
n'a pas dans ce mois quelque funeste anniversaire ?
Qui de nous n'a vu srs malheurs particuliers se
joindre aux calamités publiques? Je citerai seule-
ment les événcmens marquans de quelques unes
de ces époques. Il me semble que, parmi toutes,
je ne puis choisir, pour la citer la première, une
époque plus douloui'eusetuent célèbre que celle
du 21 mars i8o4- Funeste 21 mars, qui ravit à la
France un Coudé , aux gnerriers un ami , aux hé-
ros un m-odèle ! Ce 21 mars où le dernier rejeton
d'une noble tige tomba sur la terre, inopinément
frappé par la ioudre.
5lais un autre mois devmars devoit le A^oir ven-
f^er, bien que la Pro\idcuce ait laissé, long-temps
impuni le meurtre de \inccnnes. Sa terrible
équité n'accorcle que des triomphes passagers.
Aman périt à ia potence prépare'e pour INlardo-
chée.
Le corps du prince guerrier fut la première
marche dont se servit l'usurpateur, ivre du sang
d'an Bourbon, pour gi-avir au trône de ses maîtres :
il régna I Une nation belliqueuse entendit les
clairons, et. d'immenses armées coururent sur les
traces d'un capitaine qui les entraînoit aux dan-
gers~ à la conquête. Bientôt l'Atlila du Midi dé-
vasta le iNoi"d comme jadis rAlliia du >ord avoit
dévasté le Midi : les rovaumes lointains furent
( 571 )
conquis, et le malheur du Monde fut appelé de la
gloire.
C'étoit alors pourtant que l'invisible Providence
préparoit sa juste vengeance; car il est dur au
victorieux de voir la victoire le délaisser; il est
dur au conquérant d'être ramené dans ses foyers j
il est dur à l'usurpateur de descendre du trône, et
ce fut un autre raois de mars qui vit se consommer
la vengeance de Dieu.
Le Génie guerrier de la France avoit fourni de
nouvelles armées à celui qui lâchement abandonna
les débris de la sienne aux rives de la Tîérézina. En
vain une sanglante lutte se prolongeoit : l'heure
étoi t sonnée. iJouze cent mille hommes se batloient
en France ; l'ange exterminateur s'étoit mis cette
fois à la tête des bataillons alliés, et la France fut
occupée. Il fallut céder à la main vengeresse, et
mars i8i4 fut le terme du pouvoir usurpé.
La main de la Providence avoit frappé : son ins-
piration dicta un nom que l'on ne pronouroitplus
sans le payer de sa téte^ un nom chéri auquel se
rattachoient tous les antiques souvenirs.
Cent mille voix appelèrent les Bourbons; Paris
d'abord, puis la France entière répétèrent l'accla-
mation si chère : les Bourbons fui-ent rendus à la
patrie; le drapeau blanc flotta sur nos cités, et
l'usurpateur s'en fut.
Tous s'empressèrent de rendre un légitime
hommage à des princes qui revcnoient après tant
d'infortunes, et dont le premier qui loucha le
seuil du palais des rois ses aïeux s'écria : « Rien
» n'est changé en France; il n'v a qu'un Franrais
)) de plus. » Le retour de 1 auguste lamille fut
celui de la paix, detoutesles espérances, C'étoient
des Français retrouvaïitle foyer paternel; c'étoient
les tils de Henri IV revenant près de son berceau ;
le bonheur étoit rentré àleur suite; aussi lenthou-
.'iasme fut vrai, fut lovai, fut universel : chacun
( ^r- )
réprouva; et si l'on avoll banni plus loin de J,i
France l'horame dontlc souffle dangereux pouvoit
encore y parvenir, la France florissante, pacifiée
sous la paternelle domination de ses anciens maî-
tres , n'aiiroit pas eu de nouveaux crimes à pleurer,
et n'auroit pas à gémir eucore sur les jours qui
suiviient mars i8i5.
A celte fatale époque, le Corse échappe de l'île
où la clémence imprévovante de l'Europe l'avoit
laissé., et dès lors va se développer la plus infjime
trahison.
Les tempêtes vomissent à Cannes l'homme de
l'île d'Elbe. Escorté de ses séides, il s'avance au
travers de la France stupéfaite 5 immobile d'effroi,
elle voit passer son char en silence, et les amis de
l'usurpateur sortir des rangs des troupes de son
Roi.
Le i" mars 1810, Buonaparte avoit touché le
sol français; le 5 mars 1810 l'effrovable nouvelle
retentit à Paris; alors se déclare la plus épouvan-
table défection , et le siècle des cent-jours com-
mence.
Je m'arrête : le respect me défend d'éci'ire ce
que ma mémoire me dicteroit , ce que ma liaison
]ii'inspire, en lisant une ordonnance contresignée
d'un ministre responsable, et datée aussi du 5
niars ! 1819.
Le Comte Humbert de SesûlusonS.
Lettre de M. M., ci-devant curé consLitutiovve! ,
il M. Â.-C.j directeur de rinstruction pub/ique,
et cïetera,
Monseîgjicur ,
Si je ne craignois de vous ennuyer, en vous
rc jiétant la même chose tous les malins depuis
qi.iue jours , je vovis dirois que je viens de rcce-
( 573 )
roir encore plus de deux cents coups de pied dans
la région abdominale ! C'est une contrariété à la-
quelle je ne m'habituerai jamais , et surtout de la
part de mes écoliers. D'ailleurs, j'ai la poitiine
délicate, et ce n'est pas sans raison que monsieur
votre frère a redit l'autre jour, après l'école de
Salerne et Jean de Milan : Dcbile pcctits piigiilo
do le t.
Si je pouvois douter de votre bon vouloir et de
votre pouvoir sur la matière studieuse, , je renou-
cerois bien vite à professer les belles-lettres j j'i-
rois travailler à la rédaction du Journal des Maires^
et je crois connoîti'e assez M. de M....1 pour oser
me flatter de n'être pas roué de coups dans son
cabinet ; il n'en pourroit trouver le plus lég^cr pré-
texte, même en botanique; car nous avons gardé
constamment la même opinion sur les crucifères
et les liliacées, et sifuiles similibus gaudent.
Vous rappeler ici le beau vers de notre Martial,
tîoii vivere , sed 'valere vita , ne seroit-ce pas me-
connoîti'e en vous et l'universalité' du savoir et
l'infinité de la mémoire? Mais qu'ai -je dit? et
parvenu, comme vous l'êtes, au trône universi-
taire; assis au faîte des lettres humaines, un soup-
çon pourroit-il s'élever jusqu'à vous ? Non vii^ere,
sed imlere inta! Je le dirai sans crainte et sans
ménagement; mais je laisserai du moins à votre
ingénieuse philanthropie le soin de m'en faire
l'application. Passons au récit de notre dernière
émeute, dont j'aui'ai l'attention d'abréger pour
vous les détails.
Nos e'tudians ont adopté par acclamations la
Charte rédigée i^ar des écoliers de Louis-le-Grand.
(^Que ce collège soit indigne du nom qu'il porte ,
ou que ce soit l'opposé, je vous laisserai déclarer
votre opinion avant de publier la mienne , et vous
méritez , Monseigneur, autant de coiiliencc que
de' déférence.)
( %4 )
Vo'là cloue une Charte adoptée , juice , procla-
mée dans nos trois cbiu-s, et sans la moindre con^
cession d'aucun ; égcnt. Il y a dans tout cela quelque
chose àedoctriiiairj. Je ne me pi-ononce pas contre
la le'gitiialté de riustitutiou ; mais , pour vous bien
démontrer en elle un vice radical , je vous en dirai
la substance et les six articles fondamentaux.
Primo, le rappel des bannis. C'est de toute jus-
tice, et cela va sans dire aujourd'hui. Le renvoi
d'un rcpctiteur. Il sera chassé, puisqu'il déplaît à
messieurs de la classe de sixième. Ne jamais aller
à 'véprcs. A la bonne heure. Ne plus aller à la
messe. C'est comme il vous plaira, Messieurs. Se
yrom,'^ner au Palais-Royal . Accordé; mais jusqu'à
minuit seulement. ()°. Ne plus manger du miroton.
J ai prissur^moi de répondre à ces messieurs qu ils
pourroieut manger simplement du pain les jours
impairs, mais qu'il falloit absolument se laisser
diriger, eu cela, par la direction générale , que l'on
n'oseroit jamais , sans votre permission , faire ré-
chauffer du bouilli dans de l'eau claire 5 enfin, que
j'espérois obtenir de vous cette faveur-là, et que
ce seroit une grande économie pour les ognons
de rLniver.5ite'.
Vous voyez que ma proposition <}l amendement
n'avoit rien de provocateur ; mais c'éloit la seule
observation que j'eusse faite, et ces messieurs en
ont mal auguré de mes dispositions pour Venstm-
hle de la loi ; ils m'ont supposé contraire aux in-
térêts de leur révolution 5 il s'est élevé des cris, des
m.enaces et des huées. J'avois prévu l'orage j et le
sixième article de la petite Charte est venu m'of-
frir une occasion d'affronter le danger. Il s'agissoit
de ne plus souffrir les salades de indches. Je me
suis récrié , comme vous le pouvez croire, et vous
partagerez assurément la violence de mon émo-
tion. J'ai déclaré cette clause intempestive, inexécu-
table etsa tentative inconstitutionnelle^ en ce qu'elle
( ^1^ )
attaquoit la prcrogatiwe du directeur généi'al ; j'ai
dit que les sufades de mâches étoieiit la pierre an-
gulaire de toutes les réfections collégiales 5 que la
verdure éloit singulièrement agréaLle en hiver,
ne la vîl-on que dans un saladier; que ces inno-
cens végétaux formoient un aliment classique ,
un mets Ijucoliqne estimé des Laconiens , »^i l'a-
voient suriommé pa(r:>£ta: enfin , que l'amour des
mâches étoit pour vous un culte de famille; que
monsieur votre frère en conseilloit l'usage à tous
ses malades en toute occasion , et que vous ne
consentiriez jamais surtout a vous laisser dépouil-
ler de Vnii'fiali^c , à qui vous devez un si prodi-
,gieux succès à la Cliambre des Députés.
O néant de l'éloquence! désastre de l'épenthère
et vanité d{; l'amjjlifîcation ! Ewit ur gaour en
dc'y's Greith aiiczd Imaginez que tout l'effet
de ma renioiitrance a été de me faire traiter par
ces humanistes, aLsoiunient comme si j'eusse été
la cruche du réfectoire ou la lauterne du dortoir.
Ah! si la frayeur qu'ils m'ont causée n'e'toit pas
venue promptement à mon secours , en se mani-
lestant ex abrupto , î^s nr'auroient infailliblement
pulvérisé.
Parmi tant d'outrages , il en est un qui m'a
semblé le plus cruel et le moins mérité; tous les
écoliers m'ont appelé calotin ; et ceci devroit être
assimilé, dans les collèges, au crime de réaction.
Cette malice étoit d'autant plus noire , qu'il n'est
pas uu de ces jeunes citoyens qui ne m'ait entendu
parler de mon épouse , et que nos trois demoiselles-
sont assez souvent uu sujet de propos légers pour
messieurs les rhétorîciens. Je croyois assurément
m'étre bien mis à couvert d'une épitliète aussi flé-
trissante ; si j'y puis espérer quelque adoucisse-
luent , c'est pour avoir entendu proférer par les
révoltés des interjections doctrinaires , et princi-
palement vivat R.-C.- Puissent-ils i à défaut de
( ^7« )
soumission, déférer à vos apophtliegmes, et me
traitci- à l'avenir avec moins de vivacité!
Nous évaluons à 7,841 fi*. 7^ c. la restauration
de la crédencc et le rachat des effets brisés pen-
dant la troisième insurrection. Je crois que celle-
ci aura des résultats plus dispendieux; car nous
n'avon* pas une vitre intacte, et nous avons eu
des jambes fracturées.
L'on aura besoin de tout votre crédit pour faire
augmenter cette année le budget de l'Université.
Vous obtiendrez facilement pour cela quelques
centimes additionnels; mais, avant tout, IMon-
seigneur, il est urgeiit de nous débarrasser de
quelques ultra. Souvenez-vous des promesses que
vous avez faites, et donnez-nous enfin M, G....t
pour proviseur! ]Sous ne pouvons consentir à nous
passer plus long- temps de M. G t , et je ne con-
rois pas ce qui peut vous arrêter. ]M. G....t est un
objet purement scolastique , dont vous devriez
hornir l'usage à 1 instruction élémentaire ; c'est un
arbuste indigène au collège, et la politique en a
dénaturé les fruits en nous larvacliant. Il seroit
peut-être devxniu le Berquin des lih cran. v. Scspre-
micrs ouvrages étoieuL d'une^uérilité délectable,
et, dans nos classes de s<'ptième, il auroitpu comp-
ter autant d'enlhousiasles oue de lecteurs !
Pourquoi fait-il imjirimer aujourd'hui des in-8"
«t des journaux métapolitiqucs? Quels sont les cn-
fiins qui voudroient les lire? Où sojit les parcns
qui les achètejiti' Lt pourquoi les ministres nous
refuseroient-ils l'assistance de iNl. G....t, qui par-
tout ailleurs que chez nous , ne peut leur être utile
à rien? Il y a l.î-dessous quelque chose de si inys >
lérieux, que nous l'attribuons à l'influence d'une
association sccrèfe , elles royalistes auront cous-
pire pour empêcher à la fois la spi'cialiié de s'éta-
blir dans les collèges, en empêchant IM. G — t de
paroltrç à son ayajitage. Ou ^e peut trop se coulier
à VOUS pour tous les calculs de proLabilité pos>
isible, et la solution de ce problème vous appartient
certain ementjf«7i.s et facti.
Continuez, Monseigneur, à vous' justifier de vos
emplois par voire viij^ilance, de votre importance
par votre gravité, et de votre éloq^uence par votre
modestie. Je ne vous laisserai désormais rien igno-
rer sur la génération, studieuse, que l'on verra
s'élever, j espère, à lahri de votre discrétion. Je
me borne à vous signaler, pour aujourd'hui, les
cficls et l'inconvénient d'une énergie prématurée,
T' • l'i 1.. or
J ai 1 iiouneur detre, etc.
Paris, le i8 mars i8ig.
L'antiquité trouvoit que l'homme de bien aux prises
avec l'adversité , étoit un .spectacle digne de fixer les regards
des Dieux. Il est vin spectacle plus intéressant encore,
c'est celui d'une nation qui ne veut que le repos dans
une sage liberté, bittant contre les fautes de ceux oui la
dirij^^nt, opposant la vérité dont elle a la sensalion aux
sophisnics avec lesquels on prétend la séduire, le calme
qui naît du sentiment de sa force aux passsions des mi-
nistres, et ses connoissancés en politique à leur inconce-
vable ignorance. On a regardé trop long temps \\ soumis-
sion profonde que le nom sacré du Roi uispiroit. aux
hommes monarchiques, comme un signe de servitude.
Nulle parr cepen<lant le nom du monarque n'est plus res-
pecté qu'en Angleierrcj nulle part aussi on ne comprend
mieux la d stinclion fondamentale entre ce qui est l'œuvre
de la royauté, et ce qui est l'œuvre du ministère. Il auroit
fallu plus d'élévation dans lame, plus de connoissance de
noire histoire , que n en ont ceux qui nous administrent ,
pour deviner que c'est parmi les rojalistes qu'existent les
véritables idées d'indépendance, qu'ils faisoient un sacri-
fice personnel à l'intérêt général, en se jetant toujours liu
côlé du pouvoir ro_yal plus affoibli encore par les doctrines
que par les etfets de la révolution 3 mais que, partisans
sincères des libertés publiques dont ils ont plus besoin pour
Tome II. — 25*^ I.ivR.AiiON. 87
conserver que ceux qui sont avides d'acquérir, lo jour où
l'auforilé 1ns repousseroit , ils Irotiveroient en eux-mêmes
une puissance insurmontable. Portant vers la liberté cette
force que donne Tamour de tout ce qui est bon, utile et
honnête, il étolf facile de prévoir qu'ils meltroient Popi-
nion publique de leur côté. Le premier essai qu'ils ont fait
a été justifié par un succès qui n étonne que ceux qui ne
savent rien d'avance. Déjà /c Cunseivafeur obùen\ en Europe
le même crédit qu en France, parce que l'unilé de ses prin-
cipes inspire la confiance ; et , au milieu de 1 1 confusion de
toutes les idées et de tous les sjstèines, ce que les hommes
de bien demandent par- dessus tout, c'est la vérité.
En effet, dès que l'on compare la fixité des principes
que soutiennent les hommes monarchiques à la vers.itilité
des doctrines révolutionnaires, peut-on douter de quel
côté se trouvent les lumières et la sincérité? I^e contraste
est bien plus frappant lorsque, réfléchissant sur l'union
étranf^e formée entre le ministère et les factieux, on rap-
proche ce qu'ils écrivent sur le même sujet pour y ap-
prendre du moins jusqu'à quel point ils sont d'accord.
Loin d'être ef.rayé de leur union, on s'aperçoit alors qu'ils
s'affoiblissent réciproquement ■ et, pour l'observateur at-
tentif, ils en sont déjà au ridicule.
Nous allons en offrir la preuve, en donnant une ana-
lyse exacte de ce que les deux partis coalisés ont écrit jus-
qu'à ce jour au sujet de la proposition faite par M. Bar-
thélémy :
« L'agitation violente , qui marchoit de Paris sur tes
» départemens, en exaspérant l'esprit du peuple, a donné
» à la nation une attitude calme qui a pour jamais renversé
n l'aristocratie, conformément à l'ordonnance du 5 mars
» qui a appelé, dans la Chambre des Pairs, tous les hommes
» jouissant d'une haute réputation et d'une grande for-
w tune, afin de donner plus de force et d'éclat au pouvoir
w aristocratique. »
Qu'on dissémine ces contradictions et ces absurf^ifés en
mille pag;es, ou qu'on les réunisse en quelques lignes , l'effet
est absolument le" même pour les honunes éclairés; et
seuls ils fixent l'opinion publique. Pauvres successeurs des
apôtres de la révolution ! vous nous aviez menacés d'agi-
tations violentes, et c'est à la tribune d'un corps politique
( -^79 )
tini sanroit délibérer sans crainte au milieu des poignards
des factieux , que vous osiez monlrer la France s'insur<i;e;int
pour faire reculer la raison. Nous avons souri de pitié ;
lesdépartemensont aplani les routes pour ne pas relarder
la marche de cette agitation violente qui accouroit vers
eux ', ils l'attendent encore , et n'ont vu passer que quelques
intrigans politiques, courant nuit et jour, et payant les
£;uides comme s'il s'aglssoit des élections. Ce n'est qu'à
leur passage dans les villes , qu'à leur descente aux hôtels
de préfecture que les départemens ont appris qu'ils avoient
un besoin extrême de faire des pétitions, et qu'on leur en
apportoit de toutes faites , pour qu'ils n'en doutassent pas.
Nous, royalistes, que vous accusez de n'embrasser la
Charte que pour l'étouffer, et qui cependant avons seuls
établi les doctrines qui peuvent lui donner la vie, nous
qui avons créé la langue qui lui convient , langue si vraie
que vous 1 adoptez sans même vous apercevoir qu'elle
vous enchaîne dans le cercle constitutionnel, nous avons
examiné le droit et l'effet moral des pétitions collectives,
et tout voire échafaudage d'intrigues s'est écroulé de-
vant le bon sens , comme votr(> agitation parisienne et dé-
partementale s'étoil dissipée devant le sourire du mépris.
Avant même d'avoir été produites à la tribune , vos péti-
tions sont comme non avenues ; et il ne vous reste plus
qu'à divertir la France, en les défendant avec la même
chaleur que si vous ne saviez pas qui les a provoquées et
qui les a faites. Vous jouez devant des spectateurs qui .sont
tous dans le secret des coulisses ; l'illusion est détruite.
Vous avez déjà reculé du peuple qui s'agite à la nation
dont l'attitude est imposante ; cela est contre les règles de
la progression dramatique. Nous en convenons, l'altitude
de la nation est très-imposante pour les factieux, très-im-
posante pour ceux qui crojoienl tout entraîner par la peur,
très-iiaposante pour un ministre qui , dans une question
politique soumise à la discussion des pouvoirs de la société
a osé faire intervenir les passions populaires. Il a oublié , et
nous l'enremercions bien sincèrement, quel'Europel'écou-
toit, et qu'il alloit perdre à jamais toute influence auprèsdes
cabinets étrangers pour les diverses manières sous lesquelles
il lui plairoit dorénavant de montrer la France. Le temps
des duperies politiques est passé : ce n'est pas l'agitatioa
37.
( ô8o )
<}ui marche, c'est la vérité; et déjà le discours de M. le
président du gouvernement du Pvoi a été jugf; au dehors
comme en France. C'est l'effet d'un prodigieux mérite que
de réunir ainsi l'opinion européenne. Pour l'honneur de
notre patrie, nous desirons que le ministère ait sans cesse
présent à la pensée que les gouvernemens représentatifs
s'établissent sur plusieurs points de l'Europe, que les na-
tions s'éclairent réciproquement, qu'il y a des juges par-
tout, parce que partout il y a des intéressés, et qu'on ne
peut plus agir ni tromper comme à l'époque où le monde,
tout entier sous les armes, ne connoissoit d'erreur qu'une
défaiie , et de vérité que la victoire.
La nation française n'a point pris d'attitude nouvelle au
sujet d'une proposition appujée par la majorité de la
Chambre des Pairs, et qui ne peut devenir une action
publique que par l'accord des trois pouvoirs de la société.
La nation est restée confiante dans la bonté de ses institu-
tions ; elle n'a pas plus demandé qu'on brisât la majo-
rité de la Chambre Haute par radjonclion de soixante pairs,
qu'elle n'a'oit demandé qu'on diminuât le nombre de ses
députés par l'ordonnance du 5 septembre. La nation croit
que des modifications dans la manière d'exercer ses droits
constitutionnels seroient excellentes si elles éloignoient à
la fois 1 inlluence trop directe du ministère , et l'influence
dangereuse d'une faction qui annonce trop hautement
le désir de s'emparer exclusivement du pouvoir, pour que
ses iMientions ne soient pas suspectes. Si là nation étoit
trompée dans ses espérances, elle ne s'agiteroil pas encore ;
elle saii qu'ajant plus de lumières que ceux qui l'admi-
nistrent , il lui suffira de profiler de leurs fautes pour les
renverser, et assurer les libertés que la Charte lui a garanties.
Tout ceci est une affaire de raison ; le tumulte ne feroit
que donner à ceux qui ont embrouillé les choses, un moyen
de sortir d'une fausse position ; c'est ce que nous ne vou-
lons pas
l'.n tant que le peuple auroit pu intervenir par de l'agi-
tation, et la nation par un calme imposant, tout reste
donc , à l'égard de la proposition faite par M. Barthé-
lemv, comme s'il n'avoif jamais été question du peuple,
de la nation et des pétitions. Ceux qui ont (ait les frais
de tous ces discours et de toutes ces intrigues en seront
( 58i )
pour leurs avances. Nous pourrions donc attendre tran-
quillement la discussion qui va s'ouvrir sur ce sujet dans
la Chambre des Députés, si nous ne trouvions nécessaire
de saisir Toccasion de montrer à la France que, ses des-
tinées étant renfermées dans l'action des pouvoirs de la
société , les élections sont l'affaire la plus importante
de tout peuple qui a besoin de liberté, et qui ne peut
trouver le repos que dans rexécutiony/ancZ/e de ses lois
fondamentales.
Tout le monde convient que la loi des élections est dé-
fectueuse , au moins en ce sens qu'elle n'a donné aucun
moyen de prévenir les abus qui se sont introduits dans
la manière de la comprendre et de l'exécuter. Les faits sont
si notoires que le ministère ne les nie pas ^ pressé même
par la vérité, il vient de les avouer, et un député au-
torisé par le ministère , prôné par les journaux soumis à
la police ci-devant ostensible, a imprimé des aveux qui
ne laissent rien à désirer.
Où donc commence la division sur la nécessité de revi-
ser la loi ?
Le ministère prétend que les abus peuvent facilement
être réformés par le secours seul de l'administration,
c'est-à-dire par le ministère ; que les pouvoirs ^e la so-
ciété n'ont pas besoin d'intervenir, et que les Français
doivent s'en rapporter au Roi, c'est-à-dire toujours au
ministère. De sorte que l'influence trop directe du minis-
tère , qui est de tous les abus le plus dangereux pour
les libertés publiques, ne seroit soumise qu'à la réforme
que voudroit en faire le ministère j prétention qui n'est
pas supportable.
Les royalistes, avec l'expérience des siècles passés et
l'expérience vivante de l'Angleterre , disent que tout abus
dans une loi constitutive d'un des pouvoirs de la société
ne peut être réprimé que par l'accord des pouvoirs de la
société ; qu'il est indifférent d'examiner quel est le pouvoir
qui, le premier, appelle l'attention des autres, puisqu'ils
sont tous solidaires ; qu'on ne pourroit affoiblir l'un sans les
affoiblir tous, puisque la plénitude de leur action est
également nécessaire à la marche du gouvernement repré-
sentatif, et que laisser faire par des règlemens d'admi-
nistration publique ce qui ne peut s'opérer avec loyauté
( 58. )
que par des lois discutées entre les trois pouvoirs de la
société, seroit une folie si complète que la nation qui
périroil pour s'j être livrée, n'ins[)ireroit pas même de
la pitié dans les maliieurs qu'elle auroit attirés sur elle.
Les indépendans ne disent rien de positif j formant
une faction, ayant toutes les forces et toutes les ressources
d'une faction, ils n'ont rien à disputer au ministère qu'un
Iroisième succès qui leur paroi; assuré; maîtres alors de
de faire ce qu'ils voudront , i's ne consulteront qu'eux
pour faire tous les changemens qui leur paroitront com-
modes.
Les royalistes constitutionnels sont donc entre les pré-
tentions malheureuses du ministère et la possession acquise
des indépendans.
La question ne seroit pas douteuse s'il n'y avoit, dans
la Chambre , que des royalistes et des indépendans , car la
majorité est ici aux royalistes. Cela pourroit-il être autre-
ment dans une monarchie, de quelque manière qu'elle ait
été conduite depuis quatre ans':' Mais, outre les royalistes
et les indépendans, il y a ce qu'on appelle le centre ou
le ventre, c'est-à-dire les hommes qui ae sont jamais
remués par de grands intérêts, et qui sont toujours décidés
par de petites considérations. Les petites considérations
sont de leur nature personnelles. Et comment croire qu'on
ne doive pas se ranger du côté d'un ministère qui peut
tant pour 1 agrément des individus'::' C'est donc cuire trente
voi.\ tout au plus que flotte aujourd'hui la inajonlé ; et les
choses en sont au point que trente voix, avec ou sans
conscience et sans lumières , vont disposer du sort de la
royauté. Que ne rnériteroit-on pas pour avoir mis la France
dans cette cruelle alternative ?
De tous les hommes qui ont envie de rester députés,
ceux pour qui cette envie est une véritable passion sont
surtout les hommes qui ne sont députés que pour eux
et leur famille. Si une place dans la Chambre venoit à
leur manquer, il semble qu'ils ne sauroient plus où se
reposer. On les remue doue par la crainte de n'être plus
députés, en leur disant que si la proposition de M. Bar-
thélémy obtient la majorité, le ministère cassera la Chambre,
iSfi sentent-ils pas que la Chambre est cassée de fait,
que le ministère en est au désespoir, parce qu'il ne re-
( 58.1 )
doute rien tant que les élections? 11 en a donné cent
preuves, sans compter celle des pairs qui ont leur nomi-
nation en poche, et qu'on ne déclare pas, parce qu'il tau-
droit convoquer de suite les collèges électoraux des dépar-
temens pour lesquels ils représentent à la Chambre des
Députés.
H seroit difficile de comprendre comment un ministère,
qui craint les élections, a cassé de fait la Chambre des
Députés, si on ne savoit depuis long-temps que, faisant
toules choses une à une, sans idée d'avenir, toujours
poussé par la passion du moment, il n'aperçoit que par
réflexions qu'il s'est engagé dans un mauvais sentier. Il
hésite d'abord à revenir ; mais la (action le pousse ', il
avance sans cesse ; et il a fait tant de chemin aujourd'hui ,
que tout retour est impossible. Jl faut qu'il marche jusqu'à
ce qu'il tombe. Ceux qui consentent à lui tendre la mair»,
ne veulent qu'avancer sa chute , les autres la relireroicnt
quand on imploreroit leur assistance. Nous avons acquis
la conviction que nous sommes plus forts sans le ministère
que nous le serions avec lui : du moins ne sommes-nous
pas réduits à voter des lois d'exception.
Le ministère a cassé de fait la Chambre des Députés en
augmentant le nombre des pairs avec si peu de mesure,
qu'il surpasse maintenant le nombre dos députés. Cela ne
peut resjer ainsi. 11 est hors de nature qu'il y ait des libertés
possibles et de la stabilité dans un pavs o)i le pouvoir aris-
tocraliqiie seroit plus nombreux ([ue le pouvoir démocra-
tique. Celte question est irrévocablement jugée.
Comment le ministère augmenti ra-t-Ll le nombre des
députés ;* (Vest à coup sur ce qu'il ignore; c'est la der-
nière combinaison dans laquelle il s'engloutira,
Prendra-t-il la voie des ordonnances i* Outre qu'on est
bien las des ordonnances qui ont augmenté, diuiinué, et
qui augmentcroient encore le nombre des députés y outre
qu'il est maintenant de doctrine publique dans tous les
];artis qu'on ne peut dér;u7ger les proportions d'un des
pouvoirs do la société [>ar des ordonnances, il s'élève au-
jourd'hui une nouvolhî difliculté. J-,e tableau des députés
que doit fournir chaque département, ftiit partie de la loi
des élections; on no p-ut le cliangor sans attaquer la loi ;
ainsi cette loi des élections qu'on a l'air de défendre avec
( 584 ;
tant de chaleur contre unn proposition adoptée par la
majorité de la Chambre des Pairs, seroit renvetsee par une
simple ordonnanre ! Cela est impossible. Le ministère qui
l'oseroit seroit mis en accrsition parla première Chambre
qui s'assembleroit j la liberté de la presse suifiroit pour
forcer les députés à venger enfin les libertés publiques ,
s'ils hésiloient un moment à s'en montrer les défenseurs.
Le centre ou le ventre n'a donc plus rien à gagner au—
j.ourd'hui à suivre le ministère, plus rien à perdre à voter
en conscience. Si celte partie de l'assemblée se compose
particulièrement de fonctionnaires publics, ils doivent bien
savoir que la doctrine des indépendans e-t qu'on n»
nomme plus de fonctionnaires publics, et que cette doc-
trine, justifiée dans celte circonstance importante, devien-
droit générale. Aucun des deux partis ne veut aujourd'hui
Je ministériels, et i! nV a pas de troisième parti aux élec-
tions. C est donc le dernier moment qui reste au centre
pour ne voter que dans un intérêt général, et se rattacher
à un parti actif.
Cette réflexion sérieuse s'applique aux élections qui vont
se faire dans quelques départemens. Pour aucun motif,
les royalistes ne doivent vo'er en faveur des candidats du
min. stère, et comme les présidens sont les candidats spé-
ciaux du ministère, ils doivent être exclus les premiers.
Les ministiriels ont perdu la France, en endormant même
les royalistes. C^e n'est que depuis que les dernières élections
ont enfin révélé aux plus engourdis qu'il s agissoit d être
ou de ne pas être, que la France s'est réveillée 5 et nous
pouvons aifirmer que nous n'avons pins rien à craindre
si nous ne retombons pas dans «es f;.des espérances plus
fatales à une nation que la nécessité de chercher en elle-
méuie des ressources contre linrapacité des ministres
et les complaisances de leurs serviteurs. Que les royalistes
se tiennent fermes afux élections, et qu'ils sentent enfin
qu'un calcul hardi vaut mieux qu'une condescendance sans
profil possible.
Et sur quoi s'appuieroit-on pour avoir la moindre con-
fiance dans le ministère i* Suivons -le dans ses projets
depi;is ibi5, et, s'il en a réalisé un seul, s'il n'a pas
constamment obtenu le contraire de ce qu'il vouloit, que
( 585 )
la France se fasse minislérielle ; loin de la blâmer, nous
suivrons son exemple.
Les mains suppliantes et la fureur dans la bouche, le
niinis;ère a demandé la proscription des révolutionnaires.
Quehjues mois après, ses incoliséquences l'ont réduit à
les appeler à son secours j il a contracté avec eux, et a
fmi par tomber scjus leur direction.
Le ministère a demandé une loi pour avilir les esprits
et faire faire les doctrines politiques ^ar des tribunaux de
police correctionnelle. Les esprils se sont élevés ; Topi-
nion publique a fait les jugemens, et on n'ose plus juger
aujourd'hui les écrits factieux pour avoir jugé comme
factieux les écrits utiles.
JwC ministère a demandé l'arbitraire sur la presse. Tout
ce qu'il a voulu lui a été accordé j et la liberté de la presse
triomphe d'elle même, parce que l'arbitraire a été si gau-
chement exercé, que l'amour de la liberté s'est réveillé
plus fort que jamais dans tous les cœurs généreux.
Le ministère a voulu faire un concordat pour réparer
les maux de l'Eglise, et les maux de l'Eglise se sont accrus
au point qu'on ignore même siTEglise de France est cons-
tiîuée.
Le ministère a fait une loi des élections contre les roya-
lis'ics , afin de peupler la Chambre de ses serviteurs ; il a
été réduit à appeler contre les indépendans les royalistes
de tous les temps et de toutes les couleurs; et les indépen-
dans sont restés mailres des élections.
Le ministère a vouhi faire de la police une dictature qui
s'élevât au-dessus de la constitution, et la police a été
réduite à aller cacher ses allures bafouées dans l'admi-
nistration de l'intérieur, où elle périra en entraînant dans
sa chute le système d'administi'ation qu'elle veut mainte-
nir contre le vœu de la France.
Le ministère a osé compromettre le pouvpir immense et
constitutionnel du Roi, sur la folle espérance cTe mener
toutes choses par le pouvoir absolu. L'avenir s^approche,
et ce fatal système sera, comme les autres projets du mi—
riistère, jugé par révénement.
Députés qui vous croyez quittes envers votre patrie en
suivant pas à pas le ministère , qu'espérez-vous ? Rappelez-
vous avec quelle confiance il vous prometioit les plus heu-
.^ ( 586 )
reiix effets des lois qu'il vous engageoit à voter; consultez
vos craintes personnelles si vous n'osez interroger ni vos
lumières, ni votre conscience- dites si aujourd'hui vous
voteriez de mêrn-î pour les mêmes lois ; et la réponse que
vous vous lerez prescrira votre vote dans la circonstance
la plus importante de celte session, et de celles qui l'ont
précédée.
Les malhc-urs, les crimes même d'une révolution ins-
pirent de la pilié pour le peuple qui s'y livre j peut- on
connoitre le cœur humain, et ne pas compatir aux erreurs
qui naissent des passions? Mais les erreurs de l'autorité
seroient la condamnation d'une nation qui s'y montreroit
insensible ; et tout représentant pour les intérêts généraux,
tout écrivain politique doit se séparer hautement d'un
ministère au moment où il commet des fautes qui sont sans
excuse, parce qu'elles compromettent l'avenir, et ne don-
nent aucune certitude qu'elles produiront dans le moment
l'effet qu'on en attendoit. C'est ainsi que l'Europe entière
jugera l'augmentation en masse de !a Chambre des Pairs.
31 y a dans toule l'Europe des corps constitués dans l'in-
térêt de l'ordre social , et nulle part l'autorité ne se per-
inetfroil de déranger violemment leurs combinaisons.
Lorscyuc, dans son Journal des Déôn/s, le ministère nous
dit (jtiiî nous étions libres de parler avant que la mesure
fût accomplie , mais que nous .sommes imprudens de la
bb'rrier quand elle est comblée , il déraisonne cumme à son
ordinaire. Nous ne sommes pas les conseillers du minis-
tère; nous laissons cet emploi à la Minerve; mais nous
proclamons la vérilé dans l'intérêt de la France^ nous
protestons pour qu'elle ne perde pas sa considération aux
jeux de PKiirope éclairée , parce que la considération que
mérite la France nous est personnelle à titre de Français.
C'est ce sentiment qui nous attachoit toujours à la gloire
de nos armées^, même quand nous n'approuvions pas les
projets de son chef. Pour le ministère, nous ne pensons
pas à lui, même en le blâmant, tant nous sommes con-
vaiiK us qu'il e>t aussi sourd à la vérité que nous sommes
iiisensines aux injures qu'il nous fait prodiguer à cause
des fautes qu'il fait et que nous expliquons, afin du moins
qu'elles profilent à quelqu'un.
l.a création des soixante pairs a produit dans l'esprit
( ^'^7 )
des Anglais une commotion plus grande encore qu'en
Fijince, et cela devoit être, parce qu'on sait mieux en
Aiij:;leterre qu'en France qiielles sont les conditions des
pouvoirs de la société. Tous les journaux se sont accordés
pour crier au scandale; les articles sont si virulens que
nous ne pourrions nous décider à les citer. Nous serons
inéHie obligés d'adoucir l'article du Courrier du 8 , et de
garderie silence sur l'article du ii, quoique ce journal
soit en Angleterre ce qu'est en France le Moniteur dans
sa partie non officielle. Nous nous sommes expliqués sur
les nouveaux pairs, dont nous espérons toute autre chose
que ce qu'en attend le ininiâtère , et nous en connoissons
un assez grand nombre pour pouvoir affirmer qu'ils ne
seront pas souples aux caprices d'un ministère sans prin-
cipes fixes, sans autre système arrêté que celui de se
perpétuer dans une seule personne j mais il n'en est pas
de même chez l'étranger; on n'y connoit pas les hommes ;
on n'y connoit que les faits et les réputations; il n est
donc pas étonnant qu'on juge avec moins de réserve.
« Le Moniteur^ dit le Courrier^ contient enfin l'ordon-
» nance royale qui ajoute cinquante - neuf nouveaux
j) membres à la Chambre des Pairs. On ne voit pas, à la
» vérité, sur celte liste les traîtres qui ont été exilés, mais
» on y trouve des noms qu'il est pénible de voir. Il seroit
» alarmant de supposer que la monarchie française soit
« dans une position qui rende nécessaire d'appeler de tels
» aides à son secours. Us n'ont pas été jusqu'à présent ses
» amis ; ils ne l'ont pas été au jour de la nécessité. Où
» sont donc les preuves de leur conversion? Peut -on
» croire que des hommes qui ont déserté la cause royale
» en i8i5, soient attachés à la monarchie en iSig?
» C'est un spectacle affligeant que de voir la monarchie
» des Bourbons cherchant sa protection dans le sein de la
» révolution, et reconnoissant par un tel acte que la
p royauté légitime est réduite à la dure nécessité d'implo-
)) rer le soutien de ses ennemis.
« Il est actuellement bien prouvé, nous le craignons,
» que c'est la révolution qui a triomphé. Le Roi (i) osoit
(i) Nos lecleiirs ne doivent pas oublier qu'en Angleterre on
«lii toujours le Kui et non le ministère , posilivenieut parce qu'il
( 588 )
» naf;uère manifesler sa juste indignation contre \^fuct!on
» qui le trahit en i8i5; maintenant, non-seulement il
» révoque sa censure, non-seulement il tolère ce qu'il
» avoit condamné, mais il récompense, il comble de digni-
» tés ceux qui s'étoient attiré sa disgrâce : il les appelle
» pour aviser avec lui aux moyens de consolider son pou-
J) voir. Pourquoi donc a t on condamné, fusillé le maréchal
M Ney et Labédojère? Pourquoi a -t-on prononcé la con-
» damnation de Lavalette?
» iSious vivons dans un temps merveilleiîx. Qui auroit
j> dit, il y a six ans , que ïiuonaparte seroit captif dans nos
» mains , et que Louis XVIII seroit sur 1-e Irone de France !
» Qui auroit prédit , il y a quatre ans , que les plus chauds
» partisans des cent-jo\irs seroient appelés autour de la
« personne royale , comme le moyen de prévenir quelque
» grand danger? Nous voudrions faire une troisième qucs-
» lion sur l'avenir, mais nous nous arrêtons dans la crainte
» de rencontrer une conséquence inévitable, là où il n'y
» a peut-être qu'un triste pressentiment.
» Quant à la mesure considérée d'une manière abs-
>« traite, nous doutons fort de son efficacité. Nous ne
» pensons pas que la proposition de modifier la loi des
» élections nécessitât l'adoption d'un si dangereux pré—
o cèdent. On nous dit que toute la France est agitée sur
» la supposition d'un changement quelconque à cette loi.
» Quelle folie ! Trente millions de personnes agitées au
» sujet d'une question dans laquelle si peu de Français
» ont un intérêt direct, c'est une singulière hyperbole.
« Mais peul-on réduire ainsi une majorité formée dans la
w Chambre des Pairs contre le ministère ? Les nouvelles
5» recrues s'uniront probablement bientôt avec ceux aux-
» quels on a prétendu les oppt>ser dans ce moment. Le
>» gouvernement emploiera-t-ii toujours celte manière
3) abrégée d'emporter une question dans la Chambre des
5> Pairs? Il seroit difficile d'imaginer où on s'arrêtera,
« après l'extension qu'on vient de donner dans cette occa-
» sion à la Chambre des Pairs.
est de doctrine politique dans ce pays que le Roi n'a jamais tort ,
et que le mini&tère est responsable de tout acte du gouverne- 1
me lit.
( 589 ) ^
» Quiconque réfléchit sur ce qui raraclérise la pairie
» doit voir avec une émotion mêlée (V effroi et de ridicule
j) cette manière par laquelle cinquante neuf pairs ont élé
j) ajoutés à l'aristocratie législative de la France. Nous
j) desirons être démentis par l'expérience ; mais nous dis-
w simulerions notre opinion si nous ajoutions qu'il nous
» reste le moindre espoir. >»
Quelle élrange chose ! M. le président du conseil des
ministres avoit prédit que la proposition appujée par la
majorité de la Chambre des Pairs produirolt de Tagitatiou
en France ; et la France est restée d'une immobilité com-
plète. Mais la mesure , prise par le ministère pour empêcher
cette agitation, produit en Angleterre , dit le Courrier^
une émotion mêlée d'effroi^ et qui n'est tempérée que par
le ridicule. Nous le répétons , <;'est qu'il n'j a pas en Lu-
rope un seul Etat sans pouvoir ou sans corps politique
constitués , et qu'un tel exemple fait naître de sérieuses
et pénibles réflexions. On nous assure, mais sans nous en
fournir la prouve, que la ville de Londres n'est occupée
que de la hn extraordinaire du baronnet L***, qui est
mort dans des ris convulsifs et continuels, trois heures
après avoir appris qu'un ministère ti-devant bourgeois
pouvoit créer soixante pairs d'un seul coup. Le pauvre
baronnet ne pouvoit prononcer que des paroles entre-
coupées parmi lesquelles on distinguoit ; m Etrange na-
» tion ! rien de sérieux pour elle. » Et il rioit. On dit que
ce spectacle étoit effrayant.
11 paroit cependant que la destinée n'abandonneroit pas
tout-à-fait le ministère, si l'intolérable Conseivateum'ètoit
pas là pour arrêter les fictions avant qu'elles aient eu le
temps de prendre un air de réalité. Sans avoir établi aucune
correspondance , nous sommes servis comme si nous avions
des télégraphes et des estafettes à notre disposition, tant
il est vrai que la conformité des principes fait seule les
unions durables et profitables. Le système ministériel ,
depuis l'alliance formée avec les factieux, est si a décou-
vert , qu'à cent lieues de la capitale comme au sein de
Paris même, tout le monde devine le parti que 1 allianca
voudra tirer de l'événement le plus étranger aux disr.us-
sif^ns publiq'ies ; et les lettres que nous recevons sont
accompagnées de rédexions si prévoyantes , que nou»
n'avons rien à y ajouter.
Les journaux soumis à la police ci- devant ostensible
' ÔÇ)0 )
ont annoncé qu il y avoit eu du tumulte à Nîmes, et n'ont
lias oublié , en attendant les commentaires , d'insinuer que^
sans la proposition de M. Barthélémy, la tranquillité de
cette ville n'auroit pas été troublée. Des lettres que nous
avons reçues de Nimes , nous communiquerons à nos
lecteurs celle qui explique le mieux le fait et ses causes.
Nimes, le f» mars, lundi.
« 11 vient de se passer dans cette ville un de ces évé-
ncmens qui partout ailleurs scroit moins que rien, et
dont on ne parleroit même pas dans la ville, si l'esprit
de parti qui règne ici et les mauvaises intentions de
ceux qui veulent le trouble et qui calominient,nerendoit
nécessaire que vous en sovez instruit.
» M. Huct, l'un des premiers acteurs du théâtre
Pevdcau , est en tournée de recette dans nos contrées :
)l a joué avec beaucoup de succès à Montpellier. On
assure que M. Huet est un des premiers taleiis exislans
dans son rôle; mais M. Huet a le malheur de passer
pour royaliste. On l'accuse d'avoir fait le voyage senti-
mental deGand, et, qui plus est, d'avoir précédé la voi-
ture du Roi à sa rentrée à Paris en i8i5, portant un
drapeau blanc avec celte inscription : Et ton reoieni
toujours à ses premiers amours. Celte anecdote, qui passe
ici pour constante (i), a mérité à M. Huet le juste
courroux des ministériels de Nîmes. Aussi , à peine
parla-t-on de son arrivée dans cette ville, qu'ils formè-
rent une cabale pour l'en empêcher. .Mercredi dernier,
lorsqu'on annonça au théâtre le début de M. Huet,
grande rumeur au parterre parmi les frères et amis,
qui s'y étoient rendus en force. Un orateur s'écria (on
dit que c'est 31. T. père, vétéran de la révolution)
qu'on ne pouvolt donner de représentation en abon-
nemens suspendus , sans préjudicier aux droits des
abonnés. Le jacobm Nîmois fut vivement soutenu et
aoplnudi par les libéraux. M. Huet, qui devoil jouer le
lendemain jeudi, fut annoncé comme indisposé, par
une affiche , au bas de laquelle le directeur du théâtre
prévcnoit MM. les abonnes qu'il avoit fait déposer nu
théâtre le répertoire des représentations qui avoient
(i) L'nnecdole est vraie.
( >>9i )
éio. données , et qu'on y trouvcroit la preuve qu'il a\ mt
déjà satisfait à ses engagemens.
» Cotte petite discussion répandit fjuelqu'agilalii'ii
paniii le peuple monarchique cpii troii\a mauvais qu'on
voulût le priver d'entendre cet acteur parce qu'il étoit
accusé d'aimer le Roi : il observolt (piil avoit assisté et
applaudi au talent de M. Talma pendant dix représen-
tations, sans s'inquiéter de ce que M. J'alma pnssoil pour
ultra-libéral. Il décida qu'il iroit aux représenlaiions
de M. Huet , très- disposé à ne pas le laisser siffler
comme royaliste. D'autre part, on disoit qu'on ne le
laisserait pas jouer, et qu'on le siffleroit. On s'asti-
cota ainsi le vendredi et le samedi , sur les prom' nailes
publiques , dans les cafés et même dans les cabarets ; en-
lîn, le dimanche, Huet fut annoncé. Le parterre étoit
plein : mais la majorité fut là dans la proportion des
opinions qui divisent la population. Les Huélistes y
éloient un peu plus des trois quarts, sans cannes ni
même de badines (ils en étoiont convenus ' ; les Tal-
raalisles formoienl l'autre quart , tous armés de cannes
et de bâtons. L'âutorité avoit pris ses mesures- Les
tapageurs ne se trouvant pas en force, le spectacle fut
tranquille et décent, et les applaudissomens passèrent
sans contradiction. l>e temps étoit très-doux , la lune
brillante. Une population immense inondoit les bou-
levards et faisoif le tour de la ville, passoit et rrpassoit
devant la Comédie. Souvent les bandes de prome-
neurs saluoient Huet du cri de wW /e Boi ! Un
gendarme pris de vin fit assembler quelques uns de
ces coureurs ; il dit : Taisez - vous , canaille! Lq
foule s'arrête , et bientôt il y a deux à trois cenis
personnes, c'étoit le moment où une pièce venoit de
finir ; le parterre sortit dans cet intervalle , et bientôt il
y eut devant la salle, un grand rassemblement où Ton
crioit vioe le Roi! Un commissaire de policé traverse les
groupes avec une patrouille, invitant à se séparer et à
faire silence ; il approche d'un jeune homme de iG ans,
qui lui répond : oui , vive le Ptoi , les Bombons ou ta moj-tf
Le commissaire arrête l'adolescent . et le conduit au
corps-de-gards qui est vis-à-vis la Comédie ; la foule
s'en approche , et dit que ce jeune homme n'a commis
aucun crime, et cpje Ton ne doit point l'arrêter; la po-
lice prend son nom, et le relâche. Beaucoup dépeuple
( 59^^ )
s'étoit assemblé dans cet Inlervalle , il continue Je se
promener, crie vive h /{oi/ chante une chanson dont le
refrain est weat les Bourbons ! he spectacle se termine
tranquillemenl, et petit à petit chacun s'en va coucher.
» On tlit aujourdhui, et l'on ne manquera pas d'é-
crire que les Protestans ont eu peur, qu'on vouloit les
tuer, etc. etc. etc. On assure que quelques personnes
se disent personnellement insultées, que trois disent
avoir été frappées; c'est ce qui s'éclaircira. Voilà un beau
chapitre pour la Mincroe. On assure que M\l eu
ont fourni le texte dans des propos virulens qu'ils ont,
à ce qu'on assure, tenus au Palais. Aujourd'hui, on ajoute
que M. T. père, est parti en poste pour Paris, à l'effet
de faire de tout ceci une grande affaire. Vous pouvez
Compter sur l'exactilude des faits publiés. »
Tel est l'événement sur lequel les journaux do la faction
vont avoir des amplifications à faire. 11 ne seroit pas im-
possible qu'il prît en effet une tournure plus sérieuse; car
s'il falloir de véritables as;itations pour appuyer une opi-
nion, comme il a fallu quelquefois des conspirations pour
motiver des arrestations et espérer des jugemens , on ne
voit pas pourquoi il n'y auroit pas des agitations par les
mêmes moyens qui ont fait des conspirations. Où toui cela
inène-t-il? JNous le dirons quelques jours avant !a (hule
du ministère. Mais nous avons plusieurs choses à expliquer
d'abord , pour qu'on nous coniprenne mieux quand le
moment sera venu de tout mettre à découvert. Que les
royalistes soient confians. Il faut pour perdre la France,
plus de talens que n'en ont ceux qui s'en mO.lent.
J. FlÉVÉE.
P. S. Le biidget est enfin présente. Il s'élève à pri-s de neuf
cents milUaiis pour une année qui n'a qiie douze mois , quoi-
qu'elle soit terriblement financière. Nous examinerons le rap-
port du ministre, mpport dont \<i vide de toute ule'o n'est pus
couvert par l'éléj^ance des expressions. On ci' >iroil que c est
l'ouvrage d'un heinme qui ne con.s fi-re les assein))!ées tlplii)é-
rantesf|ue comuie des machines propres à pressurer les peuples.
ÎNÏ. l'abbé Louis est convenu que les impois éloient bien lour.ls
pour les malheureux propriétaires, mais il leur a conseillé de
s'en dédouunagcr en achetant de la ren'e ; ce qui a rappelé !a
profonde observation de iNl. Vautour, afiirmaut «jue <lès (pu'on
n'a pas le moyen de payer le loyer de l'appaJlenicnt qu'on
occupe , il faut avoir une maison à soi.
Vingt-sixième Livraison .
^'f Le Roi , la Charte et les Honnêtes Gens.
Mars 1819.
au ^ccreaiC' au yûO?îJe/'i^a^ear^
ON SOUSCRIT :
A Paris, chez LE NORMAIST fiïs , Editeur, rue de Seine, n° 8 ;
Et chez les Libraires des Départemens, ci-dessous désignés :
Ans«
Abbeville, chez Grare.
AgCli, NdllbrI.
Alençon, Boiivoust.
\ Fourrier-Mame.
'' ( Pavie.
Argenlan, I.errpsne.
Auxerre, Fr. Foiirnîer.
Avignon , Secuin aiiié.
Bayeiix, Groult.
Bi Bonzom.
avonne, { ^
■' I (.ïosst;.-
Bi Por(iuier.
eauvais, < ,« .' ,.
' I lJes):irdins.
Besançon, Girard.
Bj S ^ ^ Berçeret.
ordeaux, ' r^ ■ P
I «jassioi,
Brest ^ I-eroin nier etDespcriers.
' ( iNlicIiel.
Caen, Manoury aîné.
Canihrai, liertonf.
Châ!ons-sur-Saône, Dej' ssieu.
Chnrleville . Ch. liaucourt.
Chartres, Hervé.
Clerniont-Ferrand , Tbîbaull-
I.andriot.
Dijon, (^-><)ne^.
Douai , Tariier.
Grenol)le, Durand.
Laval , (irnndpre.
Lille . Vaunckere.
Limofifs, Bnihou-Desrourières.
Lons-le-S''''ln'er, Ballaud.
Li
Lyon
/ i>iebnux.
\ Maire.
, \ Périsse frères.
1 Busnnd
\ Boliaire
Au Blans,
\ Belon.
( Peso h e.
Camoin frères.
IVKirseille, < Masverl.
r Lamoii
•^ Masvei
I Cliaix.
aine.
Lisseuil jeune.
Melz, chez Devilly.
Montauban. La Forgue.
M. Il- 4 Seguin,
onfpeliier, < \re i\ -n»
' ' ^ V*^ DurviHe.
Nanci, V*^ Bontoux.
Nantes, j IJ"^^^""''
' I bus
Nimes. Gaude fils.
Niort . M""^ E OrlUat.
Nîmes, Melquiond.
Orléans, ÎNIonreau,
Perpignan, AIzine.
Poiliers , Bnrb'er.
Quiniper, Chapjlain.
. Ml''^ Blouet.
Rennes, \ Mme ye Frout.
' M"e Vatar.
La Rochelle, Pavie.
Rodez , Carrére.
T, \ Fr( rc aîné,
llouen, { T> u
' I Kenault.
Saumur , Degouy aine.
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Strasbourg. jp^^.,.j^.^
Saint-Brieuc. Prudboniiue.
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Fr, Vieusseux.
Tours, Maine.
Valence, INlarc-Aurel.
Versailles, Ange.
Villeneuve-sur-Lotj Crosilhes.
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Berlin. Schlesinger.
Bruxe les. Lecharlier.
Gand, lloudin,
Genève, Piischoud.
iJruxclics, Ilcrj^nics Renier.
IMons , Leroux,
Londres, Dulau et Comp.
Naples, Borel.
Turin, iJocca.
AVIS DE L'EDITEUR.
Les Personnes dont la Souscription finit avec le
tome second (26'" Livraison), et qui sont dans
l'intention de souscrire pour le troisième volume ,
sont invitées à vouloir bienjaii'e parvenir leur re-
nouvellement dans le courant de mars ^ si elles
veulent éviter tout retaid dans l'envoi de leurs
Livraisons.
Les Souscripteurs des départemens sont aussi
priés , pow prévenir toute erreur , d'écrire leurs
noms et leurs adresses bien lisiblement, et surtout
de ne pas oublier, comme cela est arrivé plusieurs
fois, d indiquer le lieu de poste par lequel ils sont
sei'vis.
On ne peut souscrire que du commencemeîit d un
volume.
La première Livraison du troisième volume pa-
raîtra dans les Jiuit premiers jours d'avril.
Le prix du troisième volume est de \l\fr. pour la
souscription.
Les lettres et l'argent doivent être adressés , franc
de port, à M. Le Normant,fds, Editeur du Con-
servateur , rue de Seine , /^"^ 8 , F. S. G.
LIVRES ÎSOUYEAUX.
Essai sur V Instruction publique . et paiiicutièrement sur l rnstructinii
primaire, où l'on prouve que la Méthode des hcoles rhiéticniie» est le
principe et le morèle de la Méthode de l'Enseignemetit mutuel. Par
M. Ambroise Rendu, substitut du procureur-général du Roi près la
Cour royale de Paris , et inspectcui -général de l'Université de France.
Avec cette e'pigraphe : « Je s;iis comment vous instruisez la j'eunesse :
>> continuez, et sojez assuré de ma protection. » (Varioles de S. M. aux
Frères des Eco'es clirétii nnes. ) « Je sais le bien que l'Université a <ait ,
» et celui qu'elle peut faire.... Qu'elle continue à répandre les lumières
» avec le même zèle. » (Paroles de S. M. au Grand-M.iilre de l'Uni-
versité.)— Tome 111. Prix : 4 f r . et 5 (r. lo c. par la poste. A Paris,
chez A. Egron, iniprinieur-iibraiie, rue des INojers, n" Sy; H. Ni-
colie, libiaire, rue de Seine, n° 12; Colas, rue Dauphine, n° 82;
et le formant, rue de Seine, n° 8, et quai de Conli, n° 5.
De la licspoiisabilile graduelle des yigens du pouvoir exécutif. Par
.L Naudet. Prix ; 1 fr. , et i fr i5 c. par la poste. A Paris, chez A.
Kgron , et le Normant.
Sous Presse- ivl ■
Conciones Poeticœ , ou Discours choisis des Poètes Latins anciens;
avec l'argument en latin, l'analyse ou proposition simple en français;
la meilleure traduction ou imitation, en vers, d'un cerlain nombre de
de ces discours ;des modèles d'exercice de Roilin , La Rue, Binet , etc.
,Par MlVi, Noël et de La Place. — Gros vol. îa-i3.
9'f/e r/e théine ^ ^yô " Sy
eâ cAf'z /<H/J ccj //rificf/iMùv .:^w}'ai?'r.j c/e . ty'ra^ice eâ
naa/^fc ici.
^GJ cuu?/cf??a<cj eâ e/wo^ re/aZ/Zd « ceâ auvtyfçej
^ o / -yjjyu'iy/ic/'ie ae l^c tyèofMajiâ
*^VVV\-VVVVVVV\\'VVVVVVV\/VVVVV\'\*VVVVVVV*VVVVVVV\%VVVVVVVVVVVVVVVV^
LE CONSERVATEUR.
Ou en soinnies-îioiis , et où allons-nous ?
Nojis en sommes à regrettei* d'avoir trop d'esprit,
trop de principes divers, trop de doctrines oppo"
sées, trop de théories sublimes. ÎSous avons aban-
donné le positif pour nous jeter, et les intérêts
de la société avec nous, dans les idées spéculatives
\es plus désordonnées et les plus incohérentes. La
vie n'est plus que dans quehjues controverses qui
s'établissent à la tribune ou dans quelques ouvrages
polémiques. La conversation seule est animée,
mais la langueur, le marasme se sont emparés du
corps social et le menacent d'une paralysie géné-
rale jusque dans ses moindres ramifications, à
moins qu'une crise salutaire ne lui rende sa force
et sa vigueur. Chacun souhaite cette crise et fait
des vœux, à la vérité bien différens', pour qu'elle
s'opère; mais il y a unanimité pour reconnoître
(£vie l'état dans lequel nous^ sommes étant le plus
funeste et le plus déplorable de tous , il ne peut
durer.
Ou allons-nous? Qui le sait, qui peut le savoir?
quel est celui de nos coryphées de révolution qui
a jamais prévu où il entrainoit avec lui ceux qui
le suivoient? C'est une lemarque aussi vraie
qu'effrayante, que chacun d'eux a péri victime de
s(;s propres fureurs : l'avenir le plus prochain a
trompé leurs espérances et leurs calculs. Certes,
M, de Cazes et ses collègues consentiroient à paver
iort cher la garantie qu'ils seront encore ministres
dans trois mois. Mais comme personne en France
n'est assez puissant, ainsi que M. le marquis de
Tome II. — 26^ Livraison. 38
( 594 )
Chauvclinra fort Lien observe, pour leur donnev
la nioinclre assurance de ia durée de leur pouvoir,
ils s'évertuent à se donner des garanties, et ils en
prenneïit partout où ils croient en trouver. Pour
peu tju'ils en imaginent encore une aussi bien cal-
culée que celle qu'ils ont cru saisir en faisant tout
d'une volée soix^aîite paii's de France, ilsseront trop
heureux de n'être plus que de très-simples parti-
culiers. Les événemens poussent les ministres,-
leur foible autorité est insuffisante pour en arrêter
le cours. Encore quelques concessions faites par
la couronne, ou quelquje modification, seulement
proposée, à l'existence politique de la Chambre
des DéDulés, et l'équilibre sera tellement rompu ,
entre l;s trois branches de la puissance législative,
l'haiTionie entre les pouvoirs de la société aura si
comp'étement disparu, les ministres seront si
honteux, si déconsidérés pour n'avoir de majorité
ni dans les Chambres , ni hors des Chambres , qu'il
faudra avouer que nous ne somines pas plus avan-
cés, après cinq ans , que nous ne l'étions la veille
du jour où le Pvoi nous a donné la Charte.
Chacun cherche la cause de tant d'oscillations
et de tant de maux. La moins contestable est qu'il
ne suffit pas, pour que la France soit gouvernée ,
qu'il y ait une Charte, des ministres et deux
Chamba'Cà, il faut encore que ces élémens d'un
gouvernement soient tous en harmonie entre eux,
et que chacun d'eux soit fixé dans des limites di-
versement circonscrites, mais certaines et iiiva-
riabies. Si c'est le contraire, toute l'économie du
système est dérangée, les ressorts du gouverne-
ment s^embarrassent de plus en plus, l'action
Blême du gouvernement est bientôt paralysée;
Exauiinons comment nous arrivons si iacilement
à ce comble de la confusion et du désordre.
Quoique nous n'ayons pas un système rejii'ésen-
tatif complet, ce qui n'est pas contestable, puisque
( ^93 )
nos lois organiques les plus essentielles sont les
unes à faire et les autres à refaire, nous le prati-
quons à l'aventure. Chemin laisant, nous sommes
arrivés à vine époque remarquable • c'est celle où
les ministres ont un intérêt différent de celui du
Boi et de la monarchie, et oii la volonté ministé-
rielle est en opposition avec ce qu'est en effet la
volonté royale. Cette situation n'est pas sans
exemple 5 mais elle est si périlleuse . que l'auteur
de VEsjjiit des Lois a cru devoir la signaler. i>ous
le citerons plus tard. Pour procéder avec plus
d'oi'dre , disons quelque chose de la situation du
ïninistère à l'égard des Chambres. Pour Fapprécier
ce qu'elle est, il faudroit peut-être donner les
principaux traits qui caractérisent chacun des per-
sonnages qui composent le ministère 5 mais ce soin
a été déjà ])ris dans le Coîiscrvateur. Il n'en coûte
pas beaucoup, d'ailleurs, d'admettre pour un mo-
ment qu'ils se trompent de bonne foi. Certes, la
monarchie seroit dans le plus grand péril , si parmi
les ministres il s'en trouvoit un seul, tellement
avide de pouvoir, que ce fat pour lui une résolu-
tion prise de le conserver à tout pri^. La jjerfidie
qui trompe les princes est aussi criminelle que
celle qui les détrône. Il n'y a pas loin de la dissi-
îniilation de l'ambitieux à celle du rebelle. Espé-
rons que ces traits ne conviennent et ne convien-
dront jamais à aucun des ministres du lloij ne les
considérons tous que comme une uniiéj car il est
assez probable que le danger qui les menace les
réunit maintenant aux mêmes vues politiques.
L'action du gouvernement e.st inévitablement
paialysée dans le système représentatif, quand le
ministère n'a pas une majorité yb/fo et invariable
dans les deux Chambres. Or, le ministère actuel
ne l'a pas et ne peut plus désoruiais la conquérir,
quoi quil fasse. Les faits dont nous venons d'être
témoins ont assez prouvé qu'il ne l'avoit pas dans
38.
( 596 )
la Chambre; des Pairs 5 et comme les mesures vio-
lentes ne produisent jamais de bons résultats , l'é-
mission de soixante nobles pairs a mécontenté
toute la France , tous les partis, hors les soixante
élus. Encore chacun d'eux auroit-il préféré être
nommé tout seul, et voiries deux battans de la
Chambre-Haute ne s'ouvrir que pour lui , comme
récompense des grands et éminens services qu'il a
rendus au Roi et à la monarchie. Les ministres
eux-mêmes, ce ne sera pas le plus grand mal, fini-
ront par se repentir d'avoir détruit l'harmonie
numérique, entre les deux Chambres ; car il va en
résulter un embarras inextricable pour eux. Une
minorité a fait le ministère, et une minorité ne
peut le soutenir que par des coups d'Etat trop mul-
tipliés, pour qu'ils soient employés, surtout quand
le premier n'a pas réussi. Or, il est évident que
parmi les nobles pairs dont la liste vient d être
publiée, il en est un grand nombre qui ne vote-
ront pas comme la minorité , sur laquelle le mi-
nistère s'est appuvé dajis les deux Chajubi'cs. Il en
résultera qu'en peu de temps la majorité se trou-
vera la même dans la Cliambie-llaule, et que,
dans l'autre, elle se fixera dans le même sens.
L'impossibilité d'avoir la majorité dans les
Chambres , a pour cause l'origine môme de ce
ministère, et la situation politique au milieu de
laquelle sa formation a eu lieu. Cette situation est
décrite par Montesquieu, dans le chap. XXVII
du livre XIX :
« Comme chaque particulier toujours indépen-
» dant suivroit ses caprices- et ses fantaisies, on
)) chanueroit souvent de parti , et on en abandon-
» neroit un ou on laisseroit tous ses amis, pour se
» lier à un autre dans lequel on ti'ouveroit tous
» SCS ennemis. Souvent, dans cette nation, on
); pourroit oublier les lois de l'amitié et celles de
<i la haine. >♦
Comme cliaque particulier toujours iiidcpcTidant
(jM. de Gazes, après sa démission), sui\'roit ses
caprices el ses fantaisies , on changeroit soui>ent
départi ( M. de Gazes pour empêcher la formation
du minislèie Piiclielicu) , et on en ahandonncroit
un oit on laisserait tous ses amis (W. de Gazes
abandonnant jM. le duc de Riclieiieu, auquel il
devoit son élévation, M. Laine, qui Invoit sou-
vent si noblement, si éloquemnicnt déiei du),
pour se lier à un autre dans lequel on tiouveroit
tous ses ennemis. ( ]NÏ. d(; Gazes obligé de se lallier,
dans la Ghambre des Députés, à dos lioniiues qu'il
a vivement combattus, et parmi lesquels il eu
est plusieurs qii il a signalés comme indignes des
suffi'ages des collèges). Souvent, dans cette nation,
on pourroit oublier les lois de l'amitié (M. de
Gazes, non seulement envers M. de Piichclicu et
M. Laine ^ mais envers tous les royalistes qui
avoient consenti à lui prêter leur appui, et qu'il
menace ou qu'il destitue aujourd'hui) et celles de
la haine. (G'est encore ]\L de Gazes, oubliant les
injures que la Minerve et les autres écrits ultra-
libéraux lui ont prodiguées, pour suivre l'impul-
sion qu'il en reçoit aujourd'hui, et protéger leurs
amis.)
Gc n'est pas J\L de Gazes seul qui se trouve dans
cette position fausse et si mal assurée vis-à-vis des
Ghambres, c'est le ministère entier. Les ministres
du Pvoi sont forcés , de temps en temps , de parler
de fidélité, d'énoncer des principes monarchic^uesj
alorsle parti qui les soutient, et sans lequel il cher-
cheroit en vain des amis dans les Chambres , té-
moigne son mécontentement et ciie à la trahison.
M. de Serre croit devoir, à la tribune des députés,
rendre hommage aux talens d'un homme monar-
chique qui venoit de terminer, par la pHissance
des principes , une discussion dans laquelle M. le
gai'de des sceaux s'étoit fort embarrassé; et les
( 598 )
amis de M. de Serre en Jl^ant froncé le sourcil,
le ministre se crut oLligr , avant la iiu de la séance,
de faire une nouvelle et ridicule déclaration de
guerre aux royalistes du côté droit. Dans les actes
de son administration le ministère, pour se sou-
tenir, est condamné à exclure des places ce c[u'il
appelle des exclusifs:, , qu'il accuse de résister au
pouvcrnenient du Koi , auoique dans la vérité
aucun lait de résistance ne soit ni prouve, m
même articulé. Combien , au contraire , ne pour-
roit-ôn pas articuler de faits incontestables qui
prouvcroient que parmi ceux qu'on app-elle au
pouvoir, aux grandes places, aux dignités, aux
commandemcns^ importans , il en est un très-
graiîd nombre qui ont résislé au gouvernement
du Roi \qs armes à la main , qui l'ont renversé,
qui ont été les fauteurs de l'usurpation et les
plus ardens complices de l'usurpateur. Quand
un ministère est obligé, sous peine de cheoir, de
recourir à de tels auxiliaires, n'est-il pas aisé de
prouver «{ue sou intéiêt et celui du Roi et de la
monarchie sont, comme je l'ai avancé, absolument
difTéreus ?
L'intérêt du Roi est que les institutions qu'il a
créées conservent leur essence , leur dignité , leur
inviolabiiilé. Une modification essentielle et ha-
sardée les tiénature et aftbibiit les garanties cons-
titulionnellesque la Cliarteavoildonnées au trône.
L'intérêt des ministces est d'avoir à tout prix, et
le plus vite possible, la majorité dans la Chambre-
Haute , et en vingt-quatre heures ils. ti^vivent
soixante nol)}es pairs qu'où dispense des formalités
usitées. Persuadés de la reconnoissance des élus,
\e.s ministres ont oublié ce que disoit Mazarin ,
que quand il donnoit une place il fuisoit dix mé-
contens et un ingrat. Le compte de soixante s'est
trouvé dès le premier jour un mécompte, qu'il
faudra tacher de rectifier par une émission nouvelle.
( 599 )
L'Intérêt du Roi étoit d'attendre, pour aug-
menter le nombre des pairs, que celui des députés
le fût dans un tiers ou du double 5 car si cette aug-
mentation de députés étoit refusée par les deux
Chambres , ou seulement ])ar l'une d'elles , il n'y
auroit plus moyen de faire que l'aristocratie ne
fût plus représentée que la démocratie, ce qui est
absurde. L'intérêt du ministère n'est pas d'agir
avec circonspection , mais de tout sacrifier à sa
fantaisie , de ne considérer jamais et pour rien le
sort de la monarcliie , mais uniquement ses vues
politiques d'un moment.
Les intérêts du Roi et de la monarchie ne sont
pas seulement en opposition avec les intérêts du
ministère , mais c'est la volonté du Roi qui se
trouve en opposition avec celle de ses ministres,
et eii voici la preuve la moins contestable.
Il est de la nature du gouvernement qui résuite
delà Charte, que le Roi ait deux volontés bien
distinctes : l'une de propre mouvement^ l'autre de
simple accession ou d'acquiescement. La volonté
de propre mouvement se manifeste par les actes
qui deviennent publics , sans être contresignés
par les ministres 5 et l'autre résulte de tous les
actes contresignés. Cette distinction est dans la
nature comme dans l'état des choses. Le Roi ne
se fait pas un devoir de consulter ses ministres
dans les discours qu^il prononce. Mais dans les
actes qu'iis contresignent, non seulement le Roi
les consulte, mais par cela même qu'ils sont res-
Î>onsables et que la personne du Roi est inviolable,
a plus grande latitude de volonté reste au nrinis-
tèi'e ; le Roi ne conserve qu'une volonté d'acquies-
cement. Pour reconnoîtrc quelle est la volonté
personnelle du Roi, et combien elle est en oppo-
sition avec le système ministériel , il suffit de te
reporter à la dernière séance royale, et on se rap-
pellera cette phrase si consolante pour les amis de
( 6oo )
la monarcliie et d'une sage liberté, cette phrase
qui fit pâlir d'effroi ceux que les ministres comp-
tent au noml)re de leurs plus indispensables par-
tisans : « Je compte, a dit le Koi , sur votre con-
;> cours pour repousser les principes pernicieux
5) qui, sous le masque de la liberlé, attaquent
>» l'ordre social , et conduisent par l'anarchie au
)> pouvoir absolu, et dont \v.s FUNESTES SUCCÈS ont
"» coûté au monde tant de san^ et de larmes. »
Voilà la volonté royale j)ositivement connue, la
sage politiqxie du Monarque se trouve révélée à la
face de la France et de l'Europe. Les ministres
actuels contresigneroient-ils une ordonnance dont
le préambule contiendroit l'expression de ces sen-
timens? Hélas! je le souhaite, mais la vérité est
que je ne le crois pas.
C'est le lo décembre que Sa Majesté adressoit
ce discours paternel aux deux Chambres. Chacune
d'elles fit une adresse de rcnaercîmens. Qu'on lise
les réponses du floi , et on verra c|ue Sa Majesté
persiste dans les mêmes sentimens et la même vo-
lonté. Si, aux discours prononcés par Sa Majesté
on veut ajouter un rapprochement des faits qui se
succédèrent imraédiatenient , on verra la sagesse
et la niv-me volonté du souverain se manifester par
les témoignages les plus notoires et les moins con-
testables.
Le ministère se trouvoit alors divisé d'opinions
sur le système qu'il convenoit de suivre. M. le
duc de Piichelieu et M- Laine vouloient surtout
faire modilier la loi sur Ifi élections, source de
tous nos maux, et qui peut être si féconde en ré-
sultats désastreux. Le Koi, dès le premier mo-
ment , voulut ce que désiroient ces deux ministres :
les autres donnèrent leur démission. M. de Cazes
fut destiné à l'ambassade de Knssie, M. de Riche-
lieu fut chargé de lormer un minislèrf.-. Mais M. Iq
duc, brave et lovai chevalier français, bien ca-
( 6oi )
paLle , au jour du danger, de compromettre et de
sacrifier sa vie pour détendre la monarchie, n'a pas
reçu du ciel^, il faut le dire , ce courage politique
si nécessaire a Thomme d'Etat, et sans lequel il ne
peut vaincre les obstacles et déjouer les intrigues,
iM.de Gazes aimoitmieu>: gouverner en France que
de représenter le Roi à Saiut-Pélersbourg. Près
d'une semaine s'étoit écoulée saus que M. le duc de
Richelieu lûtparveuu à former un minislère. Cette
irrésolution, cette timidité de vues doubloient les
forces morales de ses antagonistes. Ils profitèrent
habilement d'une circonstance en elle-même peu
importante (la légère indisposition de M. de
Richelieu), et réussirent à placer le Roi dans une de
ces situations politiques qu'amène quelquefois le
système représentatif, et qui se trouve rapportée
dans VEsyriL des Lois précisément à l'alinéa qui
suit celui déjà cité. « Le monarque seroit dans le
» cas des particuliers; et, contre les maximes or-
)) dinaires de la prudence, il seroit obligé de
» donner sa confiance à ceux qui l'auroient le plus
)) choqué, et de disgracier ceux qui l'auroient le
» mieux servi, faisant par nécessité ce que les
» autres princes font par choix. »
Ainsi le Roi , sans renoncer aux principes et à la
volonté personnelle que les faits les plus récens et.
ses derniers discours avoient si clairement mani-
festés , a pu consentir à ce que ses ministres fussent
pris parmi les membres ou les pai'tisans de la mi-
norité de gauche, et à éloigner M. Laine, dont
le dévouement est antérieur a la restauration, et
M, de Richelieu, qui , indépendamment de ses an-
ciens services, venoit d'acquérir, par le succès
d'une importante négociation, de nouveaux droits
à l'estime de Sa Majesté.
Cette combinaison, qui ne pourroit se rencon-
trer dans aucune autre espèce de gouvernement,
prouve combien de coullance inspire au souverain
( 602 )
la garantie que lui offre la responsabilité de ses
ministres, et avertit ceux-ci combien sont graves
les conséquences de cette responsabilité, llssesout
placés entre la volonté personnelle du Roi qu'il
ne leur est pas plus possible qu'à nous d'ignorer^
et les vues politiques du parti qui les a porlés au
timon des affaires, ISe pouvant obéir à deux im-
pulsions si contraires, il falloit opter. De quelle
immense majorité n'auroieut-ils pas été environnés
dans les Chambres s'ils avoient voulu ce que vou-
loient si consciencieusement ceux qu ils avoient
sunplantés l Je n'examine pas si c'est un tort de
probité politique que d'éloigner des hommes re-
commandables, seulement parce qu'on ne peut
conserver le pouvoir avec eux; mais cela a été
évidemment une erreur dont de jictits esprits sont
seuls capables, que de faiie leprocès àleur système.
Il falloit au contraire, puisqu'il étoit salutaire, s en
emparer, se l'approprier, et tout Ihonneur en se-
roit resté à ceux qui Tauroient fait prévaloir. Les
passions raisonnent mal, même dans leur intérêt.
Les nouveaux ministres se sont crus obligés de
faire précisément tout le contraire de ce que pro-
jetoient imu's prédécesseurs. A l'instant, c'est-à-
dire, dès les premières discussions, on a vu s'éloi-
gner d'eux les votans des deux Chambres qui
respectent la volonté personnelle du Roi. Bientôt
aussi tous ceux que des nuances d'opinion distin-
guoient dans les précédentes sessions ont serré et
coufondu leurs rangs ])our s'opposer à tout ce qui
peut être nuisible à l'intérêt de Ja n)onaichie. Si
nous pratiquions, quelque peu seulement , le sys-
tème représentatif, les six ministres dévoient se
retirer 5 nvais ce n'est pas la monarchie représen-
tative qu'ils chérissent et qu'ils veulent défendre,
c'est leurs places et leur pouvoir. Bouleverser nos
institutions cjuand les partis sont plus animés que
jamais, leur paroît la cliose la plus sijnple s'ils
( 6o3 )
peuvent seulement rester au ministère quelques
semaines de plus.
Chacun se demande ce qui peut résulter d'une
situation si déplorable. On peut répondre , à
l'éjïard des ministres, que la mesure exorbitante
qu'ils avoient considérée comme moyen de salut
f)Our eux, n'a^-ant pas rendu leur condition meil-
eure; par cela même elle est devenue plus cri-
tique. Une nouvelle émission de pairs ne produi-
roit phis d'autre effet que d'ajouter le ridicule à
l'extra vagance. Mais qu'importe ce que devien-
dront six individus? c'est le sort de la monarchie
confiée à leurs mains qu'il faut surtout considérer.
Deux , chances plus ou moins désastreuses
menacent les droits delà couronne et la tranquil-
lité de l'Etat, tranquillité qui, pour le dire en
passaîit, n'est pas de la sécurité , mais le calme de
la stupeur. L'une de ces chances est c[u'une mino-
rité audacieuse, qui réclame chaque jour contre
les privilégiés quand il n'y en a plus, pour s'arro-
ger plus aisément le privilège unique de posséder
seule le gouvernement de la France, ne combine
une insurrection, un mouvement soldé sur un
point qu'elle sauroit bien choisir. Si ce jour de
danger apparoissoit de nouveau, le Roi cherche-
roit autour de lui ses amis. Il en trouveroit un
grand nombre sans doute toujours fidèles, tou-
jours ])rêtsà mourir pour le défendre, mais main-
tenant sans force réelle, sans autorité, sans com-
mandement. Que feroient des individus dévoués
qui ont pu avertir, mais qui n'ont pu surveiller et
])révenir, contre une force organisée et dirigée
par des hommes qui, au nom de l'égalité, veulent
rester sans égaux ; qui , au nom de l'indépendance ,
Veulent s'emparer seuls de tous les pouvoirs? La
résistance feroit d'illustres victimes; mais bientôt
la famille régnante seroit à la discrétion des fac-
tieux. Cette chance est la moins probable; elle
( 6o4 )
suppose un chef, et il n'y en a pfas; de plus, le
gouvernement monarchique étant le seul qui
couvieune à la France, il y a impossILilité d'en
substituer un autre qui puisse inspirer la moindre
confiance, et durer quelques mois. Enfin, il
faudroit appeler la classe la plus vile du peuple,
s'environner de ce qu'il nous reste de ces hommes
de sanjT qui déshonorent leur parti; il faudroit
recourir aux: moyens, aux excès, aux hommes ré-
volutionnaires; et les sentimens d'horreur qu'ils
ont inspirés à toute la France se sont toujours _
réveillés au moment où cette chance a été rendue
possible. C'est un fait bien avéré que l'opinion est
devenue meilleure, que le royalisme s'est pro-
pagé, que les nuances qui distinguoient les amis
de-la monarchie se sont fondues en une seule le
jour où tous les départemens ont commencé à
redouter une si épouvantable catastrophe.
La seconde chance est infiniment plus probable ,
et peut amener aussi de fort tristes résultats , ef-
irayans surtout parce qu'ils continueroient long-
temps encore cet état de langueur si vague et si
incertain dans lequel doit languir le corps social ,
tant qu'il n'y aura pas d'institutions qui le ras-
surent, tant que le trône sera isolé des garanties
nécessaires pour l'ailermir. Cette chance est la
dislocation de notre système actuel. Les ministres,
dans leur aveugle colère, n'ont pas vu qu'ils ne
pouvoient modifier un des trois pouvoirs sans les
ébranler tous. L'équilibre est désormais rompu
entre les trois bi'anches de la puissance législali\e.
Dire que la Charte porte que le nombre des pairs
est illimité ne seroit pas une réponse : ce seroit
invoquer un- droit que personne ne conteste au
souverain. Dieu, qui est le souverain par excel-
lence, pourroit interposer d'autres mondes entre
notre planète et le soleil. Il en a bien la préroga-
tive comme la toute-puissance: mais alors le sys-
( 6o5 )
tème actuel cesscroit d'être le inême, et il pour-
roit arriver de cette comLinaison nouvelle que la
terre fut privée de chaleur et de lumière. Heureu-
sement cette inconstance dans les plans du Créa-
teur n'est pas à redouter- ses desseins comme sa
volonté sont immuables. Il ne s'agit pas, dans les
choses humaines, et surtout en politique, de savoir
si on peut faire tout ce qu'on veut au moment où
on le veut, mais si les conséquences ne seroient
pas de borner, pour l'avenir, la puissance de celui
qui s'abandonncroit à son premier mouvement.
Si le Pioi portoit à mille le nombre des pairs qui
représentent l'aristocratie, il laudroit alors aug-
menter le nombre des représentés, ce qui n'estpas
aussi facile que de faire des pairs par centaine. Il
faudroit en outre augmenter et porter au moins à
deux millele nombre des rc^re^e«?rt?/^ qui stipulent
les intérêts de la démocratie. Quelle influence en
cfFet pourroit avoir sur l'opinion une Chambre-
Basse de deux cents cinquante-six membres, si la
Chambre-Haute étoit portée à mille? Cette marche
seroit inévitable si on vouloit être conséquent.
Qu'on réduise cette hypothèse forcée à ce qui est
aujourd'hui ; la vérité sera toujours, dans des pro-
portions différentes, que les deux Chambres dé-
libérantes ont perdu , lune à l'égard de l'autre,
la différence de nombre qu'elles dévoient conser-
ver, et qu'il faudra leur rendi'e si on veut main-
tenir le système représentatif que la Charte a'
établi.
Dans celte situation, de deux choses l'une : ou
le ministère maintiendra la Chambre des Députés
dans l'état numérique où elle se trouve; alors, et
incessamment , l'expérience (nous en faisons en
France de nouvelles tous les ans) apprendra que
les proportions de représentation étant mécon-
nces, ou sciemment violées, tout le système repré-
scutatif lui-Biéiue est bouleversé. Il faudra le l'e-
( Go6 )
composer de nouveau, ou lui substituer un autre
mode de gouvernement. Si au contraire le ministre
propose une loi pouj- augmenter le nombre des
députés (l'ordonnance du 5 septembre reconnois-
sant que le nombre actuel des députés étant celui
que la Cbarte prescrit, ne permet pas de douter
qu'une loiàcet égard ne soit indispensable), alors
il acceptera le reproche de précipitation colérique
et d'imprévoyance que nous lui avons fait; car son
projet anra à courir la chance du rejet, ^iais c'est
surtout la cliance des amendemens et leur impor-
tance qui ouvrira les yeux des six ministres. Par
le lait qu'il s'agira d'élire un plus grand nombre
de députe's, la voie est ouverte pour examiner si
tous les intérêts seront exactement représentés ,
et si aucun ne se trouve exclu.. Or, s'il est démon-
tré que la propriété et le commerce le sont infini-
ment moins que ceux dont la fortune est variable
comme le cours de toutes les bourses de l'Europe,
et que les chances d'éligibilité sont toutes pour
les benjamins de la démocratie ; s'il est prouvé que
les petits patentés , n'ayant pour la plupart rien à
perdre à une révolution , et tout à espérer s'il en
éclatoit une nouvelle, ont préféré et préféreront
des agitateurs à des négocianS; si les faits bien
rappelés démontrent qu'à Paris il a fallu que les
électeurs royalistes se réunissent à ceux qu'on
désignoit alors comme ministériels, pour faire
nommer JM. Ternaux quand les petits patenté*
po,rtoieut M. Constant, qui n'est ni grand pro-
priétaire ni grand commerçant; qu'à Lvoii, Aiile
si commerçante , ce n'est pas un conrmerçant qu'on
a nommé , et que , dans la Vendée et le Finistère ,
M. Manuel, qu'on croyoit grand orateur, a été
préféré à des armateurs et à des manufacturiers,
il en résultera que le but que se proj)osoit la loi
existante n'est pas rempli, et on cherchera un
mode électoral qui donne la garantie que tous les
( 6o7 )
e^raiids intei'êls dont la société se eomposc sont
également repvésentés. Si cette cîisciisïion recom-
mence, ce qui nous paroît inévitable, alors, soit
que les passions s'agitent ou se calment, tous les
partis reconnoîtront que l'oligarchie ministérielle
a seule gagné sa cause, puisque le refus de toutes
modifîcalions laisse au ministère la faculté légale,
dont il peut si largement user, de faire des élec-
teur.-» à son gi'é pour avoir des députés à sa guise.
C'est le comble de la déraison que de s affection-
ner pour une loi qui couvre de son égide ceux
contre qui les précautions doivent être grandes
et minutieuses, et dont l'effet démontré esf de
laisser sans juges, puisqu'elle laisse sans accusa-
teurs, les agens responsables de l'autorité execu-
tive. Si le langage du bon sens et des principes de-
voitseulprévaloir,lesministresnepourroieritsortir
du cercle vicieux dans lequel ils se sont eux-mêmes
enfermés, La loi est trop démocratique pour ne pas
les perdre si elle est exécutée sans fraude ■ si au con-
traire des électeurs iictif.s dominent les véritables
électeurs, le système représentatif est anéanti.
Le triomphe qu'obtient aujourd'hui la démo-
cratie sera passager. Liipuissante pour se fixer et
s'établir, elle n'a de moyens que pour tout ren-
verser et se détruire eile-mé;Tie , elle n'en a aucun
pour conserver. Ce qui est vicient ne peut durer.
Mais que deviendra la monarchie dans toutes ces
chances? Oa en sommes-nous? où allons-nous ?
F. A. D.
LITHOGRAPHIE (i).
Tout le monde en* Fi an ce ne sait pas encore
(i) Il se peut (jne, dans ccUe revue lithographique, nous
citions quelque cstainpe gravide d'après l'ancien procède •. nous
ne tenons pas une observation si ininulieuse, si nous n'avions
•flaire à gens si pointilleux.
( 6oS )
lîi'e, et cela est fricheuxj car on a beau rendre la
sagesse du siècle aussi compacte que possible, dé-
biter/a Pjicelle de Voltaire pour douze sous, Jes
vers obscènes de Piron pour six, et distribuer la
Minerve pour rien , c'est avantageux sans doute
aux personnes qui aiment à former leur cœur et
leur esprit sans se mettre en dépense 5 mais de si
utiles productioïis n'en demeurent pas moins lettres
closes pour ceux que leurs pères et mères ont eu
la barbarie de priver de ces premières lumières
qui ouvrent les yeux à toutes les autres. Il est vrai
qu'avec le temps, l'aitle de Dieu et de l'Univer--
site, l'enseignement mutuel dissipera ces ténèbres.
INiais, en attendant, la perfectibilité languit, la
plùlosopliie s'impatiente, et beaucoup d liomines
vivent ignorans et heux'eux , et meurent chrétiens
et illétrés : le péril est immineïit.
C'étoit donc une chose tout-à-fait urgente que
la découverte de la lithographie, ou, pour mieux
dire, que la prestesse de la secte enseignante à
s'en emparer au profit de la classe ignorante.
Combien 1 inventeur de ce procédé étoit loin de
pressentir toute sa gloire! Il ci>oyoit ne travailler
que dans l'intérêt de quelques écoliers, et déjà les
précepteurs du geni-e liumaiti guettoient la ])ubli-
cation d'un moven si rapide et si peu dispendieux
d<î faire descendre les lumières jusque dans les
plus sombres profondeurs de l'ignorance 5 car per-
sonne n'apprécie comme ces Messieurs les moyens
qui vont \ite, et qui ne coûtent guère.
Sous leur dii*ection , qui a quelque rapport avec
celle de la librairie, la lithographie fut donc ex-
ploitée; et, pour éclairer pln^ sûrement tous les
esprits, on l'appliqua à tous 1rs genres de littéra-
ture visuelle. Parlngéc entre de nombreux redac-
teiirs-peinfres, leur zèle compléta ])ientôt, et en-
richit chaque jour encore cette encyclopédie des
yeux, exposée sur les boulevards et les quais, à
( 6o9 )
Vusagc des lecteurs qui ne savent pas lire, et qui
fout leurs études en se promenant.
D'abord oii s'est occupé des mœurs, base de
toute inslructionç ctbiontôtla \eunesse pe77 santé,
réfléchissante et agissante a pu se procurer la col-
lection entière des Contes de La Fontaine 'repré-
sentés au moment les plus intéressans (i), et pu-
bliés avant ses Fables, comme plus urgeus pour
la morale publique. CeUx de Grécourtparoîtront,
dit-on , vers lès iêtes de Pâques 5 et j en attendant ,
voici pom- le carême une jolie caricature-satire
*ur les missions, figurées par un troupeau d'oies
et de dindons écoutant^ le bec béant, un singe
vêtu en religieux, qui les sermone du haut dun
arbre auquel est attachée une hotte en forme de
chaire à prêcher. L'ingénieuse allégorie ! Et
comme, dans cette scène pastorale, la naïveté des
personnages et m-ême des accessoires caractérise
bien ces prêtres, qui, ayant vu les villes briser et
fondre les croix d'or, s'en sont allés aux champs
planter une croix de bois , afin qu'elle échappât,
sinon à la haine, du moins à la cupidité. Le Lutrin
de 'Village peut servir d'agréable pendant 5 car le
curé, le chantre et l'enfant de chœuiv, sans être
pi-écîsém^eiit des oisons et des sapajous, ont ce-
pendant des figui-es bien grotesques , bien i-isibles,
comme cela arrive toujours à ceux qui chantent
le Deprofiuidis^ le Dies irœ, ou le Domine salvum
fac Regem. En somme , cela fa,it deux jolis mor-
ceaux de lithographie sacrée.
A côté de la religion et de la morale figure la
gloire, ou pour mieux dire, une macédoine de
( I ) C 'est exactement en ces termes que ce recueil est annoncé.
Et qu'on ne croye pas que c'est là un vain propos de marchand.
L'exe'culion tient tout ce que l'annonce promet : et l'amateur lo
plus exjgfiant avouera qu'il étoit impossible de mieux discerner,
dans chaqne conte , le plus haut point, . . .d'intérêt, et de le re-
produire plus en conscience.
TeME U, — a6« Liybaisos» 89
^îloiros de tous genres, de toutes couleurs; gloires
d'après nature ou de fantaisie; gloire^s impercep-
tibles ou colossales; depuis le portrait d'un mi-
nistre de la guerre jusqu'aux faits d'armes les plus
éclatans. Mai§ c'est ici qu'il faut avant tout faire
une importante distinction, et séparer soigneuse-
ment,"dans cette galerie, ces nombreux: tableaux
qui rappellent des traits de valeur, d'humanité,
de dévouement, vraie gloire de la France , d'autres
tableaux qui , sous la même apparence , en seroient
la honte s'ils n'en étoientla risée. Or, quelquefois
même on est parvenu à confondre le bien et le
mal jusque dans le même sujet.
Par exemple, qu'on nous montre trois soldats
français, dont deux blessés et hors de combat,
attaqués devant et derrière par deux régiraens, et
se disposant à la défense , malgré l'immense supé-
riorité des ennemis; jusqu'alors tout est bien,
tout est français : on sait que nos braves ne comp-
tent leurs adversaires qu'après le combat; mai,?,
à travers cette scène d'intrépidité , si on voit une
jeune fille se précipiter entre les combattans, et
implorer de l'un des trois soldats grâce et merci
pour l'un des deux régi mens , on demeure stupé-
fait; on se croit transporté au Cirque de Fran-
coni, si riche aussi en gloire niaise, ou bien à la
représentation de M. de Crac, et l'œil cherche
involontairement la Garonne dans un coin da
tableau. iNovis pourrions citer bien d'autres chefs-
d'œuvre; mais nous indiquerons plutôt aux ama-
teurs de l'héroïque, l'estampe faite à propos de ce
mot : La Garde meurt et .ne se rend pas. Mot
admirable , mot sublime ! dont heureusement
l'auteur n'est pas mort, ce qui fait espéi^rque ce
n'est pas là son dernier mot (i).
(0 Dernièrement, un journal qui n'a pas été' de'menti , a
déclaré que ce propos n'a jamais été tenu par te général auqusl
( 6m )
A pro|K»s de cette même bataille, on remarque
depuis quelques jours la surprise du public à la
vue de deux nouvelles gravures intitulées Fonte^
noy pour faire pendant à Waterloo , et Waterloo
pour faire pendant à Fonienoy. Il est même de
ces honnêtes badauds Parisiens que cet accouple-
ment scandalise. Eh! pourquoi dont; cet étontie-
ment? Pendant n'implique aucune ressemblance
d'aclions ou de personnages: il signifie seulement
parité de dimension, d'exécution. Rien ne s'op-
pose donc , par exemple, à ce que le même burin
renferme dans le même nombre de pouces carrés
Christophe Colomb et M. de Pradt, Molière et
M. Etienne, Burcke et M. Benjamin-Constant,
et par conséquent Fontenoy et Waterloo.
Voici d'autres sujets où la gloire brille encore j'
plus simple, il est vrai, et comme en négligé,
mais embellie d'une aimablcsensibilité. Au-dessus
de cette inscription modeste : Les lauriers seuls y
cj'ortront sans culture, on voit une foule de héros
laboureurs , de modernes Cincinnàtus fendant du
Lois, ou faisant ^cs fagots (fagots de lauriers as-
surément), et l'on reconnoît avec émotion cette
république d'un jour, ce Champ-d'Asile , mieux
nommé Champ-dc-Passage, puisqu'il duras! peu,
malgré Tordes souscripteurs, et l'obstination phi-
lanthropique de la Minerve à le recevoir. Plus
loin, se retrouvent encore ces mêmes volontaires-
proscrits, ces bannis -amateurs , trinquant en-
semble mélancoliquement <n buvant nn verre
d'eau (lu T('\as , à ia sr>ulé delà France (i); toast
on l'avoil attribué L'invention en arjpat lient donc, à, l'un de
ces peintres en bulletins i\w, sans doute, ignore qu'à la guerre- le
corps le plus intrépide n'est pas toujours maître de mourir et
de ne pr.s se rendre, et cjue c'est pour(|iioi "on yesfime autant
la bravouri' du prisonnier qui a long-t nips combattu, qu'on y
regrette celle du soldat tué en comb.ittarit.
(i) Si tant est f|u'il y ail uni' riviff- au Texas, problème
géographique que M. l'archevêque de Malines n'a pas encore
résolu.
3û.
( 6X2 )
d'autant plus touchant que l'un des buveurs esi
coiffé d'une cocarde tricolore, el son camarade d'un
bonnet de police orné d'un ar^le. En vérité, il
faudroit être ultra-insensible pour ne pas s'atten-
drir au souhait de braves gens qui portent tant
d'intérêt à leur patrie, et tant de belles choses à
leur chapeau.
De petites souffrances européennes servent de
vignettes aux grandes infortunes d'Amérique. Des
groupes de soldais blessés, à demi nus, dévorés
de misèi'G et de désespoir, et dont les douleurs
portent souvent la date de iSi5, comme pour leur
donner un air de vraisemblance historique,
prouvent au moins combien l'imaginalioii créa-
trice de nos lithographes est habile à revêtir des
fantômes de formes humaines. Qui ne diroit, en-
effet , à la vue de tant diraages sensées d'après
nature, que les rues et les chemins sont encom-
brés de braves Bélisaires sollicitant de la charité
des passans les secours que la barbarie du gouver-
nement refuse au courage trompé et malheureux?
Mais , Dieu merci , ces victimes d'inuciitioii ne
souffrent que sur le papier qui souffre tout; et
c'est mêmie une chose à rem.arqucr que les colpor-
teurs de cesim.agcs, chargés d'en inonder Paris,
ont senti tout à coup le courage de la calomnie
leur manquer en approchant de l'hôtel des Inva-
lides. Un reste de pudeur les a arrêtés là; et ils
n'ont pas osé envoyer le mensonge au-devant du
démenti.
Parmi les porti'aits, dont le nombre augmente
à chaque fournée de grands hommes qui paroissent
ou reparoissent, on a montré une grande j'védi-
lection pour la figure du feu prince Poniato^^■ski.
IN ous possédons le bi\oi^c de Pouiato\vski,]a mort
de Pouiatowski, une espèce d'apothéose de Ponia-
towski, sans compter les Pouiatowski en profil,
epface et en trois quarts. Or, nous nous étonnions
(6.3)
"(Tiu'îios artistes, qui onlsous les yeux tant de braves
guerriers, consacrassent de préférence leurs crayons
à un général étranger, bien qu'une grande valeur
ait aussi honoré sa vie ; quand dernièrement^ aux
Variétés, un couplet redemandé nous a appris :
Qu'être Polonais,
C'est être Français.
Et nous avons compris alors comment le peintre
ordinaire du prince Poniatowski , qui est peut-
être mi habitué du lustre du théâtre de Brunet,
avoit dû croire, sur une pareille autorité, qu'il
n'etoit pas en France de figure plus indigène que
celle d'un prince de Pologne naturalisé par un
distique.
Aux souvenirs, les marchands mêlent des espé-
rances. Ainsi, près du portrait d'un enfant espiègle
comme un démon , mis comme un petit roi, et qui
joue sous les yeux maternels, dans le jardin des
Tuileries, avec une aisance de liberté qui ferpit
supposer qu'il se croit chez lui, ourenconti-e deux
portraits qui se ressemblent étonnamment. L'un
est celui de jVL le marquis DE La Fayette 5 l'autre
celui du général La Fayette. Tous deux sont fort
agréables , quoique en buste 5 mais bien inférieurs
pourtant à un porti-ait plus aucien, mais plus rt/«^/t',
à un portrait équestre d'après le même original !
Et qu'ici la comparaison fait vivement sentir com-
bien, daftsles nouvelles copies en buste, le cheval
manque à l'expression de la physionomie du gé-
néral et de monsieur le Marquis!
îsous indiquerons aussi aux curieux les portraits
de personnes naguère bannies, et dont le retour
ôtera peut-être un peu de prix à leurs images.
Mais elles remplaceront bientôt l'intérêt qui nais-
soit de l'absence malheureuse par l'intérêt qui suit
la grandeur présente. Déjà niêmc on croit que les
graveurs s'occupent de substituer dans leui's traits
l'expression de la fierté ù l'abattement de la me-
( ^i4 )
lancolie, et au costume modrslo de VeKÏÏ des hahit?
brodés de fleurs delis. On ne dltpas si elles seront
d'or ou d'argent.
INousne parlerions pps des caricatures qui con-
cernent les liomnies monarchiques, par la mê)ne
raison qui lait que nous ne répondons jamais aux
journaux jacobins , si dausla foule il n'en étoitune
qui réclame un mot de gratitude. Le Consers^ciieur
y est personnifié : il paroît enveloppe du manteau
religieux et monté surlerecupil des œuvres de M. le
vicomte de Chateaubriand. Nous tous, partagefint
les opinions de l'auteur du Génie du Christia-
nisme et associés à ses travaux, nous acceptons do
grand cœur ce haut piédestal , et nous remercions
du manteau : si celui-là du moins a pu être teint
de sang, il n'a jamais été couvert de boue.
Le Comte O'MahonY.
M. le comte deCasteîlaneavoitfaitàla Chambre
des Pa:irs uxïe proposition tendante à supplier Sa
Majesté de proposer une loi portant révocation
de celle du 9 novembre 1810 sur les cris et écrits
séditieux. La Chambre des Pairs , dans sa séance
du 23 de ce mois , a ajourné la discussion de
la proposition de INI. le comte de Castellane. Voici
le discours que M. le vicomte de Chateaubriand
avoit préparé sur cette matière, et qui n'a pu être
prononcé eu raison de l'ajournement.
Messieurs ,
Si la loi des cris et écrits séditieux rappelle une
époque mémorable pour la France, me sera-t-il
permis de dire qu'elle réveille en moi des souve-
nirs honorables et pénibles : honorables, parce
que c'est à propos de cette loi que j'ai paru poui-
la première fois à celte tribune j pénibles, parco
( 6i5 )
que cVst aussi à propos de cette même loi , que
j'ai eu le malheur de me trouver pour la première
fois, en opposition aveclesministi'es de Sa Majesté.
Le temps n'ayant point cliangé mon opinion , il
est tout naturel que je vienne aujoura'hui sou-
tenir la proposition qu'un noble comte vous a
faite.
Le rapporteur de votre commission (i ) a déduit,
avec autant de talent que de clarté, les raisons
générales qui motivent la demande de l'abrogation
de la loi sur les cris et écrits séditieux. Je me con-
tenterai donc de vous montrer, par quelques dé-
tails, la nécessité de faire cesser le plus tôt pos-
sible, les effets de cette loi d'exception.
Dans les six derniers mois de 1816, cent vingt
jours d'audience, à Paris, ont produit cent trente-
sept jugemens en police correctionnelle, la plu-
part rendus en vertu de l'article 8 de la loi des
cris séditieux- article qui établit ce que, dans
l'examen de cette loi, j'avois appelé une sorte de
crime de gazette. Les personnages condamnés sont
des marchands de vin , des paysans , des naarons ,
des porteurs d'eau , des domestiques, des ferblan-
tiers, des cochers, des perruquiers, des cordon-
niers. Le 3 juillet 1816, Bouquier, fileur, débite
dansla bouti([ue d'un épicier, de fausses nouvelles :
six mois d'emprisonnement, trois ans de surveil-
lance, 00 fr, d'amende, 200 fr. de cautionnement
punissent son indiscrétion, IManguier, menuisier,
tient des propos équi\:oquesj il est condamné à
dix mois de prison et à deux ans de surveillance.
Un nommé Pienaud^ dans un état d'ivresse, la
femme Sénéchal , pareillement prise de vin , une
marchande de vieux souliers, une fille publique,
alarment les çitayens sur le maintien de l'autorité
(i) Le vicomte de Chateaubriand éfoit membre de relie,
commission. ','
(6i6 )
royale j et toujoiirs six, dix et treize mois^de pi i_
son, plusieurs années de surveillance, des amendes
et des cautionuemens viennent punir ces commé-
rages qui sont souvent la seule distracliou et la
seule consolation de la misère.
Il faudroit gémir, Messieurs, sur la foiLlesse
de nos nouvelles institutions,, si elles pouvoient
ê*re renversées par de pareils délits. Si l'on pu-
nissoitd'ailleur.s tous ceux qui répandent de fausses
nouvelles, ou n'eu fîniroit pas. Dans tous les temps
et dans tous les ran^s de la société , il s'est ti'ouvé
l)ien des coupables de cette espèce. Lorsque le
duc de ^Mayenne fut tatlu à Arques, et ensuite à
Ivry, il fit publier dans Paris que le Béarnais
avoit été pris ou tué. On broda, dans la rue des
Lombards, de faux étendards royaux, que l'on
montra comme des trophées à la populace : ces
nouvelles ne nuisirent point à la cause du héros
légitime. ^ ous avez entendu naguère à cette tri-
Jjune un ministre vous annoncer une agitation
qui marchoit dans les départemens; un autre noble
pair vous a parlé de cocardes vertes et d'un grand
royaume s'établissant incognito dans la petite
Bretagne : si je ne me trompe, ce sont là des nou-
velles tendantes à a/armer- les citoyeris , cas prévu
par ce fameux article 8 qui établit le crime de
gazette. J'espère donc que mes nobles collègues
se joindront à moi, dans l'intérêt de leur sûreté
Sersonnelle, pour demander l'abrogation de la loi
es cris séditieux.
L'article 9, principalemeut l'clalif à la provo-
cation indirecte, est touf-à-fait intolérable: « Sont
w encore déclarés séditieux, dit cet article, les
» discours et écrits mentionnés dans Tarlicle 5 de
)) la présente loi, soit qu'ils ne contiennent que
» des provocations indirectes, f,oil(\ni\ s donnent
■» à croire quii les délits do celte nature seront
:^,» commis. )j Voilà, Messieurs, comme j'eus l'hoii-^
(6i7)
neur de vous le dire en i8i5, de quoi punii- une
pensée, une parole , un soupir.
Ce sont des déûnilions aussi vagues qui ont
produit les arrêts divers dont la France a re-
tenti. Je vais vous montrer, par des exemples,
quelles conclusions opposées , quelles sentences
contradictoires peuvent donner les avocats les
plus instruits, peuvent porter les juges les plus
intègres , lorsque la loi , ne spécifiant pas le délit,
abandonne le magistrat à. la toiblesse de la raison
humaine.
Lorsque, le i mai 1818, le tribunal de police
correctionnelle eut condamné l'auteur d'un écrit
remarquable, et ([ue cette sentence eut été confir-
mée le 3o juin de la même année, le ministère
public s'exprima de la sorte : « INous regrettons ,
» dit-il , que la loi ne nous accorde pas le pouvoir
» discrétionnaire , qui nous eût permis, s-. Ion les
M circonstances, de l'éduire cette peine à unemo-
)) dique amende, ou même à la simple suppression
» de l'ouvrage. Au moyen de cette loyale modi^
1} fication (continue le ministère public, en s'a-
» di-essant aux juges) , vous ne seriez pas aujour-
» d'iiui dans l'altei'native de condamner à trois
» mois de prison et à 5o fr. d'amende, un homme
» que la nature de son caractère et de ses opinions
» serabloit devoir préserver d'une pareille cou-
'» damnation, ou d absoudre son écrit qui est ré-
» prouvé par une loi que vous devez appliquer,
» parce que c'est une loi , et que vous êtes ma-
)) gistrats. »
Tel fut , Messieurs , le jugement prononcé , et
tels furent \*:s motifs de ce jugement. Or, mainte-
nant, écoutez bien ceci : le même 3o juin 1818,
fut commencé à la police correctionnelle l'affaire
relative à Ja gravure intitulée F Enfant du Jiégi-
fnent. L'avocat de l'accusé, après avoir écarté de
son cli'nî toute inîcotion volontaire d'avoir fait
l
( 6i8 )
allusion au fils de ru.surpat'^ur, convint que Ja
eravure, innocente en elle-même, pouvoit cepen-
danl présenter quelques dangers. Il consentit, au
nom de soncliifit, à ce que la gravure lût détruite.
D'après cette; ollVe, le ministère public, qui avoit
conclu contre le graveur à trois mois de prison et
à 200 fr. d'amende, s'en rapporta à la discrétion
des juges. Le tribunal ordonna la suppression de
la planche ainsi que des exemplaires saisis, et ren-
voya de la plainte tous les prévenu^
Vous voyez ici clairement, Messieurs, la diffi-
culté d'expliquer la provocation indirecte 5 le mi-
nistère public l'a reconnue, et ne l'a pas reconnue
le même jour dans les deux cas d'un écrit &t d'une
gravure. Il regrette, d'un côté, de ne pouvoir pas
demander la simple suppression de l'écrit, de ne
ouvoir faire ainsi, par cette suppression, une
oya/e modification aux trois mois de prison et aux
5o fr. d'amende 5 il affirme que les juges doivent
appliquer la loi, parce que c'est une loi. D'un
autre côté, il s'en rapporte à la discrétion des juges
pour la gravure : une loyale modification est faite
aux trois mois d'emprisonnement et aux 200 fr.
d'amende 5 et les portes de la même prison s'ou-
vrent pour laisser entrer l'auteur etsorlir l'artiste.
Dans une autre occasion, le 17 juillet 1818,
un autre auteur, accusé d'écrits séditieux, e^t
condamné à 200 francs d'amende, sans emprison-
nement ; le tribunal, usant de la faculté à lui
donnée par l'art. 4^3 du Code pénal , de modérer
la peine prononcée par l'art. 30^ , c'est-à-dire, la
faculté d appliquer à l'auteur la loi contre les écrits
calomnieux, au lieu de la loi contre les cris et
écrits séditieux.
Pourquoi le tiibunal n'auroit-il pas usé de la
même faculté en faveur du premier auteur dont
le ministère public lui-même avoit loué les inten-,
lions et les principes? Tout cela vient encore une
C 6î0 ) _ \
fois clu vague rie la prcivocalion indirecte. Joî-
gnez-y les articles du Code pénal qui , se mêlant
aux articles de la loi des cris séditieux, laissent
aux juges la faculté de choisir entre deux lois,
et d'appliquer deux peines did'érentes à des délits
de même nature, vous sentirez. Messieurs, corn-'
bien il est vugent de faire cesser une pareille con-
fusion.
Il est arrivé d'ailleurs ce qui arrive toujours «
une mauvaise loi : le ministère public, chargé de
la faire exécuter, les tribunaux convaincus des
dangers qu'elle olTroit dans son application , se
sont vus forcés de reculer devant elle. On a d'a-
bord presque tout jugé; aujonrd'lini on ne juge
presque plus rien. Par exemple, Messieurs, on
porte dans Paris des cannes fort curieuses. Elles
renferment, dans la pomme qui s'ouvre à volonté ,
une petite statue cfe Buona]>arte. Pourquoi la
police n'a-t^elle pas saisi ces cannes? Pourquoi les
ti'ibunaux n'ont-ils pas jugé ceux qui les portenf ^
Parce que la petite statue de Buonaparte a pu être
faite sans malice, comme le portrait de V Enfant
du Résinient. On peut trouver aussi qu'elle ne
ressemble pas parfaitement au modèle : tous les
yeux ne voient pas de la même manière. Voilà ,
Messieurs, ce que c'est que la provocation indi-
recte : au moyen de cette provocation tout peut
être blanc ou noir. Le magistrat qui , ne voyant
point le délit spécifié , est obligé de chercher
la règle de son jugement dans sa conscience,
finit par s'épouvanter de cette efFravante respon-
sabilité: dans la crainte de punir l'innocence, il
^aimemieux absoudre le crime, ou plutôt il pré-
fère "ne pas appliquer ia loi.
Je dois maintenant pai'ler des deux opinions
<{ui se sont manifestées dans la Chambre, et qui
ont également divisé la commission. Personne, du
iQqiiis jusqu'ici, n'a demandé le rejet absolu de
( G20 )
la projtosltion du noLle comle ; mais ceux qui ne
«e cîçcicîeiit pas pour l'adoption pure et simple,
sq retranchant dans l'ajournement.
On cîierclieparliculièrementle motif de l'ajour-
nement dans le projet de loi présenté à la Chambre
des Députés , Sur la Réparation des crimes et
délits commis par la i^oie de la presse^ etc. Ce
projet de loi l'apporte la loi sur les cris et écrits
séditieux; d'où l'on conclut que la proposition
/qui nous occupe devient inutile.
Le noble rapporteur de votre commission avoit
répondu d'avance à cette obj(îction : «Le nou-
t) veau projet de loi, vous a-t-il dit, peut être
;» long-temps discuté dans les Chambres. Des obs-
w tacles qu'on ne prévoit pas peuvent même en-
V traver ou suspendre cette discussion; et enfin,
)' il pourroit résulter de celte discussion même
» que loi ne seroit pas adoptée, et qu'ainsi la ré-
î) vocation de celle du f) novembre qu'elle ren-
» fermoit se trouveroit ne pas exister. »
La publication du nouveau projet de loi donne,
Messieurs, à ce raisonnement une force invincible.
Tout porte à croire rpie ce projet ne passera pas
dans les deux Chambr<;s , sans éprouver de nom-
breux amonderaens. Sous les apparences de la
plus grande libéralité , il cache une espèce d'arbi-
traire légal le plus raenarant : on y reconnoît ce
méîan<'e de iiccncft et de police, de démocratie et
de despotisme , qui caractérise 1 esprit du moment.
Mais comment vient-on nous dire que ce projet
de loi rapporte la loi des cris et écrits séditieux,
iorsque au contraire il con.sacrc cette loi, lorsqu'il
la reprend, l'aggrave et s'incorpore, pour ainsi
dire, avec elle? Kcmarquez surtout, jViessieurs,
que la provocation indirecte (sujette à de si énormes
abus) n'est point du tout détruite par le nouveau
projet de loi; ou y trouve le mot provocation,
employé saus spécification : par cell<! équivoque
s
( 6»' )
eu (ligue ue J a sincérité d'une loi, on évite <ïe
ire ce qu'on ne veut pas avouer, et on laisse au
minîslère public , aux jurés , aux ji:ges la faculté de
rendre la provocation /^trec^e ou indirecte, selon
les choses, les hommes et les temps.
Tandis que le jury sera constitué tel qu'il l'est
aujourd'hui , que le choix des membres de ce tri-
bunal appartiendra exclusivement aux autorités
adminini.stratives, on pourra toujours craindie
que toute loi relative à la presse, ne soit plu* au
profit des ministres que des écrivains.
Mais, dira-t-on, il est dqnc inutile de deman-
der l'abrogation de la loi sur les cris séditieux,
puisque , selon vous, elle se retrouve dans le nou-
veau projet de loi ? Inutile, Messieurs ! Et depuis
quand est-il inutile de demander ce qui est juste ,
bon et honorable, lors même qu'on n'obtiendroit
^ucun résultat positif? La manifestation des prin-
cipes d'équité et des opinions généreuses est tou-
jours utile : c'est semer pour 1 avenir.
Ceux donc qui veulent ajourner la proposition
du noble comte, parce que le nouveau projet de
loi rapporte la loi des cris séditieux, né peuvent
plus vouloir cet ajoui'nenient, s'il est vrai que la
loi des cris séditieux entre, en grande partie,
dans la nouvelle loi ; car alors ils voient revenir,
sous une autre forme, une loi qu'ils condamnent;
et ils doivent, en adoptantla proposition, protes-
ter contre cette dangereuse métamorphose.
Ceux qui désirent l'ajournement, pai'ce qu'ils
craignent de désarmer le gouvernement, peu-
vent, de leur côté, voter sans scrupule pour la
proposition, puisque la loi qui leur semble en
partie nécessaire, se reproduit dans le nouveau
projet de lui. Je dirai même à ceux-ci , pour ache-
ver de les tranquilliser, que, dans le cas où le
nouveau projet de loi fût rejeté, et la pi-oposition
adoptée , il n'y auroit encore rien à craindre j car
( (322 )
la proposition parvenue dans les portefeuilles des
ministres pourroit y rester, et nous cnnserv^rionk
dans toute sa i>Tii été la loi des cris séditieux.
Les motifs d'ajournement lires du nouveau pro-j
jet de loi me semblent donc peu concluans. Si on'
c\.amiue les raisons qui peuvent être indépen-
dantes de ce nouveau projet , elles nenieparoisseut
guère plus décisives.
On vous a dit , et on vous dira peut-ètie encore ,
(jue si l'on aLvoge la loi des cris et ccritj sédi-
lieux, il se formera une lacune dans votre légis-
lation. Jetez les yeux sur les articles du Code
pénal rapportés par le noble auteur de la propo -
sition , et vous verrez que tous les cas de sédition
sont prévus. Un noble pair, membre de la com-
mission , a oi-u qu'il faudroit faire quelque chose
pour remplacer Fart. H en ce qui concerne les
biens nationaux. Le noble pair ne s'est pas sou-
venu de la loi du "j pluviôse an IX, qui met tout
en sûreté à cet égard, sans parler d'un article
formel de la Charte. « Les menaces, excès et voies
«de fait, dit cette loi du 7 pluviôse, exercés
w contre les acquéreurs de biens nationaux , se-
it ront punis de la peine d'emprisonnement, la-
r> quelle ne pourra excéder trois ans, ni être au-
» dessous de six mois. » On dit encore que le Code
ne punit pas le délit ou le crime résultant de
l'érection d'un drapeau qui ne seroit pas celui de
ia France. ?dais en vérité, Messieurs , si nous en
étions à voir arborer des coulçurs séditieuses , si
l'on s'attroupoit autour de ces couleurs, disons-le
franchement, ce seroit là une guerre civile. Il
s'agiroit bien de la loi des cris et écrits séditieux !
Dans ce cas extrême, vous tomberiez sous les
lois militaires , et vous seriez régis par le quator-
zième article de la Charte , qui donne au Roi le
pouvoir de faire les réglemens et ordonnances
nécessaires pour la sûreté de l'Etat.
( 6a3 )
Que si vous supposez que saus ti'OuLle et sans
rébellion , un homme seul s'amuse à pioinener
dans les rues de nos cités des couleurs séditieuses ,
tli bien ! il y a une police contre les fous ^ et des
places à Charenton.
Il n'est pas rigoureusement vrai d'ailleurs ,
qu'il n'v ait aucune peine p'rononcée contre l'é-
rection d'un drapeau. Il existe des lois contre les
emblèmes, contre les attroupemens , contre tout
ce qui fait naître des alarmes , et excite à la sédi-
tion. Dans tous les cas, il faut bien hasarder
quelque chose : si nous ne voulons jamais mar-
cher sans lisière dans le gouvernement représen-
tatif, s'il nous faut toujours des lois d'exception
pour garder nos libertés , nous deviendrons
comme ces esclaves qui perdent l'usage de leurs
membres pour avoir porté trop long-temps des
chaînes.
Une loi d'exception introduite dans une cons-
titution libre, est toujoui'S une loi dangereuse.
Prétendons-nous exister comme nation? Hâtons-
nousde nous réfugier dans des institutions lixes qui
nous servent d'abri contre les passions etTincurie
des hommes. Que nous resteroit il, si nous ne
gardions p-as soigneusement la Charte? Que pour-
rions-nous mettre entre nous et le pouvoir? INe
nous dissiniulons pas que notre génie nous porte
vers le despotisme militaire. Quand on promet à
l'autorité de la rendre absolue, elle se laisse natu-
rellement tenter. Alors elle profite de tout ce qui
peut discréditer des institutions qui l'arrêtent. Or,
que faisons-nous depuis cinq ans? Conabien de
fois avons-nous manié et remanié ces institutions?
Tous les pouvoirs de la société ont été pétris et
repétris par nos mains. La Chambre des FJéputés,
augmentée en i8i5, est redevenue en iBi(J ce
qu'elle étoit en j8i4) et va peut-être remonter en
1 819 au poHibre qu'elle avoit obtenu en 181 5. La
( 6^4 )
pairie a subi de nombreuses modifications 5 la cou-
ronne a cédé une partie de ses prérogatives 5 les lois
ont rappelé des lois; les ordonnances ont contrarié
les ordonnances. Même mobilité dans les hommes
3ue dans les choses; à chaque instant et partout,
estitutions sur destitutions : les dcstituans ont
passé comme les dcs-tilués, et les ministres eux-
mêmes se sont succédé comme des ombres.
Les lois d'exception ont ajouté leur mal à cej)
maux, et c'est pour cela que nous devons deman-
der l'abrogation de celle d'entre ces lois qui a le
plus pesé sur nous. Puissent désormais les hommes
qui \eulent également la monai'chie et la liberté,
sentir qu'il est plus que temps de se réunir poui*
se sauver eux, le Roi et la France!
-Te vote pour la proposition.
MELANGES.
Depuis que le budget a été présenté, on peut
employer un moyen fort simple pour satisfaire
ceux qui sollicitent le dégrèvement de leurs con-
tributions) soit à cause des surtaxes, soit par
suite d'incendie ou autres fléaux; on leui' conseil-
lera d'acheter de la rente. Le conseil ira bientôt
jusqu'à ceux qui demandent l'aumône. En effet ,
si les contribuables ruinés, si les mendians ache-
toient de la rente, ceux-là paieroient leurs con-
tributions avec facilité; ceux-ci ne seroient plus
réduits à demander l'aumône. C'est pourtant
M. l'abbé .Louis qui a trouvé cette ressource ad-
mirable; personne n'y pensoit.
Les petits gfands-l ivres qui doivent faire mar-
cher l'agiotage delà Bourse de Paris sur les dépai'-
temens, paroîssent destinés à ne faire pas mieuk
( 6i5 )
leur chemin que l'agitation violente qu'avoit en-
fantée l'iinae^ination de M. le président du gou-
vernement du Roi. Jusqu'ici l'annonce de cette
mesure n'a ins)3iré qu'une crainte assez singulière.
M. l'abbé Louis avant avoué qu'il y avoit sur la
place de Paris un encombrement de 5o millions
de rentes, les dépavtemens redoutent de s'en char-
ger par l'idée qu'on pourroit melti-e un jour le
paiement de l'inscription départementale à la
charge des centimes additionnels de chaque dé-
partement, comme on y a uiis successivement le
traitement des préfets, des sous-préfets, des con-
seillers de préfecture, l'entretien des cours royales,
des hôtels et du mobilier des préfecturevS, l'enti'e-
tlen des routes qu'on s'est amuse à appeler dépar-
tementales, etc., etc. Cette crainte n'est pas plus
fondée que l'appréheusiou de ceux qui voient dans
cette mesure une pointe de fédéralisme , comme
s'il y avoit le moindre rapport entre l'unité de la
lîionarchie et l'unité du grand-livre. On peut le
diviser eu autant de fractions qu'on voudra , il
n'en sera ni plus ni moins. Le bon sens des pro-
vinces ne concevra pas uu crédit fondé sur des
promesses séduisantes quand on veut attirer l'ai'-
geiit au Trésor, mais qui ne se réalisent jamais lors-
qu'il faut avoir pitié des malheureux contribuables.
On s'étoit engagé foi'uiellèment, l'année dernière,
à présenter aux Chambres une nouvelle répartition
de l'impôt entre les départemens, aiinde soulager
du moins ceux qui sont trop écrasés. En apporta^nt
le budget, M. l'abbé Louis a déclaré que cette
nouvelle répartition n'auroit pas lieu, parce qu'on
s'est avisé de découvrir pour la première fois , en
1819, qu'elle ne pouvoit s'opérer que ^ar dégrès^e-
ment, et qu'il est impossible de rien dégx'ever
quand ouest assez lieureux pour n'avoir à deman-
der à la France que 889 millions, sans compter
les frais de perception et les impositions locales.
Tome II. — 26e Livraison. 4®
( 6.6 )
On s'étoit de même engagé formellement à faire
cesser la retenue sur le traitement des commis à
l'époque où la France retrouveroit l'indépendance
de son territoire j et INI. l'abbé Louis a compté
cette retenue dans ses ressources fiscales de l'an-
née 1H19. C'est ainsi qu'il est parvenu à prou a' M*
que VéquiUhre desfinauci's existe. Il faut toujours
qu'il y ait quelque chose en équilibre dans ce
pays.
En ajournant le soidageraent des contribuables
et la justice promise aux commis , il n'y aura pas
d'emprunt cette année 5 M, labbé Louis en prend
l'engagement positif. Mais ici se présente un nou-
veau tour d'équilibre financier. M. l'abbé Louis
sollicite la permission d'émettre pour 4^ millions
de bons de la Trésorerie, pour la garantie desquels
il donnera 5 millions 180 mille francs de rentes à
des préteurs 5 et lesdits prêteurs pourront vendre
ces rentes, siles engageinrns contractésaveceuvpar
la Trésorerie ne sont pas scrupuleusement remplis.
De plus fort en plus fort. Quelques pages plus loin,
on voit que cet emprunt de 4^ millions pourra
s'élever jusqu'à ^2 millions, parce qu'ozi a découy
vert un capital équivalent cpi'il est juste de man-
ger. Aloi's nous aurons une dette flottante qui s'é-
lèvera à près de 100 millions. Ce n'est rien dans
une année où la paix de l'Europe et la pi'ospcrité
intérieure permettent de ne pas emprunter, et où
la dette fondée est de a.'îa millions de rentes.
— Le budget a d'autant pi us étonné les esprits ,
qu'on l'a fait atteiadre deux mois. On crovoit ([u'on
y trouveroit de nouveaux moyens et de nouvelles
'î'Oi'e^. Le bruit s'étoit en effet répandu que M. l'abbé
Louis avoit employé un mois à en inventer; mais
on a dit depuis qu'il avoit employé un mois à
les détruire; de sorte qu'après des efforts d'ima-
gination incroyables, le budget s'est relrouvé tel
que l'avoit laissé M. Corvetto. Ce qui appartient
( 627 )
exclusivement à M. l'abbé Louis , c'est Je style du
rapport fait aux Chambi-es, le décousu des idées
qui fait mieux ressortir les contradictions, et
l'odieuse habitude d'appeler tributs les imposi-
tions consenties par un peuple libre. Cette ex-
pression est d'une inconvenance révoltante dans
un gouvernement représentatif : nos Kois ne se la
permetloient pas lorsqu'ils déterminoient seuls le
montant des contributions. Il est vrai qu'alors les
ministres ne se croyoient pas le gouvernement et
les régulateurs absolus de nos biens et de nosliber-
tés. On espère que la Cliambie, pourTlionneur de
noti'e patrie, demandera qu'il v ait toujours à
l'Académie Française une place pour le ininistre
des finances, afin qu il puisse y apprendre la va-
leur des mots aussi facilement que les proprié-
taires apprécient la valeur de ses promesses et de
ses bons.
— Il reste à payer, sur les quatre budgets anté-
rieurs à l'année 1 8 1 9 , la légère somme de i ^6 mil-
lions , en vertu de l'usage où l'on est de tenir cons-
tamment ouverts les budgets passés, et d'y ajouter
chaque année quelques trentaines de millions,
afin d'appi-endrc «à la Chambre des Députés que
c'est seulement pour l'honneur de la représenta-
tion qu'on lui permet de faire de longs discours ,
et de régler quelques petites économies. L'art de
compliquer les comptes est le véritable équilibre
des finances, et l'équilibre de nos finances est
prouvé, a dit Son Excellence. M. l'abbé Louis n'a
pas oublié d'affirmer que la Trésorerie avoit des
ressources pour combler ce déficit. Parmi les res-
sources indiquées se trouvent des capitaux faciles
à dévorer, et une adroite confusion d'une somme
de 137 millions qui reste à recouvrer. On loue
beaucoup la constance avec laquelle les proprié-
taires paient des impôts qu'on reconnoît au-des-
sus de leurs facultés, et dont l'effet inévitable est
40,
( 61.8 )
iVarrêter les développemens de l'agriculture. Les
millions qui reslent à faire rentrer ne proviennent
pas des impôts indirects, puisque la somme qu'on
en attend dépend des consommations , et n'est ja-
mais fixée positivement 5 c'est donc la propriété
foncière qui est en arrière des tributs aux(jueis elle
est soumise, et chaque aunée cet arriéré augmente,
tjuoiqueonleportetoujoursau nombre desi'ecettes
à faire. Il seroit du devoir de Ja Chambre d'avoir
et de faire donner à la France une explication
nette à ce sujet 5 car si l'arriéré de la contribution
foncière s'accroît chaque année , il est hors de
doute que l'agriculture souffre en France, et que
chaque année un certain nombre de propriétés se
détériorent. Où et quand cela s'arrêtera-t-il ? Si
lesrenseignemens demandés sur ce sujet si impor-
tant n'amènent aucun résultat dans la fixation du
budget, pour qu'ils ne soient pas perdus, on pourra
les renvoyer à la commission d'agriculture que
M. le ministre de l'intérieur a établie au centre
d.e Paris, et qui est en grande i^artie composée de
membres de l'Institut. On lui donneroit pour pre-
mier problème à résoudre : « Trouver les moyens
)) de développer les richesses territoriales par la
» pesanteur des impôts mis sur la propriété au
» profit de l'agiotage. »
— On parle beaucoup dans le monde de nou-
veaux pairs qui doivent être ajoutés aux soixante
pairs déjà vieux de trois semaines. La facilité de
parvenir éveillant naturellementles espérances, il
y a aujourd'hui autant de concurrens pour la pai-
rie , qu'il y en avoit naguère pour le sénat conser-
vateur. On remarque cependant une dillerence
nui .ble dans l'espiit de ces deux institutions : un
sénateur ne j)Ouvoit occuper aucune place secon-
daire de l'administration, parce qu'il est contre Iç
bon sens tiu'onsoil indépendant par sa position,
et deslituable par son ejuploi 5 qu'on règle sans
( ^29 ) ^
responsabilité les destinées d'un Etat, et qu'on
soit responsable devant des ministres qu'on est
appelé à condamner. C'est pourtant ce que nous
sommes destinés à voir dans la nouvelle Chambre
des Pairs, où les nobles calculs du ministère pous-
sent des hommes qui liennentà la patrie par amour
de la gloire, et aux places soldées et subordonnées
qu'ils occupent par amour de l'argent. Union et
oubli : union des honneurs et du gain, oubli des
convenances qui sont des lois sacrées dans une
monarchie. Cela est si vrai, que l'oubli 'des con-
venances dans ceux qui sont élevés Unit toujours
par afloiblir le respect des peuples pour leurs ins-
titutions. Etle ministère s'est vanté d'avoir donné
plus de considération à la Chambre des Pairs! On
assure que les directeurs-généraux , préfets et dé-
putés obéissans seront tous créés pairs 5 d'autres
affirment que les membres de l'Institut ont la
même espérance. Au fait, dans toutes ces créations
accomplies ou annoncées, on n'a encore rien tait
pour les gens d'esprit, pour ces dotii que les hom-
mes qui marchent au despotisme aiment à transfor-
mer eu grands personnages , afin de les annuler.
Qu'il y ait encore de nouveanx pairs ou qu'il n'y
en ait pas, cela ne fait absolument lien , jusqu'à
ce que la Chambre des Pairs soit bien convaincue
qu'une assemblée délibérante ne devient un pou-
voir politique, qu'autant qu'elle trouve en elle-
même les moyens de s'assurer à jamais contre ce
qui peut déranger les conditions de son existence.
Une fournée de mille pairs n'ajouteroit rien au-
jourd'hui aux conséquences d'une création de
soixante pairs. La politique du moins n'y est plus
intéressée.
— Les journaux, qui sont obligés deregarderles
volontés des ministres comme des lois, et les lois
consenties par les trois pouvoirs delà société comme
soumises à la révision des ministres , ont donné au
( 63© )
public l'organisation desLureaux du ministère de
l'intérieur et du ministère delapr)iice/'é-'i////,y. C'est
l'acte additionnel aux constitutions de l'empire de
qui de droit. Nous ne connoissons aucune loi, au-
cune ordonnance qui ait réuni le ministère de la
police au ministère de l'intérieur, et fait deux mi-
nistres d'un seul homme. Nous nous rappelons, au
contraire, qu'on nous avoit formellement annoncé
que le ministère de la police éloit supprimé , ce
qui ne voudroit pas dire réuni, même en admet-
tant les interprétations pour la ])olice comme pour
la riiarte. v Cite cjuestion , (jui touche à toutes nos
libertés, sera traitée et décidée au budget. Jusque-
là, nous sommes convaincus que M. le ministre de
1 intérieur ne peut faire aucune dépense à titre de
minisîre de la police, sans s'exposer à être pour-
suivi comme concussionnaire , selon les termes
précis de la Charte ; et comme la discussion sur la
proposition de M. Barthélémy est le dernier terme
d'ailiance possible entre lui et les indépendans, il
doit y prendre garde. D'ailleurs, nous n'admettons
pas la réunion indéfinie des ministères, dans un
gouvernement où les ministres forment un corps
responsable. Nous nous rappelons le temps où il
y avoit huit ministres 5 il n'y en a plus que six j
mais \cs directions générales aTigmentent. De réu-
nion eu réunion , nous pourrions finir par n'avoir
qu'un ministre de droit et de fait j et probablement
encore il nous accuseroit d'être exclusifs. On est
si heureux en plaisanteries quand on triomphe !
— M. de Cazes , comme ministre de l'intérieur,
vient de faire imprimer, dans les journaux, une
circulaire par lui adressée aux préfets, pour les
inviter à suspendre , pendant un mois, les pour-
suites qu'ils pôurroient avoir exercées contre les
écoles des Frères de la Doctrine chrétienne. Celte
publicité a prouvé, à ceux qui ne pouvoient le
croire, que les préfets du Roi avoient été réduits,.
( 63i )
parle ministère, à poursuivre les véritables et seuls
instituteurs des classes indigentes; et cet aveu in-
génu expliquera en même temps la destitution de
plusieui's préfets. L'histoire en tiendra compte.
L'histoire saura mieux que M. le comte de Cazes
les maximes de la monarchie , les principes du
droit public et d'une saine politique sur lesquels
le ministre s'appuie pour motiver les rigueurs
exercées depuis long-temps et suspendues pour
un mois. L'histoire examinera ce que le ministre
appelle la législation actuelle de linstj'uclion pu-
blique , et fera rire la postérité de ceux qui ont cru
et qui croient qu^on peut faire une législation spé-
ciale pour l'instruction. Cette législation perroit
des impôts, nomme des employés , paie des trai-
temens, et empêche ; son pouvoir ne va pas plus
loin. Il est matériel comme la législation des droits
réunis. Est-ce là instruire? Cette législation de
l'instruction publique repose sur un décret de
Buonaparte , décret condamné et réhabilité par
des ordonnances. Est-ce là delà législation? M. le
comte de Cazes connoît mieux que nous , sans
doute, les maximes de la monarchie, les prin-
cipes du droit public et d'une saine politique 5 il
en a donné mille preuves depuis 1810 qu'il est mi-
nistre ; et la France est toute e'merveiliée des pro-
grès qji'elle a faits sous la direction du ministère
de la police, en maximes monarchiques, en prin-
cipes du droit public et d'une saine politique, sans
même compter les lois d'exception et l'arbitraire
légal. Trop ignoranspour(b"scutersurlesdoctrines,
nous nous appuierons sur les faits, et nous deman-
derons qu'on nous cite, soit dans les temps an-
ciens, soit dans les temps modernes, une monar-
chie ou une république qui ait eu une législation
spéciale de l'instruction publique, "Voici la règle
partout, et c'est le bon sens qui l'a faite. Aucune
insLitulion enseignante ne peut s'élablir dans uiz''
( 632 )
pays sans l'aveu des chefs de la relij^ion (car jus-
qu ici il y a eu partout une religion), et sans l'ap-
prûLation des corps de magistrature chargés de
maintenir l'esprit général de la législation (car
jusqu'ici il y a eu partout un esprit général de lé-
gislation). ISe rien enseigner qui soit contraire à
la religion de l'Etat, ce dont les ministres de la
religionsont juges , ne rien enseigner qui soit con-
traire aux doctx'ines politiques de l'Etat, ce dont
les magistrats conservateurs des lois sont juges ;
telles sont les maximes, les principes et les usages
de tous les peuples. Il n'y a que dans la France
révolutionnée qu'on ose parler d'une lé^islalion
actuelle de rinsljuciion publique, parce qu'il n'y
a qu'en France, et depuis la révolution, qu'où
assemble des mots auxquels le bon sens ne peut
attacher aucune idée , à moins que ce ne soil une
idée de despotisme libéral et d'impuissance en
travail. Il paroît , au reste, que la vanité doctri-
naire , qui alloit au renversement d'une institution
laite pour confondre la philosophie humaine, a
lini par ne faire de cette qucielle iuij)rudeiite
qu'une affaire déforme, afin d'avoir l'air de s'en
tirer sans être battue, et tout est arrange. Sauf la
circulaire, ce-tte conclusion fait honneur à M. de
Cazes, la querelle n'ayant pas été entamée sous
son ministère de l'intérieur.
— Comment trouver des expressions pour louer
l'activité d'un ministère qui fait marcher six cents
iiommes de troupes de ligne sur une ville, qui des-
titue le maire de cette ville, le commissaire de
police de cette ville , parce qu'un acteur de la
capitale est venu dans cette ville pour y jouer des
opéras comiqîies, et qu'au clair delalunedes jeunes
gens se sont promenés sur les remparts de cette
villeen chantant nnue le Boi/ Que ne feroit pas
ce ministère, si des insurrections comme celles de
Grenoble et de Lyon se renouveloient? si ou lai-
( 633 )
soit entendi-e dos cris encore plusscditiciix? Qu'il
y auToit de destitués, d'accusés, de condamue's,
soit pour s'être insurgés, soit pour n'avoir pas
assez ou pour avoir trop arrêté rinsurrcction! I^
maire d'une qraude viilc dans laquelle Talnia doit
jouer pendant le congé' qui :ui est accordé, nous
écrit pour savoir s'il a le droit de fermer le théâtre
aux acteurs qui viennent de Paris, afin de ne pas
exposer la ti-anquillité de ses administrés et sa
place. INous croyons qu'il a ce droit, mais qu'il
ne doit en user qu'autant (|u'il aura ia certitude
que cette précaution n'excitera pas de méconlen-
temens; car il sera destitué s'il y a des murmures.
Le ministère s'en est réservé le privilège. Au
reste , on nous assure que les précautions sont
f)nses , et que six cents hommes de troupes de
igue accompagneront dorénavant les artistes dra-
matiques en tournée de recettes. C'est peut-être
pour cela que le budget de iSigprésente des aug-
mentations de dépenses dans tous les ministères.
— En défendant la loi des élections, les abus com-
pris , M. Martin Gray a remarqué que les améliora-
tions qu'on vonloit faire dans les moyens d'exécuter
cette loi, seroient une insulte aus députés élus depuis
qu'elle est en vigueur, et semblerolent leur dire qu'ils
n'inspirent pas une confiance absolue D'après cette
observation de M. Martin Gray , le ministère , en
créant d'un seul coup soixante pairs, ne sembleroit-il
pas avoir dit quelque chose d'équivalent aux anciens
pairs ? De quelque manière qu'on s'y prenne , dans les
gouvernemens représentatifs, les hommes sont toujours
derrière les paroles j et il est tout simple que dans un
pays où il y a des partis, les partis soient en état de dé-
fiance réciproque. Le comble du talent seroit d'avoir
tous les partis contre soi. De toutes les prétentions du
ministère, c'est la seule qu'il réalisera, même avant la
fin de cette session. On a remarcjué, dans la morne
séance, un singulier aveu fait par M. de Saint Aidaire.
Ge n'est pas lorsqu'il est convenu qu'il n'auroit pas été
( m )
v\u saiib le {^rand caraclère de M. le préfet du Gard ;
on sait que le grand caractère des préfets a partout
une grande influence sur les élections , et c'est ce qui
nous rassure singulièrement sur le maintien de nos
libertés si libéralement prolégées par les agens soldés
d'une administration créée par Buonaparte. Ce qui a
Irappé dans l'aveu fait par M. de Saint-Aulaire , c'est
lorsqu'il a ajouté que sa nomination avoit tenu surtout
à ce que M. le préfet du Gard fit arriver en foule les
ptotestans dans le collège électoral. La France ignoroit
que M. de Sjin!-\ulaire fût chef des protestans j elle ne
peut plus concevoir alors pourquoi il lui a révélé .avec
tant d'onction les secrets de son baptême, lorsqu'on
lui objecfoit son acte de naissance, comme laissant
croire qu'il n'avoil pas l'âge requis pour être député.
IM. de Saint-Aulaire auroit-il abjuré !
— Messieurs du gouvernement du Roi ont apporté,
le 22 de ce mois, à la Chambre des Députés, une lé-
gislation complète de tous les crimes et délits qu'on
peut commettre avec la pensée , la plume, l'imprime,-
lic, le crayon et le burin. Celte législation se compose
de trois projets de loi. La Chambre, alors occupée
<iCS pensées sérieuses que fait naître la proposition de
M. Jîaithélemy , n'a ri qu'à ravanl-dcrnier article du
troisième projet.
Trois détails ont choqué à la première lecture.
1°. Messieurs du gouvernement du Roi ont mis dans
un des projets , probablement écrit en français , la
incralilé d un homme. Les iaits , les récils, les actions
ont une mmûlité } les hommes ont des mœurs et non d<'s
rnorali/rs.luÇ bon sens et le Dictionnaire de rAcadémic
sont d accord sur ce point. Il n'y a d'autorité contraire
qu'au théâtre de Biunet , où Potier plaçoit si plaisam-
ment : « Ma moralité m'oblige de vous dire. » Celte
observation nous paroît importante à une époque où
on n'entend parler que d'institutions nationales, de
lois nationales, d'intentions nationales, de discours
nalionau\. JSous sommes persuadés qu'on ne veut
nous donner ni institutions iroquoises , ni lois lin-
ronftes , qu'on n'a pas des intentions chinoises, et cpie
les paroles nu'on ri^as adresse ne sont pas hotlcnloles.
( 635 )
Mais quand il y auroit un peu de français dans tout
cela, la nation n'y perdroit rien.
2". On a trouvé étrange (jue les Chambres fussent
obligées de s'adresser au Roi pour le *M^/?//er d'ordon-
ner à son piocureur général de poursuivre les atteintes
portées à leur dignité. Tout pouvoir doit être exécutif
pour repousser les injures, autrement il n'est pas un
pouvoir. On ne trouveroit dans aucun pays un exemple
contraire. Dès que la législation rcconnoît que la diffa-
mation et l'injure envers les Chambres sont crime ou
délit, il n'appartient qu'aux Cfiambres de fixer, par
leur règlement, comment elles poursuivront, en ce qui
les concerne, la réparation de l'injure et de la diffama-
tion. Le projet de loi reconnoît ce droit aux tribunaux
et autres corps constitués. Est-ce que les Ciiambrcs sont
moins que des corps constitués? On avoit déjà remar-
qué, pour l'inslruclion de Messieurs du gouvernement
du Roi, que les Chambres peuvent dire elles mêmes
(ju'elles supplieront le Roi ; cela est dans les conve-
nances du caractère françaisj mais un projet de lui,
présenté au nom du Roi, ne peut pas dire que les
(Chambres supplieront le Roi. Cela est contre les con-
venances, et rappelle un de ces monarques que nous
avons vu faire impromptu , et qui disoit en parlant de
lui-même : Ma Majesté , parce que ceux qui le corn—
plimentoient lui disoient : k olie Majesté. Celte seule
observation suffiroit pour prouver que le projet de loi
ne peut décider la conduite à tenir par b s Chambres
dans ce qui concerne le maintien de leur dignité 3 ce
soin n'appartient qu'a elles.
3". On s'est demandé s il étoit national ou anii natio-
nal que les journaux, désormais soumis à un caution-
nement, ne pussent le faire qu'en rentes. Est-ce que la
propriété en France n'est plus la garantie de rien ? Elle
répond bien du paiement de la dette publique, et de
toutes les fautes que font en finances Messieurs du
gouvernement du Roi ,• pour(|uoi ne répondioit-elle
pas de tout ce que peut encourir un journal ? Les cou-
séquences de ceci sont étranges , car elles réduiroierit
les propriétaires , écrasés d'impôts, réduits à chercher
dans une industrie quelconque des moyi^ns d'existence
( (m )
que le fisc ne leur laisse plus , à ne pouvoir exercer la
plus noble des industries, à moins qu ils ne commen-
çassent par acheter des rentes. Pour avoir le droit de
gagner de l'argent avec des journaux, qui sont du pa-
pier, il faudra acquérir et déposer dix mille livres de
renies qui sont aussi du papier. Une propriété de deux
cent mille francs, offerte pour cautionnement, n'y ser-
vira de rien. C'est le beau idéal de ce qu'on appelle le
crétiit public , c'est-à-dire de l'arl d'annuler les valeurs
réelles au profit des valeurs fictives. On espère que la
Chambre vengera la propriété de celte injure inconce-
vable. Les auteurs du projet de loi ont parle des jour-
naux publiés dans les chefs-lieux de préfecture et
même de sous-préfecture ; nous pensions qu'ils les
avoient oubliés, puisqu'ils exigent caution de dix
mille livres Je rentes pour tout journal quotidien , sans
distinction dg lieu. Il n'y a pas, en province, un
journal dont les bénéfices possibles méritent qu'on
fasse un tel cautionnement ; et cei>endant les journaux
ont leur utilité. Si la loi les supprime de fait , où encen-
sera-t-on le préfet du jour?
— Les journaux de cette semain'^ nous ont donné
le récit d'une nouvelle gucne éle^te dans une ville
d'Allemagne entre les étudians de l'université et
des conducteurs de moutons. Ce que les journaux
n'ont pas dit , c'est que ce tumulte est arrivé par
suite de la proposition de M. le marquis Barthé-
lémy. Les conducteurs de moutons étoient contre
la proposition. Ce que c'est que l'habitude de
commander 1
— On assure que M. le duc de Richelieu va être
nommé grand-veneur. Le Dictionnaire de l'Aca-
démie dit que le grand-veneur est celui qui com-
mande à toute la vénerie du Roi 5 c'est-à-dire qui
met tout en mouvement cfuand il s'agit de faire la
chasse aux bêtes. On ne s'attendoit pas, dans ce
moment, à voir confier cette charge importante à
M. le duc de Richelieu.
J. F.
( 637 )
Paris, 26 mars i8ig.'
On nous écrit de tous rptés pour démentir les bruîls
que les pamphlets jacobins répandent sur la prétendue
agitation qu'auroit causée la proposition de M. le marquis
Barthëlem) p et il faudroit plus d espace que nous n'en
avons pour citer les lettres qui nous arrivent. Le résultat
qu'elles ofi'rent est à peu près le mêrne partout quant
au calme avec lequel la nouvelle de la proposition a été
généralement reçue, et quant aux efforts qu'on a faits
pour donner à l'opinion une direction contraire. Le fait
est que certains hommes ont cru voir dans cette proposi-
tion une atteinte portée à la démocratie, -et les rojalisies
Un retour aux principes monarchiques. De là les cris d'une
coterie et le repos de la masse. En vain la coterie a-t-elle
parlé de dîme, de féodalité- en vain a-t-elle renouvelé et
rappelé toutes ces balivernes révolutionnaires : malheu-
reusement le peuple est devenu un peu familier avec tous
ces vieux contes ; il commence à ne plus y croire, et n'a
pas jugé, dans cette circonstance, devoir se mêler d'une
discussion dans laquelle, de fait, il n'est pour rien, et de
s'agiter pour une loi qui ne lui dotme aucun droit, au-
cune action. Le temps des jongleurs politiques est passé j
et il faudroit aujourd'hui pour séduire , que nos révolu-
tionnaires inventassent du nouveau. Toutefois il nous
paroit bon de faire connoitre à nos lecteurs les moyens
employés pour obtenir les pétitions dont les journaux ja-
cobins ont tant parlé.
On nous écrit de G. que, dès que la proposition de
M. le marquis Barthélémy y l'ut connue, il y eut inquié-
tude chez certains intrigans ; mais que ce fut en vain qu'ils
se remuèrent en tout sens pour la faire partager au peuple.
Arriva alors un certain pamphlet sonnant l'alarme. Im-
primé sur-le-champ au nombre de cinq à six mille exem-
plaires, il fut distribué le lendemain à domicde , répandu
dans les cafés, et jusque dans les ateliers et les boutiques.
\}n comité jacobin s'assembla, on délibéra sur la marche
à suivre, et on arrêta de faire une pétition calquée sur le
pamphlet; on afficha, dans certains cercles et cafés, une
invitation à tous les amis de l'indépendance pour aller
signer ceife pétition déposée chez un notaire et chez un
( 6^6 )
libraire. Cei appel n'ajant pas fourni, on fit un nouveau
plan pour le lendemain , et des commissaires furent char-
gés d'aller de porte en porle mendier des signatures. En
conséquence, ils s'armèrent <^e longues feuilles de papier
de même format que la pétition, et furent suppliant,
pérorant et s'agitant partout. Comme on s'aperçut que
le motif réel n'a^issoit pas beaucoup sur le vulgaire, on
crut devoir le déguiser; et, pour engager à signer, on
s écrioit : « 11 s'agit de défendre notre liberté qu'on at-
3) taque , d'empêcher qu'on ne nous vexe et qu'on ne nous
» persécute, de signer, en un mol, le salut de la France. »
Malgré toutes ces belles paroles, malgré les signatures des
gros colliers de Tordre révolutionnaire, en dépit de celle
de quelques personnages qu'on vouloit faire passer pour
plus marquans qu'ils ne sont, les commissaires supplians
eurent peu de succès j alors, dans un désespoir vraiment
patriotique, on s'adressa aux femmes, aux filles et aux
enfans; on convia les biirgnes et les boiteux, et on s'é—
crioit : Allons signer la liberté; à bas les féodaux^ ihqc la
nation. Une invifaticn fut faite à l'Ecole de droit j on j
placarda une affiche pour signer une pétition qui devait
sauQcr la patrie , et tous ces eiforts ont , en dernière ana-
lyse, produit si peu que, s'il faut en croire ce que rou
nous écrit, plus d'une main libérale est soupçonnée d'a-
voir, par un dévouement particulier, suppléé à l'insuffi-
sance des signataires, et con'ectionné ainsi le volume des
listes.
Des élèves de l'Ecole de droit de Paris nous ont adressé
les observations suivantes :
« Plusieurs ioiirnaux ont diversement rendu compte de c-e qui
yi vient de se passer à l'Ecole de Droit. D'ai cord avec un ^raiid
» nombre de nos camarades, tenioins comme nous de la plu—
» part des faits, nous croyons devoir les rétablir dans toute
» leur exactitude.
» Une pétition tendant au maintien de la loi des élections fut
>- dépobéi- , au commencement de ce mois, chez le poiîicrde
» l'Lcole, d'où, pur prudence , les auteurs jugèrent convenable
>» de la traiispoi'ter chez un llLraiie. Le 1 1 , elle devoit être rc-
»> mise à M. de , lors(|ue, le lO au soir, elie fut en-
>> levée par </r«x- ou <roM pcrsoimes seulement. Le lendemain,
« nouvelle pétition, mais plus mesurée que la premièi'e; car un
» grand nombre d éludians, sentant toute l'inconvenance d'une
>•■ démarche, qui faisoit iuleivenir ainsi dans les aliaircs poli-
»> tiques des jeunes gens que leur âge sembloit devoir en éloigner
( 639 )
5) encore, avoîent signe une protestation contre toute espi'îce d«i
» pétition faite au nom de l'Ecole : dès ce moment, nul ne son-
« gea à inquie'ter les pe'tilionnaires; rien ne les empêcha de ma-
i> nifester leur opinion individuelle. On eut beau répëlor que
» des avocats stagiaires et même des ëtudians en m^-decine
» avoient cru devoir enrichir cette liste patriotique : nous ne
») cherchâmes pas même à nous assurer de cette irrégularité'.
«L'ordre n'a pas été un seul instant troublé. Quelquesémis-
» saires envoyés du del»ors ne furent pas écoutés; on rejeta
») leurs insinuations avec indifférence, et leurs menaces avec
» mépris. En vain voulurent-ils parler d\imour de la patrie ,
» de sang français, de gloire nationale : l'Ecole de Druif a su
» prouver à une fatale époque quels étoienl ses sentiniens. Si,
>» dans ces circonstances, quelques uns se sont engagés dans
» une démarche désapprouvée par le plus grand nombre, que
» des jours mauvais reparoissent encore , et nous nous retrou-
» verons tous réunis autour de ce drapeau qui revint de Gand
» avec les volontaires de notre Ecole , drapeau qui flotte dans la
» salle de nos cours, et qui fait, avec le compliment flatteur que
>» daigna nous adresser une bouche auguste, notre récompense
» et notre éloge. »
Quels pauvres moyens pour des gens qui se clisenl fort'; ,
et qui proclament sans cesse leur parti le parti national!
Une proposition que le Roi étolt toujours le maître
de laisser sans résultat , se délibéroit tranquillement dans
le sanctuaire des lois. Les hommes dont elle énonce
l'opinion attendoient avec calrne la décision des pouvoirs ;
et le parti qui se dit le fort, le puissant, crie, s'agite en
tout sens, cherche à remuer toutes les passions, à exciter
contre les hommes qui veulent en conscience s'opposer à
ce qui leur paroit devoir entraîner la ruine de leur pays ;
il les signale dans ses pamphlets , ies injurie dans ses jour-
naux , oubliant apparemment qu'il y a des injures qui
sont des éloges, et des éloges qui fléirissenf. Il tâche de
porter le trouble chez unc; population tranquille, de lui
faire partager les craintes dont il ne troive le principe
que dans la conscience de sa propre nullité , effrayé qu'il
est de son néant le jour où il ne sera ni soutenu ni pro-
tégé; et malgré tout cela la France reste calme et pai-
sible. Pauvres gens, misérable parti, aussi dénué de
moyens qu'il l'est de puissance réelle, et dont la tactique
furibonde, mais usée , voit ses ressources impuissantes
même pour faire le mal. La confiance, l'esp nr des roya-
listes l'exaspèrent,' et il ne s'aperçoit pas qu'il y a encore
( 64o )
en France plus tle monarchie que ne peuvent en détruire
ceux fjiii y travaillent.
La proposilion faite par M. Barthélémy a été portée à
la Chambif des Députés, et trois jours ont suffi pour le
renouvellement de ses bureaux, pour la discussion qui a
dû y avoir lieu, pour la nomination de la commission,
pour l'examen par elle de la proposition, et pour le rap-
port fait en son nom à la Chambre tics Députés. Les per-
sonnes qui Irouveroient un peu de précipitation dans ce
mode, seront rassurées en entendant M. le comte Beu^not
dire, dans son rapport, que la commission a examiné
m^ec trop de délai/ peut-être la proposilion adoptée par la
Chambre des Pairs, quoique les discours de MAL de Dou-
deauville, de Fontanes et de Clermont-Tonnerre, méri-
toient peut-être bien l'attention particulière de M. le
comte Beugnot.
Le rapport de M. Beugnot scroit bien susceptible aussi
d'être examiné en détail j mais l'intérêt de la délibération
a déjà éloigné tout celui qu'on pourroit trouver à faire
ressortir la bizarre contexture de ce rapport, qugnt au
fond des idées, et quant à la forme vis-à-vis de la
ChâKibre des Pairs. ISous nous contenterons simplement
de faire observer à M. le comte Beugnot qu'il disoit , le
27 févi icr 1816, dans une opinion sur la loi des élections :
Sans doute il est regrettable que la C harte ait déjà subi
des modifications , et qu'elle les ait subies avant même
qu'on eût établi les formes qu'on y deooit euployer. Toute^
fois il est difficile de revenir sur le changement déjà apporté
par le fait à f article 3G, relatif au nombre des députés.
Quoiqu'il n'y ait point en cette matière de règle positive-
ment applicable , il faut cependant reconnaître que la
proportion admise par r ordonnance du i3 juillet étoit
indiquée par . 'exemple des Etals qui ont des institutions
analogues aux nôtres; par le souvenir des assemblées qui
se sont succédé depuis vingt-ci.iq ans en France ; par le
nombre même des membres qui siègent aujo- rdliui à la
Chambre des Pairs. Une sorte d'assentiment général pré-
vient ici toutes les objections. Or, à l'époque où M. le
comte Beugnot s'exprimoit ainsi, la Chambre des Députés
étoit de quatre cent soixante nieaibres,celle de-s Pairs n'étoit
que de deux cents Aujourd hui la Chambre des Pairs est
de deux cent soixante-dix membres, celle des Députés
I
r r>4i )
n'i'sl j)lus que de deux cent cinquante, et la proportion
rétiaiiiée alors par rasserifirruMit, e;énéral , d'après M. !e
coniie Bcuf^nol , se trouveroif aujourd'hui , auss» d après
RJ. le comte Bengnot, repoussée par Topinion p'.iblique,
car il dil : La loi des éh^clvo}is est i hère a la nation , et on
n'y touchera plus s^iiis du figer. UopirtionpuLliqi e la place
sur la même ligne (jne la Charte. 11 y a donc trois ;:ns que
l'assentiment général vouloit que le nombre des flé[)uté3
fût lo double de celui des pairs ; aujourd'hui on ne pour-
toit , sans danger et sans aller contre l'opinion publique ,
faire que la Chambre des Pairs ne fût pas plus considé-
rable que celle des Députés. Qui a donc raison, ou l'as-
sentiment général d'il y a trois ans, ou l'opinion publique
d'aujourd hui ?
rSous avons exprimé notre opinion sur la nominalioa
des pairs. Ce calcul ministériel a ele vu de même en An-
gleterre, et nous avons donné un exirait de ce q i en
disent les journaux. Les correspondances privées, qu<î
tious avons sous les yeux, cherchent seules à le sou-
tenir. En Angleterre, on les estime ce qu'elles valent ; et
en France, elles n'ont de valeur que pour ceux qui les
paient. Les nouvelles que nous recevons des provinces
nous apprennent qu'on y a vu avec une véritable douleur
que le ministère a déiruit, par celte mesure, l'équilibre
nécessaire des pouvoirs; et brisé l'indépendance de la
Chambre des Pairs.
Chacun se demande alors quelle est la girantie du sys-
tème représentatif, où est sa force, s il dépend du mi-
nistère d'employer à détruire par l'abus ce qui a élé créé
pour conserver. M. de la Bourdonnaye a traité cette
question, dans le comité secret du 2.0 mars, avec cette
force de logique qui caractérise tous ses discours. Après
avoir démontré qu'il est telle influence suf le choix des
députés, qui est non seulement un abus de la loi, mais
ime violation manifeste des droits nationaux, une atteinte
à l'indépendance de la Chambre des Députés, il passe aux
atteintes portées à celle de la Chambre des Pairs.
.•••'. ' " Sans Joute ,
> a - t - il dit . et personn»- ne le conteste , le l\oi insti-
» tue (les pairs à vie ou hf'redilaires à son choix; il les institue
« en tel nomlire ef à telle époque qu'il veut ; mais il les institue
» dans l'intérêt de son pouvoir, dans l'inte'rèt de la monarchie
ToMB il. — 26= LivaAisoîî. 4ï
( 64-^ )
» constitutionnelle, et les ministres qui conlresi^^nent les or-
« donnances qui perlent création de pairs, respon»r»blcs de ces
« actes, sont coupables à l'instant où, trahissant les inte'rèls du
■» monar(iue et les intérêts du gouverneiiient représentatif, ils
>' abusent d'une faculté toute royale au délrinienl de l'Etat ou
') du souverain lui même, tt leur crime devient encore plus
V odieux , si c'est dans leur inlérèt privé, dans l'intérêt de leur
* ambition personnelle, de leur unique conservation , qu'ils
V agissent.
» Ainsi, lorsqu'au milieu d'une session où le ministère se
■» trouve dans une minorité qui l'tffraie ; lorsqu au milieu d'une
■» discussion importante . il menace la chambre haute parla pu-
"» blication mystérii-use d'une liste de pairs dont le nombre dé-
» truit tout rapport entre les deux chambres, et suffiroit pour
» changer en minorité une immense majorité; lorsque . dé(jU
« dans ses espér.nnces, il effectue cette menace et brise la mnjo-
■» rite , c'est son intérêt qu'il défend , c'est sa conservation qu'il
">■> assure, et non une prérogative qu'il exerce: c'est l'indépeii-
■» dance d'un des pouvoirs de la société qu'il détruit; c e>t le
>> gouvernement représentatif qu'il renverie , c'est le pouvoir
?> royal lui-même qu'il attaque.
» En effet, Messieurs, si le ministère a pu licitement, par la
V nomination de soixante pairs , changer la majorité dans la
>> chambre haute, tous Ks ministres le pourront «tans les mêmes
>> circonstances; et condamnée à se soumellre^lionleusenient
» à tous les caprices des ministres , ou a voir flétrir la pairie par
» une agrégation perpétuelle de nouveaux membres, la pre-
3> mière chambre cesse d'être indépendante , tt le gouvernemi ni
» représentatif ne subsiste plus de fait. »
11 est difficile de démontrer d'une manière plus forte,
plus précise , le.*; graves inconvéniens d'une mesure qui
toutefois, si Ton en croit des bruits très répandus, n'a pas
atteint son complément, et doit encore, par une nomi-
nation nouvelle, consacrer la toute-puissance ministé-
rielle : les correspondances privées du limes le font même
pressentir. M. Martin de Gray s'est fortement prononcé
contre la proposition de M. le marquis Barthélémy : Jl
voit, dit-il, la f Tance en péril ; il éièi^e la l'oix pour la
liberté ; il a eu la juste croinfe d'un ministère antl-natio-
nal, du chanarement de la loi des élections, et une sorte
d'interrègne effrayant a troublé tous les cœurs français.
J'avoue qu'a moins que ce ne soit le" ministère qui règne,
"je ne sais pas où Ton peut trouver un interrègne pendiint
Îue tel ou tel changement se projette dans le ministère,
•e Roi est ton joins sur son trône ^ ce n'est pas, heureu-
sement, de tçl ou tel ministre qu'il dépend de l'en cha>ser j
( 64:î )
el je suis convaincu que si l'honorable membre avoit fait
celte réflexion, au lieu d'être troublé, il auroit partagé la
sécurité de beaucoup de cœurs trè>français. Toutefois
son inquiétude avoit bientôt cessé, et l'établissement d'ua
ministère constitutionnel l'avoit cntièremenl rassuré, lors-
qu'il se voit de nouveau troublé par la proposition de
M. Barthélémy, qu'il appelle un brandon de discorde. Il
parle, en conséquence, avec beaucoup de force pour la
faire rejeter; cela est naturel. Ce qui nous a paru un peu
nioinsà propos, c'est au sujet d-une proposition, comme
relie qui se discutoit, de revenir sur toutes les déclama-
lions sans cesse rebattues sur ibi5. S'il y a eu arbitraire
sous toutes les formes, s'il y a eu bannissement, s'il y a
eu proscriptions, comme le dit M. Martin de Gray, nous
avcHis prouvé sans qu'on ait pu y répondre , dans une Li-
vraison du Conser\.'ateui\, que ce n'étoit pas à la Chambr«
de j8i5 qu'on pouvoit s en prendre ; il eût peut-êlre été
plus adroit, dès qu'on a été forcé de se taire devant la
vérité, de ne pas renouveler aujourd'hui une discussioo
dont tout le poids , toute la responsabilité doivent se por-
ter sur les hommes alors investis du pouvoir, et qui se
trouvent aujourd hui dans les langs de ce ministère cons^
titutionnel qui rassute si fortement M. Martin de Gray.
Ce que nous n'avions pas dit et ce que nous dirons, c'eat
que s'il y a eu des mesiires de sûreté prises à cette époque,
«lies venoient à !a suite d une trahison qui avoit coûté à
la France, dans trois mois, cinquante mille Français et
deux milliards. L'expérience étoil assez chère pour qu'on
cherchât à éviter de la voir se renouveler.
M. Martin de Gray a ajouté : <( Mieux vaudroit mille
» fois l'abolilion entière de la Charte, que le changement
» de la loi des élections. » Je ne puis parlaoer l'opinion
de l'honorable membre : car je ne vois la Icgitimité iiulle
part dans la loi des élections, et je la vois ioulc ent ère
dans la Charle , par le fait quelle en émane direciement.
Tant que la Chai le nous restera, la leo;itimite sera notre
j^arantie; et je crois que le bonheur de la France est alla-
ché plus à celle-là qu'à toute autre. M. de Villèle a sou^
tenu la p oposition avec ce calme de conscience et cette
force de raisonnement qui lui ont acquis une si grande
supériorité dans les discussions j il a combastu ses adver-
4'-
( <>44 )
saires par (les faits, ef il a obtenu unJrioinplie d'autaniplus
pvij^cicux, qu'il l'a dû à ceux qui venoient repousser ses
ar^uinons. En énuiîiérarrt les vices de la loi , il avoit avancé
que, dans un département, un officier supérieur avoit
voté comme arpenleur; et M. Guilhcm, pour contredire
ce fait, est monté à la tribune, et a déclaré que, comme
au moment des élections, cet officier n'avoit pu justifier
que de 9jo francs, il avoit pris une patente d arpenteur
pour compléter les ooo fr. ."tî. de VilJèlo avoit dit que,
dans un an Ire département, il avoil été fait des réclama-
tions au piéfpt contre les titres d'un f;rand nombre d'élec-
teurs nouveaux , et que ces réclamations avoient été sans
succès. M. de Saint-Aulaire est monté à la tribune pour
dire que, quoiqu'il ne niât pas le ;ait, il ne oQuvoit avoir
rien déterminé pour son élection et celle de ses collègues»
parte que, élus à p'us de mille suffrages, trente six ou qua-
rante (lecteurs, qui auroient illégalement voté, n'auroient
rien fait pour ses concurrens qui n avoient eu que quatre
cent cinquante voix ; comme si l'admission délecteurs qui
ne le sont pas, le nombre en fût -il aussi modique que
celui avoué par îtl. de Saint-Aulaire, ne devoit pas frap-»
per de nullité toute opération élective!
A ce sujet, M. de Saint-Aulaire a l'ait un grand. è\o2,c
du préfet, M. d Argout, et a parlé de la confiance qu'il
avoit acquise dans son de-parlement, de linlluence qu'il a
exercée sur les élections , ef de la force armée dont il avoit
promis la protection aux électeur^ pour leur garantir la li-
berté des suffrages, lien n'étant plus propre, comme chaciui
le sait, à garantir la liberté des votes dans les collèges élec-
toraux comme la pré.sence de la force armée. M. de Saint-
Aulaire a dit que , sans Aï. d'Argout, les élections n'eussent
pas été peut-être les mêmes j et l'on peut elfectivement
croire que, s;ins une influence très-prononcée, l'hono-
rable membre n^eùt pas été préféré, dans un département
où il n'est point propriétaire , à des propriétaires du pavs ,
riches, considérés, et honorés deux fois de suite du suf-
frage de tous les royalistes. M. de Saint-Aulaire a ajoute
que ce qui avoit rendu le collège électoral du Gard plus
nombreux, c etoit l'arrivée d'électeurs protestans rassures
par les mesures prises par M. d'Argout, et qui n'avoicnt
point paru à deux élections successives, intimidés qu ds
étoient par l'assassinat de onze protestans égorgés sans
( t^4--5 )
uéfonse dans 'es rues de Nîmes, dans les journées des i8
et it) août i8i5. Aucune justice, a ajouté ?»!. de Saint-
Aulaire, n'a éîé faite de ci^s crimes, ^ous n'accorlons ni
ne con'.estons un fait que nous ne connoissons pas,- loais ,
en le supposant tel que i>î. de Saint- /vulaire Ta avancé,
justice auroit dû être faite; car l'arlicle G do la ici d'am-
nistie excepte de celle mêm2 amnistie les crimes vu (lélifs
roiilre les particuliers ^ à cjuehjue éfiOijuc tjuils aient l'té
commis. Si les Foyaiisles, sans haines comme sans souve-
liirs, n'ont pas invoqué cet article de la loi pour les atroces
fureurs dont i's furent les victimes dans les cenl-jours ;
s'ils se sont lus j s'ils n'ont point réclamé l'action d<^ !a loi
dans leur propre intérêt , ils n'ont jamais doniande quellci
fût silencieuse dans l'intcrèl des autres. Le ministère éioit
investi du droit de faire rendre justice; il avoit des ji!,2;es,
des tribunaux : ce droit étoit pour lui un devoir. S';l v.c
Ta pas rempli, son acte d'accusation est tout entier dans
l'assertion de "Sï. de Saint-Atdaire.
Dans une question de cette nature, lorsque l'on parle
sans cesse d'union et d'oubli, nous pourrions demander
s'il ne seroit peut-être pas plus convenable de ne plus
Jracer ces tableaux qui réveillent dans tous les cœ-urs d'an-
ciennes haiiifis et do cruelles douleurs. Tirer un rideau
sur le passé nous paioilroil plus prudent 5 car où sariè-
ferà-t-on, la lice une fois ouverte? Par aiuour de Lipaix ^
les royalistes se t-iisenl depiiis \oi\^ temps, et leur modé-
raîion est ici de la force ^ car i!a ont la conscience de ce
qu'ils ont souffert, et par conséquent de ce qu'ils pour-
roient dire. Si l'on veut récrimuicr, s-i on les. pousse à
lx)ut, ils parleront, ils racoriteront à leur tour deiirihu-
îations, dts pilUi^^es, des assassinats impunis ; ils rappelle-
ront ce qu'Us ont voilé par un généreux silence j et heu-
reux alors ceux qui seroni sans crime comme sariS
bassesse !
Dans- le comité setre-t du, :i3-, M. de La- Fayette a parle
contre la proposition. Il a rappelé à ce sujettes pétitions
et les pétitionnaires de 92. Cette époque, qu-i précéda de
si peu de temps celle cù fut consommé le plai grand des.
crimes, nous yaroit peu propre à. fournir des Icooni on.
i.)i^à exemples. M. Cyrbiàra a réfuté, awc sori-. talent
ordinaire, U-s adversaires de la proposition: sa logique a
i\i ce- trij'Q;!'î est toujun-Ss, ucess-^e,^ suifltuelie ; il a pat-^
c 6.;6 }
couru tous les points de h queslion , ef il s'est aMaché ea
o'.ilre à démontrer qne Timpunilé de crimes qui auroic-nt
fie commis devoit s'imputer au ministère chargé de les
reprimer, et qu'il rloit bizarre qu'un préfet, qui avnit pu
I^ ()uissance de faire des élections, n'eût pas eu celle de
faire punir des assassins. M. de Saint-Cricq a parlé pour
le rejet de la proposition: Thonorable membre s'etant
contenté de répeter ce que d'autres avoient dit avant lui ,
il seroit mutile de s'étendre sur sa discussion. M. Barlhe-
J^abastide a jeté un nouveau jour sur la question, et a
présenté des motifs qui ont p ru faire impression sur l'as-
semblée. M. Bellarl a fait insérer dans les journaux une
opinion en faveur de la proposition ; il a rappelé les vertus
et les malheurs du noble pair qui l'a faite, et s'est à juste
lilre indij^ué de l'esprit de l'action que quelques hommes
liii ont attribué. 11 a établi, dans une logique vive et
franche, la nécessité d'apporter des modifications à la loi
des élections; et, en rappelant qu'il avoit voté pour cette
loi, il a prouvé qu'un homme public peut quelquefois se
fomper, mais qu'il appartient à l'honnéti; homme de re-
venir noblement et sans crainte, quand il s aperçoit de
son erreur.
M. Hojer-CoUard a parlé contre la proposition. 11 y a
trouvé la critique de toute la loi des élections, et a assuré
« (juil y ai'^oit une iniquité politique à metire ainsi une lui
5, en jugement ; que la rr solution de ta Chunihre des Pairs
î) acoit un oice irrémédiable ; que les spécifications qu'on y
» ferait , et qui étoient écrites d' avance , comme l'espèce
a dans le genre , n'auraient d' autres effrt.i que de rendre
3) explirile une foible partie de ce qui est implicite , et se
>) résoudraient en pur pléonasme ; qu'il falluit mettre les
yy forces en commun , former des masses^ dé:;a^er l'elcc-
^■> teurdc son atmosphère locale et agrandir son horiion. n
31 a conclu par déplorer le sort de la loi des élections (et
vraiment il v a tel de ses défenseurs qui nous (ait partager
l'opinion de M. Royer-CoUard ), et par reconnoiire que
« les ministres dérnonti oient un grand courage en la dé-
3> fendant. » M. Laine a discuté franchement les inconvé-
niens d'exécution de la loi. H a reproduit avec une force
puissante les developpemens de plusieurs des orateurs qui
l'âvoienl précédé 3 il a éclairé la discussion de ses propres
lumières : il s'est fait ainsi la pari qui revient à un bon
( ^'54 7 )
esprit el à une conscionce pure. Sa lojïiqiie , forte cl pres-
sante, s'est terminée |)ar une péroraison qui nous paroit
la meilleure défense de la proposition 3 il a prouvé qu'elle
étoit naturelle, simple, qu'elle ne pouvoir cachi-r de
pièges , qu'elle éloit surtout respectueuse envers le prince ,
car elle se réduisoit envers lui à la seule prière qu'un sage
philosophe conseilloil d'adresser aux dieux : " Accordez-
» nous ce que vous jugerez nous convenir. »
M. le garde des sceaux a succédé à M. Laine ; et après
avoir réc/amé Je la Chambre une indulgence plus qu'ac-
coutumée , et dit ijue ses pensées se prc'senteroient avec
moins d'ordre , son expression avec moins de mesure ,
parce qu^il se hasurdoit à remplacer satis préparatiorir
M. Laine ^ mais que la franchise de son opinion serait
très-marquée , il a effectivement très-franchemenl com-
battu la pr(»position, ce qui n'a étonné personne, vu,
comme nous l'avons dit , que M. de Serre n'est garde des
sceaux que par la formation d'un ministère en opposition à
toute modification à la loi des élections. En fait de fran-
chise, ce qui a étonné davantage, c'est l'aveu naïf de
M. de Serre sur la nomination des pairs, qu'il a convenu
i/avoir été faite que pour que le ministère conservât sa
place; ce qui veut dire que toutes les fois que six ministres
auront autant de bonne idée d'eux-mêmes et d'amour de
leur position que nos ministres actuels, l'opinion de la
majorité de la Chambre des Pairs, de ce qui représente
l'élite de la nation: celte opinion, dis-je, dcAra être brisée
dans le seul intérêt de ces ministres. Et si, dans un jour de
danger, cette opinion éloit l'expression de l'opinion pu-
blique contre un ministère prévaricateur , six hommes se
croiroient donc le droit et la possibilité de paralyser
l'action du premier corps de TEtat, sous prétexte qu'ils
sont les seuls capables d'en tenir les rênes ï"
Il y a quelque temps que M. Corbière releva, à la
tribune, une petite erreur de droit dans un discours de
M. de Serre. Nous relèverons aujourd'hui une inexacti-
tude historique j car si nous croyons qu'un garde des sceaux
doit savoir son droit, nouspensons aussi qu'il doit connoitre
l'histoire, surtout quand il la cite. Pour trouver un appui
à la mesure prise par le ministère, M. de Serre dit que le
roi d'Angleterre avoit fait près de cent pairs; mais c'est
pendant la durée d un règne de près de soixante ans, pour
( <^4^ "^
réfompenscr des services rendus , po)}r quelque f;ràce
mériiét* , par nominntions pjrielies, quand différentes
pairies s'étoient éteinles. E( certes, les ministre» anglais
avoient trop de .^cns, connuissoient trop bien les lois de
leur pays el !a ré.iiité de leur responsabilité, nour se per-
mettre de corr^oiller au roi ilc ncjinmer des pairs par soixan-
îaine. La discussion a été foiinée après ie discours dcM. de
Serre, et laproposiiion rejelée. 1! y a eu i5o voîx contre,
c;t 04 pour. A juger du résultai de la proposition, d'après
?a discussion, on eût pu le croire différent. En rappro-
chant le nombre des votans de la Chambre des Pairs du
nombre des votans de la Chambre des Députés, on trouve
le rapport suivant :
1°. Chambre des Pairs ] 00
ii<*. Chambre des Députés . 2.!,^^
397
Majorité abàclije jgij
Pour la pi'opi^sition :
1". Cîiambre des^ Pa"rs C)8
2.°, Chaïubrc dos Députés. <j4
19-,
Ma'f:rê tout ce que l'on a dit sur le vœu géijéraî ,
conlrf toute modification, ce n'est donc qu'à une majorité
de sepf voix qu'a été repoussée une proposition de laquelle,
peut dé|}pndrc le sort de la monarchie! El si, comme le
disent les ( crrespontiani es prhées , des députés venoient,
après la session , à être élevés à la pairie, ne seroit-on
pas fondé à croire que tous les voles n'auroient pas
été desintéresses?
Les ministres se féllci'ent-ils de leur succès? Encore
ouelques mois, el ils le déploreront avec toute la France,
Si le ministère a laissé trois mois les Chambres sans rien
faire, il paroi; qu'il v;-ut réparer îe lem.ps jerdu-, et ilya
apporléji la fois trois projets do loi sur les cris séditieux
et sur la presse.
En attendant que les lois se discutent, les destitutions
se continuent dans les diverses adminisiraîions, et pour
cela ilya accord parfait : mais le Moniteur ne fournissant
plus à cet égard de documeus , o^est dans les correspon-
dances particulières «ju'il faut chercher les changeme;:s qui
( G49 )
s'npcrent : elles nous apprennent que le ministère de l'in-
teriour ne se ralentit point dans son épuration de roya-
listes. Le nombre des sous-préfels destituées se multiplie
chaque jour , et on les remplace par des hommes d'opi-
nion contraire. Nous tâcherons d en donner les listes.
Celui d'Ancenis a été remplacé par le sous-préfet des
cent-jours : plusieurs autres, dit-on, sont dans le même
cas. On assure qu'au ministère de la guerre, il y a eu de-
puis peu de temps trois cent vingt-et-un officiers mis à la
réforme , sans autre me tll'que la volonté ministérielle. On
a trouvé , dit-on, un nouveau ii.ode de destitution , ce
seroit d'écri-ro à un brave officier : Votre démission est
acceptée ^ lorsqu'il n'a jamais songé à la donner. Dans l'a
partie de la gendarmerie , quatre colonels ont été réfor-
mes , IMM. Clément, à P^ris; de Charlus , à Versailles j
de Penhouel, à Besançon 5 et Roycrs, à Ârras. Plusieurs
autres changemens ont eu lieu dans ce c<n-ps. L'organisa-
tion de la gendarmerie réunissoit les suffrages de tous les
Français attachés au maint'en de l'ordre comme à la sta-
bilité du trône. On aimoit à voir, à la tête de ce corps si
important, des hommes qui donnoient des garanties pai'
leur moralité, ot surtout par leur attachement à la maisoti
de Bourbon. Sur qui sont tombées les réformes? Sur quatre
colonels, dont le premier, par une conduite digne de ser-
vir de modèle, s'éloit concilié l'estime de toiis les parus;
le second a prouvé son altaihemenl à la monarchie par de
longs services dans l'armée de' Condé 3 le troisième , paf
des services distingues dans l'armée royale de Bretagne,
avoit obtenu un emploi dans lequel il n'a cessé de donner
de nouvelles preuves de son dévouement au maintien du
bon ordre et de la monarchie ', ce qu'on a surtout remar-
qué lorsqu'il avoit commandé la légion de gendarmerie du
département du Rhône ; enfin, le quatrième étoit recom-
raandable .par des services signalés qu'il avoit rendus à
Bordeau.\-. Tels sont les quatre colonels de gendarmerie
que l'on met à la réforme avec un modique traitement.
Une ordonnance de ifcS i5, portoit qu'après quatre ans de
service dans un grade, on éîoit susceptible d avancement.
Renvoyer les hommes sans motif au bout de trois ans et
demi de jtiVMte , est un sur moyen de n'avoir jam^ais de
leur part d. réi lam.ations fondées d'après Tordonnanoe.
C'est ainsi que tout s'accorde et que tout inar;he pour
( 65o \
qn'ilne resfe bientôt plus aucun moyen entre les mains
de ceux qui soutinrent ou déCendirent la monarchie.
Le système déplorable du ministère est dépeint d'un.o"
manière très-forie dans une petite brochure qui a pour
titre : Cest trop fort. Nous engap;eons nos lecteurs à la
lire j ils y verront qu'au temps où l'Etal vous recontiois-
soit encore bon à quelque chose, malgré cinquanîe-cinq
ans d'âge, il se trouvoit un Montmorenci , âgé de quatre-
vingt-un ans et couvert de neuf blessures , qui soutenoit
à Saint-Denis l'honneur de son vieux nom français ; que
Grillon étoit , à soixante quinze ans, le chevalier sans
peur, et qu'au même âge, Vauban renversoit les places
de nos ennemis , et élevoii des Corleresses sur nos fron-
tières. M. de Saint-Chamans a publié dernièrement un ou-
vrage sur la loi des élections (i); nous regrettons que l'es^
pace nous manque pour en donner une analyse. Nous ne
pouvons, au reste, rien dire de plus juste sur cet ouvrage,
écrit d'une manière claire et sans prétention, si ce n'est
que nous n'avons vu personne qui l'ait lu, qui ne se soit
trouvé du même avis que l'airteur. Si l'opinion dos roya-
listes ne l'emporte pas, toujours est-il eerlain qu'ils ont
pour eux le bon sens; ils en ont assez pour ne pas avoir
besoin d'être éclairés sur une manœuvre où il y auroit de
la per&die , s'il n'y avoit encore plus de maladresse.
Sous prétexte de compatira ce qu'ils souffrent, sous
I apparence de gémir des dégoûts dont on les abreuve,
nous savons qu'il est des hommes qui desireroient porter
les royalistes à quelque acte da désespoir. Il est tel partt
qui teroit alors au comble de la joie, et des royalistes
révoltés seroient pour lui le plus beau triomphe. Il n'en
sera pas ainsi toutefois, et ce calcul sera pauvre de ré-
sultat, comme il est atroce de conception. Les royalistes
savent non-seulement qu'ils peuvent, mais qu'ils doivent,
par d'humbles remontrances, tâcher d'éclairer la religion
du monarque quand ils la croient surprise j lorsqu'il leur
paroitque le$ agens du pouvoir suivent une marche funeste
à leur pays, ils savent qu'il est de leur devoir de le dire
811 Roi avec respect comme sans crainte. Eux, qui ne
déshéritent la France ni de son ancienne gloire , ni de ses
(0 Brochure in-S». Prix : 2. fr., et 2 tr. 5o c. par b poste.
A Paris, chez Dclaunay, et le Normanl.
( 6:;i )
anciennes libertés , se rappellent ïes franchises qui leur
ont été transmises par leurs pères ; ils en funt usage sans
jamais sortir de la ligne de leurs devoirs ; et aussi fiers de
leur fidélité que jaloux de leurs droits, les rovalisles
souffrent et ne se révoltent pas. M. C.
On nous envoie de Brest la lettre ci-jointe : nous l'ins-
crivons sans aucun commentaire , en observant seulement
que nous gardons par-devers nous Timprimé sur lequel
elle est copiée.
Lettre de M. le comte Lanjuinais , pair de France « ttdresség
à M. Duval, avocctt à Brest.
Paris , 8 mars i8ig.
« Monsieur et cher compatriote,^
» \ oila nos rhers Finisléiiens convofjiie's pour remplacer
»> AI. Manuel, que le tle'partemenl de la N ende'e nous avoit ravi
» en nous gagnant de vitesse.
» Mais tout a liien change' depuis le mois d'août que je vous
» écrlvois pour ÎNI. Manuel. IMaintenanl le ministère est dans
>> le sens de ia constitution et des constitiilioniiels. Vos députés
» et m'\ sommes convaincus qu'il faut choisir hors du dépar-
» lement, pour présenter à la patrie et à la sage hherté un de
« ses plus respectables et plus célèbres apôtres, qui ne cède en
» rien à M. Manuel , et qui a plus de science encore et d'expé-
» rience : c'est M. Daunou , pour lequel il sera publié une
» notice peu nécessaire, à mon avis. MM. vos députés et moi
» avons espéré que vous auriez une seconde fois confiance en
» nous, dans un temps surtout où les ex-privilégiés s'agitent en
» m;mvais sens plus que jamais; et nous avons le bonheur
» d'assurer que Je ministre de l'intérieur favorisera l'élection
» de M Daunou; car c'est un homme en qui l'on a de toutes
» parts la plus entière confiance. Les sinci/res patriotes s'en-
» tendent mieux celte lois que le danger a éveillé de plus en,
» plus notre zèle. Nul ne sera éiu en deux départeiiiens ; nous
» prenons, à cet égard, des précautions qui ne peuvent man-
» (|uer. Faites donc porter sur M. Daunou les suffrages de tous
1) vos amis. Son?noni est européen, et je ne connois pas de
« caractère politique et moral plus digne de nos Bretons, ni de
» talent plus éminemment supérieur. Les ambitions du pays,
» seront bientôt satisfaites : l'augmentation de ia Chambre des
>• Pairs nécessite celle de ia Chambre des Députés; il est tres-
» jirobable qu'elle sera portée à 45o ou 5oo. Faisons maintenant
» ce qu'il iaut faire pour airiver à cette heureuse perspective et
» à toutes les améliorations retardées depuis quatre ans : choi-
» sissons tout ce qni existe en France de plus distingué.
^ » Sahit et amitié ; signé, comte L.i^JOiN.MS.
» J'our copie conforme : signé, Y. Duv.vl-. »
A Brest, de l'imprimerie de P. Anner, rue Royale.
Nous avons donné une lettre de Nîmes dans notre der-
C '^-^^ )
Bître Livraison 5 Texlrait suivant fera connoitre à noi
lecteurs là suite des évonemcrss. Après avoir parlé de la
wrène relative à l'acteur Huet, le correspondant continue :
« Le lendemain, fcs protestans, forfs de l'appui qu'ils ont
« aussi du ministère, des armes sans nomhre dont iis se soiij
)j pourvus, et confiant dans le desarinemenf des catholifiu^'s qui
i) vient d'èîre effectué , se livrèrent à l'espoir d e'cra.ser leurs
» antagoiiis'es : ils prévieunt-fit de suite leurs frerea des mon-.
» tagues qui envoient une de'putalion pour offiir leurs services ;
» e'crivent à Paris des mensonges sur lesquels ils veulent baser
>' leur prochaine sédition , et le soir mèuie provoquent fes roya-
» listes , qui leur répondent par drs cris de lii/â le Hoi ! Le 9 ,'
» le peuple continue ses proinenailes vers le spectacle: diver>eî
■>' disputes s'engagent, les ordres lie la police ramenèrent tout le-
» monde au devoir. Le lo , liuet partit , et l'on vil arriver
>'a Nîmes, cinquante honmics à clieval et cinquante a pied.
>< Les lètes s'exaltèrent , et le peuple continua à s'attrouper.
"Le II, même agitation et iTièmes ioqulttudes. Le 12. lr<.is
» cents hommes de la légion ~da ^'ar vinrent renfoicer la £;ar-
>' nison j un vent du Nord, violent et froid, retint les prome-»
>; neurs chez eux. Le iS^ les troupes campèrent sur la place dç
.)' la Bou(juerie , toute la nuit, pour surveiller un cabaret dé^
•» nommé la Xout'elLe /sic d'Llbe. Cette précaution n'empècli^
» pas les révolutionnaires de se rassembler, le i4 • au nombre
>' environ de cinq mille , croyant sans doute d'eu imposer à la
5' garnison. I.a cavalerie et 1 iuf'aisterie furent obligé>'S de les
j) charger pour les faire rentrer dans l'ordre. \\ y eut nièniQ
:-. dans .'a foule ijue'ipaes coups de sabres et de baïonnettes.,
:i Le i5, le; provocations se multiphereat , l'agitation sçmbîoit
j> augmenter ; cependant les mesures prises par li^s autorités
» maintinrent le bon ordre. Le i6, la lérnieulalion conlinuoit;
«diverses disputes ont eu lieu dans plusieurs quartiers (le ^
» ville. On aitend avec inipatiçnce le nouveau préfet. »
Les nouvelleç des 18 et 19 no parloienî que de tran-i
quillité.
— La sixième Livraison , terminaaî le premier volume
èe la Bibliuthècjue Rova/îsle vient de paroitre. Elle est
remplie, comme les précédentes, de faits pjquans et cu-
rieux , et nous ne saurions trop engager nos lecteurs. à s^
procurer cet excellent ouvrage.
Jf/on'imens de la Jieconncù<:(uice nationale , votés en France-
au mérite éminenl, depins 1789 jusqu'à la loi du 2 février iSip,
relative à ^J. le duc dJe Kiclielieu; avec des Keflesions sur ht
retrate des étrangers et sur l'invasion des pri4icines du jaci^bi—
uisme, qui ont eu Tieu dans le rnèine uiinistfre. Pir l'auteur du
Génie de la Réi/oliiUon considéré dans l' J:i_ducidion. Brovh. in-S".
Prix : 2 fr. 5o c. , et 3 fr. par la poste A Paris, chez le Nor--
niant, rue de Seine, u" 8. et qugj. de GoRti.., a'^^5.
TABLE DES MATIÈRES
CONTEiSUËS DANS CE VOLUME.
ExposiTiO!^ des droits de l'Eglise catholique , par
M. l'abbc Fa) et pag. i
Observations sur le rt^fus que M le procureur-
géuérnl près la Cour royale de Paris a fait de nommer
les dénoncialeurs de la Conspùtil ou dite Royaliste ; par
M. Kives , avocat . 1 1
Ucvue d'Etrennes, par M, le comte O'Mahony. 2a
Du Comieroatt'iir^ par 31. le vicomte de Casielbajac. 3r
1" Leitre sur Paris , par /e Conseivateur 87
Sur le changenient de ministère, par M. le vicomte
de BonalJ 4^»
Des récoijipenses nationales c[ui seroient votées par
d£s Chaml)res législatives à des ministres congédiés,
. par !\l. \j. F. P. de Kergorlay 60
P. S. Sur le projet de la loi-Richelieu, par le
fnême 6fj
])e la maiciie du ministère, et de la Charte dans ses
rapports a\ec la révolution et les droits de la royauté,
par M. le vicomte de Suleau. 71
Mélanges, par M. le vicomte de Castelbajac. . . iio
n= Lettre sur Paris 87
Le Vingt-Un Janvier, par IM. le comte Humbert
de Scsmaisons 8 1
Quelques idées sur le crédit, par M. ie marquis
d'tferbouviUe 83
M. Dimanche, par BI. de Saint-MarceWin. . . ii3
Variétés. Sur le jugement rendu par le tribunal de
police correctionnelle , concernant ia plainte en calom-
nie portée par M. le lieutenant- général Canuel contre
MM. de Sainneville et Fabvier lat
— Sur les scènes de désordre qui ont eu lieu au
collège Louis-le-Grand I2fi
lli'^^ Lettre sur Paris, par le Conservateur i23
Sur la prétention de l'autorvlé civile de forcer 1«
( c:4 )
clergé à concourir à l'inhumation Je ceux à qui les lois
de l Eglise défendent d'accorder la sépulture ecclésias-
tique, par INI. l'abbé F. de La Mennais 145;
D'un manifeste des doctrinaires, par M. Ge-
noude 1 5o
De la formation d'un ministère dans un gouverne-
ment représentatif, par le vicomte Emmanuel d'Har-
court i5B
Du Champ d'Asile, par M. le comte O'Mahony. itj^
ÏV^ Lettre sur Paris, par M. le vicomte de Caslel-
bajac 172
De la Corresponda-ie privée, par le Conserva-
teur 177
De l'Essai sur l'indifférence, de M. l'abbé de La
Mennais 5 par M. Gonoude 19^
Réclamation de l'Ordre de Malte an près des Puis-
sances alliées 202
Leitre sur la mort de M. labbé Legris-Duval et de
M. Hue , par M. x\. de Frénilly 2o5
Développement des principes rovalistesau 20 janvier
l8i6 1*^"" article), par M. le comte de Salaberry . . 210
Comme il faut être royaliste, par M. Fiévée. . . 21 q
V^ Lettre sur Paris, par M. le vicomte de Castel-
bajac 227
Mélanges, par M. Fiévée 238
Sur les Annales littéraires, ou de la Lillci-titure avant
et après la restauration, par M. le vicomte de Cha-
teaubriand 2^1
Extrait des Archives politiques '\\^' article). . . 252
La manifestation de l'esprit de vérité, par M. F. 289
Sur la \S^ partie de la Correspondance politique et
administrative de M. Fiévée 261
Anecdote 2G5
Examen du siècle, par M. le vicomte de La Roche-
foucauld 2()8
Nécrologie. Sur la mort de M. de Saint-Mar-
cellin 272
VI'' Lettre sur Paris, par M. Fiévée 27I)
Variétés. Sur l'indépendance s.^^
Odes d'Horace , traduites en vers français, par M, de
Wailly > 2Î]7
( Gjj )
De la Chambre de i8i5, par M, le vicomie de
Castelbajac 29g
Mélanges, par M. Flévée 3io
VII« Lellie sur Paris, par te Conservateur 3i5
Suito du développement des principes royalistes au
20 janvier 181 6 (11' article, par M. le comle de Sala-
Lerry 3^7
De quelle manière un Etat peut périr, par M. A.
de Frénilly 345
La Fille d'Honneur, comédie en cinq actes et en
vers, de M. Duvalj par M. le comte O'Mahony. 356
Du Conservateur , de ta Minerve et de la Corres-
pondance privée , par M. Z 36'8
VIll^ Lettre sur Paris, par M. Fiévée 073
Sur l'harmonie sociale considérée relativement à
notre situation, par M. le marquis d'Herbouville. 385
Sur 1 Enseignement mutuel et les Frères des Ecoles
chrétiennes , par M. le vicomte de Bonald 3q«^
De la Philanthropie , par M. E. S 4^3
Mélanges , par M. Fiévée /^2^
IX^ Lettre sur Paris, par M. le vicomte de Castel-
bajac 4^5
Sur la proposition de M. le marquis Barthélémy,
par M. Fiévée 4^7
Des Antilles, par M. le comte Je Bruges 449
De la marche du iTiinislère , et de la Charte dans ses
rapports avec la révolution et les droits de la royauté,
par M. de Suleau 4^0
Lettre sur la véritable situation de l'Espagne, par
M. M. B 470
X' Lettre sur Paris , par M. Fiévée 4^4
Mélanges , par le même 4()'^
Extrait des Archives politiques ( II*^ article) . . , 497
Suite du développement des principes royalistes au
20 janvier 1616 i^lll* article), par M. le comte de Sa-
laberry 5o5
Le ibnd des choses, par M. Fiévée 5 18
Mélanges , par le m'orne 629
XI^ Lettre sur Paris , par M. le vicomte de Castel-
bajac S3ï
Ui's Missions, par M. l'abbé F. de La Menaais. 5^^
( 6jG )
Des gouvernemens, par M. de Bonald &5<)
Sur 1 ouvrage de M le comte de Boissy-ii Anala- ,
intitulé : Essai sur la Vie, les Eciits et les 0, ,j de
M. de 3IalesJierljes, par M. le vicomte de Cn.-«teau-
Lriand 5Sr^
Mars i8o4, i-^i4i iii5, i8ig, par M. le comte
Humbpft de Sesmaisons 5Gi.)
Leilre de M. 31., ci-devant curé constitutionnel, à
M. R.-C. , directeur de l'instruction publique , etc. 672
XÎI= Lettre sur Paris, par M. Fiévée 877
Pust-scriptum , par le même 5;)2
Où en sommes-nous, et ou allons-nous? par
M. F. A. D 593
Sur la Lithographie, par j\L!e comte OMahony. H07
Sur la révocation de la loi du 9 novembre 181 5 ,
contre l^s cris et écrits séditieux, par M. le vicomte dç
Chateaubriand 6i4
Mélanges, par >î. .T. Fiévée G24
Xlll^ Lettre sur Paris, par M. le vicomte de Cis-
lelbajac , . 687
Fl>- DE LA TABLE.
J
IMPRIMERIE DE LE >'ORMAM", RUE DESEJM'..